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Full text of "Le mahabharata poème épique de KrishnaDwaipayana plus communément appelé VédaVyasa, c'estadire le compilateur et l'ordonnateur des Védas traduit complètament pour la première fois du sanscrit en francais par Hippolite Fauche Vol. 5"

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CINQUIÈME  VOLUME 


MAHA-BHARATA 


POÈME  EFIflE 


DE  KRISHN  A-DWAIPATANA 


►LC*  coMMi\'rânsrr  appxl* 

c’est-à-dire  le  compilateur  et  l’ordonnateur  des  vRiias 

Traduit  complètement  pour  U première  foi»  du  sanscrit  en  frauçats 


* PARIS 

LIBRAIRIE  DE  A.  DURAND 

Roe  dm  Grfe'Sorboooa,  ”,  actuellement  rue  Cuji» 

ET  LIBRAIRIE  DE  M~  V*  BENJAMIN  DUPRAT 

Rue  Fontanm  (ancienne  me  du  Ctoltre-Saint-BrooU),  7 


HIPPOLTTE  FAUCHE 


Traducteur  do  Rlra.ty.nu,  do*  Œuvre»  complète»  de  KtlldiUa,  etc. 
• Ahrèviateur  do  RAmlyana  * 


— 


LE  MAHA-BHARATA 

POÈME  ÉPIQUE. 


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Im  reproduction  et  la  truduction  nu'me  de  cette  traduction  sont 
interdites  en  France  et  dans  les  pays  étrangers. 


VEAl'I.  — Itfl'RlMERIK  JULES  CAR10. 


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LE 


MAHA- BHARATA 

POKMK  ÉPIÿl  E 

DE  KRISHNA-DWAIPAYANA 

plus  GOMMUiiÉiœrr  appelé 


C EST-A-DIRE  LE  COMPILATEUR  ET  L ORDONNATEUR  DES  VÉDAS 
Traduit  complètement  pour  la  première  fois  du  sanscrit  en  français 

PAH 

HIPPOLYTE  FAUCHE 

Traducteur  du  RâmAyana,  de*  Œuvre*  complète*  de  KAlid&sa,  etc. 
Abréviateur  du  RAmAyana 


CINQUIÈME  VOLUME 


PARIS 

LIBRAIRIE  DE  A.  DURAND 

Rue  de*  Grè*-Sorbonne,  7,  actuellement  rue  Cuja* 

ET  LIBRAIRIE  DE  M-  V BENJAMIN  DUPRAT 

Rue  Fontanc*  (ancienne  rue  du  Cloltre-Sainl*  Benoit),  ' 


1806 


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AVERTISSEMENT . 


Voici  le  cinquième  volume  du  Mahd-Bhârata, 
magnifique  travail,  mais  affreusement  hérissé  d’in- 
terpolations. 

Nous  nous  contenterons  d’en  citer  un  seul 
exemple. 

C’est  la  fin  du  Vana-Parva,  qui  s’unit  mal,  ou 
plutôt  qui  ne  s’unit  pas  du  tout,  et  qui  se  met  eu 
contradiction  avec  le  commencement  du  Chant  de 
Virâta.  Ici,  Youddhishthira  est  déterminé  à passer 
sa  treizième  année  d’exil  inconnu  dans  la  ville  de  ce 
monarque,  ami  des  Pândouides  ; il  habite  une 
forêt  ; il  en  supplie  tous  les  ascètes  de  souffrir  que 
cette  treizième  année  se  passe  ignorée  dans  leurs 
verdoyantes  retraites,  et  les  brahmes  de  l’accorder, 
sans  faire  aucune  observation. 

Cette  manière,  peu  réfléchie  dans  l’ensemble. 


d’envisager  la  chose  appartient  donc  à une  rédaction 
différente  : le  reste  est  tombé  dans  l’oubli  ; il  faut 
y jeter  aussi  ce  commencement  inutile,  et  le  sacrifier 
à la  pureté  du  poète  réhabilité.  Aussi  dans  ce  travail 
d’expurgation,  que  nous  avons  promis,  s’il  plaît  à 
Dieu  ! d’opérer  sur  le  Mahd-Bhârata  , nous  propo- 
sons-nous de  terminer  le  Vatia-Parvah  la  page  91*, 
après  les  saintes  promesses  données  à ceux,  qui 
liront  la  poétique  légende  d’Yama,  et,  sans  attacher 
aucun  regret  aux  pages  avortées,  qui  closent  le 
chapitre,  d’ouvrir  au  même  instant  et  de  com- 
mencer immédiatement  le  Chant  de  Virâta. 


Juilly,  15  avril  1866. 


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HORS  DE  PROPOS. 


Retranché  par  déférence. 


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A 


LE  MAHA-BHARATA 

POÈME  sanscrit. 


LA  GRANDEUR  D’AME  DE  L’ÉPOUSE  FIDÈLE 
A SON  VOEU. 


Youddhishtliira  dit  : 

« Je  ne  plains,  grand  anachorète,  ni  moi,  ni  ces  héros, 
mes  frères  ; je  ne  me  plains  pas  de  la  manière,  dont  cette 
fille  de  Droupada  nous  fut  enlevée  par  le  roi  Douryodhana. 

» Quand  nous  fûmes  vaincus  au  jeu  par  des  hommes 
pervers , ce  fut  Krishna  , qui  nous  sauva  ; Djayatratha 
ensuite  nous  l'a  ravie  du  bois.  16,61(3 — 16,617. 

» As-tu  jamais , soit  vu , soit  entendu  nommer  une 
femme  aussi  vertueuse,  aussi  fidèle  à son  époux,  que  cette 
fille  du  roi  Droupada  ? » 16,618. 

Màrkandéya  lui  répondit  : 

« Écoute,  sire,  comment  cette  magnanimité  des  fem- 
mes de  condition  s'est  trouvée  jadis  en  la  princesse 
Sâvitrî.  16,610. 

» Il  y eut  chez  les  habitants  du  Madra  un  roi  magna- 
y 


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2 


LE  MAHA-BHA11ATA. 


nime,  équitable,  de  la  plus  haute  vertu,  identifié  à 
Brahma,  uni  d'alliance  avec  la  vérité  et  victorieux  des 
sens.  16,620. 

» Ami  des  sacrifices,  généreux,  habile,  également  cher 
aux  villageois  et  aux  citadins,  ce  prince,  qui  mettait  son 
plaisir  dans  le  bien  de  tous  les  êtres,  avait  nom  Açvapati. 

» Patient,  véridique,  ayant  subjugué  ses  sens,  il  n'avait 
pas  d'enfants  ; et , voyant  passé  l'âge  florissant  de  la 
jeunesse,  il  s’abandonna  au  chagrin.  16,621 — 16,622. 

» 11  embrassa  une  cruelle  pénitence  pour  obtenir  des 
enfants;  et,  vainqueur  des  sens,  il  se  refusa  la  nourriture 
au  temps  où  elle  est  demandée  par  la  nature  et  s'imposa 
le  vœu  de  chasteté.  16,623. 

» 11  sacrifia  cent  fois  à Sâvitri , 6 le  plus  excellent  des 
rois , et,  à chaque  sixième  jour,  il  prenait  une  nourriture 
mesurée.  16,624. 

» 11  fut  dix-huit  ans  appliqué  à ce  vœu , et,  quand  il 
eut  accompli  cet  intervalle  de  temps  S&vitrt  entra  dans  la 
satisfaction.  16,625. 

» Alors,  revêtant  une  forme  et  pleine  d’une  grande 
joie,  elle  s’éleva  du  sein  de  l’agnihotra,  et  s'offrit  elle- 
même  aux  yeux  du  roi.  16,626. 

» Donatrice  des  grâces,  elle  dit  au  prince  ces  paroles  : 

« Seigneur,  je  suis  contente  de  toi  pour  ta  continence 
immaculée  , ta  répression  des  sens,  ta  persistance  en  ton 
vœu , ton  âme  entière  et  ta  dévotion.  Choisis  une  grâce , 
Açvapati,  souverain  de  Madra , que  tu  veuilles  obtenir. 

» 11  ne  faut  mettre  jamais  de  négligence  à récompen- 
ser les  vertus.  » — « J'ai  entrepris  ce  vœu  pour  obtenir 
des  enfants,  reprit  Açvapati,  par  le  désir  du  devoir  accom- 
pli. 10,627—16,628—16,620. 


VANA-PARVA. 


3 


» Si  tu  es  contente  de  moi,  Déesse,  que  des  fils  nom- 
breux, vases  de  la  famille,  nie  soient  donnés.  Voilà  quelle 
grâce  je  choisis,  Déesse.  16,630. 

» Le  premier  devoir,  m'ont  dit  les  brahines,  c'est  d’a- 
voir des  fils.  » Sàvitri  lui  répondit  : « Déjà,  connaissant 
ton  désir,  j'ai  parlé  à l’auguste  père  des  créatures  pour 
qu’il  te  fasse  naître  des  fils.  Suivant  cette  faveur,  une 
resplendissante  jeune  fille  disposée  par  l'Être,  qui  tient 
l’existence  de  lui-même,  naîtra  bientôt  pour  toi  sur  la  terre. 
Tu  n'entendras  jamais  citer  unechose,  qui  lui  soit  d'aucune 
manière  supérieure.  16,631 — 16,632 — 16,633. 

» Ravie  de  cette  création  du  père  suprême,  je  viens 
t’apporter  cette  nouvelle  !»  — « Qu’il  en  soit  ainsi  ! » 
dit  le  monarque  à Sàvitri,  qui  lui  donnait  cette  promesse. 
11  la  conjura  de  nouveau,  et,  lui  répétant  que  cela  devait 
bientôt  arriver,  la  Déesse  disparut  et  le  roi  de  revenir  à sa 
ville.  16,634—16,635. 

» Il  demeura  dans  son  royaume  , occupé  d’étendre 
sur  ses  sujets  l’abri  de  sa  justice.  Au  bout  de  quelque 
temps,  l'héroïque  monarque  aux  vœux  comprimés  déposa 
un  germe  au  sein  de  la  première  et  de  la  plus  vertueuse 
de  ses  royales  épouses  ; mais  ce  germe  d’une  princesse, 
excellent  Bharatide,  égalait  une  multitude  de  garçons. 

16,636 — 16,637. 

» Il  prit  alors  de  l’accroissement,  comme  la  lune  dans 
un  ciel  sans  nuage;  et  quand,  le  temps  fut  révolu,  la 
reine  mit  au  monde  une  jeune  fille  aux  yeux  de  lotus 
bleu.  16,638. 

» Le  meilleur  des  rois  célébra  avec  joie  les  cérémonies 
de  sa  naissance  : et,  comme  elle  était  un  présent  de  Sâ- 
vitri,  en  l'honneur  de  qui  on  célébrait  alors  un  sacrifice, 


4 


LE  MAHA-BHARATA. 


les  brahmes  et  son  père  lui  donnèrent  ce  nom  de  Sâvitrl. 
La  princesse  croissait,  telle  que  Lakslunl,  revêtue  d’un 
corps.  16,639 — 16,640. 

» Le  temps  conduisit  la  jeunefilleâ  l'adolescence.  Quand 
ils  la  virent  avec  sa  taille  svelte,  ses  lombes  charmants, 
telle  enfin  qu’une  statue  d’or,  les  hommes  pensèrent  que 
c'était  une  fille  des  Dieux  descendue  sur  la  terre.  Retenu 
par  sa  splendeur,  il  n’était  pas  un  prince,  qui  demandât 
en  mariage  cette  jouvencelle  aux  yeux  semblables  aux 
pétales  du  lotus,  flamboyante  en  quelque  sorte  de  lumière. 
Alors,  ayant  je ‘né,  ayant  baigné  sa  tête,  elle  s’approcha 
de  la  Divinité.  16,641 — 16,64'2 — 16,643. 

» Après  qu’elle  eut  sacrifié  au  feu,  suivant  les  rites,  elle 
fit  prononcer  aux  brahmes  les  paroles  de  bénédiction,  et, 
quand  elle  eut  reçu  le  reste  des  olfrandes  de  fleurs,  elle 
s’avança  vers  son  magnanime  père,  telle  que  Lakshuiî, 
revêtue  d'un  corps.  Elle  inclina  sa  tête  aux  pieds  du  roi, 
lui  offrit  d’abord  son  bouquet  de  fleurs,  et,  joignant  ses 
mains  au  front,  la  femme  à la  jolie  taille  se  tint  à côté  de 
son  père.  Celui-ci,  voyant  sa  fille  parvenue  à l’adolescence 
et  de  qui  la  main  n'était  pas  sollicitée  par  des  amants, 
quoiqu’elle  eut  les  formes  d’une  Déesse,  il  en  fut  vivement 
chagriné.  « Voici  le  moment  de  te  donner  à un  époux,  ma 
fille,  dit  le  roi,  souverain  des  hommes,  et  personne  ne  me 
choisit  pour  son  beuu-pire.  Recherche  donc  toi-même  un 
époux  semblable  à toi  pour  les  qualités.  Je  te  donnerai, 
sans  balancer,  à l'homme,  s'il  est  prince,  que  tu  viendras 
me  présenter:  fais  choix  de  lui  à ton  gré.  » La  sainte 
écriture  fut  récitée  par  les  brahrqes,  suivant  les  Castras 
des  devoirs.  [De  ta  stance  16,644  à la  stance  16,649.) 

» Et  le  pire  dit  ainsi  : « Écoute  cette  parole  de  ma 


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VANA-PARVA. 


& 


bouche,  noble  vierge  : un  père,  qui  ne  donne  pas  sa  fille 
en  mariage  est  blâmable  ; un  roi,  qui  ne  se  marie  pas, 
mérite  le  blâme  également.  16,650. 

» Quand  l’époux  est  mort,  le  fils,  qui  n'est  pas  le  pro- 
tecteur de  sa  mère,  est  blâmable.  Maintenant  que  tu  as 
entendu  ces  paroles  de  moi,  hàte-toi  à la  recherche  d'un 
époux.  16,651. 

» Agis  de  telle  sorte  que  je  n’encourre  aucun  blâme  à la 
face  des  Dieux.  » Ces  mots  dits  à sa  fille,  il  donna  des 
ordres  à ses  vieux  ministres,  aux  gens,  qui  devaient  former 
sa  suite,  et  les  pressa  de  cette  parole  : «Partez  ! » La  ver- 
tueuse fille  s'inclina,  remplie  de  pudeur,  aux  pieds  deson 
père.  16,652—16,653. 

» Aussitôt  qu’elle  eut  connu  la  parole  de  son  père,  elle 
sortit,  sans  balancer  ; et,  montée  dans  un  char  d’or,  en- 
vironnée de  ses  vieux  ministres,  10,654. 

« Elle  visita  les  forêts  charmantes,  où  les  saints  rois 
faisaient  leur  pénitence;  et,  quand  elle  eut  déposé  son 
hommage  aux  pieds  de  ces  respectables  vieillards,  elle 
parcourut  même  tous  les  bois  l’un  après  l'autre.  C’est  ainsi 
que,  prodiguant  ses  richesses  à tous  les  tlrthas,  la  fille  du 
roi  porta  ses  pas  dans  chaque  lieu  des  principaux  brahines. 

» Le  roi,  souverain  de  Madra,  était  assis  au  milieu  de 
l'assemblée,  Bharatide,  et  s'amusait  à discourir  en  com- 
pagnie de  Nàrada,  quand  Sàvitrl,  la  fille  du  monarque, 
vint  au  palais  de  son  père,  accompagné  de  scs  ministres, 
après  qu'elle  eut  parcouru  tous  les  tlrthas  et  les  hermi- 
tages.  16,655—10,650—16,057—16,653—16,659. 

» Dès  qu’elle  vit  son  père  assis  sur  un  siège  en  commun 
avec  Nàrada,  elle  inclina  sa  tête  à leurs  pieds.  16,660. 

« Où  est  allée  cette  fille  de  toi,  sire  ? dit  à celui-ci  Nâ- 


LE  MAHA-BHARATA. 


* 

rada.  Pourquoi  ne  la  donnes-tu  pas  à un  époux,  ainsi  flo- 
rissante de  jeunesse  ? » 16,661. 

« C'est  aussi  pour  cette  affaire  qu’elle  fut  envoyée,  et 
voici  quelle  revient,  lui  répondit  Açvapati.  Dévarshg 
écoute-la  dire  l’époux,  qu’elle  s’est  choisi.  » 16,662. 

» Excitée  par  son  père  en  ces  ternies  : « Parle  avec 
étendue  ! » la  belle  prit  la  parole,  quand  elle  l’eut  reçue 
également  du  Dieu  : 16,663. 

« 11  était  chez  les  Çâlv&s  un  kshatrya  à l’âme  juste,  le 
maître  de  la  terre  ; il  se  nommait  Dvoumatséna  ; mais  il 
était  aveugle.  16,664. 

» Un  voisin,  ancien  ennemi,  mettant  à profit  ce  défaut, 
conduisit  à sa  ruine  le  royaume  de  ce  roi,  qui  avait  perdu 
les  yeux  et  n’avait  qu’un  fils  encore  enfant.  16,665. 

o II  partit  avec  son  épouse  et  son  jeune  fils  pour  la  forêt  ; 
et,  arrivé  dans  les  grands  bois,  cet  homme  aux  grands 
vœux  s’v  livra  à la  pénitence.  16,666,  •« 

u Son  fils  Satyavat,  qui  est  né  dans  la  ville  et  qui  agrandi 
dans  une  forêt  de  pénitence,  est  un  époux  de  mon  rang, 
me  suis-je  dit,  et  je  lui  ai  donné  le  choix  dans  ma  pensée.» 

« Hélas  ! sire,  s'écria  Nârada,  Sâvitri  a commis  une 
grande  faute,  elle,  qui,  dans  son  ignorance,  a choisi  le 
vertueux  Satyavat  pour  son  époux  ! 16,667 — 16,668. 

» Son  père  dit  la  vérité  ; la  vérité  est  dite  par  sa  mère  ; 
et  c’est  pourquoi  les  brahmes  lui  ont  donné  ce  nom  de 
Satyavat.  16,669. 

» Cet  enfant  aime  les  chevaux  ; il  pétrit  des  chevaux  en 
argile:  fait-il  un  tableau,  ce  sont  encore  des  chevaux, 
qu'il  peint.  Aussi  est-il  appelé  Tchitrâçva  (1).  » 16,670. 


fl)  ÿui  equoft  pingit  ou  piclor  equorum. 


VANA-PARVA. 


• « Aujourd'hui  même,  reprit  leroi,  ce  vigoureux  Satyavat, 
ce  pieux  fils,  est,  sans  doute,  ou  un  monarque  rempli  d’in- 
telligence, ou  un  héros  plein  de  patience.  » 16,671. 

n II  est  radieux  comme  le  soleil,  ajouta  Nàrada  : il  est 
égal  pour  le  conseil  à Vriliaspali  : c’est  un  héros  pareil  à 
Mahéudra  ; il  est  doué  de  patience  comme  la  terre  ! » 

« Le  prince  Satyavat  est-il  généreux,  observa  Açvapati  ; 
est-il  uni  à Brahma;  est-il  plein  de  beauté;  est-il  grand 
de  caractère,  et  cependant  sa  vue  est-elle  aimable?  » 

<<  11  est  égal  pour  donner  suivant  ses  facultés  à Ranti- 
déva,  fils  de  Sankriti  (1),  répondit  Nàrada:  il  est  pieux; 
sa  bouche  est  l'organe  de  la  vérité,  comme  celle  de 
Çivi,  fils  d'Ouçinara.  16,672 — 16,673 — 16,67â. 

» Magnifique  et  d’un  aspect  aimable  comme  futYayàti, 
ce  vigoureux  fils  de  Dyoumatséna,  est  d’une  telle  beauté, 
qu’il  semble  l’un  des  Açwins.  16,675. 

» Ce  héros  est  dompté,  il  est  doux,  il  est  véridique,  il 
a subjugué  ses  organes,  il  est  bienveillant,  il  ne  médit 
jamais,  il  est  rempli  de  pudeur,  il  est  plein  de  constance. 

» En  lui  habite  la  droiture  ; sa  fermeté  est  vraie  : en  un 
mot,  il  est  cité,  et  pat  ceux,  qui  sont  élevés  en  pénitence,  et 
par  ceux,  qui  sont  grands  de  caractère.»  16,076-16,677. 

« Tu  me  dis  là,  bienheureux,  toutes  les  qualités,  dont 
il  est  doué  ; reprit  Açvapati  ; dis-moi  également  ses  dé- 
fauts, s’il  en  a quelques-uns.  » 16,678. 

• « Chaque  homme,  repartit  Nàrada,  a toujours  un  défaut, 
qui  se  glisse  au  milieu  de  ses  qualités  ; il  est  impossible  à 
ses  efforts  de  surmonter  ce  défaut.  10,676. 

» Celui,  qui  est  à Satyavat,  et  non  un  autre,  c’est  que 


(1)  Je  doute  de  ce  mot  Satikriti,  que  je  ne  trouve  nulle  p&rt. 


8 


LE  MAHA-BHARATA. 


l'année,  à compter  de  ce  jour,  détruira  sa  vie  : il  faut  qu'il 
abandonne  son  corps.  » 1(1,680. 

« Va,  SâvitrI,  dit  le  roi  : cherche  un  autre  époux,  femme 
charmante!  Il  n’a  qu’un  seul  défaut  ; mais  il  est  grand  : 
il  dépasse  toutes  ses  qualités  ! 16,681. 

» Sa  vie  sera  aussi  courte  que  l’année  : c’est  le  révérend 
Nàrada,  honoré  des  Dieux,  qui  me  l’a  dit  : il  faut  qu’il 
abandonne  son  corps.  » 16,682. 

« Une  seule  fois,  répondit  SâvitrI,  un  héritage  échoit; 
une  seule  fois,  une  vierge  est  donnée  ; une  seule  fois,  un 
père  dit  : « 11  faut  que  je  la  donne  ! » Ces  trois  choses  ne 
sont  faites  qu’une  seule  fois  chacune.  16,683. 

» Qu’il  ait  une  vie  longue  ou  courte,  qu’il  ait  des  qua- 
lités ou  n'en  aie  pas,  je  l'ai  choisi  une  fois  pour  mon 
époux  ; je  n’en  choisirai  pas  un  second  ! 16,684. 

» Je  prends  une  résolution  par  mon  âme,  elle  est  dé- 
clarée par  ma  bouche,  je  l’exécute  par  mon  action  : tout 
remonte  donc  à mon  âme  ! » 16,685. 

« La  résolution  de  SâvitrI,  ta  fille,  est  inébranlable,  ô le 
meilleur  des  hommes,  observa  Nàrada  ; il  est  de  toute  ma- 
nière impossible  d’empêcher  quelle  n'accomplisse  ce 
devoir.  16,686. 

» Les  vertus,  qui  sont  en  Satyavat,  ne  se  trouvent  pas 
dans  un  autre  homme;  j’approuve  donc  que  tu  lui  donnes 
ta  fille.  » 16,687. 

« Ce  que  tu  dis  ne  peut  être  changé,  reprit  le  roi,  et  ta 
parole  est  vraie  ; j’exécuterai  ton  avis,  car  ta  sainteté,  ré- 
vérend, est  un  gourou  pour  moi.  » 16,688. 

« Qu’il  n’y  ait  point  d'obstacle  au  don  de  SâvitrI,  ta 
fille  ! répondit  Nàrada.  Je  m’en  vais  maintenant  : sur  vous 
descende  la  félicité  ! » 16,689. 


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VANA-l'ARVA. 


9 


» Aussitôt  Nârada  se  lève  et  retourne  au  Tridiva.  Le 
monarque  ordonne  qu’on  exécute  les  préparatifs  du  ma- 
riage de  sa  (ille.  Il  pensa  h celle  chose,  et  fit  rassembler 
tous  les  vases  propres  à la  cérémonie  du  mariage. 

» Il  convoqua  tous  ses  vieux  brahtnes,  les  ritouidjs  et 
son  archi-brahme  ; puis,  il  se  mit  en  route  dans  un  jour 
saint  avec  la  jeune  fille.  10,090 — 16,091 — 10,692. 

» Arrivé  & la  forêt  pure,  à l’herinitagede  Dyoumatséna, 
le  Gui,  accompagné  de  ses  brahmes,  s’avança  à pied  vers 
le  saint  monarque.  16,693. 

» 11  vit  alors  ce  vertueux  roi,  privé  des  yeux,  retiré 
sous  l'abri  d’un  shorée,  assis  sur  une  jonchée  d’herbes 
kouças.  16,69â. 

u II  rendit  au  saint  monarque  ses  hommages,  selon  qu'il 
en  était  digne,  et,  prenant  une  voix  pleine  de  soumission, 
il  se  fit  connaître  lui-même.  10, 095. 

» » Le  roi  versé  dans  les  devoirs  reçut  de  lui  un  siège,  la 
terre,  un  argliya  : « Quelle  est  la  cause  de  ta  venue  ?»  lui 
demanda  le  royal  anachorète.  16,696. 

» Et  le  nouvel  arrivé,  regardant  Satyavat,  lui  exposa 
tout,  et  son  dessein,  et  l’obligation,  qui  lui  était  imposée. 

« Sâvitrl  est  lenom,  saint  roi,  de  cette  charmante  vierge, 
ma  fille,  dit  Açvapati.  Accepte-la  pour  ta  bru  légalement, 
ô toi,  qui  connais  le  devoir.  » 10,697 — 16,698. 

o Déchus  du  trône,  confinés  dans  l'habitation  des  forêts, 
pénitents  comprimés,  nous  en  observons  le  devoir,  lui 
répondit  Dyoumatséna  : comment  ta  fille,  qui  n’a  pas  mé- 
rité cette  infortune  de  n’avoir  pour  deineure  que  les  bois, 
pourra-t-elle  vivre  dans  un  hermitage  ? » 10,099. 

u Quand  nous  connaissons,  ma  fille  et  moi,  reprit  Açva- 
pati, le  plaisir  et  la  peine,  la  nature  de  l’être  et  la  nature 


10 


LE  MAHA-BHARATA. 


même  do  non-être,  une  telle  parole  De  convient  pas  avec 
un  homme  de  ma  sorte.  Je  suis  venu  vers  toi,  sire,  avec 
une  résolution  bien  arrêtée.  16,700. 

» Ne  veuille  pas  détruire  les  espérances  d'un  homme 
incliné  devant  toi  avec  amitié  : ne  veuille  pas  m’opposer 
un  relus  à moi,  que  la  bienveillance  conduit  xi  devant  toi. 

» Ta  condition  est  digne  ; elle  est  assortie  à la  mienne, 
de  même  que  je  suis  assorti  à toi.  Reçois  donc  uia  fille 
pour  ta  bru  et  comme  l'épouse  du  vertueux  Saty aval. # 

u J’ai  désiré  jadis  serrer  les  nœuds  d’un  mariage  avec 
toi,  répondit  le  royal  hermite.  Mais  : « J’ai  perdu  mon 
royaume  1 » me  disais-je;  et  ce  doute  in' arrêtait. 

16,701—16,702—16,703. 

» Que  ce  dessein,  l'objet  de  mesanciens  désirs,  s’exécute 
maintenant  ! Tu  es  l'hôte,  de  qui  j'ai  désiré  la  venue. 

» Fais  rassembler  tous  les  brahmes,  habitants  des  her- 
mitages,  et  qu'ils  unissent  les  deux  rois  dans  les  liens  d'un 
mariage  suivant  les  règles.  » 16,701 — 16,705. 

» Dès  qu’  Açvapati  eut  donné  sa  jeune  fille  avec  une  suite 
convenable,  il  s’en  revint  à son  palais,  comblé  d’une  joie 
suprême.  16,706. 

» Satyavat  fut  heureux  de  posséder  une  épouse,  douée 
de  toutes  les  qualités,  comme  elle  se  réjouit  d'être  unie  à 
l'époux,  que  son  cœur  avait  désiré.  16,707. 

» Après  que  son  père  fut  parti,  elle  déposa  toutes  ses 
parures,  et  revêtit  dans  la  maison,  et  le  valkala,  et  la  robe 
rouge.  16,708. 

» Elle  lenr  inspira  de  la  satisfaction  à tous  par  ses 
actions  en  rapport  avec  tous  les  désirs,  sa  répression  des 
sens,  son  respect  et  ses  vertus  empressées.  16,709. 

Elle  plut  à sa  belle-mère  par  tous  les  soins,  qu’elle  sut 


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VANA-PARVA. 


11 


» 

donner  à, sa  personne  et  à ses  vêtements;  elle  plut  à son  * 
beau-père  pour  le  culte  des  Dieux  et  le  frein,  qu’elle 
sut  mettre  à ses  paroles.  10,710. 

» Elle  réjouit  dans  l’intimité  son  époux  avec  des  présents, 
un  esprit  de  paix,  son  adresse  et  des  mots  aimables. 

» Tandis  que  ces  personnes  de  bien  habitaient  alors 
dans  l'hermitage,  eu  alDigeant  leurs  corps,  il  s'écoula 
ainsi  quelque  temps,  fils  de  Bharata.  16,711 — 16,712. 

» La  parole,  que  Nàrada  avait  prononcée,  restait  jour 
et  nuit  dans  la  pensée  de  Sâvitrl,  que  le  chagrin  n’aban- 
donnait pas.  16,713. 

» Ensuite,  après  un  long  intervalle,  sire,  écoulé  de 
toute  manière,  arriva  le  temps,  où  Satyaval  devait  mourir. 

» Le  langage,  que  Nàrada  avait  tenu,  vivait  toujours  au 
cœur  de  Sâvitrl,  occupée  à compter  chaque  jour,  quis' était 
passé.  16,714—16,715. 

« Dans  quatre  jours  il  doit  mourir  ! » pensa  la  noble 
dame  ; et  elle  se  tint,  jour  et  nuit,  les  yeux  continuellement 
fixés  sur  une  abstinence  de  trois  jours.  16,716. 

» A peine  eut-il  ouï  parler  de  son  voeu,  le  vieux  roi, 
plongé  dans  une  profonde  peine,  se  lève  et  vient  adresser 
ccs  mots  à Sâvitrl,  en  la  flattant  ; 16,717. 

a Ce  breuvage , que  tu  veux  avaler,  est  extrêmement 
amer,  princesse  : il  est  bien  difficile  de  persister  dans  une 
abstinence  de  trois  jours.  » 16,718. 

o Ne  veuille  pas  en  prendre  aucun  chagrin,  mon  père, 
lui  répondit  Sâvitrl  ; j’accomplirai  ce  vœu  ; je  l’ai  formé 
avec  résolution  ; la  résolution  en  est  la  cause.  » 16,719. 

o Je  n’ai  point  la  force  de  te  dire  en  aucune  manière  : 

« Romps  ce  vœu  ! » reprit  Dyoumatséna  ; un  homme  de 
ma  sorte  te  dira  cette  digne  parole  : « Accomplis-le  ! » 

» Quand  le  magnanime  roi  eut  ainsi  parlé,  il  mit  fin  à sa 


12 


LE  MAHA-BHARATA. 


J 


r . 


voix,  et  Sâvitrl  parut  être  faite  de  bois.  16,720 — 16,721. 

» La  veille  du  jour,  où  son  époux  devait  mourir,  émi- 
nent Bharatide,  Sâvitrl  en  passa  la  nuit  debout,  accablée 
de  chagrin.  16,722. 

a Maintenant,  voici  le  jour  ! » pensa-t-elle.  Ellesacrifia 
au  feu  enflammé,  et,  quand  le  soleil  se  fut  élevé  à la  hau- 
teur de  quatre  coudées,  elle  accomplit  les  cérémonies  du 
matin.  16,723. 

» Elle  inclina  sa  tête  devant  tous  les  vieux  brahmes,  sa 
belle-mère,  son  beau-père,  et,  joignantses  mains  au  front, 
elle  se  tint  devant  eux  avec  soumission.  16,724. 

» Tous  les  ascètes,  qui  habitaient  le  bois  des  péni- 
tences, dirent  : « Les  bénédictions,  qui  ne  tiennent  pas  au 
veuvage,  sont  bonnes  et  saintes  pour  Sâvitri  ! » 16,725. 

« Qu’il  en  soit  ainsi  ! » dit  la  jeune  femme,  qui,  livrée 
à la  lecture  et  à la  contemplation,  rec  eillait  dans  son 
cœur  toutes  les  paroles  des  ascètes.  16,726. 

» Attendant  le  temps  et  l’heure,  la  fille  des  rois  pensait 
dans  une  vive  douleur  à la  manière,  dont  Nârada  avait 
parlé.  16,727. 

» Alors  son  beau-  père  et  sa  belle-mère,  la  prenant  à 
part,  dirent  avec  affection,  ô le  plus  vertueux  des  Bhara- 
tides,  ces  mots  à la  jeune  princesse  : 16,728. 

« Tu  as  accompli  ce  vœu  suivant  qu’il  est  enseigné. 
Le  temps  de  rompre  ce  jeûne  est  arrivé  : fais-le  sans  délai.  » 

« Quand  le  soleil  sera  parvenu  au  mont  Asta,  je  pourrai 
manger,  ayant  accompli  mon  désir  : cette  pensée  est  dans 
mon  cœur,  c’est  une  condition,  que  je  me  suis  imposée.  » 

16,729—16,730. 

» Tandis  que  Sâvitrl  parlait  ainsi  sur  la  nourriture, Sa- 
tyavat  prit  une  hache  sur  son  épaule  et  s’en  alla  au  bois. 

« Ne  veuille  pas  aller  seul,  dit  Sâvitri  àson  époux  ; j’irai 


J 


■Offrit  ^cTBftirto^le 


VANA-PARVA. 


15 


avec  toi,  car  je  ne  puis  t'abandonner.  » 16,731 — 16,732. 

» Tu  n’es  pas  encore  allée  au  bois,  répondit  Satyavat; 
la  route,  noble  dame,  serait  fatigante  pour  toi  : comment, 
amaigrie  par  ce  jeûne  de  ton  vœu,  iras-tu  à pied  ? » 

« Le  jeûne  ne  m'a  causé,  reprit  Sàvitrl,  ni  fatigue,  ni 
langueur;  ne  veuille  pas  mettre  obstacle  à mon  désir, 
tourné  vers  ce  voyage.  » 16,733 — 16,734. 

« Si  ton  désir,  lui  répondit  Satyavat,  est  de  venir  avec 
moi,  je  te  ferai  ce  plaisir  : mais  prends  l’avis  de  mes  pa- 
rents ; que  cette  faute  ne  porte  pas  toute  sur  moi.  » 

» La  femme  aux  grands  vœux  s'inclina  devant  son  beau- 
père  et  sa  belle-mère.  Elle  dit  : « Voilà  mon  époux,  qui  va 
dans  la  grande  forêt  ; il  emporte  avec  lui  de  la  nourriture 
et  des  fruits.  16,735 — 16,736. 

» Je  désirerais  obtenir  de  mon  beau-père  et  de  ma  belle- 
mère  la  permission  de  sortir  avec  lui  : je  n’ai  pas  la  force 
maintenant  de  supporter  son  absence.  16,737. 

» Ton  fils,  mon  père,  va  pour  un  agnihotra.  Pourra-t-on 
empêcher  celui,  qui  ne  peut  l'être?  Ne  l'étant  pas,  il  s'en 
va  au  bois.  16,738. 

» Il  y a près  d’un  an  que  je  ne  suis  pas  sortie  de 
l’hermitage,  et  j'ai  une  extrême  curiosité  de  voir  la  forêt 
en  fleurs.  « 16,739. 

« Depuis  le  temps  que  Sàvitrl  me  fut  donnée  comme 
bru  par  son  père,  elle  ne  m'a  jamais  rien  demandé,  lui 
répondit  Dyouiuatséna  ; et  je  ne  me  souviens  pas  qu’elle 
ait  dit  jamais  une  seule  parole  inconvenante.  16,740. 

» Que  cette  noble  femme  obtienne  donc  son  désir, 
comme  elle  le  souhaite.  11  ne  faut  pas  faire  d’imprudence, 
ma  fille,  dans  la  route  de  Satyavat.  » 16,741. 

» Quand  elle  eut  reçu  congé  de  ces  deux  vieillards, 


LE  MAHA-BHARATA. 


14 

l’illustre  femme  partit  avec  son  époux:  elle  souriait,  mais 
son  cœur  était  agité  par  l'inquiétude.  16,742. 

» De  tous  les  côtés,  elle  contempla  de  ses  grands  yeux 
des  bois  charmants,  fréquentés  par  des  troupes  de  paons. 

« Vois,  disait  Satyavat  d’une  voix  douce  à Sâvitrl  ; vois 
ces  rivières,  qui  roulent  des  ondes  limpides,  et  ces  hantes 
montagnes,  couvertes  de  fleurs.  » 16,743 — 16,744. 

» La  femme  sans  reproche,  se  rappelant  (1)  les  paroles 
de  l'anachorète  sur  la  mort  prématurée  de  son  époux,  re- 
gardait son  mari  comme  déjà  mort  dans  toutes  les  cir- 
constances. 10,746. 

» Elle  suivait  son  époux  et  marchait  à pas  lents.  Elle 
avait  comme  partagé  son  cœur  en  deux  ; elle  regardait 
ce  que  son  époux  lui  montrait  et  la  mort,  qui  s approchait 
derrière  elle.  16,740. 

» Accompagné  de  son  épouse,  le  vigoureux,  ayant  vu 
des  fruits,  eu  remplit  un  cabas  et  se  mit  à fendre  du 
bois.  16,747. 

» Il  fit  ruisseler  sa  sueur  à mettre  son  bois  en  morceaux, 
et  cette  fatigue  lui  causa  une  douleur  dans  la  tête.  16,748. 

>.  11  s'approcha  de  sa  femme,  accablé  de  lassitude,  et 
lui  dit  : « Celte  fatigue  m'a  donné  un  mal  de  tête. 

» Mes  membres,  mon  cœur,  Sâvitrl,  est  comme  agité 
par  la  souffrance  ; et  je  me  sens  malade  en  quelque  sorte, 
femme  aux  paroles  mesurées.  16,749 — 16,750. 

» Il  me  semble  qu'on  me  perce  la  tète  avec  des  lances. 
J’ai  envie  de  dormir,  noble  dame  ; je  n’ai  pas  la  force  de 
rester  debout.  » 16,761. 

n S’étant  avancé  près  de  son  époux , Sàvitrî  de  lui 


(1)  Stnaran,  suivant  l'édition;  il  faut  smaranU. 


% 


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VAN  l-PARVA. 


15 


mettre  la  tête  dans  son  sein  et  de  s’asseoir  sur  le  sol  de  la 
terre.  16,752. 

» La  belle  pénitente,  songeant  aux  paroles  de  Nârada, 
pensa  que  c'était  le  jour,  le  temps,  l'heure  et  la  mi- 
nute. 16,753. 

» Au  bout  d’un  instant,  elle  vit  un  homme  vêtu  d'un 
habit  rouge,  coiffé  d'une  tiare,  rayonnant  d'une  splendeur 
semblable  à celle  du  soleil.  11  était  beau,  noir  et  blanc,  il 
avait  les  yeux  rouges,  un  lasso  pendait  à sa  main,  il  inspi- 
rait l’épouvante,  il  se  tenait  à côté  de  Satyavat,  les  yeux 
attachés  sur  lui.  16,754 — 16,756. 

» A cette  vue,  elle  déposa  doucement  la  tête  de  son 
mari,  se  leva  soudain,  et,  réunissant  les  mains  à son  front, 
elle  dit,  en  proie  à la  douleur  et  le  cœur  palpitant  : 

« Je  reconnais  un  Dieu  en  toi  : ce  corps  n’appartient 
pas  4 un  enfant  de  Manon.  Dis-moi  librement  qui  tu  es, 
maître  des  Dieux,  et  quel  est  ton  dessein.  » 16,757. 

« Tu  es  fidèle  à ton  époux,  lui  répondit-il,  et  la  péni- 
tence t'accomjpagne,  Sàvitrl  : aussi,  te  le  dirai-je,  sache 
donc,  femme  charmante,  que  je  suis  Yama.  16,758. 

» line  vie  courte  fut  assignée  à ce  fils  de  roi,  Satyavat, 
ton  époux.  Je  vais  le  lier  et  l'emmener  : sache  que  tel  est 
mon  dessein.  » 16,759. 

« On  dit,  adorable,  que  tes  messagers,  reprit  Sàvitrl, 
se  promènent  au  milieu  des  hommes,  l’uurquoi  ta  majesté, 
seigneur,  est-elle  venue  ici  pour  l’emmener  elle-même  ?» 

» A ces  mots,  désirant  faire  une  chose,  qui  lui  fût 
agréable,  l’auguste  roi  des  Mânes  se  mit  à lui  raconter 
exactement  tout  son  dessein  : 16,760 — 16,761. 

« Cet  homme,  adonné  aux  devoirs  et  rempli  de  beauté, 
est  un  océan  de  vertus  : il  n’est  pas  convenable  qu’il  soit 


10 


LE  MAHA-BHARATA. 


emmené  par  mes  gens  : voilà  pourquoi  je  suis  venu.  » 

» Alor<  Yama  d'arracher  violemment  du  corps  de 
Satyaval  un  homme  grand  d'un  pouce  seulement,  après 
qu'il  eut  jeté  sur  lui  son  lasso  et  l'eut  réduit  en  sa  puis- 
sance. 16,762 — 16,763. 

v Ensuite  le  corps,  d’où  l’âme  avait  été  enlevée,  resta 
sans  vie,  la  splendeur  éteinte,  sans  mouvement  et  n'of- 
frant plus  qu’un  aspect  allligeant.  16,764. 

» Dès  qu’il  eût  enchaîné  l'âme,  Yama  de  s’avancer,  la 
face  tournée  au  midi  ; et  Sâvitri,  la  vertueuse  et  lidèle 
épouse,  parfaite  en  son  vœu  et  sa  pénitence,  accablée  de 
douleur , suivait  Yama  : « Retourne  sur  tes  pas , dit 
celui-ci;  va,  Sâvitri,  et  célèbre  ses  obsèques. 

16,765—16,766. 

» Tu  as  payé  ta  dette  à ton  époux  : tues  allée  jusqu’où 
il  fallait  aller.  » — « Je  dois  aller,  répondit  Sâvitri  jus- 
qu'au lieu  où  mon  époux  est  conduit,  ou  jusqu'au  lieu 
où  il  va  de  lui-même  : voilà  mou  devoir  éternel.  Ne 
mets  pas  d’obstacle  à ma  route  au  nom  de  ma  pénitence, 
de  ma  profonde  piété,  de  mon  vœu  d'amour  pour  mon 
époux  , au  nom  même  de  ta  grâce  ! Les  sages,  qui 
connaissent  la  vraie  nature  des  choses,  disent  que 
l’amitié  va  jusqu'à  sept  (vas.  16,767 — 16,768 — 16,769. 

n Je  mets  au  plus  haut  rang  l’amitié  et  je  vais  le  dire 
une  certaine  chose  : écoute  cela!  16,770. 

» Beaucoup  d’hommes,  maîtres  de  leur  âme,  font  dans 
le  bois,  et  leur  habitation  , et  la  place  de  leurs  sacrifices, 
et  le  devoir  ; ils  prononcent  le  devoir  avec  science  : aussi 
les  sages  disent-ils  que  le  devoir  ou  Dharmu  est  le  Dieu 
suprême.  16,771. 

• Nous  suivons  tous  la  route  avec  la  pensée  des  sages. 


~t?igifîz 


VANA-PARVA. 


17 


avec  le  devoir  d'un  seul  : qu’un  second  ni  un  troisième 
n’entre  pas  clans  les  désirs  : c’est  pourquoi  les  sages  disent 
que  le  devoir  ou  D karma  estle  Dieu  suprême!  » 16,772. 

ci  Retourne  sur  tes  pas,  irréprochable  temuie,  reprit 
lama  ; je  suis  content  de  cette  parole,  que  tu  as  pronon- 
cée, jointe  à la  raison  des  consonnes,  des  voyelles  et  des 
lettres.  Fais  choix  ici  d'une  grâce  : quelle  qu’elle  soit,  je 
te  l’accorde,  excepté  la  vie  de  tou  époux.  » 10,773. 

o Mon  beau-père  est  aveugle , répondit  Sâvitrl  ; il  fut 
renversé  de  son  trône,  réduit  à vivre  clans  un  hermitage, 
confiné  dans  les  bois.  Que  ta  grâce  rende  à ce  roi  les  yeux 
qu’il  a perclus  ; veuille  le  rendre  vigoureux,  semblable  en 
splendeur  au  soleil  ou  à la  flamme.  »l6,77â. 

« Je  t'accorde  cette  grâce,  irréprochable  femme,  repar- 
tit \ ama  : la  chose  arrivera  telle  que  tu  l’as  dite  ! Je  vois 
en  ta  personne  comme  de  la  fatigue , que  la  route  lui  a 
causée  : retourne  sur  tes  pas  ; vas  ! tu  ne  sentiras  point 
de  lassitude.  » 16,775. 

« D'où  viendrait  ma  fatigue  à côté  de  mon  époux? 
répondit  Sàvitri  : en  effet,  où  est  mon  mari,  ma  route  est 
certaine.  I.à , où  tu  conduiras  mon  époux  , souverain  des 
Dieux,  là  est  aussi  ma  route.  Écoute  encore  cette  parole 
de  moi.  16,776. 

u Se  lier  avec  les  gens  de  bien  est  le  mieux  qu’on 
puisse  désirer  ; un  ami , dit-on , est  ensuite  ce  qu’il  y a 
de  plus  doux.  Une  liaison  avec  un  homme  vertueux  n’est 
jamais  sans  fruit.  Qu'on  habite  donc  parmi  l'assemblée  des 
gens  de  bien  ! » 16,777. 

« Cette  parole,  que  tu  as  dite,  reprit  Varna,  est  favo- 
rable pour  l’âme,  elle  accroît  l'intelligence  des  sages,  c'est 
l'habitation  du  bien.  Choisis,  noble  dame , une  seconde 

2 


v 


18 


LE  MAHA-RHARATA. 


grâce  , excepté  la  résurrection  de  ce  Satyavat.  » 10,778. 

« Jadis,  son  trône  même,  lui  répondit  Sàvitrl,  fut  enlevé 
à mon  sage  beau-père  : que  ce  monarque  y soit  restauré! 
et  que  ce  mortel , il  qui  je  dois  mes  respects,  ne  déserte 
jamais  son  devoir.  Voilà  la  chose,  que  je  demande  pour 
seconde  grâce.  » 16,77t). 

« Ce  monarque  sera  bientôt  rétabli  sur  son  trône  et 
jamais , dit  Yama,  il  n’abandonnera  son  devoir  : retourne 
donc,  princesse,  avec  ces  vœux,  que  je  t’accorde.  Vas  ! tu 
ne  sentiras  point  de  lassitude.  » 16,780. 

n Tu  lies  indissolublement  les  créatures,  et,  cela  fait, 
tu  les  emmènes  à ta  volonté:  de  là  ton  nom  d’ Yama, célè- 
bre dans  les  mondes,  Dieu  puissant.  Écoute  cette  parole, 
que  je  vais  dire  : 16,781. 

» L’abstention  de  nuire  à tous  les  êtres,  en  actions,  en 
paroles,  en  pensées,  la  bienveillance , la  libéralité  sont  le 
devoir  éternel  des  gens  de  bien.  16,782. 

» Ce  monde  est  fait  de  telle  sorte  : les  hommes  doux 
par  piété  et  les  sages  exercent  môme  la  miséricorde  envers 
leurs  ennemis  déclarés.  » 10,783. 

« Que  cette  parole,  articulée  par  toi,  reprit  Yama, 
devienne  ce  qu'est  l’eau  pour  l’homme  altéré.  Choisis  une 
grâce , que  tu  veuilles  obtenir,  femme  charmante  , je  te 
C accorde , excepté  la  résurrection  de  ton  époux.  » 

« Le  roi  mon  père  n'a  point  d’enfants,  lui  répondit 
Sàvitrl.  Que  mon  père  voie  autour  de  lui  cent  fds,  nés  de 
son  propre  sang  et  qui  augmentent  les  rameaux  de  sa 
famille  : voilà  sur  quelle  troisième  grâce  s est  arrêté  mon 
choix.  » 10,78â— 16,785. 

u Qu’une  centaine  bien  éclatante  de  fils,  accroissant 
les  branches  de  sa  famille,  reprit  Yama,  soit  donnée  à ton 


VANA-PARVA. 


1» 


père.  Retourne  sur  tes  pas  avec  ce  vœu,  que  je  t’accorde, 
charmante  fille  du  souverain  des  hommes  ; car  tu  es  allée 
déjà  loin  sur  la  route.  » 16,786. 

« Ce  n'est  pas  loin,  puisque  je  suis  près  de  mon  époux, 
répliqua  Sâvitri;  mon  âme  court  même  en  avant  bien  plus 
loin.  Tout  en  cheminant,  veuille  écouter  encore  ces  dignes 
paroles,  que  je  vais  pronoucer.  16,787. 

» Tu  es  l’auguste  fils  de  Vivaçvat  ou  du  soleil,  c’est  de 
là  que  les  sages  te  nomment  le  Vivaçvatide.  Toutes  les 
créatures  marchent,  régies  sous  un  même  devoir,  d'où  vient 
ton  nom  de  Dharmaràdja  ou  le  roi  du  devoir.  16,788. 

» Ou  n’a  pas  en  soi  la  confiance , que  l’on  a dans  les 
gens  de  bien  : aussi,  touthomme  désire-t-il  surtout  l'amitié 
des  personnes  vertueuses.  » 16,780. 

» La  confiance  naît  certainement  de  l'amitié  en  tous  les 
êtres  : aussi , l’homme  met-il  surtout  sa  confiance  dans 
les  personnes  vertueuses.  » 16,700. 

« Je  n'ai  jamais  entendu  prononcer,  charmante  femme, 
par  un  autre  que  toi,  répondit  Yama,  des  paroles  aussi 
sages.  J'en  suis  ravi  ; choisis  donc  une  quatrième  grâce, 
qui  ne  soit  pas  la  vie  de  ton  époux,  et  va-t-en  ! » 

« Que  cent  fils , doués  de  force  et  de  courage , du 
Sâvitri , enfants  de  moi  et  de  Satyavat  et  nés  de  notre 
propre  sang,  nous  soient  donnés  pour  continuer  la  race  : 
c’est  la  quatrième  grâce,  que  je  choisis  ! » 

« Cent  fils,  doués  de  courage  et  de  force,  te  seront 
donnés,  femme,  pour  ajouter  à ta  joie,  repartit  Yama.  Ne 
te  fatigue  pas,  fille  du  roi  des  hommes,  retourne,  car  tu 
es  allée  déjà  loin  sur  la  route  ! » 16,791-16,702-16,793. 

« L’observance  du  devoir  éternel,  reprit  Sàvitiî,  est 
toujours  la  conduite  des  hommes  vertueux.  Ils  ne  suc- 


20 


LE  MAH  A-BHARATA. 


combent  pas  à la  peur,  ils  ne  sont  pas  émus  par  la  dou- 
leur. L'union  des  bons  avec  les  bons  n’est  jamais  sans 
fruit.  Les  hommes  vertueux  ne  craignent  aucun  danger 
des  hommes  vertueux.  16,79A. 

» Les  gens  de  bien  conduisent  le  soleil  par  la  vérité  ; 
les 'gens  de  bien  soutiennent  la  terre  par  la  pénitence.  ; les 
gens  de  bien  sont  la  route  du  passé  et  de  l’avenir;  les 
gens  de  bien  ne  s’affaissent  pas  au  milieu  des  gens  de 
bien.  10,795. 

» Une  fois  compris  que  cette  conduite  éternelle  est 
fréquentée  des  personnes  vénérables,  les  hommes  ver- 
tueux, laissant  le  bien  pour  les  autres,  ne  se  regardent 
pas  eux-mêmes.  10,796. 

» La  faveur  n'est  pas  stérile  dans  les  hommes  vertueux; 
chez  eux  ne  périt,  ni  la  richesse,  ni  l’honneur,  parce  que 
ces  avantages  sont  liés  sans  cesse  en  eux.  Les  hommes 
vertueux  sont  vmimenl  des  protecteurs.  » 16,797. 

« De  même  que  tes  paroles  sont  toutes  unies  au  devoir, 
favorables  â l’âme , heureuses  et  pleines  de  sens , dit 
Yama,  de  même  ta  piété  est  la  plus  haute  à mes  yeux  : 
choisis  donc,  épouse  fidèle,  une  grâce  sans  égale.  » 

« Une  restriction,  lui  répondit  Sàvitrî,  n’a  point  sé- 
paré ta  parole  du  bienfait,  comme  dans  les  autres  grâces. 
Que  ce  Salyavat  soit  rendu  à la  vie  : c’est  la  grâce,  que 
je  choisis,  car,  sans  mon  époux,  je  suis  morte,  pour  ainsi 
dire.  10,798 — 16,799. 

» Sans  mon  époux,  je  ne  désire  pas  le  plaisir  ; sans 
mon  époux,  je  ne  veux  pas  du  ciel;  sans  mon  époux,  je  ne 
désire  pas  la  félicité  ; sans  mon  époux,  je  ne  souhaite  pas 
de  vivre.  16,800. 

» Ce  don  de  cent  fils,  que  tu  m’as  accordé,  est  une 


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VANA-l’ARVA. 


21 


grâce  au-dessus  de  lacréation,  et  dont  rougiraitmon  époux. 
Que  ce  Satyavat  soit  rendu  à la  vie  ; c’est  la  grâce,  que  je 
choisis  : ainsi  ta  parole  aura  sa  vérité.  » 10,801. 

» A ces  mots,  le  fils  du  soleil  et  le  roi  du  devoir, 
Varna,  de  relâcher  son  lasso,  et,  d’une  âmeravie,  il  adressa 
à Sàvitrl  ce  lang.  ge  : 10,802. 

« Noble  dame,  voici  que  j’ai  remis  ton  époux  en  liberté, 
fille  d'une  illustre  famille;  tu  peux  l’emmeuer  sain  et 
saut  ; il  aura  surmonté  le  destin.  10,803. 

» 11  obtiendra  avec  toi  une  vie  de  quatre  cents  années 
et  il  ira  dans  le  monde  à la  renommée  par  sa  justice, 
après  qu'il  aura  offert  de  grands  sacrifices.  10,80â. 

» Satyavat  doit  engendrer  cent  fils  en  ton  sein  ; ils  se- 
ront tous  des  kshatryas  et  des  rois  ; ils  auront  des  fils  et 
des  petits-fils.  10,805. 

» Leurs  noms  recevront  ici-bas  leur  immortalité  par 
toi.  On  verra  ton  père  engendrer  cent  fils  en  ta  mère. 

n Tes  fils  et  tes  petits-fils,  nommés  les  Mâlavas,  ne  pé- 
riront pas  dans  le  royaume  de  Mâlavl,  et  les  kshatryas, 
tes  frères,  seront  les  images  des  Dieux.  » 

10,806—10,807. 

» Lorsqu’il  eut  accordé  cette  grâce  et  qu’il  eut  fait  re- 
brousser chemin  à Sàvitrl,  l'auguste  roi  du  devoir  s’en 
revint  à son  palais.  10,808. 

» Après  le  départ  d’ Varna,  Sàvitrl  elle-même,  ayant 
recouvré  son  époux,  retourna  aux  lieux,  où  était  le  ca- 
davre noir  de  son  mari.  16,809. 

» Elle  vit  son  époux  étendu  sur  le  sol,  elle  s’approcha, 
le  prit  dans  ses  bras,  lui  mit  la  tète  dans  son  sein  et 
s'assit  sur  la  terre.  16,810. 

» 11  revint  à la  connaissance , et,  regardant  Sàvitrl 


22 


LE  MAHA-BHARATA. 


mainte  et  mainte  fois  avec  amour,  lui  dit  comme  s'il  re- 
venait d’un  pays  étranger  : 16,811. 

« Hélas,  j'ai  dormi  bien  long-temps  : pourquoi  ne 
m’as-tu  pas  réveillé?  Où  est  cet  homme  noir,  qui  m’avait 
emmené  avec  luit  10,812. 

o Oui  ! lui  répondit-elle  ; tu  as  dormi  long-temps  sur 
mon  sein,  ô le  plus  éminent  des  hommes.  L’auguste  Dieu 
Yama,  qui  lie  toutes  les  créatures,  est  venu.  16,813. 

» Tu  es  reposé,  te  voilà  réveillé,  vertueux  fils  de  roi. 
Lève-toi,  s’il  est  possible  : voislanuit  profonde.  » 16,814. 

» 11  reprit  toute  sa  connaissance,  et,  comme  s'il  était 
sorti  d'un  tranquille  sommeil,  Satyavat  promena  ses  yeux 
sur  toutes  les  plages  du  ciel  et  sur  toutes  les  lisières  du 
bois  : » Emportant  de  la  nourriture  et  des  fruits,  je  suis 
sorti  avec  toi,  femme  à la  jolie  taille,  dit-il.  Je  fendis  du 
bois  et  je  fus  saisi  par  le  mal  de  tête.  10,815 — 16,816. 

» Tourmenté  par  cette  vive  douleur,  je  ne  pus  rester 
debout  long-temps.  Je  me  suis  endormi  sur  ton  sein  : je 
me  souviens  de  tout  cela,  charmante  femme.  16,817. 

» Mon  âme  fut  enlevée  par  le  sommeil,  tandis  que  tu 
me  tenais  dans  tes  bras  : ensuite,  je  ne  vis  plus  qu’une 
obscurité  épouvantable  et  un  homme  à la  grande  vigueur. 

» Si  tu  le  sais,  femme  à la  jolie  taille,  dis-moi  ce  que 
c'était  : ai-je  vu  cette  chose  dansun  rêve,  ou  bien  était-ce 
la  vérité  en  moi  ? » 10,818 — 16,819. 

» Sàvitrl  lui  répondit  : o La  nuit  s’approche  ! Demain, 
je  t’exposerai  tout,  selon  ce  qui  est  arrivé,  fils  du  roi  des 
hommes.  10,820. 

» Lève-toi  ! lève-toi  ! sur  toi  descende  la  félicité  ! Viens, 
homme  aux  vœux  constants,  voir  ton  père  et  ta  mère.  La 
nuit  est  arrivée,  et  voilà  que  le  soleil  a disparu.  16,821. 


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VANA-PARVA. 


25 


» Les  bêtes  noctivagues  circulent  réveillées,  poussant 
des  cris  sinistres  ; on  entend  un  bruit  dans  les  feuilles  : 
il  dénote  le  passage  des  carnivores,  qui  errent  dans  la 
forêt!  16,822. 

» Les  chacals  jettent  ces  rauques  glapissements  ; ils 
infestent  la  plage  du  sud-ouest,  et  terribles  ils  ébranlent 
mon  âme.  » 16,823. 

o Ce  bois,  enveloppé  d'une  obscurité  épouvantable, 
imprime  la  terreur,  observa  Satyavat  ; tu  ne  reconnaîtras 
point  la  route , et  tu  n’as  pas  la  force  de  marcher.  » 

« Voici  l'heure,  où  l’arbre  sec  se  tient  comme  un  flam- 
beau dans  cette  forêt  incendiée,  répliqua  Sàvitrl  ; le  feu 
se  montre  ici  partout  en  jouet  aux  caprices  du  vent. 

16,824—16,825. 

» J'apporterai  ici  le  feu,  et  je  répandrai  la  flamme  de 
tous  les  côtés.  Tu  voit  ces  arbres,  ils  sont  ici  expris. 
Bannis  donc  ce  souci  de  ton  âme.  16,826. 

» Si  tu  ne  peux  marcher  (car  je  te  vois  avec  la  fièvre, 
et  tu  ne  reconnaîtrais  point  ta  route  dans  ce  bois,  que 
l’obscurité  environne),  demain,  avec  ton  assentiment, 
nous  cheminerons  de  nouveau  dans  cette  forêt,  que  te  jour 
naissant  rendra  visible  à nos  yeux.  Passons  la  nuit  ici, 
mortel  sans  péché,  s'il  te  plaît.  » 16,827 — 16,828. 

a Mon  mal  de  tête  est  fini  et  je  sens  mes  membres  en 
bon  état,  répondit  Satyavat;  je  désire  me  réuniravecmon 
père  et  ma  mère  par  un  effet  de  ta  grâce.  16,829. 

» La  nuit  n’est  pas  venue  encore  ; la  fatigue,  que  j'avais 
avant,  s'en  est  allée  ; le  crépuscule  n’est  point  arrivé  : ma 
mère  empêche  que  je  n'accepte  ta  proposition.  16,830. 

» Je  suis  sorti  au  point  même  du  jour,  et  mes  deux  vé- 
nérables parents  doivent  être  agités  d'inquiétudes  : mon 


LE  MAHA-BHARATA. 


24 

père  à cette  heure  même  peut-être  me  cherche  avec  les 
habitants  de  l’hermitage.  16,831. 

» Souvent  j’eus  à suLir  jadis  les  reproches  de  mon  père 
et  de  ma  mère,  entièrement  consumés  de  soucis  : « Tu 
reviens  bien  tard!  » me  disaient-ils.  16,832. 

» Mais  quelle  est  maintenant,  je  pense,  la  condition  de 
ces  deux  vieillards.  Mon  absence  doit  les  affliger  d'une 
profonde  douleur.  16,833. 

» Souvent  avant  ce  jour,  baignés  de  larmes,  dans  la 
nuit,  oppressés  d'un  violent  chagrin,  ces  bons  vieillards 
m’ont  dit,  pleins  de  tendresse  : 16,834. 

n Privés  de  toi,  mon  fils,  nous  ne  te  survivrions  pas  un 
instant:  notre  vie  est  assurée  seulement  sur  la  durée  de 
la  tienne.  16,835. 

» La  race  de  nous  deux,  privés  des  yeux,  fatigués  par 
l’âge,  appuie  sur  toi  son  ordre  successif  ; tu  es  à la  fois  de 
nous  deux,  et  le  gâteau  funèbre,  et  lagloire,  et  la  postérité 
à venir.  » 16,836. 

» Mon  innocente  mère  est  tombée  dans  les  angoisses  de 
l’incertitude  à cause  de  moi;  et, jeté  dans  cette  pénible 
crise,  moi-même,  je  partage  les  angoisses  de  cette  incer- 
titude. 

» Je  ne  peux  vivre  loin  démon  père  et  de  manière.  Sans 
aucun  doute,  dans  le  trouble  de  son  esprit,  mon  père 
savant,  mais  aveugle,  interroge  en  ce  moment  chaque 
habitant  de  l’hermitage. Je  ne  me  plains  pas,  femme 
charmante,  autant  que  je  plains  mon  père. 

16,837—16,838. 

» Je  gémis  sur  ma  faible  mère,  qui  suit  le  désespoir  de 
son  époux  : ils  tombent  maintenant  à cause  de  moi  au  fond 
même  du  chagrin.  16,389. 


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VANA-PARVA. 


25 


» Ma  vie  dépend  de  leur  vie  ; ils  vivent  en  moi,  et  je 
dois  faire  ce  qui  est  agréable  à ces  deux  bons  vieillards  : 
voilé  ce  que  je  sais.  » 16,840. 

» Et,  ce  disant,  le  vertueux  jeune  homme,  dévoué  à ses 
parents  et  qui  avait  ses  parents  pour  amis,  jeta  ses  bras 
en  l'air  et,  déchiré  par  la  douleur,  se  mit  à pleurer  avec 
des  sanglots  éclatants.  10,841. 

» Quand  elle  vit  son  époux  en  proie  au  chagrin , la  chaste 
Sàvitrî  lui  essuya  les  larmes  des  yeux  et  tint  ce  langage  : 

« Si  j'ai  acquis  des  mérites  par  ma  pénitence,  mes  au- 
mônes, mes  sacrifices,  puisse  cette  nuit  être  heureuse  pour 
mon  beau-père,  ma  belle-mère  et  mon  époux  ! 

10,8â2—16,8â3. 

» Je  ne  me  souviens  pas  que  j’aie  dit  jamais  une  parole 
fausse  ; puisse  cet  esprit  de  vérité  assurer  maintenant  la 
vie  de  mes  beaux-parents  1 » 10,844. 

« Je  désire  la  vue  des  auteurs  de  mes  jours,  reprit  Sa- 
tyavat;  va,  Sàvitrl,  sans  balancer  ! Si  d’abord  je  vois  mon 
père  et  ma  mère  subir  une  chose  désagréable,  je  ne  sup- 
porterai pas  la  vie  : en  vérité,  je  me  donnerai  la  mort  (1). 
Si  ton  âme  suit  le  devoir,  si  tu  veux  que  je  vive,  il  faut 
exécuter  ce  que  je  désire:  allons  à l’hermitage.  j A ces 
mots,  la  noble  Sàvitrl  se  leva;  elle  rattacha  ses  cheveux; 

10,845—10,840—10,847. 

» Elle  prit  son  époux  dans  ses  bras  et  l'aida  à se  relever. 
Alors  Satyavat  debout  essuya  ses  yeux  avec  sa  main. 

» 11  promena  ses  regards  dans  tous  les  points  de  l'espace 
et  fixa  sa  vue  sur  le  panier.  « Demain,  lui  dit  Sàvitrl,  tu 
emporteras  les  fruits.  10,848 — 16,849. 


(I)  Ou  : J'en  atteste  ces  membres , que  je  touche  sur  ma  personne  même 


LE  MAHA-BHARATA. 


* 


26 

» Je  vais  porter,  moi  ! ta  hache  pour  assurer  la  route.  » 
Ces  paroles  articulées,  elle  suspendit  le  poids  du  panier  à 
la  branche  d'un  arbre.  16,850. 

» Elle  prit  la  hache  de  son  époux  et  revint  comme  elle 
avait  dit.  La  femme  charmante  lit  appuyer  le  bras  de  son 
mari  sur  son  épaule  gauche,  elle  le  soutint  du  bras  droit, 
et  s’avança  avec  le  pas  d’un  éléphant:  « Les  routes  me 
sont  connues,  timide  épouse,  par  l’habitude,  que  j'ai  de 
les  parcourir,  lui  dit  Satyavat.  16,851 — 16,852. 

» Je  vois,  grâce  à la  lune,  dont  les  rayons  se  glissent  au 
travers  des  arbres.  Demain,  nous  reviendrons  au  beu,  où 
nous  avons  récolté  des  fruits.  16,853. 

» Va,  femme  charmante,  sans  mettre  un  doute  sur  le 
chemin,  par  lequel  tu  es  venu...  Dans  ce  massif  de  butéas, 
la  route  se  partage  en  deux  branches...  16,854. 

» Le  chemin,  que  tu  dois  suivre,  est  au  septentrion  de 
celui-ci.  Va,  hàte-toi  ! mes  membres  vont  bien;  je  suis  fort 
et  j'ai  le  désir  de  revoir  mon  père  et  ma  mère.  » 16,865. 

» Et,  tout  en  parlant,  il  pressait  le  pas  et  s’avançait  vers 
l'hermitage. 

» Dans  ce  même  temps,  Dvoumatséna  à la  grande  puis- 
sance recouvrait  la  vue  et  distinguait  tout  de  ses  yeux 
redevenus  clair-voyants.  16,856. 

» Il  s’en  alla  dans  tous  les  hermitnges,  accompagné  de 
Çalvyà,  son  épouse,  et  tomba,  éminent  Bharatide,  à cause 
de  son  (ils,  dans  une  amère  douleur.  16,857. 

«L’épouseetl'épouxs’en  allèrent  au  milieu  de  cette  nuit 
fouillant  les  hermitages,  les  rivières,  les  forêts  et  les  lacs. 

» Dressant  la  tête  au  plus  léger  bruit  entendu  : « Voilà, 
disaient-ils,  croyant  que  c'était  leur  fils,  Satyavat,  qui 
arrive,  en  compagnie  de  Sâvitrî  ! » 16,858—16,859. 


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VANA-PARVA. 


27 


» Ils  couraient,  comme  deux  personnes  ivres,  les 
membres  déchirés  par  les  pointes  des  kouças,  les  pieds 
hideux,  rompus,  baignés  de  sang  et  couverts  de  bles- 
sures. 10,8(50. 

» Ensuite,  reconduits  à leur  habitation  par  tous  les 
brahmes , habitants  des  forêts , qui  étaient  venus  prie 
deux,  les  consolaient  et  les  environnaient,  Dyoumatséna, 
accompagné  de  son  épouse , au  milieu  de  ces  vieillards 
pleins  de  riches  pénitences , vit  relever  sa  confiance  de 
diverses  manières,  qui  avaient  pour  substance  les  histoires 
des  précédents  rois.  10,861 — 16,862. 

» Mais  les  deux  vieillards  conservaient  encore  , au 
milieu  de  ces  consolations,  le  désir  de  revoir  leur  fils,  et, 
vivement  aflligés  au  souvenir  des  actions  de  Satyavat  dans 
son  enfance,  ils  articulaient,  sous  l’aiguillon  de  la  douleur, 
de  lamentables  paroles  : « Hélas  1 mon  fils  ! Hélas  ! ver- 
tueuse Sàvitri  ! disaient-ils  ; où  es-tu  ? où  es-tu  ?»  Et  ils 
versaient  des  pleurs.  16,863 — 16,864. 

» Un  brahme  véridique , Souvartchas,  leur  adressa  ce 
langage  au  milieu  de  ses  collègue,  : « Satyavat  est  vivant; 
c’est  aussi  vrai  que  Sàvitri,  son  épouse,  est  douée  de  péni- 
tence, de  répression  des  sens  et  d’une  conduite  éminem- 
ment vertueuse.  » — «J'ai  lu  tous  les  Védas  et  les  Vé- 
dàngas,  dit  Gaâutama;  j'ai  amassé  une  grande  pénitence. 

16,865—16,666. 

» J’observe  la  chasteté  depuis  mon  enfance  ; j'ai  tou- 
jours satisfait  mes  gourous  et  le  feu  ; j’ai  accompli  tous 
mes  vœux  avec  attention.  16,867. 

» J’ai  vécu  de  l'air  ; j'ai  toujours  gardé  le  jeûne,  sui- 
vant la  règle  : sache  que  cette  pénitence  fait  arriver  au 
but  tout  ce  qu’on  a le  désir  de  faire.  16,868. 


28 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Satyavat  est  vivant  ! sachez-le  en  vérité  !»  — « Oui! 
Satyavat  est  vivant,  s’écria  Çiçya,  aussi  vrai  qu’une 
parole  vaine  n’est  jamais  sortie  de  ma  bouche  magis- 
trale !»  — n Satyavat  vit , dirent  les  rishis  ; c’est  aussi 
certain  que  Sâvitri , son  épouse,  est  douée  de  tous  les  ca- 
ractères heureux , qui  ne  dénotent  pas  le  veuvage.  » — 
o Oui,  Satyavat  est  vivant,  reprit  Bharadwâdja,  aussi 
vrai  que  Sâvitri,  son  épouse,  est  douée  de  pénitence,  de 
répression*  des  sens  et  d'une  conduite  éminemment  ver- 
tueuse !»  — « Satyavat  est  vivant , reprit  Dâlmya.  Il 
jouit  de  la  nourriture,  comme  il  est  vrai  que  tuas  recouvré 
la  vue  et  que  c’est  un  vœu  de  Sâvitri  !»  — « Aussi  vrai 
que  les  oiseaux  gazouillent  et  que  les  gazelles  brament 
dans  une  plage  tranquille,  dit  Apastamba;  aussi  vrai  que 
ta  vie  active  est  sur  la  terre , Satyavat  est  vivant  ! » — 
« Satyavat  est  vivant,  ajouta  Dhaàumya  : c’est  aussi  vrai 
que  ton  fils,  l'ami  du  genre  humain,  est  doué  de  toutes  les 
qualités  et  qu’il  porte  les  caractères  d’une  longue  vie  ! » 
» Consolé  ainsi  par  ces  pénitents  aux  paroles  de  vérité, 
Dyoumatiêna  gardait  sa  constance , car  il  les  estimait 
tous  beaucoup  et  les  uns  et  les  autres.  Un  instant  après, 
Sâvitri  joyeuse  arriva  avec  Satyavat,  son  époux,  et  entra 
dans  l'hermitage  au  milieu  de  la  nuit.  « Maintenant  que 
nous  te  voyons  rendu  à la  vue  et  réuni  avec  ton  ûls, 
dirent  les  brahmes , nous  l'interrogeons  tous  sur  ton 
bonheur,  maître  de  la  terre.  Ne  crols-tu  pas  en  félicité 
dans  ces  trois  choses,  à cette  heure  même  acquises,  ta 
réunion  avec  ton  fils,  la  vue  de  Sâvitri  et  les  yeux,  qui  te 
sont  rendus  ? toutes  choses,  qui  te  furent  annoncées  par 
nous  tous  : il  n’y  a point  de  doute  ici  ! ( De  ta  stance 
16,869  à la  stance  16,881.) 


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VANA-P.ARVA. 


20 


» Ta  prospérité  augmentera  bientôt  encore  pins.  » 
Ensuite,  ayant  allumé  le  feu,  tous  les  brahmes  d'honorer, 
fils  de  Prithà,  le  monarque  Dyoumatséna.  Çalvyâ,  Satya- 
vat  et  Sâvitrl  étaient  placés  debout  d'un  seul  côté. 

16,882—10,888. 

» Quand  tous  leur  en  eurent  donné  la  permission , ils 
s’assirent  sans  chagrin.  Tous  les  habitants  de  l'hermitage 
étaient  assis  avec  le  roi.  10,884. 

» Excités  par  la  curiosité , enfant  de  Prîthà,  ils  inter- 
rogèrent le  fils  du  monarque  : « N'es-tu  pas  sorti, 
seigneur,  lui  dirent  les  brahmes,  au  point  du  jour 
même  avec  ton  épouse  ? 16,885. 

» Pourquoi  donc  reviens-tu  à la  nuit  fermée  ? Quelle 
circonstance  te  fit  agir  ? Ton  père,  ta  mère  et  nous,  fils  du 
roi,  nous  fûmes  en  proie  à l’inquiétude  ? 16,886. 

» Pourquoi  en  fut-il  ainsi  ? Nous  n’en  savons  point  la 
cause  : daigne  nous  exposer  tout  !»  — « Congédié  par 
mon  père  , répondit  Satyavat , je  suis  parti , accompagné 
de  mon  épouse.  16,887. 

» Tandis  que  je  fendais  mon  bois  dans  la  forêt , le  mal 
de  tête  me  saisit.  Je  dormis  long-temps  par  l’effet  de  la 
douleur  : c’est  tout  ce  que  je  sais.  16,888. 

» Jamais  avant,  je  n’ai  dormi  aussi  long-temps.  N’en 
concevez,  vous  tous!  aucune  inquiétude.  16,880. 

» De-là,  vient  ma  rentrée  chez  nous , à la  nuit  fermée. 
Il  n’v  a point  d'autre  cause.  » Gaàutama  lui  dit  : « Mais 
il  y a une  cause  , qui  fit  recouvrer  la  vue  à Dyoumatséna, 
ton  père.  16,800. 

» Tu  n’en  sais  pas  la  cause  : que  Sâvitrl  veuille  nous 
la  dire  : je  désire  l’entendre  ; car  tu  sais,  Sâvitrl,  ce  qui  a 
précédé  et  ce  qui  a suivi  ce  mal  de  tfte.  10,891. 


30 


I.K  MAHA-BHARATA. 


» Je  sais,  Sàvitrl,  que  tu  égales  eu  splendeur  la  Sâvitrl 
même.  Tu  n’ignores  pas  cette  cause  : ain3i,  déclare  ici  la 
vérité.  16,892. 

» Parle-nous,  si  toutefois  ce  n'est  pas  un  mystère,  que 
tu  doives  taire.  » — « La  chose  est  connue  tu  l’as  dite, 
répondit  Sàvitrl,  et  ma  pensée  n'est  pas  différente  de  la 
vôtre.  16,893. 

» 11  n'y  a ici  aucun  secret,  qu’il  nie  faille  garder  : 
écoutez  donc  la  vérité.  Jadis  la  mort  de  mon  époux  me 
fut  annoncée  par  le  magnanime  Nàrada.  16,894. 

» Elle  devait  arriver  aujourd'hui  même , je  ne  le 
quittai  donc  pas.  Durant  qu'il  était  dans  le  sommeil, 
Yama  en  personne  s'approcha  de  lui  avec  ses  serviteurs. 

» Il  garotta  mon  époux  et  l'emmena  vers  la  plage  ha- 
bitée par  les  Mânes.  Je  plus  au  Dieu  puissant  par  mon 
langage  de  vérité.  16,896 — 16,896. 

» Cinq  grâces  me  furent  accordées  par  lui  : écoute-les 
de  ma  bouche.  Les  yeux  et  le  trône  rendus  à mon  beau- 
père  : deux  grâces  ! 16,897. 

» Cent  fils  donnés  à mon  père,  cent  autres  fils  pour 
moi-même,  et  quatre  cents  années  de  vie  accordées  à Sa- 
tyavat,  mon  époux.  16,898. 

u En  effet,  j'avais  accompli  ce  vœu  pour  mon  époux. 
Je  vous  ai  raconté  en  détail  tout  ce  qui  tient  à cette  cause, 
et  voilà  comme  cette  grande  peine  est  devenue  exacte- 
ment pour  moi  le  lever  de  Castre  du  plaisir.  » 16,899. 

« Poursuivie  par  les  infortunes,  dirent  alors  ces 
brahmes,  la  famille  du  roi  des  hommes  était  plongée  dans 
un  lac  de  ténèbres,  et  tu  l’en  as  retirée,  femme  vertueuse, 
par  ta  générosité,  par  la  pureté  de  tes  vœux  et  par  ton 
excellent  caractère.  » 16,900. 


VANA-PARVA. 


M. 


» Après  qu'il  eurent  loué  et  qu'ils  eurent  honoré  cette 
illustre  femme,  les  saints,  rassemblés  en  ce  lieu,  firent 
leurs  adieux  au  monarque  et  A son  fils  ; puis,  ils  revinrent 
promptement,  heureusement,  pleins  de  joie,  à leurs  habi- 
tations. 16,901. 

» Dès  que  cette  nuit  se  fut  écoulée,  que  le  disque  du 
soleil  eut  paru  sur  l’horizon  et  qu’ils  eurent  vaqué  aux  cé- 
rémonies du  matin,  tous  les  anachorètes,  opulents  de  péni- 
tence, se  réunirent.  16,902. 

» Les  maharshis  ne  pouvaient  se  rassasier  de  raconter 
mainte  et  mainte  fois  à Dyoumatséna  cette  circonstance, 
où  avait  éclaté  entièrement  la  vertu  de  Sâvitrl.  16,905. 

» Ensuite,  tous  les  sujets,  accourus  de  la  contrée  des 
Çàlvas,  sire,  racontèrent  que  l’ennemi  du  royal  anacho- 
rète était  tombé  sous  les  coups  de  son  ministre.  16,904. 

» Quand  il  eut  appris  que  le  vizir  avait  tué  l’usurpa- 
teur, ses  amis  et  ses  parents,  ils  exposèrent  à Dyoumat- 
séna circonstanciellement  que  son  armée  était  en  fuite 
et  que  l'unanimité  de  tous  les  citoyens  inclinait  vers 
\ ancien  monarque  : « Aveugle  ou  clair-voyant,  disait-on, 
qu'il  soit  notre  roi  1 » 16,905 — 16,906. 

» Nous  avons  été  envoyés,  sire,  avec  cette  résolution 
bieu  arrêtée.  Voilà  ces  chars  arrivés  : voilà  une  armée,  en 
quatre  corps,  qui  t'attend  I 16,907. 

» Mets-toi  en  route,  sire  ! La  félicité  descende  sur  toi  ! 
La  victoire  est.  proclamée  dans  ta  ville  : assieds-toi,  après 
un  long  temps  écoulé,  sur  le  trône  de  ton  père  et  de  tes 
aveux,  u 16,908. 

» Voyant  le  roi  jouir  de  la  vue  et  rayonner  de  beauté, 
ils  se  prosternaient  tous,  le  visage  contre  terre,  les  yeux 
tout  épanouis  d'admiration.  16,909. 


82 


LE  MAHA-BH  VU A TA. 


» Alors,  s’étant  incliné  devant  les  vieux  brahmes,  ha- 
bitants des  henni  tapes,  le  monarque  se  mit  en  chemin 
pour  sa  ville,  honoré  par  eux  tous.  16,910. 

» Çalvyà,  accompagnée  de  Sàvitrl,  environnée  d’une 
armée,  s'avançait  sur  un  char  spacieux,  tout  rayonnant 
de  splendeur,  que  traînaient  des  hommes  a1  télés. 

» Les  archi-braluues  de  sacrer  avec  joie  le  front  du  roi 
Dyoumatsénr  et  d'inaugurer  son  magnauime  fils  dans  la 
royauté  de  la  jeunesse.  16,911  — 16,912. 

» Ensuite,  après  un  long  espace  de  temps  écoulé,  na- 
quirent à Sàvitrl  les  cent  fils,  pour  augmenter  sa  gloire, 
héros,  qui  ne  savaient  pas  reculer  du  ns  les  combats. 

» Elle  eut  aussi  cent  frères  germains,  armée  bien  nom- 
breuse dans  Mâlavt  et  née  d'.lç.vapati,  le  souverain  des 
Madras.  16,913—16,9:14. 

» Son  père,  sa  mère,  sa  belle-mère  et  son  beau-père, 
se  ressemblaient  par  l’àme.  Sàvitrl  arracha  à l’infor- 
tune, où  elle  était  plongée,  toute  la  famille  de  son  mari. 

» Ainsi  l’illustre  Draàupadi,  estimée  pour  la  beauté  du 
caractère,  vous  fera  passer  tous  sur  la  rive  ultérieure  de 
l’infortune,  comme  jadis  le  lit  Sàvitrl,  cette  femme  de 
noble  race.  » 16,916 — 16,916. 

C’est  ainsi  que  le  (ils  de  Pàndou,  sire,  calmé  par  ce 
magnanime,  habita,  vide  d’inquiétudes  et  libre  dechagrin, 
dans  le  kâmyaka.  16,917. 

L'homme,  qui  écoutera  avec  piété  cette  légende  sublime 
de  Sàvitrl,  sera  heureux,  verra  prospérer  toutes  ses 
affaires,  et  ne  connaîtra  jamais  l’infortune  I 16,918. 


LES  BOUCLES-D’OREILLE  ENLEVÉES. 


Djanamédjava  dit  : 

« Nulle  part,  grand  brahme,  tu  n'as  répété  ce  discours, 
que  Lomaça  avait  rapporté  au  nom  d’Indra  à Youddish- 
thira,  le  fds  de  Pândou,  quand  ce  Dieu  lui  fit  dire  : « Une 
fois  Dhanandjaya  venu  ici,  je  t’enlèverai  cette  crainte 
amère,  qui  est  dans  ton  cœur.  » 16,91» — 16,920. 

» Est-ce  que  Karna,  ô le  meilleur  des  hommes,  qui 
murmurent  la  prière,  lui  inspirait  beaucoup  de  crainte  ? 
Ce  mortel  vertueux  ne  l’a  dit  à personne.  » 16,921. 

Vatçampâyana  lui  répondit  : 

Eh  bien  ! tigre  des  rois,  je  te  raconterai  cette  narration  : 
écoute  donc,  Ô le  plus  vertueux  des  Bharatides,  ma  réponse 
à ta  question.  16,922. 

La  douzième  année  était  passée,  la  treizième  année  était 
venue,  quand  Çakra,  sollicité  par  le  bien  des  Pàndouides, 
entreprit  d’aller  trouver  Karna  pour  lui  demander  une 
aumône.  16,923. 


v 


> 


S A 


LE  MAHA-BHARATA. 


Le  Soleil  connut  ce  projet  de  Mahéndra,  et  l'astre  ra- 
dieux, puissant  roi,  se  rendit  vers  karna  au  sujet  de  ses 
boucles-d’ oreille.  16,924. 

Le  héros  pieux,  véridique,  rempli  de  confiance,  était 
couché  sur  un  lit  très-riche  et  couvert  des  tapis  les  plus 
dignes  d’envie.  16,925. 

Dans  sa  tendresse  pour  son  fils,  l’astre  radieux,  plein 
d’une  pitié  suprême,  lui  apparut  dans  la  nuit,  Bharatide, 
à la  fin  du  sommeil.  16,926. 

Quand  il  eut  revêtu  les  apparences  d’un  brahme  versé 
dans  les  Védas  et  les  formes  d'un  ascète  riche  de  con- 
templations, il  adressa  à karna  ce  discours  salutaire  et 
que  précédait  un  mot  de  flatterie  : 16,927. 

« karna,  écoute,  guerrier  aux  longs  bras,  le  meilleur  de 
ceux,  qui  soutiennent  la  vérité,  mon  discours  éminent, 
utile:  c’est  l’amitié,  qui  l’inspire,  mon  fils.  16,926. 

» Le  désir  du  bien  des  Pàndouides,  karna,  et  l’envie 
d'enlever  tes  boucles-d’ oreille,  amènera  Indra  vers  toi, 
sous  le  personnage  emprunté  d'un  brahme.  16,929. 

» Ton  caractère  est  connu  de  lui  et  du  monde  entier  ; 
il  sait  que  tu  donneras  aux  sollicitations  de  gens  vertueux, 
mais  que  toi,  tu  ne  demandes  rien.  16,930. 

» Tu  donneras  aux  bralunes  la  richesse,  qu'ils  de- 
mandent, et  même,  dit-on,  autre  chose  encore  ; et  tu  n’as 
jamais  refusé,  mon  fils,  qui  que  ce  fût.  16,931. 

» Pàkaçâsana,  sachant  que  tel  est  ton  caractère,  viendra 
lui-même  solliciter  tes  boucles-d' oreille  et  mendier  ta 
cuirasse.  16,932. 

» 11  ne  faut  pas  livrer  tes  pendeloques  à sa  demande  ; 
mais  il  faut  de  toutes  tes  forces  te  concilier  sa  faveur  : 
c’est  là  de  ton  salut  le  point  le  plus  important.  16,933. 


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VANA-PARVA. 


35 


» S’il  te  parle,  mon  fils,  pour  tes  boucles-d' oreille,  lu 
dois  l'arrêter  de  mainte  et  mainte  manière  par  diverses 
raisons  et  par  d’autres  richesses  de  différente  espèce. 

» Trois  joyaux,  des  vaches,  une  opulence  variée,  di- 
verses manières  doivent  tromper  dans  Pourandaraledési 
de  tes  boucles-d'oreille.  16,934 — 16,935. 

» Si  tu  donnais  tes  pendeloques  éblouissantes,  nées  avec 
toi,  Karna,  tu  subirais  la  perte  de  la  vie  et  tu  tomberais 
sous  le  pouvoir  de  la  mort.  16,936. 

a Muni  de  ta  cuirasse  et  paré  de  tes  pendeloques,  tu  es 
à l'abri  de  la  mort  contre  les  ennends  dans  le  combat  : 
n’oublie  pas  ce  discours  de  moi.  16,937. 

» Si  la  vie  t’est  chère,  Karna,  il  te  faut  garder  ces  deux 
objets,  formés  de  pierreries  et  qui  t’assurent  l’immortalité.» 

« Qui  est  ton  excellence,  qui  me  parle  ainsi,  reprit 
Karna,  et  qui  présente  à mes  yeux  la  plus  grande  amitié  1 
Dis-moi,  s’il  te  plaît,  révérend,  quelle  personne  se  dérobe 
sous  cet  habit  du  brahme?  » 16,938 — 16,939. 

« Je  suis,  mon  enfant,  le  Dieu  aux  mille  rayons,  à qui 
sa  tendresse  inspira  de  t’apporter  cette  leçon,  répondit  le 
brahme.  Accomplis  cette  parole  de  moi  ; ton  salut  s’v 
trouve  attaché  pour  la  plus  grande  partie  ! » 16,940. 

»L’ auguste  Soleil  parle  maintenant  avec  moi  et  recherche 
mon  bien,  repartit  Karna,  c'est  là  ce  qui  est  pour  moi  le 
salut  infini  ! Écoute  ce  langage  de  ma  bouche.  16,941. 

» Je  t’en  supplie,  je  te  parle  avec  amour.  Si  je  te  suis 
cher,  tu  ne  dois  pas  m’arrêter  dans  ce  vœu.  16,942. 

» line  chose  est  tout  à fait  connue  de  ce  monde,  Soleil  : 
c'est  que  je  donnerais  ma  vie  même  assurément  aux  prin- 
cipaux des  brahmes.  16,943. 

» Si  Çakra,  caché  sous  la  personne  empruntée  d’un 


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30 


LE  M 4HA-BHAK ATA. 


brahme,  vient,  pour  le  bien  des  fils  de  Pàndou,  me  de- 
mander l’aumône,  je  lui  donnerai,  ô le  plus  grand  des 
êtres  aériens  et  le  meilleur  des  Dieux,  mes  deux  pende- 
loques et  ma  sublime  cuirasse.  Puisse  ne  pas  s’éteindre 
ma  gloire,  disséminée  dans  les  trois  mondes. 

16,94/1—16,945. 

» Conserver  une  vie  déshonorée  ne  sied  pas  à un  homme 
de  ma  sorte  : ce  qui  me  convient,  c'est  de  mourir  avec 
honneur  dans  l’estime  du  monde.  16,946. 

# Je  donnerai  à Indra  mes  boucles-d’ oreille  et  ma  cui- 
rasse, si  l’aumône  conduit  le  meurtrier  de  Bala  et  de 
Vritra  à me  demander  mes  pendeloques  dans  l’intérêt  des 
fils  de  Pàndou.  Cette  action  fera  magloire  dans  le  monde: 
il  y aura  de  la  gloire  attachée  à ma  générosité. 

16,947—16,948. 

» Je  choisis  la  gloire  dans  le  monde,  radieux  Soleil,  au 
prix  même  de  ma  vie  : la  gloire  jouit  du  ciel  assurément  ; 
mais  l’homme  sans  gloire  périt  ! 16,949. 

» C'est  la  gloire,  qui,  semblable  à une  mère,  donne  la 
vie  à l’homme  dans  le  monde;  la  honte  détruit  l’existence 
du  mortel  même,  qui  possède  la  vie.  16,950. 

» Voici  un  antique  çloka,  Soleil,  maître  du  monde, 
qui  fut  chanté  par  le  Créateur  en  personne  : « La  gloire, 
dit-il,  est  la  vie  de  l’homme.  16,051. 

» La  gloire  est  dans  l'autre  monde  la  principale  route 
de  l’homme,  et,  dans  ce  monde,  la  gloire  pure  ajoute  à la 
vie.  » 16,952. 

» J’acquérerai  une  gloire  immortelle  en  donnant  mes 
pendeloques  naturelles.  Quand  j’aurai  fait  l'aumône  aux 
brahmes  suivant  la  régis,  sacrifié  d’une  manière  analogue 
aux  rubriques,  prodigué  mon  corps  dans  le  combat,  exploit 


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VANA-PARVA. 


57 


très- difficile  à accomplir,  et  vaincu  les  ennemis  sur  le 
champ  de  bataille,  j'obtiendrai  entièrement  la  gloire. 

16,953—16,054. 

» Si  je  donne  dans  la  mêlée  l’assurance  aux  genscrain- 
tifs,  à ceux,  qui  désirent  la  vie,  si  j'arrache  à de  grands 
périls  les  enfants,  les  vieillards  et  les  brahmes,  j’acquérerai 
une  renommée  suprême  dans  ce  monde  et  le  Swarga  sans 
égal  après  lui.  C'est  ma  gloire,  que  je  dois  sauver  aux 
risques  mêmes  de  ma  vie  : sache  que  c'est  là  mon  vœu  ! 

16,955—10,956. 

» Quand  j'aurai  donné  cette  aumône  nompareille  à Ma- 
ghavat,  caché  sous  la  forme  d'un  brahme,  je  suivrai  dans 
le  monde  des  Dieux  la  voie  suprême.  » 16,957. 

« Ne  fais  pas,  Rarna,  lui  répondit  le  soleil,  cette  chose 
funeste  pour  tes  amis,  et  tes  épouses,  et  tes  fds,  et  ta 
mère,  et  ton  père,  et  toi-même  ! 10,958. 

» L’ètre  animé,  ô le  meilleur  de  ceux  qui  possèdent  la 
vie,  cherche  à obtenir  la  renommée  et  une  gloire  immuable 
dans  le  ciel,  Indra,  sans  que  le  corps  y mette  obstacle. 

» Mais  toi,  qui  veux  obtenir  une  gloire  éternelle  au 
prix  même  de  ta  vie,  cette  gloire  s’en  ira,  il  n’y  a pas  de 
doute,  après  qu’elle  t’aura  enlevé  la  vie  ! 10,959 — 16,900. 

» Un  père,  une  mère,  un  fils  et  les  autres  parents  quel- 
conques font  dans  ce  monde,  homme  éminent,  l’affaire 
des  vivants.  16,961. 

» La  vigueur  dans  l'homme,  c’est  là  ce  qui  fait  les  rois, 
sache-le,  tigre  des  hommes  : la  gloire  est  utile  au  mortel 
durant  sa  vie,  prince  à la  grande  splendeur.  16,962. 

» Que  sert  la  gloire  à un  homme  mort,  qui  est  devenu 
une  froide  cendre?  Un  mort  n'a  point  le  sentiment  de  la 
gloire  : le  vivant  seul  jouit  de  la  gloire.  16,903. 


LE  MAHA-BHARATA. 


58 


n La  gloire  est  pour  le  mortel,  qui  n’est  plus,  ce 
qu'est  un  bouquet  de  fleurs  pour  l’homme,  de  qui  la  vie 
est  exhalée.  L’envie  d’obtenir  le  salut,  te  dis-je,  est  le 
sentiment,  qui  t’inspire  la  dévotion.  18,964. 

» Il  n’y  a pas  de  doute  que  je  doive,  pensé-je,  sauver 
mes  fidèles  ! et,  par  cette  raison,  le  fidèle,  que  voici  en  toi, 
guerrier  aux  longs  bras,  me  dis-je,  est  d’une  piété  su- 
prême à l’égard  de  moi-même.  18,965. 

» Puisque  tu  as  conçu  de  la  piété  en  moi,  accomplis 
donc  ma  parole.  11  y a ici  une  certaine  âme  supérieure, 
faite  par  le  destin.  16,986. 

» Aussi,  te  dis-je  : « Fais  cela  sans  hésiter!  » Il  est  im- 
possible à toi,  homme  éminent,  de  connaître  le  secret  des 
Dieux.  16,967. 

» C’est  pourquoi  je  te  dis  : ta  majesté  connaîtra  le  se- 
cret des  Dieux,  quand  il  en  sera  temps.  Je  te  répéterai  une 
chose  déjà  dite  : retiens  bien  cela,  fils  adoptif  de  Ràdhâ. 

» Ne  donne  pas  tesboucles-d’oreille  au  Dieu,  qui  porte 
la  foudre,  lorsqu’il  viendra  les  mendier.  Tu  brilles  avec 
ces  radieuses  pendeloques,  telle  que,  dans  un  ciel  pur,  la 
lune  placée  au  milieu  de  l’astérisme  Viçâka.  La  gloire 
peut  servir  à l’homme,  sache-le,  durant  qu’il  vit. 

16,968—16,969—16,970. 

» Tu  dois  repousser,  mon  fils,  le  maître  des  Dieux 
te  sollicitant  pour  tes  boucles  d’oreille.  Ce  désir  du  souve- 
rain des  Immortels  pour  acquérir  tes  pendeloques,  il  te 
faut,  mortel  sans  péché,  l’écarter  mainte  et  mainte  fois 
par  différents  discours  fondés  en  raison.  Éloigne,  Karna, 
cette  pensée  de  Pourandara  avec  des  parures,  où  se  trouve 
la  douceur  de  C art , avec  des  choses,  appuyées  sur  la 
raison  et  la  convenance.  Certes!  tigre  des  hommes, 


--  — Digittewl-byLioogle 


VANA-PARVA. 


3» 


l’Ambidextre  te  dispuste  sans  cesse  la  prééminence. 

16,971— 16,972— 16,973. 

» L’héroïque  Savvasàtchl  en  viendra  aux  mains  avec 
toi  dans  la  bataille.  Mais,  si  tu  es  paré  de  tes  boucles  d’o- 
reille, Arjouna  n’est  pas  capable  de  te  vaincre  dans  les 
combats,  eût-il  Indra  lui-même  pour  allié.  Il  ne  faut  donc 
pas  donner  à Çakra  tes  brillantes  girandoles,  si  tu  veux, 
Karna,  triompher  d'Arjouna  sur  le  champ  de  bataille.  » 
16,974—16,975—16.976. 

« Je  suis,  reprit  Kama,  soumis  à ta  divinité.  Tu  me 
connais , Soleil  ; tu  sait  que  l’astre  aux  rayons  chauds 
est  pour  moi  le  plus  grand  des  Dieux  ; mais  je  ne  possède 
rien  d'aucune  manière,  qui  ne  soit  pas  à donner. 

» Ni  mes  amis,  ni  mes  épouses,  ni  mes  fils,  ni  ma 
personne  elle-même  ne  sont  jamais  aussi  chères  à mes 
yeux,  divin  Soleil,  que  tu  l’es  toi-même.  16,977-16,978. 

» Les  magnanimes,  tu  ne  l’ignores  pas,  auteur  de  la 
lumière,  font  ce  que  désirent  et  ce  qu’aiment,  il  n’y  a là 
aucun  doute,  ceux  qu'ils  aiment  et  qui  leur  sont  chers. 

« Karna  m’aime,  il  est  pieux  envers  moi,  il  ne  connaît 
pas  dans  le  ciel  un  autre  Dieu  ! » Après  qu’elle  eut  agité 
ces  réflexions,  ta  Divinité  m'a  dit  ce  qui  était  mon  intérêt. 

16,979—16,980. 

» Mais , je  t’en  supplie  de  nouveau  en  fléchissant  ma 
tête,  et  t'ayant,  mainte  et  «sainte  fois,  rendu  favorable  : 
« Astre  aux  rayons  chauds,  te  dis-je,  veuille  me  par- 
donner. 16,981. 

» Je  ne  crains  pas  la  mort  autant  que  je  redoute  un 
mensonge,  surtout  à l’égard  de  ces  brahmes,  dont  la  vie 
est  sans  cesse  accompagnée  de  la  vertu.  » 16,982. 

■>  11  n’y  a point  à balancer  ici  sur  l'abandon  de  ma  vie 


40 


LE  MAHA-BHARATA. 


même.  Quant  à ce  que  tu  m'as  dit  relativement  à Phâl- 
gouna,  le  fils  de  Pândou,  mets  de  côté,  Dieu,  auteur  de 
la  lumière,  ce  pénible  souci,  que  le  chagrin  a fait  naître 
dans  tou  cœur  sur  Arjouna  et  sur  moi  ; je  vaincrai  Ar- 
jouna  en  bataille.  16,983 — 16,984. 

» Que  cela  soit  connu  de  toi,  Dieu  : j'ai  une  grande 
puissance  d'astra,  qui  m’a  été  donnée  par  le  Djamada- 
gnide  et  par  le  magnanime  Drona.  16,985. 

» Permets  que  j’observe  ce  mien  vœu,  ô le  plus  grand 
des  Dieux,  que  je  donne  ma  vie  même  au  Dieu  maître  de 
la  foudre,  s’il  me  la  demande.  » 16,986. 

« Si  tu  donnes,  mon  fils,  répondit  le  soleil,  ces  radieuses 
pendeloques  au  maître  du  tonnerre,  commence  par  lui 
dire,  héros  à la  grande  force,  en  garantie  de  la  victoire  : 

« Je  te  donnerai  mes  boucles-d’oreille  à une  condition, 
Çatakratou.  » En  effet,  si  tu  es  paré  de  ces  pendeloques, 
nul  parmi  les  êtres  ne  peut  te  causer  la  mort. 

16,987—16,988. 

» Le  meurtrier  des  Dànavas,  mon  fils,  désire  te  voir 
anéanti  par  Arjouna  dans  un  combat;  c'est  pour  cela  qu’il 
veut  te  dépouiller  de  tes  girandoles.  16,989. 

» Quand  tu  te  seras  concilié  mainte  et  mainte  fois  Pou- 
randara  avec  d'aimables  présents,  demande  à ce  maître 
des  Dieux  une  faveur,  qui  ne  soit  pas  stérile.  16,990. 

a Donne-moi,  lui  diras-tu,  une  lance  certaine,  destruc- 
tive des  ennemis,  et  je  te  donnerai,  Dieu  aux  mille  yeux, 
mes  boucles-d'oreille  et  ma  sublime  cuirasse.  » Sous  cette 
réserve  seulement,  Karna,  tu  abandonneras  tes  pende- 
loques 5 r.akra,  et  par-là  tu  vaincras  les  ennemis  en  combat 
sur  le  champ  de  bataille.  16,991 — 16,992. 

» Quand  on  a tué  les  ennemis  par  centaines  et  par 


Digïfîzêtfft/  Google 


VANA  PARVA. 


41 


milliers,  cette  lance  du  roi  des  Dieux,  héros  aux  longs 
bras,  fait  son  retour  à la  main.  » 16,903. 

Après  que  l’astre  aux  mille  rayons  eut  parlé  de  cette 
manière,  il  disparut  aussitôt.  Ensuite  Rarna  de  raconter 
sou  rêve  au  soleil,  A la  suite  des  prières,  qu’on  récite  A voix 
basse.  1(5,904. 

Vrisha  de  lui  exposer  alors  successivement  tout  ce  qui 
lui  était  arrivé  dans  cette  nuit,  ce  qui  s’était  vu,  ce  qui 
s’était  entendu  entre  eux  deux.  10,905. 

A ces  mots,  l’adorable  Dieu,  le  destructeur  de  Raghou, 
le  radieux  soleil  répondit  en  souriant  à Karna  : « C.’est 
vrai  ! » 16,096. 

Lorsqu’il  eut  ainsi  connu  la  vraie  nature  de  son  rêve , le 
meurtrier  des  héros  ennemis,  le  fils  adoptif  de  Râdhà.  dé- 
sirant la  pique  de  fer,  attendit  l'arrivée  de  Çakra.  16,997. 

Djanatnédjaya  interrompit  : 

o Quel  était  ce  secret,  qui  n’a  point  encore  été  raconté 
ici  A Karna  par  le  Dieu  aux  rayons  chauds  ? Quelles  étaient 
ces  pendeloques  ? Et  quelle  était  cette  cuirasse  ? 16,998. 

» D’où  lui  étaient  venus  cette  cuirasse  et  ces  bouclcs- 
d’oreille,  ô le  plus  vertueux  des  brahmes?  C’est  ce  que  je 
désire  entendre  : raconte-moi  cela,  homme  riche  eu  pé- 
nitence ! » 16,900. 

Valçampâyana  lui  répondit: 

Eh  bien  ! sire,  je  vais  te  raconter  ce  secret  du  soleil  : 
je  te  dirai  quelles  étaient  ces  boucles-d’ oreille  et  quelle 
était  cette  cuirasse.  17,000. 

Jadis  un  brahme,  A la  splendeur  enflammée,  A la  haute 
taille,  portant  le  triple  bâton,  la  chevelure  en  gerbe  et  la 
barbe,  s'approcha  du  roi  kountibhodja.  17,001. 

Admirable,  ses  membres  étaient  beaux  ;il  flamboyait  de 


42 


LE  MAHA-BHARATA. 


lumière  en  quelque  90rte  ; il  était  jaune  comme  le  miel, 
ses  paroles  étaient  l’expression  de  la  vérité  ; la  lecture  des 
Védas  et  la  pénitence  formaient  ses  parures.  17,002. 

Cet  anachorète  aux  macérations  infinies  dit  au  roi 
Kountibhodja  : « Je  désire,  homme  sans  envie,  manger 
une  aumône  dans  ton  palais.  17,003. 

» Aucune  peine  ne  doit  m’être  faite,  ni  par  loi,  ni  par 
tes  suivants  : j’habiterai  dans  ton  palais  à cette  condition, 
s’il  te  plaît,  mortel  sans  péché.  17,004. 

» Que  j’aille  et  que  je  vienne,  à ma  volonté,  que  je  reste 
assis  ou  couché,  personne,  sire,  ne  commettra  d’offense 
contre  moi.  » 17,005. 

Kountibhodja  répondit  à ces  paroles  sur  le  ton  de 
l’amitié,  et,  de  plus,  il  ajouta  ces  mots  à l’anachorète  : 

« J'ai  une  jeune  fille,  solitaire  à la  grande  science  ; elle 
est  nommée  Prithâ  : c’est  une  illustre  dame,  aux  organes 
domptés,  vertueuse,  douée  de  la  conduite  et  du  caractère. 

17,000—17,007. 

» Après  qu’elle  t’aura  offert  ses  hommages,  elle  te 
rendra  ses  services  : son  caractère  et  sa  conduite  feront 
naître  ta  satisfaction.  » 17,008. 

A ces  mots,  quand  il  eut  honoré  le  brahme  suivant 
l’étiquette,  il  s’approcha  de  sa  jeune  fille  et  tint  ce  langage 
à Prithâ  aux  grands  yeux  : 17,009, 

« Ce  vertueux  brahme  désire,  ma  fille,  habiter  dans  mon 
palais,  et  je  lui  ai  promis  : « Oui  ! il  en  sera  ainsi.  » 

» Je  t’ai  confié  le  soin  de  me  rendre  ce  brahme  favo- 
rable : veuille  bien,  ma  fille,  ne  jamais  faire  ma  parole 
vaine.  17,010 — 17,011. 

» Ce  brahme  est  un  vénérable  pénitent,  attaché  à la 
lecture  des  Védas  : il  faut  donner  à cet  homme  d’une 


VANA-PARVA. 


â3 

grande  splendeur,  sans  lui  rien  envier,  chaque  chose, 
qu’il  demandera.  17,012. 

» Le  brahme  est  une  lumière  éminente,  le  brahme  in- 
cendie ses  ennemis  : si  le  soleil  brille  dans  le  ciel,  c’est 
grâce  aux  prières  des  brahmes.  17,013. 

o Tàladjangha  et  le  grand  Asoura  Vàtâpi  ont  péri  sous 
la  malédiction  des  brahmes,  parce  qu’ils  avaient  méprisé 
ces  hommes  dignes  de  tons  les  respects.  17,01â. 

» Ce  brahme  sera  maintenant  servi  par  toi,  ma  fdle: 
toujours  soumise,  attache-toi  à nous  gagner  la  faveur  de  ce 
brahme.  17,015. 

» Je  sais  que,  depuis  l’enfance,  ton  attention  est  ici 
placée,  ma  fdle,  dans  tous  les  brahmes,  dans  les  gou- 
rous, eu  tes  parents,  en  tes  mères,  dans  noscognats,  dans 
nos  amis,  dans  tous  les  serviteurs  et  en  moi-même  : je  sais 
que  tu  fais  tout  exactement,  donnant  à toute  chose  un 
regard  vigilant.  17,016 — 17,017. 

» 11  n’est  personne  ici,  entre  le  peuple  ou  les  serviteurs, 
soit  dans  la  ville,  soit  dans  le  gynœcée,  qui  ne  soit  en- 
chanté de  ta  manière  d’agir  convenable  envers  tons. 

■>  Mais,  comme  tu  es  un  enfant,  me  dis-je,  et  comme 
tu  es  ma  fille,  je  pense  qu’il  faut  te  prémunir  contre  l’iras- 
cibilité de  ce  brahme.  17,018  —17,019. 

n Tu  es  née  dans  la  famille  des  Vrishnides,  et  tu  es  la 
fille  de  Çoûra  : tu  étais  encore  un  enfant,  quand  jadis  ton 
père  lui-même  te  donna  à moi  par  amitié.  17,020. 

» Tu  es  la  sœur  de  Vasoudéva  et  l’ainée  de  mes  filles  : 
tu  es  devenue  ma  fdle  par  ce  don,  quand  il  m’eut  promis 
devant  tous  de  me  céder  les  droits  attachés  à la  qualité  de 
père.  17,021. 

» Née  dans  une  telle  famille,  élevée  dans  la  mienne,  tu 


AA 


LE  MAHA-BHARATA. 


es  passée  d'une  situation  heureuse  dans  une  autre  con- 
dition de  bonheur,  comme  un  lotui,  qui  d’un  lac  est  trans- 
planté  dans  un  autre  lac.  17,022. 

» On  n'arrive  jamais  à prendre  des  femmes,  qui  surtout 
sont  de  mauvaise  race  : souvent  les  femmes,  fille  char- 
mante, changent  depuis  leur  enfance.  17,023. 

» Tu  es  née  dans  une  race  de  rois  et  ta  beauté,  Prithâ, 
est  merveilleuse  ; tu  fus,  noble  dame,  favorisée  et  douée 
de  l'une  et  de  l'autre  qualité.  17,02A. 

» Mettant  de  côté  l'arrogance,  l'orgueil  et  la  fierté,  con- 
cilie-toi, Prithâ,  ce  brahme,  qui  donne  les  grâces,  et 
assure-toi  du  bonheur.  17,025. 

» Tu  obtiendras  ainsi,  illustre  et  pieuse  dame,  la  féli- 
cité : autrement,  le  plus  vertueux  des  brabmes  consu- 
merait ma  famille  dans  le  feu  de  sa  colère.  » 17,020. 

« Enchaînée  par  le  respect,  sire,  lui  répondit  Kountl, 
je  servirai  le  brahme  comme  tu  l'as  promis  : cette  parole, 
je  ne  la  dis  pas  en  vain.  17,027. 

» Le  respect  des  brabmes  : voilà  quel  est  mon  caractère. 
Ainsi,  je  ferai  une  chose,  qui  t’est  agréable,  et  j'obtiendrai 
une  félicité  parfaite.  17,028. 

» S’il  vient  le  soir  ou  le  matin,  s’il  vient,  soit  dans  la 
nuit,  soit  au  milieu  du  jour,  le  révérend  neconcevra  point 
de  colère  contre  moi.  17,029. 

» J’aurai  pour  mon  bénéfice  dans  cette  affaire , Indra 
des  rois,  de  faire  le  bien,  en  honorant  lesbrahmes  et  res- 
tant soumise  à tes  ordres,  6 le  plus  grand  des  hommes. 

» Aie  confiance,  roi  des  rois;  le  plus  grand  desbrahmes 
n'ira  point  à la  douleur  pour  habiter  en  ton  palais  ; je  te 
dis  cette  parole,  qui  est  une  vérité.  17,030—17,081. 

» Je  m’étudierai  à faire  que  l'agréable  soit  pour  ce 


4 


VANA-PARVA. 


45 


brahme  et  le  bien  pour  toi,  monarque  sans  reproche  : 
bannis  donc  le  soucis  de  ton  cœur  ! 17,082. 

» En  effet,  les  brahmes  vertueux,  si  on  les  honore,  seront 
capables  de  sauver,  et,  dans  le  cas  contraire,  de  vous 
donner  la  mort.  17,033. 

>i  Sachant  cela,  je  réjouirai  ce  grand  brahme,  et  le  plus 
sage  des  régénérés  ne  te  jetera  pas  dans  la  peine  à cause 
de  moi.  17,034. 

» Car  l’offense,  Indra  des  rois,  dispose  les  brahmes  à la 
mort  des  rois,  comme  jadis  Tchyavana  à l’occasion  de  la 
jeune  Soukanyâ.  17,035. 

» Je  servirai  le  plus  grand  des  brahmes  avec  un  vœu 
suprême,  ainsi  que  tu  l’as  dit  toi-même  sur  ce  brahme, 
Indra  des  rois.  » 17,036. 

Quand  il  eut  embrassé  mainte  et  mainte  fois  sa  fille,  qui 
parlait  de  cette  manière,  et  roulé  en  lui-même  telle  ou 
telle  pensée,  le  roi  de  lui  enseigner  tout  ce  qu’elle  avait  5 
faire.  17,037. 

« C’est  ainsi  que  cela  doit  être  fait,  dit-il,  éminente  et 
pieuse  fille,  pour  mon  bien  propre,  dans  ton  intérêt  et 
dans  celui  de  notre  famille.  » 17,038. 

Dès  qu’il  eut  parlé  de  cette  façon  à la  jeune  vierge, 
Kountibhodja  à la  vaste  renommée,  l’ami  des  brahmes, 
donna  Prithà  à celui-ci.  17,039. 

n Voici  ma  fille,  brahme  ; enfant,  elle  fut  élevée  dans 
les  plaisirs.  Puisse-t-elle  ne  manquer  en  son  cœur,  digne 
anachorète,  qu’à  la  chose,  quelqu’en  soit  la  nature,  qui 
ne  doit  pas  être  faite  par  toi.  17,040. 

» Les  brahmes,  éminemment  pieux,  n’ont  aucun  sen- 
timent de  colère  à l’égard  des  pénitents,  des  vieillards  e! 


46 


LE  MAHA-BHARATA. 


des  enfants:  c’est  dans  les  offenses  ordinairement  qu'ils 
ne  désarment  jamais  leur  courroux.  17,041. 

» 11  faut  que  les  bralimes  usent,  autant  qu’il  est  pos- 
sible, de  la  plus  grande  patience,  et  qu’ils  reçoivent  les 
respects  avec  toute  la  force,  dont  ils  sont  doués.  » 17,042. 

« Oui  ! » répondit  le  brahme  ; et  le  roi,  l'âme  joyeuse, 
lui  donna  son  palais,  semblable  aux  rayons  de  la  lune  ou  à 
l'aile  blanche  du  cygne.  17,043. 

Là,  on  lui  fit  un  siège  resplendissant  dans  la  chapelle 
du  feu,  où  on  lui  prodigua  les  vivres  et  toutes  les  choses, 
dont  il  avait  besoin.  17,044. 

La  jeune  princesse,  mettant  bas  l’orgueil  et  la  paresse, 
déploya  ses  plus  grands  efforts  pour  gagner  la  faveur  du 
brahme.  17,045. 

Prithâ,  vertueuse  et  vouée  à la  pureté,  s'étant  rendue 
auprès  du  bralune,  satisfit  comme  un  Dieu,  suivant  l’éti- 
quette, cet  homme  digne  de  tous  les  soins.  17,040. 

La  jeune  vierge  aux  vœux  parfaits,  grand  roi,  contenta 
donc  avec  une  âme  pure  le  brahme  aux  vœux  parfaits. 

u Je  reviendrai  ce  matin  ! » disait  un  jour  le  brahme. 
11  partait  et  ne  rentrait  que  le  soir  ou  dans  la  nuit. 

17,047—17,048. 

La  vierge  de  l’honorer  dans  tous  les  temps  avec  des 
offices,  remplis  de  vivres  et  de  mets,  continuellement 
augmentés.  17,049. 

On  prépare  avec  attention  ses  aliments  et  ce  qui  lui  est 
nécessaire,  on  fait  son  siège,  on  dresse  sa  couche,  on 
augmente  de  soins  tous  les  jours  et  jamais  il  n’est  aban- 
donné. 17,050. 

Prithâ  ne  commit  rien  alors,  qui  fut  désagréable  au 


VÀNÀ-PAKVA. 


â7 


brabme,  soit  par  le  ton  blessant  de  sa  voix,  soit  par  ses 
reproches,  soit  par  ses  menaces.  17,051. 

Le3  temps  étaient  bouleversés,  et  le  brabme  souvent 
parlait  d'une  manière  non  appropriée  aux  temps  (1)  : 
« Qu'on  me  serve,  disait-il,  des  mets,  quelque  rares  à 
trouver  qu’ils  soient.  » 17,052. 

Et,  parfaitement  soumise,  comme  un  disciple,  comme 
un  lils,  comme  une  sœur,  Prithâ  de  lui  donner  toute  chose. 

L’irréprochable  vierge,  Indra  des  rois,  faisait  naître  à 
plaisir,  telle  qu’une  perle,  la  joie  de  cet  excellent  brahme. 

17,053—17,054. 

Le  plus  sage  des  régénérés  fut  enchanté  de  sa  conduite 
et  de  son  caractère.  Grâce  à son  attention,  il  fit  encore 
de  plus  grands  progrès.  1 7,055. 

Au  lever  et  au  coucher  du  jour,  Bharatide,  son  père 
d’interroger  la  vierge  : « Le  brahme  est-il  content  de  ton 
service,  ma  lille?  » 17,056. 

« Parfaitement!  » répondait  la  lille  à la  vaste  renommée; 
et  le  magnanime  Kountibhodja  en  éprouvait  une  joie  su- 
prême. 17,057. 

Ensuite,  .une  année  se  trouvant  accomplie,  quand  le 
meilleur  des  êtres  à la  voix  articulée  n'eut  pas  aperçu 
dans  Prithâ  la  moindre  faute,  il  se  réjouit  de  son  amitié. 

Le  brahme,  ayant  pris  une  âme  charmée,  lui  dit  alors  : 
<■  Je  suis  extrêmement  satisfait  de  ton  service,  noble  et 
charmante  fille.  17,058 — 17,059. 

» Choisis  des  grâces  d’une  acquisition  difficile  aux 
hommes  de  ce  monde,  illustre  vierge,  et  par  la  faveur 


(1)  Littéralement  : Souoent , *7  disait  ceci  et  non  cela,  le  temps  étant 
confondu  ou  troublé. 


48 


LE  MAHA-BHARATA. 


desquelles  tu  surpasses  en  renommée  toutes  les  femmes.» 

Kountl  lui  répondit: 

u Tout  ce  que  j'ai  fait,  ce  qui  attira  sur  moi  ta  satis- 
faction et  celle  de  mon  père  lui-même,  n’a  pas  eu  pour  son 
objet  les  grâces  d’un  brahme.  » 17,060 — 17,061. 

« Si  tu  ne  désires  pas  une  grâce  de  moi,  lui  dit  le 
brahme,  noble  vierge  au  candide  sourire,  accepte  du 
moins  cette  formule  pour  faire  descendre,  sur  la  terre,  les 
habitants  du  ciel.  17,062. 

» Quelque  soit  le  Dieu,  que  tu  évoques  avec  elle,  prin- 
cesse, cette  formule  doit  le  soumettre  à ton  pouvoir. 

» Qu’il  veuille  ou  ne  veuille  pas,  soumis  par  ce  mantra, 
le  Dieu,  courbé  comme  un  serviteur,  passera  sous  ta  puis- 
sance. » 17,063 — 17,064. 

La  crainte  d’une  malédiction  empêcha  l'irréprochable 
vierge  de  refuser  alors  une  seconde  fois  le  plus  vertueux 
des  brahmes.  17,065. 

Celui-ci  fit  donc  recevoir  à la  jeune  fille  aux  membres 
séduisants  une  multitude  de  mantras,  qui  sont  lus,  sire, 
au  commencement  de  l’Atharva.  17,066. 

Ces  formules  données,  il  dit,  Indra  des  rois,  ces  mots  â 
Kountibhodja  : « J’ai  demeuré,  sire,  dans  tes  palais,  au 
milieu  d’un  plaisir,  qui  y fut  disposé,  toujours  bien  res- 
pecté fet  ma  faveur  conquise  par  ta  fille.  Nous  partons 
maintenant.  » A ces  paroles,  il  s’évanouit  aux  yeux. 

17,067—17,068. 

Quand  il  vit  le  brahme  disparaître  en  ce  moment,  le  roi 
fut  saisi  d'étonnement,  et  il  honora  Prithâ.  17,060. 

Ce  vertueux  brahme  étant  parti,  la  jeune  vierge,  dans 
une  certaine  conjoncture  d’affaires,  se  mit  à penser  au  fort 
et  au  faible  de  son  faisceau  de  mantras:  17,070. 


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VANA-PARVA. 


âtt 

« Quel  est  cet  assemblage  de  formules,  que  m'a  donné 
ce  magnanime?  pensa-t-elle.  » Je  saurai  ce  qu'il  est  avant 
qu’il  ne  s’écoule  un  bien  long  temps  ! » 17,071. 

Occupée  de  ces  réflexions,  elle  arriva  d’ elle-même  aux 
jours  de  son  mois,  et,  couverte  de  sang  par  l’effet  de  la 
jeunesse,  elle  fut  remplie  de  confusion.  17,072. 

Placée  sur  la  terrasse  de  son  palais,  elle,  accoutumée 
aux  couches  du  plus  haut  prix,  elle  vit  le  disque  du  soleil, 
qui  se  levait  dans  la  plage  orientale.  17,073. 

Ce  spectacle  enchaîna  son  âme  et  scs  regards,  mais  la 
vierge  â la  jolie  taille  ne  fut  pas  brûlée  par  la  forme  du 
soleil,  parvenu  au  moment  qu’on  lui  adresse  les  prières. 

Ses  yeux  étaient  doués  d'une  vision  divine  : aussi  dis- 
cernait-elle le  Dieu  paré  de  boucles-d’ oreille,  revêtu  d’une 
cuirasse,  offrant  un  aspect  divin.  17,07A — 17,075. 

Mais  sa  curiosité  était  dirigée  sur  les  mantras,  monarque 
des  hommes,  et  la  noble  vierge  fit  l’évocation  du  Dieu. 

Elle  touche,  avec  l’eau,  ses  organes  de  la  respiration, 
elle  sacrifie  au  père  de  la  lumière,  et  celui-ci  arrive,  sire, 
en  se  bâtant.  17,070 — 17,077. 

11  était  jaune  comme  le  miel,  il  avait  de  grands  bras, 
un  cou  rond  comme  la  conque,  il  portait  des  bracelets,  il 
était  coiffé  d’une  tiare,  il  souriait,  et  tous  les  points  de 
l'espace  étaient  illuminés  de  sa  présence.  17,078. 

11  vint,  ayant  partagé  en  deux  son  individualité  ; il  ré- 
pandait la  chaleur  ; il  dit  à Kountl  d'une  voix  tendre  et 
d’une  beauté  suprême  : 17,070. 

« Me  voici  venu  sous  ta  puissance,  noble  vierge,  cédant 
à la  force  du  mantra.  Que  ferai-je,  contraint  par  lui  ? dis- 
le-moi,  princesse  ; je  suis  prêt  à le  faire  pour  toi  ! » 

« Bienheureux,  lui  répondit  Kountl,  que  ton  adorabilité 


50 


LE  MAH  4-BHARATA. 


s'en  aille,  comme  tu  es  venu  ici.  Cest  par  curiosité  seu- 
lement que  je  t’ai  évoqué.  Veuille  ta  Divinité  m’être  favo- 
rable. » 17,080—17,081. 

« Je  m'en  irai,  comme  tu  me  dis,  vierge  à la  taille 
svelte,  repartit  le  soleil  ; mais  il  ne  sied  pas  que  tu  renvoies 
stérilement  un  Dieu,  après  que  tu  l'as  fait  venir.  17,082. 

» Consens,  fille  gracieuse,  à ce  qu'il  te  naisse  un  enfant 
du  soleil,  incomparable  dans  le  monde  en  vigueur,  orné 
de  pendeloques  et  revêtu  d'une  cuirasse.  17,083. 

» Fais-moi  le  don  de  ta  personne,  6 toi,  qui  as  la  dé- 
marche d’un  éléphant  ! Il  te  naîtra  un  fils,  ma  dame,  par 
l’opération  de  l’esprit.  17,084. 

» Je  m’en  irai,  après  m’être  uni  avec  toi,  noble  vierge 
au  doux  sourire.  Mais,  si  tu  n’obéis  point  à ma  parole 
amie,  je  te  maudirai  dans  ma  colère,  toi,  le  brahme  et  ton 
père  ; je  les  consumerai  tous  & cause  de  toi  : n'en  dou  e 
pas.  17,085—17,086. 

» Ton  père,  l'insensé,  qui  ne  sait  pas  ta  folie  ! Ce 
brahme,  qui  t’a  donné  les  montras,  sans  connaître  main- 
tenant ta  conduite  imprudente,  et  à qui  j'inspirerai  plus 
de  modestie!  Voici  tous  les  Dieux,  qui,  Pourandaraàleur 
tête,  contemplent  dans  le  ciel,  en  souriant,  comme  tu  m’as 
trompé.  Vois  ces  chœurs  d’immortels  ! Jadis  te  fut  donné 
ce  regard  céleste,  grâce  auquel  tu  m’as  vu.  » 

17,087—17,088—17,080. 

A ces  mots,  la  princesse  vit  tous  les  Tridaças,  qui  occu- 
paient leurs  régions  dans  le  ciel,  et  le  grand,  le  radieux 
soleil,  qui  resplendissaitlui-même  ou  milieu  d’eux  comme 
Aditya.  17,000. 

A cette  vue,  la  royale  enfant  craintive  dit,  pleine  de 
confusion,  cette  parole  au  Dieu,  qui  fait  le  jour  : « Va, 


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. VANA-PARVA.  5* 

Soleil,  dans  ton  cbarl  Cette  légèreté  de  conduite  est 
une  affliction,  qui  tient  à la  nature  d’une  jeune  fille. 

» Mon  père,  ma  mère  et  les  autres,  qui  sont  mes  ayeux, 
ont  toute  puissance  sur  le  don  de  mon  corps  : je  ne 
violerai  pas  le  devoir.  La  conservation  de  leur  personne 
honore,  dans  ce  monde,  la  conduite  des  femmes. 

17,091—17,002. 

» Si  je  t’ai  évoqué.  Soleil,  c'est  par  enfantillage,  afin  de 
connaître  la  force  du  mantra.  Pense  : « C’est  un  enfant  ! » 
et  veuille  me  pardonner,  astre  radieux  1 » 17,093. 

Le  soleil  répondit  : 

«Tu  veux  que  je  pense:  « C'est  un  enfant  1 » et  que 
j’aie  pour  toi  du  respect.  A une  autre  soit  donné  mon 
respect  ! Fais-moi  le  don  de  ta  personne,  jeune  Kountl  ; 
à ce  prix,  tu  obtiendras  la  paix,  vierge  craintive.  17,094. 

» Après  que  tu  m’as  appelé  ici,  timide  demoiselle,  il  ne 
convient  pas  que  je  m’en  aille,  frustré  dans  mes  désirs, 
sans  m’être  uni  avec  toi.  17,095. 

» Autrement,  je  m'en  irais,  vierge  aux  membres  sédui- 
sants, objet  de  censure  pour  tous  les  Dieux,  qui  m'abandon- 
neraient, fille  charmante,  au  milieu  du  monde.  17,096. 

» Unis-toi  avec  moi  ; tu  obtiendras  un  fils,  semblable  à 
moi,  et  tu  seras,  n’en  doute  point,  illustre  dans  tous  les 
mondes.  » 17,097. 

En  vain  elle  objecta  des  paroles  douces  de  mainte  es- 
pèce, la  spirituelle  fille  ne  réussit  point  à persuader 
l’astre  aux  mille  rayons.  17,098. 

Quand  la  jeune  enfant  vit  qu'elle  ne  pouvait  repousser 
le  dissipateur  de  l’obscurité,  la  crainte  d’une  malédiction 
la  fit  songer  un  long  espace  de  temps  : 17,099. 

« Comment  empêcherais-je  la  malédiction  du  soleil  ir- 


62 


LE  MAHA-BHARATA. 


rité  de  tomber  à cause  de  moi  sur  ce  brahme  et  sur  mon 
père  innocent?  17,100. 

» Lorsqu'on  est  un  enfant,  on  fait  par  inattention 
beaucoup  d'actions  coupables.  On  ne  doit  pas  trop  s'ap- 
procher de  la  lumière  et  de  la  chaleur.  17,101. 

» .Moi,  qui,  maintenant  suis  très -e (Travée  et  fatalement 
liée  dans  ses  rayons,  comment  ferai-je  moi-même  ce  don 
de  ma  personne,  qui  ne  doit  pas  être  fait?  » 17,102. 

Tremblante  devant  la  malédiction,  le  cmur  plein  de 
pensées,  les  membres  enveloppés  d'égarement,  jetant 
maint  et  maint  sourire , elle  tint  ce  langage  au  Dieu , 
monarque  des  hommes,  ô le  plus  vertueux  des  rois,  sous 
la  crainte  de  l’imprécation  et  devant  l’appréhension  de 
ses  parents,  avec  une  voix  émue  par  la  pudeur  : 

17,103—17,104. 

« Mon  père  vit,  brillant  Dieu,  et  ma  mère,  et  mes 
autres  parents  : qu’il  n’y  ait  pas  de  leur  vivant  une  telle 
infraction  de  moi  au  devoir.  17,106. 

n Si  je  m’unissais  avec  toi,  Déité  radieuse , au  mé- 
pris des  règles,  la  gloire  de  cette  famille  tomberait  dans 
le  monde  à cause  de  moi.  17,106. 

» Penses-tu  néanmoins  que  le  devoir  puisse  être  ici 
sans  que  mes  parents  te  donnent  ma  personne  , ô le  plus 
grand  des  foyers  de  chaleur,  je  t’abandonnerai  mon  corps 
et  je  conserverai  ma  vertu,  irrésistible  Dieu,  car  tu  es  la 
vie,  la  renommée,  la  gloire  et  le  devoir  des  mortels,  u 

17,107—17,108. 

« Ni  ton  père,  ni  ta  mère,  ni  tes  ayeux,  répondit  le  so- 
leil, n’ont  ici  aucune  puissance,  fille  au  candide  sourire  : 
la  félicité  descende  sur  toi  ! écoute  mes  paroles,  vierge  à 
la  taille  charmante.  17,109. 


— lïigifaetJ  by  Google 


VANA-PAllVA. 


53 


» Une  jeune  fille  aime  tout  le  monde,  ravissante  et  noble 
vierge,  sous  la  puissance  des  organes  et  de  la  volupté  : 
aussi  ne  dépend-elle  que  de  soi-même  ici.  17, HO. 

•>  Tu  ne  commets  pas  en  cette  action,  illustre  demoi- 
selle, la  plus  minime  faute  : combien  moins  en  commet- 
trais-je une  moi-même  par  amour  du  monde!  17,111. 

n Aucun  des  hommes , noble  vierge , aucune  des 
femmes  n'est  dérobée  à ma  vue  : c’est  la  nature  des 
mondes  ; autrement,  il  serait  arrivé  un  changement  dans 
la  nature  des  corps.  17,112. 

» Après  ton  union  avec  moi,  tu  seras  encore  vierge  ; 
le  fils,  dont  tu  seras  mère,  aura  des  bras  puissants  et  une 
vaste  renommée.  » 17,113. 

« Si  je  dois  mettre  au  jour  un  fils,  ô toi,  qui  dissipes 
toutes  les  ténèbres,  lui  répondit  Kounti,  puisse-il  avoir 
une  cuirasse  et  des  pendeloques,  être  un  héros,  avoir  une 
grande  vigueur  et  de  longs  bras.  » 17,114. 

« Ton  fils  aura  de  longs  bras,  dit  le  soleil  ; il  por- 
tera des  boucles-d’ oreille  et  une  céleste  cuirasse  : elle 
sera  iinbrisable,  noble  vierge , et  composée  d’immorta- 
lité. » 17,115. 

a Puisque  ces  girandoles  et  cette  cuirasse  sublime  du 
fils,  que  tu  feras  naître  de  mon  sein,  reprit  Kounti,  sont 
d’un  Immortel,  que  cette  union  se  fasse  entre  nous  de  la 
manière,  que  tu  as  dite,  adorable,  et  que  cet  enfant  associe 
au  devoir  cette  beauté,  cette  vigueur  ce  courage  et 
cette  perfection  de  caractère  ! » 17,116—17,117. 

u Aditi,  répliqua  le  soleil,  m’a  donné  des  pendeloques, 
excellente  princesse;  je  les  donnerai  à ton  fils,  vierge 
craintive,  et  même  cette  cuirasse  nompareille.  » 17,118. 
a Soit!  lui  répondit  Kounti.  Je  m'unirai  de  cette  ma- 


LE  MAHA-BHARATA. 


64 

nière  avec  toi,  si  mon  fils  doit  être,  bienheureux  soleil, 
tel  que  tu  as  dit.  » 17,119. 

« Oui  ! » reprit  l'hôte  des  airs,  qui  entra  dans  Kountt 
et  l'ennemi  de  Râhou,  qui  a pour  sa  nature  la  pénétration, 
toucha  la  vierge  à l’ombilic.  17,120. 

La  jeune  princesse  fut  troublée  par  la  splendeur  du 
soleil,  et  tomba,  l'âme  égarée,  sur  sa  couche.  17,121. 

« Adieu  ! fit  l'astre  éclatant  ; tu  mettras  au  monde  un 
fils,  le  plus  vaillant  de  tous  ceux,  qui  portent  les  armes, 
fille  séduisante,  et  tu  resteras  vierge  ! » 17,122. 

Alors,  pleine  de  pudeur,  la  jeune  enfant  dit  au  soleil, 
qui  s’en  allait,  Indra  des  rois,  avec  sa  splendeur  immense: 
« Qu’il  en  soit  ainsi  1 » 17,123. 

Et,  adressant  avec  ces  mots  une  chaste  prière  à l’astre 
du  jour,  la  fille  de  roi,  Kountl,  se  laissa  tomber,  le  jouet 
du  délire,  sur  sa  couche  pure,  comme  une  liane  tranchée 
au  pied.  17,124. 

Elle  fut  hallucinée  un  instant  par  la  splendeur  de  l'astre 
aux  mordants  rayons,  qui,  s’unissant  à sa  virginale  sub- 
stance, entra  dans  elle  par  sa  puissance  de  pénétration  ; 
mais  il  ne  la  souilla  point,  et  la  jeune  fille  revint  bientôt 
à la  connaissance.  17,125. 

Ensuite,  Prithà  conçut  un  germe,  souverain  de  la  terre  : 
tel,  en  sa  quinzaine  lumineuse,  le  dixième  jour  passé, 
l'astre  des  nuits  au  sein  du  ciel.  17,126, 

La  jeune  enfant  porta  son  fruit  bien  caché  dans  la  crainte 
de  ses  parents,  et  personne  ne  soupçonna  la  grossesse  de 
la  ravissante  vierge.  17,127. 

Non  ! personne,  autre  que  sa  nourrice,  ne  connut  ce 
mystère,  quand,  habile  à garder  son  secret,  elle  fut  des- 
cendue dans  l'appartement  des  femmes.  17,128. 


VANA-PARVA. 


55 


Au  temps  révolu,  la  noble  vierge  mit  au  monde  un  fils, 
que  la  faveur  de  ce  Dieu  avait  enveloppé  d’une  lumière 
immortelle.  17,129. 

Il  était  revêtu  d’une  cuirasse,  il  portait  des  pendeloques 
flamboyantes  d’or,  il  avait  des  épaules  de  taureau  et  les 
yeux  d’un  lion,  comme  son  père.  17,130. 

A peine  né,  la  noble  vierge  en  délibéra  avec  sa  nourrice 
etdéposa  l'enfant  dans  unecorbeille  soigneusement  tapissée 
de  tous  les  côtés.  17,131. 

Elle  était  douce,  tendre,  bien  couverte,  faite  de  cire  ; 
et  la  nymphe  éplorée  la  confia  au  courant  du  ruisseau  Açva. 

Elle  savait  qu’un  enfant  ne  doit  pas  être  porté  dans  le 
sein  d'une  jeune  fille,  et  sa  tendresse  pour  son  fils,  Indra 
des  rois,  lui  arrachait  des  plaintes  d’une  manière  lamen- 
table. 17,132—17,133. 

Écoute  ces  paroles,  que  prononça  Kountl  en  pleurs, 
quand  elle  abandonna  sa  corbeille  sur  les  eaux  du  ruis- 
seau Açva  : 17,134. 

« Que  le  bonheur  te  suive,  mon  fils,  au  milieu  des  êtres, 
qui  habitent  l’atmosphère,  la  terre,  le  ciel,  ou  qui  circulent 
dans  les  eaux  ! 17,135. 

» Que  les  routes  soient  heureuses  pour  toi  I Que  tes 
ennemis  ne  les  infestent  pas,  et  qu’ils  prennent,  mon  fils, 
des  âmes  sans  malice  ? 17,130. 

» Que  le  souverain  des  ondes,  le  roi  Varouna  te  protège 
sur  les  eaux  ! Que  le  vent,  hôte  des  airs  et  qui  pénètre 
dans  tous  les  corps,  te  protège  dans  les  airs  1 17,137. 

# Que  le  plus  grand  des  êtres,  qui  répandent  la  chaleur, 
que  le  soleil,  ton  père,  lui,  par  qui  tu  me  fus  donné  pour 
fils  d’une  manière  divine,  t’environne  partout  de  sa  pro- 
tection! 17,138. 


56 


LE  MaHA-BHAHATA. 


» Que  les  Adityas,  lesVasous,  lesRoudras,  les  Sâdhyas 
et  les  Viçvadévas,  que  les  Maroutes  et  Mahéndra,  que  les 
plages  du  ciel  et  ceux,  qui  président  aux  plages,  que  tous 
les  Souras  te  défendent  aux  lieux  inégaux  et  planes!  Tune 
uie  seras  point  inconnu,  quoique  dans  les  contrées  loin- 
taines, où  ta  cuirasse  te  révélera.  17,139 — 17,140. 

n Le  soleil,  le  Dieu  Vibhâvasou,  est  ton  fortuné  père, 
qui  te  verra  de  son  œil  céleste  marcher  au  milieu  des 
armées.  17,141. 

» Heureuse  la  femme,  qui  t'adoptera  pour  son  fils,  et 
de  qui  ta  lèvre  altérée  sucera  la  mamelle,  enfant  d’un 
Dieu,  mon  fils!  17,142. 

» Quel  songe  a donc  rêvé  celle,  qui  doit  t’adopter  pour 
son  fils,  enfant  au  beau  front,  aux  beaux  cheveux,  enve- 
loppé de  la  splendeur  du  soleil,  revêtu  d’une  cuirasse  cé- 
leste, orné  de  célestes  pendeloques,  avec  tes  grands  yeux 
de  lotus  bien  fendus,  flamboyants  comme  les  pétales  dorés 
du  lotus?  17,143—17,144. 

» Heureuses  les  femmes,  qui  verront  tes  premiers  pas 
ramper  sur  la  terre,  auxquelles  tu  adresseras,  couvert  de 
poussière,  mon  fils,  des  paroles  douces,  indistinctes. 

» Heureuses  encore  celles,  qui  te  verront,  mon  fils, 
entrer  dans  la  jeunesse,  comme  un  lion  à l'épaisse  cri- 
nière, né  dans  les  forêts  de  l' Himalaya  ! » 17,145-17,146. 

Quand  Prithà  eut  soupiré  de  telles  plaintes,  sire,  et  de 
diverse  manière,  elle  abandonna  la  corbeille  sur  les  eaux 
du  ruisseau  Açva.  17,147. 

En  proie  au  regret  de  son  fils,  désirant  la  vue  de  son 
enfant,  Prithà  aux  yeux  de  lotus  pleurait  avec  sa  nour- 
rice au  milieu  de  la  nuit.  17,148. 

Une  fois  quelle  eut  abandonné  la  corbeille,  craignant 


VAN.4-PAHYA. 


à" 


que  son  père  ne  l’appelât,  elle  rentra  dans  le  palais  du 
roi,  avec  la  fièvre  du  chagrin.  17,149. 

Le  fragile  berceau  s’en  alla  du  ruisseau  Açva  dans  la 
rivière  Tchariuanvatl,  et  de  la  Tcharman vatl  dans  l’ Yamou- 
nâ,  qui  le  porta  au  fleuve  Gangà.  17,150. 

Baloté  sur  les  flots  du  Gange,  l’enfant  arriva,  porté 
dans  sa  corbeille,  le  long  de  la  ville  de  Tchampâ,  pays  de 
cochers.  16,151. 

Le  frêle  esquif  renfermait,  avec  le  Destin,  ouvrage  de 
Brahma,  ce  divin  enfant,  né  d’un  Immortel,  revêtu  de  sa 
cuirasse  et  de  ses  pendeloques  naturelles.  17,152. 

Dans  ce  temps  même,  le  cocher  Adhirata,  ami  du  roi 
Dhritarâshtra,  allait  avec  son  épouse,  aux  rives  de  la 
Djàhnavt  ou  de  la  Gangâ.  17,158. 

Sa  femme  était  incomparable  en  beauté  sur  la  terre  ; 
elle  se  nommait  Râdhâ  ; elle  était  d’une  éminente  vertu, 
mais  elle  n'avait  pas  obtenu  de  fils.  17,154. 

Elle  avait  tenté  de  ses  plus  grands  efforts  pour  avoir 
des  enfants.  Elle  vit  la  corbeille,  qui  allait  d'elle-même 
au  gré  des  flots.  17,155. 

La  curiosité  poussa  la  noble  dame  à commander  qu’une 
servante,  donnée  pour  sa  garde,  prit  la  corbeille,  ornée 
d'anses  (1),  et  que  les  flots  du  cours  de  la  Gangâ  avaient 
conduite  près  d’elle.  Ensuite,  elle  lit  part  de  sa  trouvaille 
au  cocher  Adhiratha.  17,156 — 17,157. 

11  fit  retirer  le  coffre  des  eaux,  ordonna  de  l’apporter 
sur  la  rive,  le  fit  ouvrir  à l’aide  des  instruments,  et  vit  là 
couchi  un  jeune  enfant.  17,158. 

11  ressemblait  au  soleil  adolescent,  il  portait  une  cui- 


(I)  Anvùlabhana , mot  iucounu  à tou»  les  Diction uairt 5. 


58 


LE  MAHA-BHARATA. 


rasse  d’or,  et  son  visage  resplendissait,  orné  de  boucles- 
d’oreille  étincelantes.  17,159. 

L’étonnement  fit  s’épanouir  les  yeux  du  cocher  et  de  sa 
femme  : il  éleva  l'enfant  sur  son  sein  et  dit  ces  mots  à son 
épouse  : 17,100. 

« Voici  une  chose  infiniment  surprenante;  j’ai  vécu 
assez  pour  la  voir  de  mes  yeux , dame  timide  ! c'est  un 
enfant  des  Dieux,  qui  nous  est  venu,  je  pense  ! 17,161. 

» Ce  sont  les  Dieux,  pour  sûr  ! qui  m’ont  donné  ce  fils, 
à moi,  qui  n’ai  pas  d’enfants  1 » A ces  mots,  souverain  de 
la  terre,  il  donna  ce  nourrisson  à Ràdhâ.  17,162. 

Elle  reçut  pour  fils,  suivant  les  règles,  ce  fruit  des 
Dieux,  couvert  de  félicité,  semblable  au  calice  d’un  lotus 
et  doué  d’une  beauté  céleste.  17,163. 

Elle  allaita  le  jeune  enfant,  comme  une  nourrice  (1) , et 
ce  vigoureux  rejeton  grandit  : ensuite,  il  naquit  au  co- 
cher d’autres  fils  de  son  sang.  17,10â. 

Alors  que  les  brahmes  virent  cet  enfant  porter  une  opu- 
lente cuirasse  et  des  boucles-d’oreille  en  or , ils  lui 
donnèrent  le  nom  de  Vasoushéna,  c'est-à-dire,  une  armée 
de  richesses.  17,105. 

C’est  ainsi  que  ce  héros  d’un  éminent  courage  entra 
dans  la  filiation  adoptive  du  cocher;  c’est  ainsi  que  cet 
homme  auguste  fut  appelé  Vasoushéna;  il  reçut  encore 
le  nom  de  Vrisha  ou  du  taureau.  17,160. 

Le  fils  du  cocher  grandit,  le  plus  vaillant  parmi  les 
Angas  : à la  céleste  cuirasse,  qu’il  [wrtait,  il  était  révélé  aux 
émissaires  de  Prithà.  17,167. 

Aussitôt  que  le  cocher  Adhirata  vit  que  le  temps  avait 

fl)  Vidhimt. 


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VANA-PARVA. 


69 


rehaussé  la  taille  de  son  fils,  il  l'envoya  à la  ville,  qui  tire 
son  nom  des  éléphants.  17,168. 

Là,  il  tint  Drona  en  balance  dans  l'exercice  de  l'arc  et 
des  (lèches  ; et  c'est  ainsi  que  le  robuste  guerrier  fit  amitié 
avec  Douryodhana.  17,169. 

Quand  il  eut  obtenu  de  Drona,  de  Kripa  et  de  Ràrna 
le  faisceau  des  astras  en  quatre  sortes,  il  devint  célèbre 
et  fut  compté  parmi  les  premiers  des  archers.  17,170. 

S’étant  lié  avec  le  Dhritaràshtride  et  faisant  son  plaisir 
de  ce  qui  était  désagréable  aux  fils  de  Prithâ,  il  aspirait 
sans  cesse  à des  combats  avec  le  magnanime  Phàlgouna. 

Toujours  sa  rivalité,  maître  de  la  terre,  ne  connaissait 
qu’Atjouna,  et  l’on  voyait  Arjouna  s’efforcer  de  rivaliser 
avec  ce  Karna.  17,171 — 17,172. 

Tel  était  donc,  grand  roi,  le  mystère  du  Soleil,  il  n’y  a là 
aucun  doute.  Karna,  que  le  soleil  avait  engendré  au  sein 
de  Kountl,  était  alors  dans  la  famille  du  cocher.  17,173. 

Ayant  vu  que  ses  pendeloques  étaient  naturelles,  et 
qu’il  était  revêtu  d'nne  telle  cuirasse , Youddhishthira  de 
penser  qu’on  ne  pouvait  lui  donner  la  mort  dans  un  com- 
bat, et  il  en  fut  consumé  de  chagrin.  17,174. 

Lorsque,  le  jour  arrivé  au  milieu  de  sa  carrière,  Karna 
adresse  un  hymne  au  soleil,  père  de  la  lumière,  il  tient  ses 
mains  jointes  au  front  et  se  dresse  au  milieu  des  eaux. 

Là,  s'approchent  de  lui  les  brahmes  dans  l’espérance 
des  richesses  ; car,  en  ce  moment,  il  ne  possède  rien,  qu’il 
ne  doive  abandonner  aux  brahmes.  17,176 — 17,176. 

Indra,  étant  venu  le  trouver  sous  l'extérieur  d'un 
brahme,  lui  dit  : « Fais-moi  l’aumône  1 » et  le  fils  adoptif 
de  Ràdhà  lui  répondit:  « Sois  le  bien-venu!»  17,177. 

Quand  il  vit  arrivé  le  roi  des  Dieux,  caché  sous  le  tra- 


«0 


LE  MAHA-BHARATA. 


vestissement  d'un  brahme,  il  lui  souhaita  la  bien-venue 
sans  penser  à son  dessein.  17,178. 

« Que  dois-je  te  donner?  Des  femmes  aux  cous  d'or,  ou 
des  villages  remplis  de  nombreux  troupeaux!  » dit  au 
brahme  l’Adhiratbide.  17,!7tt. 

« Je  ne  désire  pas  que  des  femmes  aux  cous  d’or  me 
soient  données  ici,  répondit  le  faux  brahme,  ou  toute  autre 
chose,  qui  augmente  la  joie  : donne-les  à ceux,  qui  en  ont 
besoin.  17,180. 

» Arrache  cette  cuirasse  et  coupe  ces  boucles-d'oreille 
naturelles,  dont  tu  es  défendu  ou  paré,  guerrier  sans  pé- 
ché, et  donne-les-moi,  si  ton  excellence  est  attachée  à la 
vérité.  17,181. 

» Je  désire,  fléau  des  ennemis,  que  tu  me  donnes  cela 
promptement  : voilà  ce  que  j'estime  la  première  richesse 
de  toutes  les  richesses.  » 17,182. 

«Je  te  donnerai,  brahme,  reprit  Karna,  la  terre,  des 
femmes,  des  vaches,  les  dons  de  plusieurs  années  ; mais 
je  fais  une  réserve  pour  ma  cuirasse  et  mes  pende- 
loques. » 17,183. 

Sollicitant  ainsi  Karna  par  différents  discours,  le 
brahme,  ô le  plus  vertueux  des  Bharatides,  ne  lui  de- 
manda point  une  autre  grâce.  17,184. 

En  vain  le  caressa-t-il  de  toutes  ses  forces,  en  vain 
l’honora-tril  suivant  toutes  les  règles,  l’envie  de  l’éminent 
brahme  ne  dévia  point  sur  une  autre  grâce.  17,185, 

Comme  le  plus  vertueux  des  régénérés  ne  faisait  pas 
un  autre  choix,  Ràdhéya  reprit  la  parole  et  lui  dit  en 
souriant:  17,186. 

« Ma  cuirasse  est  naturelle,  brahme,  et  mes  pendeloques 
ont  une  origine  immortelle  ; la  mort  ne  peut  m’ètre  in- 


* 


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VANA-PARVA. 


01 


fligée  dans  les  mondes,  A cause  de  ces  deux  choses  : je  ne 
m'en  séparerai  donc  pas.  17,187. 

» Allons,  ô le  plus  vertueux  des  brahmes!  reçois  de  ma 
main  l’empire  de  la  terre  vaste,  heureux,  débarrassé  de 
sés  épines.  17,188. 

» Dépouillé  de  mes  pendeloques  et  de  ma  cuirasse  na- 
turelles, les  ennemis  pourraient  me  vaincre,  0 le  plus 
excellentdesbrahmes.»  17,189. 

Mais  l'adorable  Pàkaçâsana  ne  choisit  pas  une  autre 
grâce  : alors  Karna,  reprenant  la  parole,  lui  tint  ce  lan- 
gage en  souriant  : 17,190. 

a Tu  m'étais  déjà  connu  avant,  auguste  souverain  des 
Dieux;  mais  il  u’est  pas  conformeà  la  droite  raison  que  je 
t’accorde,  moi  ! Çakra,  une  grâce  tout-à-fait  inutile. 

» En  effet,  tu  es  .e  roi  des  Dieux  en  personne  ; ce  serait 
donc  à toi  de  m'octroyer  plutôt  une  faveur  ; car,  auteur 
des  choses , tu  es  le  maître  des  autres  créatures, 

» Si  je  te  donne  mes  boucles-d’ oreille  et  ma  cuirasse, 
je  tomberai  sous  la  main  de  la  mort,  divin  Çakra,  et  l’on 
se  rira  beaucoup  de  toi.  17,191 — 17,192 — 17,198. 

» Je  ferai  un  échange  : à cette  condition,  tu  peux  em- 
porter, Çakra,  j’y  consens,  mes  pendeloques  et  ma  sublime 
cuirasse  : je  ne  les  donnerai  pas  autrement.  » 17,194. 

« Avant  que  je  vinsse  auprès  de  toi,  répondit  Indra,  le 
soleil  avait  connu  mon  dessein  ; c'est  lui,  qui  t’a  révélé 
tout  ; il  n’y  a là  aucun  doute.  17,195. 

» Que  toute  liberté,  Karna,  mon  (ils,  soit  laissée  à ton 
désir:  choisis  une  grâce  à ton  gré  : je  n'en  excepte  que  ma 
foudre.  » 17,190. 

Karna  aussitôt  acquiesce  au  langage  du  Vaside , 
et,  joyeux,  s’étant  approché  d’une  âme  toute  contente,  il 


flj  LE  MAHA-BHAHATA. 

fait  choix,  pour  sa  grâce,  d’une  lance  infaillible.  17,197, 

« Donne-moi,  fils  de  Vasou,  dit  Karna,  en  échange  de 
ma  cuirasse  et  de  mes  pendeloques,  une  lance  infaillible, 
qui  détruise  en  tête  des  armées  les  masses  des  ennemis.  » 

Puis,  ayant  songé,  protecteur  de  la  terre,  un  moment 
dans  sa  pensée,  Vâsava  tient  ce  langage  à Karna,  au 
sujet  de  cette  lance  : 17,198 — 17,199. 

« Donne-moi  tes  boucles-d' oreille  et  ta  cuirasse  natu- 
relles ; reçois,  Karna,  cette  lance  de  fer  aux  conditions,  que 
je  vais  dire.  17,200. 

» Envoyée  par  mon  bras,  elle  immole,  toujours  infail- 
lible, les  ennemis  par  centaines,  et  revient  dans  ma  main, 
après  avoir  tué  les  Daltyas.  17,201. 

» Décochée  par  ta  main,  quaud  elle  aura  tué  un  ennemi 
vigoureux,  à la  bouche  menaçante,  au  bras  destructeur, 
elle  reviendra  à moi,  fils  du  cocher.  » 17,202. 

« Je  désire  moi-même  tuer  dans  un  grand  combat,  ré- 
pondit Karna,  un  ennemi  à la  bouche  menaçante,  au  bras 
destructeur,  qui  fera  naître  le  danger  pour  moi  ! » 1 7,203. 

« Tu  immoleras  l’ennemi  rugissant,  fort  au  milieu  des 
combats,  reprit  Indra  ; mais  il  y en  aura  un,  qui  sera  sauvé  ; 
c’est  celui,  qu’appellent  tes  désirs.  11  sera  défendu  par  ce 
magnanime  Krishna,  que  les  docteurs  en  Védas  nomment 
Nârâyana,  l'inconcevable,  l’invaincu,  qui  revêtit  les  for- 
mes d’un  sanglier.  » 17,204 — 17,205. 

« Adorable,  qu’il  en  soit  ainsi,  dit  Karna  : un  seul  héros 
tombera  alors  sous  ma  main  ! Donne-moi  cette  lance  infail- 
lible, avec  laquelle  j’abattrai  un  ennemi  puissant. 

» Je  vais  couper  ma  cuirasse  et  mes  boucles-d’ oreille 
pour  te  les  donner  : puissé-je  porter  dans  mes  membres  le 
tranchant  du  fer,  sans  pitié  ! » 17,200 — 17,207. 


rcyCoOgle 


VANA-PAUVA. 


63 


« Tu  seras  de  toute  manière  sans  pitié,  lui  répondit 
Indra  ; et  aucune  trace  de  blessure  ne  restera  sur  tes 
membres,  Karna,  ô toi,  qui  désires  la  vérité.  17,208. 

» Ensuite,  Karna,  tu  deviendras  d'une  couleur  telle 
qu’est  la  couleur  et  la  splendeur  de  ton  père,  ô le  plus 
éminent  des  êtres,  qui  sont  doués  de  la  parole.  17,209. 

» Si,  n’étant  pas  en  danger  et  connaissant  bien  les 
armes,  tu  décoches  par  mégarde  l’infaillible,  tu  seras  la 
cause,  qui  fera  échouer  ce  que  tu  désires.  » 17,210. 

« Je  ne  décocherai  pas  cette  lance  d'Indra  avant  de 
courir  les  plus  grands  dangers,  comme  tu  m’as  dit,  Çakra, 
lui  répliqua  ce  guerrier.  La  parole,  que  j’avance  ici,  est 
une  vérité.  » 17,211. 

Il  reçut  alors,  souverain  des  hommes,  cette  lance  flam- 
boyante. Une  fois  qu'il  tint  l'arme  acérée,  il  se  coupa  tous 
les  membres.  17,212. 

Les  Dieux,  les  hommes  et  les  Dànavas,  ayant  tous  vu 
Karna  se  disséquer  ainsi  lui-mème,  de  pousser  des  cris 
épouvantables  ; mais  aucun  changement  ne  révéla  ses 
douleurs  sur  son  visage.  17,213. 

Les  tambours  célestes  résonnèrent,  une  pluie  de  fleurs 
se  répandit  sur  les  airs,  dans  le  ciel,  à la  vue  de  ce  Karna, 
le  plus  grand  des  héros,  jetant  maint  et  maint  sourire,  les 
membres  déchirés  par  le  couteau.  17,21â. 

Quand  il  eut  coupé  sa  divine  cuirasse,  le  guerrier  de  la 
donner  à Indra,  dégouttante  de  son  propre  sang  ; Karna  de 
lui  présenta' ses  pendeloques,  quand  il  les  eut  retranchées 
par  une  coupure  à ses  oreilles.  17 ,21 5. 

Indra,  souriant  d’avoir  pu  tromper  ce  Karna,  que  la 
renommée  avait  embrassé  dans  le  monde,  regarda  comme 
déjà  parvenue  au  succès  l'affaire  des  Pàndouides,  et  s'en 
retourna  au  ciel.  17,216. 


LE  MAHA-BHARATA. 


«â 


A la  nouvelle  que  le  Dieu  avait  dérobé  ces  richesses  au 
héros,  tous  les  Dhritaràshtrides  furent  consternés,  leur 
orgueil  en  fut  comme  brisé  ; et  les  fils  de  Pândou  se  ré- 
jouirent au  sein  des  forêts,  en  apprenant  la  condition,  où 
venait  de  tomber  le  fils  du  cocher.  17,217. 

Djanamédjaya  dit  : 

« En  quel  état  se  trouvaient  les  fils  de  Pândou  ? De  qui 
surent-ils  cette  agréable  chose  ? Que  firent-ils  au  terme 
de  la  douzième  année?  Explique-moi  tout  cela,  révérend.  » 

Vaiçampâyana  lui  répondit  : 

Après  qu’ils  eurent  recouvré  Krishna,  mis  en  fuite 
de  l’hermitage  KâmvaLa  le  monarque  Sindhien  et  ses 
amis,  écouté  les  Pourànas  de  Màrkandéya,  histoire  des 
Dévarshis,  racontée  avec  étendue,  et  passé  entièrement 
le  terrible  séjour  des  bois  dans  le  Dwaltavana,  ces  héros 
en  partirent  avec  les  chars,  leurs  suivants,  les  officiers 
des  cuisines  et  les  cochers.  17,218 — 17,219 — 17,220. 


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LE  CHAPITRE  DE  L’ARANÉYA. 


Djanamédjaya  dit  : 

« Tombés  dans  un  chagrin  sans  égal,  après  qu’on  eut 
ravi  leur  épouse  de  cette  manière,  que  firent  les  Pàn- 
douides,  aussitôt  qu’ils  eurent  recouvré  la  Djanakidc.  » 

Valçampàyana  répondit  : 

Tombés  dans  un  chagrin  sans  égal,  après  qu’on  leur 
ainsi  enlevé  Krishna,  le  monarque  Atchyouta  avec  ses 
frères  abandonna  le  K&myaka.  17,221 — 17,222. 

Youddhishthira  revint  dans  la  délicieuse  forêt  de  Dwal- 
tavana,  aux  arbres  nombreux  et  variés,  bois  charmant, 
plein  de  fruits  et  de  racines  agréables  au  goût.  17,223. 

Les  l’àndouides  habitèrent  là  avec  Krishna,  leur  épouse, 
menant  une  vie  sobre,  ayant  pour  nourriture  les  fruits, 
qu’ils  cueillaient  nux  branches.  17,224. 

Le  roi,  fils  de  Kountt,  Youddhishthira,  Bhiuiaséna, 
Arjouna  et  les  deux  Pàndouides,  enfants  de  Màdrî,  mirent 
leur  habitation  dans  le  Dwaitavana.  17,225. 


v 


6 


66 


LE  MAHA-BHARATA. 


Fléaux  des  ennemis,  vaillants,  vertueux,  fermes  dans 
leurs  vœux,  ils  eurent  à subir,  pour  les  brahmes,  de 
grandes  peines,  qu'ils  changèrent  en  plaisirs.  17,226. 

Écoute  ! je  vais  te  dire  ces  peines  tournées  en  plaisirs, 
qu’eurent  à supporter  les  plus  éminents  des  Kourouides, 
tandis  qu’ils  demeuraient  dans  cette  forêt.  17,227. 

Le  bois,  d’où  l’on  tire  du  feu,  et  le  bâton  à baratter  le 
lait,  instruments  d’un  brahme  pénitent,  s’attachèrent  aux 
cornes  d’une  gazelle,  dans  un  bond  de  cet  animal.  17,228. 

La  grande  gazelle,  à la  grande  légèreté,  s’en  alla  d’une 
course  accélérée,  emportant  ces  deux  objets,  sire,  et  ses 
rapides  sauts  l’eurent  bientôt  séparée  de  l’hermitage. 

Le  désir  d’un  agniholra  conduisit  là,  d'un  pied  hâté,  le 
brahme,  qui  vit  ses  instruments  emportés,  ô le  plus  excel- 
lent des  Kourouides,  par  l'animal  effarouché. 

17,229—17,230. 

Le  deux  fois  né  s’empressa  d’aller  près  d’Adjâtaçatrou, 
assis  au  bois,  dans  la  compagnie  de  ses  frères,  et,  con- 
sumé de  chagrin,  lui  tint  ce  langage  : 17,231. 

« J'avais  attaché  aux  branches  d’un  arbre  le  bois,  d’où 
je  tire  le  feu,  et  le  bâton  à baratter  mon  lait:  ils  se  sont 
embarrassés  aux  cornes  d'une  gazelle  dans  un  bond  de  cet 
animal.  17,232. 

» La  grande  gazelle,  à la  grande  légèreté,  s’en  est  allée 
d’une  course  accélérée,  emportant  l'un  et  l’autre  objet, 
sire,  et  ses  rapides  sauts  l’eurent  bientôt  séparée  de  l’her- 
mitage.  17,233. 

» Je  me  suis  élancé  sur  ses  pas,  mais  je  n’ai  pu  atteindre 
cette  grande  gazelle  : que  l’agnihotra  ne  soit  point  troublé; 
Pândouides,  amenez-la  ! » 17,234. 

A ces  mots  du  brahme,  Youddhishthira  fut  consumé  de 


VANA-PAHVA. 


07 

chagrin  ; le  fils  de  Kountl  empoigna  son  arc,  et  se  préci- 
pita avec  ses  frères.  17,235. 

Ces  hommes  éminents,  armés,  l’arc  en  main,  coururent  ; 
tous  rapidement,  ils  suivirent  la  gazelle,  s’efforçant  pour 
le  bien  du  brahme.  17,230. 

Décochant  des  flèches  de  fer  et  des  traits  barbelés,  les 
Pândouides  aux  grands  chars  ne  purent  blesser  la  gazelle, 
qu'ils  n’apercevaient  point  làdans  leur  voisinage.  17,237. 

En  vain  déployèrent-ils  tous  leurs  efforts,  la  grande  ga 
zelle  ne  fut  pas  vue  par  aucun  d’eux,  et,  faute  de  rencon- 
trer l’animal,  ces  hommes  intelligents  tombèrent,  fatigués, 
dans  un  pénible  désespoir.  17,238. 

S’étant  approchés,  dans  l'épaisse  forêt,  d'un  figuier  des 
banians  au  frais  ombrage,  les  Pândouides  s'assirent  au 
pied,  le  corps  enveloppé  de  faim  et  de  soif.  17,239. 

Alors  qu’ils  sereposaient  là,  Nakoula,  affligé,  dit  avec 
impatience,  à son  frère  aîné,  le  noble  rejeton  de  Kourou  : 

« Jamais  la  vertu  n'a  succombé  dans  notre  famille  ; per- 
sonne jamais  n’y  a laissé,  par  sa  négligence,  échapper 
la  fortune  de  ses  mains  ; nous  sommes,  en  outre,  les  plus 
vaillants  de  tous  les  êtres  : pourquoi  sommes-nous  donc, 
sire,  en  proie  à l’infortune  ? » 17,240 — 17,241. 

a 11  n’y  a pas  de  limite,  reprit  Youddhishthira,  il  n'y  a 
ni  cause,  ni  raison  dans  les  infortunes  ; roaisc’est  le  devoir, 
qui  distingue  le  fruit  de  ce3  deux  choses  : le  vice  et  la 
vertu!  » 17,242. 

Bhlma  de  jeter  ces  mots  : a Pràtikâmi  emmena,  comme 
une  servante,  Krishnâ  dans  l’assemblée  ; je  ne  l’ai  pas  tué 
alors,  et  c’est  pour  cela  que  nous  voici  tombés  dans  le 
malheur  ! » 17,243. 

a Le  fils  du  cocher,  dit  Arjouna,  a prononcé  des  paroles 


68 


LE  MAHA-BHARATA. 


extrêmement  amères,  qui  brisent  les  os  ; j'ai  supporté  ces 
expressions  mordantes,  et  c’est  pour  cela  que  nous  voici 
tombés  dans  le  malheur!  » 17,24 4. 

« Quand  Çakouni  t’a  vaincu,  Bharatide,  au  jeu  de  dés, 
fit  <1  son  tour  Sahadéva,  je  ne  l’ai  pas  tué  sur  le  moment, 
et  c’est  pour  cela  que  nous  voici  tombés  dans  l'infortune  ! » 

Ensuite,  Youddhishthiraditces  mots  à Nakoula  : « Monte 
sur  un  arbre,  fils  de  Màdrt,  et  promène  tes  yeux  sur  les 
dix  points  de  l’espace.  17,245 — 17,246. 

» Vois  s’il  y a de  l’eau  dans  le  voisinage,  si  tu  n’aperçois 
pas  des  arbres,  qui  cherchent  les  eaux  ! Voici  tes  frères, 
qui  sont  fatigués,  mon  enfant,  et  que  la  soif  consume.  » 

« Bien  ! » répondit  Nakoula,  qui  monta  lestement  sur 
un  arbre,  et  dit  à son  frère  atné,  après  qu’il  eut  examiné 
de  tous  les  côtés  : 17,247 — 17,248. 

« Je  vois,  sire,  beaucoup  d’arbres,  qui  naissent  dans 
les  eaux  ; j’entends  le  cri  des  ardées...  11  y a là  de  l'eau, 
je  n’en  fais  aucun  doute.  » 17,249. 

Le  fils  de  Kountl,  Youddhishthira,  ferme  comme  la  vé- 
rité, lui  dit  : o Va  promptement  d’ici , mon  ami,  et 
apporte-nous  à boire,  dans  les  carquois.  » 17,250. 

« Soit  ! » fit  Nakoula  ; et,  sur  l’ordre  de  son  frère  atné, 
il  courut  là  où  était  l’eau  et  où  même  il  ne  tarda  point  à 
arriver.  17,251. 

Il  vit  cette  eau  transparente,  environnée  par  des  ar- 
dées, et,  comme  il  désirait  boire,  il  entendit  ces  mots  pro- 
noncés dans  l’atmosphère:  17,252. 

« Ne  commets  pas  de  violence,  mon  ami  ; obtiens  d’a- 
bord mon  consentement  ! Réponds  à mes  questions,  fils 
de  Màdri  ; bois  ensuite  et  prends  de  l’eau.  » 17,253. 

Sans  donner  aucune  attention  à ces  paroles,  Nakoula 


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VANA-PARVA. 


69 

très-altéré  butl'onde  fraîche.  A peine  eût-il  bu  qu’il  tomba 
sur  la  terre.  17,25â. 

Comme  il  tardait  à revenir,  le  fils  de  Kountt,  Youd- 
dhishthira  dit,  vainqueur  des  ennemis,  au  héros  Sahadéva, 
sou  frère  : 17,255. 

« Ton  frère  atné  s'attarde  bien,  Sahadéva  : ramène 
vers  nous  ton  frère  de  tout  sang  et  apporte-nous  5 
boire.  » 17,25b. 

« Oui  ! » répondit  Sahadéva,  qui  se  rendit  à ce  lieu 
et  vit  son  frère  Nakoula  sans  vie,  étendu  sur  la  terre. 

Affligé  du  malheur  de  son  frère  et  tourmenté  par  la 
soif,  il  se  précipita  vers  l’eau  et  la  voix  du  personnage  in- 
visible dit  alors  : 17,257 — 17,258. 

a Ne  commets  pas  de  violence,  mon  ami  ; obtiens  d'a- 
bord mon  consentement  ! Réponds  à mes  questions,  fils 
de  Màdrt  ; bois  ensuite  et  prends  de  l’eau.  » 17,259. 

Sans  donner  aucune  attention  à ces  paroles,  Nakoula 
très-altéré  but  l'onde  fraîche.  A peine  eût-il  bu  qu’il  tomba 
sur  la  terre.  17,260. 

Et  le  fils  de  Kounti,  Youddhishthira  dit  à Vidjaya  : 
« Tes  deux  frères  sont  partis  depuis  long-temps,  Blbhat- 
sou,  0 toi,  qui  traînes  les  cadavres  de  tes  ennemis  ! 

><  Ramène-les,  s’il  te  plaît,  et  apporte-nous  à boire; 
car  tu  es,  dans  les  malheurs,  le  refuge  assuré  de  nous 
tous.  » 17,261 — 17,262. 

# Soit  ! » répondit  l'intelligent  Goudàkéça,  qui  ceignit 
son  cimeterre,  saisit  son  arc  avec  sa  flèche  et  s’avança 
vers  le  lac.  17,263. 

Le  guerrier  aux  blancs  coursiers  vit  étendus  là  sans 
vie  ses  deux  vaillants  frères,  qui  étaient  venus  puiser  de 
l’eau.  17,26â. 


70 


LE  MAHA-BHARATA. 


Les  ayant  vus  comme  s'ils  étaient  endormis,  le  lion  des 
hommes,  fils  de  Kounti,  dans  une  vive  affliction , leva  son 
arc  et  promena  ses  yeux  dans  la  forêt,  17,266. 

Mais  il  n'apperçut  là  dans  ce  grand  bois  aucun  être 
animé,  et  l’ambidextre  fatigué  courut  vers  l’eau. 

Dans  cette  action,  il  entendit  la  voix  parler  au  sein  de 
l’atmosphère  : n Pourquoi  cherches-tu  à atteindre  cette 
eau?  c'est  impossible  à ta  puissance  1 17,266 — 17,267. 

> Si  la  réponds,  fils  de  Kounti,  aux  demandes,  que  je 
vais  t’adresser,  Bharatide,  tu  pourras  boire  et  emporter  de 
cette  eau.  17,268. 

Le  Prithide  empêché  lui  dit  : « Arrête-moi  à face  dé- 
couverte, et,  blessé  maintenant  par  nos  flèches,  tu  cesse- 
ras de  parler  ainsi  I » 17,269. 

A ces  mots,  le  fils  de  Prithâ  inonda  les  plages  entière- 
ment de  ses  pluies  de  flèches,  enchantées  par  des  astras, 
et  montra  qu’il  était  justement  appelé  Çabdavédhin , 
c’est-à-dire , qui  coupe  à ses  ennemis  les  routes  de  la 
voix.  17,270. 

Décochant  des  flèches  en  fer  et  des  traits  barbelés, 
quand  il  eut  envoyé  des  projectiles  infaillibles,  éminent 
Bharathide,  tourmenté  par  lasoif.il  fit  alors  pleuvoir  dans 
l’atmosphère  plusieurs  torrents  de  flèches.  17,271. 

« Qu’as-tu  besoin  d'agir  ainsi , fils  de  Prithà,  dit  la 
voix  mystérieuse  ; réponds  à mes  questions  et  bois  ; mais, 
si  tu  bois,  sans  y répondre,  tu  cesseras  d’être  ! ■>  17,272. 

Le  Prithide  ambidextre,  Dhanandjaya,  méprisant  la 
voix,  qui  parlait  ainsi,  but  alors  et  tomba  sans  vie. 

Le  fils  de  Kounti,  Youddhisthira  de  s’adresser  à Bhl- 
maséna  : «Nakoula,  Sahadéva  etBtbhatsou,  fléau  des  en- 
nemis, sont  partis  depuis  long-temps  chercher  de  l’eau, 


Oigitiz 


VANA-PARVA. 


Tl 


et  ils  ne  reviennent  pas,  Bharathide  ; ramène-les,  s'il 
te  plaît,  et  apporte-nous  à boire  1 » 

17,273—17,274—17,275. 

« Bien  ! » dit  Bhîmaséna,  qui  précipita  sa  course  vers 
le  lieu,  où  ses  vaillants  frères  étaient  tombés.  17,276. 

Consumé  par  la  soif,  Bhîmaséna  les  vit  dans  une 
profonde  affliction,  et  le  héros  aux  longs  bras  pensa  que 
les  Yakshas  et  les  Rakshasas  étaient  les  auteurs  de  cette 
mort.  17,277. 

Le  Prilhide  s’imagina  qu’une  bataille  était  inévitable 
à cette  heure  : « En  attendant,  se  dit  Veutre-de-Loup,  je 
vais  boire  à cette  eau  ! » 17,278. 

Alors  l'éminent  Bharatide  altéré  de  se  hâter  vers 
l’eau.  17,279. 

« Ne  commets  pas  de  violence,  mon  ami,  dit  la  voix  de 
la  personne  invisible;  obtiens  d’abord  mon  consentement! 
Réponds  à mes  questions,  fils  de  Prithâ  ; bois  ensuite  et 
prends  de  l’eau.  » 17,280. 

A ces  mots  de  l'Yaksha  à la  vigueur  sans  mesure,  Bhî- 
ma,  sans  répondre  à ses  questions,  but,  et  tomba  sans  vie. 

Enfin,  le  roi,  fils  de  Kountt,  l'homme  éminent  aux 
longs  bras  pensa  à ses  frères  absents  et  se  leva,  l’âme 
agitée  par  l'inquiétude.  17,281 — 17,282. 

L anachorète  à la  haute  renommée  entra  dans  ce  grand 
bois,  privé  de  tout  bruit  humain,  habité  par  les  rourous, 
les  sangliers  et  les  volatiles,  embelli  d’arbres  aux  couleurs 
sombres  et  lumineuses,  égayé  par  les  ramages  des  oiseaux 
sautillants.  17,283 — 17,284. 

Tandis  que  le  fortuné  prince  marchait  dans  ce  bois,  il 
vit,  tel  qu’un  ouvrage  de  Viçvakarma,  ce  lac  orné  d’ar- 
bustes aux  boutons  d'or,  doué  de  lotus  en  multitude,  de 


72 


LE  MAHA-BHAItATA. 


sindhonvàras  (1),  de  beaux  rotangs,  couvert  d'oléandres 
odorants  et  de  pandanes  aux  senteurs  exquises. 

17,285—17,286. 

11  s’avance,  accablé  de  fatigue,  et  contemple  ce  lac  avec 
admiration.  17,287. 

Il  vit  ses  frères  tués,  portant  une  majesté  égale  à celle 
de  Çakra,  tombés,  comme  les  gardiens  du  monde,  arrivée 
la  fin  d’un  youga.  17,288. 

Il  vit  Arjouna  immolé,  ses  flèches  et  son  arc  étendus 
près  de  lui,  Bhîmaséna  et  les  deux  jumeaux,  la  vie  éteinte, 
couchés  sans  mouvement.  17,289. 

Baigné  des  larmes  de  la  douleur,  il  pousse  de  longs  et 
brûlants  soupirs,  et  la  vue  de  tous  ses  frères  morts  le 
remplit  de  tristes  pensées.  17,290. 

Le  fils  de  Dharma,  aux  bras  vigoureux,  se  répandit  en 
de  vastes  plaintes  : « Ce  n’est  point  là  ce  que  tu  m'avais 
promis,  Vrikaudara  aux  longs  bras,  quand  tu  m’as  dit  : 
« Je  briserai  avec  ma  massue,  dans  un  combat,  les  deux 
cuisses  de  Souyodhana.  » Maintenant  que  tu  es  tombé, 
héros  magnanime,  aux  bras  puissants,  qui  augmente  la 
gloire  des  Kourouides , toutes  ces  paroles  n’ont  plus 
aucun  sens  pour  moi.  Les  promesses  venues  des  hommes 
sont  des  paroles  sans  vertu  ! 17,291 — 17,292—17,298. 

« Mais  comment  les  paroles  des  Dieux  sur  vosexcelleuces 
n’ont-elles  pas  d’effet?  Quand  les  Dieux  eux-mêmes  ont 
dit  à ta  naissance,  Dhanandjaya  : « Ton  fils,  Kounti,  n’est 
pas  inférieur  à l’Immortel  aux  mille  yeux  !»  Et  les  êtres 
ont  chanté  partout  cette  parole  dans  le  Pâripâtra  du 
septentrion  ! 17,291 — 17,295. 


(1)  VU  ex  negundo. 


^Digitiz  edtsy  Google 


VANA-PAHVA. 


78 


» Mais  un  héros  s’est  présenté  bientôt  pour  enlever  leur 
fortune  évanouie  ! Personne  n'était  son  vainqueur  ; il 
n’était  personne,  dont  il  ne  triomphât  dans  les  batailles. 

» Comment  ce  Djisbnou  à la  grande  force  est-il  tombé 
sous  le  pouvoir  de  la  mort  1 Le  voilà,  qui  git  sur  la  terre, 
ce  Dhan&ndjaya,  qui  a détruit  mon  espérance  ! 

17,296 — 17,297. 

» Lui,  sous  le  bras  duquel  réfugiés,  nous  supportions 
ces  malheurs  ! Comment  sont-ils  venus  en  la  puissance 
d’un  ennemi,  ces  deux  lits  de  Kounti,  à la  grande  force, 
ces  héros,  sans  négligence  dans  les  combats,  qui  toujours 
exterminaient  les  ennemis  ; ce  Bhtmaséna  et  ce  Dhanan- 
djaya,  de  qui  l’on  n’a  jamais  éludé  aucune  des  armes  ? 

17,298—17,299. 

» J'ai  donc,  insensible,  un  cœur  de  fer,  puisqu’il 
n’éclate  pas  maintenant  à la  vue  de  ces  deux  jumeaux, 
tombés  sur  la  terre  ! 17,300. 

o Vous,  qui  saviez  les  Traités,  qui  connaissiez  les  temps 
et  les  lieux,  qui  étiez  associés  à la  pénitence,  qui  étiez 
entrés  dans  le  commencement  d’un  grand  acte,  pourquoi, 
taureaux  des  hommes,  êtes-vous  étendus  là,  sans  avoir 
accompli  une  telle  entreprise?  17,301. 

» Avec  vos  corps  sans  blessures  et  vos  arcs  non  enlevés, 
la  connaissance  évanouie,  pourquoi,  non  vaincus,  gisez- 
vous  sur  la  terre  ? » 17,302. 

Voyant  ses  frères  étendus,  tels  que  des  plateaux  de 
montagne,  et  comme  plongés  dans  un  tranquille  sommeil, 
ce  héros  à la  haute  sagesse,  couvert  de  sueur,  tourmenté 
par  la  peine,  tomba  dans  une  situation  malheureuse. 

Quand  il  eut  ainsi  soupiré  cette  plainte,  le  vertueux 
monarque  des  hommes,  baloté  au  milieu  d’un  océan  de 


74 


LE  MAHA-BHARAT.4. 


chagrins,  songea,  troublé,  4 la  cause  de  son  infortune. 

17,303—17,504. 

Mais  la  pensée  de  ce  sage  aux  longs  bras,  qui  savait  les 
portions  des  lieux  et  des  temps,  n’aboutit  pas  à découvrir 
ce  qui  devait  être  fait,  17,305. 

Lorsqu'il  eut  ainsi  nombre  de  fois  gémi,  le  vertueux 
Youddhishthira,  le  fils  du  Devoir  ou  d’Yama,  parvint  de 
lui-mêtne  à relever  son  courage.  17,306. 

11  retourna  mainte  foi t cette  réflexion  : « Par  qui  furent 
abattus  ces  héros  ? On  ne  voit  pas  sur  eux  le  coup  d’une 
arme,  et  l’on  ne  distingue  ici  les  pas  de  qui  que  ce  soit. 

» Celui,  qui  a tué  mes  frères,  est,  je  pense,  un  grand 
être.  J'y  penserai  attentivement  ; mais  avant,  je  vais 
boire,  et  je  saurai  le  goût  de  cette  eau.  17,307 — 17,308. 

» Cette  action  aurait-elle  été  laite  en  secret,  par  Dou- 
ryodhana,  que  défend  toujours  d’une  pensée  tortueuse  le 
roi  de  Gândàra  ? 17,309. 

» Quel  héros  mettrait  sa  confiance  dans  ce  méchant,  à 
la  mauvaise  nature,  qui  voit  du  même  œil  ce  qui  est  et 
n’est  point  à faire?  17,310. 

» Ou  cette  action  d’une  âme  cruelle  aurait-elle  eu  pour 
auteurs,  des  hommes  secrètement  embusqués  ? » C'est 
ainsi  qu'il  roulait  de  nombreuses  pensées  dans  sa  vaste 
intelligence.  17,311. 

» Ces  morts  eux-mêmes  n’offrent  pas  en  eux  de  chan  - 
gement,  comme  il  en  serait,  si  l’eau  de  ce  lac  avait  été  in- 
ectée  par  le  poison  ! 17,312. 

» Mes  frères  ont  dans  leur  visage  une  brillante  cou- 
leur! » pensait-il.  Quel  autre  qu’Yama,  le  Dieu  de  la 
mort,  eût  attaqué  ces  plus  vaillants  des  hommes,  forts 
individuellement  comme  des  multitudes?  » Sur  de  telles 


VANA-PARVA. 


75 


réflexions,  il  s’avança  vers  l’eau,  et,  dans  le  moment  qu’il 
allait  s’y  plonger,  il  entendit  ces  mots  tomber  des  airs  : 

17,313—17,314. 

« Je  suis  Vaka,  qui  me  nourris  de  poissons  et  de  vallis- 
néries.  C’est  moi,  qui  ai  conduit  tes  frères  sous  la  puissance 
de  la  mort.  Tu  seras  le  cinquième,  fils  de  roi,  si  tu  ne 
réponds  pas  aux  demandes,  que  je  t’adresse.  17,315. 

» Ne  commets  pas  de  violence , mon  ami  ; obtiens 
d’abord  mon  consentement  ! Réponds  à mes  questions, 
fils  de  Prithâ;  bois  ensuite  et  prends  de  l'eau.  » 17,310. 

n Toi,  répondit  Youddhishthira,  qui  participe  à la  na- 
ture des  Roudras,  ou  des  Vasous,  ou  des  Maroutes,  Dieu, 
qui  est  ton  excellence?  Cette  voix  n'est-elle  pas  formée 
par  un  oiseau  ? 17,317. 

» Es-tu  l’ Himalaya,  le  Pâripâtra,  le  Vindhya  et  le  Ma- 
laya  même  ? Sous  laquelle  de  ces  quatre  montagnes  ces 
héros  & l’immense  vigueur  ont-ils  succombé  ? O le  meilleur 
des  êtres  doués  de  la  voix,  tu  as  accompli  un  exploit  infi- 
niment grand  ! 17,318. 

u Eux,  que  n’auraient  pu  vaincre  dans  un  grand  combat, 
ni  les  Dieux,  ni  les  Gandharvas,  ni  les  Asouras,  ni  les 
Rakshasas,  tu  les  as  vaincus,  tu  as  fait  cette  haute  mer- 
veille ! 17,319. 

» Je  ne  vois  pas  quelle  est  ton  affaire  ; je  ne  démêle  pas 
quel  est  ton  désir.  Une  grande  curiosité,  mêlée  de  terreur, 
me  saisit.  17,320. 

» Mon  cœur  en  est  troublé,  la  fièvre  s'empare  de  ma 
tête  : je  te  demande  donc,  bienheureux  : qui  est  ton  excel- 
lence?» 17,321. 

« Je  suis  unYaksha,  s’il  te  plaît,  répondit  la  voix  ; je  ne 
suis  ni  un  volatile,  ni  un  habitant  des  eaux.  C'est  moi,  qui 


70  LE  MAHA-BHARATA. 

ai  jetéàbas  tous  tes  frères,  à la  grande  vigueur.  » 17,322. 

Alors  qu’il  eut  entendu  ces  paroles  malheureuses,  aux 
dures  syllabes,  de  l’Yaksha,  qui  parlait,  l’éminent  Bha- 
ralide,  s'étant  avancé,  vit  un  Yaksha  au  grand  corps,  haut 
comme  un  palmier,  aux  yeux  diflbrmes,  semblable  au  so- 
leil flamboyant,  inaflrontable,  pareil  à une  montagne, 
menaçant,  d’une  voix  terrible,  tel  que  le  tonnerre  des 
nuages  profonds.  Il  se  tenait,  appuyé  sur  un  arbre. 

17,323 — 17,324 — 17,325. 

« Ces  frères  de  toi,  sire,  je  les  ai  arrêtés  plus  d’une  fois, 
dit  l' Yaksha  : ils  voulaient  de  force  puiser  de  l’eau,  et  je 
lesaibroyés,  17,326. 

» Moi,  sire,  qui  ne  permets  pas  aux  êtres  animés  de 
puiser  ici  de  l'eau  pourboire.  Ne  commets  pas  de  violence, 
fils  de  Prithâ.  Obtiens  d'abord  mon  agrément  ; réponds  à 
mes  questions,  fils  de  Kountl,  bois  ensuite  et  emporte  de 
l’eau  ! » 17,327. 

« Je  ne  désire  point,  Y aksha,  ton  consentement  préa- 
lable, répondit  Youddhishthira.  Les  hommes  de  bien 
n’approuvent  pas  volontiers,  qu’on  vante  soi-mème  tou- 
jours ses  avantages.  Mais  je  vais  répondre  à tes  questions 
suivant  ma  science  : interroge-moi.  » 17,328 — 17,329. 

« Qui  est-ce  qui  fait  monter  le  soleil  ? demanda  aussitôt 
l’Yaksha.  Quels  sont  les  êtres,  qui  circulent  auprès  de  lui? 
Qui  est-ce  qui  le  conduitaumont  Asta?  En  quoi  se  repose- 
t-il  ? » 17,330, 

h Brahma  fait  monter  le  soleil,  répondit  Youddhish- 
thira ; les  Dieux  circulent  auprès  de  lui  ; Dharma  le  con- 
duit au  mont  Asta;  il  repose  dans  la  vérité.  » 17,331. 

« Par  quelle  chose  un  brahme  devient-il  uu  çrotriya? 
s’enquit  l’ Yaksha.  Par  quoi  obtient-il  la  grandeur?  Par 


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VANA-PARVA. 


77 


quoi  s’unit-il  à des  compagnons?  Par  quoi  devient-il  un 
sage?  » 17,332. 

« Il  devient  çrotriya  par  la  sainte  écriture,  lui  répondit 
Youddhishthira  ; il  obtient  la  grandeur  par  la  pénitence, 
il  se  joint  à des  compagnons  par  le  sacrifice,  il  devient  un 
sage  par  l’accroissement  du  service.  » 17,333. 

« Comment  les  brahmes  acquièrent-ils  la  condition  di- 
vine ? Quel  est  le  devoir  de  ceux,  qui  sont  comme  bons? 
Quel  est  leur  naissance  humaine?  Quelle  chose  revient  à 
ceux,  qui  sont  comme  des  méchants  ? » 17,334. 

« La  lecture  est  leur  état  divin,  reprit  Youddhishthira. 
Le  devoir  de  ceux,  qui  sont  comme  bons,  c'est  la  péni- 
tence ; leur  naissance  humaine,  c’est  la  mort  ; ceux,  qui 
sont  comme  des  méchants,  encourent  le  reproche.  » 

« Quel  est,  demanda  l’Yaksha,  la  condition  divine  pour 
les  kshatryas?  Quel  est  le  devoir  des  bons  parmi  eux? 
Quelle  est  leur  existence  humaine  ? Quel  chose  revient  à 
ceux,  qui  parmi  eux  sontdes  méchants?»  17,336-17,336. 

« Leur  état  divin,  répondit  Youddhishthira,  est  l’astra 
des  flèches  ; le  sacrifice  est  le  devoir  des  bons  ; leur  exis- 
tence, c’est  la  terreur  ; l'abandon  est  la  peine  des  mé- 
chants. » 17,337. 

» Pourquoi  le  Sâma  est-il  la  seule  chose  convenable  au 
sacrifice?  poursuivit  l'Yaksha.  Pourquoi  l’Yadjous  est- 
il  seul  propre  au  sacrifice?  Quelle  est  la  chose,  qui  seule 
couvre  le  sacrifice  ? Quelle  est  celle,  que  le  sacrifice  ne 
peut  surmonter?  » 17,338. 

« Le  Sâma  convenable  au  sacrifice,  c’est  le  souille  de 
vie,  répliqua  l’interrogé  ; l’âme,  c’est  l’Yadjons  propre  au 
sacrifice  ; le  Rig  seul  couvre  le  sacrifice  ; et  celui-ci  ne 
peut  le  surmonter.  » 17,339. 


78 


LE  MAHA-BHARATA. 


« Quelle  est  la  plus  excellente  des  choses  semées?  con- 
tinua l'Yaksha.  Quelle  est  la  meilleure  des  choses  dissé- 
minées dans  les  sillons?  Quelle  est  la  plus  excellente  des 
choses  fermes  sur  leur  pied  ? Qu’y  a-t-il  de  mieux  pour 
ceux,  qui  procréent?  » 17,340. 

« La  pluie  est  la  plus  excellente  des  choses  semées, 
repartit  Youddhishthira  ; le  blé  est  la  meilleure  des  se- 
mences ; les  vaches,  des  choses  fermes  sur  leur  pied  ; un 
fils  est  ce  qu’il  y a de  mieux  pour  ceux,  qui  procréent.  » 
L’Yaksha  dit  : 

« Quel  homme,  honoré  du  monde,  estimé  de  tous  les 
êtres,  jouissant  des  objets  proposés  aux  organes  des  sens, 
ne  vit  pas,  quoiqu’il  respire  l’air  du  ciel?  » 

a L'homme,  qui  ne  donne  rien  4 ces  cinq  personnes, 
repartit  encore  Youddhishthira  : les  Dieux,  les  hôtes,  les 
serviteurs,  les  Mânes  et  son  âme,  ne  vit  pas,  quoiqu’il 
respire  l’air  du  ciel.  » 17,341 — 17,342 — 17,343. 

« Qu’y  a-t-il  de  plus  grand  poids  que  la  terre  ? demanda 
l’Y'aksha.  Qu’y  a-t-il  de  plus  haut  que  l’air?  Qu’y  a-t-il 
de  plus  rapide  que  le  vent  ? Qn’y  a-t-il  de  plus  difficile  à 
supporter  que  la  soif?  » 17,344. 

o Une  mère  est  d’un  plus  grand  poids  que  la  terre, 
reprit  Youddhishthira  ; un  père  est  plus  élevé  que  l’air  ; 
l’àme  est  plus  rapide  que  le  vent  ; la  pensée  est  plus  diffi- 
cile à supporter  que  la  soif?  » 17,346. 

« Qui  est-ce  qui  ne  ferme  pas  les  yeux  en  dormant  ? 
poursuivit  l’Y  aksha.  Qui  est-ce  qui  ne  rampe  point  à sa 
naissance  ? Qui  est-ce  qui  n’a  pas  un  cœur  ? Qui  est-ce  qui 
s’accroît  dans  sa  vitesse?  » 17,340. 

« Le  poisson  ne  ferme  pas  les  yeux  en  dormant,  répondit 
Youddhishthira.  L’œuf  ne  rampe  point  à sa  naissance.  Il 


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VANA-PAKVA. 


79 


n'v  a pas  un  cœur  dans  la  pierre.  La  vitesse  fait  croître  le 
fleuve.  » 17,347. 

« Qui  est-ce  qui  est  l’ami  de  l’étranger?  s’enquit  de 
nouveau  l'Yaksba.  Qui  est  réputé  un  ami  dans  la  maison? 
Qui  est  l'ami  du  malade  ? Qui  est-ce  qui  fait  mourir  un 
ami  ? « 17,348. 

« line  caravane  est  l’ami  de  l’étranger,  repartit  Youd- 
dhishthira.  line  épouse  est  réputée  un  ami  dans  la  maison. 
Un  médecin  est  l'ami  du  malade.  Le  don  tue  l'ami.  » 
u Qui  est  l'hôte  de  tous  les  êtres  ? lui  demanda  l’Yaksha. 
Qui  est  le  devoir  éternel?  Qu’est-ce  que  l’ambroisie,  Indra 
des  rois?  Qui  est  tout  ce  monde?  » 17,349—17,350. 
Youddhishthira  résolut  ainsi  la  question  : 

« Le  feu  est  l'hôte  de  tous  les  êtres.  La  lune  est  l'am- 
broisie des  cieux.  Le  devoir  est  l’éternelle  ambroisie.  Le 
vent  est  tout  ce  monde  (1).  » 17,351. 

« Quel  être  chemine  seul  ? fit  de  nouveau  l’Yaksha. 
Qui  est-ce  qui  renaît  après  sa  mort  ? Quel  est  le  remède 
contre  la  neige  ? Quel  est  le  plus  grand  des  vases  ? » 

« Le  soleil  chemine  seul,  répondit  Youddhishthira.  La 
lune  renaît  après  sa  mort.  Le  feu  est  le  remède  contre  la 
neige.  La  terre  est  le  plus  grand  des  vaisseaux.  » 

17,352—17,353. 

« Quel  est  le  juste?  demanda  l'Yaksha;  quelle  est  la 
renommée?  quel  est  le  paradisiarque,  quel  est  le  plaisir, 
qui  marchent  sur  un  seul  pied  ? » 17,354. 

« La  politesse,  reprit  Youddhishthira,  est  le  juste,  qu'on 
dit  solipède  ; l'aumône  est  la  renommée  ntonopède;  la  vé- 


(1)  Il  y a sans  doute  ici  un  calembourg  : djayat  veut  dire  à U 
vent  et  le  monde. 


fois  le 


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80 


LE  MAHA-BHARATA. 


rité  marche  au  paradis  sur  un  seul  pied,  le  bon  caractère 
est  le  plaisir,  qui  n’a  qu’un  seul  pied.  » 17,355. 

« Qui  est-ce  qui  est  l'âme  de  l’homme  ? continua 
l’Yaksha.  Qui  est  l'ami,  donné  par  le  Destin?  Qui  est-ce 
qui  a en  soi-même  les  moyens  de  subsistance  ? Quelle  est 
sa  voie  la  plus  haute  ? » 17,356. 

« Un  fils,  répondit  Youddhishthira,  est  l’âme  de 
l'homme.  Une  épouse  est  l’auii  donné  par  le  destin.  Le 
nuage  porte  ses  moyens  de  subsistance.  L’aumêne  est  la 
voix  la  plus  haute.  » 17,357. 

« Quelle  est  la  plus  grande  chose  des  gens  heureux  ? 
demanda  l’Yaksha.  Quelle  est  la  plus  grande  des  ri- 
chesses? Quel  est  le  plus  grand  des  gains?  Quel  est  le 
plus  grand  des  plaisirs  ? » 17,358. 

« La  politesse,  reprit  Youddhishthira,  est  ce  que  les 
gens  heureux  ont  de  plus  grand.  La  sainte  écriture  est  la 
plus  grande  des  richesses.  La  santé  est  le  plus  grand  de 
tous  les  gains.  Le  contentement  est  le  plus  grand  des 
plaisirs.  » 17,359. 

n Quel  est  le  devoir  le  plus  élevé  du  monde?  s'enquit 
ensuite  l'Yaksha.  Quel  devoir  ne  manque  jamais  à porter 
son  fruit  ? Quelle  chose  ne  regrette-t-on  jamais  d’avoir  pu 
réprimer?  Pour  qui  la  paix  ne  vieillit-elle  jamais  ? » 

Youddhishthira  de  lui  répondre  : 

« L’humanité  est  le  plus  grand  devoir.  Le  devoir,  en- 
joint par  les  Védas,  ne  manque  pas  de  porter  son  fruit. 
L’âme  est  ce  qu’on  ne  regrette  jamais  d’avoir  su  contenir. 
Cest  pour  les  gens  de  bien,  que  la  paix  ne  vieillit  jamais.  * 

17,360—17,361. 

« Quelle  est  la  chose,  dont  l'abandon  nous  rend  ai 
tnable  ? fit  l’Yaksha.  Quelle  est  celle,  qu’on  ne  pleure  pas 


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VANA-PARVA. 


81 


d'avoir  abandonnée?  De  quelle  chose  devient-on  riche  en 
se  défaisant?  Quelle  chose  nous  rend  heureux,  lorsqu’on 
l’a  quittée?»  17,302. 

« En  mettant  de  côté  l’orgueil,  on  se  rend  aimable,  re- 
partit Youddhishthira.  On  ne  pleure  pas  de  renoncer  à la 
colère  : on  s’enrichit,  en  laissant  l’amour  : on  est  heureux 
d’abandonner  l’avarice.  » 17,363. 

« Pourquoi  l’aumône  dans  le  brahrne  ? demanda 
l’Yaksha.  Quel  est  le  but  du  comédien  et  du  danseur? 
Quel  est  celui  des  serviteurs  ? Quel  est  celui  des  rois  ? » 

« L’aumône  est  dans  le  brahrne  une  chose  ordonnée 
par  la  loi,  répondit  Youddhishthira.  La  renommée  est  la 
chose  du  danseur  et  du  comédien  ; la  nourriture,  celle  des 
serviteurs,  et  la  crainte  celle  des  rois.  » 17,304 — 17,365. 

« Par  quoi  le  monde  est-il  couvert  ? dit  l’Yaksha.  Par 
quoi  n’esi-il  pas  éclairé  ? Quelle  chose  nous  fait  aban- 
donner nos  amis  ? A cause  de  quoi  ne  va-t-on  pas  au  ciel  ? » 

« Le  monde  est  couvert  par  l’ignorance,  répliqua  Youd- 
dhishthira : il  n’est  point  éclairé  par  l’obscurité.  L’avarice 
nous  fait  abandonner  nos  amis.  La  cupidité  nous  empêche 
d’aller  au  ciel.  » 17,360 — 17,367. 

« Comment  un  homme  3cra-t-il  mort?continua  l' Yaksha. 
Comment  un  royaume  deviendra-t-il  sans  vie  ? Comment 
un  çrâddha  sera-t-il  frappé  de  mort  ? Comment  un  sacri- 
lice  mourra-t-il  ? » 17,36S. 

« Un  homme  est-il  pauvre,  il  est  mort,  dit  Youddhish- 
thira. Un  royaume  sans  roi  est  déjà  mort.  Le  çrâddha 
offert  par  un  brahrne,  ignorant  des  Védas,  est  frappé  de 
mort.  Un  sacrifice  impropre  n’a  point  la  vie.  » 17,369. 

« Qu’est-ce  qu'on  appelle  l'espace  ? demanda  l’Yaksha. 
Qu’est-ce  qu'on  nomme  l’eau  ? Quelle  chose  est  la  nour- 
v 0 


82 


LE  MAHA-BHARATA. 


riture  ? Quelle  chose  est  un  poison  ? Dis-moi  le  moment  du 
çràddha.  Bois  ensuite  et  emporte  de  l’eau.  » 17,370. 

L’interrogé  de  lui  répondre  : 

« Les  mains  ouvertes  et  jointes  sont  un  espace,  l’atmos- 
phère est  eau,  la  terre  est  nourriture,  le  désir  est  un  poi- 
son ; le  temps  du  çràddba,  c'est  le  brahrne  : ou  quel  est 
ton  sentiment,  Yaksha  ? » 17,371. 

o Qu’est-ce  qui  est  dit  le  signe  du  tapas  (1),  reprit 
l’Yaksha.  Qu’est-ce  qu’on  appelle  le  dama  (2)  ? Qu'est-ce 
qu’on  nomme  la  plus  haute  patience?  Qu’est-ce  qu’on  dit 
la  pudeur?»  17,372. 

a Le  tapas,  repartit  Youddhishthira,  maintient  chacun 
dans  son  devoir;  le  dama  est  la  répression  de  l’âme;  la 
patience  est  la  capacité  pour  supporter  les  disputes  ; la 
pudeur  ou  la  honte  s’abstientde  ce  qu’on  ne  doit  pas  faire.  » 

« Qu’est-ce  qu’on  appelle  la  scieuce,  sire  ? lui  demanda 
l’Yaksha,  Qu’est-ce  qui  est  la  quiétude?  Qu’ est -ce  qu’on 
nomme  la  plus  haute  miséricorde?  Qu’appelle-t-on  la 
droiture?  » 17,373 — 17,374. 

» La  science,  répliqua  l’interrogé,  est  l’explication  des 
choses  de  la  vraie  nature;  la  quiétude  existe  dans  un 
calme  parfait  de  la  pensée  ; la  miséricorde  est  le  désir  du 
bien  de  tous  les  êtres  ; la  droiture  consiste  dans  une  âme 
impartialement  égale.  » 17,375. 

» Quel  est  l’ennemi  difticile  â vaincre  pour  les  hommes? 
dit  l’Yaksha.  Quelle  est  la  maladie  sans  (in  ? Qui  est-ce 
qui  est  dit  bon?Qui est-ce quiest dit  méchant?  » 17,376. 

Youddhishthira  de  répliquer  : 

» La  colère  est  un  ennemi  bien  difficile  à vaincre  ; l’ava- 

M-2)  Voyex  l'explication  de  ces  mots  k l’index. 


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VANA-PARVA. 


SS 


rice  est  une  maladie,  qui  n’a  pa9  de  fin  ; l’homme  sen- 
sible pour  tous  les  êtres  e3t  bon  : l’homme  sans  pitié  est 
un  méchant.  » 17,877. 

« Qu’est-ce  qu’on  nomme  la  folie,  sire?  lui  demanda 
l’interrogateur.  Qu’est-ce  qu’on  nomme  l’orgueil  ? Qu’est-ce 
qu’il  faut  entendre  sous  le  nom  de  paresse?  Qu’est-ce 
qu’on  appelle  le  chagrin  ? » 17,378. 

« La  folie  est  une  ignorance  du  devoir,  dit  Youddhish- 
thira,  l’orgueil  est  une  sotte  estime  de  soi-même,  la  pa- 
resse est  l’indolence  sur  le  devoir,  l’ignorance  est  qualifiée 
de  chagrin.  » 17,379. 

s Qu’est-ce  que  les  rishis  nomment  la  constance? 
Qu’est-ce  qu’ils  appellent  la  fermeté?  s'enquit  l’Yaksha. 
Qu’est-ce  qui  est  dit  le  bain  suprême?  Qu’est-ce  qu’on 
appelle  ici  l’aumône  ? » 17,380. 

« La  constance,  c’est  l’immobilité  dans  son  devoir,  re- 
partit Youddhishthira.  La  coercition  des  organes,  c’est  la 
fermeté.  L’abandon  des  souillures  de  l’âme,  c’est  le  bain  ; 
l’aumône  est  la  conservation  des  êtres.  » 17,381. 

L’Yaksha  de  continuer  : 

« Qui  doit-on  reconnaître  comme  un  savant  ? Quel 
homme  est  appelé  un  athée  ? A quoi  donner  le  nom  de 
l’amour?Qui  mérite  celui  d’envie?  » 17,382. 

Youddhishthira  de  répondre  : 

« L’homme  instruit  dans  le  devoir  est  réputé  un  savant; 
le  nom  d’athée  est  appliqué  à l’ignare;  l’amour  est  la 
cause  du  monde  ; l’envie  est  dite  le  chagrin  du  cœur.  » 

« Qu’est-ce  qu’on  appelle  l’égoïsme?  demanda  ensuite 
l’Yaksha.  Qu’est-ce  qui  est  nommé  la  fierté?  Que  dira-t- 
on  le  Destin  supérieur?  Qu’appellera-t-on  la  cruauté?  » 

17,383—17,384. 


84 


LE  MAHA-BHARATA. 


« L’égoïsme,  reprit  Youddhishlhira,  est  une  grande 
ignorance.  La  fierté,  c’est  porter  haut  le  drapeau  du  de- 
voir. Le  Destin,  c’est  le  fruit  de  l'aumône.  La  cruauté  con- 
siste à faire  du  mal  aux  autres.  » 17,385. 

« Le  juste,  l’utile  et  l’amour  se  font  obstacle  l’un  à 
l'autre,  observa  l’Yakslia  : comment  se  fera,  dans  un 
seul  individu,  la  réunion  de  ces  trois  sentiments,  qui 
cherchent  sans  cesse  à s’empêcher  mutuellement?  » 

« Quand  le  devoir  et  l’épouse  obéissent  l’un  à l'autre, 
dit  Youddhishthira,  alors  il  y aréunion  de  ces  trois  choses: 
le  juste,  l’utile  et  l’amour.  » 17,386 — 17,387. 

« Par  qui  l'éternel  Naraka  est-il  obtenu,  Ole  plus  grand 
des  Bharatides?  fit  l’Yaksha.  Veuille  promptement  ré- 
pondre à cette  question,  sortie  de  ma  bouche.  >> 

« Quiconque,  ayant  appelé  de  lui-même  un  brahme 
pauvre  et  indigent,  répondit  Youddhishthira,  lui  dit  en- 
suite : « 11  n'y  a rien  ! » ira  dans  l'éternel  Naraka. 

17,388—17,389. 

» Quiconque  est  placé  d'une  manière  opposée  à la  vérité 
dans  les  Védas  et  dans  les  Traités  des  devoirs  A l’égard 
des  Dieux,  des  Mânes  et  des  brahmes,  ira  dans  l’éternel 
Naraka.  17,390. 

» Quiconque,  jouissant  des  richesses,  se  prive  du  fruit 
de  l'aumône,  par  avarice,  et  répond  à la  demande  : « Il 
n'y  arien  ! » ira  lui-même  dans  l’éternel  Naraka.  » 17,391 . 

n Par  quelle  famille,  demanda  encore  l’Yaksha,  par 
quelle  conduite,  par  quelle  prière  ou  par  quelle  sainte 
écriture  obtient-on  laqualité  de  brahme  ? Dis-moi  cela,  sire, 
d'une  manière  bien  certaine.  » 17,392. 

» Écoute,  vénérable  Yaksha,  reprit  Youddhishthira: 
ce  n’est  ni  la  famille,  ce  n’est  ni  la  prière,  ni  la  sainte 


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VANA-PARVA. 


85 


écriture  ; c'est  la  conduite  seule,  qui  fait  acquérir  la  qualité 
de  brahme;  il  n’y  a point  là  de  doute;  17,393. 

» l,a  conduite,  qu’un  brahme  surtout  doit  observer  de 
tous  ses  efforts.  Quiconque  est  fort  d’une  conduite  non 
sujette  à la  mort,  ne  périt  pas  ; mais  celui,  de  qui  la  con- 
duite est  perdue,  suivant  les  obligations  de  sa  caste,  périt. 

a Des  lecteurs  et  des  récitateurs  des  Védas,  d'autres, 
de  qui  la  pensée  est  appliquée  aux  divers  Traités,  le  sa- 
vant engagé  dans  les  affaires  et  d’une  conduite  mauvaise, 
sût-il  même  les  quatre  Védas,  sont  tous  réputés  des  fous, 
adonnés  à des  pratiques  coupables;  mais  l’homme,  qui, 
dompté,  voué  à l’aguihotra,  excelle  par-dessus  le  çoû- 
dra,  est  estimé  un  brahme.  » 17, 39/1  — 17,395 — I7,39fi. 

« Quelle  chose  obtient  celui,  qui  n'adresse  que  des 
propos  aimables?  dit  l’Yaksha.  Quelle  chose  acquiert 
celui,  de  qui  la  réflexion  gouverne  les  actions?  Quegagne- 
t-on  à faire  beaucoup  de  choses  amies?  (lue  mérite-t-on  à 
se  complaire  dans  le  devoir  ? Conte-moi  cela.  » 17,397. 
Youddhishthira  de  lui  répondre  : 

« Celui,  qui  ne  tient  que  des  propos  aimables,  se  rend 
agréable  ; celui,  de  qui  la  réflexion  gouverne  les  actions, 
conquiert  un  rang  plus  élevé.  Quand  on  fait  beaucoup 
de  choses  aimables,  on  habite  au  sein  du  plaisir.  Qui  se 
complaît  dans  le  devoir,  obtient  la  route  de  la  félicité 
éternelle.  » 17,398. 

« Qui  est-ce  qui  se  réjouit?  demanda  l'Yaksha.  Qu’est- 
ce  que  la  merveille  ? Qu’est-ce  que  la  voie  ? Qu’est-ce  que 
la  vârtà?  Résous  mes  questions,  prince  habile,  et  que 
tes  parents  morts  reviennent  à la  vie.  » 17,399. 

« Celui,  qui  est  libre  de  dettes  et  qui  ne  vit  pas  hors  de 
chez  lui,  fait  cuire  dans  sa  maison  des  légumes,  le  cin- 


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80 


LE  MAHA-BHAIim. 


quièrne  ou  le  sixième  jour,  habitant  des  eaux,  et  il  se  ré- 
jouit 17,400. 

» Chaque  jour,  les  créatures  de  ce  monde  vont  dans  la 
demeure  d'Yama  ; la  fixité  est  le  désir  de  ce  qui  reste 
ici-bas:  est-il  rien  de  plus  merveilleux?  17,401. 

» Une  pensée  indécise  n’est  pas  expliquée  de  la  même 
façon  par  deux  hommes,  qui  l'ont  entendue;  il  u'est 
pas  d’anachorète,  qui  seul  ici  soit  une  autorité.  La  vérité 
du  devoir  fut  posée  dans  un  puits,  par  lequel  passe 
l'homme  vertueux  : c’est  là  ce  qui  est  dit  la  route  ou  la 
voie.  17,402. 

« La  Mort  fait  cuire,  dans  le  chaudron  île  la  vie,  com- 
posé de  grandes  déceptions,  les  créatures  sur  le  bûcher  des 
jours  et  des  nuits,  avec  le  feu  du  soleil,  en  les  remuant 
avec  la  cuillère  des  saisons  et  des  mois.  Voilà  ce  qui  est 
nommé  la  vàrtà.  » 17,403. 

« Tu  as  répondu,  conformément  à la  vérité,  fléau  des 
ennemis,  aux  questions,  que  je  t’ai  adressées,  ditl’Yaksha. 
Maintenant,  dis-moi  le  pourousha  et  l’homme,  qui  est 
riche  en  tout.  » 17,404. 

« Le  son  touche  le  ciel  et  la  terre  par  un  acte  pur, 
lui  répondit  Youddhishthira  ; on  appelle  pourousha,  le 
temps,  que  dure  le  son.  17,405. 

» Quand  un  homme  est  indifférent  à ce  qui  est  agréable 
et  désagréable,  au  plaisir  et  à la  peine,  au  passé  et  à l’a- 
venir, il  est  riche  en  toutes  choses.  » 17,400. 

n Tu  m’as  expliqué,  sire,  le  pourousha  et  quel  homme 
est  riche  en  tout,  reprit  l’Yaksha  ; que  celui  de  tes  frères, 
que  tu  désires,  revienne  donc  seul  àla  vie.  » 17,407. 

n Que  ce  Nakoula,  aux  grands  bras,  àla  poitrine  large, 
à la  carnation  d'azur,  aux  yeux  dorés,  à la  taille  haute 


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VANA-PARVA. 


87 


comme  un  chêne,  Yaksha,  revienne  à la  viel  » 17,408. 

n Bhtmaséna  est  ton  ami,  et  cet  Arjouna  est  votre  asile, 
observa  l’ Yaksha  : pourquoi  est-ce  ton  rival  Nakoula,  sire, 
de  qui  tu  désires  la  vie  ? 17,409. 

» Tu  laisses  Bhima,  de  qui  la  force  est  égale  à dix 
sankhvas  et  à mille  éléphants,  pour  donner  la  préférence 
à la  vie  de  Nakoula  ! 17,410. 

» Cependant,  les  hommes  disent  que  ce  Bhlmaséna  est 
ton  ami?  Quel  sentiment  te  fait  désirer  la  vie  de  ce  rival. 

» Quoi!  ayant  abandonné  cet  Arjouna,  de  qui  tous  les 
Pândouides  honorent  la  force  des  bras,  c’est  de  Nakoula, 
que  tu  désires  la  vie  ? » 17,411 — 17,412. 

Youddhishthira  lui  répondit: 

« Le  devoir  tué,  tue  lui-même,  le  devoir  conservé,  con- 
serve ! donc,  je  n'abandonne  pas  le  devoir,:  que  le  devoir 
tué  ne  nous  donne  pas  la  mort  ! 17,413. 

» L’humanité  est  le  premier  devoir,  je  l’estime  plus  que 
la  vérité.  Je  désire,  Yaksha,  exercer  l'humanité  : que 
Nakoula  soit  donc  rendu  à la  vie.  17,414. 

» Le  roi,  dit-on,  est  sans  cesse  adonné  au  devoir.  Les 
hommes  me  connaissent  : je  ne  m’écarterai  pas  de  mon 
devoir, Yaksha.  Que  Nakoula  soit  rendu  ii  la  vie  ! 17,415. 

» Kounti  et  Màdrt  furent  les  deux  épouses  de  mon  père: 
« Que  ces  deux  femmes  soient  mères  de  (ils  I » dit  Snlya- 
vati.  Je  tiens  d après  elle  mon  sentiment.  17,41(5. 

» Màdri  fut  ce  qu’est  Kounti  : je  ne  mets  entre  elles 
deux  aucune  différence.  Mon  désir  est  que  Nakoula  soit 
rendu  à la  vie,  Yaksha.  u 17,417. 

« A cause  que  l’humanité,  repartitl’ Yaksha,  est  estimée 
par  toi,  taureau  des  hommes,  plus  que  l’intérêt  et  l'amour, 
je  consens  que  tes  frères  soient  tous  rendus  à la  vie.  » 


SH 


LE  MAHA-BHARATA. 


A cette  parole  seule  de  l’ Yaksha,  les  Pàndouides  aus- 
sitôt de  ressusciter,  et  la  faim  s'en  alla  d'eux  tous  au 
même  instant  avec  la  soif.  17, AÏS — 17,419. 

Youddhishthira  lui  dit  : 

« Je  t’interroge,  Invincible,  qui  te  tiens  dans  ce  lac, 
sur  un  seul  pied  : quel  Dieu  est  ton  excellence,  car  ic  ne 
pense  pas  que  tu  sois  un  Yaksha?  17,420. 

» Ta  Divinité  est-elle  un  des  Vasous  ou  des  Roudras  ? 
Est-elle  ou  le  plus  grand  des  Maroutes?  ou  le  Dieu,  qui 
porte  la  foudre,  le  souverain  du  Tridaça?  17,421. 

<i  Mais  je  ne  vois  point  ici  le  guerrier,  qui  a couché  sur 
la  terre  tous  ces  hommes  d'armes,  mes  frères,  habitués  à 
combattre  avec  des  centaines  de  mille.  17,422. 

» Je  vois  leurs  sens,  qui  se  réveillent  de  la  mort  avec 
plaisir  : ton  excellence  est  notre  ami  ou  elle  est  notre  père.  » 

« Je  suis  ton  père,  mon  fils,  reprit  l’ Yaksha  ; je  suis 
Dharma  à l'impitoyable  valeur  ; sache,  éminent  Bharatide, 
que  l’envie  de  te  voir  m'a  conduit  en  ce  lieu. 

17,423—17,424. 

» La  réputation,  la  vérité,  la  répression  des  sens,  la 
pureté,  la  droiture,  la  pudeur,  la  constance,  l’aumône,  la 
pénitence,  la  chasteté  : voilà  quels  sont  mes  corps. 

a L'absence  du  mal  envers  tous  les  êtres,  l’égalité 
d'âme,  la  quiétude,  les  mortitications,  la  pureté,  la  cha- 
rité, sache  que  ce  sont  là  mes  portes.  Tu  me  fus  toujours 
agréable.  17,425 — 17,420. 

» Oh  bonheur  ! tues  attachéaux  cinq  grands  sacrifices  \ 
oh  bonheur  ! tu  as  vaincu  le  vice  aux  six  pieds  (1)  : deux 


mot,  nur  lequel  se  taisent  tou»  le»  Lexique»,  Y Anmra-Kosha 
et  les  Dictionnaires. 


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VANA-PAltVA. 


8» 


sont  au  commencement,  deux  au  milieu  et  deux  à l'état 
futur  ! 17,427. 

» Je  suis  Dharma,  s'il  te  plaît;  je  suis  venu  ici,  conduit 
par  l'envie  de  te  connaître.  Jesuis  charmé  de  ta  douceur; 
je  te  donnerai  une  grâce,  mortel  sans  péché.  17,428. 

» Choisis  une  grâce,  Indra  des  rois;  je  te  l'accorde, 
vertueux  héros  ; car  l’enfer  n’attend  pas  ces  hommes,  qui 
sont  pieux  envers  moi.  » 17,429. 

« Que  ne  soient  pas  troublés  les  feux  sacrés  du  prêtre, 
dit  Youddhishthira,  dont  une  gazelle  s’est  enfuie,  em- 
portant le  bâton  pour  battre  son  lait  et  le  bois,  d'où  l’on 
tire  l'étincelle  : c’est  la  première  grâce,  que  je  de- 
mande. » 17,430. 

« Ce  bâton  et  ce  bois,  reprit  i’Yaksha,  c’est  moi,  quiles 
ai  enlevés  au  brahme,  sous  le  travestissement  d’une  ga- 
zelle, par  le  désir  de  te  connaître,  auguste  fils  de  Kountl.  » 
L'adorable  Dieu  lui  rendit  cette  réponse  ; « Il  faut  que 
je  donne  ! Choisis  une  autre  grâce,  s’il  te  plaît,  6 toi,  qui 
ressembles  à un  Immortel.  » 17,431 — 17,432. 

« Nous  avons  passé,  dans  les  bois,  douze  années  ; la 
treizième  s’approche,  dit  Youddhishthira  : que  nulle  part 
les  enfants  de  Manou  ne  sachent  que  nous  habitons  ici.  •> 
k Je  ne  puis  te  refuser  cette  grâce  ! » lui  répondit  l’ Ado- 
rable ; et  il  releva  l'esprit  du  fils  de  Kountî,  à la  bravoure 
infaillible.  17,433—17,434. 

b Personne,  dans  les  trois  mondes,  ne  vous  reconnaîtra, 
lils  de  Bharata,  quand  bien  même  il  vous  arriverait  de 
parcourir  cette  terre  sous  la  forme,  qui  vous  est  naturelle. 

» Cette  treizième  année,  vous  la  passerez,  par  ma  grâce, 
continuateur  de  Kourou,  inconnus  et  travestis,  dans  la 
cité  de  Virâta.  17,435 — 17,436. 


00 


LL  MAH4-BHARATA. 


» Vous  porterez,  déguisant  vos  personnes,  telle  et  telle 
forme,  qu’il  plaira  d’imaginer,  à chacun  de  vous,  dans  son 
esprit.  17,437. 

» Donnez  au  brahme  ce  bâton  à baratter,  accompagné 
de  l’arani,  que  je  lui  ai  pris  sous  les  apparences  d’une 
gazelle,  dans  le  désir,  que  j’avais,  de  te  connaître. 

» Choisis  une  nouvelle  grâce,  mon  ami  ; il  faut  que  je 
t’accorde  la  chose,  que  tu  désires.  Je  ne  puis,  ô le  plus 
vertueux  des  hommes,  me  rassasier  en  te  comblant  de  mes 
grâces.  17,438—17,439. 

» Reçois  une  troisième  grâce,  mon  fils,  grande,  incom- 
parable : tu  as  pris,  dit-on,  ta  naissance  de  moi,  sire  ; tu 
es  né  d’une  portion  de  moi-même.  » 17,440. 

« Dieu  des  Dieux,  répondit  Youddhishthira,  j'ai  vu  de 
mes  yeux  ta  Divinité  immortelle  ; je  reçois  satisfait,  mon 
père,  la  grâce,  que  tu  m’accordes.  17,441. 

» Puissé-je  triompher  continuellement,  seigneur,  de  la 
colère,  de  l'avarice  et  de  la  folie  ! Que  mon  âme  se  main- 
tienne toujours  dans  la  pénitence,  l’aumône  et  la  vérité  1 » 

« Pàndouide,  reprit  l’Yaksha,  tu  es,  par  les  dispositions 
de  ta  nature,  doué  de  ces  qualités  ; mais  ton  excellence 
conservera  le  devoir,  comme  tu  as  dit.  » 17,442 — 17,443. 

A ces  mots,  le  bienheureux  Dharma  disparut  aux  yeux  ; 
et  les  intelligents  héros,  fils  de  Pândou,  tous  de  compa- 
gnie, endormis  dans  un  tranquille  sommeil,  s'étant  levés, 
se  mirent  en  route  pour  l’bermitage,  leurs  fatigues  dissi- 
pées, et  rendirent,  au  brahme  pénitent,  les  instruments 
pour  battre  le  lait  et  faire  du  feu.  17,444 — 17,445. 

L’homme,  qui  lira  ce  grand  récit  d’événements  arrivés, 
qui  ajoute  à la  gloire,  et  du  père,  et  du  fils,  triomphera 
des  sens  ; il  sera  un  sage  ; des  fils  et  des  petits-fils  lui 


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VANA-PARVA. 


01 


seront  donnés,  il  aura,  pour  lot,  une  vie  de  cent  années. 

L'âme  des  hommes,  qui  savent  cette  vertueuse  légende, 
ne  se  plaira  jamais  avec  le  vice  en  des  actions  basses,  à 
souiller  les  épouses  des  autres,  à ravir  le  bien  d’autrui,  à 
semer  la  division  entre  des  amis.  17,448 — 17,447. 

Après  que  Dharma  eut  donné  congé  aux  Pândouides,  à 
la  bravoure  infaillible,  ils  habitèrent,  de  compagnie,  ins- 
truits, parfaits  dans  leurs  vœux,  sous  un  déguisement,  la 
treizième  année,  une  demeure  inconnue,  où  ils  mirent 
leurs  pénates.  Ces  héros  magnanimes,  fermes  dans  leurs 
vœux,  se  présentent,  les  mains  réunies  au  front,  pour 
obtenir  la  permission  d'habiter  avec  eux,  devant  les  péni- 
tents, établis  dans  cette  forêt  et  qui  leur  étaient  dévoués. 
Ils  disent:  17,448—17,440—17,450. 

« Vos  saintetés  savent  tout  ce  que  les  Dhritarâshtrides 
ont  fait  contre  nous,  les  malheurs,  sous  lesquels  ils  nous 
ont  maintefois  accablés,  nos  royaumes,  qu'ilsnousont  en- 
levés par  supercherie.  17,451. 

» Nous  avons  habité  dans  les  forêts,  douze  années, 
avec  peine,  et  la  treizième,  qui  reste,  a pour  condition 
que  nous  habiterons  une  demeure  inconnne.  17,452. 

» Habitons  donc  cachés  dans  ces  bois  ; veuillez  nous  en 
accorder  la  permission,  de  peur  que  le  cruel  Souyodhana, 
Karna  et  le  Soubalide,  nos  ennemis  acharnés,  s’ils  viennent 
à savoir  notre  asile,  ne  nous  accablent  de  nouvelles 
peines.  Puisse-t-il  arriver  bientôt  que  nous,  doués  de 
bonnes  mœurs  et  réunis  avec  les  citadins  et  nos  parents, 
nous  soyons  tous  restaurés  dans  nos  royaumes  avec  les 
brahmes  sur  nos  trônes  relevés.  » 

17,453 — 17,454 — 17,456. 

Quand  il  eut  dit  ces  paroles,  Youddhishthira,  ce  roi 


LE  MAHA-BHARATA. 


92 

pur,  le  fils  de  Dharma,  inondant  son  cou  de  ses  larmes, 
tourmenté  par  la  douleur  et  le  chagrin,  eut  son  âme  vio- 
lemment agitée.  17,456. 

Tous  ses  frères,  avec  les  brahmes,  de  le  consoler  et 
Dhaâumya  de  tenir  au  monarque  ce  langage  plein  de  sens: 

u Sire,  ta  majesté  est  instruite,  elle  est  domptée,  elle 
est  fidèle  à la  vérité,  elle  a vaincu  ses  organes  des  sens  : 
des  hommes  de  telle  sorte  ne  s’abandonnent  pas  au  dé- 
sespoir, quelle  que  soit  l’infortune.  17,457 — 17,458. 

» Très-souvent,  çà  et  là,  les  malheurs  viennent  de  la 
main  cachée  des  Pieux  magnanimes,  pour  la  répression 
des  ennemis.  17,459. 

» Indra,  arrivé  en  secret  dans  le  Nishada,  habita  sur  le 
plateau  de  cette  montagne,  et  fit  un  grand  exploit  dans  la 
coercition  des  ennemis.  17,460. 

» 11  fut  habité  long-temps  pour  la  mort  des  Üaityas,  au 
giron  d’une  mire,  par  Vishnou  inconnu,  qui  vint  dans 
Açvaçir&s,  demeurer  au  sein  d’Aditi.  17,461. 

« 11  se  couvrit  encore  du  secret,  sous  la  forme  d’un 
brahme  nain.  On  t'a  dit  comment  il  avait  enlevé  le 
royaume  de  Bali  en  trois  pas.  17,462. 

» Tu  as  appris  tout  ce  grand  exploit,  qu’il  exécuta,  en- 
tré dans  le  sacrifice  des  Dieux,  sous  la  forme  du  feu,  où 
il  obtint  l'incognito.  17,463. 

a Ont’adit  l'admirable  action,  que  fit  Han,  quand  il  entra, 
inconnu,  pour  la  répression  des  ennemis,  dans  la  foudre 
même  de  Çakra.  17,464. 

» Tu  as  appris,  mon  irréprochable  fils,  quel  fut  l’exploit 
d’Aâurva  entre  les  Pieux,  quand  il  habita,  inconnu,  dans 
la  cuisse  d’un  brahinarshi.  17,465. 

» C'est  ainsi,  mon  fils,  que  tous  les  ennemis  furent  en- 


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VANA-PARVA. 


93 


tièrement  consumés  par  le  soleil  à la  sublime  splendeur, 
lorsqu’il  habitait  inconnu  sur  la  terre.  » 17,460. 

o C est  ainsi  que  Bdvana,  aux  dix  têtes,  fut  tué  dans  la 
guerre  par  Vishnou  à la  vigueur  épouvantable,  quand  il 
habitait,  inconnu,  dans  le  palais  du  roi  Daçaratha. 

» C’est  ainsi  que  ces  magnanimes,  cachés,  vainquirent 
çà  et  là  les  ennemis  dans  la  guerre  ; et  toi  aussi,  tu  sauras 
triompher  d’eux.  » 17,407 — 17,468. 

Consolé  de  cette  façon  par  le  langage  de  Dhaàumya,  le 
vertueux  Youddliishthira  ne  broncha  pas  de  sa  résolution, 
appuyée  sur  la  pensée  des  (’.âstras.  1 7,469. 

Ensuite,  Bhlmaséna  à la  grande  vigueur,  aux  longs 
bras,  le  plus  fort  des  hommes  forts,  dit  au  monarque, 
dans  le  sein  duquel  sa  voix  répandit  une  vive  joie  : 

« Une  offense  d’aucune  sorte  ne  sera  jamais  faite  envers 
toi,  avec  intention  et  d’une  pensée,  que  suit  la  vertu, 
grand  roi,  par  l'archer  à l’arc  Gândlva.  17,470 — 17,471. 

» Je  saurai  toujours  empêcher  Nakoula  et  Sahadéva, 
ces  héros  d’un  courage  effrayant,  qui  ont  la  puissance  de 
terrasser  leurs  ennemis.  17,472. 

» Nous  n’abandonnerons  pas  la  charge,  que  ta  majesté 
voudra  bien  nous  imposer.  Que  ta  majesté  dispose  tout 
cela  : nous  vaincrons  bientôt  les  enntmis  ! » 17,473. 

Après  que  Bhlmaséna  eut  articulé  ces  mots,  lesbrahmes 
de  prononcer  leurs  bénédictions  les  plus  saintes,  de  faire 
leurs  adieux  aux  Bharatides  et  de  s’en  retourner  chacun 
dans  sa  maison.  17,474. 

Tons  les  principaux  Yatis  et  les  anachorètes,  instruits 
dans  les  Védas,  s'approchèrent  de  cet,  princes,  suivant  la 
convenance,  amenés  par  l’envie  de  les  revoir.  17,475. 

Les  sages  bra/imes  avec  Dhaàumya  et  les  cinq  héroïques 


94 


LE  MAHA-BHARATA. 


archers,  fils  de  Pândou,  s’étant  levés,  prirent  avec  eux 
Krishnà  et  se  mirent  en  route.  17,476. 

Quand  ils  se  furent  avancés  loin  de  ces  lieux,  à la  dis- 
tance d'un  kroça,  le  jour  suivant  étant  venu,  ces  tigres 
des  hommes  s'étudièrent,  en  conséquence,  à trouver  une 
habitation  inconnue.  17,477. 

Tous  ceux,  à qui  étaient  connus  les  Çâstras  en  parti- 
culier, tous  ceux,  qui  étaient  habiles  dans  les  conseils  et 
savaient  le  temps  de  la  paix  ou  de  la  guerre,  s'assirent 
pour  délibérer.  17,478. 


FIN  DU  VANA-PARVA. 


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LE  CHANT  DE  VI RATA. 


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LE  CHANT  DE  VI H AT  A. 


LE  CHOIX  LES  MÉTIERS. 


Adoration  à Ganéça  ! 

Honorez  d’abord  Nàrâyana  et  Nara,  le  plus  éminent  des 
hommes,  et  la  Déesse  Sarasvatî  ; ensuite,  récitez  ce  poème, 
qui  donne  la  victoire  ! 

Djanamédjaya  dit  : 

o Comment  mes  ancêtres,  qui  nous  ont  précédés  dans 
la  vie,  passèrent-ils  le  temps,  affligés  par  la  crainte  de 
Douryodhana,  dans  une  demeure  inconnue,  au  sein  de  la 
ville  de  Viràta?  1. 

» Comment,  brahme,  la  vertueuse,  la  chaste  Draâupadl, 
toujours  la  sainte  écriture  h la  bouche,  vécut-elle,  gémis- 
sante, inconnue?  » 2. 


98 


LE  MAHA-BHARATA. 


Vaiçampâyana  lui  répondit: 

Comment  tes  ayeux,  qui  nous  ont  précédés  dans  la  vie, 
ont-ils  vécu  inconnus  dans  la  cité  de  Virâta  ? Écoute  cela, 
souverain  des  hommes.  3. 

Quand  le  plus  éminent  des  homme:,  qui  supportent 
le  devoir,  eut  reçu  d'Yama  ces  grâces,  il  revint  à 
l’hermitage  et  raconta  aux  brahmes  toute  cette  his- 
toire. 4. 

Après  qu’il  leur  eut  tout  exposé,  Youddhishthira  rendit 
à ce  brahme  son  assemblage  de  choses  nécessaires  pour 
tirer  du  feu.  5. 

Dès  que  le  roi  Youddhishthira  au  grand  cœur,  le  fils 
d’Y’ama,  fut  rentré  chez  lui,  Bharatide,  il  dit  à tous  ses 
frères  mineurs  : 0. 

« Nous  avons  passé  ces  douze  années,  exilés  de  notre 
royaume  ; voici  la  treizième  arrivée  avec  peine,  où  l’habi- 
tation sera  d’une  extrême  dilliculté.  7. 

» Veuille  bien  approuver,  Arjouna,  fils  de  Kountl,  que 
nous  coulions  cette  année  hors  d’ici,  dans  une  demeure 
où  nous  puissions  vivre  inconnus  à tous  les  autres.  » 8. 

« Nous  la  passerons  inconnus  aux  hommes,  il  n’y  a là 
aucun  doute,  souverain  des  enfants  de  Manou,  répondit 
Arjouna,  grâce  à ce  don  des  faveurs,  que  tu  as  reçues 
d’Yama.  9. 

» Mais  je  vais  te  nommer  certains  royaumes  délicieux, 
cachés,  bons  pour  l’habitation  : approuve  un  d’eux,  quel 
qu’il  soit.  10. 

» Il  y a de  charmantes  et  iertiles  régions,  circonvoi- 
sines  des  Kourous  : les  Pàntchùlains,  le  Tchédi,  les 
Matsyas,  les  Çoùrasénas,  les  Patatcharas.  11. 

» Les  Daçârnas,  les  neuf-royaumes,  les  Mallas,  les 


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VIRATA-PARVA. 


90 


ÇAlvas,  les  Yougandharas,  le  vaste  royaume  de  Kounti,  et 
le  florissant  royaume  d’Avanti.  12. 

» Quelle  est  de  ces  contrées,  celle,  qui  te  plaît,  sire,  et 
dans  quel  pays  habiterons-nous  cette  année  ?»  13. 

« J’ai  entendu  ce  langage  de  ta  bouche,  guerrier  aux 
longs  bras,  dit  Youddhishthira,  comme  si  l’auguste  Indra 
lui-même,  le  souverain  de  tous  les  êtres,  l’avait  pronon- 
cé, et  ce  ne  fut  pas  d’une  autre  manière,  lé. 

» Il  nous  faut  demeurer,  nécessairement,  tous  réunis, 
à l’abri  des  dangers,  après  que  nous  aurons  délibéré  sur 
une  habitation  charmante,  heureuse  et  douce.  15. 

» Viràta  le  Matsya  est  puissant,  attaché  aux  filsdePân- 
dou,  adonné  au  devoir,  éloquent,  riche  et  toujours  bien- 
veillant. 16. 

» Nous  habiterons,  mon  enfant,  dans  la  ville  capitale  de 
Viràta  cette  année,  travaillant,  Bharatide,  aux  affaires  de 
ce  prim  e.  17. 

» Quel  que  soit  l’ouvrage,  auquel  nous  soyons  appellés 
par  lui,  rejetons  de  Kourou,  une  fois  arrivés  à Matsya,  dites 
que  c’est  votre  métier.  » 18. 

o Roi  des  hommes,  reprit  Arjouna,  comment  exerceras- 
tu  un  métier  dans  son  royaume?  Avec  quelle  profession 
habiteras-tu  dans  la  cité  de  Viràta?  19. 

» Tu  es  doux,  sire,  éloquent,  pudique,  juste,  fidèle  à la 
vérité  : comment,  Pândouide,  entraîné  par  l’infortune, 
exerceras-tu  là  un  métier  ? 20. 

» Un  roi  ne  sait  pas  endurer  toutes  les  peines,  comme 
une  personne  du  vulgaire,  qui  en  a l’habitude:  tombé 
dans  ce  malheur,  comment  en  traverseras-tu  les  amer- 
tumes? » 21. 

« Arrivé  chez  le  roi  Viràta,  dit  Youddhishthira,  écou- 


100 


LE  MAHA-BHARATA. 


tez,  éminents  hommes,  fils  de  Kourou,  quelle  profession 
je  veux  exercer.  22. 

» Revêtant  l’extérieur  d’un  brahme  et  nommé  Kanka, 
ami  du  jeu  et  connaissant  les  dés,  je  deviendrai  le  compa- 
gnon de  ce  roi  magnanime,  23. 

» Je  jetterai  sur  le  tapis,  réjouissant  le  royal  Virâta  avec 
ses  ministres,  avec  ses  parents;  de  ravissants  dés  rouges 
et  de  charmants  dés  noirs,  de  corail,  d’or,  d’ivoire,  avec 
des  fiches  de  pierres  précieuses.  Personue  ne  me  con- 
naîtra, et  j'amuserai  le  monarque.  2 à — 25. 

« J’étais  un  ami,  qu'Youddhishthira  jadis  égalait  à sa 
vie;  » dirai-je  au  roi,  s’il  vient  à me  demander  qui  je  suis. 

o Ainsi,  je  vous  ai  raconté  mon  dessein.  Avec  quel  mé- 
tier, Ventre-de-loup,  habiteras-tu  chez  Virâta,  comme  j'y 
passerai  le  temps  moi-même?  » 20 — 27. 

« Moi,  répondit  Bhimaséna,  je  me  dirai  surintendant 
des  cuisines,  et,  sous  le  nom  de  Balhava,  Bharatide,  je 
ferai  ainsi  ma  cour  au  roi  Virâta  : voilà  mon  projet.  28. 

« Je  ferai  les  sauces  du  roi  : je  suis  habile  dans  la  cui- 
sine : j’arrangerai  tous  les  condiments,  qu'ont  pu  lui  faire 
avant  moi  les  plus  savants  du  métier.  20. 

» Je  les  surpasserai  tous  et  je  causerai  la  joie  du  maître  ; 
je  porterai  de  grands  et  d’épouvantables  fardeaux;  30. 

» Et  le  roi,  àla  vue  de  cette  grande  action,  me  donnera 
l'emploi.  Je  ferai,  Bharatide,  des  œuvres,  qui  ne  seront 
pas  d’un  homme  ; 31. 

» Et  les  courtisans,  à leur  aspect,  m’estimeront  à l'égal 
d’un  monarque.  Je  deviendrai  ainsi  le  souverain  des  breu- 
vages, des  liqueurs,  des  aliments  et  des  mets.  32. 

» S’il  me  faut  arrêter  des  éléphants  vigoureux  ou  des 
taureaux  à la  grande  force,  je  les  arrêterai,  sire  ! 33. 


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VIRAT  A.-PAR  VA. 


101 


» Si  des  athlètes,  quels  qu’ils  soient,  viennent  combattre 
dans  les  assemblées,  je  les  tuerai,  moi  ! et  j’ajouterai  ainsi 
au  plaisir  du  roi.  3 4. 

» Mais  je  respecterai  de  toute  manière  la  vie  des  com- 
battants sérieux  ; je  les  renverserai  sur  l'arène,  de  sorte 
qu’ils  n’y  trouvent  pas  la  mort.  35. 

» Si  Virdla  m’interroge  : « Je  lus  le  cuisinier  d’Youd- 
dhishthira,  lui  dirai-je,  l’écorcheur  de  ses  bœufs,  l’ar- 
rangeur de  ses  sauces  et  son  athlète.  » 30. 

» Je  circulerai,  souverain  des  hommes,  en  me  proté- 
geant moi-même  : je  passerai  le  temps  de  la  manière,  que 
je  promets.  » 37. 

a Quel  métier,  reprit  Youddhishthira,  verrons-nous 
exercer  à ce  Dhanandjava,  le  fds  de  Kountt,  cet  invin- 
cible rejeton  de  Kourou,  aux  longs  bras,  à la  grande 
force,  ce  meilleur  des  hommes,  devant  qui,  accompagné 
du  VasoudMde,  le  Daçàrhain.se  présenta  jadis,  sous  les 
apparences  d’un  brahme,  le  Feu,  qui  désirait  incendier  la 
forêt  Khândava-,  38 — 30. 

» Arjouna,  qui,  s’étant  avancé  vers  ce  bois,  vainquit 
avec  un  seul  char  les  Rakshasas  et  les  Pannagas,  et  qui 
rassasia  Agni  ? 40. 

» Que  fera-t-il,  ce  plus  vaillant  des  combattants,  lui, 
qui  ravit  la  sœur  de  Vâçouki,  le  roi  des  serpents  ? 41. 

» Le  Soleil  est  le  plus  puissant  des  êtres,  qui  échauffent, 
le  brahme  est  le  meilleur  des  hommes,  qui  murmurent  la 
prière,  l’âçlvisha  est  le  plus  cruel  des  serpents,  Agni  est 
la  plus  brillante  des  splendeurs.  42. 

» La  foudre  est  la  plus  terrible  des  armes,  le  taureau 
est  le  plus  grand  parmi  les  vaches,  la  mer  est  le  plus 


102 


LE  MAHA-BHARATA. 


vaste  des  lacs,  Indra  est  le  plus  fécond  de  ceux,  qui 
sèment  la  pluie.  A3. 

» Le  plus  colossal  des  Nâgas,  c’est  Dhritarâshtra  ; des 
éléphants,  c’est  Alravâna  ; un  fds  est  supérieur  à toutes 
les  choses  animées,  une  épouse  est  le  plus  fidèle  des  amis. 

» Tel  que  ces  êtres  excellent  sur  leur  espèce  et  Vrikau- 
dara  sur  la  sienne,  ainsi  le  jeune  Goudâkéça  est  le  plus 
adroit  de  tous  ceux,  qui  manient  l'arc,  AA — A5. 

» Que  fera-t-il  celui,  qui  tient  l'arc  Gândiva, ce  Bibhat- 
sou  aux  coursiers  blancs,  à la  splendeur  éclatante,  qui 
n’est  inférieur,  ni  au  Dieu  Indra,  ni  au  Vasoudévide?  AO. 

» Lui,  qui  a demeuré  cinq  années  dans  le  palais  de 
l’Immortel  aux  mille  yeux  ; lui,  qui  par  sa  vigueur  a mé- 
rité le  don  magique  des  astras,  merveilleux  au  milieu  des 
hommes  ! A7. 

» Les  astras  divins  furent  obtenus  par  ce  héros  à la 
forme  céleste,  lui,  que  je  pense  être  un  douzième  Ruudra, 
un  treizième  Aditya,  un  neuvième  Vasou  et  la  dixième 
entre  les  planètes  ; A8. 

n Lui,  A qui  les  coups  du  nerf  de  son  arc  a causé  la  ru- 
gosité de  la  peau  sur  des  bras  unis  et  longs  ; lui,  de  qui 
l’omoplate  droite  et  l’omoplate  gauche  ressemblent  aux 
épaules  des  taureaux.  AO. 

» Que  fera-t-il,  cet  Arjouna,  le  plus  vaillant  des  hommes, 
qui  portent  la  cuirasse,  comme  l'Himâlaya  est  la  plus 
haute  des  montagnes  et  l’océan  est  le  plus  vaste  des 
fleuves,  comme  Çakra  est  le  roi  des  Tridaças,  comme 
Agni  est  le  premier  des  Vasous,  comme  le  tigre  est  le 
plus  cruel  des  quadrupèdes  et  Garouda  le  plus  grand  des 
volatiles?  a 50 — 51. 


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MR  VTA-PARVA. 


103 


« J’accomplirai  ma  promesse,  souverain  des  hommes, 
répondit  Arjouna  : « Je  suis  eunuque  ! dirai-je  ; la  grande 
flèche  et  la  grande  corde  de  l’arc  ne  conviennent  pas  âmes 
habitudes,  sire.  » 52. 

» Je  couvrirai  de  bracelets  ces  deux  bras  à la  peau  ru- 
gueuse, et  j’attacherai  à mes  oreilles  des  pendeloques,  à 
l’éclat  flamboyant.  53. 

» Je  parerai  d'anneaux  mes  deux  mains,  et,  les  cheveux 
nattés  sur  la  tête,  je  passerai  au  troisième  genre,  sire, 
sous  le  nom  de  Vrihannalâ.  54. 

» Récitant  mainte  et  mainte  fois  des  légendes,  pleines 
de  sentiments  efféminés,  j’amuserai  le  roi  et  les  autres  per- 
sonnes dans  le  gynœcée.  55. 

» J'enseignerai,  sire,  aux  femmes  de  la  cité  de  Viràta  le 
chant,  une  danse  variée  et  les  divers  instruments  de  mu- 
sique. 56. 

» Je  m’entretiendrai  de  différentes  choses,  que  des 
sujets  ont  faites  4 dessein,  fds  de  Kountî.etje  me  cacherai 
moi-même  sous  cette  illusion.  67. 

» Si  le  roi  m’interroge,  sage  Pândouide,  je  lui  dirai  : 
« J'ai  habité  dans  le  palais  d’Youddhishthira,  et  j’ai  été 
le  serviteur  attaché  à la  suite  de  Draàupadl.  » 58. 

» Caché  comme  le  feu  sous  ce  travestissement  dû  à 
l’artifice,  je  vivrai  paisiblement.  Indra  des  rois,  dans  le 
palais  de  Virâta.  » 59. 

11  dit.  « Bien  ! » répondit  le  plus  éminent  des  hommes. 
Arjouna,  le  plus  vertueux  de  ceux,  qui  soutiennent  le  de- 
voir, cessa  de  parler,  et  le  roi  adressa  de  nouveau  la  parole 
à son  autre  frère.  60. 

<■  Et  toi,  Nakoula,  de  l’exercice  de  quel  métier  vivras- 
tu  là,  mon  enfant?  lui  dit  Youddhishthira.  Raconte-moi 


104 


LE  MAHA-BHARATA. 


quel  métier  tu  feras  dans  le  royaume  de  ce  monarque.  Tu 
es  bien  délicat,  tu  es  un  héros  admirable  à voir,  tu  es 
habitué  aux  plaisirs  !»  61. 

« Je  serai  le  palefrenier  du  roi  Viràta,  lui  répondit  Na- 
koula.  Je  suis  doué  complètement  de  cette  science  et  tout 
à fait  habile  dans  l’art  de  panser  les  coursiers.  62. 

» Grantika  sera  mon  nom  : c’est  un  métier,  qui  me  plai- 
ra beaucoup.  Je  suis  versé  dans  l’art  de  dresser  les  che- 
vaux et  dans  celui  de  les  soigner.  63. 

» Les  chevaux  me  furent  toujours  agréables,  roi  de 
Kourou,  comme  ils  l’étaient  pour  toi.  Je  répondrai  ainsi 
aux  gens,  qui  m’interrogeront,  quand  j'aurai  mis  là  mon 
habitation  : « Je  fus  autrefois,  mon  auii,  préposé  aux 
coursiers  du  fds  de  Pàndou.  » Et  je  promènerai  mes 
pas  sous  ce  déguisement,  sire,  dans  la  cité  de  Virâta.  » 

64—65. 

n Sahadéva,  dit  Youddhishthira,  comment  vivras-tu 
près  de  lui?  Ou  bien,  sous  le  déguisement  de  quel  métier 
vivras-tu  caché  ? » 66. 

« Je  serai  le  pâtre  du  roi  Viràta,  répondit  Sahadéva.  Je 
suis  habile  à compter  les  vaches,  à les  garder  et  à les  traire. 

» Je  serai  connu  sous  le  nom  de  Tantripâla,  qui  sera  le 
mien.  Je  circulerai  sans  maladresse  : que  l'inquiétude  s'en 
aille  de  ton  esprit.  67 — 68. 

» En  effet,  je  fus  jadis  envoyé  toujours  au  milieu  des 
troupeaux  : c’est  de  là,  sire,  qu’est  venu  pour  moi  tout  ce 
trésor  d’habileté.  69. 

» Je  connais  les  marques,  l'histoire  des  vaches,  ce  qu’il 
y a d’heureux  en  elles  : tout  cela,  maître  de  la  terre,  m’est 
parfaitement  connu  et  autre  chose  encore.  70. 

» Je  sais  quels  sont  les  taureaux  aux  signes  honorés, 


VIRATA-PARVA. 


105 


sire,  dont  il  suffit  à une  vache  stérile  de  flairer  l'urine 
seulement  pour  vêler.  71. 

» J’irai,  à ce  titre,  dans  la  ville,  et  j’y  aurai  toujours  du 
plaisir.  Personne  ne  m’y  connaîtra,  et  mes  services  plai- 
ront à sa  majesté.  » 72. 

« Notre  épouse  chérie  est  d’un  plus  grand  poids  que  la 
vie  elle-même,  reprit  Youddhishthir*,  elle,  que  nous  de- 
vons respecter  comme  une  sœur  aînée  et  défendre  comme 
une  mère,  cette  Draâupadl  la  Noire,  de  quel  métier  vivra- 
t-elle  ? Car,  de  même  que  toutes  les  femmes,  elle  ne  sait 
faire  aucune  chose  ! 73 — 74. 

» Bien  délicate,  toute  jeune,  fille  illustre  de  roi,  ver- 
tueuse, fidèle  à ses  époux,  comment  promènera-t-elle  ses 
pas  dans  cette  ville  ? 75. 

» Elle  connaît  seulement  les  guirlandes,  les  parfums, 
les  parures,  les  robes  diverses  ; car  elle  est  née  gentille 
dame.  » 76. 

« On  conserve  dans  le  monde,  Bharatide,  lui  répondit 
Dra&upadi,  des  femmes  esclaves  et  des  ouvrières  indépen- 
dantes. Les  autres  femmes  ne  marchent  point  ainsi  : tel 
est  le  jugement  du  monde.  77. 

» Je  me  dirai  une  ouvrière  libre,  habile  à disposer  les 
cheveux,  et  si  le  roi  m’interroge,  Bharatide  : « J’ai  habité 
dans  le  palais  d’Youddhishthira,  où  j’étais  la  suivante  de 
Draâupadl,  a lui  dirai-je.  Je  marcherai  inconnue  moi- 
même,  puisque  tu  m’adresses  cette  question.  78 — 79. 

» Je  ferai  ma  cour  à Soudéshnâ,  l’épouse  renommée 
du  roi.  Elle  me  protégera,  venue  près  d’elle  : bannis  donc 
une  telle  inquiétude.  » 80. 

« Tu  dis  une  noble  parole,  Krishnà,  repartit  Youddhish- 
thira  ; tu  es  née  de  race,  illustre  dame  : tu  ne  con- 


106 


LE  MAHA-BHARATA. 


nais  pas  le  vice,  vertueuse  femme,  placée,  comme  tu  es, 
dans  le  vœu  de  la  vertu.  81. 

» De  même  que  des  ennemis  vicieux  ne  sont  jamais 
heureux,  veuille  agir  de  manière  que  les  nôtres  ne  voient 
pas  naître  la  prospérité  chez  eux  ! » 82. 

Il  dit  ensuite: 

o Vous  ferez  chacun  celui  des  métiers,  que  vous  m’avez 
déclarés,  comme  mon  esprit  est  habitué  à vous  voir  d’après 
la  certitude  de  votre  discipline.  83. 

» Que  l’archi-brahme  veille  à la  conservation  de  nos 
feux  perpétuels  avec  les  chefs  des  cuisines  et  les  cochers 
dans  le  palais  du  roi  Droupada.  84. 

» Que,  prenant  tous  nos  chars,  ils  s’en  aillent  prompte- 
ment, Indraséna  à leur  tête,  à la  ville  de  Dwàravati  : telle 
est  ma  décision.  8ô. 

» Que  toutes  ces  femmes,  les  suivantes  de  Draàupadi, 
s’en  aillent  elles-mêmes  à Pantchâlâ  avec  les  cochers  et 
les  surintendants  des  cuisines.  86. 

» Elles  ne  pourraient  s’empêcher  de  parler,  et  l’on  sau- 
rait que  nous  tous,  les  fils  de  Pândou,  nous  avons  quitté  le 
Dwaîtavana,  où  nous  étions  allés.  » 87. 

Ils  se  firent  leurs  adieux  l’un  k l’autre,  après  qu'ils  se 
furent  ainsi  confié  les  métiers,  que  chacun  prétendait 
exercer  ; ils  saluèrent  Dhaâuraya,  qui  leur  tint  ce  langage  : 

« Vous  avez  tout  prévu,  fils  de  Pândou,  à l’égard  des 
brahmes,  de  vos  amis,  de  vos  chars,  de  vos  palanquins, 
et  des  feux  sacrés  mêmes,  Bharatide.  88 — 89. 

» La  conservation  de  Rrishnâ  te  regarde  ainsi  que 
Phâlgouna.  Toutes  ces  vaines  conversations  du  monde 
sont  connues  de  vous,  comme  de  toi.  90. 

» Quoique  vous  lesachiez,  vos  amis  doivent  parler,  ins- 


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VIRATA-PARVA. 


107 


pirés  par  l'amitié  : le  juste,  l'utile  et  l’agréable  sont  éter- 
nels. 91. 

» Je  dirai  donc  mes  raisons  : écoutez-les  ici  ! Or,  je 
parle,  fils  de  roi,  de  cette  habitation  chez  un  roi.  92. 

» Puisque  vous  avez  reçu  une  naissance  royale,  vous 
saurez  éviter  tous  les  péchés  ; mais  sachez,  rejetons  de 
Kourou,  qu’il  est  difficile  d’habiter  inconnus  dans  le  pa- 
lais d’un  roi,  y fût-on  honoré  ou  non.  Ensuite,  dans  la 
quatorzième  année,  vous  marcherez  heureusement.  93-9A. 

» Que  celui,  à qui  la  porte  est  montrée,  obtienne  de 
jeter  son  regard  dans  les  appartements  secrets.  Qu’il  n’ait 
pas  une  folle  assurance  ; qu’il  n’injurie  pas  en  ennemi  là 
où  il  cherche  seulement  un  siège  ! 95. 

« Que  celui,  qui  ne  possède,  ni  une  voiture,  ni  un  pa- 
lanquin, ni  un  fauteuil,  ni  un  éléphant,  ni  un  char,  où  il 
puisse  monter,  se  dise  : « Je  suis  en  estime  ! » et  qu’il 
habite  dans  le  palais  du  roi  ! 90. 

» Celui,  qui  ne  s’assoie  point  là  où  les  méchants  pour- 
raient soupçonner  sa  vertu,  s’ils  le  voyaient  assis,  habitera 
dans  le  palais  du  roi.  97. 

» Qu’il  ne  parle  jamais  au  monarque,  si  ce  n’est  afin  de 
répondre  à une  question  ; qu’il  serve  sa  majesté  en  silence, 
et  qu’il  l’honore  à propos.  98. 

» Les  rois  maudissent  les  gens,  de  qui  la  bouche  est 
remplie  de  faussetés,  et  ils  méprisent  un  conseiller,  qui 
parle  sans  raison.  99. 

» lin  savant  ne  fera  jamais  amitié  avec  leur  épouse  ; il 
hait  ceux,  qui  marchent  dans  les  gynœcées,  ceux,  qui 
sont  habiles  à diriger  les  char.'.  100. 

» Son  désir  à peine  connu,  qu’il  exécute  les  atfaires  du 
roi,  quelque  légères  soient-elles.  L’homme,  qui  se  conduit 
ainsi,  ne  porte  aucune  blessure  nulle  part  au  souverain. 


108 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Bien  qu’il  marche  sur  une  terre  plane,  sans  qu’on 
lui  parle,  sans  qu’on  lui  ait  jeté  un  ordre,  il  faut  qu’il 
pense , comme  l’aveugle-né , songeant  toujours  qu’une 
borne  est  devant  ses  pas.  101 — 102. 

» Les  rois,  dompteurs  des  ennemis,  ne  comblent  pas  de 
faveurs  un  frère,  ni  un  petit-fils,  ni  même  un  fils,  qui 
franchit  les  bornes.  103. 

» Que  l’homme  serve  le  roi  de  tous  ses  efforts , comme 
s'il  était  Agni,  comme  s’il  était  un  Dieu  sur  la  terre.  Un 
roi,  qu’on  entretiendrait  avec  le  mensonge,  vous  tuerait  : 
il  n’y  a même  aucun  doute.  lOâ. 

» Qu’il  fasse  tout  ce  qui  lui  sera  commandé  par  le 
maître.  Qu’il  évite  la  paresse,  l’orgueil  et  la  colère.  105. 

» Qu’il  raconte  au  roi  l’utile  et  l'agréable  sur  tous  les 
hommes  capables  ; mais  que  l’utile  ait  à ses  yeux  plus  de 
valeur  que  l’agréable  même.  100. 

» Qu’il  soit  convenable  pour  lui  dans  toutes  les  choses 
et  dans  tous  les  entretiens  ; mais  qu’il  ne  lui  dise  jamais 
ce  qui  ne  sera  ni  bon  ni  agréable.  107. 

» Que  l’homme  savant  vénère  le  prince , et  qu'il  pense 
toujours  : « Je  ne  lui  suis  point  agréable  ! » Que  sans 
cesse  il  accomplisse  sans  négligence  ce  qui  est  agréable 
ou  utile.  108. 

» Qu’il  ne  désire  pas  ce  qui  n’est  pas  l’objet  des  désirs 
du  prince  ; qu’il  n'habite  pas  dans  ce  qui  lui  est  désa- 
gréable : que  rien  ne  l’ébranle  de  son  assiette  ; qu’il  de- 
meure dans  le  palais  du  roi.  109. 

» Que  le  pandit  soit  assis  ou  au  flanc  droit  ou  au  côté 
gauche  de  ceux , qui  ont  pour  mission  de  protéger  ; par 
c’est  après  lui  qu'on  a disposé  le  rang  des  armes  prises. 

>>  Laissez-les  s'opposer  toujours  à ce  qu'on  mette 
devant  eux  un  siège  plus  élevé  ; mais  vous  , ne  mur- 


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V1RATA-PARVA. 


109 


murez  pas  si  quelque  chose  blesse  vos  yeux.  110 — 111.  . 

» Ce  haut  rang  est  une  peine  pour  les  pauvres  : qu'on 
ne  le  voie  pas  briller  chez  les  hommes  par  une  vaine 
appellation  des  rois.  112. 

» Ceux-ci  maudissent  les  hommes,  de  qui  la  bouche  est 
pleine  de  mensonges  ; ils  méprisent  également  les  hommes 
orgueilleux  de  leur  science.  113. 

» N’ayez  pas  de  présomption  et  ne  dites  pas  : « Je  suis 
un  héros!  » ou  encore  : « J'ai  de  l’esprit!  » Quiconque 
fait  des  choses  agréables , plaît  au  monarque  et  savoure 
les  jouissances.  114. 

» Quand  vous  aurez  obtenu  la  puissance  difficile  à ga- 
gner, quand  vous  aurez  obtenu  l’insaissisable  amitié  du 
souverain,  montrez-vous  sans  négligence  pour  ce  qui  est 
l’intérêt  et  l'amour  du  roi.  115. 

» Quel  homme,  réputé  un  savant,  désirerait  au  fond 
de  sa  pensée  le  malheur  de  ce  personnage  , de  qui  la  co- 
lère est  un  grand  obstacle  et  la  faveur  est  un  excellent 
fruit?  110. 

» Il  ne  dédaignera  ni  ses  lèvres,  ni  ses  bras,  ni  ses 
genoux,  ni  sa  parole  ; il  fera  toujours  avec  lenteur  sa  res- 
piration, sa  salive  et  sa  voix.  117. 

» Quelque  risibles  , que  soient  les  choses,  que  ce  roi 
possède,  il  ne  doit  pas  s'en  rire,  comme  d'une  personne 
tout-à-fait  engloutie,  et  s'en  mocquer  comme  d’un  in- 
sensé. 118. 

» Qu’il  ne  s’avance  pas  avec  une  excessive  roideur,  et 
qu’il  tende  à la  gravité  : montrez  un  sourire,  qui  ne  pro- 
vient pas  de  la  folie  et  devant  lequel  marche  la  douceur. 

» L'homme , s’il  ne  se  réjouit  pas  du  gain,  s’il  n’est 
point  affligé  d’être  méprisé,  s’il  n'a  pas  l’esprit  agité 


110 


LE  MAHA-BHABATA. 


par  le  trouble,  habitera  toujours  dans  les  palais  du  roi. 

» Le  pandit,  qui  loue  sans  cesse  le  roi  ou  le  fils  du 
roi,  devient  son  ministre  et  conserve  long-temps  sa  fa- 
veur. 119—120—121. 

» Le  ministre,  qui  enchaîné  ou  retenu  par  des  raisons, 
ne  contredit  pas  les  désirs  du  monarque,  obtient  ensuite 
la  félicité.  122. 

» L'homme  dépendant  du  roi  ou  qui  vit  dans  son 
royaume,  ne  sera-t-il  pas  habile,  s’il  proclame  ses  qua- 
lités devant  et  derrière  lui  ? 123. 

» Un  ministre,  s'il  veut  que  le  roi  mange  malgré  lui, 
ne  gardera  pas  long-temps  son  rang,  et  tombera  dans  l’in- 
certitude de  sa  vie.  12â. 

» Voyant  d'où  provient  sa  félicité,  qu’il  ne  s’entre- 
tienne pas  avec  le  roi  et  ne  cherche  pas  à le  surpasser 
dans  une  position  convenable.  125.  t 

» On  suit  toujours  comme  l’ombre  un  héros  puissant, 
que  la  splendeur  environne.  L’homme  véridique,  doux  et 
dompté,  habitera  dans  le  palais  du  roi.  126. 

u Quiconque,  se  disant  : « Est-ce  que  je  ne  puis  faire 
cela?  » s'élancera  devant  un  autre,  que  l’on  envoie,  habi- 
tera dans  le  palais  du  roi.  127. 

» Quiconque  , soit  à l’intérieur,  soit  au-dehors,  reçoit 
toujours  un  ordre  du  monarque  et  n’en  est  jamais  ébranlé, 
habitera  dans  le  palais  du  roi.  128. 

» Quiconque,  demeurant  en  des  pays  lointains,  n'y  est 
pas  tourmenté  par  le  désir  des  maisons  de  ses  amis  et 
cherche  le  plaisir  dans  sa  peine,  ce  digne  serviteur  habi- 
tera le  palais  du  roi.  1 29. 

» Qu’il  ne  s’habille  pas  comme  le  maître;  que,  près  de 
lui,  il  ne  rie  point  aux  éclats  ; qu’il  ne  fasse  pas  une  dé- 


VffiATA-PARVA. 


111 


libération  à plusieurs  fois  reprise  : c’est  ainsi  qu'il  devien- 
dra l’ami  du  roi.  1 30. 

» Commandé  dans  une  affaire,  qu’il  n'en  tire  aucune  ri- 
chesse. Que  gagne-t-il  d’enlever  à autrui  sa  fortune?  La 
prison  ou  la  mort  elle-même  ! 131. 

» Char , vêtement , parure , quelqu’ autre  chose,  que 
vous  donniez  , portez-les  vous-mêmes  : vous  serez  ainsi 
toujours  plus  chers.  132. 

» Vous  efforçant  d’élever  ainsi  vos  pensées  et  désirant 
posséder  un  tel  caractère , enfants  de  Kourou , arrivés 
dans  son  royaume,  vous  passerez  heureusement  cette 
année.»  133. 

« Nous  avons  reçu  tes  leçons  ; la  félicité  descende  sur 
toi  ! répondit  Youddhishthira.  Personne  n’eût  parlé 
ainsi,  excepté  Kounti,  notre  mère,  ou  Vidoura  à la  grande 
sagesse.  13â. 

» Que  ta  sainteté  veuille  me  dire  ce  qui  me  reste  im- 
médiatement à exécuter  pour  échapper  à la  peine,  faire 
ma  route  et  vaincre.  » 135. 

A ces  mots  du  roi,  Dhaàumya,  le  plus  sage  des  bratunes, 
accomplit  suivant  les  règles  toutes  les  choses  établies  pour 
le  voyage.  13(5. 

Il  alluma  les  feux  de  ces  héros  et  sacrifia  conformé- 
ment aux  raantras  pour  obtenir  la  prospérité , l’abon- 
dance et  la  victoire  sur  la  terre.  137. 

Mettant  à leur  tête  Yàdjnasént,  les  Pàtidouides  évo- 
luèrent, comme  s’ils  étaient  six,  un  pradakshina  autour 
des  feux  et  des  brahmes  riches  en  pénitence.  138. 

Après  le  départ  de  ces  héros,  Dhaàumya,  le  mieux  doué 
des  êtres , qui  jouissent  de  la  parole,  ayant  pris  les  feux 
consacrés,  se  rendit  chez  les  Pàntchàlains.  1 30. 


112 


LE  MAHA-BHARATA. 


Indraséna  et  les  autres,  comme  il  a été  dit,  arrivés  chez 
les  rejetons  d’Yadou,  y demeurèrent  paisiblement  et  bien 
cachés,  gardant  les  chevaux  et  les  chars.  1AO. 

Les  héros,  ceints  de  leurs  cimeterres,  aimés  de  leur 
carquois,  portant  leurs  armes,  la  manique  de  cuir  et  la 
défense  de  leurs  doigts  liée  autour  de  leur  main,  s’en 
allèrent  auprès  de  la  Kâlindi.  141. 

Ils  arrivèrent  de  leur  pied  sur  la  rive  droite  : sortis 
d’habiter  les  forêts , ils  désiraient  alors  gagner  ce 
royaume,  but  de  leur  voyage.  142. 

Archers  aux  grandes  flèches,  à la  grande  force , ces 
guerriers , blessant  les  tribus  des  gazelles , habitaient 
dans  les  escarpements  des  montagnes,  dans  les  endroits 
inaccessibles  des  forêts.  143. 

Ayant  au  septentrion  les  Daçàrnains , au  midi  le  Pan- 
tchâla,  entre  eux  les  Yakrillomas  et  les  Çoûrasénas  , 
chassant  et  causant , les  Pàndouides  entrèrent  du  bois 
dans  la  contrée  de  Matsa.  Ils  portaient  leurs  arcs,  ils 
étaient  ceints  de  leur  cimeterre,  ils  étaient  pâles,  ils 
avaient  la  barbe  longue.  1 44 — 145. 

Parvenue  dans  cette  région,  krishnâ  dit  au  roi  : « Re- 
garde ! voici  encore  des  sentiers  et  des  champs  divers. 

» Évidemment  la  ville  capitale  de  Viràta  est  encore 
éloignée  : passons  ici  la  nuit  prochaine  ; je  suis  accablée 
d’une  forte  lassitude.  » 14(1 — 147. 

« Dhauandjaya,  fit  Youddhishthira,  lève  et  porte  la 
Pantchâlaine.  Délivrés  de  cette  forêt,  allons  habiter  dans 
la  capitale.  » 148. 

Arjouna  aussitôt  se  chargea  de  Draâupadi  et,  marchant 
comme  un  roi  des  éléphants , la  porta  jusqu'auprès  de  la 
ville.  149. 


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VIRAT  A-PARVA. 


HS 


Arrivé  au  pied  de  la  capitale,  le  fils  de  Kounti  dit  à 
Arjouna  : « Où  suspendrons-nous  nos  armes  avant  d'en- 
trer dans  la  ville  ? 150. 

» Si  nous  entrions  avec  nos  armes  dans  la  cité,  mon 
ami,  nous  exciterions  une  grande  émotion  parmi  le  peuple: 
il  n’y  a là  aucun  doute.  151. 

» Les  hommes  connaissent  dans  le  monde  le  grand  et 
solide  arc  Gàndiva  : si  nous  entrons  dans  la  ville,  chargés 
de  cette  arme,  ses  habitants  nous  reconnaîtront  bien 
vite  : je  n’en  fais  aucun  doute!  De-là,  il  nous  faudra  ha- 
biter douze  nouvelles  années  dans  la  forêt,  si  un  seul  de 
nous  est  reconnu  ; car  nous  avons  promis  de  tenir  cet  en- 
gagement. » 152 — 153. 

« Voici  sur  le  sommet  de  cette  montagne  et  près  d’un 
cimetière,  Indra  des  rois,  reprit  Arjouna,  un  grand 
acacia  suma,  impénétrable,  aux  branches  pleines  d’une 
religieuse  terreur,  difficile  à escalader.  154. 

» 11  n’y  a aucun  homme,  je  pense,  qui  puisse,  fils  de 
Pândou,  nous  y voir  déposer  nos  armes.  155. 

» Nous  sommes  dans  un  bois  aux  sentiers  difficiles, 
habité  par  les  tigres  ou  les  bêtes  fauves,  et  surtout  près 
d'un  cimetière  inaccessible.  156. 

» Déposons  nos  armes  dans  l'acacia  et  entrons  dans  la 
ville.  Nous  habiterons  ainsi  là , Bharatide,  suivant  nos 
aptitudes.  » 157. 

Après  ce  langage  au  roi  Dharmarâdja-Youddhishthira, 
le  héros  Kourouide,  de  s'approcher  vers  l'acacia,  éminent 
Bharatide,  pour  lui  confier  leurs  armes,  lui,  qui,  sur  un 
seul  char , avait  vaincu  tous  les  hommes  et  tous  les 
Dieux,  lui,  qui  avait  triomphé  des  grasses  campagnes  et 
des  autres.  158 — 159. 


» 


8 


114 


€ 

LE  MAHA-BHARATA. 

Le  fils  de  Prithà,  You  idhishthira  flta  la  corde  impéris- 
sable à ce  grand  arc  Gàndlva,  glaçant  d'épouv  ante,  des- 
tructeur des  armées  rivales,  avec  laquelle  ce  guerrier 
fléau  des  ennemis  avait  défendu  le  Kouroukshétra  ; et 
cette  arme  au  bruit  effroyable  resta  là  sans  corde. 

160— 161. 

» Bhimaséna  emporta  la  corde  attachée  à cet  arc,  avec 
lequel  ce  guerrier  sans  péché  avait  dompté  le  roi  Sin- 
dhien.  162. 

Avec  elle  l'augnste  Bhimaséna  avait  terrassé  les  Pan- 
tchâlains  dans  la  guerre,  et  seul  il  avait  triomphé  de  nom- 
breux ennemis  dans  la  conquête  du  monde.  103. 

A peine  entendu  le  bruit  aigu  de  sa  corde,  tel  que 
le  déchirement  d'une  montagne,  fendue  par  un  coup  de 
tonnerre,  les  ennemis  fuyaient  çà  et  là  sur  le  champ  de 
bataille.  164. 

Le  Pàndouide,  fils  de  Màdri  aux  longs  bras,  à la  bouche 
vermeille,  aux  paroles  mesurées,  ce  héros,  qui  s’écriait 
dans  la  guerre  : o II  n’est  personne  d’égal  en  race  et  en 
beauté  à celui,  qui  porte  le  nom  de  Nakoula  1 •>  retira  son 
nerf  à l’arc,  avec  lequel  jadis  il  avait  triomphé  de  la  plage 
occidentale.  165 — 166. 

Sahadéva,  l’auguste  héros,  laissa  alors  sans  sa  corde 
celte  aruie,  avec  laquelle  ce  guerrier  aux  mœurs  polies 
avait  subjugué  la  contrée  méridionale.  167. 

Tous,  ils  déposèrent  là  avec  les  arcs  leurs  brillants  et 
longs  cimeterres,  leurs  carquois  précieux  et  leurs  flèches 
aux  tranchants  de  rasoir.  168. 

Youddhishthira,  le  fils  de  Kountl,  donna  cet  ordre  à 
Nakoula  : « Monte  dans  cet  acacia,  héros,  et  place-s-y  ces 
arcs.  » 169. 


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VIRATA-PARVA. 


115 


Nakoula,  étant  grimpé  dans  cet  acacia,  y déposa  lui- 
même  les  arcs  aux  formes  célestes,  et  les  mit  dans  les 
espaces  de  cet  arbre,  qu'il  jugea  vides.  170. 

II  les  attacha  fortement  tout  à l’entour  avec  des  cordes 
solides  là,  où  il  vit  un  endroit  inaccessible  à la  pluie. 

Les  Pàndouides  lièrent  au  tronc  le  cadavre  d'un  mort, 
pensant  que  cet  aspect  devait  écarter  les  hommes  loin  de 
cet  acacia.  171 — 172. 

« Voici  un  cadavre  attaché  ici , diront-ils.  Celle,  qui 
pourrait  spntir  cette  odeur  infecte,  serait  une  mère  de 
quatre-vingt  ou  cent  années.  » 173. 

» C’est  un  devoir  de  famille  ! raconteront-ils  ; ou  ce 
sont  nos  devanciers,  à qui  cette  considération  fit  attacher 
un  corps  à cet  arbre  ! » 174. 

Tout  en  causant  de  ce  gardien,  improvisé  contre  la 
curiosité,  fléau  des  ennemis,  les  fils  de  Prithâ , destruc- 
teurs des  rivaux,  arrivèrent  tout  auprès  de  la  ville.  175. 

Youddhishthira  prit  pour  lui , et  donna  à ses  frères  les 
noms  secrets  de  Djaya,  Djayanta,  Vidjaya,  Djayaséna  et 
Djayadbala.  170. 

Ensuite,  ils  entrèrent  dans  la  grande  ville,  où,  suivant 
leur  engagement,  ils  tinrent  une  conduite  inconnue  et 
demeurèrent  dans  ce  royaume  la  treizième  année.  177.  ■ 

Parcourant  la  charmante  ville  de  Viràta,  Youddhish- 
thira louait  dans  son  cœur  la  Déesse  Dourgà,  la  souveraine 
des  trois  mondes,  178. 

Conçue  dans  le  sein  d’Yaçodâ,  née  dans  la  famille  du 
pâtre  Nanda,  la  meilleure  amie  de  Nàrâvana,  procurant 
d'heureux  succès,  accroissant  la  race;  179. 

Elle,  qui  avait  acccompli  la  défaite  de  Kansa,  qui  avait 
causé  l'extermination  des  Asouras,  que  Us  flots  avaient 


116 


LE  MAHA-BHARATA. 


déposé  sur  la  rive  de  la  Çilà,  qui  marchait  au  sein  des 
airs;  180.  . 

La  sœur  du  Vaçoudévide,  la  Déesse  parée  de  célestes 
guirlandes,  revêtue  d’une  robe  céleste,  portant  la  massue 
et  le  cimeterre,  181. 

Cette  Déense  fortunée,  qui  fait,  comme  à une  génisse  em- 
barrassée dans  laboue,  traverser  le  viceàceux.qui  serap- 
pèleront  toujours  la  sainte  décharge  de  leur  fardeau.  182. 

Le  monarque  Youddhishthira , désirant  avec  ses  frères 
puinés  la  vue  de  cette  Divinité , la  salua  et  se  mit  à.  la 
célébrer  de  nouveau  en  différents  hymnes,  qui  avaient 
pour  sujet  son  éloge.  183. 

« Adoration  à toi,  délicate,  généreuse,  chaste  Krishna, 
disait-il,  toi,  de  qui  le  visage  ressemble  au  soleil  enfant, 
et  de  qui  la  figure  est  égale  à la  lune  dans  sa  pléoménie. 

» Déesse  aux  quatre  têtes,  aux  quatre  bras,  aux  seins 
et  aux  lombes  potelés,  qui  porte  des  armilles  et  des  bra- 
celets et  de  qui  les  ornements  des  bras  sont  la  queue  des 
paons.  184 — 185 

n Tu  brilles  comme  un  lotus,  Déesse,  épouse  de  Nà- 
râyana  ; pures  sont  ta  beauté  et  ta  chasteté,  ô toi,  qui  cir- 
cules au  sein  des  airs.  180. 

» Krishna,  tu  ressembles  au  feu;  ton  visage  est  pareil 
à ce  qui  attire  le  bonheur  (1)  ; tu  portes  quatre  longs 
bras,  élevés  comme  le  drapeau  de  Çakra.  187. 

» Le  vase  du  sacrifice,  le  lotus,  la  clochette  sont  tes 
symboles  ; tu  es  pure  entre  les  femmes  sur  la  terre.  Un 


(J)  Çankurshnna , mot , sur  lequel  ne  taisent  tous  les  Lexiques  ou  Dic- 
tionnaires, et  dont  il  faut  demander  le  sens  aux  racines;  car  ce  ne  peut 
être  une  faute  d’impression,  pour  Sankarshana , un  des  noms  de  Bala - 
rûma. 


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VIR  \TA-PARVA. 


117 


lacet,  un  arc,  un  grand  disque  de  guerre  sont  tes  armes 
diverses.  188. 

» Des  pendeloques  ornent  tes  deux  oreilles  bien 
puissantes;  tu  brilles,  Déesse,  par  ton  visage,  qui  le  dis- 
pute à la  lune  en  beauté , qui  brille  d'une  admirable 
tiare,  lien  de  tes  cheveux,  et  qni  resplendit  par  la  cein- 
ture de  tes  lombes,  habitation  des  serpents  et  des  reptiles. 

189—190. 

» Tu  luis  par  un  serpent  lié  comme  le  fut  ici  jadis  le 
Mandara  ; tu  resplendis  comme  le  drapeau  élevé  de  la 
queue  des  paons.  191. 

» Dans  un  vœu  de  jeune  fille,  que  tu  avais  embrassé, 
le  Tridiva  fut  purifié  par  toi.  On  te  loue  pour  cette  action. 
Déesse,  et  les  Tridaças  te  célèbrent  eux-mêmes.  192. 

» L’Asoura  Mahisha  périt  afin  d'assurer  la  protection 
des  trois  mondes.  Sois-moi  propice,  ô la  plus  excellente 
des  Divinités  ; étends  sur  moi  ta  compassion  ; sois-moi 
favorable  ! 193. 

» Cest  toi,  qui  es  Djayâ  et  Vidjayà  ; c'est  toi,  qui  donnes 
la  victoire  dans  les  combats  : accorde-  moi , généreuse 
Déesse,  de  triompher  maintenant.  19A. 

» Ta  demeure  éternelle  est  le  mont  Vindhya,  fier  des 
plus  grands  serpents.  Kâli,  Kâli,  Màhâkâli,  toi , qui  mets 
ta  joie  dans  les  êtres  animés,  le  rhum  est  ta  passion. 

» Tu  marches,  escortée  des  Bhoùtas,  Déesse,  qui  donnes 
les  grâces,  0 toi,  qui  fais  route  où  il  te  plaît  ! Les  hommes, 
déchargés  de  leur  fardeau,  se  souviendront  de  toi. 

195—190. 

» 11  n’est  rien  de  difficile  à obtenir,  soit  un  fils,  soit  des 
richesses,  pour  les  hommes,  qui,  sur  la  terre,  s’inclinent 
devant  toi  au  point  du  jour.  197. 


118 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Tu  fais  passer  d'une  infortune  (1)  dans  un  autre 
malheur  (2)  ; c’est  pour  cela  que  tu  es  appelée  Dourgâ 
par  les  peuples.  Tu  es  la  voie  suprême  des  hommes,  qui 
périssent  dans  les  mauvaises  routes , qui  sont  plongés 
dans  la  grande  mer,  qui  sont  assiégés  par  des  ennemis. 
Mais  les  mortels,  qui  se  souviennent  de  toi,  grande  Déesse, 
ne  succombent,  ni  dans  les  chemins  difficiles,  ni  dans  les 
forêts,  ni  dans  le  déluge  des  eaux!  C'est  toi,  qui  es  la 
gloire,  la  prospérité , la  constance,  le  succès,  la  pudeur, 
la  science,  la  postérité  et  la  sagesse.  198 — ldi) — 200. 

» Tu  es  le  crépuscule,  la  nuit,  le  sommeil,  la  clarté  de 
la  lune,  la  beauté,  la  patience  et  la  miséricorde  pour  les 
hommes,  qui  t'honorent.  Tu  détruis  la  captivité,  le  délire, 
la  perte  des  fils,  la  ruine  de  la  fortune,  la  crainte,  la  ma- 
ladie et  la  mort.  201. 

» Je  suis  renversé  de  mon  trône,  et  j'ai  recours  à ta 
protection  : je  courbe  mon  front  devant  toi,  Déesse,  sou- 
veraine des  Dieux.  202. 

» Sauve-moi,  Déesse,  de  qui  les  yeux  ressemblent  aux 
pétales  du  lotus;  sois  vraie  pour  moi,  véridique  Déité; 
sois  mon  refuge,  secourable  Dourgâ,  amie  des  hommes 
pieux.  » 203. 

Ainsi  louée,  la  Déesse  offrit  sa  vue  au  fils  de  Pàndou  ; 
elle  s'approcha  du  roi,  et  lui  tint  ce  langage  : 20â. 

« Écoute  ma  parole , auguste  monarque  aux  longs 
bras  ; ta  victoire  éclatera  bientôt  dans  le  combat  même. 

» Grâce  à moi,  vainqueur  des  Kourouides,  tu  détrui- 
ras leur  armée  ; et,  quand  tu  auras  débarrassé  le  royaume 
de  ses  ennemis,  tu  délivreras  encore  une  fois  la  terre. 


(1 — 2)  Dourgâ. 


* 


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VIRATA-PARVA. 


110 


» Accompagné  de  tes  frères,  sire,  tu  obtiendras  une 
joie  complète  : grâce  à moi,  tu  acquéreras  le  bonheur  et 
la  santé.  205 — 206 — 207. 

» Je  donnerai,  satisfaite  d’eux,  la  beauté,  la  vie,  des 
fils  et  le  royaume  aux  hommes,  qui,  libres  de  péché,  ra- 
conteront tes  hauts  faits  dans  le  monde.  208. 

» En  exil  ou  dans  la  ville,  dans  une  bataille,  sous 
l’oppression  des  ennemis,  dans  une  forêt,  dans  une  route 
mauvaise,  inextricable,  au  milieu  des  mers,  dans  une 
montagne  inaccessible,  rien  neseradifllcile  à obtenir  dans 
ce  monde  à ces  hommes,  qui  feront  une  commémoration 
de  moi,  sire,  comme  l'a  faite  ta  majesté.  209 — 210. 

u Toutes  les  affaires  du  mortel,  qui  écoutera  avec  dé- 
votion ou  qui  récitera  ce  plus  excellent  des  hymnes, 
iront,  fils  de  Pândou,  à leur  complet  succès.  211. 

» Par  ma  grâce,  ni  les  Kourouides,  ni  les  hommes, 
qui  habitent  leur  empire,  ne  sauront  que  vous  êtes  éta- 
blis tous  dans  la  ville  de  Viràta.  » 212. 

Après  que  la  Déesse,  qui  donne  les  grâces,  eut  parlé 
de  cette  manière  à Youddhishthira,  le  dompteur  des  en- 
nemis, et  qu’elle  eut  réglé  dans  cette  ville  la  protection 
des  fds  de  Pândou,  elle  disparut  aux  yeux.  213. 

Le  roi  Youddhishthira  se  rendit  d’abord  auprès  de  Vi- 
ràta, assis  dans  la  salle  de  son  palais.  11  retira  de  l’êcrin 
ses  dés  d’or,  ornés  de  lapis-lazuli,  et  les  attacha  dans  son 
vêtement  à la  partie  inférieure  de  sa  robe.  214. 

Le  roi  des  hommes  à la  haute  renommée,  le  propaga- 
teur de  la  race  de  Kourou,  honoré  du  roi  des  hommes, 
rempli  d’une  grande  dignité,  inaccessible  comme  un  ser- 
pent au  poison  mortel,  s’approcha  de  l'illustre  souverain 
du  royaume.  215. 


120 


LK  MAHA-BHARATA. 


Cet  éminent  personnage , grand , vigoureux , sem- 
blait par  ses  formes,  sa  force,  sa  beauté  non  vue  avant 
lui,  tel  qu'un  Immortel,  ou  comme  le  soleil  environné 
d’une  multitude  de  vastes  nuages  , ou  pareil  au  feu 
caché  sous  la  cendre.  216. 

Le  roi  Virâta  aperçut  le  Pândouide,  qui  s’avançait, 
semblable  à la  lune  couverte  de  nuées.  Au  bout  d’un 
instant,  il  vitarriver  dans  la  salle  cet  homme  d’une  haute 
dignité,  au  visage  resplendissant  comme  la  lune  en  sa 
pléoménie.  217. 

Il  interrogea  les  brahmes,  ses  ministres,  les  principaux 
de  ses  bardes  et  les  vatçvas,  qui  étaient  assis  auprès  de 
lui  : « Quel  est  cet  homme,  qui  est  venu  ici  de  prime 
abord.  11  ressemble  à un  roi,  qui  regarde  cette  assem- 
blée. 218. 

» Ce  mortel  sublime  ne  peut  être  un  brahme  : c’est  le 
maître  de  la  terre.  Voilà  queile  idée  me  vient  à l’esprit. 
Il  n’a  point  de  serviteur,  ni  de  char,  ni  d'éléphant  auprès 
de  lui.  Il  marche  comme  Indra.  219. 

» Ce  mortel  est  déclaré  par  tous  les  signes  de  son 
corps  un  homme,  de  qui  le  front  est  consacré  : c’est  la 
pensée,  qui  me  vient  à l'esprit.  Il  s’avance  vers  moi,  et  le 
trouble  me  saisit,  comme  si  je  voyais  un  éléphant,  plein 
d’ivresse,  s’approcher  d’un  lac  aux  charmants  lotus.  » 

Tandis  que  Virâta  roulait  ces  pensées  en  lui-même, 
Youddhishthira  , le  roi  des  hommes  , s’approcha  et  lui 
tint  ce  langage  : « Que  l’empereur  souverain  sache  que 
je  suis  un  brahme,  qui  a perdu  tout  son  bien  et  que  le 
besoin  de  vivre  amène  ici.  220 — 221. 

n Je  désire  en  ta  présence,  auguste  et  sans  péché,  ob- 
tenir une  richesse  telle  qu’il  sied  à un  homme  libre. 


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V1RATA-PARV  A . 


121 


— « Sois  le  bienvenu!  » dit  le  roi  content  ; et,  immédiate- 
ment après,  il  accepta  sa  compagnie.  222. 

Quand  le  monarque  eut  reçu,  l'àme  charmée,  ce  lion 
des  rois  ; il  lui  tint  ce  langage  : « Je  te  parle  avec  amour, 
mon  fils,  du  royaume  de  quel  souverain  es-tu  venu  ici  ? 
Dis-moi  avec  vérité  ta  famille  et  ton  nom.  Quel  est  cet 
art,  que  tu  exerces  ? » 223. 

Youddhishtbira  lui  répondit  : 

n Je  fus  autrefois  l’ami  d’ Youddhishtbira  ; je  suis  main- 
tenant un  brahme  Vaiyâghrapadya.  Je  suis  un  joueur  ha- 
bile à me  servir  des  dés.  Mon  nom  est  Kanka,  et  je  suis 
célèbre,  Viràta.  » 224. 

b Eh  bien  ! dit  celui-ci,  il  faut  que  je  t’accorde  une 
grâce  choisie  dans  tes  désirs.  Règne  sur  les  Matsyas,  car 
je  marche  sous  ta  volonté.  Les  joueurs  sont  toujours  mes 
amis,  car  j’aime  le  jeu,  et  ton  excellence,  qui  ressemble  à 
un  Dieu,  mérite  un  royaume.  » 225. 

b Voici  le  moment  arrivé  du  combat,  reprit  Youd- 
dhishthira.  D’abord,  auguste  Matsya,  le  perdant  ne  doit 
rien  posséder.  Quiconque  sera  vaincu  par  moi,  ue  doit  pas 
conserver  la  richesse  : accorde-moi  cette  grâce,  issue  de 
ta  faveur.  » 226. 

b Je  mettrai  à mort  quiconque  fera  une  chose,  qui  ne 
t’est  point  agréable,  répondit  Virâta  ; j'enverrai  même  les 
brahmes  en  exil  hors  du  royaume.  Écoutez-moi,  habitants 
des  campagnes,  qui  êtes  venus  ici  : l'auguste  Kanka  est 
dans  ce  royaume  ce  que  j'y  suis  moi-même  ! 227. 

» Tu  seras  mon  ami,  partageant  mon  char;  tu  auras  de 
nombreux  vêtements,  tu  abonderas  en  mets  et  en  breu- 
vages. Vois  ! au-dedans  et  au-dehors,  tout  est  toujours 
fait  pour  toi  : la  porte  t’est  ouverte  par  moi.  228. 


122 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Parle- moi  toujours  au  nom  de  ceux,  qui,  excités  par 
l'absence  des  moyens  de  subsistance,  emprunteraient  ta 
voix.  Je  leur  donnerai  tout  cela,  n'aie  pas  de  doute  : tu  ne 
dois  pas  concevoir  de  crainte,  en  ma  présence.  » 224*. 

Après  qu'il  eut  ainsi  obtenu  cette  grâce,  l'excellent 
prince  se  réunit  au  roi  Viràta  ; il  habita  là  heureux,  sage, 
extrêmement  honoré,  et  qui  que  ce  soit  ne  connut  cette 
histoire.  230. 

Ensuite,  flamboyant  de  beauté,  se  présenta  un  autre 
Pàndouide  à la  force  terrible,  qui  avait  le  courage  et  la 
grâce  d’un  lion.  Il  tenait  dans  sa  main  une  aube  et  une 
cuiller;  il  portait  une  de  ces  épées,  qui  ne  font  pas  de 
blessure,  d'un  bleu  foncé,  et  non  renfermée  dans  un  four- 
reau. 231. 

Cet  homme  avait  l’extérieur  d’un  cuisinier,  son  vête- 
ment était  extrêmement  noir,  il  avait  la  force  du  roi  des 
montagnes;  une  éminente  splendeur  l'environnait,  comme 
le  soleil,  quand  il  éclaire  ce  monde.  11  s’approcha  du  roi 
des  Matsvas,  et  se  tint  devant  lui.  232. 

Viràta  le  vit  s’avancer  dans  le  voisinage  du  roi,  et  tint 
ce  langage  aux  villageois,  qui  l’entouraient  : « Ce  jeune 
homme  d’une  beauté  supérieure,  que  je  vois  s’approcher, 
grand  comme  un  lion,  quel  est-il,  ce  jeune  taureau  des 
hommes?  233. 

» C’est  un  homme,  que  je  n’ai  pas  encore  vu  ; il  res- 
semble au  soleil  ! En  vain  je  cherche  dans  mes  pensées, 
je  n’arrive  pas  sur  lui  à la  vérité  ! A force  d’y  songer, 
voici  comme  je  gouverne  mes  idées,  sur  la  vraie  nature  de 
cet  homme  éminent  : 234. 

» Après  que  je  l'ai  vu,  je  n’en  doute  pas;  c’est  le  roi 
des  Gandharvas,  ou  c'est  Pourandara  ! Sachez  quel  est  cet 


V1RATA-PARVA. 


128 


être,  qui  se  tient  sous  mes  yeux;  et,  s' il  désire  une  chose, 
qu’il  l'obtienne,  sans  tarder  ! » 235. 

Excités  par  ce  langage,  les  gens  de  Virâta  s’avancent 
d’un  pied  très-hâté,  joignent  le  (ils  de  Kountl  et  disent  à 
ce  frère  puîné  d’ Atchyouta  ce  que  le  roi  avait  commandé. 

Le  Pândouide  alors  s'approche  de  Virâta,  et  le  magna- 
nime lui  adresse  ces  mots  d’un  air  intrépide  : « Je  suis  le 
cuisinier  Ballava,  Indra  des  rois  ; prends-moi  â ton  service  ; 
je  n’ai  pas  d'égal  dans  l’art  de  iaire  les  sauces.  » 

23ft— 237. 

« Je  ne  crois  pas,  reprit  Virâta,  à ta  science  d'ap- 
prêter les  sauces,  Ballava;  tu  brilles,  égal  à l’Immortel 
aux  mille  yeux  ; tu  semblés,  par  ta  beauté,  tes  formes  et 
ta  vigueur,  comme  un  roi  au  milieu  des  hommes.  » 238. 

« Indra  des  hommes,  répondit  Bhima,  je  suis  un  cui- 
sinier, ton  serviteur.  Je  sais  faire  les  sauces  dans  la  per- 
fection, non  pas  toutes,  mais  celles,  que  le  goût  approuve. 
Autrefois,  j’étais  sans  cesse  avec  le  roi  Youddhishthira. 

a II  n’existe  pas  mon  égal  en  force.;  je  suis  accoutumé 
aux  combats  en  champ  clos,  seigneur  ; je  me  suis  battu 
avec  des  éléphants,  avec  des  lions  ; je  ferai  toujours, 
mortel  sans  péché,  ce  qui  t’est  agréable.  » 239 — 240. 

- « Eh  bien  1 dit  Virâta,  il  faut  que  je  t’accorde  la  faveur, 
que  lu  sollicites  ; commande  ainsi  dans  ma  cuisine  ; tu 
parles  habilement,  et  je  ne  pense  pas  que  cette  chose  soit 
encore  égale  à toi  : tu  mérites  la  terre,  autour  de  laquelle 
tourne  la  roue  de  l’océan.  241. 

« Quelque  soit  le  désir  de  ta  grandeur,  qu'on  lui  obéisse 
dans  mes  cuisines  ; je  te  mets  au  premier  rang  ; je  te 
nomme  souverain  de  ces  lieux,  et  des  existences,  et  des 
hommes,  qui  mettent  là  toute  leur  attention,  » 242. 


LE  MAHA-BHARATA. 


12  A 

Ainsi  Bhluia  fut  placé  dans  la  cuisine  du  roi  Virâta  ; il 
y fut  grandement  aimé;  il  habitait,  sire,  inconnu  aux 
gens  du  peuple  ; et  cependant,  il  avait  là  toutes  sortes  de 
compagnons.  243. 

Ensuite,  sa  charmante  chevelure  flottante  sur  ses 
épaules,  Krishna  au  candide  sourire,  ayant  tressé  ses 
cheveux  noirs,  délicats,  doux,  longs,  aux  bouts  annelés, 
cacha  ses  bijoux  dans  le  côté  droit  ; puis,  la  belle  aux  yeux 
noirs,  se  revêtit  d’une  robe  longue  et  très-sale;  elle  prit  le 
costume  d’une  ouvrière  indépendante  et  se  promena  dam 
ta  ville  comme  une  malheureuse.  Les  hommes  de  courir 
autour  d’elle  ; les  femmes  de  la  poursuivre. 

244—245—246, 

A son  aspect  : « Qui  es-tu  ? lui  demandaient-ils.  Que 
désires-tu  faire?  » — « Je  suis  une  artisane,  répondait- 
elle,  Indra  des  rois  ; je  suis  venue  pour  travailler.  247. 

» Je  ferai  l'ouvrage  de  celui,  qui  voudra  bien  m’em- 
ployer. » Mais,  à cause  de  sa  beauté,  de  son  costume  et 
de  sa  voix  délicate,  ils  ne  croyaient  pas  qu’elle  fût  une 
servante,  que  le  besoin  de  nourriture  avait  amenée  chez 
eux.  La  Kaîkéyaine,  épouse  en  grande  estime  de  Virâta, 

248—249. 

Regardant  de  son  palais,  aperçut  la  fille  du  roi  Drou- 
pada.  Elle  vit  cette  femme  ainsi  belle,  sans  protecteur, 
couverte  d’un  seul  vêtement.  250. 

Elle  la  fit  appeler  et  lui  dit  : « Noble  femme,  qui  es-tu  ? 
et  que  désires-tu  faire  ? » Elle  répondit,  Indra  des  rois  : 
« Je  suis  venue  ici  en  qualité  d’ artisane.  Je  ferai  l’ouvrage 
de  celui,  qui  voudra  bien  m’employer.  » 251. 

Soudéshnà  lui  dit  ; « Ainsi  douée  de  beauté,  comme  tu 
l’es,  noble  dame,  ce  serait  à toi  de  donner  tes  ordres  à 


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VIRATA-PARVA. 


125 


des  servantes  et  des  serviteurs  divers  et  nombreux.  252. 

» La  cheville  non  élevée  au-dessus  du  pied,  la  gorge 
entrejointe,  la  taille  haute  de  six  saratnis  (1),  teinte  de 
cinq  couleurs,  très-profonde  de  poitrine , la  voix  balbu- 
tiante d'un  cygne,  253. 

» Tes  cheveux  beaux,  le  sein  charmant,  la  carnation 
azurée,  la  gorge  et  tes  lombes  potelés,  douée  de  tel  et  tel 
agrément,  comme  une  cavale  du  Kâçmire,  254. 

» Les  yeux  ombragés  de  cils  annelés,  tes  lèvres  égales 
au  vimba,  la  taille  svelte,  le  cou  rond  comme  la  conque, 
la  tête  cachée,  ton  visage  semblable  à la  lune  dans  une 
pléoménie,  255. 

» Tes  yeux  tels  que,  saturés  du  parfum  automnal,  les 
pétales  du  lotus  d’automne,  imitant  le  nymphée  automnal, 
tu  ressembles,  pour  les  formes,  à la  Déesse  de  la  beauté 
même.  250. 

» Qui  es-tu?  dis-moi,  noble  dame,  puisque  tu  n'es, 
d’aucune  manière,  une  servante  : es-tu  une  Yakshl,  ou 
une  Déesse,  ou  une  Gandharvi,  ou  une  Apsarâ?  257. 

» Es-tu  une  vierge  des  Dieux,  ou  une  serpente,  ou  la 
Déesse  de  la  ville  ? Es-tu  une  Vidyâdharl,  ou  une  Rinnart, 
ou  Rohinl  elle-même?  258. 

» Es-tu  Alamboushâ,  Miçrakéçî,  Poundarlkà  et  Malinl, 
Indrànl  ou  Vârounl  ? Es-tu  la  fille  du  charpentier  des 
Dieux  ou  de  Dhatri  le  Pradjapati  ? Ces  Déesses  sont  re- 
nommées parmi  les  Dieux  : qui  es-tu  d’entre  elles,  noble 
dame?  » 259. 

« Je  ne  suis  point  une  Déesse,  répondit  Draàupadi,  ni 
une  Gandharvi,  ni  une  Asouri,  ni  même  une  Rakshast.  Je 


(i)  Coudée  courte,  du  coude  à la  n&iwance  du  poing. 


120 


LE  MAHA-BHARATA. 


suis  une  simple  artisane,  une  servante;  je  te  dis  la  vérité. 

n Je  sais  faire  les  cheveux,  illustre  dame,  je  suis  habile 
à broyer  le  parfum  du  jasmin  d'Arabie,  des  lotus,  des 
nymphées  et  du  tchampaka.  200 — 201. 

» Je  tresserai  des  bouquets  admirables,  d'une  beauté 
ravissante  ; j’ai  servi  Satybhàmà,  l'époa  se  bien -aimée 
de  Krishna.  202. 

» J'ai  servi  également  Krishnà,  l’épouse  des  fils  de 
Pàndou,  la  plus  jolie  femme  parmi  les  rejetons  de  Kou- 
rou.  Je  circule  ainsi  çà  et  là,  recevant  une  exquise  nour- 
riture. 203. 

» Autant  je  reçois  de  vêtements,  autant  je  me  réjouis. 
La  reine  m’a  donné  elle-même  le  nom  de  Mâlinl  : je  suis 
venue  aujourd’hui,  royale  Soudéshnâ,  dans  ton  palais.  » 

Soudéshnâ  reprit  : 

« Il  faut  que  je  te  donne  la  première  place  dans  l'habi- 
tation, il  n’y  a pas  de  doute  pour  moi  1 car,  si  le  roi  n’a 
pas  un  autre  désir,  il  se  portera  vers  toi  de  toutes  ses 
pensées.  20A — 205. 

» Les  femmes,  qui  sont  dans  la  famille  du  roi,  et  celles, 
qui  sont  attachées  à mon  palais,  te  contemplent.  Quel 
homme  ne  rendrais-tu  pas  fou  d’amour  ? 266. 

» Vois  1 Les  arbres,  qui  sont  plantés  dans  mon  palais, 
s'inclinent  devant  toi,  pour  ainsi  dire.  Quel  homme  ne 
rendrais-tu  pas  fou  d’amour?  207. 

» A la  vue  de  ta  beauté  surhumaine,  femme  ravissante 
à la  jolie  taille,  le  roi  Vira  ta,  m’ayant  délaissée,  se  portera 
vers  toi  de  toutes  ses  pensées.  208. 

» L’homme  captivé,  que  tu  regarderais  de  tes  yeux 
grands  et  lumineux,  dame  aux  membres  charmants,  irait 
à l'instant  sous  le  pouvoir  de  l’amour.  269. 


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V1RATA-PARVA. 


127 


« Et  l'homme,  qui  te  regarderait  sans  cesse,  femme  au 
joli  sourire,  de  qui  tous  les  membres  sont  parfaits,  s'en 
irait  ainsi  sous  la  puissance  de  l’amour;  270. 

» De  sorte  que  l’homme  monterait  sur  les  arbres,  afin 
de  s’y  donner  la  mort  à lui-même.  Les  grandeurs  seront 
pour  loi  ce  qu'elles  sont  pour  moi  dans  les  palais  du  roi, 
dame  aux  charmants  sourcils.  271. 

» Tel  que  le  crabe  met  au  monde  un  fils,  qui  doit  être 
la  cause  de  sa  mort  à lui -même,  telle  je  pense,  femme  au 
candide  sourire,  sera  ton  habitation  dans  mon  palais.  » 

« 11  n’est  aucunement  possible,  répondit  Draàupadi,  de 
me  posséder,  ni  à Viràta,  ni  à nul  autre,  car  cinq  jeunes 
Gandharvas,  noble  dame,  sont  mes  époux.  272 — 273. 

» Les  fils  d'un  certain  magnanime  roi  des  Gandharvas 
me  défendent  sans  cesse,  et  cette  tâche,  que  je  leur  donne, 
est  pénible.  274. 

» Si  l’on  n’ordonnait  pas  de  me  laver  les  pieds  et  si  l’on 
me  refusait  les  autres  honneurs,  les  Gandharvas,  mes 
époux,  ardents  à me  venger,  se  réjouiraient  de  cette  habi- 
tation. 275. 

» L’homme,  qui  porterait  sur  moi  son  désir,  comme 
sur  les  autres  femmes  du  vulgaire , entrerait  dans  un 
corps  étranger  pour  y habiter  un  jour  et  une  nuit.  276. 

» Il  est  impossible  à qui  que  ce  soit , noble  dame,  de 
me  soustraire  & cette  condition.  Les  Gandharvas , mes 
époux  par  la  contrainte,  me  défèndent  sans  cesse  ; mais 
ils  sont  d’un  caractère  difficile,  reine  au  sourire  pur  ! » 

« Je  te  donnerai  une  habitation  comme  tu  désires, 
ma  fille,  reprit  Soudeshnà;  et  jamais  tu  n’auras  besoin  de 
demander,  ni  de  l'eau,  ni  les  autres  services.»  277 — 278. 

C’est  ainsi  que  Krishnâ  fut  consolée  par  l’épouse  de 


128 


LE  M4HA-BHAKATA. 


Viràta  : la  femme  vertueuse  et  fidèle  à ses  époux  habita 
dans  cette  ville,  et  personne  ne  l’y  connut,  Djanamédjaya, 
sous  le  rapport  de  la  vérité.  279. 

Sahadéva  lui-même , travesti  en  bouvier,  se  présenta 
en  cette  habitation  sublime  , et,  contrefaisant  le  langage 
des  pâtres,  s'approcha  de  Virâta.  280. 

Saisi  de  curiosité  à sa  vue,  le  roi  envoya  des  hommes 
près  de  cet  étranger,  arrivé  au  parc  des  vaches  et  debout 
non  loin  du  palais.  231. 

Lorsqu’il  se  fut  approché,  et  que  le  monarque  vit  cet 
homme  éminent,  à la  taille  élevée,  resplendissant,  il  in- 
terrogea le  rejeton  de  Kourou  : 282. 

» De  qui  es  tu  le  fils?  D’où  viens-tu?  Que  désires-tu 
faire,  mon  ami  ? Je  ne  t’ai  jamais  vu  avant  ce  jour  : dis- 
moi  la  vérité,  excellent  homme.  » 283. 

Sahadéva  s’avance  près  du  roi,  de  qui  les  rayons  con- 
sument ses  ennemis,  et  lui  dit  avec  un  son  de  voix  sem- 
blable aux  grandes  masses  des  nuages  : « Je  suis  un 
vaîçya , mon  nom  est  Arishtanémi  : j’étais  le  pâtre  des 
plus  grands  entre  les  Kourouides.  28â. 

» Je  désire  habiter  ici,  6 le  meilleur  des  mortels.  Je 
n'ai  plus  les  fils  de  Prithâ,  ces  lions  des  hommes  ; il  ne 
m’est  pas  possible  de  vivre  sans  travail,  et,  de  tous  les 
monarques  , aucun  ne  me  plaît,  si  ce  n’est  toi.  » 285. 

<i  Tu  es  un  brahme  ou  un  kshatrya,  répondit  Virâta  ; 
tu  portes  l’extérieur  du  souverain,  qui  préside  au  cercle 
des  mers  : dis-moi  la  vérité,  ô toi,  qui  traînes  les  cadavres 
des  ennemis  : il  n’existe  pas  d’ouvrage  de  vatçya,  qui  soit 
propre  à tes  mains.  286. 

s Du  domaine  de  quel  roi  es-tu  venu  ici?  Quelle  est 
cette  profession,  que  tu  exerces?  Comment  pourras-tu 


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V1RATA-PARY  A. 


12» 


demeurer  toujours  au  milieu  de  nous?  Parle  ! Quel  sera 
ici  ton  salaire  ? » 287. 

« Youddhishthira  était  le  frère  aîné  des  cinq  fds  de 
P&ndou,  reprit  Sahadôva.  11  possédait  huit  centaines  de 
mille  vaches  : ses  compagnies  de  bêtes  à corne  compo- 
saient plusieurs  centaines.  288. 

» Les  uns  en  conduisaient  dix  mille,  les  autres  deux 
fois  autant  ; j'étais  le  pâtre  de  ces  princes,  et  l'on  m'ap- 
pelle Tantipàla.  28». 

» Le  passé,  le  présent,  l’avenir,  ce  qui  est  entré  dans 
le  nombre  des  vaches,  rien  ne  m'est  inconnu  enfin  à dix 
yodjanas  à la  ronde.  290. 

» Mes  qualités  étaient  parfaitement  connues  de  ce  ma- 
gnanime : aussi  le  roi  des  Kourouidcs,  Y'ouddhishthira 
était -il  content  de  moi.  291. 

» Une  certaine  maladie  règne-t-elle  parmi  les  trou- 
peaux, bientôt  les  vaches  ne  sont  plus  en  grand  nombre; 
je  sais  l’écarter  par  tels  ou  tels  moyens  ; voilà  quels  sont 
mon  art  et  ma  profession.  292. 

« Je  connais,  sire , les  taureaux,  distingués  par  des 
signes  heureux,  et  dont  il  suflit  aux  vaches  stériles  de 
flairer  l’urine  seulement  pour  vêler.  » 29S. 

n J’ai  cent  mille  vaches,  répondit  Virâta  ; je  donne  à ton 
excellence,  et  les  gardiens,  et  les  vaches,  mêlées  par  les 
qualités  de  la  classe  avec  celles  d'une  autre  classe.  Que 
mes  troupeaux  soient  ici  confiés  à ta  garde.  » 294. 

Ainsi  l’homme  éminent,  estimé  du  roi,  le  souverain  des 
hommes,  demeura  là  tranquillement;  et  d'aucune  manière 
ses  ennemis  ne  le  connurent.  Le  monarque  lui  donna  les 
gages,  qu'il  désirait.  295. 

Ensuite,  on  vit  apparaître  au  boulevart  de  l’enceinte 

v 9 


130 


LE  MAHA-BHARATA. 


un  autre  liouitne  de  haute  taille  et  de  beauté  parfaite, 
portant  les  ornements  des  femmes.  11  avait  de  longues 
pendeloques  attachées  à ses  oreilles , et  ses  bras  étaient 
ceints  de  bracelets  en  or  pur.  296. 

Il  avait  de  longs  bras,  une  vigueur  semblable  à la  force 
des  éléphants,  ses  épais  et  grands  cheveux  flottaient  sta- 
ses épaules  : ébranlant  la  terre  à chacun  de  ses  pas,  il 
s'approcha  de  la  salle,  où  siégeait  Virâta.  297. 

Quand  le  roi  vit  arriver  sur  le  parquet  de  la  salle, 
caché  sous  son  travestissement,  ce  fils  de  Mahéndra, 
immolateur  des  ennemis,  resplendissant  d'un  éclat  su- 
prême avec  la  vigueur  du  roi  des  éléphants,  298. 

11  interrogea  tous  ceux,  qui  suivaient  sa  cour:  n D'où 
vient  la  personne,  qui  s'avance  ? On  ne  m'a  pas  encore 
parlé  de  lui,  et  mes  courtisans  ne  m’ont  rien  dit,  qui  le 
fit  connaître.  » Le  monarque  alors  tint  ce  langage  avec 
étonnement  (1)  : 299. 

« Ce  jeune  homme  est  d'une  grande  âme,  il  ressemble 
h un  Immortel,  sa  carnation  est  azurée;  on  dirait  le  roi 
d’un  troupeau  d’éléphants.  11  s’est  couvert  de  bracelets 
sr.  or  pur  : il  porte,  flottants,  ses  cheveux  nattés  ; il  a des 
pendeloques  attachées  à ses  oreilles.  301  — 302. 

» Il  est  paré  de  bouquets,  il  est  orné  de  beaux  cheveux;... 
mais  il  a brillé  d'une  autre  manière  avec  l'arc,  la  flèche  et 

la  cuirasse Que  ton  excellence  monte  dans  un  char  et 

qu’elle  voltige  égale  à mes  fils,  ou  sois  égal  à moi-même. 

» Je  suis  vieux  ; j'ai  envie  d'abandonner  tous  les 
Matsyas:  défends-les  avec  vigueur.  Les  eunuques  n’ont 


(l)Ce  distique  est  numéroté  300  dans  notre  édition  : nous  allons,  com  me 
elle,  sauter  par-dessus  un  chiffre. 


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VIRATA-PARVA. 


131 


aucunement  de  telles  formes.  Ainsi  murmure  mon  intel- 
ligence. » 303 — 304. 

« Je  chante,  je  danse,  je  joue  des  instruments  de  mu- 
sique, noble  prince,  lui  répondit  Arjouna  ; je  suis  habile 
dans  la  danse,  je  le  suis  dans  le  chant.  Quittecette  pensée, 
donne -moi  tes  ordres  toi-même  ; je  suis,  roi  des  hommes, 
le  danseur  de  la  reine.  305. 

» Cette  forme  est  la  mienne  ; je  te  dirai  avec  elle  une 
chose,  qui  porte  au  plus  haut  point  la  douleur.  Sache,  roi 
des  hommes,  que  je  suis  Vrihannalâ,  un  fils  ou  une  fille, 
abandonnée  par  son  père  et  sa  mère.  » 300. 

« Il  faut  donc,  reprit  Virâta,  que  je  t’accorde  une  grâce. 
Enseigne  la  danse  à ma  fille,  Vrihannalâ,  et  aux  princesses 
de  son  rang.  Mais  je  ne  regarde  pas  cet  emploi  comme 
égal  à ton  mérite.  Tu  es  digne  de  la  terre,  autour  de  la- 
quelle tourne  l'océan  ainsi  qu’une  roue.  » 307. 

Après  que  le  roi  de  Matsyasefut  assuré  que  Vrihannalâ 
était  versé  dans  le  chant,  la  danse  et  les  instruments  de 
musique,  il  en  délibéra  avec  ses  différents  ministres  et  le 
vit  bientôt  au  milieu  de  ses  femmes.  3G8. 

Quand  il  eut  observé  la  constance  immuable  de  celui- 
ci  dans  son  rôle  d'eunuque,  il  abandonna  l'appar- 
tement des  jeunes  princesses,  et  laissa  l’auguste  Dha- 
nandjaya  enseigner  seul  la  danse  et  les  instruments  de 
musique  à la  fille  de  Virâta,  à ses  amies,  à ses  suivantes;  et 
le  (ils  de  Pàndou  devint  l’ami  de  ces  femmes.  309 — 310. 

Dhanandjaya,  remplissant  des  fonctions  agréables  et 
maître  de  lui-même  au  milieu  de  ces  femmes,  habitait 
sous  son  déguisement;  et  nulle  des  personnes,  qui  erraient 
au-dehors  ou  qui  circulaient  au-dedans,  ne  sut  quel  homme 
était  là.  311.  '■  . . 


132 


LE  MAHA-BHAKATA. 


Enfin,  un  autre  fils  auguste  de  Pândou  se  montra,  et 
s’avança  légèrement  vers  le  roi  Virâta.  Un  homme  du 
peuple  le  vit  qui  s’approchait,  comme  le  disque  du  soleil, 
délivré  du  nuage.  312. 

Il  regardait  les  chevaux  ; le  roi  de  Matsya  le  vit  examiner 
çà  et  là  ses  coursiers,  et  le  souverain  des  hommes  dit  à 
ses  suivants:  « D'où  vient  cet  homme,  qui  a la  splendeur 
d’un  Immortel  ? 313. 

, » Il  observe  attentivement  mes  chevaux  ; pour  sûr,  ce 

doit  être  un  expert,  qui  se  connaît  en  coursiers.  Qu’il 
entre  vite  auprès  de  moi.  Il  me  parait  sage  et  comme  un 
Immortel.  » 314. 

S’étant  approché  du  monarque,  il  dit  : « La  victoire  soit 
à toi,  prince  ! sur  toi  descende  la  félicité  ! Je  fus  toujours 
estimé  de  mon  roi  pour  la  science  hippique  : je  puis  être 
pour  toi  un  conducteur  hr.bile  de  tes  chevaux.  » 315. 

« Je  te  donne  des  chars,  des  richesses,  une  habitation, 
reprit  Virâta  : veuille  bien  être  le  guide  de  mes  chevaux. 
D’où  viens-tu  ? A qui  es-tu  ? Comment  es-tu  venu  ici  ? Dis- 
moi  quelle  est  ta  profession?  » 316. 

« Youddhishthira  était  le  frère  aîné  des  cinq  fils  de 
Pândou,  reprit  Nakoula.  Je  fus  jadis  employé  par  ce  roi 
dans  ses  écuries,  prince , qui  traînes  les  cadavres  de  tes 
ennemis  tués.  317. 

» Je  connais  entièrement  la  nature  et  le  gouvernement 
des  chevaux,  l’usage,  qu’on  peut  faire  des  chevaux  vicieux, 
et  même  toute  la  manière  de  traiter  leurs  maladies.  318. 

» Il  n’y  aura  jamais  un  attelage  rétif  sous  ma  main  ; il 
n’existe  pas  de  cavale  vicieuse  pour'moi,  encore  moins  de 
chevaux  ! Les  hommes  et  le  fils  de  Pândou,  Youddhish- 
thira lui-même,  m'ont  appelé  du  nom  de  Grantika.  » 319. 


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VIRATA-PARVA. 


133 


« Que  tout  ce  que  je  possède  en  chevaux  et  en  chars 
quelconques  soit  rais  sous  ta  dépendance , répondit 
Virâta  ; que  tous  mes  palefreniers  et  mes  cochers  eux- 
mêmes  te  reconnaissent  comme  leur  patron  ! 320. 

» Si  tu  formes  un  désir  et  s’il  est  une  richesse,  que  tu 
regardes  avec  envie,  dis-le-moi.  11  n’ existe  pas  une  science 
des  chevaux  pareille  à la  tienne  : tu  brilles  comme  un  roi, 
et  je  t’estime  à l'avenant.  321. 

» Ton  agréable  vue  sera  ici  pour  moi  comme  la  vue 
même  d’Youddhishthira.  Mais  comment  le  vertueux  Pân- 
douide  peut-il  demeurer  dans  les  forêts,  abandonné  de  ses 
domestiques  et  y trouver  du  plaisir  ! u 322. 

C’est  ainsi  que  le  jeune  héros,  semblable  au  plus  grand 
des  Gandharvas,  fut  honoré  par  le  roi  Virâta  dans  la  joie; 
et  personne  des  autres  amis  ne  sut  d'aucune  manière  que 
le  beau  Nakoula  se  promenait  au  milieu  de  la  ville.  323. 

Ainsi  les  Pàudouides  habitaient  le  Matsya,  sans  dé- 
guiser leur  visage,  suivant  ce  qu’ils  avaient  promis  : 
extrêmement  affligés,  ces  maîtres  du  cercle  des  mers  ob- 
servaient, avec  attention,  de  mener  une  vie  inconnue.  32A. 


L'OBSERVATION  DE  LA  CHOSE  CONVENUE. 


-r 


Djanamédjava  dit  : 

» Après  que  ces  rejetons  de  Kourou  eurent  ainsi  caché 
leur  condition  dans  la  v lie  des  Matsyas,  que  firent  en- 
suite, brahnie,  ces  héros  à la  grande  vigueur?  » 325. 

Vatçampâyana  lui  répondit  : 

Écoute  ce  que  firent  les  rejetons  de  Kourou,  ainsi  ca- 
chés dans  la  ville  des  Matsyas,  où  ils  cherchaient  à gagner 
la  bienveillance  du  roi.  320. 

Par  la  grâce  du  vertueux  et  magnanime  Trinavindou, 
la  demeure,  où  ils  habitaient,  resta  inconnue  dans  la  cité 
de  Virâta.  327. 

Youddhishthira,  assistant  à toutes  les  assemblées,  de- 
vint, roi  des  hommes,  l’ami  des  Matsyas,  de  Virâta  et  de 
son  fils.  328. 

Versé  dans  la  connaissance  des  dés,  le  fils  de  Pàndou 


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VJRATA-PARVA. 


185 


fit  jouer  ce  roi,  autant  qu’il  lui  fut  agréable,  à ce  jeu,  de 
même  que  les  brahmes,  de  qui  le  cordon  est  passé  autour 
(tes  épaules.  329. 

l.e  filsd’Yamay  gagna  à Viràta  des  richesses  inconnues, 
que  le  tigre  des  hommes  partagea  entre  ses  frères,  suivant 
qu'ils  en  étaient  dignes.  330. 

Bhlmaséna  lui-même  livrait  à Youddhislithira  les  ali- 
ments divers  et  les  mets,  que  laissait  le  Matsya.  331. 

Arjouna  ne  manquait  pas  5 distribuer,  entre  tous  les 
Pândouides,  les  vêtements  usés,  qu'on  lui  donnait  dans  le 
sérail.  332. 

Sahadéva,  revêtu  de  l'habit  du  pâtre,  apportait  à ses 
frères  le  caillé,  le  lait  et  le  beurre  clarifié.  333. 

Quand,  satisfait  de  son  excellent  service  sur  les  che- 
vaux, le  souverain  lui  avait  donné  une  récompense,  Nakoula 
n’oubliait  pas  de  la  partager  entre  les  (ils  de  Pàndou.  33A. 

fît  la  pieuse  Krishna,  aussitôt  qu’elle  voyaiichacua  des 
frères,  passait  à côté  d'eux,  comme  une  dame  tout  à fait 
inconnue.  335. 

Agissant  ainsi  l’un  à l'égard  de  l’autre,  ces  hérosallaient 
dans  la  cité  de  Viràta  aussi  inconnus  que  s’ils  étaient  en- 
core au  sein  de  leur  mère.  336. 

La  crainte  de  Douryodhana  remplissait  alors  d’angoisse 
les  fils  de  Pàndou,  et  ces  rois  des  hommes  ne  se  décelaient 
pas  en  jetant  lenrs  regards  sur  Krishnâ.  337. 

fînsnite,  dans  le  quatrième  mois,  arriva  la  fête  de 
Brahma,  bien  grande,  opulente  solennité,  fort  estimée  du 
peuple,  chez  les  Matsyas.  338. 

Là,  affluèrent  par  milliers,  dans  le  champ  de  Brahma, 
comme  dans  celui  de  Paçoupati,  les  lutteurs  aux  grands 
corps,  à la  grande  vigueur,  enivrés  de  leur  force,  arrogant» 


LE  AI AHA-BHAllATA . 


136 

Matamore»,  tels  que  des  Açouras  kàlakhandjas,  et  très- 
bouorés  du  roi.  33b — 340. 

Remplis  d'énergie,  à la  couleur  très-jaune,  avec  des 
épaules  de  lion  et  des  cous  pareils  aux  croupes  des  élé- 
phants, ils  avaient  mainte  fois  obtenu  le  prix  dans  la  lice, 
en  présence  du  monarque.  341. 

il  eu  était  uu  d’une  haute  taille  parmi  eux,  il  défiaittous 
les  lutteurs,  mais  aucun  n'osait  s’approcher  de  lui,  qui 
sautait  fà  et  lit  sur  l’arène.  342. 

^ Comme  tous  les  boxeurs  restaient,  l'âme  évanouie,  sans 
courage,  le  roi  des  Matsyas  commanda  à son  cuisinier  de 
combattre  avec  ce  lutteur.  343. 

Excité  alors,  Bhlma  prit  sa  résolution  avec  peine  ; mais 
évidemment  il  ne  pouvait  refuser  de  se  rendre  au  désir, 
que  manifestait  le  souverain.  344. 

Le  tigre  des  hommes,  marchant  avec  l’indolence  d'un 
ti^ro,  entra  dans  la  vaste  lice,  honorant  Virâta  par  m 
soumission.  345. 

Le  fils  deKountl  releva  le  bas  de  son  vêtement  inférieur, 
et  cet  acte  fit  rire  l'homme  ; puis,  Bhima  de  provoquer  au 
combat  le  lutteur,  semblable  à Vritra.  346. 

Ce  lutteur  à la  force  renommée  s'appelait  Djimoùta. 
Tous  deux,  ils  avaient  une  fermeté  rare  ; tous  deux,  ils 
possédaient  une  vigueur  épouvantable.  347. 

ils  ressemblaient  à deux  éléphants  aux  grands  corps, 
dans  l’ivresse  du  rut.  Ces  deux  tigres  des  hommes  se 
joignirent  pour  un  combat  à bras  le  corps.  348. 

La  bataille  de  ces  deux  héros,  dans  une  ardeur  extrême, 
désirant  l'un  sur  l'autre  la  victoire,  fut  très-épouvantable, 
comme  la  chûte  de  la  foudre  sur  deux  montagnes.  349. 

Démesurément  forts , tous  deux , ils  étaient  dans  le 


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VIRATA-l'ARVA. 


137 


suprême  orgueil  de  la  force  ; tous  deux,  ils  désiraient  mu- 
tuellement la  victoire,  et  cherchaient  à saisir  un  coup  de 
temps  l'un  sur  l'autre.  350. 

Dans  une  extrême  ardeur,  tous  deux,  ils  ressemblaient 
à deux  éléphants  dans  l'ivresse  du  rut  ; ils  luttaient  avec 
des  bras  vigoureusement  serrés,  et  des  oppositions  de 
mouvements  variés.  351. 

Ils  assénaient  des  coups,  qui  n’étaient  pas  évités  ; ils  se 
portaient  des  blessures,  qui  imprimaient  la  douleur  ; ils 
déchargeaient,  non  sans  effet,  des  poings,  qui  tombaient 
avec  les  sons  poussés  du  sanglier;  352. 

Ils  appesantissaient  des  mains,  qui  se  précipitaient 
comme  la  foudre;  ils  avançaient  des  feintes,  ils  secouaient 
épouvantablement  leurs  pieds,  dont  les  ongles  déchiraient 
comme  des  javelines.  353. 

Leurs  genoux  s’entrechoquaient  avec  le  bruit  des 
pierres  ; leurs  têtes  formaient  sous  les  coups  de  profondes 
cavernes  ; enfin,  ce  combat  sans  arme  était  horrible  par  la 
force  des  bras.  354. 

Le  peuple,  présent  à la  fête,  qui  avait  attiré  les  multi- 
tudes de  héros,  tout  le  peuple,  levé  avec  de  grands  cris, 
semblait  attaché  par  le  souffle  à la  vigueur  de  ces  robustes 
athlètes,  qui,  tels  qu'lndra  et  Vritra,  sire,  s'attiraient  et  se 
renvoyaient  par  des  mouvements  en  avant  ou  en  arrière. 

355—356. 

Ils  s’entraînaient  mutuellement,  ils  se  frappaient  avec 
les  genoux  ; enfin,  ils  se  menacèrent  l'un  l'autre  avec  de 
grands  cris.  357. 

Tous  deux,  ils  avaient  de  larges  poitrines  et  de  longs 
bras  ; ils  étaient  habiles  dans  l'art  de  combattre  ; ils  s'en- 
lacèrent de  leurs  bras  longs  comme  des  massues.  358. 


138 


LE  MAHA-BHARATA. 


A la  fin,  Bhtma,  l'immolateur  des  ennemis,  attira  dans 
ses  bras  et  enleva  de  terre  le  lutteur  malgré  ses  cris,  ré- 
pondant à ses  plaintes  comme  un  tigre  à celles  d’un  élé- 
phant. 359. 

Quand  il  eut  fait  quitter  la  terre  à son  rival,  l'homme 
vigoureux  aux  longs  bras,  le  fit  pirouetter  et  jela  dans  le 
plus  grand  étonnement  les  lutteurs  et  les  Matsvas.  3BO. 

Après  qu’il  l’eut  fait  tourner  cent  fois,  privé  de  vie, 
l'âme  exhalée,  Vrikaudara  aux  longs  bras  le  broya  sur  la 
terre.  361. 

Voyant  tué  ce  héros  DjimoAta,  célèbre  dans  le  monde, 
le  roi  Virâta  en  conçut  une  joie  suprême  avec  ses  parents. 

Tel  que  Kouvéra,  le  roi  magnanime  donna,  dejoie,  une 
richesse  considérable  à Ballava,  dans  la  vaste  : rêne. 

C’est  ainsi  que,  procurant  au  roi  le  plus  vif  sentiment 
de  plaisir,  il  terrassa  ces  lutteurs  bien  nombreux  et  les 
hommes  à la  grande  force.  362 — 363 — 364. 

Virâta  le  fit  combattre  avec  des  tigres,  des  lions  et  des 
éléphants,  puisqu'il  n’existait  sur  la  terre  aucun  homme, 
qui  fût  égal  à lui.  365. 

Introduit  dans  les  appartements  des  femmes,  Ventre- 
de-loup  y combattit,  à l’ordre  du  roi,  avec  des  lions  à la 
grande  force,  qu’on  avait  enivrés.  366. 

Le  Pândouide  Blbhatsou  lui-même  réjouissait  Virâta  et 
toutes  les  femmes  du  gynœcée  par  son  chant  et  sa  danse. 

Nakoula  donnait  du  plaisir  au  roi,  le  plus  grand  des 
hommes,  avec  ses  chevaux  bien  dressés,  rapides  et  ras- 
semblés çà  et  là.  367 — 368. 

Quand  il  voyait  près  de  Sahadéva  ses  taureaux  bien 
gouvernés,  le  roi  content  ne  lui  épargnait  pas  les  grandes 
richesses,  qu'il  devait  lui  donner.  36». 


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VIRATA-PARVA. 


130 

Différents  étaient  les  trésors,  dont  Viràta,  éminent 
prince,  les  comblait;  mais  Dralupadl,  voyant  tous  ces 
héros  tourmentés  par  l’infortune,  n'avait  pas  l’âme  très- 
satisfaite  et  poussait  les  plus  profonds  soupirs.  C'est  ainsi 
que  ces  héros  habitaient  sous  leur  déguisement  et  va- 
quaient aux  affaires  du  roi  Virâta.  370 — 371 — 372. 

« 


» 


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LA  MORT  DE  K1TCHAKA. 


Dix  mois  s’écoulèrent,  tandis  que  ces  héros,  fils  de 
Prithà,  demeuraient  travestis  dans  la  ville  de  Matsya.  373. 

Yadjasént,  obéissant  à Soudéshnâ,  roi  des  hommes, 
Djanamédjaya,  habitait  auprès  d’elle,  en  qualité  de  sui- 
vante, avec  beaucoup  de  peine.  37â. 

PAntchàll.  marchant  dans  le  palais  de  Soudéshnâ,  char- 
mait la  reine  et  les  femmes  du  gynœcée.  375. 

Sur  la  fin  de  cette  année,  Kltchaka  à la  grande  force, 
le  général  de  Virâta,  aperçut  la  lille  du  roi  Droupada. 

Dès  qu’il  l’eut  vue,  semblable  à une  fille  des  Dieux, 
marcher  comme  mie  Déilé,  Kltchaka,  percé  par  une  fièche 
de  l'amour,  s’éprit  de  passion  pour  elle.  376 — 377. 

Consumé  par  le  feu  de  l’amour,  il  s'approche  de  Sou- 
déshnâ, et  le  général  lui  tient,  comme  en  riant,  ce  lan  - 
gage:  378. 

a Voilà  une  charmante  femme,  que  je  n’ai  jamais  vue 
avant  et  jour  dans  ce  palais  du  roi  Virâta!  Cette  noble 


VIRATA-PARVA. 


iâ  1 


dame,  telle  qu’un  vin  capiteux , formé  abondamment  de  par- 
fums, verse  en  quelque  sorte  l’ivresse  dans  mes  veine*! 

» Quelle  est  cette  beauté,  de  qui  la  vue  s'adresse  au 
cœur  et  qui  s'avance  avec  les  formes  d’une  Déesse!  De 
qui  est-elle  la  fdle  et  d’où  est-elle  venue  ici,  femme  char- 
mante ? car  elle  agite  mon  âme  et  la  réduit  sous  sa  puis- 
sance, et  je  n’v  vois  pas  d’autre  remède  qu’elle-même. 

» Est-il  possible  que  cette  jolie  femme  soit  ta  suivante  ? 
Elle  me  semble  une  fleur  jeune  éclose  : elle  accomplit 
ton  ouvrage,  qui  a des  formes,  pour  lesquelles  ses  mains 
ne  sont  pas  faites.  Quelle  ait  l’empire  sur  moi  et  sur  toute 
chose,  qui  est  à moi.  379 — 380 — 381. 

» Qu'elle  orne  mon  palais  vaste,  ravissant,  embelli  par 
des  enjolivements  d’or,  plein  de  mets  et  de  breuvages  en 
grand  nombre,  habité  par  l’abondance,  rempli  de  servi- 
teurs, de  chars  et  d'éléphants  en  foule  ! » 382. 

Ensuite,  ayant  pris  congé  de  Soudéshnà,  Kitchakade 
s’avancer  vers  la  fille  de  roi  : il  dit  à Krishnâ,  en  la  flat- 
tant, comme  un  chacal  dans  un  bois  à la  fille  du  roi  des 
quadrupèdes  : 383. 

# Qui  es-tu  ? et  qui  est  ton  père,  noble  fille  à la  jolie 
taille?  De  quel  pays  es-tu  venue  dans  cette  ville  de  Viràta? 
Dis  la  vérité,  femme  charmante?  384. 

» Ta  grâce  et  ta  beauté  sont  au  plus  haut  degré,  ta  dé- 
licatesse est  sans  égale  : ton  visage  pur  luit  à mes  yeux  par 
sa  beauté,  de  môme  que  l’astre  des  nuits.  385. 

» Tes  yeux  sont  bien  grands  ; charmants  sont  tes  sour- 
cils, belle,  qui  ressembles  aux  pétales  du  lotus;  ta  voix  est 
comme  le  gazouillement  du  kokila,  ô toi,  qui  es  belle  en 
tous  les  membres  de  ta  personne.  389. 

» Je  n'ai  jamais  vu,  avant  ce  jour,  sur  la  face  de  la 


142 


LE  M AH  A BHARATA. 


terre,  aucune  autre  femme  d'une  grâce  telle  que  tu  es, 
vertueuse  et  ravissante  dame.  3S7. 

> Es-tu  Lakshml,  l'habitation  du  lotus,  ou  la  puissance, 
euune  à la  jolie  taille  ? Es-tu  la  pudeur,  la  fortune,  la 
gloire  et  la  beauté  ? Qui  d'elles  es- tu,  femme  au  séduisant 
visage?  388. 

» Belle  au  plus  haut  degré,  est-ce  que  tu  as  dérobé  le 
corps  de  l'Amour?  Tu  brilles  au  plus  haut  point,  dame 
aux  charmants  sourcils,  comme  la  clarté  sans  égale  de  la 
lunel  389. 

> Le  sourire  des  cils  de  tes  yeux  est  charmant,  sem- 
blable à la  clarté  de  la  lune,  ravissant  d’une  beauté  cé- 
leste, environné  par  les  rayons  de  tes  divines  prunelles. 

» A la  vue  de  cette  lune  de  ton  visage,  doué  d'une 
beauté  supérieure , qui  dans  tout  l'univers  n'irait  ici, 
marchant  sous  le  pouvoir  de  l'amour  ? 390 — 391. 

» Tes  deux  seins,  auxquels  convient  l'ornement  des 
colliers,  sont  très-beaux,  bien  formés,  accompagnés  de 
grâce  ronds,  potelés,  sans  intervalle.  392. 

» Tes  papilles,  femme  aux  jolis  sourcils,  ont  la  forme 
des  boutons  du  lotus,  qui  commençent  à s’entrouvrir:  ce 
sont  deux  aiguillons  de  l'amour,  dont  il  me  pique,  dame 
au  charmant  sourire.  393. 

a Le  poids  de  ta  gorge  fait  plier  la  division  apparente 
des  plis  de  ta  ceinture;  l'extrémité  de  la  main,  femme àla 
taille  svelte,  est  semblable  â la  délicatesse  de  ta  taille. 

» Depuis  que  j’ai  vu,  noble  dame,  ton  ravissant  dja- 
ghana,  tel  qu'une  lie  dans  un  fleuve,  la  maladie  insur- 
montable de  l’amour  a mis  son  pied  sur  moi.  394 — 395. 

» Le  feu  de  l'amour  a jeté  ses  flammes  en  moi,  tel  que 
le  feu  d'un  incendie,  et,  augmenté  par  la  pensée  conti- 


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V1RATA-PARVA. 


143 


nuclle  d'une  entrevue  avec  toi, ‘il  ine  brûle  sans  pitié.  390. 

» Eteins,  femme  à la  taille  gracieuse,  en  te  donnant  à 
moi,  ce  feu  enflammé  de  l'amour,  comme  avec  une  pluie, 
qui  porte  l’eau  salutaire  d’un  rendez-vous  avec  toi.  397. 

» Ces  faisceaux  aigus  des  flèches  de  l'amour,  qui  jettent 
la  démence  au  fond  de  mon  âme,  ô toi,  de  qui  le  visage 
ressemble  aux  clartés  de  la  lune,  seront  calmés  par  une 
enttevue  avec  toi.  398. 

» Tu  es  entrée  impétueuse  au  milieu  de  mon  cœur,  que 
tu  as  déchiré  sans  pitié,  dame  aux  j eux  noirs.  Les  femmes 
passionnées  sont  épouvantables  dans  leur  colère.  399. 

a Toi,  qui  fus  le  commencement  d’une  extrême  ivresse, 
fais  l’ivresse  de  ma  volupté,  et  veuille  bien  m'arracher  ici 
aux  racines  de  mon  âme,  par  les  jouissances  attachées  au 
don  de  ta  personne.  400. 

» Ornée  de  tous  les  joyaux,  parée  de  robes  et  de  pa- 
rures diverses,  cultive  volontiers,  ma  dame,  l'amour  avec 
moi.  401. 

» Ne  veuille  pas  habiter  ici  sans  plaisir,  t’en  priver, 
quand  tu  en  es  si  digne  ; veuille  arriver  au  bien  suprême 
et  couronner  mon  amour,  ô toi,  qui  as  la  démarche  d’un 
éléphant  dans  la  folie  du  rut.  40*2. 

» Buvant  des  breuvages  divers,  agréables,  pareils 
à l'ambroisie,  t'amusant,  suivant  ton  plaisir,  à des  jeux 
ravissants,  goûte  à divers  services  de  mets,  et  jouis  d'une 
félicité  sans  égale  : savoure  ces  breuvages,  éminente 
dame,  et  ces  aliments  purs,  auxquels  il  n'est  rien  de  com- 
parable. 403 — 404. 

» Cette  be  uté  est  l’apanage  de  la  jeunesse  première, 
nouvelle,  et  tu  la  rends  complètement  inutile,  noble  dame. 
Tu  es  belle,  sans  rivale,  et  tu  ne  vis  pas,  comme  un  bou- 


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144 


LK  MAHA-BHAR  VTA. 


quet  de  fleurs' ! Tu  ne  brilles  pas,  femme  charmante,  quel- 
que brillante  que  tu  sois  (1)  ! 405. 

» Je  te  sacrifie  toutes  mes  épouses  : âgées,  qu'elles  soient 
tes  servantes,  dame  au  joli  sourire;  moi-même,  je  me 
tiens  devant  toi  comme  un  serviteur  : je  marcherai  tou  - 
jours sous  ta  loi,  femme  au  charmant  visage.  » 411. 

o Penses-tu,  (ils  d’un  cocher,  reprit  Draâupadî,  que  je 
ne  dois  point  ici  inspirer  de  désirs  ? Ma  classe  est  abjecte; 
je  suis  une  artisane,  une  malheureuse,  une  arrangeuse  de 
cheveux.  412. 

» Je  suis  l'épouse  d’un  autre,  s’il  teplaît  : il  ne  sied  pas 
que  je  m’unisse  à toi  maintenant.  Les  épouses  des  mortels 
leur  sont  chères.  Rappelle-toi  le  devoir.  413. 

» Tu  ne  dois  jamais,  en  aucune  manière,  placer  ta  pen- 
sée sur  les  épouses  d'autrui.  S'abstenir  des  choses,  qu’on 
ne  doit  pas  faire,  est  une  sage  loi  des  hommes.  414. 

» L’homme  à l'âme  pécheresse,  qui  s'égare  dans  la  fo- 
lie et  qui  nourrit  de  vains  désirs,  obtient  l'infamie  ou  bien 
il  encourt  un  grand  et  terrible  danger.  » 415. 

A ces  mots  de  l’ouvrière,  Kltchaka,  aliéné  par  l’amour, 
et  qui  portait  sa  mauvaise  pensée  sur  le  crime  de  souiller 
les  épouses  d’autrui;  lui,  qui  jamais  n’avait  su  vaincre  ses 
organes  des  sens  et  n’ignorait  pas  que  de  nombreuses  fautes 
sont  destructives  de  la  vie,  et  qu’elles  sont  blâmées  de  tous 
les  hommes,  il  tint,  l’insensé,  à Draâupadî  ce  langage  : 

« Ne  veuille  pas  me  repousser,  femme  à la  taille  svelte, 
au  charmant  visage,  au  gracieux  sourire,  moi,  qui  suis 
pénétré  d'amour  à cause  de  toi  ! 410 — 41" — 418. 

(1)  Ce  çloka,  dans  l'édition  de  Calcutta,  est  numéroté  410.  Nous  allons 
faire  comme  elle,  et  sauter  par-dessus  cinq  chiffres. 


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VIRATA-PARVA. 


145 

» Tu  me  repousses,  craintive  aux  yeux  noirs,  moi  qui 
marche  sous  ta  volonté  et  qui  ne  t’adresse  que  des  choses 
aimables  ; mais  peut-être  en  auras-tu  du  regret  ensuite? 

» Car  je  suis  maître  du  royaume  entier,  dame  aux 
charmants  sourcils,  à la  taille  élégante  ; je  condamne  & 
l’exil  et  je  suis  incomparable  eu  force  sur  la  terre. 

» 11  n'est  ici  aucun  autre  homme  égal  à moi  sur  le  globe 
en  beauté,  en  jeunesse,  en  lortune,  en  mets  incomparables 
et  purs.  419 — 420 — 421. 

» Tu  peux  te  trouver  ici  en  des  jouissances,  qui 
abondent  au  gré  de  tous  les  désirs,  en  des  saveurs,  qui 
n'ont  rien  d’égal  : pourquoi,  noble  dame,  te  complais-tu 
dans  la  domesticité  ? 422. 

» Je  te  donne  ce  royaume,  femme  au  charmant  visage; 
tu  eu  es  la  maltresse  1 Aime-moi,  dame  à la  taille  gra- 
cieuse ; savoure  ces  jouissances  nompareilles.  > 423. 

A ce  langage  hideux,  la  vertueuse  épouse  répondit  à 
Kltchaka  en  ces  paroles,  qui  censuraient  les  siennes  ; 

a Fils  du  cocher,  ne  t'abandonne  pasau  délire,  et  ne  re- 
nonce pas  maintenant  à ta  vie  ; sache  que  je  suis  gardée 
sans  cesse  par  cinq  épouvantables  êtres.  424 — 426. 

» Je  ne  puis  tomber  entre  tes  mains  : des  Gandharvas 
sont  mes  époux  ! Ils  t'immoleraient  dans  leur  colère.  Allons  ! 
c’est  assez  ! ne  perds  pas  les  autres  avec  toi ! 426. 

o Tu  veux  marcher  dans  une  route  sans  voie,  imprati- 
cable aux  hommes  ! Tu  veux  agir  comme  un  enfant  sans 
raison,  à l’esprit  stupide,  qui,  placé  sur  une  rive,  vou- 
drait, sans  aucun  moyen,  parvenir  à l’autre  rivage.  427. 

» Tu  ne  pourrais  échapper  à ces  Génies,  quand  bien 
même  il  te  serait  donné  de  le  réfugier  au  centre  delà  terre, 
ou  de  t’élancer  par-  delà,  ou  de  courir  à la  rive  ultérieure 

10 


T 


140 


LE  MAHA-BHARATA. 


des  mers  ! L'extermination  est  l'attribut  de  ces  enfants  des 
Dieux,  qui  cheminent  dans  les  airs  ! 428. 

» Est-ce  qu’un  violent  désir  de  moi  te  possède,  Kl- 
tcbaka,  comme  tel  malade,  qui  aspirerait  à la  nuit  du  tom- 
beau ? Est-ce  que  l'envie  de  me  tenir  en  tes  bras  le  fait 
raisonner  à peu  près  comme  un  enfant,  qui,  couché  sur 
le  sein  de  sa  mère,  voudrait  prendre  la  lune  dans  sa 
main  ? 429. 

» Sur  la  terre  ou  dans  le  ciel,  nulle  part  que  tu  ailles, 
il  n'existe  de  refuge  pour  toi,  qui  as  désiré  leur  épouse  ! 
Ainsi,  Kitchaka,  tu  manques  de  l'œil,  qui  aspire  à une  vie 
heureuse  ! » 430. 

Repoussé  par  la  fille  de  roi,  Kitchaka,  submergé  dans 
un  amour  épouvantable  et  sans  borne,  dit  à Soudéshnâ  : 

« Kêkéyl,  que  l’artisane  vienne  dans  mes  bras  ! Ima- 
ginons un  moyen,  qui  me  fasse  aimer  de  cette  femme,  qui 
marche  avec  la  majesté  d’un  éléphant.  Sauve-la  de  l’é- 
garement, Soudéshnâ;  j'ai  renoncé  à la  vie  ! » 431 — 432. 

Quand  elle  eut  entendu  nombre  de  fois  la  parole  du 
guerrier,  qui  gémissait,  la  spirituelle  reine,  épouse  de 
Virâta,  en  eut  compassion.  433. 

Lorsqu’elle  eut  pris  une  consultation  secrète,  pensé  4 
l’ affaire  du  héros  et  au  travail  de  son  ouvrière,  Soudéshnâ 
tint  ce  langage  au  noble  cocher  : 434. 

« Aies  égard  à la  fête  du  I’arvan,  et  fais  préparer  la 
nourriture  des  Dieux  ; je  l’enverrai  là  en  ta  présence  me 
chercher  de  ces  aliments  sacrés.  435. 

« Flatte  à ton  aise  l’artisane  envoyée  là  dans  un  lieu 
solitaire,  sans  obstacle  : vois  si,  flattée,  elle  consentirait  à 
ton  plaisir.  » 436. 

A ces  paroles  de  sa  sœur,  il  sortit  et  fit  dresser,  pour  les 


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V1RATA-PARVA.  là" 

Dieux,  une  nourriture  artistement  préparée  et  digne  d'un 
roi.  A37. 

Il  ordonna  aux  cuisiniers  les  plus  habiles  delui  apprêter 
des  aliments  nombreux,  grands  et  petits,  aux  formes  di- 
verses, des  breuvages  et  des  mets,  bien  agréables  à la  vue. 

Alors  que  tout  fut  prêt,  Soudéslinà,  la  reine,  invitée  par 
KHchaka,  envoya  son  ouvrière  dans  la  maison  du  général. 

438 — 439. 

« Lève-toi,  artisane,  dit-elle,  et  va-t-en  à la  demeure 
de  Kltchaka  ; apporte-s-en  des  breuvages,  noble  dame  ; 
la  soif  me  tourmente.  » ààO. 

« Je  n'irai  point  à sa  maison,  fdle  de  roi,  lui  répondit 
l’ouvrière  ; tu  sais  toi-même,  princesse,  comme  il  est  sans 
pudeur.  441. 

•i  Je  ne  serais  point  là  dans  ton  palais,  illustre  dame 
aux  membres  sans  défaut  ; j’y  serais  environnée  d’amour, 
comme  une  épouse  infidèle  à ses  maris.  àà2. 

» Tu  n'as  point  oublié,  reine,  la  convention,  qui  fut  jadis 
faite  par  moi,  lorsque  j’entrai  dans  ta  maison,  noble 
dame.  443. 

» Kltchaka  est  un  insensé,  princesse  aux  beaux  che- 
veux, que  l'amour  a gonflé  de  son  orgueil.  Quand  il 
m’aura  vue,  il  méprisera  toutes  tes  défenses  ; je  n'irai  point 
là,  belle  dame.  ààà. 

» Tu  as  de  nombreuses  servantes,  fille  de  roi,  qui 
marchent  sous  ta  dépendance  : envoie  une  d’elles,  s’il  te 
plaît  ; car  il  me  méprisera.  » 445. 

« C’est  moi,  qui  t’envoie  ; par  conséquent,  il  n’osera 
jamais  avec  toi  ces  injures;  » dit  Soudéshnâ,  qui  lui  remit 
à ces  mots  un  vase  fait  d’or  avec  son  couvercle.  Aà6. 

L’artisane,  pleine  de  crainte,  pleurant,  appelant  à son 


m 


LE  MAHA-BHARATA. 


aide  tout  ce  qu’il  y avait  de  sacré,  se  rendit  au  palais  de 
Kltchaka,  afin  d’en  rapporter  de  la  nourriture  des  Dieux. 

« Comme  je  ne  connais  nul  autre  homme  que  mes 
époux,  disait-elle  en  s’acheminant,  peut-flre  Kltchaka, 
respectant  cette  vérité,  ne  me  réduira  point  <t  mon  arrivée 
sous  sa  puissance  ! » 447 — 448. 

La  jeune  dame  un  instant  adora  le  soleil,  et  cet  astre 
aussitôt  connut  toute  l’histoire  de  celte  femme  à la  taille 
svelte.  44W. 

Il  commanda  pour  sa  garde  un  Rakshasa  invisible,  et 
ce  Démon  n'abandonna  point  cette  dame  sans  reproche 
dans  toutes  les  conditions.  450. 

A la  vue  de  Krishnâ,  qui  arrivait  près  de  lui,  tremblante 
comme  une  gazelle,  le  cocher  se  leva  de  joie,  tel  qu’un 
homme,  qui  veut  traverser  un  fleuve  et  qui  trouve  une 
nacelle  : 451. 

« Bien  venue  à toi,  femme  aux  jolis  cheveux  1 dit  Kl- 
tchaka. La  belle  aurore  éclaire  ma  nuit.  Tu  viens  ici  en 
maîtresse  : fais  ce  qui  m’est  agréable.  452. 

» Qu’on  apporte  les  bouquets  les  plus  charmants,  des 
bracelets,  des  boucles-d’ oreilles  toutes  d’or,  éclatantes, 
ouvrages  de  plusieurs  villes,  des  bijoux  et  des  pierreries 
séduisantes  ! J’ai  des  vêtements,  des  robes  de  soie,  des 
fourrures  ; j’ai  une  couche  divine,  faite  exprès  pour  toi. 
Viens-y  avec  moi  ! Savoure  le  rhum  et  des  liqueurs  spi- 
ritueuses  ! b 453 — 454. 

Draàupadi  lui  répondit  : 

« La  fille  de  roi  m’a  envoyée  en  ta  présence  lui  cher- 
cher des  aliments  sacrés.  Apporte-moi  des  breuvages, 
m’a-t-elle  dit,  la  soif  me  tourmente  ! b 455. 

u D’autres  apporteront  à cette  fille  de  roi  ce  qui  lui  fut 


VIRATA-PARVA. 


149 

promis,  reprit  Kitchaka.  Puisse  le  fils  du  cocher  prendre 
de  sa  main  droite  la  main,  qui  lui  présente  ce  vase.  » 

« Aussi  vrai  que  je  n’ai  jamais  d’aucune  manière  violé 
ma  foi  à l’égard  de  mes  époux,  reprit  Draàupadi,  je  te  vois 
déjà  subjugué,  scélérat,' et  ton  cadavre  traîné  çà  et  là  1 » 

Kitchaka,  qui  désirait  l’embrasser,  voyant  les  grands 
yeux  de  cette  femme,  la  menace  aux  lèvres,  saisit  par  le 
bout  de  son  vêtement  supérieur  Partisane,  qui  se  rejeta 
rapidement  d’un  autre  côté.  456 — 457 — 458. 

Saisie  de  nouveau  avec  une  grande  vitesse,  la  fille  de 
roi,  aux  membres  suaves,  gémit  mainte  et  mainte  fois,  et 
tremblante,  pleine  de  colère,  mais  exempte  de  souillure, 
elle  rejeta  fortement  l’homme  vicieux,  qui  tomba,  le  corps 
repoussé,  comme  un  arbre,  de  qui  la  racine  est  coupée. 

» Aussitôt  quelle  eut  écarté  d’une  secousse  la  mais, 
qui  l’avait  saisie,  et  qu’elle  eut  renversé  Kitchaka  sur  la 
terre,  elle  chercha  un  refuge  dans  la  salle,  où  était  le  roi 
Youddhishthira.  459 — 460. 

Kitchaka  la  prit  au  milieu  de  sa  course  par  son  épaisse 
chevelure,  et,  l’ayant  abattue  sur  la  terre,  il  la  frappa  du 
pied  sous  les  yeux  du  roi.  461. 

Le  Rakshasa,  que  le  soleil  avait  préposé  à la  garde  de 
cette  femme,  enleva  aussitôt,  Bharatide,  Kitchaka  avec  la 
rapidité  du  vent.  462. 

Frappé  en  quelque  sorte  à mort  sous  la  force  du 
Rakshasa,  il  tomba  comme  un  arbre  coupé,  sur  la  terre, 
dans  les  convulsions,  de  l’agonie,  exhalant,  pour  ainsi 
dire , son  dernier  souille.  463. 

Youddhishthira  et  Bhimaséna  la  virent  de  leurs  sièges, 
et  ils  ne  purent  supporter  Poutrage,  que  le  général  in- 
fligeait à Krishna.  464. 


150 


LE  MAHA-BHARATA. 


Désirant  donner  la  mort  à ce  criminel  Kltchaka,  le  ma- 
gnanime Bhima,  de  colère,  broyait  alors  ses  dents  contre 
ses  dents.  465. 

Ses  yeux  aux  longs  cils  avaient  une  ombre  de  fumée  ; 
une  terrible  contraction  des  sourcils,  accompagnée  de 
sueur,  effrayait  sur  son  front.  40 6. 

Le  meurtrier  des  héros  ennemis  broyait  son  front  avec 
sa  main  et,  dans  un  élan  de  colère,  il  voulait  encore  se 
lever  soudain.  407. 

Le  roi  Youddhisbthira  lrottait  ses  deux  pouces  l’un 
contre  l’autre  et,  dans  la  crainte  d'être  reconnu,  il  retenait 
Bhima.  408. 

H arrêtait  arec  peine  ce  Bhlmaséna,  comme  un  éléphant 
dans  l'ivresse,  qui  voit  les  arbres  d'une  forêt.  409. 

« Pourquoi  regardes-tu  cet  arbre,  cocher,  voulant  faire 
du  bois  ? Si  tu  as  besoin  de  bois,  prends  des  arbres  au 
dehors  (1).  » 470. 

La  ravissante  femme,  s'étant  avancée  vers  la  porte  de 
la  salle,  et,  jetant  sur  ses  époux  les  regards  d’une  âme 
consternée,  dit  en  pleurant  au  roi  des  Matsvas  ; 471. 

La  fdle  de  Droupada,  conservant  les  formes  de  son  état, 
sa  promesse  accompagnée  du  devoir,  semblait  les  consu- 
mer de  ses  regards  irrités  : 472. 

« Moi,  l'orgueilleuse  épouse  de  ces  êtres,  de  qui  l’enne- 
mi ne  dort  pas,  habitât— il  même  dans  la  sixième  sphère, 
le  lils  du  cocher  m’a  frappé  de  son  pied  ! 473. 

» Moi,  l’orgueilleuse  épouse  de  ces  êtres,  qui  donnent 


(i)  Ce  distique  est  évidemment  t'oeuvre  d’uu  copiste,  et  s'est  glissé  mal 
à propos*  de  la  marge  dans  le  corps  du  texte.  J’ai  hésité  long-temps  et  je 
doute  encore  si  je  n'aurais  pas  mieux  fait  de  le  rejeter  en  note  au  basd'uue 
page. 


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VIRATA-PARVA. 


IM 


l'aumône,  sans  que  les  brahmes,  organes  de  la  vérité, 
aient  besoin  de  la  demander,  le  fils  du  cocher  m’a  frappé 
de  son  pied  ! 47 4. 

» Moi,  l’orgueilleuse  épouse  de  ces  êtres,  de  qui  sans 
cesse  on  entend  le  bruit  des  tambours  et  le  son  de  la  corde 
tendue  sur  l’arc,  le  fils  du  cocher  m’a  frappé  de  son  pied  ! 

» Moi,  l'orgueilleuse  épouse  de  ces  êtres,  qui  sont  pleins 
d’énergie,  domptés,  remplis  de  force,  ivres  d'une  pré- 
somption extrême,  le  fils  du  cocher  m’a  frappé  de  son 
pied!  475—476. 

» Moi,  l’orgueilleuse  épouse  de  ces  êtres,  qui,  sur 
l’ordre  d’Yarna,  immoleraient  ce  monde  entier,  le  fils  du 
cocher  m’a  frappé  de  son  pied  ! 477. 

» Où  sont-ils  maintenaint  ces  êtres,  qui  parcourent  in- 
connus le  monde,  et  qui  sont  le  refuge  des  hommes 
suppliants,  dans  l’indigence  du  secours  ? 478. 

» Comment  ? Ils  supportent,  comme  des  eunuques,  ces 
hommes  puissants,  à la  force  sans  mesure,  qu’une  femme, 
leur  épouse,  soit  frappée  par  un  fils  de  cocher  ! 479. 

» Où  est  la  colère,  la  force  et  la  splendeur  de  ces  êtres, 
qui  voient  sans  indignation  leur  épouse  battue  par  un 
scélérat?  480. 

» Que  m’est-il  possible  de  faire  cher  ce  Virâta,  qui  tient 
le  devoir  à mépris,  puisqu’il  supporte  que  je  sois  frappée 
sous  ses  yeux,  en  dépit  de  mon  innocence?  481. 

» Il  n’y  a plus  de  roi  là  où  Ritchaka  agit  en  roi  dans 
toute  chose,  l.e  devoir  ne  brille  plus  à tes  regards,  comme 
dans  une  caverne  de  voleur.  482. 

b Ce  crime  ne  ni’ a-t-il  pas  donné  le  droit,  monarque  des 
Matsyas,  de  le  tuer  en  ta  présence  ! Que  les  membres  de 
cette  assemblée  regardent  la  faute  de  ce  Ritchaka.  483. 


162 


LE  MAHA-BHARATA. 


» KItcbaka  n'est  pas  un  homme  vertueux  ; ce  n'est 
d'aucune  manière  un  Matsya.  11  n’a,  pour  lui  faire  la 
cour,  que  les  hommes  deton  assemblée,  qui  se  plient  aux 
lois  du  vice  I » 484. 

Par  de  tels  discours,  la  noble  krishnà,  aux  yeux  pleins 
de  larmes,  fit  alors  impression  sur  le  roi  des  Matsyas. 

Virâta  lui  dit  : 

» Je  ne  connais  pas  la  guerre,  qui  vous  divisait  l’un  et 
l’autre,  et  qui  s’est  passée  hors  de  mes  yeux.  Dans  mon 
ignorance  de  la  vérité,  quelle  peut  être  ici  mon  habileté  ? » 

485—480. 

Dès  qu’ils  eurent  reconnu  Krishnà,  ses  ministres  l’ho- 
norèrent  davantage  : « Bien  I bien  ! » dirent-ils,  et  KI- 
tchaka  fut  blâmé  d’eux.  487. 

« L’homme,  disaient-ils,  qui  aurait  pour  son ‘épouse 
cette  femme  aux  grands  yeux,  belle  en  tous  ses  membres, 
posséderait  la  plus  grande  des  richesses,  et  n'aurait  pas 
lieu  de  s'affliger  en  aucune  manière.  488. 

» Une  telle  femme  de  noble  caste  n’est  pas  d’une  acqui- 
sition facile  au  milieu  des  hommes  ; c'est  une  Déesse, 
pensons  -nous,  de  qui  tous  les  membres  n’on  t aucun  défaut.  » 

Ainsi  les  assistants  au  conseil  honorèrent  Krishnà,  aus- 
sitôt qu’ils  l’eurent  vue  ; mais  la  colère  fit  venir  l’affliction 
sur  le  front  d’Youddhishthira.  489 — 490. 

Ce  rejeton  de  kourou  dit  alors  à la  princesse,  sa  royale 
épouse  : « Va-t-en  au  palais  de  Soudéshnà,  artisane  ; ne 
reste  point  là  ! 491. 

» Les  épouses  d’un  héros  supportent  la  douleur  et  re- 
tiennent leur  époux  : persécutées  pour  l’obéissance,  les 
épouses  conquièrent  le  monde  de  leur  époux.  492. 

» Ce  n’est  pas  le  temps  de  la  colère,  je  pense:  tes  époux 


VIRATA-PAUVA. 


163 


le  voient;  et  c’est  pour  cela  qu'on  ne  voit  pas  accourir  au- 
près de  toi  ces  Gandharvas,  qui  ont  la  splendeurdusoleil. 

» Tu  ne  connais  pas  les  temps,  artisane  ; tu  pleures 
comme  une  comédienne  ; tu  gênes  les  Matsyas  : qu’on  joue 
dans  l’assemblée  du  roi.  493 — 494. 

» Va,  artisane  ; les  Gandharvas  feront  ce  que  tu  as  pour 
agréable  : ils  t’enlèveront  cette  douleur  de  l’outrage,  que 
l'on  te  fit  subir.  » 495. 

« Je  suis  le  sentier  de  la  vertu  pour  ces  êtres  miséricor- 
dieux à l'infini,  reprit  l’artisane.  Que  les  coupables  re- 
çoivent la  mort  de  tel  et  tel,  qui  ont  dans  leur  frère  aîné 
tin  joueur  de  dés  ! » 496. 

Krishna  dit;  et  la  ravissante  femme,  ses  cheveux  déliés 
et  ses  yeux  rouges  de  colère,  s'élança  vers  le  palais  de 
Soudéshnà.  497. 

Très-long-temps  alors  son  visage  resplendit  au  milieu 
de  ses  larmes  ; tel  au  sein  du  ciel  le  disque  de  la  lune, 
délivrée  des  lignes  de  ses  nuages.  498. 

« Qui  est-ce  qui  t'a  frappé,  femme  à la  taille  gracieuse? 
Pourquoi  pleures-tu,  dame  charmante  ? De  qui  t’est-il 
venu,  aujourd'hui,  autre  chose  que  du  plaisir?  Qui  osa 
faire  envers  toi,  noble  dame,  une  action  désagréable  ? » 

« Kitchaka  m’a  frappée  sous  les  yeux  du  roi  dans  son 
assemblée,  répondit  Krishnâ,  comme  dans  une  forêt  dé- 
serte, tandis  que  j'étais  allée  chez  lui  te  chercher  des  mets 
pour  les  Dieux.  » 499 — 500. 

« Je  ferai  tuer  Kitchaka,  si  tu  crois  que  c’est  lui,  reprit 
Soudéshnà.  Lui,  enivré  par  l'amour,  il  t'a  donc  traitée  avec 
mépris,  femme,  qu'on  n’obtient  pas  facilement.  » 501. 

« 11  tombera  sous  les  coups  des  autres,  qui  sont  mes 
protecteurs,  car  il  a commis  le  péché,  reprit  l’ouvrière 


154 


LE  MAHA-BHARATA. 


indépendante;  il  descendra  bien  certainement  aujourd'hui 
même  dans  les  demeures  d’Yama  ! » 502. 

L’illustre  fille  de  roi,  que  le  fils  du  cocher  avant  frappée, 
la  noble  Krishna,  désirant  la  mort  du  général,  la  fille  de 
Droupada,  à la  taille  svelte,  s’en  retourna  A la  maison,  où 
elle  s'occupa  de  sa  purification,  suivant  les  règles. 

503—504. 

Elle  lava  dans  l’eau  son  corps  et  même  ses  vêtements  ; 
elle  pensa  en  pleurant  à trouver  le  remède  à sa  peine  : 

« Que  ferai-je  ? Ou  irai-je  ? Comment  réussirai-je  en 
mon  affaire  ?»  se  disait-elle.  Ainsi  remplie  de  ces  pensées, 
elle  tourna  son  esprit  vers  Bhîmaséna.  505 — 500. 

» Nul  autre  que  lui  ne  peut  exécuter  maintenant  ce 
dessein,  qui  plaît  à mon  esprit?  » Elle  se  lèvealorset  quitte 
sa  couche  au  sein  de  la  nuit.  507. 

L'intelligente  KrishnA,  aux  grands  yeux,  qui  désirait  un 
protecteur  et  à qui  l’hymen  en  avait  donné  un,  courut  au 
plus  vite,  l’esprit  consumé  d’une  vive  douleur,  à la  mai- 
son de  Bhîmaséna.  508. 

« Tandis  qu’il  vit,  ce  général  dépravé,  mon  ennemi, 
pensait  l'artisana,  comment  peux-tu  cultiver  le  sommeil, 
après  cette  prouesse,  que  tu  as  faite  aujourd'hui?  » 509. 

En  parlant  ainsi,  la  spirituelle  femme  entra  dans  la  de- 
meure, où  Bhlma  était  couché,  ronflant  comme  le  roi  des 
quadrupèdes.  510. 

La  maison  du  magnanime  flamboya  de  splendeur, 
comme  si  elle  eut  rempli  toute  l'enceinte  de  sa  beauté,  et 
la  dame  au  candide  sourire  s’avança  vers  le  cuisinier 
Bhirna,  telle  qu’une  vache  de  trois  ans,  née  dans  un  bois, 
et  toute  blanche  de  pelage.  La  Pàntchâlaine embrassa,  par 
le  milieu  de  sa  taille,  l'éminent  fils  de  Pàndou,  comme 


VIRAT*  PARVA. 


155 


uoe  liane  odorante  environne  un  grand  shorée  en  fleurs, 
sur  les  rivages  de  la  Gomati.  511 — 512 — 513. 

Quand  elle  eut  étreint  ce  héros  de  ses  bras,  la  femme 
sans  reproche  le  réveilla  ; telle  une  femelle  du  roi  des 
quadrupèdes,  dans  un  épais  fourré  du  bois,  réveille  un  lion 
endormi.  515. 

Elle  embrassa  Iîhimaséna  de  même  qu’une  éléphante 
embrasse  un  grand  éléphant,  et,  d'un  parler  doux  comme 
une  vinâ,  la  Pântchàlaine  sans  reproche  tint,  vivement 
troublée,  ce  langage  au  fils  de  Prithà  (1)  : 515. 

u Lève-toi  ! lève-toi  ! Pourquoi  dors-tu,  semblable  à un 
mort,  Iîhimaséna  ? Certes  ! il  vit  le  scélérat,  qui  a enlevé 
l’épouse  d’un  mortel  I » 510. 

Réveillé  par  la  fille  de  roi,  il  abandonna  aussitôt  sa 
couche,  et,  semblable  à un  nuage,  il  la  salua  par  son  nom 
et  lui  offrit  l’honneur  d'un  palanquin.  517. 

Le  (ils  de  Kountl  dit  à la  princesse,  sou  épouse  bien- 
aimée  : « Pour  quelle  raison  es-tu  venue  en  ma  présence 
d’une  course  si  hâtée?  618. 

» Ta  couleur  n’est  pas  naturelle  ; tu  me  parais  maigre 
et  pâle.  Parle,  sans  rien  omettre,  afin  que  je  sache  tout. 

» Dis-moi  tout  exactement,  ou  le  plaisir,  ou  la  peine, 
soit  la  haine,  soit  l'amitié.  Quand  je  t’aurai  entendue,  je 
saurai  ce  qu’il  me  convient  de  faire.  519 — 520. 

» J’ai  mérité,  Krishna,  ta  confiance  en  toutes  choses  ; 
je  t'ai  délivrée  mainte  et  mainte  fois  dans  les  infortunes. 

o Dis-moi  promptement,  à ta  volonté,  l'affaire,  que  tu  as 
envie  de  me  dire;  et  retourne  vite  à ta  couche  avant  qu’un 
autre  ne  s’aperçoive  de  la  venue  en  ces  lieux,  a 521-522. 

« D'où  viendrait  la  tranquilité  à la  femme,  de  qui 


(1)  Au  GAndhAride , dit  l'édition;  ce  doit  être  un  iaptu*  cr.lamt. 


156 


LE  MAHA-BHARATA. 


Youddhishthira  est  l’époux  ? répondit-elle.  Tu  connais 
tous  mes  malheurs , Ipourquoi  alors  m’interroges-tu  ? 

» L'outrage,  que  m’a  fait  le  Prâtikâmi,  quand  il  m’a 
conduite,  en  m’appelant  une  servante,  au  milieu  de  l’as- 
semblée du  palais,  me  brûle  encore,  fils  de  Bharata. 

523—524. 

» Quelle  femme,  égale  à moi  et  nommée  la  fille  d’un 
roi,  a jamais  senti  une  telle  infortune,  seigneur,  et  vécu 
d’une  existence  si  différente  de  son  rang  et  qui  imite  la 
vie  de  Draâupadl.  525. 

» Cette  autre  violence,  dont  le  pervers  Sindhien  me  Ot 
la  victime,  quand  j’allai  demeurer  dans  les  bois,  quelle 
femme  pourrait  la  supporter  ? 626. 

» Quelle  dame  de  ma  condition  pourrait  vivre  encore, 
si  Kltchaka  l'eut  souillée  en  la  présence  et  sous  les  yeux 
de  ce  stupide  roi  des  Matsyas  ? 527. 

» Tu  ne  sais  donc  pas,  rejeton  de  Bharata  et  fils  de 
de  Kountl,  que  je  fus  ainsi  affligée  par  diverses  tortures  ? 
Quelle  utilité  y a-t-il  dans  ma  vie  ? 528. 

» Ce  général,  nommé  Kltchaka,  le  beau-frère  du  roi 
Virâta,  tigre  des  hommes,  est  un  insensé  au  premier  chef! 

» Tandis  que  j’habitais  dans  le  palais  du  roi  sous  le  cos- 
tume d'une  ouvrière,  ce  méchant  n’a  point  cessé  de 
me  dire  : « Sois  mon  épouse  ! » 529 — 530. 

» Cet  homme,  qui  mérite  la  mort,  me  parle-t-il,  ô toi, 
qui  extermines  tes  ennemis,  aussitôt  mon  cœur  se  déchire, 
comme  un  fruit  que  le  trépas  a mûri  ! 531. 

» Maudis  ton  frère  ainé,  ce  joueur  malheureux,  de  qui 
la  faute  nous  a fait  tomber  dans  cette  douleur  sans  lin. 

» Qui  en  effet,  ayant  abandonné  son  royaume  et  tous 
ses  biens  avec  lui-même,  jouerait  encore  l’exil  même, 
sans  être  un  joueur  malheureux?  532—533. 


VIRATA-PARVA. 


167 


» Il  jouerait  même,  de  nombreuses  années,  soir  et 
matin,  mille  nishkas  d'or  ou  toute  autre  chose,  qui  est  un 
accroissement  de  richesses.  534. 

» De  l’or,  soit  brut,  soit  ouvré,  des  vêtements,  des 
chars,  des  bêtes  de  joug,  des  chèvres,  des  brebis,  des 
multitudes  de  chevaux  et  de  mules  ne  sauraient  lui  causer 
jamais  ni  ennui,  ni  fatigue  ! 535. 

» Privé  de  sa  fortune  par  les  chances  du  jeu,  il  se  tient 
en  silence,  comme  s'il  était  muet,  songeant  à ses  affaires. 

» Dix  mille  éléphants,  des  chevaux  aux  guirlandes  d’or 
le  suivaient,  quand  il  allait  jouer  quelque  part  ; il  ne  vit 
que  par  le  jeu.  530 — 537. 

» Des  rois,  montés  sur  cent  mille  chars,  faisaient  leur 
cour  dans  Indraprastha  au  monarque  suzerain  Youddhish- 

thira.  638. 

* 

» 11  y avait  toujours  dans  ses  cuisines  cent  mille  ser- 
vantes, le  plat  à la  main.  11  nourrissait,  jour  et  nuit,  ses 
hôtes.  539. 

» Le  plus  grand  des  magnifiques,  après  qu'il  eut  donné 
mille  nishkas  d'or,  il  fut  la  victime  d’une  cruelle  infor- 
tune, causée  par  le  jeu.  540. 

» Des  bardes  et  des  ménestrels  en  grand  nombre,  doués 
d'une  voix  mélodieuse,  aux  étincelantes  boucles-d’oreille 
en  pierreries,  le  servaient  matin  et  soir.  541. 

» Lui,  de  qui  un  millier  de  rishis,  doués  de  pénitence 
et  de  lecture,  dans  l'abondance  de  toutes  les  choses  dé- 
sirées, étaient  les  courtisans  assidus  ; 542. 

s Youddhishthira  nourrissait  quatre-vingt  mille  maîtres 
de  maison  initiés,  qui  avaient  chacun  trente  domestiques 
pour  les  servir.  543. 

» Il  donnait  leurs  aliments  à dix  mille  Yatis,  voués 


158 


Lh  MAHA-BHARATA. 


au  vœu  de  chasteté  perpétuelle  et  au  refus  des  présents  : 
tel  siégeait  ce  roi  des  hommes,  544. 

» L'humanité,  la  compassion,  la  charité;  toutes  les  ver- 
tus étaient  en  lui  : tel  siégeait  ce  roi  des  hommes.  545. 

» Ce  monarque,  plein  de  fermeté,  fort  comme  la  vé- 
rité, nourrissait  des  aveugles,  des  vieillards  et  des  enfants 
abandonnés,  venus  avec  peine  dans  ses  états.  548. 

» Youddhishthira,  de  qui  l’âme  est,  par  humanité,  con- 
tinuellement occupée  d’aumônes,  s'est  jeté  dans  le  Niraya, 
quand  il  se  fit  le  suivant  du  roi  Matsya.  547. 

» Youddhishthira  se  donne  le  nom  de  Kanka  , le 
joueur  du  roi,  au  milieu  de  sa  cour,  lui,  sous  la  loi  du  - 
quel  marchaient  les  rois  au  temps  où  il  habitait  lndra- 
prastha.  548. 

» Lui,  des  offrandes  duquel  tous  étaient  nourris,  il  at- 
tend â cette  heure  sa  nourriture  d’une  main  étrangère  ; lui, 
sous  la  puissance  duquel  vivaient  les  princes,  maîtres  de 
la  terre,  ce  roi  passe  volontairement  ses  jours  maintenant 
sous  la  puissance  des  autres.  Après  qu’il  a consumé 
toute  la  terre,  comme  le  soleil,  par  sa  splendeur,  le  voilà, 
cet  Y’ouddhishthira,  qui  est  le  compagnon  des  jeux  du 
roi  Virâta  ! Vois  ce  monarque,  Pândouide,  que  les  rois 
ont  honoré  dans  sa  cour  avec  les  rishis,  assis  dans  son 
trône,  comme  un  autre  Pàndou!  A l’aspect  d’Youd- 
dhisthira  courtisan,  assis  comme  un  subalterne,  adres- 
sant des  mots  aimables  à d’autres,  je  suis  gonflée  de  co- 
lère, sans  aucun  doute.  A qui  la  douleur  ne  viendrait-elle 
point  à la  vue  du  vertueux  Youddhishthira,  à la  grande 
science,  qui  ne  mérite  pas  une  telle  condition  et  qui  est 
mort  dans  sa  vie  uiême  ? Vois,  fils  de  Bharata , ce  mo- 
narque, qui  fut  honoré  dans  sa  cour  par  la  terre  entière 


Digitiz 


VIRATA-PARVA. 


150 


des  héros,  comme  un  autre  Bharata  ! Comment  ne  vois-tu 
pas,  Bhttna,  qu’oppressée  ainsi  comme  une  abandonnée 
par  différentes  sortes  de  peines,  je  suis  plongée  au  milieu 
d’un  océan  de  chagrins?  (De  la  stance  549  à la  stance 
557.) 

» Cette  peine,  que  je  vais  dire,  Bharatide,  est  pour  moi 
une  grande  douleur  ; et  je  ne  dois  point,  à côti  d'elle , 
m’indigner  de  la  douleur,  dont  je  fais  maintenant  le  ta- 
bleau. 557. 

« l)e  qui  n’augmenterais-tu  pas  le  chagrin,  taureau 
des  Bharatides,  quand  tu  proclames  que  tu  es  de  la  fa- 
mille des  cuisiniers  et  quand  tu  vaques  àce  vil  métier,  in- 
digne de  toi  ? 558. 

» On  dit  que  tu  es  un  cuisinier,  l’apprêteur  des  sauces 
de  Viràta,  et  que  tu  es  né  pour  le  service  : est-il  rien  de 
plus  aflligeant  ? 559. 

» Alors  que,  ta  cuisine  terminée,  tu  fais  ta  cour  à Vi- 
râta,  et  te  dis  le  cuisinier  Ballava,  mon  âme  s’affaisse 
dans  la  tristesse.  500. 

» Lorsque  le  souverain  joyeux  ordonne  que  tu  com- 
battes avec  des  éléphants,  et  que  les  femmes  du  gynœcée 
rient,  mon  âme  est  dans  le  trouble.  501. 

» Un  jour  qu’il  te  faisait  combattre  dans  son  palais 
avec  des  tigres,  des  buffles  sauvages  et  des  lions,  je  per- 
dis soudain  la  connaissance  au  milieu  des  spectateurs 
katkéyaius.  502. 

» Ensuite,  toutes  les  Kaikéyaines,  s’étant  levées,  par- 
laient à l’envi  l’une  de  l’autre  ; et  les  femmes  du  service, 
entraînées  dans  ce  mouvement,  dirent  à la  reine  Kaî- 
kéyl,  quand  elles  me  virent,  moi,  femme  au  corps  sans 
défaut,  comme  frappée  d’une  absence  d’esprit  : « Voilà 


160 


LE  MAHA-BHAKATA. 


que  cette  femme  au  sourire  pur,  émue  d'un  amour  né  de 
la  vie  commune,  déplore  justement  le  sort  du  cuisinier, 
forcé  de  combattre  avec  ces  bêtes , aux  grandes  vigueurs. 
L'ouvrière  est  distinguée  en  ses  formes,  et  Ballava  est 
beau  ! » 563 — 56â — 565. 

o II  est  difficile  de  connaître  la  pensée  des  femmes  ! 
reprit  Kaikéyi.  L’artisane  ne  cesse  pas  de  dire  des  choses 
lamentables , que  lui  inspire  une  société,  qui  lui  est 
chère.  666. 

» Ils  ont  habité  dans  la  famille  du  roi  tous  deux  un 
temps  égal.  » Elle  dit,  et,  tout  en  proférant  ces  discours, 
elle  ne  m’épargnait  pas  ses  menaces.  567. 

u Quand  elle  vit  que  j’étais  émue  d’un  sentiment  de 
colère,  elle  me  soupçonna  à ton  sujet  ; et  je  fus  pénétrée 
d’une  grande  douleur,  aussitôt  que  je  l’entendis  parler  de 
cette  manière.  568. 

» Ce  jour,  Bhlma,  que  toi,  à la  force  épouvantable,  tu 
descendis  au  Niraya,  en  voulant  boire  de  cette  eau , alors, 
plongée  dans  le  chagrin  d’Youddhishthira,  il  me  fut  im- 
possible de  supporter  la  vie.  560. 

» Ce  jeune  homme,  qui,  monté  sur  un  seul  char,  a 
vaincu  tous  les  hommes  et  les  Dieux  mêmes,  le  voilà 
donc  un  maître  de  danse  pour  les  filles  du  roi  Virâta  ! 

» Ce  Prithide  à l’âme  sans  mesure,  qui  rassasia  le 
Feu  dans  la  forêt  Khàndava,  arrivé  dans  le  gynœcée,  il  y 
est  caché,  comme  le  feu  dans  un  puits.  570 — 671. 

» Dhanandjaya,  cet  homme  éminent,  de  qui  la  per- 
sonne inspirait  toujours  la  crainte  aux  ennemis , est  affu- 
blé d’un  travestissement,  objet  des  mépris  du  monde  ! 

» Ce  Dhanandjaya  , de  qui  le  bond  de  sa  corde  a 
rendu  les  deux  bras  calleux,  il  ne  fait  plus  gémir  sa 


V1RATA-PARVA. 


1(51 


conque  au  souffle  redoublé  de  ses  lèvres.  572 — 573. 

» Des  femmes  écoutent  dans  la  joie  l'harmonie  des 
chants  de  celui,  qui  faisait  trembler  ses  ennemis  au  son, 
vibrant  à la  surface  de  sa  corde  ! 57â. 

» Ce  Dhanandjaya,  le  voici,  qui  porte  ses  cheveux  re- 
noués en  tresse  de  veuve  sur  sa  tête , où  naguère  brillait 
une  tiare  égale  en  splendeur  au  soleil  1 575. 

» A cette  vue  d'Arjouna,  le  terrible  archer,  environné 
de  jeunes  filles  et  ses  cheveux  renoués  en  tresse  de 
veuve,  mon  âme,  Bhima,  s'affaisse  dans  la  tristesse. 

» Ce  magnanime,  l'azile  de  toutes  les  sciences,  auquel 
furent  confiés  tous  les  astras  célestes,  il  porte  maintenant 
des  pendeloques  ! 576 — 577. 

» Lui,  duquel  n’approchaient  pas,  incomparables  avec 
lui  dans  les  combats,  des  milliers  de  rois , comme  le  ri- 
vage est  loin  de  la  haute  mer  , le  voilà  devenu  un  jeune 
maître  de  danse  pour  les  filles  du  roi  Viràta,  et,  caché 
sous  un  déguisement,  il  siège,  comme  le  serviteur  des 
princesses  ! 578 — 579. 

» Ton  frère  puîné  , de  qui  le  bruit  du  char  ébranlait  la 
terre,  avec  ses  forêts  et  ses  montagnes,  effrayante  par 
tous  ses  êtres  immobiles  et  mobiles,  voici  qu’il  me  fait 
pleurer  maintenant,  Bhîmaséna,  cet  homme  vertueux, 
qui,  à peine  né,  tarissait  les  pleurs  de  Kountl  1 

580—581. 

» Mon  âme  s'affaisse  de  tristesse,  quand  je  vois  orné 
de  parures,  étincelant  de  pendeloques  en  or  et  courbant 
ses  mains  sous  des  bagues  celui,  dont  il  n'existe  pas  sur 
la  terre  un  archer  , qui  soit  l'égal  en  bravoure  ! Dhanan- 
djaya n’cst-il  point  assis  maintenant,  le  chant  sur  ses 
lèvres,  environné  de  jeunes  filles  ! 582 — 583. 

v 11 


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162 


LE  MAllA-BHAltATA. 


» Mon  âme  succombe  à la  tristesse,  quand  je  vois, 
transfiguré  sous  le  vêtement  d’une  femme,  ce  Prithide  es- 
timé par  tout  le  monde  des  vivants  pour  la  valeur,  la  vé- 
rité et  le  devoir  ! 584. 

.)  Quand  je  vois  ce  fils  de  Prithâ,  doué  d'une  beauté 
céleste,  environné  de  jeunes  princesses,  comme  un  élé- 
phant en  rut  est  entouré  de  ses  éléphantes,  faire  la  cour 
au  roi  Matsyain,  Viràta,  et  jouer  des  instruments  de  mu- 
sique au  milieu  de  ce  ravivant  essaim , tous  les  points  de 
l'espace  tournent  devant  moi  ! 585 — 586. 

>i  Peut-être  elle  ne  sait  pas,  ta  noble  mère  , que  Dha- 
nandjaya  est  tombé  dans  l’infortune,  et  que  l’ainé  des 
Kourouides , Adjàtaçatrou  , le  joueur  malheureux  , est 
plongé  dans  la  détresse.  687. 

» J’ai  pâli  de  voir  le  plus  jeune  de  vous,  Bharatide, 
devenir  un  bouvier,  et  Sahadéva  marcher,  sous  l'habit 
d’un  pâtre,  au  milieu  des  vaches.  588. 

» Pensant  mainte  et  mainte  lois  aux  affaires  de  Saha- 
déva, je  ne  puis  goûter  le  sommeil , Bhlmaséna  ; combien 
moins  la  volupté.  58». 

» Je  cherche  en  vain,  guerrier  aux  longs  bras,  je  ne 
puis  trouver  dans  Sahadéva  la  moindre  faute , par  la- 
quelle ce  héros  d'un  courage  infaillible  ait  mérité  une  si 
étrange  affliction.  590. 

» Je  suis  suffoquée  par  la  douleur , 6 le  meilleur  des 
Bharalides,  quand  je  vois  ton  frère  bien  aimé,  que  ce 
Matsyain  fait  habiter  au  milieu  des  vaches,  comme  s'il 
était  un  taureau  ! 501. 

» La  fièvre  me  saisit,  aussitôt  que  je  le  vois,  plein  d’ar- 
deur, marchant  le  premier  des  pâtres  avec  son  ornement 
rouge,  saluer  Viràta.  502. 


- Bigrt  ; JIMjy-Goegle 


V1RATA-PARVA. 


103 


» Car  ta  noble  mère  a toujours  loué  devant  moi  le 
héros  Sahadéva  : « Il  est  né  d'une  illustre  famille,  son 
caractère  est  excellent,  il  est  bien  élevé , disait-elle.  593. 

» Il  observe  la  pudeur,  sa  parole  est  douce,  il  est  ver- 
tueux et  c’est  mon  ami.  Il  te  faut  le  porter  au  milieu  des 
forêts,  Yajnasénl,  et  dans  les  circonstances  où  l'on  doit 
surtout  avoir  de  la  pitié.  59A. 

v II  est  bien  délicat,  rempli  de  courage,  dévoué  au  roi 
lui-même  : nourris  de  ta  main  ce  héros,  Pântchâll,  jus- 
qu’à ce  qu’il  ait  crû  au  point  d’être  égal  à ses  frères 
aînés.  » 595. 

» C'est  ainsi  que  m’a  parlé  Kounlt,  pleine  de  regrets 
pour  son  fils,  pleurant  et  le  tenant  étreint  dans  ses  bras, 
au  moment  qu’il  s’en  allait  en  exil  dans  la  grande 
forêt.  696. 

» Pourquoi  supporté-je  encore  la  vie,  fils  de  Pàndou, 
quand  j’ai  vu  le  plus  vaillant  des  guerriers,  Sahadéva, 
occupé  des  travaux  de  l’étable  et  couché  sur  le  cuir  d’un 
taureau?  597. 

» Admire  ce  qu’amène  la  révolution  du  temps. 
L'homme,  qui  est  doué  de  ces  trois  avantages  : la  beauté, 
l'adresse  à décocher  le  trait  et  l’intelligence,  est  le  pale- 
frenier de  Virâta  ! 598. 

» Les  troupes  de  chevaux  étaient  répandues , vois  ! 
sous  les  yeux  du  roi,  qui  observe,  et  le  nœud  de  la  corde 
et  le  jeune  homme,  qui  dompte  les  coursiers  par  sa  légè- 
reté. 599. 

» Je  vis  le  Matsya  fortuné,  sublime,  éblouissant  du 
luxe  de  sa  parure  et  de  ses  vêtements,  Virâta  s'approcher 
et  montrer  ses  chevaux.  600. 

» Ne  me  regardes-tu  pas,  fléau  des  ennemis,  comme 


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f.K  MAHA-BHAUATA. 


164 

une  femme  heureuse?  Pénétrée  ainsi  de  cent  douleurs  à 
cause  d’Youddhishthira,  il  existe  en  moi  d'autres  sujets 
de  chagrins  plus  grands  : écoute,  fils  de  Kountl,  je  vais 
te  les  dire.  601 — 602. 

» Mon  corps  est  desséché  par  diverses  peines,  que  me  fait 
ressentir  votre  existence  : est-il  rien  de  plus  douloureux? 

» Je  circule  dans  le  palais  du  roi  sous  le  costume  d’une 
artisane  et  je  donne  la  purification  à Soudeshnà  pour  le 
mauvais  œil.  605 — 604. 

» Vois,  fléau  des  ennemis  comme  je  suis  afireusement 
changée,  moi,  la  fille  des  rois!  mais  je  guette  mon  temps; 
car  toute  peine  a sa  fin.  605. 

a Certes  ! le  succès  des  hommes,  la  victoire  ou  la  dé- 
faite n’a  pas  une  durée  continuelle,  et,  dans  cette  pensée, 
j’attends  la  résurrection  de  mes  époux.  606. 

» Les  biens  et  les  maux  tournent  comme  un  disque 
lancé,  et,  dans  cette  pensée,  j'attends  la  résurrection  de 
mes  époux.  607. 

» La  cause,  qui  vous  inflige  une  défaite,  et  la  cause, 
qui  donne  au  guerrier  la  victoire  , ne  sont  au  fond  qu’une 
seule  et  même  cause  ; ainsi  dis-je,  et  j’attends.  608. 

» Pourquoi,  Bhimaséna,  ne  tue  regardes-tu  pas  comme 
une  femme  morte  : ceux,  qui  ont  donné,  demandent  ; et 
ceux-ci,  qui  ont  frappé,  sont  frappés  à leur  tour.  800. 

» Ceux,  qui  ont  fait  tomber , sont  renversés  par  les 
autres  : voilà  ce  que  j’ai  appris.  Ce  n’est  p is  un  fardeau 
trop  lourd  à porter  par  le  destin,  ni  un  accident  de  ce 
destin,  dont  il  soit  impossible  de  se  garder.  610. 

» J’attends  moi-mème  le  retour  du  destin,  tellequel’eau 
revient  là,  où  elle  était  précédemment.  611. 

» Je  désire  uu  retour  de  fortuue  et  j’attefids  la  res- 


‘ "Digitiffiê 


V1UATA-PAHVA. 


165 


tauration  de  met  époux.  L’homme,  île  (|ui  l'atTaire  est 
conduite  par  le  destin,  arrive  au  but.  612. 

j Un  esprit  judicieux  doit  s’étudier  à ménager  l’arrivée 
du  destin.  Interroge-moi  sur  les  motifs  du  discours,  que 
je  viens  de  tenir  dans  la  douleur,  et  je  répondrai  à tes 
questions,  moi,  l'épouse  royale  des  fils  de  Pàndou  et  la 
fille  de  Droupada.  613 — 614. 

» Quelle  autre  que  moi,  précipitée  dans  une  telle  con- 
dition, aurait  encore  voulu  vivre  ? Mon  infortune,  retombée 
sur  les  Pàndouides,  vaillant  fils  de  Bharata,  attire  néces- 
sairement le  mépris  sur  tous  les  enfants  de  Kourou  et  les 
Pàntchàlains  eux-mêmes  ! Quelle  autre  femme,  environnée 
de  frères,  de  fils  nombreux,  de  beaux-pères,  serait  dans 
l'affliction  avec  de  telles  causes  de  joie?  J’ai  peut-être, 
dans  mon  enfance,  commis  une  action  désagréable  au 
Créateur,  et  c’est  sa  volonté,  excellent  Bharatide,  qui  m’a 
plongée  dans  cette  vie  d’infortunes  ! Vois  que  ma  condi- 
tion, fils  de  PÂndou,  ne  donnait  pas  entrée  à une  telle 
disgrâce.  615—616—617—618. 

» Ma  place  ne  fut  point  alors,  telle  que  tu  la  vois,  dans 
cette  douleur  profonde.  Tu  sais,  Bhlma,  fils  de  Prithà,  que 
le  plaisir  fut  jadis  mon  partage.  610. 

» Descendue,  malgré  moi,  à cette  condition  de  ser- 
vante, je  ne  puis  goûter  un  instant  de  tranquillité Je 

ne  pense  pas  que  là  où  se  trouve  Dhanandjaya,  le  fils  de 
Prithâ,  il  n’y  ait  pas  quelque  chose,  qui  touche  aux  Dieux. 

» Cet  archer  épouvantable,  aux  longs  bras,  il  est  in- 
connu comme  le  feu  caché.  Il  est  impossible  aux  hommes 
de  connaître,  fils  de  Prithà,  la  voie  des  êtres  animés  I 
» Car  votre  malheur,  à mon  avis,  ne  tombe  pas  sous  ma 
pensée,  vous,  toujours  semblables  à Indra,  objets  de  plai- 
sir pour  mes  yeux  ! 620 — 621 — 622. 


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îee 


LE  MAHA-BHVRATA. 


» Moi,  la  plus  distinguée  des  dernières  femmes,  j'ob- 
servc,  grâce  â cette  qualité,  la  joie  des  autres  : vois,  fils  de 
Pàndou,  que  je  ne  suis  point  assortie  à ma  condition. 

» Vois,  tandis  que  vous  respirez,  l'état  opposé  de  la  mort 
dans  une  femme,  qui  vit  marcher  sous  sa  volonté  la  terre, 
qui  a l'océan  pour  limite  ! Moi,  de  qui  les  chefs  suivaient 
les  pas  par  derrière,  ine  voici  devenue  craintive  et  docile, 
aux  caprices  de  Soudéshnâ  ! 623 — 624 — 626  (1). 

» Je  suis  maintenant  les  pas  de  Soudéshnâ  et  devant  et 
derrière  : sache,  fils  de  Kountt,  que  cette  douleur  m'est 
insupportable.  631. 

» Moi,  de  qui  la  main  ne  broya  jamais  les  onguents  pour 
oindre  tuon  corps  même,  il  faut  maintenant,  s'il  te  plaît, 
que  je  broyé  le  santal  pour  une  autre  que  Kountl  ! 632. 

» Vois,  fils  de  Prithâ,  que  mes  deux  mains  ne  sont  plus 
elles-mêmes  ce  qu’elles  étaient  autrefois  ! » Et,  ce  disant, 
elle  montra  ses  mains  remplies  de  callosités.  633. 

« Moi,  qui  jamais  ne  tremblai  d'aucune  manière,  ni  de- 
vant Eountl,  ni  en  présence  de  vous-mêmes,  je  suis  main- 
tenant une  craintive  servante  en  la  présence  de  Virâta. 

» Je  ne  serai  pas  vantée  par  mon  suzerain,  ni  par  le 
barde  vertueux,  car  Virâta  ne  trouve  pas  de  plaisir  au 
santal,  qu'une  autre  main  a broyé.  » 634 — 635. 

En  racontant  à Bhimaséna  ses  peines,  la  noble  Krishnà 
pleurait  lentement,  les  yeux  fixés  sur  son  époux.  636. 

Poussant  maint  soupir,  elle  dit  ces  mots,  qui  émurent 
le  cœur  de  Bhlmaséna,  et  d'une  voix,  que  ses  larmes  at- 
tendrissaient : 637. 

« Dans  aucune  chose,  qui  était  à iaire  là,  où  s’est  écoulée 

(I)  Encore  nue  faute  de  l'édition;  630,  met-elle  ici;  il  faut  eqjamber 
cinq  chiffre* 


VIRATA-PARVA. 


J 67 


nia  vie  infortunée,  je  n'ai  jamais,  fils  rte  Pàndou,  commis 
la  moindre  faute  contre  les  Dieux.  » 638. 

Ensuite,  portant  à sa  bouche  les  deux  mains  délicates, 
mais  calleuses,  de  son  épouse,  Vrikaudara,  le  meurtrier 
des  héros  ennemis,  se  mit  à pleurer.  639. 

Quand  il  eut  pris  ces  bettes  mains,  le  vigoureux  fils  de 
Kountl  versa  des  larmes,  et,  tourmenté  par  la  plus  vive 
douleur,  il  dit  ces  paroles  : 640. 

« Honte  soit  à la  force  de  mes  bras  et  à l’arc  Gàndtva, 
que  tient  Phâlgouna,  puisque  ces  mains,  rouges  autrefois, 
sont  devenues  pleines  de  callosités  ! 641. 

» Je  répandrai  une  grande  terreur  dans  la  cour  de  Vi- 
râta  : là,  se  présente  à moi  une  cause,  que  le  fils  de 
Kountl  attend.  042. 

» Je  briserai  sous  mon  pied,  comme  un  grand  éléphant 
dans  ses  jeux,  la  tête  de  ce  Kitcliaka,  exalté  par  l’ivresse 
du  pouvoir.  643. 

» Quand  j’ai  vu  Kîtchaka  te  frapper  du  pied,  Krishnâ, 
alors  j'ai  désiré  jeter  un  trouble  immense  au  milieu  des 
Matsvas.  044. 

» Mais,  par  un  signe  du  coin  de  l’œil,  Dharmarâdja  me 
retint;  et  moi  alors,  connaissant  sa  volonté,  je  restai  même 
tranquillement  assis,  noble  dame.  04b. 

» Cette  chûte  du  trône,  cette  vie  conservée  aux  Kou- 
rouides,  cette  tête,  que  je  n’ai  pas  enlevée  à Souyodhana, 
à Kama,  à Çakouni,  fils  de  Soubala,  et  au  pervers  Douç- 
çâsana:  voilà  ce  qui  brûle  mes  membres,  comme  une  flèche 
implantée  dans  mon  cœur.  046 — 647. 

» M’abandonne  pas  le  devoir , femme  ravissante , re- 
nonce à la  colère,  dame  à la  haute  sagesse.  Bientôt  le  roi 
Youddhishthira  saura  de  ta  bouche  cette  oifense  ; ou , 


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168 


LE  MAU  \-BHARATA. 


s'il  l'apprenait  maintenant , il  fuirait  soudain  entière- 
ment la  vie,  et  Dhanancljaya,  et  les  jumeaux  avec  lui, 
femme  à la  taille  svelte.  648—649. 

» Et , s’ils  étaient  passés  dans  l'autre  monde , je  ne 
pourrais  plus  supporter  la  vie!  Jadis  la  pétulante  Sou- 
kanyâ  suivit  dans  les  forêts  son  époux  Tchyavana , le  re- 
jeton de  Bhrigou , gardant  l’immobilité  et  devenu  une 
fourmilière.  Jadis,  si  tu  l’as  ouï  dire,  Nârâyani,  sous  la 
forme  d'Indrasénà,  suivit  son  vieil  époux  âgé  de  mille 
années.  Jadis  la  Vidéhaine  Sitâ,  la  fille  de  Djanaka,  si  tu 
l'as  ouï  dire,  suivit  son  époux,  hôte  de  la  grande  forêt.  11 
arriva  que  cette  royale  épouse  de  ltàma  fut  retenue  dans 
les  prisons  d’un  Rakshasa;  mais,  dans  ses  angoisses 
mêmes,  cette  femme  ravissante  se  vit  réunie  & son  Ràma. 
La  timide  Lopàmoudrà,  embellie  des  formes  de  la  jeu- 
nesse, renonçant  à tous  les  plaisirs  des  hommes,  suivit 
elle-même  Agastva.  La  sensible,  l’irréprochable  Sàvitrl 
n’a-t-elle  pas  suit!  seule  dans  le  monde  d’Yama  le  héros 
S::tyavat,  (ils  de  Dyoumatséna?  Ainsi  toi , illustre  dame, 
douée  de  toutes  les  perfections  comme  ces  femmes  renom- 
mées, belles  et  fidèles  àleur  époux,  tu  n'as  point  àattendre 
long-temps;  et,  quand  tu  auras  compté  un  mois  et  demi, 
tu  seras  la  reine  des  rois,  à la  treizième  année  accomplie.  » 
(De  la  stance  650  à la  stance  659.) 

« Je  ne  blâme  pas  le  roi,  Bhlma,  c’est  l'affliction,  qui 
me  fit  répandre  ces  larmes,  voyant  que  je  n’arrivais  point 
à la  fin  de  mes  peines.  659. 

» Hais  à quoi  bon  ces  paroles  mortes,  Bhlmaséna?  Le 
temps  est  imminent,  héros  aux  longs  bras,  attache-toi  im- 
médiatement à cette  affaire.  660. 

» Kalkéyt  est  continuellement  troublée,  Bliima,  par  le 


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V1RATA-PARVA. 


160 


doute  que  sa  beauté  surpasse  la  mienne  : « Comment,  se 
dit-elle,  empêcherai-je  le  roi  de  se  tourner  vers  elle?  » 

» Et , connaissant  les  dispositions  de  sa  sœur , cet 
homme  il  l’âme  bien  vicieuse  , Kltchaka,  de  qui  les  yeux 
sont  toujours  fixés  sur  le  mensonge,  a porté  de  lui-:même 
scs  désirs  sur  moi.  661 — 662. 

» J'en  fus  irritée  contre  lui,  Bhlma,  mais  je  retins  ma 
colère  et  je  dis  à cette  âme,  égarée  par  l’amour  : « Prends 
garde,  Kltchaka.  663. 

» Je  suis  la  royale  épouse  bien-aimée  de  cinq  Gan- 
dharvas.  Ils  t’immoleraient  ces  héros  irrités,  qui  infligent 
le  châtiment  ! » 664. 

» A ces  mots,  Kltchaka  à l'âme  bien  perverse  me  ré- 
pondit : « Je  ne  crains  pas  tes  Gandharvas,  artisane  au 
sourire  pur!  665. 

» Dans  une  bataille  engagée  avec  une  centaine  de  cent 
mille  Gandharvas,  ils  mordraient  la  poussière  sous  mon 
bras.  Donne-moi  donc,  femme  craintive,  un  de  tes  mo- 
ments. » 666. 

» Sur  de  telles  paroles,  je  répondis  à cet  homme 
enivré  et  malade  d'amour  : « Tu  n’es  pas  de  force  égale 
à ces  illustres  Gandharvas.  667. 

» Douée  du'  caractère  de  ma  race,  je  reste  continuelle- 
ment fidèle  au  devoir  ; je  ne  désire  de  personne  qu'il  soit 
mis  à mort  ; et  c’est  pour  cela  que  tu  vis,  Kltchaka.  » 

» A ces  mots,  ce  méchant  de  rire  alors  aux  éclats.  En- 
suite, favorable  à son  amour,  Kaikéyi  de  m’envoyer  chez 
lui.  668—669. 

•>  Elle  se  montra  donc  animée  d’abord  par  le  désir  de 
faire  une  chose  agréable  à son  frère,  et  me  dit  : «Apporte- 
moi  de  la  sourâ  du  palais  de  Kltchaka!  n 670. 


170 


LK  MAHA-MIAIUTA. 


» Le  fils  du  cocher  à ma  vue  me  prodigua  de  grandes 
flatteries;  et,  les  voyant  repoussées,  il  s'emporta  et  son 
âme  fut  remplie  d'un  profond  ressentiment,  671. 

» Dès  que  je  connus  la  pensée  de  ce  vicieux  Kitchaka, 
je  courus  avec  vitesse  me  réfugier  sous  la  protection  du 
roi.  672. 

» Mais  le  fils  du  cocher  m’arrêta  à la  vue  même  du 
monarque  : le  scélérat  me  renversa  et  il  osa  me  frapper  de 
son  pied.  673. 

« Viràta  me  vit,  et  Kanka,  et  de  nombreuses  gens, 
courtisans,  qui  montent  sur  des  chars,  et  négociants,  que 
portent  des  éléphants.  674. 

» Je  blâmai,  et  le  roi,  et  Kanka,  mainte  et  mainte  fois; 
mais  l'intenté  ne  fut  point  arrêté  par  le  monarque,  et  il 
ne  revint  pas  â des  sentiments  de  modestie.  675. 

» Ce  Kitchaka,  qui  est  surnommé  le  cocher  du  roi  Vi- 
râta,  a renoncé  au  devoir  : c’est  un  cruel,  l’ami  estimé  des 
hommes  efféminés,  676. 

» Un  héros  arrogant,  une  âme  inique,  un  ignorant 
dans  toutes  les  affaires,  un  séducteur  des  épouses,  ver- 
tueux Bhluia,  qui  a ravi  une  foule  de  richesses.  677. 

b 11  serait  capable  d'enlever  la  fortune  des  autres  en 
dépit  de  tous  leurs  cris.  11  ne  s'est  jamais  tenu  dans  une 
bonne  conduite  et  ne  désire  pas  être  au  sein  du  devoir. 

b Cette  âme  criminelle  aux  sentiments  dépravés,  soumis 
au  pouvoir  des  flèches  de  l’amour,  est  sans  modestie  : son 
esprit  est  pervers  et  j’ai  repoussé  mainte  et  mainte  fois 
set  vieux.  678 — 679. 

b A chaque  regard,  qu’il  jette,  il  tuerait,  s’il  pouvait 
ôter  la  vie.  Ainsi  périra  donc  le  grand  devoir  de  ceux,  qui 
mettent  leurs  efforts  dans  la  vertu.  680. 


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VIRATA-PARVA. 


171 


» Votre  épouse  aura  cessé  d’être,  ô vous,  qui  observez 
le  traité  ; et,  dans  une  épouse  sauvée,  l’on  sauve  un  en- 
fant à venir.  681. 

» On  se  sauve  soi-inénie  dans  cet  enfant  sauvé  : on  re- 
naît au  sein  de  son  épouse  : aussi  les  sages  ont-ils 
appelé  une  épouse  Djayâ  (1).  682. 

» Il  faut  qu’une  épouse  sauve  son  époux  : comment, 
s'il  ri  était  sauvé,  renaîtrait-il  dans  mon  sein?  C'est  ainsi 
que  je  l’ai  recueilli  de  la  bouche  des  brahmes,  qui  disser- 
taient sur  les  devoirs  des  castes.  683. 

o Le.  devoir  de  kshatrya  ne  fut  jamais  autre  que  celui 
d'exterminer  les  ennemis,  kltchaka  m'a  frappée  de  son 
pied  sous  les  yeux  mêmes  de  Dharmarâdja,  684. 

u En  ta  présence,  Bhîmaséna  à la  grande  vigueur,  qui 
jadis  m’a  sauvée  de  Djata,  ce  terrible  Asoura  ! 685. 

» N’as-tu  pas  vaincu,  accompagné  de  tes  frères , ce 
Djayatratha  avec  sa  criminelle  bande,  qui  m’avait  mé- 
prisée? 686. 

v Encouragé  par  l’amitié  du  roi,  kltchaka  m’a  rem- 
plie de  chagrin,  fils  de  Bharata,  brise,  comme  un  vase 
d’argile  avec  une  pierre,  cet  homme  enivré  d'amour  ! 

» Lui,  qui  m'a  outragée  à cause  de  mes  nombreuses 
infortunes!  Si  le  soleil,  élevé  au  matin  dans  !e  ciel,  le 
voit  encore  vivant,  687 — 688. 

» Je  mêlerai  du  poison  et  je  le  boirai  plutôt  que  de 
tomber  sous  la  puissance  de  kltchaka  : mieux  vaut  pour 
moi,  Bhimaséna,  mourir  en  ta  présence.  » 689. 

krishnà  dit,  et,  appuyée  sur  le  sein  de  Bhimaséna,  elle 


(t)  Qui  Tient  de  U troisième  personne  du  présent  indicatif  tljdyalai , il 
naît,  natcitur. 


172 


LE  MAHA-BHUIATA. 


versa  des  pleurs.  Son  époux,  l'ayant  embrassée,  lui  donna 
de  grandes  consolations.  690. 

Quand  il  eut  mainte  fois  calmé  la  fille  à la  jolie  taille 
de  Droupada,  accablée  de  chagrins,  avec  ses  discours 
pleins  de  sens,  de  vérité  et  de  raison,  il  essuya  de  sa 
main  le  visage  d'elle,  baigné  de  larmes;  et,  léchant  les  deux 
coins  de  sa  bouche,  il  tourna  son  esprit  sur  Kitchaka. 

Bhhna,  saisi  de  colère,  dit  à cette  femme,  tourmentée  de 
ses  douleurs  : 691 — 692 — 693. 

« Je  ferai,  noble  et  craintive  dame,  de  la  manière,  que 
tu  me  dis.  Aujourd’hui  même,  j’immolerai  Kitchaka,  lui 
et  tous  ses  parents.  69â. 

o Bannis  la  douleur  et  le  chagrin,  Yajnasénl  au  sourire 
pur  ; et  consens  à un  accord  avec  lui,  le  soir,  qui  précé- 
dera cette  nuit.  695. 

» Le  roi  des  Matsvas  a fait  ici  construire  cette  salle  de 
danse  ; les  jeunes  princesses  y dansent  le  jour  et  circulent 
la  nuit  dans  toute  l’étendue  de  son  palais.  696. 

h Ici  est  un  lit  céleste,  bien  construit,  aux  membres 
solides  ; ici,  je  lui  ferai  voir  ses  aïeux,  qui  l’ont  devancé 
dans  la  tombe  ! 697. 

» Agis  de  telle  sorte  qu’on  ne  te  voie  pas  faire  un  arran- 
gement avec  lui,  et  qu'il  tourne,  noble  dame,  son  esprit 
au  rend/  z-vous.  » 698. 

Après  qu’ils  se  furent  ainsi  entretenus  et  qu'ils  eurent 
versé  des  larmes  dans  leur  affliction,  ils  passèrent  le  reste 
de  celte  nuit  si  pénible  dans  les  plaisirs  de  l'amour. 

Quand  toute  cette  nuit  se  fut  écoulée,  Kitchaka,  s’étant 
levé  au  point  du  jour,  s’en  alla  au  palais  du  roi  et  dit  ces 
mots  à Draàupadi  ; 699 — 700. 

« Ce  jour  que,  me  frappant  du  pied,  tu  me  fis  tomber 


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VIHATA-PARVA. 


173 


dans  t'assemblée  sous  les  yeux  du  roi,  tu  u'as  pas  même 
obtenu  qu’un  plus  fort  vint  là  pour  te  sauver.  701. 

» Je  suis  le  général  en  chef  des  Matsyas,  celui  même, 
à qui  le  peuple  dans  son  langage  donne  le  nom  du  roi  des 
Matsyas.  702. 

» Accorde-moi  le  plaisir,  femme  craintive;  je  suis  ton 
serviteur.  Je  te  donne  à l'instant,  ma  belle,  cent  nishkas 
d’or.  703. 

» Je  te  donne  cent  servantes,  une  autre  centaine  de 
serviteurs  et  un  char  attelé  de  mules.  Consens,  dame  ti- 
mide, à notre  union  d'amour.  » 7 OA. 

o Donne-moi  à l’instant,  Kltchaka,  répondit-elle,  ces 
biens,  quêta  convention  aie  promet;  et  que  personne, 
ami  ou  frère,  ne  sache  que  tu  t’es  uni  avec  moi  I 705. 

» Je  redoute  les  reproches  de  mes  illustres  Gaudharvas. 
Engage-toi  par  cette  promesse  à mon  égard,  et  je  consens 
à ta  volonté.  ■>  706. 

« Je  ferai  cela,  dame  séduisante,  comme  tu  me  le  dis, 
reprit  Kltchaka  : j'irai  seul  à ta  maison  solitaire,  afin  de 
m’unir  avec  toi,  femme  charmante,  dans  le  délire  de 
l'amour.  J’agirai  de  manière  que  tu  ne  sois  pas  vue  par 
tes  Gaudharvas,  quoique  lumineux  comme  le  soleil.  >< 

« Voici,  répondit-elle,  une  maison  de  danse,  que  le  roi 
des  Matsyas  a fait  construire  ; les  princesses  y dansent  le 
jour  et  circulent  la  nuit  dans  tout  l’espace  du  palais. 

» Viens  là,  dans  l’obscurité,  les  Gaudharvas  ne  le  sau- 
ront pas,  et  la  faute  y sera  cachée  dam  tu  nuit  ; il  n'v  a là 
aucun  doute.  » 707 — 708 — 700 — 710. 

Quand  Krishna  eut  arrangé  ces  choses  avec  Kltchaka, 
la  moitié  du  jour,  sire,  lui  parut  avoir  la  durée  d’un  mois. 

Elit  lilpart  de  cet  arrangement  à llhîmaséna,  et  Kltchaka 


174  LK  MAHA-BHARATA. 

s’en  retourna  chez  lui,  inondé  à pleins  bords  de  sa  joie. 

711—712. 

1,' in  sensé,  il  ne  s’aperçut  pas  que  la  mort  avait  pris  les 
formes  de  l'arlisane.  Passionné  surtout  pour  les  bouquets, 
les  ornements  et  les  parfums,  il  §e  para  lui-même  à la 
hâte,  délirant  d’amour  ; et,  tandis  qu’il  vaquait  à sa  toi- 
lette, et  pensait  à celte  femme  aux  grands  yeux,  il  s'écoula 
beaucoup  de  temps.  Il  se  lit  une  beauté  suprême,  lui,  qui 
voulait  revêtir  la  beauté,  comme  le  lumignon  d’une  lampe, 
qui  brûle  au  temps  de  la  mort.  Mtchaka,  égaré  par  l’a- 
mour, avait  pris  de  la  confiance  en  cette  femme,  et,  son- 
geant à son  rendez-vous  avec  elle,  le  jour  ne  lui  semblait 
pas  marcher.  Ensuite,  Draâupadt  vint  trouver  Bhima  dans 
sa  cuisine.  713 — 714 — 715 — 710 — 717. 

L’illustre  dame  s’approcha  de  son  époux,  le  rejeton  de 
Rourou,  et  la  belle  aux  jolischeveux  lui  dit  : « Le  rendez- 
vous  de  kitchaka  avec  moi  est  dans  la  maison  de  danse, 
comme  tu  l'as  proposé,  fléau  des  ennemis.  Kitchaka  vien- 
dra seul,  pendant  la  nuit,  dans  cette  maison  solitaire. 
Immole  ce  fils  du  cocher,  enivré  d’orgueil,  fils  de  kountl 
aux  longs  bras  ! 718 — 719 — 720. 

» Va  â cette  maison  de  danse,  fils  de  Pândou,  et  laisse- 
le  sans  vie  ; il  méprise,  dans  son  orgueil,  ce  fils  de  cocher, 
il  méprise  les  Gandharvas  ! 721. 

» Arrache,  pour  ainsi  dire,  ce  serpent  des  eaux  de  mon 
lac,  0 le  plus  brave  des  combattants  ; n’ajoute  pas  â mes 
larmes,  Bharatide,  vaincue  que  je  suis  déjà  par  le  chagrin  ! 

» Fais  l’orgueil,  s'il  te  plaît,  et  de  ta  famille,  et  de  moi- 
même  ! » 722 — 723. 

« Je  le  ferai,  ainsi  que  tu  me  le  dis,  noble  et  craintive 
dame,  répondit  Bhimaséna.  La  bien-venuetesoit  donnée. 


VIRATA-PA  II  VA. 


175 


femme  à la  jolie  taille  ! La  chose  aimable,  que  tu  m'an- 
nonces, est,  certes  ! le  seul  compagnon,  que  je  désire 
avoir,  noble  dame  ! La  joie,  que  m’inspira  la  mort  donnée 
à Hidimba,  n'a  rien  d'égal  que  la  joie  de  ce  rendez-vous 
avec  Kitchaka,  révélé  par  toi,  illustre  dame.  Je  te  dé- 
clare, en  donnant  le  premier  rang  au  devoir,  à mes  frères, 
à la  vérité,  que  j’immolerai  Kitchaka,  comme  Vritra  fut 
tué  par  le  souverain  des  Dieux.  A ciel  découvert  ou  dans 
une  caverne,  je  briserai  Kitchaka  ! 

724— 725— 726— 727. 

» Et,  si  des  Matsyas  combattent  avec  lui,  je  les  anéan- 
tirai, pour  sûr  ! Ensuite,  couvert  du  sang  de  Douryodhana, 
je  recouvrerai  la  terre.  Qu’ Vouddhishthira,  le  fils  de 
Kountl,  fasse  la  cour  à son  gré  au  Matsya  ! » 728—729. 

« De  même  qu'on  ne  te  verrait  jamais  abandonner  la 
vérité  à cause  de  moi,  auguste  fils  de  Prithâ,  reprit-elle  ; 
de  même,  sous  le  déguisement,  immole  ce  Kitchaka  ! » 

« Je  le  ferai,  comme  tu  me  le  dis,  craintive  femme,  ré- 
pondit Bhtmaséna  ; aujourd'hui  même,  j'immolerai  Ki- 
tchaka, lui  et  tous  ses  parents  ! 730 — 731. 

» Je  le  plongerai,  sans  être  vu,  dans  les  ténèbres,  ver- 
tueuse princesse,  et,  tel  qu’un  éléphant  brise  en  passant 
le  fruit  d’un  vilva,  j’écraserai  la  tête  de  ce  vicieux  Ki- 
tchaka, qui  a désiré  une  chose,  qu’il  ne  pouvait  obtenir  ! » 

732—733. 

Bhima  d’abord,  marchant  au  milieu  de  la  nuit,  entra 
caché  dans  la  maison  de  danse  : il  épiait,  sans  être  vu, 
Kitchaka,  comme  un  lion  guette  une  gazelle.  734. 

Dans  ce  temps,  le  général,  s’étant  paré  à son  gré,  arri- 
vait dans  la  salle  de  danse,  conduit  par  l’espérance  de  s’y 
unir  avec  la  Pântchàlaine.  735. 


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70 


LE  MAHA-BHARATA. 


Songeant  au  consentement  donné  par  elle , il  entra  dans 
cette  vaste  maison,  et,  quand  il  fut  entré,  il  la  trouva  en- 
sevelie dans  les  ténèbres.  73«. 

Arrivé  là,  ce  grand  insensé  rencontra  Blilma  à la  force 
incomparable  qui,  arrivé  avant  lui,  s'y  tenait  solitaire. 

Le  fils  de  cocher  souilla  de  ses  attouchements  Vrikau- 
dara,  couché  là  sur  un  lit  et  brûlant  d'une  colère,  née  d’un 
tel  attentat,  dont  Krishna  aurait  pu  être  l'objet.  737-738. 

Le  jeu  des  mains  avait  commencé,  etKitchaka,  délirant 
d'amour,  l'ânie  pleine  de  pensées  émues  dejoie,  lui  dit  en 
riant  : 739. 

o Je  t'ai  apporté  une  richesse  de  formes  nombreuses, 
sans  (in  ; j’ai  amené  à cause  de  toi  une”  cour  de  cent  sui- 
vantes, parées  de  toutes  les  richesses  des  pierreries  et  de 
l’opulence;  740. 

» Une  maison,  ornée  de  jeunes  servantes,  douées  de  grâce 
et  de  beauté;  un  sérail  où  brillent,  femme  aux  charmants 
sourcils,  les  jeux  et  la  volupté.  74i. 

» Je  suis  venu  promptement,  après  que  je  t'eus  adressé 
tout  cela.  Les  femmes,  qui  habitent  mon  palais,  me  louent 
toujours  sans  raison  ; « Richement  vêtu,  admirable,  disent- 
elles,  il  n'est  pas  un  autre  homme  égal  à loi  1 » 

74*2-743. 

« Heureux  es-tu  d’être  admirable  ! Heureux  es-tu  de 
pouvoir  te  louer  toi-même  ! reprit  Bliîuia.  Jamais  avant 
ce  jour,  il  n’y  eut  attouchement  égal  à celui,  que  tu  donnes 
ici!  744. 

» Tu  connais  l'art  de  loucher!  Tu  es  savant,  tu  es  ha- 
bile dans  les  lois  de  l’amour  ! 11  n'existe  point  ici  un  autre 
homme  égal  à toi,  qui  soit  ainsi  l’amour  des  femmes!  » 

A ces  mots,  Bhima  aux  longs  bras,  à la  force  épouvan- 


Dl 


VIRATA-PARVA. 


177 


table,  se  lève  aussitôt:  et  le  fils  de  Kountl  lui  dit  en  riant  : 

745—746. 

« Aujourd'hui  même,  ta  sœur  te  verra,  homme  vicieux, 
déchiré  par  moi,  couché,  comme  une  montagne,  sur  la 
terre  et  semblable  à un  grand  éléphant,  immolé  par  un 
lion  ! 747. 

» L’artisane,  après  ta  mort,  se  promènera  sans  trouble, 
et  les  époux  eux-mêmes  de  l'artisane  n’auront  plus  que 
du  plaisir  dans  leurs  promenades.  » 74b. 

Et,  ce  disant,  l’homme  à la  grande  vigueur  le  saisit  par 
ses  cheveux,  ornés  de  bouquets  ; tenu  avec  force  à la  che- 
velu, e,  le  plus  robuste  des  forts,  se  débarrassant  avec  ra- 
pidité, appréhenda  le  fils  de  Pàndou  k bras  le  corps.  La 
lutte  de  ces  athlètes  irrités  fut  un  combat  de  lion  et 
d’homme.  749 — 750. 

11  fut  semblable  à la  guerre  de  deux  vigoureux  élé- 
phants, qui  se  disputent  au  printemps  une  éléphante. 
Cette  bataille  du  premier  des  Kltchakas  et  du  plus  grand 
des  hommes  fut  comme  jadis  labataille  de  ces  deux  frères, 
Ràli  et  Sougrlva,  les  plus  vaillants  des  simiens.  Irrités  l’un 
contre  l'autre  et  désirant  mutuellement  la  victoire,  ils 
dressent  leurs  bras  pareils  à des  serpents  aux  cinq  têtes  : 
gonflés  des  poisons  de  la  colère,  ils  se  blessent  l’un  l'autre 
de  leurs  ongles  e.  de  leurs  dents.  751 — 752 — 753. 

Frappé  avec  rapidité  par  le  vigoureux  Kltchaka,  Bldma, 
qui  ne  démentit  jamais  ses  promesses  dans  la  bataille,  ne 
bougea  pas  un  pied  du  pied  de  son  ttdversuire.  754. 

Tous  deux,  s’étant  réciproquement  embrassés,  ils  s’en- 
tretiraient mutuellement  ; ils  ressemblaient  à deux  tau- 
reaux, qui  ont  acquis  toute  leur  croissance.  755. 

Leur  bataille  fut  bien  tumultueuse,  bien  épouvantable, 
v 12 


178 


LE  MAHA-BHAllATA. 


et,  tels  que  deux  fiers  tigres,  ils  n’avaient  pour  armes  que 
les  ongles  et  les  dents.  756. 

Le  vigoureux  Blilma  irrité  courut,  les  bras  ouverts,  et 
le  reçut  comme  un  éléphant  accueille  un  éléphant,  sur 
la  face  de  qui  la  saison  du  rut  a déchiré  les  joues.  Il  l’é- 
treignit, niais  Kltchaka,  le  plus  fort  des  forts,  le  rejeta  par 
un  mouvement  brusque.  757 — 758. 

Le  bruit  de  ce  couple  vigoureux  était  épouvantable  et 
ressemblait,  dans  le  broiement  de  leurs  bras,  à celui  des 
roseaux  brisés  dans  un  combat.  751). 

Alors  Vrikaudara,  l'ayant  renversé  de  ses  mains  robustes 
au  milieu  de  la  salle,  le  secoua  avec  rapidité,  comme  un 
vent  furieux  secoue  un  arbre.  760. 

Le  faible  guerrier,  saisi  par  le  vigoureux  Bhlma,  résista 
tant  que  le  souffle  de  vie  lui  prêta  des  forces  et  traîna  le 
Pàndouide  çà  et  là.  761. 

Bientôt,  la  colère  ranimant  ses  forces,  Kltchaka  de  jeter 
sur  la  terre,  avec  ses  genoux,  Bhlma  placé  sur  lui  et  qu’il 
tenait  faiblement  embrassé.  762. 

Renversé  sur  le  sol  par  son  vigoureux  émule,  Bhlma  de 
se  relever  promptement,  tel  que  la  Mort,  son  bâton  à la 
main.  763. 

Ces  deux  robustes  lutteurs,  enivrés  de  leur  force,  le 
Pàndouide  et  le  cocher,  se  traînèrent  à l’envi  l’un  de  l’autre, 
au  sein  de  la  nuit,  tout  à l’entour  de  ce  lieu  solitaire.  764. 

Mainte  et  mainte  fois,  cet  immense  palais  fut  ébranlé 
des  vigoureuses  menaces,  qu’ils  se  renvoyaient  récipro- 
quement, enflammés  de  colère.  765. 

Frappé  dans  la  poitrine  avec  les  paumes  de  Bhlma,  le 
robuste  Kltchaka,  consumé  de  fureur,  ne  bougeait  pas  un 
pied  du  pied  de  son  adversaire.  766. 


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VIRATA-PAIWA. 


179 


Quand  il  eut  un  instant  supporté  cette  fougue  intolé- 
rable sur  la  terre , le  cocher , accablé  par  la  force  de 
Bhiuia,  se  vit  abandonné  de  toute  sa  vigueur.  767. 

Aussitôt  que  son  adversaire  h la  grande  force  se  fut 
aperçu  de  son  impuissance,  il  retourna  lestement  sur  la 
poitrine  son  ennemi  sans  mouvement  et  le  broya  ! 768. 

Pénétré  de  colère,  le  plus  vaillant  des  vainqueurs,  ayant 
repris  de  l'air  dans  ses  poumons,  Vrikaudara  alors  de  le 
saisir  vigoureusement  par  les  cheveux.  76». 

Tenant  ainsi  kttchaka,  Bhlma  h l’immence  force  de 
pousser  un  vaste  cri,  tel  qu’un  tigre,  avide  de  chair,  quand 
il  a pris  une  grande  gazelle.  770. 

Vrikaudara,  sentant  qu’il  était  harassé  de  fatigue, 
l’enferma  dans  ses  bras,  comme  un  bétail  dans  une 
ceinture  de  femme,  et  le  fit  tourner  bien  long-temps,  sans 
âme,  palpitant,  poussant  de  grands  cris,  aux  sons  pareils 
à celui  d’un  tambour  crevé.  771 — 772. 

Ensuite,  lui  prenant  rapidement  le  cou  entre  ses  deux 
mains,  Vrikaudra  de  l’étrangler  pour  apaiser  la  colère  de 
Krishnâ.  773. 

11  foula  sur  la  région  de  ses  lombes  le  méchant  kitcha- 
ka,  le  plus  grand  des  généraux,  brisé  et  de  qui  tous  les 
membres  étaient  rompus.  774. 

Le  fils  de  Pândou  lui  serra  le  cou  dans  ses  mains  et  lui 
infligea  la  mort  des  bestiaux.  Une  fois  qu’il  vit  kttchaka 
abandonné  par  son  âme,  il  le  rejeta  sur  le  sol  en  lui  im- 
primant une  pirouette  et  dit  ces  paroles  : « J’ai  acquitté 
ma  dette  ! Voici  que  j’ai  acquis  la  plus  profonde  paix,  ar- 
tisane,  en  extirpant  cet  ennemi,  qui  voulait  ravir  l’épouse 
de  mon  frère  ! » 776 — 776. 

Quand,  les  yeux  rouges  de  colère,  il  eut  parlé  ainsi,  le 


180 


LE  MAHA-BHARATA. 


plus  vaillant  des  hommes  abandonna  Kltchaka  sans  vie, 
palpitant,  les  yeux  tournés,  ses  parures  et  ses  vêtements 
détachés.  777. 

Alors,  frottant  ses  mains  l'une  avec  l’autre,  mordant  la 
coupe  de  ses  lèvres,  ce  fort,  le  plus  robuste  des  forts,  le 
foula  vigoureusement  à ses  pieds  avec  colère.  778. 

(1  lit  rentrer  entièrement  dans  son  corps  ses  pieds,  ses 
mains,  sa  tête  et  son  cou,  te!  que  fait  pour  un  bétail  le 
Dieu,  qui  tient  l'arc  Pinâka.  770. 

Bhtinaséna  à la  grande  force  lit  voir  à Krishna  son 
ennemi,  tous  les  membres  rompus,  diminué  de  volume, 
et  semblable  à une  masse  de  chair.  780. 

L’homme  à l’éclatante  splendeur,  s’adressant  à Draàu- 
padi,  la  meilleure  des  épouses  : n Regarde-le,  dit-il  ; tiens 
l’àntchâll  ! voilà  ce  qu’est  devenu  ce  libertin  ! » 781. 

Et,  ce  disant,  Bhlma  à la  force  épouvantable  foula  du 
pied  le  cadavre  de  ce  misérable.  782. 

Alors,  ayant  allumé  le  feu,  il  fit  voir  Kltchaka  à Draàu- 
padl,  et  le  héros  articula  ces  paroles  : 783. 

« I,es  hommes,  qui  porteront  sur  toi  leurs  désirs,  femme 
aux  jolis  cheveux,  douée  des  perfections  du  caractère,  ils 
périront,  dame  craintive,  ainsi  que  tu  vois  Kitchaka!  » 

Après  qu'il  eut  immolé  ce  pervers,  accomplissant  un 
exploit  sublime,  dillicile,  agréable  à Krishna,  il  éteignit 
soudain  sa  colère.  784 — 785. 

11  salua  Draàupadi  la  Noire,  et  le  vainqueur  de  Kitcha- 
ka s'en  retourna  vite  à sa  cuisine.  Yadjnasénl,  la  plus  ver- 
tueuse des  épouses,  joyeuse,  sou  chagrin  expiré,  dit  aux 
gardiens  de  l’assemblée  : » Voici  Kitchaka  gisant;  il  a été 
tué  par  les  Gandliarvas,  mes  époux,  cet  homme,  enivré  par 
l’amour  des  épouses  d'autrui  ! Allez  où  il  est,  et  voyez  ! » 


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V1RATA-PARVA. 


181 


A ces  mots  d’elle,  les  gardes  de  la  maison  de  danse, 

786 — 787 — 788. 

Allumant  des  torches,  y courent  à la  hâte  par  milliers. 
Arrivés  à la  salle,  ils  voient,  baigné  dans  le  sang,  Kitcha- 
ka  étendu  sans  vie  sur  la  terre.  Ils  furent  saisis  de  ter- 
reur, quand  ils  le  virent  sans  pieds  ni  mains.  789 — 790. 

Tons,  le  considérant,  tombèrent  dans  un  profond  éton- 
nement. A la  vue  de  ce  corps  abattu,  qui  n'avait  plus 
forme  humaine  : 791. 

n Où  est  son  cou  ? disaient-ils.  Que  sont  devenus  ses 
pieds  ? Où  sont  allées  ses  mains?  Où  est  sa  tête  ? » Ils  le 
contemplaient  et  pensaient  alors  qu'il  avait  succombé  sous 
un  Gamlharva.  792. 

Dans  ce  temps,  tous  ses  parents  accoururent  en  ce  lieu, 
et,  environnant  son  cadavre,  ils  pleuraient  à la  vue  de 
Kitchaka.  793. 

Tous,  effrayés,  le  poil  hérissé  d'épouvante,  ils  contem- 
plaient Kitchaka,  tous  les  membres  rompus,  tel  qu’une 
tortue  sortie  des  eaux  sur  la  terre  sèche,  et  broyé  par 
Bhtmaséna  comme  un  Dânava  est  broyé  par  Indra.  Ils  se 
mirent  à l’emporter  dehors  pour  faire  célébrer  ses  funé- 
railles. 79Ü — 795. 

Les  fils  du  cocher  réunis  là  virent  non  loin  d’eux 
Krishnâ  aux  membres  sans  défaut,  qui  tenait  une  colonne 
embrassée.  796. 

Tous  de  compagnie,  les  frères  puînés  de  Kitchaka  s’é- 
crièrent : « Périsse  la  vicieuse  à l'instant,  elle,  à cause  de 
qui  Kitchaka  fut  tué!  797. 

» Ou  plutôt  ne  la  tuons  pas,  mais  quelle  soit  brûlée 
avec  son  amant!  C’est  de  toute  manière  au  fils  du  mort  à 
s'occuper  d’une  chose,  qui  peut  être  agréable  au  mort.  » 


i82 


LE  MAHA-BHARATA. 


Ils  dirent  ensuite  à Virâta  : « C’est  à cause  d'elle  que 
fut  tué  Kttchaka  ; il  faut  que  nous  la  brûlions  avec  lui  : 
daigne  nous  en  accorder  la  permission.  » 798— 709. 

Le  souverain  des  hommes , estimant  cette  rigueur  en 
des  fils,  leur  donna  son  agrément  pour  consumer  l’arti- 
sane  avec  le  fils  du  cocher.  800. 

S’étant  approchés  de  Krishna  aux  yeux  de  lotus,  les 
frères  puînés  de  Kltchaka,  alors,  saisirent  fortement  cette 
femme  épouvantée  dans  un  trouble  profond.  801. 

Us  attachent  la  dame  A la  taille  gracieuse,  la  forcent  à 
monter  auprès  du  cadavre,  et  tous , déployant  leur  zèle, 
ils  s’avancent,  le  front  tourné  au  cimetière.  802. 

L’irréprochable  Krishnà,  sire,  poussant  des  cris,  invo- 
quant un  protecteur,  elle,  qui  n’était  pas  sans  défenseur, 
fut  donc  enlevée  par  les  fils  du  cocher.  803. 

Elle  disait  : 

« Que  Djaya,  Djayanta,  Vidjaya,  Djyatséna  et  Djavat- 
bala  entendent  ma  voix  ! Les  fils  du  cocher  m'entraînent. 

» Qu’ils  entendent  ma  voix,  ces  héros,  de  qui  le  son, 
l'épouvantable  son,  qui  éclatait  à la  surface  de  leur  corde, 
était  perçu  dans  une  grande  bataille  comme  le  bruit  du 
tonnerre;  ces  héros  Gandharvas,  de  qui  le  bruit  des  chars 
résonnait  immense  : les  fils  du  cocher  m’entraînent  ! » 

804—805—806. 

A peine  eut-il  entendu  les  paroles  lamentables,  que  gé- 
missait Krishna,  Bhlma,  sans  hésiter,  s’élança  hors  de  sa 
couche.  807. 

« J’entends  les  mots  que  tu  prononces,  artisane,  cria- 
t-il  : que  les  fils  du  cocher  ne  t’inspirent  donc,  femme 
timide,  aucune  crainte  ! » 808. 

A ces  paroles,  l’impatience  de  tuer  arracha  un  bâille- 


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VIRATA-PARVA. 


188 


ment  au  guerrier,  qui  avait  de  longs  bras,  et,  mettant  à 
l’envers  son  grand  habit,  il  le  retourna  en  tous  les  sens. 

Il  s’élança  sur  un  lieu,  où  n’existait  aucune  porte,  et 
sortit  dehors.  Bhimaséna  de  monter  avec  vitesse,  en  cou- 
rant, sur  le  retranchement.  809 — 81 0. 

La  face  tournée  du  côté  du  cimetière,  il  s’avança  vers 
l’endroit,  où  les  Kîtchakides  s’en  étaient  allés,  sauta  à bas 
du  rempart,  et  sortit  de  la  grande  ville.  811. 

Bhtma  courait  avec  rapidité  en  vue  des  (ils  du  cocher, 
et,  arrivé  près  du  bûcher,  il  aperçut  là  un  arbre.  815. 

Il  s’approcha,  sans  qu’on  lui  fît  obstacle,  souverain  des 
hommes,  comme  un  éléphant,  de  ce  végétal  au  vaste  tronc, 
de  la  taille  d’un  palmier  et  la  cime  desséchée  ; il  l'étreignit 
entre  ses  bras.  813. 

Il  arracha  ce  tronc,  fléau  des  ennemis,  haut  de  dix 
brasses,  et,  armé  de  cette  tige  avec  ses  jeunes  branches, 
il  fondit  sur  les  cochers,  tel  que  la  Mort,  son  bâton  à la 
main.  Une  multitude  d’arbres,  liguier  indien,  figuier  des 
banians,  kinçoukas  gisaient  là,  renversés  sur  la  terre  par 
l'impétuosité  de  ses  cuisses.  Aussitôt  qu’ils  virent  ac- 
courir, semblable  à un  lion,  ce  Gandharva  en  courroux, 
ébranlés  par  le  trouble  et  l'épouvante,  les  cochers  trem- 
blèrent de  tous  leurs  membres,  et,  voyant  fondre  sur  eux 
ce  Gandharva  pareil  à la  mort , ces  frères , qui  désiraient 
brûlerie  corps  de  leur  aîné,  se  dirent  l'un  à l'autre,  émus 
de  consternation  et  d'effroi  : 81â — 815 — 816 — 817 — 818. 

« Voici  un  vigoureux  Gandharva,  qui  vient  avec  colère, 
tenant  un  arbre  levé.  Mettons  vite  en  liberté  cette  arti- 
sans, qui  attira  sur  nous  un  tel  danger.  » Quand  il  virent 
cet  arbre  se  balancer  dans  la  main  de  Bhimaséna,  ils 
lâchèrent  Draàupadî  et  s' enfuirent  vers  la  ville.  819 — 820. 


184 


LU  M AH  A BHARATA. 


A peine,  Bblrna  les  eut-il  vus  courir,  semblables  à des 
Dànavas  devant  le  Dieu  de  la  foudre,  le  vigoureux  fils  de 
la  destruction  en  dépécha  avec  cet  arbre , Indra  des  rois, 
cinq  surajoutés  à cent  pour  les  demeures  d'Yama. 
11  délivra  Krishna,  souverain  des  hommes,  et  la  consola. 

L’inaffron  table  Vrikaudara  aux  longs  bras  dit  à la 
Pântchàlaine  fille  du  roi  Droupada,  le  visage  rempli  de 
larmes  et  consternée  : 821 — 822 — 823. 

« Ainsi  périront  les  hommes , qui  feront  peser  la  dou- 
leur sur  toi  I Retourne  à la  ville,  femme  craintive  et  sans 
péché.  Il  n’existe  plus  aucun  danger  pour  toi.  824. 

» Je  m'en  vais  d'un  autre  côté  4 la  cuisine  de  Viràta.  » 

C'est  ainsi  qu’il  tua  dans  cette  occasion , Bharatide, 
cent  et  cinq  hommes.  Ensuite , rejetant  son  arbre  arraché 
et  semblable  à une  grande  forêt , il  retourna  se  coucher. 

825—826. 

C'est  ainsi  qu'il  immola  cent  cinq  Kltchakas,  sire;  et  le 
général  des  armées , qui  fut  tué  avant  eux,  portait  le 
nombre  à cent  six  cochers.  827. 

A la  vue  de  cette  grande  merveille,  les  hommes  et  les 
femmes  rassemblés  tombèrent  dans  un  profond  étonne- 
ment, et  ils  n’osèrent  dire,  Bharatide , un  seul  mot. 

Quand  on  vit  les  cochers  tués,  on  alla  au  roi,  à qui  l’on 
fit  part  de  l’événement  : « Les  Gandharvas , sire,  ont  tué 
les  fils  du  cocher  4 la  grande  force.  828 — 829. 

» Comme  une  vaste  cime  de  montagne,  brisée -par  la 
foudre,  ainsi  l’on  voit  les  cochers  , disséminés  sur  le  sol 
de  la  terre.  830. 

o L’artisane  est  délivrée  de  ses  liens,  elle  circule  de 
nouveau  dans  la  ville.  Ta  capitale  entière  sera  en  danger, 
sire  ; telle  est  la  beauté  de  cette  artisane  et  si  grande  est  la 


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bytîoeglk 


VIRAT  A-PARVA. 


185 


force  des  Gandharvas  ! Tous  les  hommes  du  royaume 
brûleront  de  s'unir  avec  elle  : il  n’y  a là  aucun  doute. 

831—832. 

» Suis  une  ligne  de  politique,  sire,  qui  empêche  cette 
ville  tienne  de  courir  promptement  à sa  ruine  par  la  faute 
de  cette  ouvrière.  » 833. 

A peine  eut-il  entendu  leurs  paroles,  Virâta,  qui  com- 
mandait aux  armées,  dit:  « Qu’il  soit  procédé  à l’instant 
aux  derniers  honneurs  des  cochers  ! 83A. 

» (lue  tous  les  Kltchakas  soient  déposés  sur  un  seul 
bûcher  bien  allumé,  et  qu’on  les  y brûle  au  plus  tôt  en- 
tièrement avec  leurs  parfums  et  leurs  joyaux  ! » 835. 

Le  monarque,  de  qui  la  crainte  était  née,  tint  ce  lan- 
gage à Soudéshnà,  sa  royale  épouse  : « Dis  ces  mots,  de 
ma  part,  à l'artisane,  quand  elle  sera  venue  : 83(5. 

« Va-t-en,  s’il  te  plaît,  arlisane,  à ta  volonté,  femmeau 
charmant  visage;  le  roi  craint,  dame  ravissante,  que  tes 
Gandharvas  ne  lui  infligent  une  destruction.  « 837. 

» Je  n’ai  pas  la  hardiesse  de  parler  moi-même  à cette  femme, 
défendue  par  les  Gandharvas  ; mais  que  tu  lui  parles,  toi  1 ce 
u'esl  pas  commettre  une  faute  pour  une  femme  : c’est  pour 
cela  que  je  t'ai  parlé.  » 838. 

Krishna,  échappée  au  danger  et  délivrée  par  Bhlma- 
séna,  qui  avait  terrassé  tous  les  fils  du  cocher,  revint  à la 
ville.  830. 

La  spirituelle  jeune  femme,  effrayée  comme  une  gazelle 
par  un  tigre,  lava  dans  l’eau  ses  membres  et  ses  vêtements. 

A sa  vue,  sire,  les  hommes  s’enfuyaient  aux  dix  points 
de  l’espace  ; épouvantés  par  la  crainte  des  Gandharvas, 
les  uns  de  fermer  les  yeux.  8A0 — 841. 

Alors  Pàntchâil,  sire,  vit  Bhlmaséna  debout  à la  porte 


186 


LE  MAHA-BHARATA. 


de  sa  cuisine,  comme  un  grand  éléphant  enivré  ; 842. 

Et,  lui  souriant  avec  lenteur,  elle  lui  adressa  ce  lan- 
gage, en  l'appelant  par  ses  noms:  o Adoration  au  roi  des 
Gandharvas,  par  qui  je  fus  délivrée  1 » 843. 

Bhirna  lui  répondit  : 

« Les  hommes,  qui  naguère  circulaient  ici,  marchant 
sous  la  volonté  d’elle,  maintenant  qu'ils  ont  entendu  sa 
voix,  jouissent  du  plaisir  de  lui  avoir  payé  leur  dette.  » 

Ensuite,  elle  vit  dans  la  maison  de  danse  Dhanandjaya 
aux  longs  bras,  qui  faisait  danser  les  filles  du  roi  Viràta. 

Et  les  princesses,  étant  sorties  hors  de  la  salle  avec  Ar- 
jouna,  aperçurent  l'irréprochable  Krishnà,  qui  revenait, 
accablée  de  douleur.  844 — 845 — 846. 

A sa  vue,  elles  s’avancèrent  toutes  vers  elle,  et  lui 
dirent  ces  mots  dans  la  joie  : 847. 

a Par  bonheur,  tu  fus  délivrée,  artisane!  Par  bonheur, 
tu  voici  revenue  ! Par  bonheur,  ils  ont  péri,  ces  cochers, 
qui  t'accablaient  de  chagrins,  femme  sans  péché  ! » 848. 

« Comment  fus-tu  délivrée,  artisane  ? dit  Vrihannalâ. 
Comment  ont-ils  péri,  les  scélérats  , qui  t’ enlevaient  ? Je 
désire  entendre  exactement  tout  ce  récit  de  ta  bouche.  » 

« Vrihannalâ,  répondit-elle,  que  t’importent  les  affaires 
de  Partisane,  à toi,  qui  habites,  heureux  eunuque,  toujours 
en  paix  dans  la  maison  des  princesses  ? 840 — 850. 

» Quelque  chose,  qu’éprouve  Partisane,  tu  n’en  ressens 
aucune  peine  ; c'est  donc  par  dérision  que  tu  m’adresses 
une  telle  question  dans  ma  douleur  ! » 851 . 

« Vrihannalâ,  reprit  celui-ci,  ressent  une  peine  sans 
égale,  vertueuse  dame-  Tombée  au  sein  d'une  brute,  jeune 
femme,  tu  ne  le  connais  pas.  852. 

» J’ai  demeuré  avec  toi,  tu  as  demeuré  avec  les  autres  ; 


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VIRATA-PARVA. 


187 


de  qui  la  pensée  ne  serait-elle  pas  une  douleur,  quand  il 
te  voit,  femme  ravissante,  accablée  par  les  peines?  853, 

» Personne,  en  quelque  lieu  que  ce  soit,  ni  de  qui  que  ce 
puisse  être,  ne  peut  connaître  le  cœur,  qui  n’a  point  de 
bornes  : donc,  tu  ne  me  connais  pas,  sans  doute  ! a 85A. 

Ensuite,  Draâupadl  entra  avec  les  princesses  dans  le 
palais  du  roi  et  se  rendit  auprès  de  Soudéshnà.  865. 

L’épouse  du  roi  lui  tint  ce  langage  de  la  part  deViràta  : 
« Va-t-en  promptement,  ariisane,  où  tu  veux  aller.  856. 

« Le  roi  craint,  à cause  de  toi,  noble  dame,  que  les  Gan- 
dharvas  n’opèrent  sa  destruction.  Tu  es  jeune,  femme  aux 
charmants  sourcils,  et  tu  es  d’une  beauté  incomparable 
sur  la  terre.  857. 

n Les  hommes  du  royaume  arrêtent  leurs  désirs  sur 
toi,  et  les  Gandharvas  sont  très-enclins  à la  colère.  » 858. 

o Que  le  roi  me  supporte  l'espace  de  dix  jours  encore, 
illustre  dame,  répondit  l’artisanc  : l'affaire  des  Gandhar- 
vas sera  faite  alors  ; il  n’y  a là  aucun  doute.  856. 

» Ils  m’emmèneront  et  feront  ce  qui  t’est  agréable.  Le 
roi  sera  sauvé  pour  sûr  avec  ses  parents.  » 860. 


L’ENLÈVEMENT  DES  VACHES. 


Vatçampâyana  dit: 

Les  simples  particuliers  furent  saisis  de  stupeur,  sou- 
verain des  hommes,  à la  mort  de  Kitchakaetde  ses  frères 
puînés  : leur  pensée  en  fut  remplie  d’un  grand  effroi. 

Dans  la  ville  et  dans  la  campagne,  cette  conversation 
roulait  de  tous  les  côtés  : « Kîtchaka  était  l’ami  du  roi  à 
cause  de  son  courage;  c’était  une  grande  âme;  il  com- 
battait à la  tête  des  armées  ; mais  c'était  un  insensé,  un 
séducteur  d’épouse  ; et  ce  criminel,  cet  homme  vicieux  fut 
justement  tué  par  les  Gandharvas.  » 861 — 862 — 863. 

Ils  parlaient  ainsi,  et  les  hommes  disaient  en  chaque 
lieu,  grand  roi,  que  l’inaffrontable  Kltrhaka  était  la  perte 
de  l’armée  des  ennemis.  864. 

Les  espions,  que  Douryodhana  employait  à l'extérieur, 
ayant  fouillé  de  nombreux  bourgs,  villes  et  royaumes, 
effectué  leur  inspection  suivant  les  lieux,  selon  les  choses. 


Dig 


V1RATA-PARVA. 


189 


qu'ils  avaient  pu  voir,  se  remirent,  leur  affaire  terminée, 
dans  le  chemin  de  la  ville.  865 — 866. 

Ils  virent  le  royal  Dhritaràshtride  réuni  au  magnanime 
Bhlshma,  avec  Drona,  Kaina  et  Kripa,  avec  ses  frères, 
avec  les  Trigartas,  aux  grands  chai  s,  et  tinrent  ce  langage 
5 Douryodhana  assis  au  milieu  de  l'assemblée  : 

867—868. 

b Nous  avons  toujours  déployé  les  plus  grands  efforts 
dans  la  recherche  de  ces  l’àndouides,  Indra  des  enfants 
de  Manou,  au  milieu  de  cette  vaste  forêt,  solitaire,  pleine 
d'animaux,  remplie  des  branches  d'arbres  divers,  en- 
combrée de  plantes  grimpantes  et  de  lianes,  couverte 
d'arbrisseaux  de  toutes  les  sortes.  869 — 870. 

» Nous  ne  pûmes  découvrir  par  où  s'en  étaient  allés  ces 
Pàndouides  à la  bien  graude  vaillance.  En  vain  cher- 
châmes-nous de  toutes  les  manières  la  trace  de  leurs  pas 
sur  chaque  sommet  de  montagne,  dans  tous  les  défilés, 
daus  les  différents  villages,  dans  les  endroits  pleins  de 
monde  et  dans  les  cités  les  plus  populeuses.  871 — 872. 

a Nous  ne  vîmes  nulle  part  les  lils  de  Pândou,  qui 
échappèrent,  Indra  des  hommes,  à nos  recherches  multi- 
pliées; ou  bien,  ils  ont  péri  de  fond  en  comble;  la  félicité 
descende  sur  toi,  ô le  plus  grand  des  mortels  ! 873. 

» Nous  les  avons  cherchés  dans  la  route  des  maîtres  de 
chars,  ô le  meilleur  de  ces  maîtres,  et  nous  n’avons  pu 
trouver,  ni  la  voie,  ni  l’habitation  de  ces  anachorètes,  ô 
le  plus  vertueux  des  hommes.  87â. 

« Pendant  quelque  temps,  nous  fûmes  les  serviteurs  de 
bardes,  Indra  des  enfants  de  Manou.  Connaissant  à fond 
notre  affaire,  nous  cherchâmes  suivant  la  convenance. 

» Les  bardes  arrivèrent  à Dwàravail,  mais  sans  les  fils 


LE  MAHA-BHARATA. 


190 

de  Prithâ,  fléau  des  ennemis.  Là,  ne  se  trouvaient,  ni 
Krishna,  Indra  des  rois,  ni  les  Pàndouides  aux  grands 
vœux.  875 — 870. 

» De  toute  manière,  ils  ont  péri  (hommage  te  soit  rendu, 
Ole  plus  élevé  des  hommes)  ! car  il  nous  fut  impossible 
de  counaître  la  voie  et  l’habitation  de  ces  magnanimes. 

» Nous  recueillerons  des  nouvelles  ; ou  nous  saurons 
la  chose  même,  que  les  Pàndouides  ont  faite.  Donne-nous 
tes  ordres  ultérieurs,  Indra  souverain  des  hommes. 

» Que  devons-nous  faire  encore  dans  la  recherche  des 
Pàndouides  ! Écoute,  héros,  cette  parole  de  nous,  agréable 
et  fortunée.  877—878—879. 

» Ce  Kttchaka  à la  grande  force,  le  cocher  du  roi  des 
Matsyas,  par  qui  lesTrigartas,  sire,  furent  abattus  mainte 
et  mainte  fois,  il  gît  maintenant  sur  la  terre,  fils  de  Bha- 
rata, avec  ses  frères  germains,  tué  pendant  la  nuit  par  les 
Gandharvas  invisibles  1 880 — 881. 

» Nous  avons  ouï  dire  cette  agréable  nouvelle,  qui  ren- 
ferme, et  la  défaite  de  tes  ennemis,  et  le  succès  de  tes  af- 
faires. Arrête,  descendant  de  Kourou,  ce  qui  te  reste  à 
faire  immédiatement  après  ces  choses.  » 882. 

Quand  le  roi  Douryodhana  eut  entendu  le  discours  de 
ces  hommes,  il  demeura  long-temps,  l'àme  concentrée  en 
lui-même  et  adressa  la  réponse  aux  membres  de  l’assem- 
blée: 883. 

« Il  est,  certes!  bien  difficile  de  connaître  la  route,  que 
suivent  les  affaires  : enfin,  voyez  donc  tous  où  les  fils  de 
Pândou  sont  allés.  88à. 

» 11  reste  peu  du  temps  ; la  plus  grande  partie  s’est 
écoulée  : ils  doivent  marcher  inconnus  jusqu’au  terme  de 
cette  treizième  année.  885. 


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V1RATA-PARVA. 


lui 


» Si  les  Pàudouides  consomment  ici  le  reste  de  cette 
année,  ces  hommes,  dévoués  au  vœu  de  la  vérité,  auront 
accompli  toute  la  convention.  880. 

u Semblables  à des  serpents  et  furieux  comme  les  rois 
des  Nàgas,  les  fils  de  Pàndou,  accablés  de  peines,  doivent 
être  assurément  irrités  contre  les  descendants  deRourou. 

» Désirez  donc  être  bientôt  de  telle  sorte  que  tous  ces 
Pandouides , connaissant  le  temps  convenu,  réduits  alors 
à porter  les  formes  de  la  douleur,  entrent  de  nouveau,  la 
colère  vaincue,  dans  la  forêt,  et  que  ce  royaume  soit  vaste, 
éternel,  sans  trouble,  sans  ennemis,  placé  entre  la  douleur 
et  la  joie.  » 887—888—880. 

Rarna  dit  ensuite  : « Que  d'autres  hommes  fourbes, 
habiles,  cachés,  capables  de  réussir  dans  une  mission,  ne 
tardent  point  à partir,  fils  de  Bharata.  800. 

» Qu'ils  aillent,  travestis,  dans  les  lieux  populeux  et 
remplis  de  monde.  Là,  il  faut  que  ces  hommes,  avec  une 
pensée  bien  dirigée,  les  reconnaissent  dans  les  assemblées 
agréables,  au  milieu  des  ascètes  parfaits,  parmi  les  ser- 
viteurs, dans  les  tlrthas  divins  et  daos  les  mines. 

801—802. 

» ('.es  hommes  bien  habiles,  différents,  actifs,  connais- 
sant parfaitement  la  chose,  cachant  leur  science  avec  soin, 
doivent  chercher  la  demeure,  que  les  Pàudouides  ha- 
bitent déguisés,  dans  les  fleuves,  les  plant'  s rampantes, 
les  tlrthas,  les  villages,  les  cités,  les  délicieux  hermitages, 
les  montagnes  et  les  cavernes.  » 803 — 80â. 

Oouççàsana,  celui  des  frères,  de  qui  la  naissance  avait 
suivi  immédiatement  celle  deDouryodhana,  en  sympathie 
avec  ses  dispositions  méchantes,  tint  ce  langage  à sou 
frère  aîné:  805. 


192 


LE  MAHA-BHARATA. 


« Sire,  monarque  des  enfants  de  Manou,  que  des  es- 
pions, en  qui  nous  avons  conliance,  ayant  reçu  ce  qui  doit 
leur  être  donné,  s’en  aillent  de  nouveau  à la  recherche  de 
ces  princes.  896. 

« Tout  ce  qu’a  dit  Karna  est  l’objet  de  nos  désirs  : que 
tous  les  espions  recherchent  donc  çà  et  là,  comme  il  leur 
a enseigné.  897. 

» Que  ceux-ci  et  d’autres  en  plus  grand  nombre 
explorent  de  lieu  en  lieu,  conformément  au  précepte,  qu’il- 
a donné.  Est-ce  que  la  route,  l’habitation  ou  des 
nouvelles  assurées  d’eux  peuventainsi  leur  échapper?  898. 

» Ou  ces  héros  orgueilleux  sont  très-bien  cachés,  ou 
ils  sont  passés  d’ici  sur  les  (lots  du  "rivage  opposé,  ou 
les  tigres  eux-mêmes  les  ont  dévorés  dans  la  grande  forêt  ! 

« Ou  nous  perdons  sur  le  terrain  désastreux,  où  nous 
sommes  arrivés,  des  années  éternelles.  Puisque  tu  as  in- 
troduit, (ils  de  Kourou,  la  terreur  dans  ton  âme,  faisdonc 
ce  grand  effort,  que  tu  juges  à propos  de  faire,  souverain 
des  hommes,  u 899 — 900 — 901. 

Alors  Drona  à la  grande,  force,  et  qui  avait  la  vue  des 
choses  de  la  vérité,  dit  : « Des  hommes  tels  ne  périssent 
pas,  et  ne  vont  point  à la  destruction.  902. 

» Ce  sont  des  héros,  qui  ont  obtenu  la  science,  intelli- 
gents, les  organes  des  sens  vaincus,  vertueux,  reconnais- 
sants et  dévoués  à Dharmaràdja.  903. 

b Attentifs,  comme  à l’égard  d’un  père,  à la  voix  de  leur 
frère  atné,  qui  sait  la  vraie  nature  des  choses,  la  vertu  et 
la  science  politique,  ils  suivent,  comme  le  plus  vertueux, 
ce  frère  majeur,  qui  a la  constance  de  la  vérité  et  qui  est 
ferme  sur  le  devoir.  90â. 

» Frères,  ils  sont  dévoués,  sire,  à ce  magnanime  frère. 


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VIRAT  A-PARVA. 


193 


le  fortuné  Adjàtaçatrou,  qui  est  dévoué  lui-même  à tous 
ses  frères.  005. 

o Pourquoi  ce  fils  de  Prithâ,  ce  prince  d’une  sage  con- 
duite, ne  procurerait-il  pas  le  salut  à ces  magnanimes, 
qui  vivent  cachés  et  sont  d'un  esprit  si  traitable?  900. 

» Ils  attendent  que  cet  effort  fasse  naître  un  temps  pros- 
père ; car  ils  ne  succomberont  pas  sous  ta  main,  je  le  vois 
des  yeux  de  mon  esprit.  907. 

» Que  l'on  pense  sagement  ; que  l’on  exécute  ce  qui  doit 
être  exécuté  maintenant,  et  que  l’on  fasse  promptement  ce 
qui  n'est  pas  encore  desaison!  Que  l’on  pense  exactement 
au  déguisement  de  ces  fils  de  l’Andou,  qui  ont  des  âmes 
fermes  dans  toutes  les  affaires.  Ces  héros,  couverts  de  péni- 
tences, sont,  assurément,  difficiles  à connaître,  difficiles  A 
saisir!  908 — 909. 

» Le  fils  de  Prithâ  est  une  âme  sans  tache,  il  est  rempli  de 
vertus,  il  est  véridique  ; il  accomplit  éminemment  tous  les 
devoirs  d'un  roi,  il  est  pur,  c'est  un  amas  de  splendeurs, 
et,  quoiqu’il  embrasse  tout  de  sesyeux,  il  est  sans  mesure. 

» Que  le  discernement  précède  l'exécution.  Ainsi,  con- 
tinuons de  nouveau  ces  recherches,  grâce  à nos  espions, 
brahmes  ou  siddhas,  et  à ces  autres  gens,  qui  n’ignorent 
pas  le  métier.  » 910  — 911. 

A peine  eut-il  entendu,  Bhlshma,  le  fils  de  Çàntanou  et 
le  grand  aïeul  des  Bharatides,  instruit  des  temps  et  des 
lieux,  connaissant  la  vraie  nature  des  choses,  savant  en 
tous  les  devoirs,  joignit  sa  parole  à celle  de  1*  Atchârya,  qui 
avait  cessé  de  parler,  et  adressa  aux  descendants  de  Bha- 
rata un  discours,  inspiré  par  le  bien,  912 — 913. 

Accompagné  de  toutes  les  vertus,  dévoué  à l’honnète 
Youddhishthira,  d’une  éloquence  toujours  difficile  à obte- 
v 13 


m 


LE  MAHA-BHARATA. 


nir  par  les  hommes  vicieux  et  toujours  estimée  des  gens 
de  bien.  914. 

Bhîshma  fit  alors  entendre  une  voix,  que  les  bons  ho- 
noraient, et  le  brahuie  Ürona,  instruit  dans  la  vérité  de 
toutes  les  choses,  lui  répondit  : 915. 

« Ces  hommes,  doués  de  tous  les  signes  heureux,  suivis 
par  le  vœu  du  bien,  dévoués  à la  culture  de  la  sainte 
écriture,  escortés  par  une  grande  science,  91(5. 

» Dociles  à l’ordre  des  vieillards,  asservis  au  devoir  de 
la  vérité,  observateurs  de  la  pureté,  qui,  versés  dans  les 
lois,  savent  obéir  à la  loi,  917. 

» Ces  hommes  héroïques,  magnanimes,  à la  grande 
force,  toujours  attachés  à Vishnou  et  qui  gardent  à ja- 
mais le  devoir  du  kshatrya,  918. 

» Les  Pândouides,  que  protègent  le  devoir  et  leur  émi- 
nent courage,  ne  peuvent  succomber  à la  faiblesse,  en 
traînant  le  timon  des  gens  de  bien.  919. 

»lls  y’ iront  point  à la  destruction  : telle  estlaconviction 
de  mon  esprit  : ici,  je  te  dirai  ma  peusée  sur  les  fils  de 
Pàndou,  rejeton  de  Bharata.  920. 

» Nul  autre  ne  peut  s’élever  à la  science  politique  d’un 
roi  si  vertueux  ; cependant  je  vais  exposer,  non  dans  une 
pensée  de  dénigrement,  les  arguments,  fondés  en  raisons, 
qu’il  nous  est  possible  d'atteindre  ici  à l’égard  des  Pàn- 
douides.  Écoute  ceci  ! Cette  politique  du  prince  n’est  nul- 
lement â blâmer  par  des  hommes,  tels  que  moi. 

921—922. 

u L'homme,  qui  se  tient,  mon  fils,  dans  l’ordre  des 
vieillards  et  qui  est  dévoué  à la  vérité,  doit  parler  suivant 
une  vraie,  jamais  suivant  une  fausse  politique.  923. 

» lin  sage,  qui  veut  parler  ici  au  milieu  de  l'assemblée. 


V1RATA-PARVA. 


105 


doit  nécessairement  le  faire  convenablement  de  toutes  les 
manières  et  par  le  désir  de  l'accomplissement  d’une  vérité. 

» Je  ne  pense  point  ici  comme  un  autre  homme  sur 
l'habitation  de  Dharmarâdja  dans  cette  treizième  année. 

924—925. 

# Le  séjour  de  ces  princes,  mon  fils,  ne  doit  pas  être 
sans  fruit  dans  la  ville  et  dans  la  campagne  là  où  vit 
le  roi  Youddhishthira.  920. 

» Le  peuple  doit  être  adonné  à l’aumône,  libéral,  mo- 
deste, observateur  de  la  pudeur  dans  le  pays  où  habite  le 
roi  Youddhishthira.  927. 

» Le  peuple  doit  être  sachant  dire  des  choses  aimables, 
toujours  dompté,  faisant  de  la  vérité  son  principal  objet, 
joyeux,  bien  nourri,  pur,  habile  dans  un  lieu,  où  vit  le 
roi  Youddhishthira.  928. 

» Le  peuple  ne  sera  point  médisant,  ni  jaloux,  ni  arro- 
gant, ni  envieux  là  où  habite  lui-même  ce  prince  dévoué 
au  devoir.  929. 

» On  y entend  plus  qu' ailleurs  la  récitation  des  saintes 
écritures,  les  offrandes  y sont  accomplies,  les  sacrifices  plus 
fréquents  sont  accompagnés  de  nombreux  honoraires. 

» Là,  sans  doute,  Purdjanya  verse  toujours  la  pluie  au 
temps  propre,  et  la  terre,  couverte  de  fruits,  ne  connaîtra 
jamais  la  misère.  930 — 931. 

» La  moisson  est  riche,  les  fruits  sont  pleins  de  saveur, 
les  bouquets  sont  remplis  de  parfums  et  la  voix  a les  plus 
agréables  sons.  932. 

» Le  vent  n’a  pour  le  corps  que  des  touchers  doux,  la 
vue  n'ollre  rien  de  repoussant,  et  la  crainte  ne  saurait 
habiter  là  où  vit  le  roi  Youddhishthira.  933. 

* Les  vaches  y sont  en  grand  nombre,  elles  n’y  sont,  ni 


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196 


LE  MAHA-BHARATA. 


maigres,  ni  languissantes  : le  lait,  le  caillé  et  le  beurre 
clarifié  y sont  remplis  de  saveur  et  bons.  934. 

» Les  eaux  seront  pleines  de  vertus  et  les  aliments  sa- 
voureux dans  ce  pays  où  habitera  le  roi  Youddhishthira. 

» Les  choses  du  goût  et  du  toucher,  les  sons  et  les 
odeurs  sont  remplis  de  qualités  : les  objets  visibles 
n'offrent  que  des  aspects  favorables  là  où  vit  le  roi  Youd- 
dhishthira. 935—936. 

» Les  devoirs  sont  pratiqués  par  tous  les  brahmes  et 
chacun,  dans  ce  lieu  habité  par  les  Pàndouides,  se  com- 
plaira, mon  fils,  aux  attributions  de  sa  caste  dans  cette 
treizième  année.  Le  peuple  y sera  satisfait,  joyeux,  pur, 
exempt  de  la  mort,  937 — 938. 

» Attaché  de  toute  son  âme  à rendre  honneur  aux  hôtes 
et  aux  Dieux,  ayant  le  désir  de  faire  l'aumône,  diligent, 
livré  chacun  à son  devoir.  939. 

» L4,  où  habitera  le  roi  Youddhishthira,  le  peuple  sera 
ennemi  des  choses  impures,  désirant  acquérir  les  choses 
pures,  toujours  occupé  de  sacrifices,  enchaîné  par  des 
vœux  sans  tache.  940. 

» Là,  où  vivra  le  roi  Youddhishthira,  le  peuple  aimera 
ses  vœux,  mon  fils  ; il  en  désirera  l'accomplissement  ; il 
abandonnerais  fausseté  des  paroles,  et,  voulant  acquérir 
les  choses  pures,  fort  d'une  intelligence  droite,  il  tirera 
son  bonheur  de  choses  justesetsans  souillure.  Les  brahmes 
eux-mômes  ne  peuvent,  mou  fils,  connaître  cette  àme  ver- 
tueuse ; 941 — 942. 

» Combien  moins  des  âmes  vulgaires  connaîtraient-elles 
ce  Prithide  en  quelque  part,  lui,  dans  qui  se  voient  réunis 
la  vérité,  la  constance,  l’aumône,  une  placidité  supé- 
• rieure,  une  patience  vraie,  943. 


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VIRATA-P4RVÀ. 


197 


» La  pudeur,  la  fortune,  la  gloire,  la  plus  éclatante 
splendeur,  la  bonté  et  la  droiture.  Son  habitation,  qu’il  te 
dérobe  avec  tant  de  soin,  est  ainsi  le  dernier  asile  de  cet 
homme  sage  : je  ne  puis  dire  ici  autrement.  Pense  à cette 
chose  de  cette  manière,  fils  de  Kourott,  et  fais  prompte- 
ment, si  lu  ui’en  crois,  ce  que  tu  juges  bon  à faire.  » 

Kripa  le  Çaradvalide  prononce  alors  surles  Pàndouides 
ce  discours  convenable,  propre,  accompagné  des  choses 
du  devoir,  délicat,  qui  avait  pour  argument  la  vraie  na- 
ture et  semblait  sortir  de  la  bouche  d'un  vieillard  : 
« Écoute  ici  ma  parole,  qui  est  conforme  à la  pensée  de 
Bhlshma  ! 9 A4 — 945 — 946—947 — 948. 

» Pense,  et  à leur  voie,  et  .4  leur  habitation  au  milieu 
des  tlrthas,  et  adopte  dès  ce  moment  une  ligne  de  poli- 
tique, qui  te  conduise  au  bien.  949. 

» Quiconque  désire  conserver  l'existence  ne  doit  pas 
mépriser  un  ennemi,  quelque  abject  soit-il;  combien 
moins  ces  Pàndouides,  qui  manient  dans  un  combat  toutes 
les  armes  avec  habileté.  950  (1). 

» Puisque  les  magnanimes  Pàndouides  travestis,  avec 
des  intentions  mystérieuses,  sont  entrés  dans  un  costume, 
qui  dérobe  leur  personne,  et  puisque  le  temps  de  leur  res- 
tauration est  arrivé,  il  faut  connaître  quelle  est  ta  force, 
et  dans  ton  royaume,  et  dans  le  royaume  des  étrangers. 
Le  temps  du  rétablissement  des  fils  de  Pândou  est  arrivé, 
il  n’y  a là  aucun  doute.  961 — 962. 

» Les  magnanimes  fils  de  Prithâ  et  de  Pândou  à la 
grande  force,  à la  vigueur  sans  mesure,  seront  très-atten- 
tifs sur  le  temps,  où  la  convention  expire.  963. 


(1)  Encore  une  erreur  : 960,  numérote  l’édition  : Mutons  avec  elle  par- 
dessus dix  chiffres. 


198 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Qu'on  établisse  donc  une  armée,  un  trésor,  un 
système  de  politique,  afin  que  nous  encochions  la  flèche, 
quand  la  révolution  du  temps  aura  amené  le  jour  du 
combat.  90A. 

» Je  pense  à tout  cela,  mon  fils.  Songe  à la  force  de 
toi-même,  qui  est  liée  en  tous  tes  amis  et  en  les  puissantes 
armées.  965. 

» Quand  tu  auras  reconnu  la  grandeur,  la  petitesse  ou 
l’état  moyen  de  tes  forces,  Bharatide,  et  fait  de  bon  gré 
ou  non  la  paix  avec  tes  ennemis;  quand  tu  auras  mis  le 
pied  sur  tes  rivaux,  selon  qu’il  te  sied,  par  la  flatterie, 
la  division,  les  largesses  ou  le  châtiment,  qui  est  l’œuvre 
du  fort,  soumis  les  faibles  par  ta  vigueur  et  caressé  tes 
amis,  parle  doucement  alors  ou  avec  force,  tu  obtiendras 
une  paix  convenable,  appuyé  sur  un  accroissement  de  tes 
finances  et  de  ton  armée.  966 — 967 — 968. 

» Tu  combattras  alors  contre  les  autres  puissants  enne- 
mis, rangés  devant  toi,  ou  même  contre  les  Pàtidouides, 
s'ils  paraissent  faibles  de  cavalerie  ou  d’armée.  969. 

» Une  lois  que  tu  auras  dans  ta  sagesse,  Indra  des 
hommes,  décidé  toute  cette  résolution,  suivant  les  cir- 
constances, tu  obtiendras  la  félicité  pour  long -temps.  » 

Ensuite,  le  roi  des  Trigartas,  le  vigoureux  Souçarman, 
qui  commandait  à des  troupeaux  d'éléphants  et  des  mul- 
titudes de  chars,  se  hâta  de  prendre  la  parole  et  articula 
ce  discours,  marqué  au  coin  de  l’à-propos.  970 — 971. 

Plus  d’une  fois  avant,  seigneur,  il  avait  été  réduit  à 
l’ affliction  par  les  Matsyas  et  les  Çâlvéyakas  ; il  l’avait  été 
mainte  et  mainte  fois  par  ce  Kitchaka,  le  cocher  du  mo- 
narque Matsya.  972. 

11  fut,  roi  des  hommes  puissants,  enchaîné  de  force 
avec  ses  parents  : aussi,  levant  ses  yeux  sur  Karna 


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V1RATA-PARVA. 


109 


et  sur  Dourvodhaha,  prononça-t-il  ce  discours  : 973. 

« Plus  d'une  fois  mon  royaume  fut  dévasté  par  le  ro- 
buste roi  des  Matsyas  : il  avait  jadis  pour  général  ce  vi- 
goureux kltchaka.  974. 

» Ce  pervers,  aux  œuvres  méchante0,  cruel,  irascible, 
sans  pitié,  d'une  vaillance  renommée  sur  la  terre,  a donc 
été  tué  par  les  Gandharvas  ! 975. 

» Lui  mort,  le  roi  Virâta  a son  orgueil  brisé  ; il  sera 
sans  appui,  sans  énergie  : tel  est  mon  sentiment.  976. 

» line  incursion  est  à faire  là,  si  tu  l’approuves,  homme 
sans  péché,  si  tous  les  kourouides  avec  toi,  si  le  magna- 
nime Karna  approuve  mon  avis.  977. 

» Je  pense  que  cette  affaire  est  convenable  et  sans  dan- 
ger pour  nous  ; envahissons  le  royaume  de  ce  prince, 
encombré  de  blés  nombreux.  978. 

» Enlevons-lui  ses  pierreries  diverses,  ses  costumes  dif- 
férents ; arrachons-lui  ses  villages  et  ses  états,  portions 
par  portions.  979. 

» Ravissons-lui  ses  brillants , divers  et  nombreux 
milliers  de  vaches,  en  répandant,  par  notre  armée,  le 
trouble  dans  sa  ville.  980. 

» Réunis  aux  kourouides  et  aux  Trigartas,  souverain 
des  hommes,  et  bien  munis  de  toutes  les  armes,  enlevons- 
lui  maintenant  ses  vaches  ! 981. 

» Après  avoir  divisé  son  royaume  en  plusieurs  partis, 
brisons-lui  son  courage  ; et,  quand  nous  aurons  tué  son 
armée  entière,  nous  le  réduirons  lui-même  sous  notre  pou- 
voir. 982. 

» Une  fois  mis  sous  notre  puissance,  nous  habiterons  en 
paix  avec  honneur  : et  nous  aurons,  il  n’y  a pas  de  doute, 
augmenté  la  force  de  ta  majesté.  » 983. 


200 


LE  MAHA-BHARATA. 


A ces  mots,  Kama  tint  ce  langage  au  roi  : « Cette  pa- 
role de  Souçarman  est  bien  dite,  à propos,  utilement  pour 
nous.  98j4. 

» Rassemblons  une  armée  et  hâtons-nous  de  sortir,  les 
divisions  distribuées,  comme  il  te  semble  convenable, 
prince  sans  péché.  985. 

» Qu’une  incursion  soit  décrétée  suivant  l’avis  du  sage 
vieillard  des  Kourouides,  le  bis-ayeul  de  nous  tous,  sui- 
vant l’opinion  de  Drona  l’Atchârva  et  de  Kripa  le  Ç.arad- 
vatide,  suivant  l’avis  de  tous  ceux,  qui  sont  ici.  Hâtons- 
nous  de  délibérer,  souverain  de  la  terre,  et  sortons  vite 
pour  accomplir  ce  projet.  986 — 987. 

» Qu’avons-nous  à voir  avec  ces  l'àndouides,  de  qui  le 
courage,  la  force,  les  finances  sont  déchues?  Ou  ils  sont 
perdus  entièrement,  ou  ils  sont  descendus  au  séjour 
d’Yamal  988. 

■>  Marchons,  sire,  sans  crainte,  à là  cité  de  Virâta  : 
certes  ! nous  enlèverons  ses  v.iches  et  maintes  riches- 
ses. » 989. 

A peine  le  roi  Douryodhana  eut-il  recueilli  ces  paroles 
de  Karna,  le  fils  du  soleil,  il  commanda  aussitôt  lui-même 
à Douçrâsana,  assis  immédiatement  à ses  côtés  et  toujours 
docile  A son  ordre  : « Délibère  avec  les  vieillards,  et  ras- 
semble vite  l’armée.  990 — 991. 

» Sortons  pour  le  motif  exposé , accompagnés  des  Kou- 
rouides,et  que  le  héros  Souçarman  aille  dans  celieu  avec 
le  but,  qu’il  veut  atteindre.  992. 

» Que  ce  roi  bien  caché,  escorté  des  Trigartas,  suivi  de 
sa  cavalerie  et  de  son  armée  complète,  nous  précède  lui- 
même  dans  le  royaume  de  ce  Malsya.  993. 

» Nous,  bien  assemblés,  formant  l'arrière-garde,  nous 


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V1RATA-PARVA. 


201 


irons  le  jour  suivant  dans  le  très-opulent  royaume  du  sou- 
verain des  Matsvas.  99â. 

n Qu’ils  s'avancent  là  de  compagnie  vers  la  cité  de  Vi- 
ràta  : qu'ils  s’approchent  des-pàtres  et  qu’ils  enlèvent  une 
immense  richesse.  995. 

» Nous,  ayant  partagé  l’armée  en  deux,  nous  ferons 
main-basse  après  eux  sur  une  centaine  de  mille  vaches, 
belles  et  remplies  de  qualités.  » 996. 

Tous,  revêtus  de  leur  armure,  montés  sur  leurs  chars, 
enivrés  de  leur  force,  ils  arrivèrent  avec  l’infanterie,  sou- 
verain de  la  terre,  dans  le  lieu  du  Feu,  comme  on  leur 
avait  indiqué.  997. 

Avides,  pleins  de  vigueur,  ils  désiraient  faire  une  inva- 
sion sur  les  vaches.  Souçarman  de  ravir  les  bêtes  à cornes 
le  septième  jour  de  la  quinzaine  obscure.  998. 

Le  jour  suivant,  qui  était  le  huitième,  sire,  tous  les 
Kourouides,  qui  marchaient  réunis,  enlevèrent  les  parcs 
aux  vaches  par  milliers.  999. 

Ensuite,  le  temps  convenu,  puissant  monarque,  arriva 
complètement  à sa  fin,  pour  ces  magnanimes  fils  de  Pàn- 
dou  à la  force  sans  mesure,  qui,  entrés  dans  les  carac- 
tères d’un  travestissement  étranger,  habitaient  là  dans 
cette  ville  capitale,  exécutant  les  travaux  du  roi  Virâta. 

1,000—1,001. 

Après  la  mort  de  Kitchaka,  ce  roi  Virâta,  le  vigoureux 
immolateur  des  héros  ennemis,  éleva  dans  sa  plus  haute 
considération  les  fils  de  Kountl.  1,002. 

Ce  fut  donc  au  terme  de  cette  treizième  année,  rejeton 
de  Bharata,  que  Souçarman,  par  un  rapide  coup  de  main, 
enleva  cette  immense  richesse  de  vaches.  1,003. 

Le  bouvier,  paré  de  boucles-d’ oreille,  courut  à grande 


202 


LE  MAHA-BHARATA. 


vitesse  vers  la  ville  : dès  qu'il  vit  le  roi,  il  sauta  à bas  de 
son  char.  1 ,004. 

11  s’approche,  s’incline,  puissant  monarque,  et  dit  au 
roi  Viràta,  incrément  du  royaume,  assis  au  milieu  de  sa 
cour,  environné  de  ses  héroïques  guerriers,  qui  portaient 
des  pendeloques  et  des  bracelets,  entouré  de  ses  ministres, 
accompagné  des  magnanimes  Pàndouides  : 1,005 — 1,006. 

Les  Trigartas  nous  ont  méprisés,  nous  et  nos  parents; 
ils  nous  ont  vaincus  dans  un  combat,  ils  nous  ont  enlevé 
une  centaine  de  mille  vaches.  1,007. 

» Désirant  obtenir  tes  bestiaux,  Indra  des  rois,  ils  m'ont 
presque  tué.  » A ces  paroles,  le  souverain  fit  rassembler 
l’armée  des  Matsyas,  encombrée  de  chevaux,  d’éléphants, 
de  chars,  toute  remplie  des  drapeaux  de  l'infanterie.  Les 
rois  et  les  fils  de  rois  se  revêtirent  de  leurs  cottes  de 
mailles,  brillantes,  admirables,  objets  d’honneur  pour  les 
héros.  11  en  fut  parmi  eux,  qui  endossèrent  la  cuirasse 
d'orau  ventredf  fer  ou  de  diamant.  1,008-1,009-1,010. 

Çatânika,  le  frère  chéri  de  Virâta,  se  fit  apporter  une 
cuirasse  solide,  toute  de  fer,  parée  d'une  multitude  de  ta- 
lismans heureux.  1,011. 

Madiràksha,  le  frère  puîné  de  Çatânika,  ordonna  de  lui 
apporter  cent  rondaches  éclatantes  comme  cent  soleils, 
ayant  une  centaine  d’yeux,  semblables  à cent  lunes. 

Le  souverain  du  Matsya  prit  une  cuirasse  pareille  au 
diamant,  sur  le  corps  de  laquelle  étaient  gravés  cent  lotus 
et  saàugandikas.  1,012 — 1,013. 

Soùryadatta  se  revêlit  d’une  armure  blanche,  solide, 
semée  de  cent  yeux,  brillante  comme  le  soleil,  au  ventre 
de  fer,  au  dos  fait  d’or.  1,014. 

Le  héros  Çankha,  l’atné  des  fils  de  Virâta,  se  fit  appor- 


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VIRAT  A-PARVA. 


203 


ter  des  cuirasses  par  centaines  à l'usage  des  guerriers  aux 
grands  chars.  1,015. 

Des  soldats  héroïques  aux  formes  divines  s'équipèrent, 
pour  combattre,  de  grandes,  resplendissantes  armures  (1). 

Ils  attelèrent  aux  chars  des  coursiers,  revêtus  chacun 
de  cuirasses  d’or.  Le  drapeau  vénérable  du  Matsyafutalors 
arboré  sur  le  char  céleste,  construit  en  or,  semblable  à la 
lune  ou  au  soleil.  Les  héros  kshatrvas  déployèrent  en 
particulier  sur  leurs  chars  d’autres  drapeaux,  ornés  d'or 
aux  formes  diverses  ; et  le  roi  Matsya  dit  à Çalântka,  son 
frère  puîné:  1,010-1,017—1,018-1,019. 

« Ranka,  Ballava,  le  pâtre  et  le  vigoureux  Dâmagran- 
thi  (2)  doivent  combattre  ; tel  est  mon  sentiment  : il  n'v  a 
point  de  doute.  1,020. 

» Qu’on  leur  donne  des  chars,  pavoisés  de  drapeaux 
et  d’étendards  ; qu’ils  attachent  sur  leurs  membres  des 
cuirasses  polies,  solides,  admirables;  que  des  armes  leur 
soient  données  ! Mais  les  hommes,  de  qui  la  crainte  a fait 
les  formes  molles,  délicates,  semblables  à la  trompe  d’un 
grand  éléphant,  ne  doivent  pas  combattre  : telle  est  mon 
opinion  inébranlable.  » A ces  mots  du  monarque,  Çatâ- 
nika,  l’âme  remplie  d’empressement,  assigna  des  chars, 
sire,  aux  enfants  de  Prithà,  à Saliadéva,  au  prince  lîhima 
et  à Nakoula.  1,021—1,022—1,023—1,024. 

A l’ordre  du  monarque,  lescochers,  mettant  le  dévoue- 
ment au  roi  à la  tète  de  leurs  vertus,  se  hâtent  d’atteler  les 
chars,  pleins  d'ardeur.  1 ,025. 

Revêtus  de  cuirasses,  les  guerriers  fléaux  des  ennemis 


(1)  Soàpaskaréshou  ou  sou  4"  oufiaskarcshou , mot  inconnu  à tous  le» 
Dictionnaires. 

(2)  Un  nom  allongé  du  inteudonyme  de  Nakoula. 


204 


LE  MAHA-BHARATA. 


attachent  sur  leurs  corps  ces  armures  polies,  admirables, 
solides,  que  Viràta  lit  donner  à ces  héros  aux  travaux  in- 
fatigables; et  ces  hommes  éminents  de  monter  sur  les 
chars,  que  traînent  d’agiles  coursiers.  1,020 — 1,027. 

Les  (ils  de  Prithà  sortent  pleins  de  joie,  désireux  de 
broyer  les  troupes  des  ennemis  : tous  sont  remplis  de  lé- 
gèreté, habiles  dans  les  combats,  et  déguisant  leurs 
formes  naturelles.  1,028. 

Montés  sur  des  chars,  couverts  d’or,  ces  héros,  les  plus 
éminents  des  Kourouides,  ces  quatre  Pàndouides,  hé- 
roïques frères,  de  qui  lecourage  était  une  vérité,  suivent 
de  compagnie  Viràta.  Inspirant  l'épouvante,  des  éléphants 
furieux,  de  qui  la  sueur  du  rut  inonde  les  joues  delà  face, 
des  rois  de  pachydermes,  distillant  le  mada,  bien  domp- 
tés, instruits,  âgés  de  soixante  ans,  montés  par  des  guer- 
riers habiles  dans  les  combats,  accoutumés  à tenir  le  siège 
sur  des  éléphants,  suivaient  par  derrière  le  souverain, 
comme  des  montagnes,  qui  marcheraient  elles-mêmes. 
Venaient  ensuite  huit  milliers  de  chars,  grands,  suivant 
la  cour,  pleins  d’ardeur , versés  dans  les  combats  ; dix 
centaines  d’éléphants,  soixante  mille  chevaux , conduits 
par  des  Matsvas,  sortirent  de  la  ville.  [De  la  stance  1,029 
/)  ta  stance  1,034.) 

Cette  armée  de  Viràta  resplendissait,  éminent  Bhara- 
tide,  marchant  en  avant,  sire,  et  considérant  devant  cite 
les  vestiges  du  pas  des  vaches.  1,034. 

Cette  principale  armée  de  Viràta  brillait  dans  sa 
marche,  remplie  de  vigoureux  combattants , toute  pleine 
de  chevaux,  d'éléphants  et  de  chars.  1,035. 

Ces  héros,  sortis  de  la  ville,  cette  nombreuse  armée  de 
combattants,  les  Matsyas  atteignirent  les  Trigartas,  lors- 


VIRATA-PARVA. 


205 


que  déjà  le  soleil  inclinait  à 'son  couchant.  1,056. 

Les  Trigartas  et  les  Matsyas  combattirent,  irrités,  pleins 
d'orgueil  : ces  guerriers  à la  grande  force,  de  qui  les 
vaches  allumaient  la  convoitise,  se  renvoyaient  l'un  à 
l’autre  des  menaces.  1,037. 

Les  éléphants,  ivres,  épouvantables,  étaient  excilés  par 
les  coups  de  l'aiguillon  de  fer,  que  leur  infligeaient  des  chefs 
habiles,  montés  sur  le  dos  de  ces  proboscidiens.  1,038. 

Effrayante,  tumultueuse,  horripilante,  accroissant  l’em- 
pire d’Yama,  fut  la  rencontre  de  ces  guerriers,  sire,  qui 
se  portaient  réciproquement  la  mort.  1 ,039. 

Elle  ressemblait  au  combat  des  Asouras  et  des  Dieux, 
sire,  à cette  heure  où  le  soleil  se  couchait  : telle  était  la 
multitude  des  armées,  des  cavaliers,  des  éléphants 
énormes  et  des  fantassins,  qui  se  précipitaient  les  uns  sur 
les  autres  et  se  donnaient  mutuellement  le  trépas.  On  ne 
voyait  nullement  la  terre  au  milieu  des  tourbillons  sou- 
levés de  la  poussière.  1 ,040 — 1,041. 

Les  oiseaux  tombaient  couverts  de  la  poussière,  que 
faisaient  voler  les  armées  ; le  soleil  disparaissait  sous  les 
flèches,  qui  glissaient  çà  et  là  dans  l’air.  1,042. 

Les  arcs  des  sagittaires,  au  dos  en  or,  étaient  arrosés 
par  les  rayons  de  la  lumière,  et  faisaient  briller  l'atmos- 
phère, comme  semé  par  autant  de  soleils.  1,043. 

La  main  droite  et  la  gauche  de  ces  héros  du  monde  en 
tombant  lançaient  des  flèches  ; les  chars  frappaient  les 
chars,  les  fantassins  frappaient  les  fantassins.  1,044. 

Le  guerrier  monté  était  frappé  par  le  guerrier  monté, 
les  grands  éléphants  eux-mêmes  par  les  éléphants.  Irri- 
tés, ils  se  blessaient  l’un  l’autre,  sire,  dans  le  combat 
avec  les  épées,  les  pattiças , les  traits  barbelés,  les  lances 


206 


LE  MAHA-BHARATA. 


de  fer  et  les  pesants  leviers.  Les  héros  aux  bras  tels  que 
des  massues,  se  portant  des  coups  mutuels  dans  la  ba- 
taille, ne  purent,  malgré  toute  leur  colère,  forcer  les  hé- 
ros à tourner  la  tête  vers  la  fuite.  On  voyait,  tombée  au 
milieu  de  la  poussière,  la  tête  coupée,  avec  ses  pendants 
d’oreille,  son  nez  charmant,  ses  cheveux  ornés  coupés, 
sa  lèvre  supérieure  tranchée.  On  voyait  dans  cette  grande 
bataille,  coupés  en  morceaux  par  les  flèches,  les  membres 
des  ksbatryas,  semblables  à des  troncs  de  shorée.  La  terre 
paraissait  jonchée  de  tètes,  avec  leurs  pendeloques,  et  de 
bras,  arrosés  de  santal  et  pareils  au  corps  des  serpents. 
Alors  se  déroulait  le  combat  des  maîtres  de  chars  avec 
les  maîtres  de  chars,  (De  lu  stance  1,045  <1  la  stance 
1051.) 

Des  guerriers  montés  avec  les  guerriers  montés,  des 
fantassins  avec  les  fantassins.  Le  sang,  qui  ruisselait  des 
blessures,  abattait  la  poussière  du  sol.  1,051. 

lin  abattement  horrible  de  l’esprit  avait  envahi  tout  ; il 
régnait  sans  limite  : les  oiseaux,  que  les  flèches  jetaient 
dans  une  profonde  terreur,  n’osaient  quitter  leur  asile. 
Le  vol  des  traits  dans  l’air  empêchait  la  vue  ; mais  les  hé- 
ros aux  bras  tels  que  des  massues,  se  portant  des  coups 
mutuels  dans  la  bataille,  ne  pouvaient  malgré  toute  la  co- 
lère , forcer  les  héros  4 tourner  la  tête  vers  la  fuite  (1). 
Çatànîka  immola  cent  ennemis,  V'iç&làksha  en  tua  quatre 
cents.  1,052 — 1,053 — 1,054. 

« Ces  deux  héros  vigoureux,  rapides,  se  plongèrent 
dans  la  grande  armée  des  Trigartas.  1,055. 


(1)  Deux  vers  précédents,  qui  reviennent  ici  par  la  négligence  des  co- 
pintes. 


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V1RATA-PARVA. 


207 


Ils  s’avancèrent  avec  des  bras  irrités  de  guerrier  à 
guerrier,  de  char  à char,  et  remarquèrent,  à peine  entrés, 
la  multitude  de  chars  des  ennemis.  1 ,056. 

Soûryadatta  marchait  en  avant,  Madirâksha  par  der- 
rière. Là,  Viràta  de  briser  dans  le  combat  cinq  cents 
chars.  1 ,057. 

Il  tua  huit  mille  chevaux,  il  immola  cinq  héros.  Habile 
à gouverner  un  char,  il  lit  exécuter  au  sien  différentes 
évolutions.  1,058. 

11  s'avança  sur  le  champ  de  bataille  vers  Sousharman  au 
char  d’or,  le  roi  des  Trigartas;  et  ces  deux  magnanimes  à 
la  grande  force  s’y  livrèrent  un  combat.  1 ,059. 

Ils  se  jetaient  la  menace  l’un  à l’autre  comme  deux  tau- 
reaux à l’occasion  des  vaches.  Enfin,  l’éminent  Soushai- 
inaa,  le  monarque  des  Trigartas,  plein  de  l’ivresse  des 
batailles,  s’approcha  vers  le  souverain  de  Matsya  pour  ce 
duel  en  chars.  Ces  deux  maîtres  de  chars  irrités  excel- 
laient mutuellement  avec  leurs  chars.  1 ,060 — 1 ,061. 

Ils  se  lançaient  des  flèches  rapides  comme  des  nuées, 
enceintes  de  pluies  ; courroucés,  impatients,  consommés 
dans  les  armes,  tous  deux  portant  la  massue,  la  pique  de 
fer  et  l’épée,  ils  tournaient  l’un  autour  de  l’autre  avec  des 
flèches  aiguës.  Le  roi  blessa  Sousharman  avec  dix  traits. 

1,062—1,063. 

Adroit,  il  lui  frappa  ses  chevaux  avec  vingt-cinq  dards; 
et  Sousharman,  plein  de  l’ivresse  des  batailles,  instruit 
dans  les  plus  grands  des  astras,  blessa  le  souverain  du 
Matsya  avec  cinquante  flèches  acérées.  L’armée  couverte 
de  la  poussière,  qu’elle  soulevait  elle-même,  ne  pouvait 
distinguer  ni  l’un  ni  l’autre  de  Sousharman  et  du  roi  des 
Matsyas.  1,064—1,065—1,066. 


208 


LE  MAHA-BHARATA. 


Le  inonde  était  plongé,  rejeton  de  Bharata,  dans  la 
poussière  et  l’obscurité  : ces  nombreuses  armées  de  com- 
battants suspendirent  la  bataille  un  moment.  1 ,0(57. 

Ensuite,  se  leva  la  lune,  dissipant  les  ténèbres,  rame- 
nant la  sérénité  dans  la  nuit  et  portant  la  joie  au  cœur  des 
kshatryas  dans  le  combat.  1,0(58. 

La  clarté  rendue  aux  yeux,  ou  reprit  de  nouveau  la  ba- 
taille aux  formes  épouvantables,  où  bientôt  on  cessa  de 
se  voir  mutuellement.  1 ,069. 

Sousbarman  le  Trigarta  courut  de  tous  les  côtés,  ac- 
compagné de  son  frère  plus  jeune,  autour  du  roi  des 
Matsyas  avec  des  circonvolutions  de  char.  1,070. 

(les  deux  frères,  éminents  kshatryas,  ayant  sauté  à bas 
de  leur  voiture,  gonflés  de  colère,  la  massue  au  poing,  de 
fondre  sur  les  chars.  1 ,071. 

Les  bataillons  irrités  de  ces  rois  ennemis  couraient  les 
uns  sur  les  autres  avec  la  massue,  le  lacet,  l'épée,  le  ci- 
meterre et  les  haches  aux  larges  tranchants,  aux  pointes 
pénétrantes.  1,072. 

Quand  il  eut  vaincu  et  broyé  l’armée  du  Matsya  sous 
la  force  de  son  armée,  le  royal  Sousharman,  le  souverain 
des  Trigartas,  fondit  sur  le  puissant  Virâta  lui-même. 

Après  qu’ils  eurent  tué  les  deux  chevaux  attelés  au  char 
et  les  deux  cochers  de  devant  et  de  derrière,  ils  Firent  vi- 
vant leur  prisonnier  le  roi  des  Matsyas,  Virâta,  qui  n’avait 
plus  de  char.  1,073 — 1,074. 

Une  fois  qu’il  eut  abattu  ce  malheureux,  il  força  le 
prince  à monter  dans  son  char,  comme  un  libertin  fait 
monter  une  jeune  femme  à ses  côtés;  puis,  il  tourna  bride 
avec  ses  chevaux  légers.  1,075. 

Lorsque  Virâta,  sans  char,  fut  tombé  dans  les  mains  de 


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VIRATA-PARVA. 


20» 

ses  ennemis,  les  Matsyas  s’enfuirent  d’épouvante,  très- 
maltraités  par  les  Trigartas.  1 ,070. 

Au  milieu  de  leur  effroi,  Youddhishthira,  le  fils  de 
Kounti,  adressa  ces  paroles  à Bliimaséna,  le  guerrier  aux 
longs  bras,  le  dompteur  des  ennemis  : 1,077. 

o Le  Trigarta  Souçarman  a fait  prisonnier  le  roi  des 
Matsyas  : délivre-le,  héros  aux  longs  bras;  qu’il  ne  marche 
pas  sous  la  puissance  des  ennemis  ! 1 ,078. 

» Nous  avons  tous  habité  ici  en  paix,  bien  nourris  de 
toutes  les  choses  désirées  : c’est  à toi,  Bhimaséna,  d’ac- 
quitter la  dette  de  notre  habitation  chez  lui.  » 1,079. 

« Je  le  délivrerai,  fils  de  Prithà,  pour  obéir  à ta  parole, 
lui  répondit  Bhimaséna  ; je  combattrai  avec  les  ennemis  ; 
contemple  ce  grand  exploit,  que  je  vais  accomplir!  1,080. 

» Reste  avec  nos  frères,  assuré  en  la  force  de  mes  bra3  ; 
tiens-toi  à part,  sire,  et  vois  quelle  est  aujourd’hui  ma 
vigueur!  1,081. 

n Je  déracinerai  ce  grand  arbre,  qui  se  tient  là  en  forme 
de  massue,  et,  armé  de  ce  tronc,  je  fondrai  sur  les  enne- 
mis. » 1,082. 

Youddhishthira-Dharmarâdja  dit  à son  héroïque  frère, 
qui  regardait  l’arbre  comme  un  éléphant  enivré  : 1,083. 

a Ne  te  livre  pas  à la  violence,  Bhlma  ; laisse  debout 
cet  arbre;  prends  garde  que  les  hommes  ne  te  recon- 
naissent à ces  actions  plus  qu’humaines  accomplies  avec 
un  arbre,  et  ne  disent,  Bharatide  : « C’est  Bhlma  lui- 
même!  » Prends  une  autre  arme  quelconque,  pourvu 
qu’elle  soit  d’un  homme!  1,084 — 1,085. 

» Saisis  un  arc,  ou  une  lance  de  fer,  ou  un  cimeterre, 
ou  une  hache,  qui  soit  une  arme  humaine,  Bhlma,  et  que 
les  autres  ne  puissent  remarquer.  1,086. 


14 


210 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Cette  arme  à la  main,  dégage  lestement  le  monarque 
prisonnier  ! Ces  deux  jumeaux  A la  grande  force  seront  les 
défenseurs  de  ton  armée.  Travaillez  de  compagnie  à re- 
conquérir dans  ce  combat-ci  le  roi  des  Matsyas.  * 

A peine  eut-il  parlé,  soudain  Bhîmaséna  A la  grande 
vigueur,  A la  grande  rapidité,  saisit  au  plus  vite  le  meil- 
leur des  arcs  et  se  mit,  semblable  A une  nuée,  grosse  de 
pluies,  A décocher  une  grêle  de  flèches  : terrible,  il  cou- 
rut sur  Souçarman  aux  actions  épouvantables. 

1,087—1,088—1,089. 

A l’aspect  de  Virâta,  il  cria  à son  vainqueur  : « Arrête  ! 
arrête-toi  I » et  Souçarman  , le  plus  habile  A conduire  un 
char,  s’imagina  voir  en  celui,  qui  disait  derrière  lui  : a Ar- 
rête ! arrête-toi  ! a Râla,  qui  met  fin  A toutes  choses.  Un 
grand  combat  de  s'élever  sous  les  yeux  des  guerriers,  qui 
virent  exécuter  une  incroyable  prouesse.  1,090 — 1,091. 

Ayant  pris  un  arc,  Souçarman  fit  volte-face  avec  ses 
frères.  Dans  l’espace  d’un  clin-d’œil,  Bhîmaséna  de  ren- 
verser les  chars.  1,092. 

Bhîmaséna  de  culbuter,  près  de  Virâta,  des  troupes  de 
cent  mille  chars,  éléphants,  chevaux,  cavaliers,  héros  aux 
arcs  terribles.  1,093. 

Les  fantassins  périrent  sous  les  coups  du  magnanime, 
qui  avait  saisi  alors  sa  massue.  A la  vue  d’un  tel  combat, 
Souçarman,  ivre  de  la  fureur  des  batailles,  pensa  dans 
son  esprit  : u Que  me  reste-t-il  ce  mon  armée?  C’est  donc 
une  autre,  que  j’ai  vue  jadis  se  plonger  dans  une  armée 
saute?  u 1,094 — 1,095. 

Alors  Souçarman  parut  avec  un  arc  tiré  jusqu’A  l'o- 
reille, et  se  mit  A laucer  mainte  et  mainte  fois  des  flèches 
acérées.  1,096. 


V1RATA-PARVA. 


211 


Tous  les  Trigartas,  pleins  de  colère,  exécutant  un 
astra  divin , pressèrent  la  course  de  tous  leurs  che- 
vaux. 1,097. 

La  grande  armée  de  Viràta,  ayant  vu  les  chars  des  Pàn- 
douides  reprendre  l’offensive,  combattit  dans  une  ex- 
trême colère  avec  le  plus  merveilleux  courage.  1,098. 

Youddhishthira,  le  fils  de  Kountl,  immola  dans  cette  ba- 
taille mille  guerriers,  et  Bhlma  fit  voir  à sept  mille  le 
monde  d’Yama.  1,099. 

Nakoula  sous  ses  flèches  envoya  sept  cents  héros  dans 
la  nuit  éternelle,  et  l'auguste  Sahadéva,  le  taureau  des 
hommes,  en  tua  trois  cents  à l’ordre  d’Youddhishthira. 
Puis,  il  fondit  éminemment  terrible,  les  armes  levées,  sur 
Souçarman.  Quand  il  eut  abattu  , héros,  la  grande  armée 
des  Trigartas,  1,100 — 1,101. 

L’héroïque  souverain  Youddhishthira  courut  à pas 
pressés  à l’encontre  de  Souçarman  et  le  harcela  vivement 
de  ses  (lèches.  1,102. 

L’éminent  Sahadéva  le  blessa  à l'ordre  d’Youddhish- 
thira (1),  et  fut  blessé  à son  tour  par  l’agile  Souçarman, 
bouillant  de  colère.  1,103. 

Adroit,  il  perça  les  chevaux  avec  quatre  flèches  nou- 
velles. Ensuite,  sire,  le  fils  de  Kountl,  Vrikaudara  à la 
main  légère,  s’étant  approché  de  Souçarman,  broya  ses 
coursiers  ; il  tua  avec  des  traits  victorieux  les  soldats,  qui 
protégeaient  ses  derrières,  et  renversa  du  siège  le  cocher 
dans  sa  colère.  Le  général  Madiràksha,  héros  plus  que 
célèbre,  l’ayant  vu  sans  char  il  son  arrivée  sur  te  champ 


(1)  Ver»,  dejA  mi»  deux  ligue»  plu»  huit  et  m»l  à propo»  répété  ici  par 
le  copiste. 


212 


LE  MAHA-RHARATA. 


de  bataille , frappa  alors  le  Trigarta  ; et  Viràta  de  sauter 
à bas  du  char  de  Souçarman.  1,104-1, 105-1, 106-1, 107. 

Il  prit  sa  massue,  il  fondit  sur  lui  avec  vigueur,  et,  ce 
pilon  à la  main,  il  accomplit,  tout  vieux  qu’il  fût,  des 
prouesses  comme  un  jeune  guerrier.  1,108. 

Dès  que  Bhima  vit  le  Trigarta  s’enfuir  : u Fils  de  roi, 
lui  dit-il,  reviens  ; la  fuite  ne  te  convient  pas.  1,109. 

» Comment  avec  si  peu  de  courage  as-tu  voulu  ravir 
de  force  les  vaches?  En  ce  moment,  où  tu  abandonnes  tes 
compagnons,  comment  peux-tu  manquer  de  courage  au 
milieu  des  ennemis.  » 1,110. 

A ces  mots  du  Prithide,  le  vigoureux  Souçarman,  le 
chef  des  troupeaux  d’éléphants  et  des  chars,  courut  sur 
Bhîma  rapidement  en  lui  criant  : « Arrête  ! arrête- 
toi  ! » 1,111. 

Mais,  semblable  à Çiva,  le  Pàndouide  Bhtma,  s’élança  à 
bas  de  son  char,  et,  désirant  lui  ôter  la  vie,  il  fondit  in- 
trépide légèrement  sur  Souçarman.  1,112. 

Le  robuste  Bhimaséna , pareil  à un  lion,  qui  veut 
prendre  une  vile  gazelle,  de  courir  sur  le  roi  des  Tri- 
gartas  courant.  1,113. 

Il  saisit  dans  la  course  Souçarman  par  son  épaisse  che- 
velure, le  souleva  de  colère  et  le  broya  sur  la  surface 
de  la  terre.  1,114. 

Bhlmaaux  longs  bras  de  battre  sa  tête  à coups  de  pied; 
il  appuya  son  genou  sur  la  poitrine  et  son  coude  sur  les 
cuisses  du  guerrier,  à qui  la  souffrance  dut  arracher  des 
gémissements.  1,115. 

Opprimé  sous  le  poids  du  plus  grand  des  combattants, 
le  roi  perdit  la  connaissance.  A peine  le  héros  des  Tri- 
gartas  eut-il  été  pris  sans  char,  toute  son  armée  s'enfuit, 


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VIRATA-PARVA. 


215 


mourante  de  peur.  Toutes  les  vaches  reprises,  les  héros 
nés  de  Pàndou,  1,118 — 1,117. 

Vainqueurs  de  Souçarman,  à qui  ils  avaient  enlevé 
ses  richesses  entièrement , grâce  à la  force  de  leurs 
bras,  se  tenaient  tous,  fermes  dans  leurs  vœux,  obser- 
vateurs de  la  modestie,  en  présence  du  magnanime  Vi- 
râta,  de  qui  ils  avaient  accablé  l’ennemi  d’infortunes,  et 
Bhima  tint  alors  ce  langage  : 1,118 — 1,110. 

« Cet  homme  à la  conduite  inique  ne  mérite  pas  que 
je  lui  laisse  la  vie  ! Ne  puis-je  faire,  moi,  qui  1’  i pris  à la 
gorge  et  qui  ai  réduit  ce  roi  esclave  sous  ma  puissance 
ce  que  fait  le  monarque  toujours  miséricordieux  ? » 

A ces  mots  Vrikaudara,  le  fils  de  Prithà,  s’approche  du 
prisonnier  sans  mouvement,  et  l'enchalne. 

1,120—1,121. 

11  le  fit  monter  sans  connaissance,  couvert  de  poussière, 
sur  son  char;  il  se  mit  en  marche  et  s'avança  près  d'Youd- 
dhishthira,  placé  au  milieu  du  champ  de  bataille.  1,122. 

Bhtma  lui  montra  le  roi  des  hommes  Souçarman  ; et 
l’éminent  personnage  dit  à Bhtma,  qui  brillait  de  la  beauté 
des  combats  ; 1 ,128. 

« Le  roi  s'est  raillé  de  lui  à sa  vue  ; que  cet  homme  vil 
soit  mis  en  liberté.  » A ces  paroles,  Bhima  dit  au  puissant 
Souçarman  : 1,124. 

« Si  tu  désires  conserver  la  vie,  insensé,  écoutes-en  les 
conditions  de  ma  bouche  : a Je  suis  un  esclave!  » devras- 
tu  dire  dans  les  assemblées  et  dans  les  palais.  1 ,125. 

» Sous  cette  réserve,  je  t'accorderai  la  vie  : la  victoire 
des  combats  m'a  donné  ce  droit.  » Alors,  son  frère  ainé 
lui  tint  affectueusement  ce  langage  : 1,126. 

« Délivre,  délivre  vite  cet  homme  aux  mœurs  viles,  si 


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214 


LE  MAHA-BHAKATA. 


noua  sommes  uue  autorité  pour  toi;  car  il  est  déjà  tombé 
dans  la  condition  d'esclave  du  roi  Virâta.  1 ,127. 

» Retire-toi  en  homme,  qui  u’est  plus  esclave  ; tu  es 
libre,  et  n'agis  plus  jamais  de  cette  manière  ! » 1 ,128. 

A ces  mots,  Souçarman,  plein  de  confusion,  baissa  la 
tête  vers  la  terre,  et,  délivré  de  ses  liens,  il  s’avança  vers 
le  roi,  lui  rendit  hommage  et  partit.  1,129. 

Après  qu'ils  curent  mis  en  liberté  Souçarman  et  tué  les 
ennemis,  grâce  à la  seule  vigueur  de  leurs  bras,  les  Pân- 
douides  aux  vœux  fermes,  observateurs  de  la  modestie, 
habitèrent  paisiblement  cette  nuit  au  milieu  du  front  de 
la  bataille  ; ei  Virâta  de  récompenser  les  héros  fils  de 
Kount!  au  courage  plus  qu’humain,  avec  des  rich&sses  et 
des  honneurs.  1,130 — 1,131 — 1,132. 

s Les  pierreries,  qui  sont  à moi,  leur  dit  Virâta,  sont 
également  à vous.  Tous,  vous  avez  accompli  à notre  plai- 
sir, cette  affaire,  avec  bonheur.  1,133. 

» Je  vous  donne  de  jeunes  vierges  parées,  différentes 
richesses  et  ce  que  désire  votre  cœur,  û vous,  qui  avez 
immolé  mes  ennemis  dans  ce  combat.  1,134. 

» J’ai  été  délivré  par  votre  courage  ; c’est  à vous  que 
je  dois  ici  mon  bonheur  : que  toutes  vos  excellences 
soient  donc  les  souveraines  des  Matsyas.  » 1,135. 

Au  roi,  qui  parlait  ainsi,  tous  les  fils  de  Kounti,  Youd- 
dhishthira  à leur  tète,  joignant  les  mains  au  front,  répon- 
dirent individuellement  : 1,136. 

« Nous  recevons  avec  applaudissement  toutes  ces  pa- 
roles de  toi,  souverain  des  hommes  ; nous  sommes  heureux 
que  tu  aies  été,  aujourd’hui  même,  délivré  de  tes  enne- 
mis 1 » 1,137. 

L'âme  satisfaite,  le  plus  excellent  des  rois,  le  monarque 


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VIRATA-PAKVA. 


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» 


des  Matsyas,  Viràta  aux  longs  bras,  adressant  la  parole  à 
Youddhishthira,  lui  dit  : 1,188. 

« Va  ! je  te  sacrerai  aujourd’hui  : que  ton  excellence 
soit  pour  nous  le  roi  des  Matsyas,  je  te  donnerai,  à ton 
gré,  tout  ce  que  désire  ton  cœur,  quelque  difficile  à acqué- 
rir que  soit  cette  chose  sur  la  terre  : des  pierres  fines,  des 
vaches,  de  l'or  et  même  des  perles.  1,130 — 1,140. 

» Vaiyàghrapadya , le  plus  grand  des  brahmes,  que 
l’adoration  te  soit  adressée  de  toutes  les  manières  ; c’est 
grâce  à toi  que  je  revois  aujourd'hui  mon  royaume  et  mes 
fils.  1,141. 

> Je  ne  suis  pas  allé  sous  le  pouvoir  de  l’ennemi,  et 
c'est  pour  moi  une  cause  do  fierté!  * Youddhishthira 
répondit  ensuite  au  Matsya  : 1,142. 

« Je  me  réjouis  de  ton  langage  ; la  parole,  que  tu  dis, 
Matsya,  est  belle.  Toujours  dévoué  à la  bonté,  jouis  sans 
cesse  d'une  félicité  parfaite.  1,143. 

» Que  des  messagers  aillent  à toute  bride,  sire,  dans  ta 
ville  porter  à tes  amis  des  nouvelles  agréables  et  qu’ils  y 
proclament  ta  victoire.  » 1,144. 

D’après  ces  paroles,  le  roi  Matsya  donna  cet  ordre  aux 
messagers  : « Allez  dans  ma  ville  ; annoncez-y  la  victoire, 
que  j’ai  remportée  dans  la  bataille.  1,146. 

• Que  les  jeunes  princesses  bien  parées  et  les  courti  - 
sanes  dans  les  plus  beaux  atours  fassent  hors  des  rem- 
parts le  tour  de  la  ville,  accompagnées  de  tous  les  instru- 
ments de  musique.  » 1148. 

A peine  eurent-ils  entendu  ce  commandement  que, 
pressés  par  le  roi  Matsya,  les  envoyés,  mettant  son  ordre 
sur  leur  tête,  partirent,  l'âme  empressée  ; ils  arrivèrent 
là,  après  une  nuit  de  voyage,  au  lever  du  soleil,  et,  par- 


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216 


LE  MAHA-BHARATA. 


venus  dans  le  voisinage  de  la  cité  de  Viràta,  ils  procla- 
mèrent sa  victoire.  1147 — 1148. 

Quand  le  Matsya  se  fut  échappé  des  mains  du  Trigarta, 
Douryodhana  eut  envie  d’enlever  les  vaches  et  s'avança 
plus  près  de  Viràta  avec  ses  ministres,  1149. 

Bhishma,  Drom,  Karna  ut  Kripa,  instruit  dans  les 
plus  grands  des  astras,  le  lils  de  Drona,  sire,  celui  de 
Soubala  et  Douççàsana,  1 150. 

Vivinçati,  Vikarna,  le  vigoureux  Tchitraséna,  Dour- 
moukha,  Doussaha  et  les  autres  héros.  1151. 

Ces  guerriers  s’approchent  donc,  et,  leur  bruit  ayant 
forcé  à s’enfuir  les  Matsyas  du  roi  Viràta,  ils  ravissent 
avec  vigueur  et  rapidité  la  richesse  des  vaches.  1152. 

Les  enfants  de  Rourou  environnent  de  tous  les  côtés 
avec  la  grande  multitude  déleurs  chars  et  chassent  devant 
eux  soixante  mille  vaches.  1153. 

Tandis  que  ces  héros  donnaient  la  mort  aux  pâtres,  un 
immense  bruit  s'éleva  des  huttes  pastorales  dans  cet  ef- 
frayant combat.  1154. 

Le  surveillant  des  bouviers,  tremblant  d'épouvante, 
monta  sur  son  char  et  précipita  sa  course  vers  la  ville  en 
poussant  des  cris  de  détresse.  1155. 

11  entra  dans  la  cité  du  roi;  il  se  dirigea  vers  le  palais 
du  monarque,  et,  descendant  à la  hâte  de  son  char,  il 
s’introduisit  pour  lui  raconter  cet  évènement.  1156. 

11  vit  le  fils  superbe  du  roi  Vlatsya,  nommé  Buumin- 
djaya,  et  lui  raconta  au  complet  l'enlèvement  des  vaches. 

« Les  fils  de  Rourou,  lui  dit-il,  ont  chassé  devant  eux 
soixante  mille  vaches.  Lève-toi,  incrément  du  royaume, 
pour  reconquérir  cette  richesse  de  vaches.  1157 — 1158. 

» Désireux  d’obtenir  le  bien,  sors  promptement  toi- 


É 


VIRATA-PARVA.  217 

même,  fils  de  roi  : en  effet,  le  Matsya,  souverain  de  la 
terre,  t’a  laissé  dans  cette  ville  pour  la  défendre  en  son 
absence.  1159. 

» ('.'est  de  toi  que  le  monarque  des  hommes  se  glorifie 
au  milieu  de  sa  cour  : « Mon  fils,  dit-il,  semblable  à moi 
et  continuateur  de  ma  race,  est  un  héros  ! 1100. 

» Adroit  à manier  Tare  et  la  flèche,  mon  fils  ne  cesse 
pas  d’être  héroïque.  » Que  l’Indra  des  enfants  de  Manou 
ait  dit  cette  parole  dans  la  vérité.  1101 . 

» Triomphe  des  Kourouides  et  ramène  les  bestiaux,  è 
le  plus  puissant  de  leurs  maîtres  ; consume  les  armées  de 
Kourou  par  la  terrible  splendeur  de  tes  flèches,  par  les 
dards  aux  nœuds  inclinés,  à l’empennure  d’or,  envoyés 
par  ton  arc.  Brise  les  bataillons  des  ennemis,  comme  un 
éléphant  conducteur  d’un  troupeau  sauvage. 

1162—110». 

» Fais  résonner  au  milieu  des  ennemis  la  vlnà  de  ton 
arc  à la  corde  excellente,  au  grand  son,  qui  a les  flèches 
pour  mode  de  musique,  le  bois  de  cette  arme  pour  chevalet 
et  la  maàurvî  pour  ses  cordes.  1164. 

» Que  tes  blancs  coursiers,  semblables  à l'argent, 
soient  attelés  à tou  char,  et  que  l’on  y arbore,  sire,  ton 
drapeau  blond  comme  un  lion.  1105. 

» Que,  décochées  par  ta  main,  tes  flèches  à la  pointe 
étincelante,  empennées  d’or,  qui  détruisent  la  route  des 
rois,  masquent  la  vue  de  leur  soleil  ! 1160. 

» Après  que  tu  auras  vaincu  dans  le  combat  tous  les 
Kourouides,  tel  que  le  Dieu  armé  de  la  foudre  anéantit  les 
Asouras,  et  moissonné  une  grande  renommée,  rentre  alors 
dans  la  ville  ! 1107. 

« En  effet,  toi,  le  fils  du  roi  de  Matsya,  tu  es  la  voie  supé- 


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218  LE  MAHA-BHARATA. 

rieure  du  royaume,  comme  Arjouna,  le  meilleur  des  con- 
quérants, est  celle  des  fds  de  Pàndou.  1,168. 

» Sans  doute,  ton  altesse  est  ainsi  l’asile  même  des 
hommes,  qui  habitent  le  royaume  ; que  tous  les  régni- 
coles  aient  donc  aujourd’hui  leur  asile  en  toi  ! » 1,169. 

A ce  langage  terrible,  qu’on  lui  adressait  au  milieu  des 
femmes,  il  répondit  ces  mots,  la  jactance  à la  bouche, 
dans  le  gynœcée  : 1,170. 

« Aujourd’hui,  armé  d'un  arc  solide  , je  suivrais  les 
traces  des  vaches,  si  j’avais  un  cocher,  qui  sut  l’art  de 
conduire  les  chevaux.  1.171. 

» Mais  je  ne  connais  pas  d'homme,  qui  puisse  con- 
duire les  miens,  cherchez-moi  promptement  un  cocher  : 
car  je  suis  prêt  à marcher.  1,172. 

» 11  y a vingt-huit  jours  ou  un  mois  peut-être  depuis 
qu'une  grande  bataille  fut  livrée  ici,  où  mon  cocher  fut 
tué.  1,173. 

> Mais,  quand  on  m'aura  donné  un  autre  homme,  qui 
sache  conduire  les  chars  et  les  chevaux,  je  m’avancerai 
à la  hâte;  j'aborderai,  malgré  les  chars,  les  coursiers  et 
les  éléphants,  dont  elle  est  remplie,  cette  armée  des  en- 
nemis aux  grands  drapeaux  arborés  ; et,  vainqueur  des 
Kourouides  sans  courage,  privés  de  la  majesté  des  ar- 
mées, je  ramènerai  les  vaches.  1,174—1,175. 

» Tel  que  le  Dieu,  qui  porte  la  foudre,  glace  d’épou- 
vante les  Asouras,  tel  j'inspirerai  la  terreur  dans  une 
bataille  à Douryodhana,  au  fils  de  (.iântanou,  à karna,  le 
ûls  du  Soleil,  â kripa,  à Dronaet  son  fils,  à tous  ces guer- 
rie  aux  grandes  flèches,  ligués  pour  le  pillage  ; et,  dans 
cet  instant  même,  je  ramènerai  ici  nos  bestiaux. 

1,176—1,177. 


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V1RATA-PARVA. 


210 


k Les  Kourouides,  s’étant  approchés  d'une  cité  vide,  en 
ont  enlevé  la  richesse  des  vaches  : estr-ce  qu’il  m’était 
possible  de  les  empêcher,  puisque  je  n’étais  point  là  ? 

» Que  les  fils  rassemblés  de  Kourou  voient  aujourd’hui 
ma  vaillance  : est-ce  que  le  fameux  Prithide  Arjouna,  en 
personne,  serait  capable  de  nous  arrêter  ? » 

1,178—1,179. 

Aussitôt  qu’il  eut  entendu  cette  parole,  qu’avait  pro- 
noncée le  fils  du  roi,  Arjouna  se  rendit  à l’heure  de  la 
nuit  vers  sa  chère  et  vertueuse  épouse,  la  délicate  fille  de 
Droupada,  Pântchàli,  la  fille  du  Feu,  elle,  qui,  douée  des 
qualités  de  la  droiture  et  de  la  vérité,  mettait  son  plaisir 
dans  l’utile  et  l'agréable  de  ses  époux.  1,180 — 1,181. 

Instruit  de  toutes  les  choses,  il  dit  en  secret  ces  mots 
avec  joie  à Rrishnà  : « Répète  vite,  noble  dame,  ces  pa- 
roles de  ma  part  à Outtara  : 1,182. 

o Cet  homme,  estimé  pour  sa  fermeté,  était  le  cocher 
d’un  fils  de  Pândou  : il  sera  ton  fortuné  cocher  dans  les 
grandes  batailles.  » 1,183. 

Pântchâl!  ne  put  supporter  cette  parole,  que  le  jeune 
prince  ne  cessait  de  répéter  au  milieu  des  femmes,  et, 
s’approchant  du  milieu  d’elles,  la  vertueuse  dame  lui  dit 
lentement  avec  pudeur  ces  mots,  dont  Bibhatsou  l'avait 
chargée:  1,184—1,185. 

« Ce  jeune  homme,  de  qui  l’aspect  est  si  aimable,  qui 
ressemble  à un  grand  éléphant  et  qui  est  appelé  Vrihan- 
nalà,  fut  le  cocher  du  fils  de  Prithâ.  1,18(5. 

» Il  fut  le  disciple  de  ce  magnanime  et  son  égal  pour  la 
science  de  l’arc  : je  l’ai  vu  jadis  un  jour  que  j’allais  chez 
les  fils  de  Pândou.  1,187. 

>■  Quand  le  feu  consuma  d'un  incendie  la  forêt  Khàn- 


220 


LE  MAHA-BHARATA. 


dava,  il  dirigeait  les  excellents  coursiers d’Arjouna.  1,188. 

» Ce  fut  avec  lui  que  le  fils  de  Prithà  vainquit  entière- 
ment tous  les  êtres  dans  le  pays  de  Khândava  : il  n'éxiste 
pas  un  cocher  tel  que  lui.  » 1,189. 

« Artisane,  lui  répondit  Outtara,  tu  connais  ce  jeune 
homme.  Plût  au  ciel  qu’il  ne  fut  pas  eunuque  ! Je  ne  puis, 
femme  charmante,  parler  à Vrihannalâ  et  lui  dire  moi- 
même:  « Conduis  mes  chevaux  ! » 1,190. 

« Cette  jeune  princesse  charmante,  qui  est  ta  sœur, 
héros,  moins  âgée  quê  toi,  reprit  Draàupadl,  voudra  bien 
lui  parler:  il  n'y  a là  aucun  doute.  1,191. 

» S'il  est  ton  cocher,  tu  vaincras  infailliblement  tous 
les  fils  de  Kourou;  et  ton  retour  est  certain,  ayant  repris 
les  vaches.  » 1,192. 

A ces  mots  de  Partisane,  il  parla  à sa  sœur  : « Va, 
dame  au  corps  sans  défaut,  et  amène  ici  Vrihannalâ.  » 

Envoyée  par  son  frère,  elle  s’en  alla  d'un  pied  rapide  à 
la  salle  de  danse,  où  le  Pàndouide  aux  longs  bras  se  tenait 
caché  sous  son  déguisement.  1,193 — 1,104. 

Dépêchée  par  son  frère  aîné,  l'illustre  et  bien  candide 
vierge  courait,  ornée  de  bouquets  d'or.  D'une  taille  à pas- 
ser dans  une  bague,  semblable  aux  pétales  les  plus  char- 
mants du  lotus,  paone  svelte  au  corps  séduisant,  aux  pau- 
pières annelées,  à la  ceinture  de  pierreries  diverses,  la 
tille  du  roi  des  Matsyas,  environnée  de  splendeur,  arriva 
à la  maison  de  danse  comme  un  éclair  vient  au  nuage. 

1,195—1,196. 

La  jolie  vierge,  bien  irréprochable  en  tous  ses  membres, 
aux  cuisses  adhérentes,  pareilles  à la  trompe  des  élé- 
phants, aux  belles  dents,  à la  taille  gracieuse,  parée  des 
plus  ravissants  bouquets,  s'approcha  du  fils  de  Prithà 


VIUATA-PARVA. 


221 


comme  la  femelle  d’un  proboscidien  s’approche  de  son 
époux.  1,107. 

La  fille  renommée  aux  grands  yeux  de  Viràta,  bien  ad- 
mirable à voir,  honorée,  chérie,  la  perle  du  cœur  et  telle 
que  la  Lakshmi  du  roi,  répondit  en  face  aux  paroles 
d’Arjouna.  1,198. 

Le  fils  de  Prithà  dit  à la  jeune  princesse  aux  cuisses 
bien  jointes,  à la  peau  flamboyante  comme  l’or  : « Pour 
quelle  raison  es-tu  venue,  dame  aux  yeux  de  gazelle  et 
qui  portes  des  bouquets  d’or?  Pourquoi  viens-tu  comme 
d'un  pied  hâté?  1,199. 

» Pourquoi,  ma  belle,  ton  visage  n'est-il  point  radieux? 
Dis-moi  promptement  la  vérité,  ma  dame.  » 1,200. 

Quand  il  vit  la  fille  aux  grands  yeux  du  monarque,  ami 
il  dit  en  souriant  à cette  amie  : « Quelle  fut  la  cause  de  ta 
venue  (1)?»  1,201. 

S’approchant  de  l'éminent  personnage  et  manifestant 
sa  bienveillance,  la  princesse  lui  dit  ces  paroles  au  milieu 
de  ses  amies:  1,202. 

# Les  fils  de  Kourou  ont  enlevé  les  vaches  de  notre 
royaume,  Vrihannalà  ; mon  frère,  portant  son  arc,  ira  les 
reconquérir.  1,203. 

» Le  conducteur  de  son  char  fut  tué  dans  un  combat,  il 
n'y  a pas  encore  long-temps  : nul  cocher  n’est  égal  à cet 
homme  pour  en  exercer  les  fonctions.  1,204. 

» Tandis  que  toutes  ses  pensées  roulaient  sur  la  con- 
duite de  son  char,  Partisane  lui  a parlé,  Vrihannalà,  de 
ton  habileté  dans  la  science  des  chevaux.  1,203. 


(i)  Deux  réfactions  différentes  paraissent  ici  se  mêler,  et  par  suite  ce 
vers  et  même  le  suivant  deviennent  une  redondance  inutile. 


222 


LE  MAHA-BHAKATA. 


» Jadis,  assurément,  tu  fus  le  cocher  bien-aimé  d’Ar- 
jouna;  aidé  par  toi,  le  plus  grand  des  Pàndouides  a con- 
quis la  terre.  Allons,  Vrihannalà  ! remplis  auprès  de  mon 
frère  les  fonctions  de  son  cocher.  1,200. 

» Les  Kourouides  ont  ravi  nos  vaches  loin  de  nom; 
et  toi,  à qui  je  donne  maintenant  crt  ordre,  eu  te  par- 
lant avec  bienveillance,  tu  ne  rejetteras  pas  ma  parole 
plus  loin  encore,  ou  j'abandonnerai  ma  vie.  » A ce  lan- 
gage, que  lui  adressait  la  charmante  princesse,  son  amie, 
le  destructeur  des  ennemis  se  rendit  en  la  présence  du  fds 
de  roi  à la  force  sans  mesure.  Telle  que  la  femelle  d’un 
éléphant  suit  son  petit:  telle  la  vierge  aux  grands  yeux  le 
suivit,  marchant  à grands  pas  comme  un  éléphant  enivré. 
Du  plus  loin  que  le  fils  de  roi  l’aperçut,  il  lui  dit  : 

1,207 — 1,208 — 1 ,200 — 1 ,210. 
h C’est  avec  toi  pour  son  cocher  que  Dhanandjaya,  le 
fils  de  Kountl,  a rassasié  le  feu  dans  la  forêt  Khandava  et 
conquis  entièrement  la  terre.  1,211. 

» C’est  Partisane,  qui  me  l’a  dit;  elle  connaît  les  fils  de 
Pândou.  Gouverne  donc  mes  chevaux,  toi!  Vrihannalà. 

» Je  vais  combattre  avec  les  fils  de  Kourou,  animé  par 
l’espoir  de  recouvrer  nos  richesses  de  vaches.  Tu  fus, 
certes  ! jadis  le  cocher  favori  d’ Arjouna  ! 1 ,212 — 1,213. 

« Secondé  par  toi,  l’éminent  Pàndouide  a conquis  la 
terre  ! » A ces  mots,  Vrihannalà  répondit  au  fils  du  roi  : 

« D’où  me  serait  venu  ce  don  pour  conduire  un  char  au 
front  des  batailles  ? Ou  le  chant,  ou  la  danse,  ou  les  ins- 
truments de  musique,  je  ferai  bien,  s’il  te  plaît,  chacune 
de  ces  choses  en  particulier  : mais  comment  conduirais- 
je  un  char?»  1,214 — 1,215 — 1,216. 

a Redeviens  après,  ou  chanteur,  ou  danseur,  Vrihan- 


DigitizécTBy  tiooÿe 


VIRATA-PARVA. 


223 


nalà,  reprit  Outtara  ; mais,  sans  plus  tarder,  monte  sur 
mon  char,  et  conduis  mes  rapides  coursiers.  » 1,217. 

Alors,  quoiqu’il  sut  tout,  le  Pàndouide,  dompteur  des 
ennemis,  fit,  en  présence  de  la  princesse  Outtarà,  beau- 
coup de  choses  par  manière  de  plaisanterie.  1,218. 

Il  éleva  une  cuirasse  et  la  laissa  retomber  sur  son  corps: 
à cette  vue,  les  princesses  aux  grands  yeux  partent  d’un 
éclat  de  rire.  1,219. 

Outtara,  l’ayant  vu  l’esprit  troublé  lui-même  à ces  ris , 
revêtit  de  ses  mains  Vrihannalà  d’une  cuirasse  de  grand 
prix.  1,220. 

Portant  sur  sa  personne  une  cuirasse  d’élite  et  bien 
rayonnante,  arborant  un  lion  pour  son  drapeau,  il  l’ins- 
titua son  cocher  à la  tête  de  son  char.  1,221. 

11  prit  des  arcs  précieux,  des  flèches  nombreuses  et  lui- 
santes; puis,  l'adolescent  héros  s'avança,  ayant  Vrikan- 
nalà  pour  cocher.  1,222. 

Outtarà  et  les  jeunes  princesses,  ses  amies,  dirent  à 
celui-ci:  «Vrihannalà,  apporte-nous  des  robes  éblouis- 
santes ! 1 ,223. 

» Différents  tissus,  déliés  et  doux,  pour  nos  poupées, 
quand  tu  auras  vaincu  Bhtshma,  Drona  et  les  principaux 
Kourouide3,  venus  à la  bataille.  » 1,224. 

Le  fils  de  Pândou  et  de  Kounti,  avec  une  voix,  dont  le 
son  ressemblait  aux  tambours  des  nuages,  répondit  en 
riant  à ces  jeunes  filles,  qui,  de  compagnie,  le  saluaient 
de  ces  adieux  : 1 ,225. 

« Si  Outtara,  que  voici,  triomphe  des  héros  dans  la 
bataille,  oui  I je  vous  rapporterai  des  robes  éclatantes  et 
célestes!»  l,22d. 

A ces  mots,  le  héros  Blbhalsou,  la  face  tournée  aux 


22â 


LE  MAHA-BHARATA. 


Kourouides,  ombragés  de  maints  drapeaux  et  de  nom- 
breux étendards,  pressa  de  l’aiguillon  seschevaux.  1,227. 

Quand  ils  virent  Outtara  ,atix  longs  bras,  monté  dans  le 
plus  magnifique  des  chars  et  Vrihannalâ,  qui  l'accompa- 
gnait, les  femmes,  les  jeunes  filles  et  les  pieux  brahmes 
décrivirent  un  pradakshina,  et  les  dames  lui  dirent': 

« Que  les  bénédictions,  qui  furent  jadis  répandues  sur 
Arjouna,  partant,  semblable  à un  taureau,  pour  l'incendie 
du  Khàndava,  t’accompagnent  aujourd'hui,  toi,  Vrihan- 
nalâ, et  le  prince  Outtara,  quand  vous  aurez  joint  les  en- 
fants de  Kourou  dans  la  bataille  ! » 1,228 — 1,220. 

Aussitôt  qu’ils  furent  sortis  de  la  cité  royale,  le  fils  de 
Virâta  dit  avec  intrépidité  à son  cocher  : « Avance-toi 
jusqu'où  sont  parvenus  les  enfants  de  Kourou.  1,230. 

» Une  fois  que  j’aurai  triomphé  de  tous  les  Kourouides, 
que  le  désir  de  nous  vaincre  a rassemblés,  je  rentrerai  dans 
cette  ville,  leur  ayant  repris  nos  vaches  ! » 1,231. 

Alors,  le  fils  de  Pândou  aiguillonna  les  bons  coursiers  ; 
et,  stimulés  par  ce  lion  des  hommes,  les  chevaux  avaient 
la  rapidité  du  vent.  1,232. 

Les  sonipèdes  aux  guirlandes  d'or  rasaient,  pour  ainsi 
dire,  l’espace,  qui  disparaissait  devant  eux.  Ils  ne  s’étaient 
pas  avancés  bien  loin,  quand  Dhanandjaya  et  le  fils  du 
Matsya,  1,233. 

Ces  deux  iinmolateurs  des  ennemis,  aperçurent  l'armée 
des  robustes  enfants  de  Kourou.  Arrivé  près  du  cimetière, 
Arjouna  se  rencontra  avec  les  Kourouides.  1 ,231. 

Bientôt  ils  virent  tous  deux  cette  immense  armée,  qui 
paraissait,  dans  sa  grandeur,  semblable  à une  mer. 

Le  Prithide  observa  ces  bataillons,  comme  une  forêt  aux 
arbres  nombreux,  qui  voyage  dans  l’air.  La  poussière, 


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V1RATA-PARVA. 


225 

qu'elle  soulevait  dans  sa  marche,  0 le  plus  vertueux  des 
Kourouides,  dérobait  aux  êtres  la  vision  et  montait  jus- 
qu'au ciel.  A l'aspect  de  cette  grande  armée,  remplie  de 
chars,  de  chevaux  et  d’éléphants,  défendue  par  Douryo- 
dhana  et  Karna,  par  Kripa,  le  fils  de  Çantânou,  Drona,  le 
prudent  archer,  et  son  fils,  le  Virâtide,  ému  de  peur,  son 
poil  hérissé  d’épouvante,  dit  au  fils  de  Prithâ  : 

1,235—1,236—1,237—1,238—1,239. 

« Je  ne  puis  combattre  avec  les  Kourouides  ; vois,  en 
effet,  mon  poil  se  hérisser.  Il  me  serait  impossible  de  ré- 
sister à cette  immense  armée  des  Kourouides,  plus  que 
terrible,  aux  nombreux  héros,  inaffrontable  aux  Dieux 
mêmes.  Je  n’ai  pas  envie  d’entrer  dans  cette  armée  des 
Bharatides  aux  arcs  épouvantables,  impénétrable  par  les 
chevaux,  les  éléphants  (1),  les  chars,  toute  remplie  de 
fantassins  et  de  drapeaux.  Depuis  que  j’ai  vu  ces  ennemis 
dans  la  plaine,  mon  cœur  en  est  comme  troublé. 

» Là,  sont  Drona,  Bhishma  et  Kripa,  Karna,  Avinçati, 
Açvatthâman  et  Vikarna,  et  Souiadatta,  le  Vàlhika, 

» Et  Douryodhona,  l'héroïque  roi,  le  plus  vaillant  des 
maîtres  de  chars  : tous,  remplis  de  splendeur,  sont  des 
héros  aux  grandes  (lèches,  instruits  dans  l’art  des  combats. 

1,240  - 1 ,241—1,242—1,243—1,244. 

» A la  vue  de  ces  combattants  Kourouides,  immense 
armée,  mon  poil  s’en  est  dressé  d’horreur,  et  le  découra- 
gement est  tombé  sur  mon  âme!  ■■  1,245. 

L’insensé,  qui  n'était  pas  le  produit  de  l’illusion,  gémit 
aux  oreilles  du  faux  eunuque,  que  l’illusion  avait  produit, 
et  se  plaignit  sous  les  yeux  de  l’Ambidextre  : 1,246. 


(i)  Gênât , porte  l’édition;  il  faut  ndgâs. 

V 


15 


226 


u:  maua-bhahata. 


n Mon  père  s’en  est  allé  contre  les  Trigartas,  sans 
daigner  s’occuper  de  moi  dans  la  villedéserte  : il  aemmené 
toute  l’armée  et  je  n'ai  point  ici  de  guerriers!  1,247. 

» Moi  seul  ici,  un  enfant  ! qui  ne  me  suis  point  fatigué 
à pratiquer  les  armes,  comment  pourrai-je  résister  à de 
nombreux  ennemis,  consommés dansl'exercice  des  armes? 
Retourne  sur  tes  pas,  Vrihannalà.  » 1,248. 

Celui-ci  répondit  : « Tu  as  les  formes  abattues  par  la 
terreur  ; ce  qui  augmente  ici  l’ardeur  des  ennemis.  Ce- 
pendant, ils  n'ont  pas  encore  fait  une  seule  prouesse  sur  le 
champ  de  bataille.  1,249. 

» Tu  m’as  dit  toi-même  : « Conduis-moi  vers  les  Kou- 
rouides ! v Eh  bien  ! je  vais  te  conduire  là  où  les  dra- 
peaux sont  en  plus  grand  nombre.  1,250. 

» Je  vais  te  mener,  dans  un  instant,  guerrier  aux  longs 
bras,  au  milieu  des  Kourouides,  ces  rapaces  vautours,  qui 
viennent  livrer  b i taille  sur  la  terre  elle-même.  1,251. 

a Pourquoi  ne  veux-tu  plus  combattre,  maintenant  que 
tu  es  sorti,  ayant  promis,  en  te  glorifiant,  du  courage  au 
milieu  des  hommes  et  des  femmes  ! 1,252. 

» Si  tu  reviens,  sans  avoir  reconquis  tes  vaches  prises, 
les  héros,  les  hommes  et  les  femmes  de  compagnie  se 
riront  de  toi!  1,253. 

» Moi-même,  appelé  par  l’artisane  à cette  fonction  de 
conduire  ton  char,  je  ne  pourrai  plus  m’avancer  dans  la 
ville,  si  je  n'y  suis  accompagné  de  la  victoire  1 1,254. 

» Après  cet  éloge  de  l'artisane  et  ce  discours  de  toi, 
co. oment  ne  combattrais-je  pas  tous  les  Kourouides  ! Rap- 
pelle à toi  la  fermeté  ! » 1,255. 

« Que  les  Kourouides  en  plus  grand  nombre  enlèvent, 
s’ils  veulent,  les  richesses  des  Matsyas,  reprit  Outtara  : 


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VIRATA-PARVA. 


357 


que  les  hommes  et  les  femmes  scrient.de  moi,  Vrihannalâ; 

» Que  mes  \ aches  s’en  aillent  ; mon  alTaire  n'est  pas 
dans  une  bataille.  La  capitale  est  vide  de  ma  présence,  et 
j’ai  peur  de  mon  père.  » 1,25(1 — 1,257. 

Et,  ce  disant,  le  prince  aux  riches  pendeloques  saute  it 
bas  du  char  et  s'enfuit,  épouvanté,  ayant  abandonné  l’or- 
gueil et  la  fierté,  ayant  déserté  même  son  arc  et  ses  flèches. 

« La  fuite,  lui  criait  Vrihannalâ,  n’est  pas  le  devoir, 
que  les  héros  ont  recommandé  au  kshatrya.  Mieux  vaut 
mourir  dans  un  combat,  que  s’enfuir  épouvanté  ! » 

1,258—1,269. 

A ces  mots,  le  fils  de  Kounti,  Dhanandjaya  saute  à bas 
du  char  superbe  et  se  met  à poursuivre  le  fils  de  roi 
dans  sa  course.  1,260. 

11  agitait  sa  longue  tresse  de  cheveux  et  ses  vêtements 
d'un  blanc  pur  ; et  qui  que  ce  soit  alors,  dans  l'armée,  ne 
putreconualtre,  à cette  tresse  de  cheveux  agitée,  Arjouna, 
qui  courait.  1,263 — 1,261. 

Certains  guerriers  se  prennent  à rire  envoyant  une  telle 
forme,  qui  semblait  fuir  devant  eux  ; et  les  Kourouides  se 
disent  fun  à l'autre,  à la  vue  de  sa  course  rapide  ; 

« Qui  est-ce  qui  se  dérobe  sous  ce  travestissement, 
comme  le  feu  sous  la  cendre  ? Il  y a là  quelque  chose  de 
l’homme  et  quelque  chose  de  la  femme.  1,262 — 1,263. 

» 11  y a identité  de  formes  entre  lui  et  Arjouna  ; mais  il 
porte  l’extérieur  d’un  eunuque.  C’est  là  cependant  sa  tête, 
son  cou,  ses  bras,  qui  ressemblent  à des  massues.  1,264. 

» Tel  est  aussi  son  courage  : ce  ne  peut  être  un  autre 
que  Dhanandjaya!  De  même  qu’Indra  est  parmi  les  Im- 
mortels, de  même  Dhanandjaya  est -il  entre  les  enfants  de 
Manou.  1,265. 


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228 


LE  MAHA-BHAKATA. 


» Quel  autre  dans  le  monde  serait  venu  seul  au-devant 
de  nous,  si  ce  n’est  Dhanandjaya  ? Le  fils  de  Virâta  fut 
laissé  seul  dans  la  cité  vide.  1,266. 

» C’est  lui,  sans  doute,  qui  est  sorti,  poussé  par  une 
témérité  d’enfant,  non  par  son  courage.  Outtara,  qui  a 
fait  son  cocher  d’Arjouna,  le  fils  de  Prithà,  qui  erre  peut- 
être  caché  sous  ce  déguisement,  s’est  aventuré  à sortir 
hors  de  la  ville.  Mais,  effrayé  à notre  vue,  pen.sons-nous, 
c’est  lui,  qui  s’enfuit;  et  Dhanandjaya  court,  sans  doute, 
pour  l’arrêter.  » 1,267 — 1,268—1,269. 

Ainsi  pensaient  individuellement  tous  les  Kourouides  A 
l’aspect  du  fils  de  Pândou,  caché  sous  ce  travestissement, 
Bharatide  ; mais  ils  ne  purent  arrêter  aucune  conclusion 
certaine  à ce  sujet.  Dhanandjaya  poursuivait  donc  Outtara 
fuyant.  1,270 — 1,271. 

Quand  il  eut  couru  légèrement  une  centaine  de  pas,  il 
le  saisit  par  ses  cheveux  épars.  Arrêté  par  Arjouna,  le  fils 
de  Virâta  gémit  en  des  cris  de  détresse  différemment  pi- 
toyables. 1,272—1,273. 

« Écoute,  disait-il,  noble  Vrihannalà  à la  taille  gra- 
cieuse (1),  fais  vite  retourner  le  char  sur  ses  pas  ; les  yeux 
du  vivant  peuvent  seuls  voir  des  choses  heureuses.  1,27A. 

» Je  te  donnerai  cent  nishkas  d’un  or  pur  et  huit  gemmes 
de  lapis-lazuü,  enchâssées  dans  l'or  et  du  plus  grand 
éclat  ; 1,275. 

» En  outre  un  char  couvert  d’un  plaqué  d'or  et  attelé 
de  chevaux  pleins  d’ardeur,  avec  dix  éléphants,  arrosés 
de  mada.  Lâche-moi  donc,  Vrihannalà  ! » 1,276. 

(1)  Il  parle  au  féminin  k Arjouna,  parce  que  celui-ci  se  fait  passer  pour 
eunuque  et  que  c'est  le  langage  adopté  dans  l'Inde  auprès  de  ces  êtres,  qui 
ont  perdu  avec  leur  virilité  leur  qualité  d'hommes. 


n 


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V1KATA-PAKVA. 


220 


Le  tigre  des  hommes,  fils  de  Prithà,  le  ramena  en  riant 
auprès  du  char  et  dit  au  jeune  homme,  mourant  de  (leur, 
hors  de  lui-même,  la  connaissance  perdue  et  qui  soupi- 
rait ainsi  des  paroles  consternées  : « Si  tu  ne  peux  com- 
battre avec  les  ennemis,  Ô toi,  qui  traln-s  les  cadavres  de 
tes  ennemis,  1,277 — 1,278. 

» Marche  ! conduis  les  chevaux  pour  moi,  qui  vais  com- 
battre avec  les  ennemis.  Avance-toi,  protégé  par  la  force 
de  mon  bras,  contre  cette  armée  de  chars,  1,279. 

» Armée  terrible,  défendue  par  des  héros  courageux,  la 
plus  invincible,  gui  toit  au  inonde.  Ne  crains  pas,  fils  aîné 
de  roi  ! N’es-tu  pas  kshatrya,  destructeur  des  ennemis  ? 

» Comment,  tigre  des  hommes,  peux-tu  manquer  de 
courage  au  milieu  des  ennemis?  Moi,  je  combattrai  avec 
les  Kourouides,  et  tes  bestiaux  seront  ma  conquête  ! 

1,280—1,281. 

» Entré  dans  cette  armée  de  chars,  invincible,  inaiîron- 
table,  redouble  d'attention,  ûle  plus  vertueux  des  hommes: 
c'est  moi,  qui  combattrai  avec  les  Kourouides  ! » 1,282. 

Quand  il  eut  parlé  ainsi  au  Viràtide,  le  fils  de  Prithà, 
le  plus  vaillant  des  guerriers,  Blbhatsou,  qui  ne  fut  ja- 
mais vaincu,  ayant  rassuré  un  instant  Outtara,  le  ramena 
au  chai-,  en  dépit  de  sa  résistance,  et  l'y  fit  monter  mal- 
gré lui,  sous  l’oppression  de  la  terreur.  1,283 — 1,284. 

Aussitôt  qu'ils  virent  le  plus  grand  des  hommes,  de- 
bout sur  le  char  dans  son  déguisement  d'eunuque,  mar- 
cher, le  front  tourné  vers  l’acacia,  après  qu’il  eut  fait  mon- 
ter Outtara,  1,285. 

Les  Kourouides,  les  plus  riches  maîtres  de  chars  et  qui 
avaient  pour  chefs  Bhishma  et  I)rona,  tremblèrent  tous  au 
fond  de  leur  âme  dans  la  crainte,  que  leur  inspirait  Dha- 
naudjaya.  1,286. 


■280 


LK  MAU  l-BHAIl  \T.\. 


Le  vieux  Bharadwadjide,  le  plus  vaillant  de  ceux,  qui 
portent  les  armes,  ayant  vu  des  prodiges  merveilleux  et  ses 
compagnons  avec  leur  énergie  détruite,  lit  entendre  ces 
paroles  : 1.287. 

« Le  souffle  âpre,  irrité  des  vents,  promène  une  pluie 
de  sable  ; le  ciel  est  couvert  d’une  obscurité,  dont  la  cou- 
leur est  semblable  à la  cendre.  1,288. 

» Des  nuages  aux  tristes  couleurs  apparaissent,  admi- 
rables à la  vue  ; diverses  armes  sortent  des  fourreaux. 

u Des  chacals  épouvantables  glapissent  dans  la  plage 
enflammée  du  midi  ; les  coursiers  versent  des  larmes  ; les 
drapeaux  saut  ébranlés,  sans  qu'on  les  agite. 

1,289—1,290. 

» Beaucoup  de  choses  frappent  les  yeux  avec  des  formes 
pareilles  ! Que  vos  excellences  déploient  leurs  efforts  : un 
danger  est  imminent.  1,291. 

» Défendez  votre  vie,  rangez  l’armée  en  bataille,  atten- 
dez un  obstacle  et  protégez  nos  richesses  de  vaches. 

» Ce  héros  aux  grandes  flèches,  le  plus  vaillant  de 
tous  ceux,  qui  portent  les  armes,  c’est  Arjouna  lui-même, 
venu  sous  un  habit  d’eunuque  ; il  n’y  a point  ici  lieu  pour 
le  doute.  1,292—1,293. 

n (Test  le  fils  du  Dieu,  qui  brise  les  montagnes  ; c'est  le 
héros,  qui  porte  le  nom  d’un  arbre,  celui,  qui  a pour  dra- 
peau un  singe , ennemi  des  bocages  du  roi  de  Lanka.  Oui! 
fils  de  la  rivière  Gangâ,  ce  guerrier,  qui  se  revêt  d’un 
habit  de  femme,  c’est  Kiritl  même,  par  qui  nous  serons 
vaincus  et  nos  vaches  enlevées  ! 1,294. 

j C'est  le  victorieux  fils  de  Prithà,  c’est  Savyasâtchf 
l’ exterminateur,  à qui  les  Asutiras  et  les  Dieux  mêmes  ne 
feraient  pas  quitter  son  arme.  1 ,295. 

» C’est  ce  héros,  qui  a souffert  dans  la  forêt,  qui  fut 


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VIRVn-PARVA. 


231 


instruit  par  Indra  et  qui,  tombé  sous  le  pouvoir  de  la  co- 
lère, est  égal  à Vâsava  dans  les  batailles.  1.296. 

» de  ne  connais  pas  ici,  enfants  de  Kourou,un  guerrier 
capable  de  lui  tenir  tète,  f-e  fds  de  Prithà,  si  larenommée 
est  vraie,  satisfit  dans  un  combat  sur  le  mont  Himalaya, 
l'auguste  Mahâdéva,  déguisé  sous  l’habit  d’un  chasseur 
montagnard.  •>  1,297 — 1,298. 

o Ta  sainteté,  reprit  Karna,  nous  fait  sans  cesse  des 
reproches  en  exaltant  les  qualités  de  Phàlgouna  : cepen- 
dant Arjouna  ne  remplit  pas  un  seizième  du  diamètre  de 
Douryodhana  et  de  moi.  » 1 ,299. 

« Si  cet  homme  est  le  fils  de  Prithà,  mon  but  sera 
atteint  : en  effet,  souverain  des  hommes,  si  on  les  recon- 
nait,  ces  princes  ne  doivent-ils  pas,  (ils  adoptif  de  Ràdhà, 
retourner  douze  nouvelles  années  dans  la  forêt?  1,300. 

» Ou,  si  cet  homme,  caché  sous  le  travestissement  d’un 
eunuque,  est  un  autre,  je  l’abattrai  sur  le  sol  de  la  terre, 
avec  mes  traits  bien  acérés.  » 1,301. 

Bhishma,  Drona,  Açvatthàman  et  Kripa,  sire,  hono- 
rèrent ce  mouvement  héroïque  en  Douryodhana,  qui  avait 
tenu  ce  langage.  1,302. 

Quand  il  fut  arrivé  auprès  de  l’acacia,  le  fils  de  Prithà 
dit  au  Virâtide,  en  lui  donnant  ses  ordres  (tout  jeune  ado- 
lescent, il  n’était  pas  encore  parfaitement  instruit  dans 
l’art  des  combats)  : 1,303. 

« Rejète  vite  ces  ares  à mon  conseil,  Outtara;  cartes 
armes  ne  pourraient  ici  résister  à ma  force.  1,304. 

» Elles  ne  pourraient  supporter  mon  fardeau  pesant  au 
moment  que  je  broierai  les  chevaux  et  les  éléphants,  ni 
l’action  de  mes  bras  jetés  çà  et  là  pour  vaincre  ici  les 
ennemis.  1,306. 


232 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Monte  donc,  Bhoûtnindjaya,  dans  cet  acacia  touffu  I 
Là,  sont  déposés  les  arcs  des  fils  de  Pàndou.  1,306. 

» Là,  sont  les  drapeaux,  les  (lèches  et  les  célestes  cui- 
rasses d’Youddhishthira,  de  Bhluiaséna,  de  Bibhatsou  et 
des  jumeaux.  1,307. 

» Là,  est  cet  arc  fameux  d'Arjouna,  ce  Gàndtva  à 
l’extrême  vigueur,  qui  seul  est  réputé  valoir  cent  mille 
arcs,  et  recule  les  bornes  d’un  royaume  ; 1,308. 

a Arc  immense,  colossal,  capable  de  résister  à lafatigue, 
égal  au  palmier,  faiL  sur  la  grande  mesure  de  toutes  les 
aimes  et  qui  répandla  terreur  parmi  les  ennemis,  1,309. 

» Long,  poli,  entier,  céleste,  incrusté  d’or,  suffisamment 
lourd  à porter,  épouvantable  et  charmant  les  yeux.  1,310. 

» Telles  sont  même  les  armes  puissantes  et  solides 
d’Youddhishthira,  de  Bhluiaséna,  de  Bibhatsou  et  des 
jumeaux.  » 1,311. 

« A cet  arbre,  ai-je  ouï  dire,  est  lié,  répondit  Outtara, 
le  corps  d'un  homme  mort  : comment,  fils  de  roi,  que  je 
suis,  pourrais-je  le  toucher  de  ma  main  ? 1 ,312. 

» 11  m’est  défendu  tout  contact  avec  de  telles  choses,  à 
moi,  qui  suis  né  kshatrya,  qui  suis  le  noble  fils  d’un  roi, 
et  qui  ai  sans  cesse  devant  les  yeux  mes  obligations  reli- 
gieuses et  les  préceptes  des  maîtres.  1,313. 

» Ou  comment  feras-tu,  Vrihannalà,  que  je  puisse  va- 
quer aux  occupations  coutumières,  quand  l’attouchement 
d’un  cadavre  aura  faitde  moi  un  homme  aussi  impur  qu’un 
porteur  de  morts  ? » 1,314. 

« Tu  pourras  vaquer  à tes  occupations  coutumières  et 
tu  seras  pur,  fils  de  roi,  reprit  Vrihannalà  ; ne  crains  pas! 
Ce  sont  des  arcs  ! 11  n’y  a point  ici  de  cadavre.  1,315. 

» Comment  pourrais- je  t'induire  à un  acte  blâmable, 


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V1RATA-PARVA. 


233 


toi,  prince  vertueux,  fils  du  roi  des  Matsyas  et  né  dans  sa 
noble  famille  ? » 1,310. 

A ces  mots  du  fils  de  Prithà,  le  Viràtide  aux  riches  pen- 
deloques saute  A bas  du  char,  et  monte  alors  de  lui-même 
sur  le  tronc  de  l’acacia  ; 1,317. 

Et  le  meurtrier  des  ennemis,  Dhanandjaya,  du  char, 
où  il  se  tenait,  le  dirige  de  la  voix  : a Descends  ces  ai  es  de 
la  cime  de  l’arbre,  sans  tarder.  1,318. 

r.  Écarte  promptement  l’enveloppe,  qui  les  recouvre  I » 
Outiara  détache  les  arcs  de  grande  valeur,  enlève  les  feuil- 
les, qui  forment  leur  couverture  et  met  à jour  leur  im- 
mense splendeur.  Quand  il  les  eut  de  tous  les  côtés  dégagé 
du  vêtement,  qui  les  enveloppait,  il  vit  l’arc  G&ndivaavec 
les  quatre  autres.  De  ces  arcs  désenveloppés,  qui  av  aient 
l’éclat  du  soleil,  1,319 — 1,320 — 1,321. 

Il  sortit  des  clartés  célestes,  comme  au  lever  des  pla- 
nètes. Aussitôt  qu’il  vit  leur  forme  semblable  à des  ser- 
pents, la  gueule  ouverte,  1,322. 

Le  Viràtide  demeuraun  instant,  le  poil  dressé  d'horreur, 
saisi  d’épouvante  : puis,  il  toucha  ces  arcs  immenses,  lu- 
mineux, sire,  et  tint  ce  langage  à Arjouna  : 1,323 — 1,324. 

« Cet  arc,  sur  lequel  sont  semées  cent  taches  d’or,  qui 
valent  mille  kotis  de  souvarnas,  à qui  est-il  cet  arc  su- 
blime? 1,325. 

» Cet  arc,  sur  le  dos  duquel  reluisent  des  éléphants  d'or 
cuirassés,  aux  flancs  polis,  à la  poignée  facile,  à qui  est-il 
cet  arc  sublime?  1,326. 

» Cet  arc,  sur  le  dos  en  or  pur  duquel  brillent  des 
essaims  séparés  de  coccinelles,  à qui  est-il  cet  arc  su- 
blime? 1,327. 

» Cet  arc,  où  resplendissent  trois  soleils,  revêtus  de 


Lli  MAHA-BHARATA. 


•234 

cuirasses  et  flamboyants  d’éclat,  h qui  est-il  cet  arc  su- 
blime? 1,328. 

» Cet  arc,  où  brillent  des  scarabées  d'or  en  des  orne- 
ments d'or,  à qui  est- il  cet  arc  sublime,  émaillé  d'or  et  de 
pierreries?  1,32». 

» El  ces  mille  flèches  de  fer,  enveloppées  de  cheveux  par 
tous  les  côtés,  à la  pointe  d'argent,  et  déposées  dans  un 
carquois  en  or,  à qui  sont-elles?  1,330. 

» A qui  sont-ils  ces  larges  dards,  aux  plumes  de  vau- 
tour, aigus  comme  des  rochers?  A qui  sont-elles  ces 
flèches  toutes  de  fer,  jaunes,  bien  égales,  teintes  avec  la 
couleur  du  turmeric?  1,331. 

» A qui  cet  arc  noir,  marqué  de  cinq  tigres,  qui  porte 
dix  flèches  mêlées  à des  oreilles  de  sanglier?  1,332. 

» A qui  sont-elles  ces  larges  et  longues  flèches  de  fer, 
au  nombre  de  sept  cents,  avides  de  boire  le  sang  humain, 
et  qui  montrent  la  moitié  du  disque  de  la  lune?  1,333. 

» A qui  sont  ces  dards  jaunes,  empennés  d’or,  où  la 
moitié  inférieure  est  bien  revêtue  d’une  aile  double , sem- 
blable aux  plumes  du  perroquet,  et  la  moitié  supérieure, 
toute  de  fer,  est  réuioulue  sur  la  pierre?  1,334. 

» A qui  est  ce  long  et  céleste  sabre,  inspirant  la  terreur 
aux  ennemis,  aiguisé  sur  le  tranchant,  aiguisé  sur  le  dos, 
et  capable  de  supporter  la  charge  d’un  coup  pesant  ; 

» Large  et  vaste  lame,  à la  grande  poignée,  ornée  de 
clochettes,  déposé  dans  un  fourreau  de  peau  de  tigre, 
gaine  bigarrée  ? 1,335 — 1,33b. 

» A qui  est  ce  divin  cimeterre,  à la  poignée  d’or,  sans  — 
tache  au  plus  haut  degré  ? A qui  ce  cimeterre  pur,  ren- 
fermé dans  un  fourreau  de  cuir?  1,337. 

» A qui  est  ce  sabre  invincible,  du  pays  des  ISishadains, 


-~~Digtte  ed  by  Google 


VIRAT  V-PARYA. 


*»/> 

à la  poignée  d'or,  à la  coquille  d’or,  enfermé  dans  un 
étui  d’ivoire  et  qui  porte  un  coup  infaillible?  1,338. 

» A qui  cette  arme  jaune,  qui  ressemble  au  ciel,  et  qui, 
douée  d'une  force  supérieure,  est  contenue  dans  un 
fourreau  d’or,  pareil  au  soleil  dans  l’heure  de  sa  plus 
grande  chaleur?  1,339. 

» A qui  est-il  ce  sabre  jaune,  pesant,  impitoyable,  sur 
lequel  un  ennemi  n’a  jamais  fait  une  blessure?  Et  ce 
cimeterre  noir  dans  un  fourreau  semé  de  gouttes  d’or  ; 

» Arme  céleste,  dont  le  toucher  ressemble  à la  morsure 
des  serpents,  qui  brise  le  corps  de  ses  adversaires,  jette 
la  terreur  au  milieu  des  ennemis  et  peut  supporter  la 
charge  des  coups  les  plus  pesants?  1,340 — 1,341. 

» Réponds  suivant  la  vérité,  Vrihannalà,  à toutes  ces 
questions,  que  je  t’ai  proposées;  car  un  grand  étonne- 
ment m’a  saisi  à la  vue  de  toutes  ces  armes  gigantesques.» 

« Celui,  sur  lequel  lu  m'as  interrogé  ici  d’abord,  lui 
répondit  Vrihannalà,  les  mondes  savent  que  c’est  l’arc 
Gàndiva,  qu'il  appartient  au  lils  de  Prithà,  et  qu’il  dérobe 
l’existence  aux  armées  ennemies.  1,342 — 1,343. 

» Cette  arme  suprême,  embellie  d’or  par  tous  ses  côtés, 
faite  sur  la  mesure  de  toutes  les  armes,  qui  recule  les 
bornes  d’un  empire  et  qui  est  réputée  en  valoir  cent  mille 
autres,  c’est  le  Gàndiva  d’Arjouna,  armé  duquel  ce  lils 
de  Prithà  triompha  en  bataille  des  hommes  et  des  Dieux. 

1,344-1,345. 

» Grand,  poli,  entier,  admirable,  quand  il  décoche  ses 
traits  variés,  il  sera  des  années  éternelles  en  honneur  chez 
les  Gandharvas,  les  Démons  et  les  Dieux.  1,340. 

» Brahma  d'abord  l'a  porté  mille  années  : ensuite  le 
Pradjapati  l'a  |K>ssédé  immédiatement  après  lui.  1,347, 


LE  MAHA-BH  ARATA. 


2 3 A 

» Indra  trois  fois  cinq  cent,  plus  cinq  années  ; l’auguste 
Yania  cinq  cent  ans  et  Varouna  un  siècle.  1,348. 

» Çwétavàhana,  le  fils  de  Prithà,  en  sera  maître 
cinquante-cinq  années.  Il  porte  ce  grand  arc  d'une  force 
merveilleuse,  sublime,  céleste,  d'une  beauté  suprême,  ho- 
noré par  les  mortels  et  les  Dieux,  qui  est  venu  de  Varouna 
au  fils  de  kounti.  1,349 — 1,350. 

» Cet  arc  aux  flancs  polis,  à la  poignée  d'or,  est  l'arme, 
avec  laquelle  Bhimaséna  l'exterminateur,  le  fils  de  Prithà, 
a conquis  toute  la  contrée  orientale.  1,351. 

» Cet  autre,  semé  de  coccinelles  et  charmant  aux 
yeux,  est  l'arc  sublime,  Viràtide,  du  roi  Youddhishthira. 

» Celui,  où  resplendissent  troù  soleils  d’or  lumineux, 
est  l’arme  de  Nakoula,  flamboyant  de  splendeur. 

1,352—1353. 

» Cet  autre,  admirable  par  l’or,  où  brillent  des  scara- 
bées d’or,  est  l’arc  même  de  Sahadéva,  le  fils  de  lUâdrl. 

u Ces  mille  flèches,  enveloppées  de  cheveux,  pareilles 
à des  rasoirs,  et  dont  la  blessure  est  telle  que  le  venin  des 
serpents,  fils  de  Viràta,  sont  les  traits  d'Arjouna. 

1,354—1,356. 

» Ces  dards  au  vol  rapide,  flamboyants  de  splendeur 
dans  les  combats,  sont  les  impérissables  armes,  avec 
lesquelles  ce  héros  écarte  les  ennemis  dans  la  bataille. 

» Ces  longues  et  larges  flèches,  dont  la  forme  nous 
montre  le  croissant  de  la  lune,  sont  les  traits  aigus,  qui 
servent  à Bhima  pour  semer  la  terreur  chez  les  ennemis. 

1,356—1,357. 

» Mais  ces  dards,  empennés  d’or,  aiguisés  sur  la  pierre 
et  couleur  de  turmeric,  composent  le  carquois  de  Nakoula, 
qui  a cinq  tigres  pour  son  emblème.  1,358. 


- — Drgrtizcii'Pr^OOgle 


V1RATA-PARVA. 


237 


» Ce  carquois  est  celui  même,  avec  lequel  ce  sage  fils 
de  Mâdrî  a conquis  dans  la  guerre  toute  la  région  occi- 
dentale. 1,359. 

» Mais  ces  flèches,  toutes  de  fer,  qui  ont  les  formes  du 
soleil  et  sont  douées  des  chefs-d'œuvre  de  la  peinture, 
elles  appartiennent  au  prudent  Sahadéva.  1 ,360. 

» Ces  dards  jaunes,  larges,  aigus,  revêtus  de  longues 
plumes,  empennés  d’or,  à trois  nœuds,  ce  sont  les  grandes 
flèches  du  roi  Youddhishthira.  1,361. 

» Mais  ce  solide  et  long  cimeterre,  aiguisé  sur  le  tran- 
chant, aiguisé  sur  le  dos,  capable  de  supporter  dans  un 
combat  la  charge  des  coups  les  plus  pesants,  est  celui 
d’Arjouna.  1,862. 

» Voici  le  bien  grand  sabre  de  Bhlmaséna  : céleste, 
effroyable  aux  ennemis,  renfermé  dans  un  fourreau  en 
peau  de  tigre,  il  peut  résister  aux  coups  pesants.  1,363. 

» Voilà  maintenant  le  sublime  cimeterre  du  sage 
Dharmarâdja,  le  chef  des  Kourouides  ; producteur  de 
bons  fruits,  à la  poignée  d’or,  il  est  contenu  dans  cette 
gaine,  illustrée  par  la  peinture.  1,364. 

» Dans  ce  fourreau  d’ivoire,  où  sont  peints  des  hommes 
de  guerre,  est  déposé  le  solide  sabre  de  Nakoula,  capable 
de  supporter  la  charge  des  coups  les  plus  pesants.  1,365. 

» Ce  grand  glaive,  mis  dans  une  gaine  de  cuir,  sache 
que  c'est  la  forte  lame  de  Sahadéva,  en  état  de  résister  à 
tous  les  coups.  » 1,366. 

« Ces  armes,  converties  en  or,  sont  bien  celles  des 
magnanimes  Pândouides,  aux  rapides  actes,  reprit 
Outtara-,  elles  brillent  là  devant  nous,  éclatantes.  1,367. 

» Mais  où  est  Arjouna,  le  fils  de  Prithà,  ou  bien 
Youddhishthira,  le  chef  des  Kourouides  ? Où  est  Nakoula, 


238 


LE  MAU A-BHARATA. 


Sahadéva  et  Bhimaséna,  le  (ils  de  Pàndou?  1,368. 

» Depuis  <|ue  tous  ces  magnanimes  destructeurs  de  tous 
les  ennemis  ont  perdu.au  jeu  des  dés,  leur  royaume,  on 
n’a  plus  ouï  parler  d'eux  en  aucune  manière.  1,361». 

» Où  est  la  Pântchâlaine  Draâupadl,  cette  perle  des 
femmes,  suivant  la  renommée?  Krishna  suivit  alors  au 
milieu  des  bois  ses  époux  vaincus  au  jeu.  » 1,370. 

« Je  suis  Arjouna,  le  fils  de  Prithâ,  répondit  celui-ci  ; 
Youddhishthira  tient  compagnie  au  roi;  Bhimaséna  est 
celui,  qu'on  nomme  Ballava,  le  cuisinier  de  ton  père. 

» Nakoula  est  le  palefrenier,  Sahadéva  habite  dans 
l’étable  ; sache  que  Draâupadl  est  Partisane,  à cause  de 
laquelle  furent  tués  les  Kltchakas.  » 1,371 — 1,372. 

« Si  tu  veux  que  je  te  prèle  conliauce  en  tout,  repartit 
Outtara,  dis-moi  les  dix  noms,  que  j’ai  entendu  jadis 
donner  à Vrjouna.  » 1,373. 

u Eh  bien  ! lui  répondit  Arjouna,  je  vais  le  dire  ces 
dix  noms,  Viràtide  ; écoute-les  tels,  que  tu  les  as  jadis 
entendus.  l,37â. 

» Ecoute-les  avec  attention,  lixant  ton  esprit  sur  ce 
point  seul  : Arjouua,  Phâlgouna,  Djishnou,  Kirill,  Çwé- 
tavàhana,  Bibhatsou,  Vidjaya,  Krishna,  l’Ambidextre, 
Dhanandjaya.  » 1,375 — 1,370. 

o Pourquoi  fus-tu  nommé  Vidjaya?  repartit  Outtara. 
Pourquoi  le  nom  de  Çwétavàhana  te  fut  il  donné?  Pour- 
quoi es-tu  appelé  Kirltî?  Pourquoi  ton  altesse  fut-elle  dite 
l’Ambidextre?  1,377. 

» Dis-moi  dans  la  vérité  pour  quelle  raison  tu  es  nom- 
mé Arjouna,  Phâlgouna,  Djishnou,  Krishna,  Bibhatsou 
et  Dhanandjaya  même.  1,378. 

» J’ai  entendu  entièrement  exposer  les  raisons  de  ces 


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TDiçjïïiz 


V1RATV-PAH  VA. 


239 


noms  donnés  à ce  héros.  Si  tu  me  dis  tout  cela,  il  faudra 
que  toute  confiance  te  soit  accordée  par  moi.  ■>  1,379. 

» Comme  j'ai  vaincu  (1  ) toutes  les  contrées  et  que  j'ai 
enlevé  tous  leurs  biens  , répondit  Arjouna,  je  demeure  au 
milieu  des  richesses  (2)  ; c’est  pour  cela  qu’on  m'appelle 
Dhanandjaya.  1,380. 

» Parce  que  j’attaque  en  ennemi  dans  les  combats 
ceux,  qui  ont  la  folle  ivresse  des  batailles  et  que  je  ne  me 
retire  jamais,  sans  les  avoir  vaincus,  c'est  pour  cela  qu’on 
m’appelle  Vidjaya,  la  victoire.  1,381. 

» Parce  que  des  chevaux  blancs  cuirassés  d'or,  sont 
attelés  à mon  chai',  quand  je  livre  un  couibat  dans  la 
plaine,  c’est  pour  cela  qu’on  m'appelle  Çwétavâhaua  (3). 

» Parce  que  je  suis  né  sur  le  dos  de  l’Himâlaya, 
quand  les  deux  étoiles  Phalgounts  se  levaient  au  septen- 
trion du  ciel,  c’est  pour  cela  qu’on  m’a  nommé  Pbâl- 
gouna.  1,382 — 1,383. 

» Jadis  une  tiare  (4) , semblable  au  soleil,  fut  posée 
sur  ma  tête  par  Indra  lui-même,  le  jour  que  je  combattis 
contre  les  chefs  des  Dànavas  ; c’est  pour  cela  qu’on  m’ap- 
pelle Rirlti.  1,384. 

» Je  ne  commettrai  jamais  une  action  cruelle  dans  les 
combats  ; c’est  pour  cela  que  les  hommes  et  les  Dieux 
m'ont  appelé  Bibhatsou,  le  sensible.  1,386. 

» Ces  deux  mains  sont  l'une  et  l'autre  une  main  droite 
pour  tirer  l'arc  Gândiva  ; c’est  pour  cela  que  je  suis 
nommé  Ambidextre  chez  les  hommes  et  les  Dieux.  1,386. 


(tj  Djitwd. 

(2)  Dhanan. 

(3)  A ibis  vertus 
(t)  Kirlta. 


240 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Aux  quatre  extrémités  de  la  terre,  ma  couleur  est 
égale,  difficile  à acquérir  : blanches  sont  les  actions,  que 
je  fais;  c'est  pour  cela  qu’on  m’appelle  Arjouna,  la  blan- 
cheur. 1,387. 

» Je  suis  inabordable,  intraitable,  un  philosophe,  un 
fils  d’Indra;  c’est  pour  cela  que  mon  nom  est  Djishnou, 
le  victorieux , chez  les  hommes  et  les  Dieux.  1,388. 

» Mon  père,  le  dixième  jour,  me  conféra  le  nom  de 
Krishna  ; ce  nom  me  fut  donné  par  tendresse,  à cause  de 
la  blancheur,  que  j’offrais  4 la  vue  dans  mon  enfance.  • 

Ensuite,  le  Virâtide  s'inclina  en  face  du  fils  de  Prithà  : 
« J'ai  aussi  deux  noms,  lui  dit-il,  Outtara  et  Bhoudmin- 
djaya.  1,380—1,390. 

» J’ai  le  bonheur  de  te  voir,  fils  de  kountl  : la  bien- 
venue te  soit  donnée,  Dhanandjaya  ! Héros  aux  yeux  dorés, 
aux  longs  bras,  semblables  à la  trompe  du  roi  des  éléphants, 

» Vruille  me  pardonner  les  paroles,  que  je  t’ai  adres- 
sées dans  mon  ignorance.  Parce  que  tu  as  accompli  déjà 
des  actions  bien  difficiles  et  merveilleuses,  ma  crainte  est 
passée  et  la  satisfaction,  que  j'éprouve  en  toi,  est  su- 
prême. » 1,391—1,392—1,393. 

» Monte  dans  ce  char  éblouissant,  héros,  dont  je  vais 
guider  les  chevaux  : en  quelque  partie  de  l'armée  enne- 
mie, où  tu  veuilles  aller,  j’irai  à ton  ordre.  » 1,394. 

« Je  suis  satisfait,  tigre  des  hommes,  répondit  Ar- 
jouna; il  n’existe  ici  aucun  danger  pour  toi,  j'écarterai 
tous  les  ennemis  dans  le  combat,  guerrier  savant  dans 
l’art  des  batailles.  1,395. 

» Reste  ferme,  guerrier  aux  longs  bras  ; regarde-moi 
dans  ce  combat  exécuter  contre  les  Kourouides  un  exploit 
grand,  épouvantable.  1,396. 


Dii 


VIRATA-PAHVA. 


241 

» Attache  vite  tous  ces  carquois  au  char  et  prends  en 
main  ce  cimeterre  seulement,  orné  de  ciselures  d’or.  » 

A ces  paroles  d' Arjouna , Outtara  prit  à la  hâte  les 
armes  du  héros  et  pressa  les  chevaux  d’une  course  ra- 
pide. 1,397—1,398. 

« Je  vais  combattre  avec  les  Kourouides,  dit  Arjouna, 
et  reconquérir  tes  troupeaux.  Ta  ville  sera  dans  le  siège 
de  ce  char  défendu  par  moi  ; ses  remparts  et  ses  portes 
arcadées  seront  mes  bras  ; ses  troupes  jetées  de  côté  et 
d'autre  seront  dans  le  mouvement  de  ma  pensée;  le  bruit 
des  roues  imitera  le  roulement  de  ses  tambours  ; le  son  de 
ma  corde  tirée  marquera  sa  colère  ; elle  s'avancera,  om- 
bragée d’une  foule  de  drapeaux,  encombrée  de  carquois 
par  ses  triples  timons.  Le  char,  sur  lequel  je  me  tiens 
dans  la  bataille,  l’arc  Gândlva  à la  main,  est  invincible 
aux  guerriers  des  ennemis  ; bannis  ta  crainte,  fils  de  Vi- 
rftta.  » 1,399—1,400—1,401—1,402. 

« Je  ne  les  crains  pas,  reprit  Outtara  ; je  sais  que  tu  es 
inébranlable  dans  les  combats.  Tu  es  égal  dans  la  guerre, 
soit  à Indra  en  personne,  soit  i Vishnou  lui-même.  1,403. 

» Mais  j’ai  beau  y réfléchir,  je  n’arrive  d’aucune  ma- 
nière, insensé,  que  je  suis,  à une  décision  sur  ce  point 
dans  mon  esprit  troublé.  1,404. 

» Par  quel  résultat  de  quelle  action  es-tu  tombé  dans 
cette  condition  d’eunuque,  toi,  qui  annonces  par  de  telles 
formes  que  tu  as  un  corps  convenable  et  entier?  1,405. 

» Quand  je  te  vois  marcher  sous  cet  habit  d’eunuque, 
tu  es  le  Dieu  armé  du  trident,  ou  semblable  au  roi  des 
Gandharvas,  me  semble-t-il,  ou  le  Dieu  même  Çata- 
kratou.  » 1,406. 

« C’est  par  l’ordre  de  mon  frère  aîné,  répondit  Aijouna, 

16 


T 


LE  MAHA-BHARATA. 


242 

que  je  me  suis  imposé  ce  régime  de  vie  et  cette  observa- 
tion d’un  vœu,  qui  a duré  un  an  : je  te  dis  ia  vérité. 

» Je  ne  suis  pas  un  eunuque;  je  suis  livré  au  de- 
voir, dont  je  suis  l’esclave  : sache,  dis  de  roi,  que  j'ai 
traversé  maintenant  ce  vœu,  à la  fin  duquel  je  suis 
arrivé.  » 1,407 — 1,408. 

« J’ai  reçu  la  plus  grande  des  faveurs;  aussi,  repartit 
Outtara,  ma  pensée  ne  s’attache-t-elle  point  à des  choses 
inutiles  ; car  les  eunuques  n’ont  pas  des  formes  telles  que 
toi,  0 le  plus  grand  des  hommes.  1,400. 

» J'ai  un  compagnon  dans  le  combat  ; avec  lui,  j’affron- 
terais  les  Dieux  mêmes.  Ma  crainte  est  expirée.  Que  fe- 
rai-je ? Dis-le-moi  ? 1,410. 

» Je  conduirai  tes  chevaux,  qui  porteront  le  ravage 
parmi  les  chars  de  l'ennemi  ; la  science,  homme  éminent, 
m'a  instruit  dans  l'art  du  inanége.  1,411. 

» Sache,  ô le  plus  grand  des  hommes,  que  je  suis  versé 
dans  la  science  du  manège  aussi  bien  que  Darouka,  le 
cocher  du  Vasoudévide,  et  non  moins  que  Mâtali,  le  cocher 
deÇakra.  1,412. 

» Le  cheval , qui  marche,  attelé  au  timon  de  droite,  ne 
laisse  pas  imprimé  dans  sa  marche  un  seul  vestige,  que 
l’on  voie  sur  la  terre  : c’est  un  coursier  égal  en  vitesse  à 
Sougrlva.  1,413. 

» Ce  beau  quadrupède,  le  plus  léger  des  chevaux,  qui 
porte  le  timon  4 gauche,  j'estime  qu’il  égale  en  rapidité 
Mégapoushpa.  1,414. 

» Ce  magnifique  coursier,  qui,  cuirassé  d'or,  est  attelé 
au  train  de  derrière,  j’estime  que  pour  la  vitesse  il  triomphe 
de  Çalvya  lui-même.  1,415, 

» Celui,  qui,  attelé  du  même  côté  que  le  cheval  de 


-Bigitr;  ce  by-Google 


V1RATA-PARVA.  248 

droite,  porte  avec  lui  ce  train  de  derrière,  je  l’estime  su- 
périeur en  vitesse  à Balàhaka.  1,416. 

» Ce  char  est  digne  de  te  porter,  l’arc  en  main,  dans 
une  bataille,  et  je  pense  que  toi-mème  tu  es  digne  de 
combattre  du  haut  de  ce  char.  » 1,417. 

Alors,  ayant  délié  les  bracelets  de  ses  bras,  le  vigoureux 
endossa  deux  cuirasses  d’or,  éblouissantes  et  variées. 

Puis,  ayant  roulé  dans  une  étoffe  blanche  ses  cheveux 
allongés  par  suite  de  son  travestissement,  pur  et  l’âme 
domptée,  il  tourna  face  à l'ennemi.  1,418 — 1,419. 

Le  héros  aux  longs  bras  donna  une  pensée  à toutes  ses 
armes  dans  son  char  sublime,  et  toutes  elles  répondirent 
avec  respect  au  prince,  fils  de  Prithà:  1,420. 

« Nous  sommes  pour  toi,  fils  de  Pândou,  les  plus  dé- 
voués de  tous  les  serviteurs.  » Le  fils  de  Kountl  s'inclina 
et  les  toucha  de  sa  main.  1,421. 

« Vous  êtes  tous  les  objets  de  ma  pensée  dans  ce 
monde,  » leur  répondit-il.  11  prit  en  main  ses  flèches  et 
son  visage  fut  rempli  de  résolution.  1,422. 

Il  banda  fortement  son  arc  et  tira  la  corde  de 
Gândiva;  soudain,  un  vaste  bruit  se  répandit  hors  de  la 
corde  tirée.  1,428. 

La  terre  en  fut  ébranlée , comme  si  une  grande 
montagne  frappait  une  autre  montagne  ; et  un  vent  im- 
pétueux souilla  vivement  par  tous  les  points  de  l’es- 
pace. 1,424. 

I)e  grands  météores  ignés  tombèrent  du  ciel  ; la  clarté 
des  plages  s'éteignit;  les  drapeaux  coururent  au  sein  de 
l’atmosphère  et  les  grands  arbres  s’entrechoquèrent. 

Les  Kourouides,  à ce  bruit,  semblable  au  tonnerre  de 
la  foudre,  reconnurent  qu’Arjouna  avait  bandé,  sur  son 


LE  MAHA-BHARATA. 


244 

char,  le  plus  excellent  des  arcs  de  l’une  et  de  l’autre 
main.  1,424 — 1,426. 

« Comment  seul  pourras-tu  vaincre  dans  un  combat,  ô 
le  plus  vaillant  des  fils  de  Pândou,  observa  le  Viràtide, 
tous  ces  héros  nombreux,  consommés  en  toutes  les  espèces 
d’armes?  1,427. 

» Tu  n'a  pas  de  compagnons,  guerrier  aux  longs  bras, 
et  les  Kourouides  ont  une  armée  derrière  eux  : aussi, 
suis-je  encore  tremblant  en  face  de  toi.  » 1,428. 

« Ne  crains  pas  ! reprit  le  Prithide,  en  riant  avec  un 
bruyant  éclat  de  rire.  Quand  je  combattis,  héros,  avec  les 
Gandharvas  à la  bien  grande  force,  quel  ami  avais-je  alors 
pour  compagnon  dans  Ghoshagâtrâ  ? Quand  je  combattis 
dans  ce  formidable  Kh&ndava,  rempli  de  Dànavas  et  de 
Dieux,  quel  ami  vint  alors  me  prêter  ton  assistance ? 
Quand  je  livrai  bataille  pour  l'intérêt  du  roi  des  Dieux  aux 
Nivàtakavatchas  et  aux  Paàulomas  à la  grande  force,  qui 
avais-je  alors  pour  compagnon  ? Quand  je  combattis  en 
bataille,  dans  le  Swavamvara  de  la  Pântchâlaine,  avec  des 
rois  nombreux,  mon  enfant,  qui  avais-je  alors  pour  com- 
pagnon ? Et  maintenant  que  j’ai  pour  moi  le  vieux  Drona, 
Indra,  Kouvéra,  Yama,  Varouna  et  le  Feu  lui-même, 
Kripa,  Krishna,  le  meurtrier  de  Madhou,  et  le  Dieu  à l’arc 
Pinâka,  comment  ne  combattrais-je  pas  avec  ces  guerriers  ? 
Conduis  mon  char,  sans  tarder  ; et  bannis  cette  crainte 
de  ton  esprit.  » (De  ta  stance  1,429  à la  stance  1,435.) 

Après  qu’il  eut  fait  d’Outtara  son  cocher,  qu’il  eut  dé- 
crit un  pradakshina  autour  de  l’acacia  et  qu’il  eut  pris 
toutes  ses  armes,  le  fils  de  Pândou  s’avança  contre  l'enne- 
mi. 1,436. 

Dès  qu’il  eut  écarté  de  ce  char  le  lion  pour  son  drapeau 


-Oigifaed  by  Google 


VIRAT  A-P.4RVA. 


245 


et  qu’il  eut  appliqué  son  esprit  à la  racine  de  l'acacia,  il 
s'avança,  ayant  Outtara  pour  son  cocher.  1,487. 

11  joignit  à son  char  une  Màyâ  divine,  ouvrage  de  Viçva- 
karma,  et  un  drapeau,  qui  avait  pour  emblème  un  singe 
d’or  à queue  de  lion.  1,438. 

Il  pensa  dans  son  âme  à la  bienveillance  d’ Agni  et,  quand 
celui-ci  connut  ce  qu’il  couvait  dans  son  esprit,  il  fit  voir 
les  éléments  sur  son  drapeau.  1,489. 

Soudain  tomba  du  ciel  un  étendard,  un  carquois  fait 
d’or,  superbement  travaillé  et  un  char  ravissant  aux  formes 
célestes.  1,440. 

Alors  qu’il  vit  arrivé  ce  char,  le  fils  de  Rountl,  Bibhat- 
sou  aux  blancs  coursiers  décrivit  un  pradakshina  autour 
de  lui  et  monta  sur  le  char  ! 1,441. 

Quand  il  eut  lié  autour  de  sa  main  le  cuir,  défense  de 
ses  doigts,  et  qu’il  eut  empoigné  son  arc,  le  héros,  qui 
avait  pour  enseigne  le  roi  des  singes,  s’avança  vers  la 
plage  du  septentrion.  1,442. 

Le  vigoureux  destructeur  des  ennemis  remplit  de  son 
souffle  la  grande  et  sonore  conque,  et  déploya  une  force, 
qui  fit  se  dresser  le  poil  sur  la  peau  des  ennemis.  1,443. 

Outtara  s'assit  lui-même  en  tremblant  sur  le  siège  du 
char,  et  les  courtiers  de  précipiter  avec  impétuosité  leurs 
pieds  sur  la  terre.  1 ,444. 

Après  qu’il  eut  placé  Outtara , qu’il  eut  réprimé  les 
chevaux  avec  les  rênes,  Arjouna  de  l’embrasser  et  <’e 
le  rassurer:  1,445. 

« Ne  crains  pas,  fils  aîné  du  roi  ! Tu  es  kshatrya,  (1  au 
des  ennemis  ! Comment,  tigre  des  hommes,  ressens-tu  de 
la  crainte  au  milieu  des  ennemis  ! 1,440. 

» Tu  as  entendu  les  sons  ém'nents  de  cette  conque,  au 


240 


LE  MAHA-BHARATA. 


brait  épouvantable.  Comment  es-tu  effrayé  ici  de  ce  son 
d’une  conque?  Ne  ressemble-t-elle  pas  aux  cris  des  élé- 
phants rangés  en  de  nombreuses  armées  ? Tu  as  les 
formes  consternées  ; lu  trembles  comme  une  personne  du 
vulgaire!  » 1,447 — 1,448. 

Outtara  lui  répondit  : 

a J’ai  entendu  le  son  éminent  de  cette  conque  au  bruit 
épouvantable  : il  ressemble  aux  cris  des  éléphants  rangés 
en  de  nombreuses  armées.  1,449. 

» Je  n’ai  jamais  entendu  un  son  pareil  de  conque.  Mon 
drapeau  lui-même  a changé  de  terreur  la  forme,  qu’il 
avait  auparavant.  1,450. 

» Nulle  part  avant  ce  jour , je  n'entendis  jamais  un 
tel  bruit  d’arc.  Mon  âme  est  violemmeut  émue  d’épou- 
vante au  son  de  cette  conque,  au  bruit  de  cet  arc,  au 
fracas  de  ce  char,  aux  rumeurs,  qui  n'ont  rien  d'humain, 
de  ces  êtres,  qui  font  leur  demeure  dans  les  drapeaux. 

1,461—1,452. 

» Toutes  les  plages  du  ciel  sont  troublées , mon  cœur 
est  comme  agité  d’effroi  ; les  points  du  ciel , masqués 
par  cet  étendard,  ne  brillent  plus  à mes  yeux.  1 ,453. 

> Le  son  de  cet  arc  Gândlva  rend  sourdes  mes  deux 
oreilles!  » 1,454. 

o Monté  dans  ce  char,  qui  est  seul  et  sans  allii,  presse- 
le  de  tes  pieds,  ditArjouna,  et  retiens  fortement  les 
rênes  ; je  vais  sonner  de  la  conque  une  seconde  fois.  » 

Ensuite,  d’inspirer  à sa  conque,  fendant,  pour  ainsi 
dire,  les  montagnes,  un  son,  qui  accroissait  la  joie  des 
ainis  et  répandait  l'affliction  parmi  les  ennemis. 

1,455—1,456. 

A ce  bruit,  les  cavernes  des  monts,  les  points  de  l’es- 


V1RATA-PARVA. 


247 


pace  et  les  montagnes  s'affaissèrent.  Outtara,  glacé  d’ef- 
froi, retomba  sur  le  siège  du  char.  1,467. 

Au  son  de  cette  conque,  au  retentissement  des  roues, 
au  bruit  de  l'arc  Gàndtva,  la  terre  fut  elle-même  ébranlée. 

Dhanandjaya  remplit  alors  sa  conque  d'une  nouvelle 
aspiration  de  vent.  1,458 — 1,459. 

« Aussi  vrai  que  le  bruit  d’un  char  ne  ressemble  point 
à celui  d’un  nuage,  qui  éclate,  s’écria  Drona  ; aussi  vrai 
qu’un  tremblement  de  terre  a tes  caractères  particuliers, 
ce  bruit  n'est  pas  autre  que  celui  de  l’Ambidextre. 

» Les  armes  ne  resplendissent  plus,  les  chevaux  sont 
plongés  dans  la  tristesse,  les  feux  ne  brillent  plus,  et  les 
bois  allumés  ont  perdu  leur  clarté.  1,460 — 1,461. 

» Dans  la  région,  qui  est  perpendiculaire  au  soleil,  les 
animaux  nous  annoncent  de  sinistres  augures  : les  cor- 
neilles abaissent  leur  vol  sur  nos  drapeaux,  ce  qui  pour 
nous  est  un  fâcheux  présage.  1,462. 

» Ces  oiseaux,  qui  volent  à notre  droite,  nous  prédisent 
un  grand  danger  ; et  voici  un  chakal,  qui  erre  glapissant 
au  milieu  de  l'armée.  1,463. 

> 11  sort  du  milieu  des  bataillons  sans  blessure  et  sa 
voix  nous  annonce  de  grandes  infortunes  ; je  vois  les 
poils  se  dresser  d’horreur  sur  les  pores  de  vos  excel- 
lences. 1,464. 

» Certainement,  la  ruine  des  kshatryas  est  mise  sous 
nos  yeux  : les  étoiles  se  voilent;  les  quadrupèdes  et  les 
volatiles  sont  malheureux.  1,466. 

a On  voit  des  miracles  épouvantables,  divers,  annon- 
çant la  mort  des  kshatryas,  et  c'est  notre  perte  surtout 
que  ces  pronostics  révèlent  ici.  1,466. 

» Des  météores  enflammés  affligent  ton  armée,  et  les 


248  LE  MAHA-BHARATA. 

chevaux  tristes  semblent  eux-mêmes  verser  des  larmes, 
maître  des  hommes.  1,407. 

a Des  vautours  obsèdent  tes  bataillons  de  tous  les 
côtés.  Tu  sentiras  des  regrets,  quand  tu  verras  ton  armée 
en  proie  aux  (lèches  du  Prithide.  1,468. 

» Notre  armée  est  déjà  morte,  et  personne  ne  désire 
encore  combattre  avec  elle.  Les  guerriers  ont  tous  l’esprit 
hors  d’eux-mêmes,  et  la  plus  grande  partie  nous  montre 
un  visage  sans  couleur.  1 ,460. 

» Renvoyons  les  vaches,  et  restons  des  héros,  chefs  de 
ces  nombreuses  armées.  » 1,470. 

Ensuite  le  roi  Douryodhana  parla  en  faveur  du  combat 
à Bhîshma,  à Drona,  le  tigre  des  hommes,  et  à Kripa, 
au  bien  grand  char.  1,471. 

a Je  répéterai  à l’Atchârya  ce  discours,  qui  lui  fut 
adressé  plus  d’une  fois  par  Kama  et  par  moi  ; car  je  ne 
me  rassasie  pas  de  lui  parler.  1,472. 

» Vaincus  au  jeu,  ils  doivent  habiter  douze  années  dans 
la  forêt,  inconnus  à la  contrée  : telle  est  la  condition,  que 
je  leur  ai  imposée.  1,473. 

i Mais  la  treizième  année  n'est  pas  encore  accomplie 
maintenant  pour  eux,  et  Btbhatsou  nous  alfronte  sous  un 
vêtement  inconnu.  1,474. 

» Mais  si  Bibhatsou  vient,  lorsque  son  exil  n’est  pas 
fini,  les  fils  de  Pândou  habiteront  de  nouveau  douze 
années  dans  la  forêt.  1,476. 

» Ou  l’avarice  empêche  ces  Pândouides  de  distinguer 
qni  nous  sommes,  ou  la  démence  s'est  glissée  dans  eux- 
mêmes.  (Test  à Bhtshina  qu’il  sied  de  reconnaître  à quel 
point  excessif  ils  ont  abandonné  la  condition  du  jeu.  1 ,476. 

» Toujours  le  doute  sur  les  choses  est  partagé  en 


—BigitizccHTÿ'Cîr 


VIRATA-PARVA.  249 

deux  ; on  pense  d'une  manière  différente  sur  la  chose, 
qui  se  fait  différemment.  1,477. 

» Tous  les  hommes,  qui  savent  les  devoirs  se  trom- 
pent sur  leurs  affaires.  Si  Bibhatsou  s'est  présenté  aux 
Matsyas,  quand  ils  voulaient  combattre  et  s'adressaient  au 
jeune  Outtara,  envers  qui  commettons-nous  une  offense  ? 
Les  Trigartas  sont  la  cause,  qui  nous  a fait  venir  ici 
attaquer  les  Matsyas.  1,478 — 1,479. 

» Ceux-là  nous  ont  raconté  les  nombreuses  injures,  qu’ils 
avaient  reçues  des  Matsyas,  et  nous  avons  promis  cette 
expédition  à ce  peuple,  surmonté  par  la  crainte.  1,480. 

- » Ils  commencèrent  par  enlever  aux  Matsyas  une 
grande  multitude  de  vaches.  Le  septième  jour,  dans 
l’après-midi,  eut  lieu  la  jonction  de  nos  deux  armées. 

» Le  huitième,  au  lever  du  soleil,  ce  fut  à nous  d'en- 
lever ces  vaches  à notre  tour,  et  le  Matsya  suivit  la  trace 
de  ses  troupeaux.  1,481 — 1,482. 

» Ou  ces  vaches  ne  s’en  iront  pas,  car  elles  sont  le  prix 
de  notre  victoire,  ou  le  Matsya  les  trouvera,  mêlées  avec 
nous.  1,483. 

» Ou,  couvert  de  toute  son  armée  aux  formes  épou- 
vantables, le  Matsya  nous  en  abandonnera  la  conquête 
avec  leurs  pâtres.  1,484. 

» Voilà  qu’un  vigoureux  chef  de  ces  gens  est  venu  nous 
livrer  une  bataille,  qui  a duré  tout  un  jour.  1,485. 

» Celui,  qui  a paru  ici  pour  nous  combattre,  ne  peut 
être  que  le  Matsya  lui-même.  Si  c’est  le  roi  des  Matsyas, 
si  c’est  Bibhatsou,  qui  est  venu  ici,  nous  devons  tous  le 
combattre  : telle  est  ma  décision.  Pourquoi  sont-ils 
montés  sur  leurs  chars,  ces  plus  vaillants  des  hommes? 

1,486—1,487. 


‘260 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Pourquoi  tous  ces  héros  s’y  tiennent-ils  en  ce  moment, 
l'âme  agitée,  Bhlshma,  Drona,  Kripa,  Yikarna  et  même 
Açvatthàman  ? 1,488. 

» Ce  qu’il  y a de  mieux  n’est  pas  autre  que  la  guerre. 
Que  votre  âme  soit  ainsi  disposée  ! Quand  Yama  ou  le 
Dieu  même,  qui  tient  la  foudre,  nous  aurait  enlevé  cette 
richesse  de  vaches,  qui  de  ces  hommes,  repoussés  par  ces 
flèches  et  brisés  par  les  fatigues  de  ce  bois  impénétrable, 
viendrait  à Hàstinapoura  chercher  un  combat? 

» Qui  parmi  les  fantassins  pourrait  conserver  sa  vie?  Il 
y aurait  doute  pour  la  cavalerie  seulement.  Rejetant  loin 
derrière  nous  les  avis  de  l'Achàrya,  il  faut  donc  ainsi  dé- 
cider la  politique  à suivre.  1,480—1,490—1,491. 

» Il  connaît  le  sentiment  de  ces  hommes  et  jette  une 
sorte  de  frayeur  dans  nos  esprits.  J'aperçois  la  joie  supé- 
rieure, qu'Arjouna  lui  inspire.  1,492. 

» Ce  sont  les  Pàndouides  surtout,  qui  sont  les  éternels 
objets  des  amours  de  l’ Atchârya.  Il  voit  ainsi  les  choses,  et 
célèbre  Blbhatsou,  qui  s'avance.  1,493. 

» Adoptons  une  ligne  de  politique,  qui  ne  divise  point 
l’armée.  Tout  périt  (1)  aux  yeux  de  Drona,  parce  qu'il 
entend  le  hennissement  des  chevaux.  1,494. 

n Ceux,  qui  sont  tombés  sous  le  pouvoir  de  l’ennemi, 
ne  voyagent  pas  au  temps  chaud  dans  ia  grande  forêt  ! 
Qu'on  suive  un  système  de  politique  tel  que  l'armée 
ne  soit  pas  obligée  d'errer  dans  ses  directions.  1 ,495. 

n Ce  sont  les  Pàndouides  surtout,  qui  sont  les  éternels 
objets  des  amours  de  l' Atchârya.  11  a raconté  de  lui-même 
les  affaires  des  ennemis  sans  qu’il  ait  arrêté  ta  faconde. 

(1)  Nous  lisons  vighatitam  au  lieu  de  vighattitam,  que  porlc  le  texte 
avec  doux  t cérébraux. 


VIRATA-PARVA. 


261 


» Qui  se  livrerait  à l’éloge,  parce  qu'il  a entendu  hennir 
les  chevaux,?  Les  coursiers  hennissent  toujours,  soit  dans 
le  temps  de  la  marche,  soit  dans  leur  temps  d'arrêt. 

» Les  vents  souillent  toujours,  Indra  continuellement 
verse  la  pluie,  on  entend  mainte  et  mainte  lois  le  bruit  du 
tonnerre.  1,4» 8—1,197 — 1,498. 

» Quel  besoin  avons-nous  ici  du  fils  de  Prithâ  ? 
Comment  vient-on  nous  faire  ici  son  éloge  ? Tu  es  animé 
à noire  égard  d’un  autre  sentiment  que  celui  de  l’amour. 
C’est  la  colère  seulementou  la  haine,  qui  t’inspire.  1,499. 

» Dans  un  grand  danger  arrivé,  il  ne  faut  jamais  inter- 
roger, ni  les  instituteurs  spirituels,  ni  les  hommes  trop 
sensibles,  ni  les  savants,  ni  ceux,  qui  se  bornent  à vous 
enseigner  les  quatre  moyens  ! 1,500. 

» Les  gens  instruits  sont  ici  charmants  pour  vous  ra- 
conter des  histoires  variées  dans  les  palais  admirables,  au 
sein  des  réunions  et  au  milieu  des  bocages.  1,501. 

» Les  gens  instruits  sont  ici  charmants  pour  dire  les 
sacrifices,  les  astras,  l'art  de  s’en  servir,  et  pour  faire, 
dans  l’assemblée  des  hommes,  une  foule  de  choses  aux 
formes  admirables. 

» 11  y a du  charme  à entendre  les  gens  instruits  disserter 
sur  les  voies  souterraines  des  ennemis,  sur  les  histoires  des 
hommes,  sur  le  manège  des  chars,  des  éléphants  et  des 
chevaux,  sur  la  gestion  des  brebis,  des  chèvres,  des  cha- 
meaux et  des  ânes,  sur  les  troupeaux  de  vaches,  sur  les 
grandes  rues,  sur  les  principales  des  plus  belles  portes, 
sur  les  transgressions  dans  la  préparation  des  nourritures. 

1,502—1,503—1,504. 

» Mais,  rejetant  loin  derrière  nous  les  discours  des 
hommes,  qui  parlent  de  la  vertu  des  ennemis,  adoptons 


252 


LE  MÀHA-BHARATA. 


ici  une  ligne  de  politique,  qui  nous  mène  à la  destruction 
de  nos  rivaux.  1,505. 

» Débarrassons-nous  de  nos  vaches,  disposons  partout 
l’armée  en  ordre  de  bataille  ; jetons  des  corps  de  troupes 
dans  les  endroits,  où  nous  avons  à craindre  les  attaques 
desennemis!»  1,500. 

« Je  vois  tous  les  seigneurs  de  cette  armée  effrayés  et 
comme  tremblants,  reprit  Karna  ; tous  ont  leur  àme  dis- 
posée à la  paix  ; aucun  n’a  le  pied  ferme  ! 1,507. 

» Si  c’est  le  roi  des  Matsyas,  si  c’est  Blbhalsou,  qui  vient 
ici,  je  l’arrêterai  comme  le  rivage  retient  la  mer  ! 1,508. 

» Les  flèches  aux  nœuds  inclinés,  décochées  par  mon 
arc,  ne  cesseront  pas  de  voler,  comme  des  serpents,  qui 
rampent  sur  la  terre,  1,609. 

» Empennées  d’or,  à la  pointe  finement  acérée,  que, 
lancées  par  ma  main,  les  flèches  couvrent  le  fils  de  Prithà, 
comme  les  sauterelles  couvrent  un  arbre!  1,510. 

» Que  le  son  de  la  maàurvl,  violemment  frappée  par 
mes  dards  attachés  à l’empennure  d’or,  retentisse  aux 
oreilles  comme  le  bruit  de  deux  tambours  aux  surfaces 
battues.  1,511. 

» Bibhatsou,  qui  accepta  ces  treize  années,  lui,  à qui 
l’amour  des  batailles  est  revenu,  va  lutter  avec  moi  dans 
ce  combat.  1,512. 

» Devenu  pour  elles  un  digne  vase,  que  le  fils  de 
Kountl  reçoive,  comme  un  vertueux  brahme,  la  multitude 
des  traits,  que  je  vais  lui  décocher  par  milliers  ! 1,513. 

» C’est  un  héros  en  renom  dans  les  trois  mondes,  et  je 
ne  suis  nulle  part  inférieur  à cet  Arjouna,  le  plus  grand 
des  hommes.  1,515. 

» Que  le  ciel  disparaisse,  voilé  par  les  dards  aux  ailes 


-Bi'jr1-  n rGoogle 


VffiATA-PARVA. 


26* 


d'or,  lancés  çà  et  là,  comme  au  temps  où  il  est  couvert 
par  des  nuées  de  sauterelles  I 1 ,51 5. 

» Aujourd’hui  je  tuerai  Arjouna  dans  la  bataille  et  j’ac- 
quitterai ainsi  la  dette  immortelle,  que  ma  voix  jadis 
promit  de  payer  au  fils  de  Dhritaràshtra.  1,516. 

» Que  le  vol  de  mes  flèches,  se  brisant  au  sein  de 
l’espace,  soit  vu  dans  l’atmosphère  tel  que  le  vol  des 
sauterelles,  qui  masquent  les  intervalles.  1,517. 

» De  même  qu'un  éléphant  avec  des  tisons,  je  frapperai 
le  fils  de  Prithâ,  de  qui  l'attouchement  ressemble  à la  fou- 
dre d'Indra,  et  de  qui  la  splendeur  égale  celle  de  Mahén- 
dra  lui-même.  l,blS. 

» Je  réduirai  sous  ma  puissance,  comme  Garouda  met 
sous  la  sienne  un  serpent,  ce  üls  de  Prithâ,  le  plus  vaillant 
des  combattans,  ce  héros,  qui  d’un  char  saute  sur  un 
autre  char!  1,519. 

» Cet  inaffrontable  fils  de  Pândou,  qui,  tel  qu’un  feu 
allumé,  consume,  pour  ainsi  dire,  les  ennemis  dans  son 
foyer,  qui  a pour  bûches  des  flèches,  des  lances  et  des 
épées.  1,620. 

» Je  tuerai  ce  Pàndouide,  ressemblant  à une  nuée  en- 
ceinte de  flèches,  qui  a pour  bruit  de  tonnerre  le  roulement 
des  chars  et  qui  est  précédée  par  le  vent  de  ses  rapides 
coursiers.  1,521. 

» Que,  disséminés  par  mon  arc,  mes  dards,  sembla- 
bles au  venin  des  serpents,  se  répandent  sur  le  fils  de 
Kountl,  comme  une  fourmillière,  où  entre  un  serpent. 

» Vois  I tel  qu’une  montagne  est  couverte  de  ses 
kaniyars,  tel  le  fils  de  Prithâ  est  déjà  couvert  de  mes  flèches 
empennées  d'or,  aux  noeuds  inclinés,  d'un  jaune  vif  et  for- 
mées des  bambous  les  plus  beaux.  1,622 — 1,523. 


254 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Appuyé  sur  ma  seule  bravoure,  aidé  par  cet  astra, 
que  j’ai  reçu  du  Djamadagnide,  le  plus  vertueux  des 
rishis,  j'userais  affronter  les  Immortels  eux-mêmes  11, 524. 

» Que,  tranché  par  un  de  mes  bhallas,  le  singe,  placé 
sur  le  haut  de  son  drapeau,  tombe  maintenant  sur  la  terre 
avec  un  bruit  d’un  tracas  épouvantable  ! 1,525. 

» Qu’immolés  sous  mes  coups,  le  bruit  des  êtres,  qui 
habitent  ses  drapeaux,  s’élève  jusqu'au  ciel  et  s’étende 
sur  tous  les  points  de  l’espace.  1,525. 

» Aujourd’hui  même,  en  renversant  de  son  char  Bt- 
bhatsou,  j'arracherai  du  cœur  de  Douryodhana  une  flèche, 
profondément  enracinée,  qui  s’y  tient  depuis  trop  long- 
temps! 1,527. 

u Que  les  Kourouides  voient  le  courage  du  fils  de  Pri- 
thâ,  réduit  à rester  sans  char,  ses  coursiers  immolés,  sou- 
pirer aujourd’hui  comme  un  éléphant  ! 1,528. 

» Que  ces  guerriers  de  Kourou  s’en  aillent  5 leur  gré 
avec  toutes  les  richesses,  qu’ils  ont  enlevées  ; ou  que,  pla- 
cés sur  leurs  chars,  ils  contemplent  ici  mon  combat.  » 

« Toujours , fils  adoptif  de  Râdhà , c'est  dans  un 
combat,  que  tu  poses  ton  sentiment  très-inhumain , ré- 
pondit Kripa  ; tu  sais  la  nature  des  choses,  mais  tu  n’en 
vois  pas  les  conséquences.  1,629 — 1,530. 

» Beaucoup  de  choses  pensées  sur  l’autorité  des  Trai- 
tés de  morale  sont  des  illusions  ; la  plus  funeste  d'elles  est 
la  guerre,  disent  ceux,  qui  savent  les  histoires  du  passé. 

» Le  combat,  s’il  est  appuyé  sur  le  temps  et  le  lieu, 
donnera  la  victoire;  mais  celui  qui  n’en  est  point  assisté  ne 
porte  aucun  fruit.  1,531 — 1,532. 

» Passer  à la  félicité  est  donné  par  le  lieu  et  le  temps  ; 
l’opportunité  se  compose  de  la  faveur  dans  les  choses. 


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VIRATA-PARVA. 


255 


» Ce  n'est,  certes,  pas  aux  docteurs  qu’il  appartient  de 
statuer  sur  la  charge,  que  peuvent  supporter  les  pièces 
d'un  char;  mais,  après  un  mûr  examen,  il  ne  peut  nous 
convenir  d'affronter  le  fils  de  Prithâ  I 1,533 — 1,534. 

» Seul,  il  a défendu  les  Kourouides  ; seul,  il  a rassasié 
le  Feu  ; seul,  il  a soutenu  pendant  cinq  années  un  vœu  de 
continence.  1,535. 

o Seul,  il  a fait  monter  Soubhadrâ  sur  son  char  ; seul 
il  a provoqué  en  duel  le  Dieu  à ta  route  noire  ; seul,  il  a 
combattu  Roudra,  placé  devant  lui  sous  la  forme  d’un 
chasseur  montagnard.  1,536. 

» C’est  le  Prithide , qui,  dans  ce  bois , a reconquis 
Krbhnâ  enlevée;  seul,  il  fut  instruit  cinq  années  sous 
Indra  dans  la  science  des  astras.  1,537. 

» C'est  lui  seul,  qui  vainquit  le  roi  des  Gandharvas, 
Tchitraséna,  cet  ennemi  dompteur  des  ennemis,  et  qui 
mérita  la  gloire  pour  les  Kourouides  dans  cette  victoire, 
qu’il  dut  à lui  seul.  1,538. 

» Il  défit  une  invincible  armée,  qui  vint  lui  présenter  la 
bataille.  Ensuite,  il  terrassa  lui  seul,  dans  un  combat,  les 
Nivàtakavatchas  et  les  Dànavas  Kâlakandjas,  à qui  les 
Dieux  mêmes  ne  pouvaient  donner  la  mort.  Toi,  Kama, 
qu’as- tu  fait,  certes,  seul  ici,  avant  ce  jour  ! 1,539-1,540. 

» Les  rois  de  la  terre  ne  furent-ils  pas  réduits  sous  leur 
puissance  par  chacun  d’eux  individuellement  ? Indra 
lui-même  ne  peut  résister  en  bataille  contre  le  fils  de 
Prithâ.  1,541. 

» Quiconque  veut  combattre  avec  lui,  doit  se  préparer 
un  médicament  ! Levant  ta  main  droite,  nue  de  son  vête- 
ment, tu  veux  prendre  avec  l’index  la  dent  saillante  d'un 
serpent  irrité  ! Tu  te  promènes  dans  un  bois  et,  monté  sur 


556 


LE  MAHA-BARHATA. 


un  éléphant  dans  son  ivresse  de  rut,  tu  veux  retourner  à 
la  ville,  sans  aucune  suite,  saus  un  aiguillon  pour  le  con- 
duire ! Ou  bien  encore  tu  veux  retirer  avec  le  doigt  mé- 
dial les  vêtements  d'écorce,  imprégnés  de  beurre  fondu,  la 
graisse,  la  moelle  et  le  babeurre,  qu’on  a sacrifié  dans  le 
feu  allumé  ! Si  un  homme  s’attachait  lui-même  et  si,  liant 
une  forte  pierre  à son  cou,  il  voulait  traverser  la  mer  à la 
force  des  bras,  est-ce  qu’on  donnerait  à son  action  le  nom 
de  courage?  L’insensé,  Karna,  qui  veut  s’attaquer  au  Pri- 
thide  doué  d’une  si  grande  vaillance,  est  un  être  d’une 
extrême  faiblesse,  qui  essaye  de  combattre  avec  un  vi- 
goureux, tin  individu  ignorant  des  armes  avec  un  guer- 
rier consommé  dans  la  scicuce  de  ces  mêmes  armes.  Treize 
années  ont  passé  ici  depuis  que  nous  l'avons  accablé  de 
maux.  (De  la  stance  1,552  à la  stance  1558.) 

» Ce  lion,  dégagé  de  ses  chaînes,  ne  laissera  pas  sur- 
vivre un  seul  d’entre  nous.  Dans  notre  folie,  nous  avons 
sauté  par-dessus  le  Prithide,  assis  dans  un  lieu  solitaire, 
comme  sur  un  feu  caché  dans  un  puits,  et  nous  voilà  tombés 
dans  le  plus  grand  danger.  C’est  le  Prithide,  qui  est  venu 
ici  ; c’est  avec  ce  héros,  enivré  de  la  soif  des  batailles, 
que  nous  combattons.  1,558 — 1,550. 

» Que  les  guerriers  se  tiennent  revêtus  de  leurs  ar- 
mures. Combattant  de  ces  armées  nombreuses,  Drôna, 
Douryodhana,  Bhîshma,  ton  excellence,  Açvatthàuian  et 
moi,  nous  combattrons  tous  le  fils  de  Prithâ  : ne  te  livre 
pas  à cette  violence , Karna  ! Nous  attaquerons  avec  réso- 
lution sur  nos  six  chars  le  fils  de  Prithâ  superbe  comme 
Indra,  sa  foudre  à la  main  I Si  nous  restons  réunis,  archers 
invincibles,  pleins  d'ardeur,  guerriers  de  ces  nombreuses 
armées,  nous  livrerons  bataille  au  fils  de  Prithâ,  comme  les 


V1RATA-PARVA. 


257 


D&navas  au  roi  des  Dieux.  » 1,550-1,551-1,552-1,553. 

Açvàtthainan,  prit  à son  tour  la  parole  : 

« Les  vaches  ne  sont  pas  encore  conquises,  elles  ne 
touchent  pas  aux  confins  d’un  autre  territoire,  elles  ne 
sont  pas  arrivées  à Hâstinapoura,  et  déjà  tu  te  glorifies, 
Karna!  1,555. 

b Lorsqu’on  est  sorti  vainqueur  de  très-nombreux 
combats,  qu’on  a conquis  même  de  grandes  richesses,  et 
qu'on  a mis  en  déroute  une  immense  armée,  on  ne  parle 
point  ainsi  de  son  courage.  1,555. 

» Le  feu  brûle  sans  mot  dire,  l’auteur  du  jour  resplen- 
dit en  silence,  la  terre  en  silence  porte  les  mondes  des 
choses  immobiles  et  mobiles.  1,556. 

» L’Être,  qui  tient-l’existence-de-lui-même,  exécute 
sans  parler  ces  choses,  qui  conduisent  les  quatre  classes 
à la  richesse  et  qu’on  fait  sans  péché.  1,557. 

» Que  le  brahme,  ayant  récité  les  Védas,  prête  son 
assistance  au  sacrifiant  et  qu’il  sacrifie  ; que  le  kshatrya, 
ayant  tiré  son  arc,  sacrifie  et  ne  prête  pas  son  assistance  à 
un  sacrifiant  ! 1 ,558. 

» Que  le  vatçya,  arrivé  à la  richesse,  se  hâte  d’employer 
le  brahme  dans  ses  fonctions.  Que  le  çoûdra,  adoptant 
un  moyen  d’existence,  enseigné  par  les  Védas  (1)  suivant 
des  règles  séparées  de  la  tromperie,  rende  sans  cesse 
l’obéissance,  qu’il  doit  aux  trois  premières  castes. 

1,550—1,660. 

» Conformant  leur  vie  à la  sainte  écriture  et  conquérants 
de  toute  cette  terre,  ces  hommes  vertueux,  ils  font  du  bien 


(4}  Valtasl,  mot  qu’ignorcut  tou*  les  Lexiques  et  Dictionnaires,  ainsi 
que  l'Amora-Kos/ia;  on  a voulu  mettre  sans  doute  : valdast. 


V 


17 


268 


LE  MAHA-BHARATA. 


aux  gourous,  quelque  vides  de  mérite,  qu'ils  soient. 

» Un  kshatrya,  qui  eût  gagné  un  royaume  au  jeu,  en 
aurait-il  ressenti  une  joie  égale  à celle  de  ce  Dhristaràsh- 
tide  sans  pitié  aux  formes  iniques?  1,561 — 1,562. 

» Qui,  homme  sage,  parce  qu’il  est  parvenu  à la 
richesse,  en  prendrait  occasion  de  se  vanter,  comme  un 
vendeur  de  chair,  qui  marche  dans  les  voies  de  la  fraude 
et  de  la  déloyauté?  1,563. 

» Quel  duel  à deux  chars  fut  livré,  d'où  sortit  vaincu 
Dhanandjaya,  Nakoula  ou  Sahadéva,  de  qui  tu  pus 
enlever  les  richesses  ? 1,564. 

» Dans  quel  combat  as- tu  vaincu  Youddhishthira  ou 
Bhima,  le  plus  fort  des  forts?  Dans  quelle  bataille  as-tu 
jadis  conquis  Indraprastha?  1,565. 

u Est-ce  dans  une  bataille,  que  fut  jadis  conquise  cette 
Krishnâ,  qu'on  a traînée,  mauvaise  action  ! dans  l'assem- 
blée, à peine  vêtue  d’une  seule  robe  et  dégouttante  du 
sang  de  son  mois?  1,566. 

» A-t-on  retranché  d’eux  une  forte  racine,  tel  qu’un 
homme  coupe  un  santal,  quand  il  veut  obtenir  de  la 
résine?  « De  quelle  action,  cocher,  dit  ici  Vidoura,  as-tu 
été  l'indtateur  ? « 1,567. 

» Ne  voyons-nous  pas  le  repos  des  hommes  et  celui  des 
autres  êtres,  qui  est  abandonné  suivant  leur  puissance  à 
des  insectes  mêmes  et  des  fourmis?  1,568. 

» Le  fils  de  Pàndou  ne  saurait  pardonner  les  infortunes 
de  Draàupadl  : Dhanandjaya  s’est  manisfesté  pour  la 
perte  des  enfants  de  Dhritarâshtra.  1,569, 

» Tu  désires,  toi,  qui  es  un  homme  instruit,  répondre 
ici  une  parole.  Djishnou,  mettant  fin  5 l'inimitié,  ne 
laissera  point  subsister  un  seul  de  nous.  1 ,570. 


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VIRATA-PAUVA. 


259 


» Dhanandjaya,  le  fils  de  Kountl,  n'a-t-il  pas  combattu 
contre  des  Rakshasas,  contre  des  Asouras,  contre  des 
Gandharvas?  N'a-t-il  pas  combattu  contre  les  Dieux 
mêmes  ? Et  la  crainte  l’empêcherait  de  combattre  ici  ? 

» Il  s'en  ira,  après  avoir  immolé  tout  homme,  sur 
lequel  il  déchargera  dans  le  combat  sa  bouillante  colère 
avec  la  même  promptitude,  qu’un  arbre  est  déraciné  par 
Garouda.  1,571 — 1,572. 

» Qui  pourrait  ne  pas  honorer  le  fils  de  Pàndou,  égal 
dans  les  combats  au  Dieu  des  Vasous,  pareil  au  roi  des 
Immortels  dans  la  science  de  l’arc  et  non  moins  distingué 
que  toi  par  le  courage  ? 1,573. 

» Quel  homme,  semblable  à Arjouna,  pourraitcombattre 
le  Dieu  par  le  Dieu,  l’homme  par  l’homme  et  détruire  un 
astra  par  un  autre  ? 1,574. 

« Un  disciple  vient  immédiatement  après  un  filsl  » 
disent  ceux,  qui  savent  les  devoirs;  et  c’est  pour  cette 
raison  que  le  fils  de  Pândou  est  l’ami  de  Drona.  1,575. 

» Puisque  tu  as  fait  le  jeu,  puisque  tu  as  ravi  lndra- 
prasthâ,  puisque  tu  as  tratné  Krishnà  dans  l’assemblée, 
combats,  toi  ! le  (ils  de  Pândou.  1,576. 

>>  Que  l’oncle  maternel,  homme  instruit,  versé  dans 
toutes  les  obligations  des  kshatryas,  habile  tricheur  au 
jeu,  que  Çakouni,  le  fils  de  Gândarl,  combatte  ici  t 

» Ce  ne  sont  pas  des  dés,  que  jette  l’arc  Gûndiva  ; il 
n’est  pas  Krita,  ni  Dwâpara  ; Garni!  va  lance  des  traits 
aigus,  flamboyants,  acérés.  1,577 — 1,678. 

» Décochées  par  Gândlva,  ses  flèches  épouvantables  au 
fer  bien  émoulu  ne  restent  pas  dans  les  intervalles  des 
montagnes!  1,579. 

• Varna,  le  Vent,  la  Mort,  le  Feu  à la  tête  de  cavale 


260 


LE  MAHA-BHARATA. 


épargneraient  quelque  part  une  existence,  mais  non 
Dhanandjaya  dans  sa  colère.  1,680. 

» Tel  que  tu  fis  le  jeu  dans  l'assemblée  avec  l’oncle  de 
Souyodhana,  tel,  bien  défendu  par  le  Soubalide,  c’est  à 
toi  de  livrer  ce  combat  ! 1,581. 

» Que  tes  guerriers  combattent,  s’ils  veulent  ; moi,  je 
n’ affronterai  pas  Dhanandjaya  : tout  ce  que  nous  avons 
dû  faire,  ce  fut  de  repousser  le  roi  des  Matsyas,  quand  il 
vint  sur  la  trace  de  ses  troupeaux.  » 1,682. 

« Açvatthâman  voit  bien  les  choses,  reprit  Bhishma,  et 
Kxipa  les  voit  également  bien  ; mais  Karna  veut  tout 
combattre  avec  la  vertu  du  kshatrya.  1,583. 

» 11  n’est  pas  de  réponse  à l’Atchârya  pour  un 
homme  judicieux.  11  faut  commencer  par  considérer  le 
temps  et  le  lieu,  voilà  mon  sentiment,  et  combattre  en- 
suite. 1,684. 

» L'homme  instruit,  s'il  a cinq  ennemis,  bons  com- 
battants, semblables  au  soleil,  comment  son  âme  ne  se 
troublerait-elle  pas  au  lever  de  ces  constellations  funeste»] 

» Tous  les  hommes , qui  savent  les  devoirs , se 
trompent  sur  leurs  propres  intérêts  : je  te  parle  donc, 
sire,  en  supposant  que  cette  parole  te  plaise. 

1,686—1,586. 

u Pardonne , fils  de  l'Atchârya,  ce  que  t'a  dit  Karna 
pour  réveiller  ta  valeur  : une  grande  affaire  nous  est  sur- 
venue. 1,587. 

» Maintenant  que  le  fils  de  Kountl  s’approche,  ce  n'est 
pas  le  moment  de  la  division.  Vous  devez  tout  pardonner, 
l’Atchârya,  Kripa  et  ta  sainteté.  1,588. 

» L'habileté  dans  les  armes  est  en  vos  excellences 
comme  la  lumière  est  au  soleil.  De  même  que  la  beauté 


V1RATA-PARVA. 


261 


n'est  jamais  entièrement  supprimée  de  la  lune,  tels  sont 
en  vos  grandeurs  la  qualité  de  brahme  et  l’astra  de 
Brahma.  Les  quatre  Védas  sont  d'une  part;  on  voit 
de  l’autre  côté  les  dons  du  kshatrya.  1,589 — 1,590. 

» Nous  n'avons  jamais  ouï  dire  que  ces  deux  avan- 
tages se  trouvàssent  tous  réunis  dans  un  seul  et  même 
homme,  c’est  mon  sentiment,  si  ce  n’est  dans  l'instituteur 
des  Bharatides  et  son  Dis.  1,591. 

» On  ne  voit  pas  l'astra  de  Brahma,  la  sainte  écriture 
et  les  Védas  mêlés  et  confondus  ailleurs  que  dans  le  plus 
vertueux  des  hommes,  Drona,  l'instituteur  des  Bhara- 
tides. 1,592. 

» En  Védas,  en  Pourânas,  en  ltihâsa  antique,  sire,  y 
aurait-il  personne,  qui  fût  supérieur  à Drona,  excepté  le 
fils  de  Djamadagni?  1,593. 

» Que  le  fils  de  l’Atchârya  pardonne  : ce  n'est  pas  le 
moment  de  la  division.  Tous  réunis,  combattons  le  fils  de 
Pàkaçàsana,  qui  vient  à nous.  1,594. 

* De  ces  malheurs,  que  des  hommes  sages  annoncent 
ici  à l'armée,  le  plus  grand,  c'est  la  division  ; et  c'est,  au 
sentiment  des  connaisseurs,  le  pire  de  tous.  » 1,595. 

« Notre  juste  discours  n'est  point  ainsi,  taureau  des 
hommes,  lui  répondit  le  Dronide  ; mais,  enveloppé  de  sa 
colère,  un  gourou  dira-t-il  les  vertus?  1,596. 

a On  doit  proclamer  les  vertus  d’un  ennemi  ; les  dé- 
fauts d’un  gourou  lui-même  ne  doivent  pas  être  ensevelis 
dans  le  silence.  Qu’il  dise  de  toutes  les  manières  et  de 
toutes  ses  forces  ce  qu’il  y a de  bien  dans  un  fils,  dans  un 
disciple.  » 1,697. 

« Que  l’Atchârya  présent  ici  me  pardonne  ! Que  la 
paix  se  fasse  en  lui  ! reprit  Douryodhaua  ; en  effet,  c’est 


262 


LE  MAHA-BHARATA. 


quand  un  gourou  n'est  pas  aliéné,  que  la  conduite  prend 
de  la  suite  î » 1,598. 

Douryodhana  alors,  fils  de  Bharata,  offrit  ses  excuses  à 
Drona  avec  Karna,  Bhishuia  et  le  magnanime  Kripa. 

« Je  suis  charmé,  repartit  Drona,  de  ce  discours , que 
Bhlshma,  le  fils  de  Çantanou,  a prononcé  d’abord.  11  faut 
adopter  ici  un  système  tel  que  le  fils  de  Prilhà  nu  puisse 
s’avancer  dans  la  bataille  contre  Douryodhana;  et  que  ce 
roi  Douryodhana,  soit  hâte  ou  délire,  ne  tombe  pas  sous 
la  puissance  de  ses  ennemis,  suivant  cette  ligne  de  poli- 
tique ; car,  s’il  n’avait  point  achevé  son  habitation  dans 
les  bois,  Arjouna  ne  viendrait  pas  ici  nous  montrer  sa 
face!  1,599—1,600—1,601—1,602. 

» 11  ne  peut  maintenant  pardonner  cette  faute  avant 
qu’il  n’ait  repris  son  opulence.  Adoptons  ici  une  telle  con- 
duite qu'il  ne  puisse  joindre  le  Dhritaràsbtride  dans  le 
combat  et  que  l'armée  échappe  à sa  défaite.  Quo  le  fds  de 
la  Gangâ  se  rappelle  son  discours,  tel  qu’il  l’a  prononcé 
en  présence  de  Douryodhana,  et  qu'il  parle  comme  il 
convient.  » 1,603 — 1,604 — 1,605. 

Bhlshma  dit  alors  : 

« Les  secondes  et  les  minutes,  les  heures  et  les  jours  se 
joignent  ; les  quinzaines  lunaires  et  les  mois,  les  périodes 
des  constellations  et  les  évolutions  des  planètes,  les  sai- 
sons et  les  années  se  joignent  également,  et  dans  ce  par- 
tage do  la  durée  s’opère  la  révolution  du  temps. 

» Chaque  cinquième  année  donne  naissance  à deux 
mois  par  la  longueur  du  temps  et  d’après  la  marche  ré- 
trograde des  étoiles.  1,606 — 1,607 — 1,608. 

» Cinq  mois  et  douze  jours  sont  en  excédant  sur  les 
treize  années  : tel  est  mon  sentiment.  1,609. 


V1RATA-PAJIVA. 


203 

» Blbhatsou  est  venu  parce  qu'il  a oui  dira  tout  ce 
que  produit  la  marche  régulière  des  étoiles,  et  qu'il  a 
connu  certainement  le  résultat  de  leurs  évolutions. 

a Tous  Ut  Pdndouides  sont  magnanimes;  tous  con- 
naissent l’intérêt  et  le  devoir  ; ils  ont  Y ouddhishthira  pour 
monarque  : comment  auraient-ils  manqué  au  devoir? 

1,610-1,011. 

» Les  fils  de  Kounti  ne  sont  pas  cupides  ; ils  ont  fait 
une  chose  difficile  ; ils  ne  désireraient  pas  même  un 
royaume  entier,  s’ils  n’y  avaient  aucun  droit.  1,012. 

» Ces  rejetons  de  Kourou  désiraient  montrer  leur  vail- 
lance alors  qu’ils  furent  dépouilUt  ; mais , liés  par  les 
chaînes  du  devoir,  ils  n’ont  pas  bougé  des  obligations  du 
kshatrya.  1,013. 

• Quiconque  dira  un  mensonge,  qu’il  s’en  aille  à sa 
ruine  I » C’est  ainsi  qu’ils  pensent,  et  les  fils  de  Prithâ 
choisiraient  la  mort,  mais  le  mensonge  jamais! 

» Le  temps  arrivé,  ils  n’abandonneraieut  pas  ce  qu’il 
doit  amener,  leur  fût-il  défendu  par  le  Dieu  même,  qui 
tient  la  foudre  : tant  est  grande  la  valeur  des  Pàndouides! 

1,614—1,615. 

» Nous  repousserons  dans  la  bataille  le  plus  brave  de 
tous  les  hommes,  qui  portent  les  armes  ; ce  qu’il  y a 
d’heureux  ici  sera  donc  lait  par  ceux,  à qui  le  monde  re- 
connaît du  cœur.  1,016. 

» Que  cela  soit  décidé  promptement  : l’orgueil  et  l'in- 
térêt sont  ici  en  présence  : certes  ! je  n’ai  jamais  vu  un 
autre  homme,  rejeton  de  Kourou,  égal  & celui-ci  dans 
les  combats?  1,617. 

u Dhanandjaya  est  venu  chercher,  Indra  des  rois,  uu 
succès  à part.  En  tout  combat , qui  s'engage,  il  s'agit 


264 


LE  MAHA-BHARATA. 


d’être  ou  de  ne  ne  pas  être,  de  la  victoire  ou  de  la  dé- 
faite. 1,618. 

» Quiconque  entre  dans  cette  lice,  n'a  qu'une  seule  de 
ces  faces  à voir  : c’est  indubitable.  1,619. 

» Que  l’on  fasse  donc  au  plus  vite,  ou  la  chose,  qui 
convient  aux  combats,  ou  la  chose,  qui  est  assortie  au  de- 
voir; car,  on  ne  peut  douter,  Indra  des  rois,  que  Dha- 
nandjaya  soit  arrivé.  » 1,620. 

« Mon  ayeul,  reprit  Douryodhana,  je  n’abandonnerai 
pas  le  royaume  aux  fils  de  Pândou.  Que  l’on  prépare  à 
l'instant  ce  qui  tient  aux  usages  de  la  guerre  ! » 1,621. 

« Que  l’on  écoute  ici  ma  pensée,  dit  Bhtshma,  s’il  te 
platt  ! car  je  dois  te  dire  entièrement  ce  qui  est  pour  toi 
le  salut,  rejeton  de  Kourou.  1,622. 

» Hâte-toi  de  prendre  un  quart  de  l’armée  et  va-t-en  à 
la  ville!  Qu'un  autre,  à la  tête  d’un  second  quart,  se  re- 
tire avec  les  vaches.  1,623. 

» Drona,  karna,  Açvatthàman,  le  Çaradvatide  et  moi, 
nous  combattrons  le  fils  de  Pàndou  avec  l’autre  moitié  de 
l’armée.  1,624. 

» Nous  lutterons  avec  Bibhatsou , revenu  dans  une 
ferme  résolution.  J’arrêterai,  comme  le  rivage  retient  une 
mer,  séjour  des  makaras,  ou  le  roi  des  Matsyas,  s’il  re- 
vient, ou  Çatakratou,  s’il  accourt  à son  aide  ! » 1,625. 

Cette  parole,  que  le  magnanime  Bhishma  venait  de 
prononcer,  leur  fut  agréable  ; et  le  roi  des  Kourouides  la 
mit  aussitôt  en  exécution.  1,626. 

Bhishma  fit  d’abord  partir  le  roi  ; puis,  immédiatement 
après  lui,  la  richesse  des  vaches  ; ensuite,  il  fit  suspendre 
la  marche  aux  principaux  de  l’armée,  et  se  mit  à les  ran- 
ger en  bataille.  1,627. 


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VIRATA-PARVA. 


265 


« Atchârya,  dit  Bhtsbma , tiens-toi  au  milieu,  et  toi, 
Açvatthâman,  à gauche!  Que  le  prudent  Kripa,  le  Çarad- 
vatide,  garde  le  côté  droit?  1,628. 

» Que,  revêtu  de  sa  cuirasse,  Karna  le  fils  du  cocher, 
marche  devant!  Moi,  je  me  tiendrai  à l'arrière-garde, 
protégeant  le  dos  de  toute  l’armée.  » 1,629. 

Tandis  que  les  armées  étaient  rangées  en  bataille  par 
les  héros  des  Kourouides,  voici  venir  précipitamment  Ar- 
jouna,  donnant  une  voix  à tous  le*  échos  par  le  bruit  de 
son  char.  1,630. 

Ils  virent  le  haut  de  son  drapeau,  ils  entendirent  le 
bruit  de  son  char  et  le  son  de  ( arc  Gàndlva,  qui  ébranlait 
fortement  ta  terre.  1,631. 

A l’aspect  de  toutes  ces  choses  et  quand  il  vit  arriver 
l’héroïque  archer  de  Gândlva,  Drona  tint  ce  langage  : 

« Voilà,  dit-il,  le  haut  du  drapeau  d’Arjouna,  qui  res- 
plendit au  loin  : ce  bruit  est  ué  de  son  char  ; et  son  singe 
rugit!  1,632 — 1,633. 

» Ce  quadrumane,  il  inspire  une  extrême  épouvante  à 
toute  l'armée  : lui,  le  plus  vaillant  des  maîtres  de  chars, 
il  est  monté  sur  le  sien , qui  est  le  plus  excellent  des 
chars.  1,63  A. 

> 11  manie  le  plus  éminent  des  arcs,  qui  a le  son  de  la 
foudre....  Voici  deux  flèches,  qui  se  tiennent  réunies  à 
mes  pieds.  1,636. 

» Ces  deux  autres  dards  volent,  ayant  touché  le  bord 
de  mes  oreilles....  il  est  revenu,  après  qu’il  a fait  dans  le 
bois  une  habitation,  qui  est  une  œuvre  plus  qu’humaine. 

» Le  fils  de  Prithâ  s’incline,  il  adresse  une  question  à 
l’oreille.  C’est  lui,  que  nous  avons  long-temps  vu  homme 
sage,  aimé  de  ses  parents.  1,636 — 1,637. 


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LE  MAHA-BHARATA. 


266 

» Dhanandjaya,  le  fils  de  Pândou , est  flamboyant  d’une 
extrême  beauté.  1 ,638. 

» Monté  sur  son  char,  armé  de  ses  flèches,  de  son  car- 
quois à la  belle  surface,  de  sa  conque,  de  son  drapeau, 
de  sa  cuirasse,  coiffé  de  sa  tiare,  ceint  du  cimeterre  et 
son  arc  à la  main , le  fils  de  Kounti  brille  comme  un 
feu  sur  l’autel,  qu’on  arrose  avec  des  cuillerées  de  beurre 
clarifié.  » 1,639. 

Aussitôt  qu'il  vit  les  kourouides  disposés  alors  pour  le 
combat,  Arjouna  tint  au  fils  du  roi  ce  discours  assorti  à la 
circonstance  : 1,6 AO. 

« Retiens  mes  coursiers,  cocher,  dans  la  chûte  de  mes 
flèches,  jusqu'à  ce  que  j’aie  vu  dans  cette  armée  où  se  tient 
cet  homme,  qui  souille  la  race  de  Kourou.  1,641. 

» line  fois  aperçu  cet  être  d'un  orgueil  extrême,  sans 
m’occuper  de  tous  ceux-là,  je  volerai  sur  sa  tête,  et  sa  dé- 
faite entraînera  celle  des  autres.  1,642. 

» Voici  Drona  et  son  fds,  rangé  immédiatement  à son 
côtés  ; voici  Bhishma,  et  Kripa,  et  Karna,  ces  héros,  dis- 
posés en  bataille  ; 1,643. 

b Mais  je  ne  vois  pas  ce  roi  parmi  eux  ; il  s’en  va, 
emmenant  les  vaches,  et,  livré  au  soin  de  conserver  sa 
vie,  il  a pris,  je  le  crains,  la  route  à droite.  1,644. 

» Abandonne  cette  armée  de  chars  et  cours  là  où  est 
Souyodhana  ; je  combattrai  là,  fils  de  Virâta.  11  n’y  a pas 
de  combat  sans  chair,  et,  vainqueur  de  lui,  je  m'en  re- 
tournerai à la  tête  des  vaches,  reconquises  entièrement.  » 

Le  Viràtide  à ces  mots  retint  les  coursiers  de  toutes  ses 
forces  et  leur  abandonna  les  rênes  du  côté  où  étaient  les 
héros  Kourouides.  1,645 — 1,646 — 1,647. 

11  poussa  les  chevaux  vers  l’endroit  où  se  tenait  le  roi 


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VIRATA-PARVA. 


267 


Souyodhana.  Quand  il  vit  Swétavâhana  s’avancer,  en 
laissant  à part  la  multitude  desescbars,  Karna  devina  son 
dessein  et  fit  alors  ce  discours  : « Ce  Blbhatsou  ne  pourra 
pas  tenir  de  pied  ferme  contre  le  souverain. 

1,648—1,64». 

» Défendons  les  derrières  du  roi,  qui  va  promptement 
faire  volte-face  ; car  cet  Arjouna,  qui  est  autre  que  le 
Dieu  aux  mille  regards,  ou  Krishna,  le  fils  de  Dévaki,  ou 
l’instituteur  spirituel,  ce  Bharadwadjide  au  grand  char 
avec  son  fils,  ne  saura  combattre  seul  ce  héros,  bouillant 
de  colère  ! 1,650 — 1 ,651. 

» Que  nous  importent  les  vaches  ou  une  vaste  richesse? 
Ce  qu’il  y a de  plus  essentiel,  c’est  Douryodhana,  qui  est 
plongé  comme  un  navire  dans  les  eaux  du  fils  de  Prithâ  I » 

Après  que  Bibhatsou  eut  marché  ainsi , il  proclama  son 
nom,  et  répandit  bientôt  sur  l'armée  ses  flèches,  telles 
qu’un  essaim  de  sauterelles.  1,662—1,653. 

Ensevelis  dans  cette  multitude  de  traits  décochés  parle 
fils  de  Prilhâ,  les  guerriers  ne  voyaient  plus  ni  la  terre,  ni 
le  ciel,  engloutis  dans  ces  dards.  1,664. 

En  vain,  ils  tombaient  dans  le  combat,  leur  sentiment 
ne  se  tournait  pas  à la  fuite  ; ils  honoraient  dans  leur 
pensée  la  légèreté  du  Prithide.  1,655. 

11  remplit  sa  conque  d'un  son,  qui  hérissa  d'épouvante 
le  poil  des  ennemis  ; il  fit  vibrer  le  plus  excellent  des  arcs  ; 
il  excita  les  esprits  dans  son  drapeau.  1,656. 

Au  son  de  cette  conque,  au  fracas  des  roues  de  son 
char,  au  bruit  de  son  arc  Gàndiva,  la  terre  fut  ébranlée. 

Fouettées  par  tous  les  êtres  non  humains,  qui  font  leur 
habitation  dans  les  drapeaux,  les  vaches,  courant  de  tous 
les  côtés,  la  queue  agitée  en  l'air,  se  remirent  dans  la  plage 


208 


LE  MAHA-BHARATA. 


méridionale  et  revinrent  au  pays.  1,657 — 1,658— 1,669. 

Quand  il  eut  dispersé  l'armée  des  ennemis  et  reconquis 
les  vaches,  superbe,  son  arc  à la  main,  il  s’avança,  dési- 
rant engager  de  nouveau  le  combat,  sa  face  tournée  vers 
Douryodhana.  1,600. 

Tandis  que  les  vaches  revenaient  lestement  chez  les 
Matsyas,  les  héros  des  kourouides  accoururent  d'un  pied 
rapide,  voyant  que  Rirltl,  son  but  atteint,  s’avançait  tour- 
nant la  face  vers  Douryodhana.  1 ,661. 

Dès  qu’il  vit,  sous  une  multitude  de  drapeaux,  s’appro- 
cher leurs  nombreuses  armées  dans  une  profonde  étendue, 
l’exterminateur  des  ennemis,  s’adressant  au  Virâtide,  tint 
ce  langage  au  fils  du  roi  des  Matsyas  : 1,662. 

« Donne  promptement  toute  la  vélocité  possible  à ces 
chevaux  blancs,  que  retiennent  des  brides  d’or.  Déploie, 
tes  efforts  ! Que  j’extermine  ce  troupeau  des  lions  de 
kourou  ! 1,663. 

» Un  fils  de  cocher,  éléphant  vicieux,  désire  combattre 
avec  moi,  vigoureux  éléphant  : ne  laisse  point  arriver  au 
combat,  fils  de  roi,  cet  homme  orgueilleux  de  la  faveur  de 
Douryodhana!»  1,665. 

Le  fils  de  Yiràta  avec  ses  grands  coursiers  aux  cein- 
tures d’or,  légers  comme  le  vent,  passa  d’abord  cette  ar- 
mée de  guerriers  montés  sur  des  chars  ; ensuite,  il 
conduisit  le  fils  de  Pàndou  au  milieu  du  champ  de  bataille. 

Tchitraséiia,  Sangrâmadjit,  Çatrousaha  et  Djaya,  ces 
héros,  qui  désiraient  éclipser  karna,  s'avancèrent,  avec 
leurs  dards  et  leurs  flèches,  au-devant  du  Bharatide,  qui 
fondait  sur  eux.  1,665 — 1,660. 

Secondé  par  la  chaleur  du  vol  impétueux  de  ses  flèches 
et  la  splendeur  de  son  arc,  l’homme  héroïque  incendia  la 


VIRATA-PARVA. 


209 


multitude  des  chars  aux  plus  excellents  des  Kourouides, 
comme  le  feu  consume  une  forêt.  1,067. 

Tandis  que  ce  combat  tumultueux  se  déroulait,  Vikarna 
assaillit  avec  un  char,  d’où  pleuvait  une  épouvantable 
grêle  de  flèches,  le  frère  puîné  de  Bhlma,  cet  Arjouna, 
habile  à combattre  sur  un  char.  1,668. 

Celui-ci  banda  son  arc  sublime,  enrichi  d’or,  à la  corde 
solide  ; il  abattit  d’un  coup  violent  le  drapeau  de  Vikarna 
et  l’enseigne  tranchée  disparut  aussitôt.  1,069. 

Son  rival,  le  fléau  des  ennemis,  ne  pouvant  tolérer  que 
le  fils  de  Prithà  contint  les  bataillons  ennemis  et  fit  des 
actions  plus  qu’humaines,  harcela  Kirttl  avec  une  pluie  de 
flèches.  1,670. 

Blessé  par  le  roi,  monté  dans  son  char,  il  s’enfonça  dans 
l’armée  des  Kourouides,  après  qu’il  eut  percé  l'immola- 
teur  des  ennemis  avec  cinq  flèches  et  frappé  son  cocher 
avec  dix.  1,071. 

Ensuite,  atteint  avec  un  trait  par  l'éminent  guerrier 
dans  les  membres  postérieurs  du  corps,  il  tomba  sans  vie 
sur  le  champ  de  bataille,  comme  un  arbre,  que  le  vent  a 
brisé  au  sommet  d’une  montagne  et  qui  croule  sur  la 
terre.  1,672. 

Rompus  par  ce  puissant  guerrier,  qui  les  surpassait  en 
héroïsme,  ces  héros  éminents  s’ébranlèrent,  tels  qu’une 
forêt  aux  grands  arbres,  secoués  par  la  force  de  l’ouragan 
dans  la  saison  venteuse.  1,073. 

Sous  les  coups  d’Arjouna,  ces  héros  des  hommes,  dona- 
teurs de  richesses,  les  égaux  d’Indra  en  courage,  s’endor- 
mirent, dans  leurs  beaux  ornements,  sur  la  terre,  vaincus 
dans  ce  combat  par  le  fils  de  Çakra.  1,674. 

Ce  mortel  héroïque,  l’arc  Gândlva  à sa  main,  immola 


270 


LE  MAHA-BHARATA. 


dans  cette  bataille  les  ennemis,  comme  de  grands  élé- 
phants de  l'Him&laya,  que  revêtiraient  des  cuirasses  de 
fer  noir  et  d’or.  1,675. 

11  se  promenait  sur  le  champ  de  bataille,  incendiant  les 
plages  et  les  points  intermédiaires,  comme  le  feu  brûle 
une  forêt  à la  fin  de  l’été,  où  les  feuilles  jonchent  la  terre, 
et  comme  le  vent  dissipe  les  nuages  du  printemps.  1,676. 

Kiritl  se  promenait,  monté  sur  son  char,  disséminant 
les  ennemis  dans  la  plaine  ; il  tua  d’une  âme  superbe  les 
chevaux  du  frère  de  Karna,  que  traînait  un  blanc  attelage. 

Vainqueur  dans  cette  bataille,  il  lui  enleva  promptement 
d’une  seule  flèche  sa  tête,  coiffée  d'une  tiare  ; et  le  fils  du 
cocher,  Vaîkartana,  après  la  mort  de  son  frère,  déploya 
son  courage.  1,677 — 1,678. 

11  prit  deux  pachydermes,  rois  des  éléphants,  et  fondit 
comme  un  tigre  sur  un  taureau  géant.  Vaîkartana  de 
frapper  lestement  le  fils  de  Pàndou  avec  douze  flèches. 

11  perça  tous  les  chevaux  dans  leurs  membres,  il  blessa 
le  fils  de  Viràta  à la  main  ; mais  Kiritl  s’élança  rapidement 
au-devant  de  Vaîkartana,  qui  accourait  à grands  pas. 

1,679-1,680. 

11  donna  l'essor  à sa  légèreté,  et  se  rua  avec  impétuosité 
sur  un  éléphant,  comme  Garouda  aux  ailes  admirables. 
Ces  deux  héros  étaient  vigoureux,  capables  de  supporter 
tous  les  ennemis  et  supérieurs  à tous  ceux,  qui  manient  un 
arc.  A peine  eurent-ils  entendu  ce  combat  de  Karnaet  du 
Prithide,  les  enfants  de  Kourou  s’arrêtèrent,  curieux  de 
voir  ce  spectacle.  Le  fils  de  Pàndou,  de  qui  la  colère 
s’était  promptement  soulevée,  jeta  un  regard  de  joie  sur 
le  coupable  Karna.  1,681 — 1,682. 

Dans  un  instant,  il  disparaît  avec  son  char,  ses  chevaux 


VIRATA-PARVA. 


271 


et  son  cocher  sous  l’épouvantable  pluie  d’une  multitude 
de  (lèches.  Ensuite,  douloureusement  blessés,  avec  leurs 
éléphants  et  leurs  chars,  les  guerriers  de  ces  éminents 
Bharatides,  poussent  de  longs  cris,  ensevelis  avec  leurs 
chevaux,  Bhishma  à leur  tête,  et  les  chars  tout  remplis  des 
flèches  lancées  par  Kirltl.  L’héroïque  ennemi  de  repousser 
avec  une  foule  de  traits  les  dards,  que  lui  décochent  les 
bras  d'Arjouna.  1,685 — 1,684. 

Le  magnanime  Karna  se  tenait,  son  arc  et  ses  flèches  à 
la  main,  aussi  prompt  que  le  feu  avec  les  étincelles. 
C’était  un  bruit  de  paumes  frappées  sur  le  gantelet,  un 
retentissement  de  conques,  de  panavas  et  de  tambours, 
d’applaudissements  donnés  par  les  kourouides  au  fils  du 
soleil,  qui  faisait  résonner  sa  corde  et  retentir  sa  ma- 
nique.  Karna  pousse  un  cri,  aussitôt  qu’il  vit  Kirltl  jeter 
des  clameurs,  tirer  un  son  de  l’arc  Gândiva,  et  imprimer 
une  fin  terrible  et  confuse  aux  parties  les  plus  hautes  des 
drapeaux  et  des  grandes  bannières  aux  queues  agitées. 
Mais  Arjouna  fatigue  de  ses  flèches  le  fils  du  soleil  avec  le 
char,  les  chevaux  et  le  cocher.  1,686 — 1,686 — 1,687. 

Kirlti  inonda  fortement  de  ces  traits  l’auguste  guer- 
rier sous  les  yeux  de  ürona  même  et  de  Kripa  ; le  fils  du 
soleil  fit  crever  comme  un  nuage  l'ouragan  de  ses  flèches 
nombreuses  sur  le  fils  de  Prithà.  1,688. 

Et  le  prince,  coiffé  d’u’  e tiare  en  guise  de  bouquet  de 
fleurs,  couvrit  Karna  de  ses  dards  acérés.  Tandis  qu’ils 
lançaient  des  traits  bien  aigus  dans  ce  combat  , où 
s'accroissait  la  masse  des  astras  et  la  multitude  des 
flèches,  1,680. 

Le  monde  pensa  voir  le  soleil  et  la  lune  comme 
montés  sur  leurs  chars  au  milieu  des  nuages.  Adroit  et 


272 


LE  MAHA-BHARATA. 


rapide,  Karna  blessa  de  ses  flèches  les  coursiers  du  Pri- 
thide.  1,690. 

D'une  main  furieuse,  avec  trois  dards,  il  perça  le  cocher; 
avec  trois  autres,  il  eut  bientôt  abattu  le  drapeau:  mais, 
réveillé  par  ses  blessures,  comme  un  lion  endormi,  le  fléau 
des  batailles,  1,691. 

Djishnou,  le  plus  vaillaut  des  Kourouides,  l’archer,  qui 
maniait  Gândlva,  fondit  sur  Karna,  ses  traits  à la  main. 
Battu  par  une  pluie  d'astras  et  de  flèches,  le  magna- 
nime lit  éclore  une  action  plus  qu’humaine.  1,692. 

11  couvrit  de  ses  dards  le  char  de  Karna,  comme  le  so- 
leil enveloppe  les  mondes  avec  le  filet  de  ses  rayons  ; tel 
qu'un  roi  des  éléphants  frappé,  il  prit  dans  son  carquois 
des  bhallas  acérés.  1,693. 

11  tendit  son  arc,  tiré  jusqu'à  l’oreille,  et  blessa  le  fils 
du  cocher  dans  ses  membres.  L’immolateur  des  ennemis 
ouvrit  dans  le  combat  son  cou , son  front,  sa  tète,  ses 
cuisses,  ses  bras  et  ses  membres  postérieurs  avec  des 
flèches  aiguës,  semblables  à la  foudre  et  lancées  par  l'arc 
Gàndlva.  Forcé  par  les  traits,  que  lui  décochait  le  fils  de 
Prithà,  tel  qu'un  éléphant  chassé  par  un  autre  éléphant, 
et  consumé  par  les  dards  du  Pàndouide,  Karna  de  se  re- 
tirer promptement  et  d’abandonner  la  tète  du  champ  de 
bataille.  1 ,694 — 1 ,695. 

Quand  le  fils  adoptif  de  Ilâdhà  fut  parti,  les  héros  s'a- 
vancèrent lentement  avec  une  armée,  qui  était  comme  à 
lui  et  sous  la  conduite  de  Souryodhana  vers  le  fils  de 
Pàndou.  1,696. 

Le  fils  de  Kounti,  BIbhatsou  aux  blancs  coursiers,  re- 
vint maintes  fois  avec  ses  flèches  et  le  rire  sur  les  lèvres, 
comme  un  rivage  empêche  la  grande  mer  d’aller  plus 


V1RATA-PAUVA. 


273 


avant,  l'impétuosité  de  cette  armée,  qui  arrivait  en  ordre 
de  bataille.  Maître  du  meilleur  des  chars,  il  s’avança, 
opérant  un  astra  divin.  1,697 — 1,698. 

Le  fils  de  Pritliâ  couvrit  de  flèches  lancées  par  C are 
Gândîva  les  dix  points  de  l’espace,  comme  le  soleil  enve- 
loppe la  terre  de  ses  rayons.  1,699. 

11  n'y  eut  pas  un  char,  ni  un  coursier,  ni  un  éléphant, 
ni  une  cuirasse,  qui  ne  fut  brisée  dans  un  intervalle  large 
de  deux  doigts  seulement , d’après  l'union  du  sublime 
Krishna  avec  la  nature  divine,  l’enseignement  et  l’art, 
dont  ses  coursiers  étaient  doués,  la  vertu  de  circuler, 
dont  étaient  saturés  ses  àstras.  1,700 — 1,701. 

A la  vue  de  la  vaillance  rapide  et  supérieure  de 
Djishnou,  on  applaudit  à Btbhatsou,  tel  que  le  feu  de  la 
mort,  qui  consume  les  créatures.  1,702. 

Les  hommes  ne  pouvaient  supporter  son  regard,  comme 
celui  du  soleil  flamboyant.  Dévorées  par  les  traits  d’ Ar- 
jouna,  les  armées  resplendissaient  semblables  à des  nuages, 
disposés  en  bataillons  devant  une  montagne,  occupée  par 
les  rayons  de  l’astre  lumineux.  Telles  que  des  bois  d’a- 
çokas,  garnis  de  belles  fleurs,  ainsi  brillaient  les  armées, 
Bharatide,  sous  les  flèches  du  fils  de  Prithà.  Desséchant 
la  fleur  d’or  dans  le  bouquet  ouvert  par  les  traits  d'Ar- 
jouna,  le  vent  soutenait  dans  l’air  les  ombrelles  et  les  dra- 
peaux. Les  dix  points  de  l’espace  tombèrent,  tremblants  de 
l’épouvante,  causée  par  la  vigueur  de  ces  héros. 

1,703—1 ,70A — 1 ,706— 1 ,706. 

Occupant  cette  place  des  chars,  le  fils  de  Prithà  coupait 
les  jougs  des  chevaux.  Il  abattait  les  éléphants  à grands 
coups  sur  les  oreilles,  les  flancs  et  les  défenses,  entre  les 
lèvres,  dans  les  articulations  et  dans  tous  les  membres, 
v 18 


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LE  MAHA-BHARATA. 


Î7* 

Tel  que  la  surface  du  ciel  est  voilée  par  des  nuages,  tel, 
en  un  instant,  la  terre  fut  couverte  par  les  corps  sans  vie 
des  énormes  éléphants  de  l'armée  ennemie.  De  même 
qu’au  temps  où  expire  un  youga,  le  feu  brûle  du  bout  de 
ses  flammes  tous  les  êtres  immobiles  et  mobiles,  qui  sont 
la  proie  de  la  mort,  ainsi  le  Prithide  consumait , grand 
roi,  les  ennemis  dans  la  bataille. 

1 ,707— 1 ,708— 1 ,709— 1 ,71 0. 

Par  les  splendeurs  de  toutes  les  flèches,  par  le  son  de 
l’arc  Gdndiva,  par  le  bruit  de  tous  les  êtres  non  humains, 
qui  habitent  les  drapeaux,  et  par  les  cris,  que  vomissait 
contre  les  ennemis  des  Dieux  (1)  le  singe,  rugissant  une 
menace  démesurément  épouvantable,  Bibhalsou , le  vi- 
goureux destructeur  des  ennemis,  jetait  la  terreur  dans 
cette  bataille,  qui  avait  ses  deux  bras  pour  seuls  combat- 
tants. 11  fondit  à l’orient  sur  l’armée  des  chars  de  l’enne- 
mi; il  s’avança  d'abord  rapidement  sur  la  terre  ; ensuite, 
il  les  attaqua  hardiment.  Telles  que  des  oiseaux  dociles  à 
l’ordre  du  maître,  Arjouna  d'envelopper  l’atmosphère  avec 
une  multitude  de  flèches  aériennes,  semblables  à du  sang. 
Dans  ces  entrefaites,  sire,  des  traits  incalculables  furent 
semés  en  tous  les  points  de  l’espace,  comme  les  rayons  du 
soleil  aux  brûlantes  splendeurs.  Une  fois  seulement  les 
ennemis  ne  purent  aborder  son  char  : • Puisque  les  che- 
vaux ne  peuvent  l’atteindre,  pourquoi,  disaient-ils,  ne 


(i)  Seuls,  Bohtlingk  et  Roth  inscrivent  cette  expression  dans  leur  Dic- 
tionnaire ; mais  ils  avouent  prudemment  qu’ils  n’en  connaissent  pas  la 
signification  ; « Dutvdripdt  ? Mahà-BhâraU,  III,  1,712,  » disent-ils  tout 
simplement,  et,  sans  risquer  une  traduction  quelconque,  ils  passent  à 
autre  chose.  Nous  traduisons,  en  supposant  que  fauteur  a voulu  ou  dû  mettre 
une  syllabe  de  plus  : datvdrijalpât. 


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V1RATA-PARVA. 


475 


laisse-t-il  pas  s’approcher  tout  autre  de  son  char.  » De 
même  que  ses  flèches  ne  demeuraient  pas  dans  les  corps 
de  l'ennemi,  de  même  le  char  de  Blbhatsou  ne  restait  pas 
alors  au  milieu  des  bataillons  contraires.  11  eut  bientôt 
jeté  l'agitation  dans  l’armée  des  ennemis,  comme  le  tor- 
tueux serpent  Anauta,  qui  se  joue  au  sein  de  la  grande 
mer.  Tous  les  êtres  entendirent  le  son  de  cet  arc,  inoui  et 
dominant  tous  les  bruits,  que  Kirltl  décochait  coup  sur 
coup,  sans  mesure.  On  vit  les  éléphants  éternels,  que  sé- 
parent d'immenses  intervalles,  couverts  de  ses  flèches, 
comme  les  nuages  le  sont  des  rayons  de  la  lumière.  Con- 
tinuellement se  dessinait  dans  la  bataille  le  circuit  de  l’arc 
du  héros , qui  tirait  à droite  et  à gauche,  parcourant  toutes 
les  plages  de  l’espace.  De  même  que  les  regards  ne  tombent 
jamais  sur  des  choses,  qui  n’ont  pas  de  formes  perceptibles 
aux  yeux,  de  même  les  traits  de  l’archer  du  Gàndlva  ne 
tombaient  pas  sur  des  êtres  invisibles.  Telle  que  Berait  la 
route  de  mille  éléphants  marchant  de  compagnie  dans  un 
bois,  telle  paraissait  aux  yeux  la  route  du  char  de  Kirltl. 
« C’est  Indra,  sans  doute,  qui,  dans  son  désir  d'assuter  la 
victoire  an  Prithide,  nous  immole  de  ces  coups  continus 
à la  tête  de  ses  Immortels  1 » pensaient  les  ennemis,  que 
frappait  le  iils  de  Prithâ  ; ou  « C’était  la  Victoire,  s'ima- 
ginaient-ils, qui  infligeait  ces  coups  démesurés  aux  enne- 
mis ; (De  la  tlance  1,711  à la  stance  1,725.) 

Ou  : « C'était,  pour  ainsi  dire,  la  Mort  elle-même,  qui 
sous  les  traits  d’Arjouna,  détruisait  les  créatures!  s 
Frappés  sous  la  main  du  fils  de  Prithâ,  les  corps  de  l’ar- 
mée des  Kourouides  s'affaissaient,  suivant  l’ordre  du  fils  de 
Kountl  pour  ses  exploits.  Le  V irûtide  suivait  les  têtes  de 


276 


LE  MAHA-BHARATA. 


l’ennemi,  que  Djishnou  avait  tranchées,  comme  des  têtes 
de  plantes  annuelles.  1,726 — 1,727. 

La  crainte  d’Arjouna  ravit  les  forces  des  Kourouides  ; 
le  vent  d’Arjouna  brisa  les  forêts  des  ennemis  d’Arjouna. 

Les  gouttes  de  sang  teignirent  en  rouge  la  surface  de  la 
terre  ; et  le  vent  ne  souleva  plus  qu'une  poussière,  mêlée 
de  sang.  1,728 — 1,729. 

Une  éclatante  rougeur  colora  les  rayons  de  l'astre  lu- 
mineux ; l’atmosphère  avec  le  soleil  offrit  en  ce  moment 
l’aspect  d'un  rouge  crépuscule.  1,780. 

Quoique'  le  flambeau  du  jour  fut  arrivé  au  mont  Asta, 
le  fils  de  Pândou  ne  cessa  pas  de  combattre.  Le  héros  à 
l’âme  inconcevable  s’avança,  escorté  de  ses astras célestes, 
contre  tous  ceux,  qui  portaient  l’arc  : contre  tons  ceux, 
que  le  courage  faisait  rester  de  pied  ferme  dans  la  bataille. 
11  fit  tomber  sur  Drona  vingt-et-un  de  ces  dards,  appelés 
ksourapras.  1,731 — 1,782. 

11  blessa  Doussaha  avec  dix  flèches  : le  Dronide  en  eut 
huit,  Douççâsana  douze,  K ripa  le  Çaradvatide  trois, 
Bhlshma,  le  fils  de  Çantanou,  six,  et  le  roi  Douryodhana, 
cent  pour  son  partage.  Immolateur  des  héros  ennemis,  il 
blessa  à l'oreille  Karna  d’une  flèche  barbelée. 

1,788—1,734. 

Dès  qu’il  eut  mis  hors  de  combat  ce  héros,  versé  dans 
tous  les  astras,  qu’il  eut  tué  son  cocher  et  ses  chevaux,  et 
l’eut  réduit  sans  char,  il  brisa  même  son  armée.  1,735. 

Aussitôt  qu’il  vit  leurs  bataillons  rompus  et  ce  Prithide 
ferme  devant  lui  sur  le  champ  de  bataille,  le  fils  de  Vi- 
râta,  qui  savait  son  dessein,  lui  tint  ce  langage  : 1,736. 

« Monte  sur  ton  char  éclatant  avec  moi  pour  cocher, 


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V1RATA-PARVA. 


277 


fils  de  Prithâ.  Vers  quelle  armée  désires-tu  aller  T J’irai 
avec  toi,  sur  ton  ordre.  » 1,737. 

Arjouna  lui  répondit  : 

n Vois-tu  ce  guerrier,  qui  se  tient  sur  ce  char,  ombragé 
d’un  drapeau  noir,  Outtara,  avec  ces  chevaux  rouges  sans 
blessure  et  couverts  d’une  peau  de  tigre  ? 1,738. 

» Conduis-moi  au  front  de  cette  armée  ! Je  veux  mon- 
trer un  rapide  astra  à ce  Kripa,  le  solide  archer.  1,739, 

» Celui,  qui  étale  sur  son  drapeau  cette  belle  aiguière, 
faite  d'or,  c'est  l’instituteur  spirituel,  Drona,  le  plus 
vaillant  de  tous  ceux,  qui  portent  les  armes.  1,740. 

» 11  a toujours  droit  à mes  hommages  entre  tous  ceux, 
qui  manient  les  armes  ; décris  un  pradakshina  autour  de 
ce  grand  héros,  qui  a l'âme  bien  sereine.  1,741. 

» Mets  pied  à terre  : c’est  le  devoir  éternel.  Que  Drona 
commence  par  m’envoyer  ses  flèches  ; je  lui  répondrai 
avec  les  miennes  ; et  de  cette  façon  la  colère  ne  peut  naître 
en  son  cœur.  A ses  côtés,  ce  guerrier,  de  qui  le  drapeau 
montre  à nos  yeux  un  arc,  1,742 — 1,743. 

» C’est  le  fils  de  l’ Ach&rya,  le  magnanime  Açvatthâman, 
qui  est  toujours  digne  de  mes  hommages  entre  tous  ceux, 
qui  portent  les  armes.  1,744. 

» Aborde  mainte  fois  son  char  et  retire-toi  devant  lui 
mainte  fois.  Ce  héros,  qui,  dans  cette  armée  de  chars,  est 
revêtu  d'une  cuirasse  d’or,  1,746. 

» Qui,  général  d’armée,  préside  â la  troisième  division 
et  de  qui  le  sommet  de  l’étendard  présente  à la  vue  un 
éléphant,  couvert  de  son  enseigne  d’or,  1,746. 

» C’est  le  fortuné  fils  de  Dhritaràshtra,  le  roi  Souyodha- 
na  ! Conduis,  héros,  en  face  du  sien  ton  char,  destructeur 
des  chars  ennemis.  C’est  un  roi,  qui  sème  la  terreur  ; il 


278 


LE  MaHA-BHAHATA. 


est  enivré  de  la  fureur  des  combats  ; il  est  réputé  pour 
l'astra  rapide  le  premier  des  disciples  de  Drona. 

1,747—1,748. 

• Je  lui  ferai  voir  dans  ce  combat  un  astra  rapide  avec 

ampleur Ce  guerrier,  qui  porte  à la  cime  de  son  dra- 

peau un  éclatant  ceinturon  d'éléphant,  1 ,74». 

* C’est  Karna,  le  fils  du  soleil,  que  tu  as  connu  naguère. 
Aborde  le  char  du  fils  adoptif  de  Ràdhâ  à l’âme  cruelle, 

■>  Et  déploie  tes  efforts  dans  le  combat  ; car  il  rivalise 
toujours  avec  moi  dans  la  bataille.  Mais  ce  vigoureux 
archer,  qui  se  tient  sur  son  char,  la  main  parée  d'un  bra- 
celet et  sous  une  enseigne  de  couleur  noire,  ornée  de  cinq 
étoiles;  celui,  de  qui  le  drapeau  flotte,  bigarré  du  soleil  et 
des  étoiles,  tandis  que  son  front  est  ombragé  de  ce  parasol 
blanc  et  sans  tache;  celui,  qui,  ressemblant  au  soleil  à la 
cime  d’un  nuage,  se  tient  devant  cette  nombreuse  mul- 
titude de  chars,  décorée  de  bannières  et  de  drapeaux  di- 
vers ; celui,  à qui  l’on  voit  avec  un  casque  d'or  une 
cuirasse  d’or,  semblable  au  soleil  et  à la  lune  : c'est 
Bhlshma,  le  fils  de  Çàntanou,  notre  arrière-grand-oncle  à 
tous,  qui  afflige,  pour  ainsi  dire,  mon  âme  de  douleur. 

1 ,750 — 1,761 — 1,752 — 1,758—1 ,764—1,755. 

» Environné  d'une  pompe  royale,  il  suit  le  parti  de 
Rouryodhana.  On  peut  s'avancer  derrière  lui,  il  ne  me 
fera  point  obstacle.  1,750. 

» Gouverne  avec  attention  mes  coursiers,  tandis  que  je 
vais  combattre  de  cette  manière.  » Alors  le  fils  de  Viràta, 
sans  crainte,  de  conduire  l’Ambidextre  â l’endroit  même, 
sire,  où  était  Kripa,  aspirant  4 combattre  Ifhanandjaya. 

1,757—1,758. 

Ces  armées  des  Kourouides,  les  sublimes  archers,  on 


VIRAT  A-PARVA. 


279 


es  voyait  se  répandre,  telles  que  des  nuages,  quand  un 
léger  souille  du  vent  les  pousse,  à la  fin  de  la  saison 
chaude.  1,759. 

Près  des  chevaux  s’arrêtèrent  les  combattants  montés 
et  les  éléphants  aux  formes  épouvantables,  stimulés  avec 
des  aiguillons  et  des  leviers  de  fer,  flamboyants  de  cui- 
rasses variées  et  gouvernés  par  des  guerriers  de  haute  taille. 
Çakra,  équitant  sur  Soudarçana,  s’avança  avec  l’armée 
des  Dieux,  avec  les  bataillons  des  Maroutes,  des  Viçvaset 
les  deux  Açwins.  Cette  armée,  toute  remplie  de  grands 
Ouragas,  de  Gandharvas,  d’Yakshas  et  de  Dieux,  resplen- 
dissait alors,  sire,  comme  la  réunion  des  planètes,  déga- 
gées des  nuages  et  lançant  au  milieu  des  hommes  la 
puissance  de  leurs  rayons.  1,780-1,761-1,762-1,763. 

Les  Dieux,  portés  individuellement  chacun  sur  son- 
char.  vinrent  contempler  ce  grand,  cet  épouvantable 
combat,  qu'allait  enfanter  la  rencontre  de  Kripa  et  d’Ar- 
jouna.  1,764. 

Ensuite,  resplendit  le  char  du  roi  des  Dieux,  beau  à 
voir,  céleste,  orné  de  toutes  les  sortes  de  pierres  fines, 
allant  à volonté,  et  soutenu  dans  les  airs.  1,766. 

Les  trente-trois-  Dieux,  leur  monarque  à la  tête,  se  te- 
naient là  où  une  colonne  d’or  et  une  autre  faite  do  pier- 
reries et  de  perles  faisaient  supposer  une  centaine  de  cent 
mille  palais.  Les  Gandharvas,  les  Rakshasas,  les  serpents, 
les  Mânes  et  les  grands  rishis,  1,766—1,767. 

Le  roi  Vasoumanan,  Balâksha,  Soupratarddana,  Ashta- 
ka,  Çivi,  Yayâti,  Nahousha,  Gaya,  1,768. 

Manou,  Pourou,  Raghou,  Bhanou,  Kriçaçva,  Sagara, 
Nala,  tous  rayonnants  de  lumière,  virent  le  char  du  roi  des 
Immortels.  1,769. 


280 


Lli  MAH A BHARATA. 


Les  chars  d’Agni,  d’Iça,  de  Lnnus,  de  Varouna,  du 
Pradjapati,  de  Dliatri  et  de  Vidhatri,  de  Kouvéra  et 
d'Yama,  d’ Alambousha , d’Ougraséna  et  du  Gandhirva 
Toumbourou  brillaient  à part  et  suivant  leur  espèce. 

Les  rishis  du  plus  haut  rang,  les  Siddhas  et  les  foules 
de  tous  les  Dieux  étaient  venus  contempler  ce  combat  des 
Kourouides  etd'Arjouna.  1,770 — 1,771 — 1,772. 

Là,  sc  disséminait  partout  l’odeur  pure  des  bouquets 
divins,  comme  celle  des  arbres  fleuris  au  commencement 
du  printemps.  1,773. 

Les  ombrelles,  les  vêtements,  les  drapeaux,  les  éven- 
tails, tout  là  n’était  aux  yeux  que  pierreries  chez  les  Dieux 
présents.  1,774. 

Toute  remplie  de  rayons  de  lumière,  était  calmée  la 
poussière  de  la  terre;  et  le  vent,  s’imprégnant  de  parfums 
célestes,  en  caressait  les  combattants.  1,775. 

L’atmosphère  était,  pour  ainsi  dire,  illuminée;  sa  forme 
admirable  était  ornée  par  les  plus  grands  des  Dieux, 
amenés  en  ces  lieux  sur  des  chars  divers,  merveilleux, 
rassemblés,  arrêtés  là,  éclairés  par  mainte  et  mainte 
pierrerie.  Là,  brillait  le  Dieu,  qui  tient  la  foudre,  monté 
sur  son  char,  environné  des  Immortels.  1,770 — 1,777. 

Le  Dieu  à la  grande  splendeur  portait  une  guirlande 
tressée  de  nélumbos  et  de  lotus  : il  contemplait  dans  ce 
combat  son  fils  de  ses  mille  yeux  et  ne  pouvait  en  rassasier 
ses  regards.  1,778. 

Quand  il  vit  les  armées  des  Kourouides  en  ordre  de  ba- 
taille, le  fils  de  Prithà  et  de  Pàndou,  adressant  la  parole 
au  fils  de  Viràta,  lui  dit  ces  mots  : 1,779. 

« Marche  à la  droite  de  ce  guerrier,  sur  le  drapeau  du- 
quel on  voit  un  autel  d’or;  car  c’est  Kripa  le  Çaradvatide.  » 


VIRATA-PARVA. 


281 


A peine  eut-il  entendu  cet  ordre  de  Dhanandjaya,  le 
Virâtide  s’empressa  alors  d’exciter  ses  chevaux,  pareils  à 
l’argent,  ornés  d’insignes  d’or.  1,780 — 1,781. 

Il  entra  peu  à peu  dans  la  plus  grande  vélocité,  et 
lança  ses  coursiers,  qui  paraissaient  irrités  et  ressem- 
blaient à la  lune.  1,782. 

Habile  à gouverner  les  chev.iux,  il  conduisit  les  siens 
vers  l'armée  des  Rourouides  et  lit  rebrousser  chemin  à 
ses  coursiers,  rapides  comme  le  vent.  1,783. 

Il  traça  un  cercle  à droite,  il  en  décrivit  un  à gauche, 
et  le  Matsya,  qui  savait  la  vraie  nature  des  chevaux,  égara 
l’esprit  des  Rourouides  par  les  mouvements  de  son 
char.  1,784. 

Le  <ils  de  Viràta  saus  crainte  aborda  le  char  de  Rripa, 
décrivit  autour  de  lui  un  pradakshina,  et  fort,  il  s’arrêta 
devant  lui  (1).  1,785. 

Arjouna  remplit  alors  d’un  souille  puissant  Dcvadalta, 
la  meilleure  des  conques,  et,  déployant  sa  force,  il  pro- 
clama son  nom.  1,785. 

Grand  fut  le  bruit  de  cet  instrument,  que  le  vigoureux 
Djishnou  Ht  résonner  dans  ce  combat  : on  eût  dit  une  mon- 
tagne, qui  se  fendait.  1,788. 

Les  Rourouides  avec  leurs  guerriers  d'applaudir  au  son 
de  cette  conque,  qui  n'éclata  point  au  souffle  cent  fois  ré- 
pété d’ Arjouna.  1,787. 

Le  bruit  alla  frapper  le  ciel,  rebondit  et  fut  entendu  à 
son  retour  : Maghavat  laissa  échapper  de  sa  main  la  foudre, 
comme  si  elle  tombait  sur  une  montagne.  1,788. 


(I)  Ce  çloka  est  numéroté  dans  l’édition  par  erreur  1,784  : nous  doublons 
un  chiffre  comme  elle. 


LE  MAHA-BHARATA. 


Î82 

Dan»  ce  moment,  plein  d'orgueil  pour  sa  force,  Kripa, 
l’héroïque  Çaradvatide,  ne  put  supporter  un  tel  son. 

En  courroux,  ce  héros,  qui  désirait  un  combat  avec 
Arjouna,  saisit  vivement  sa  conque,  fille  du  grand  bassin 
des  eaux,  et  la  remplit  d'un  souille  vigoureux. 

1,780 — 1,790. 

Le  plus  vaillant  des  maîtres  de  chars  couvrit  du  son  les 
trois  mondes  ; et,  prenant  son  nrc,  il  en  fit  alors  résonner 
la  corde.  1,791. 

Semblables  au  soleil  et  prêts  à combattre,  les  deux 
robustes  chars  brillaient,  arrêtés  l’un  en  face  de  l’autre, 
comme  deux  nuages  d’automne.  1,792. 

Ensuite,  le  Çaradvatide  blessa  rapidement  avec  dix 
flèches  aïgues,  accoutumées  à fendre  les  articulations,  le 
fils  de  Prithà,  le  destructeur  des  héros  ennemis.  1,795. 

De  son  côté,  bandant  le  Gândlva,  grande  arme,  célèbre 
dans  le  monde,  celui-ci  décocha  de  nombreuses  et  tran- 
chantes (lèches  de  fer.  1 ,794. 

Mais,  avant  qu'ils  ne  fussent  arrivés,  Kripa,  avec  des 
traits  acérés,  coupa  par  centaines  et  par  mille  les  dards 
du  Prithide,  qui  s’abreuvaient  de  sang.  1 ,795. 

Arjouna  courroucé,  faisant  décrire  diverses  routes  àson 
char,  enveloppa  d'une  multitude  de  flèches  les  plages  du 
ciel  et  les  espaces  intermédiaires.  1 ,796. 

L’auguste  Prithide  à l'àme  sans  mesure  donna,  pour 
ainsi  dire,  à l'atmosphère  une  seule  ombre  de  tous  les 
côtés;  il  couvrit  Kripa  avec  des  centaines  de  flè- 
ches. 1,797. 

Harcelé  de  ces  dards  aigus  et  tels  que  la  flamme  du 
feu,  Kripa  d’accabler  précipitamment  le  magnanime  fils 
de  Prithà  à la  force  incomparable  sous  dix  mille  flèches. 


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V1RATA-PARVA. 


283 


et  de  pousser  on  cri  dans  cette  bataille.  Puis,  le  héros, 
prenant  son  arc,  le  blessa  de  dix  traits  aux  nœuds  inclinés, 
aux  derniers  nœuds  d'or.  Mais  l’habile  Arjounade  blesser 
à la  hâte  ses  chevaux  avec  quatre  longues  flèches  acérées, 
décochées  par  Gàndiva.  Percés  de  ces  traits  aigus,  tels  que 
des  feux  flamboyants,  les  coursiers 

1,798- 1 ,799—1,800—1 ,801 . 

De  bondir  tous,  et  Kripa  de  tomber  en  bas  de  sa  place. 
A peine  eut-il  vu  cette  chiite  du  Gotamide,  le  fils  de 
Kounti,  1,802. 

Le  destructeur  des  héros  ennemis  s' abstint  de  le  frapper 
à terre  et  observa  le  respect  dû  à sa  majesté.  Aussitôt 
qu'il  fut  remonté  dans  sa  place,  le  Gotamide  blessa  à la 
hâte  l'Ambidextre  avec  dix  flèches  aux  plumes  de  héron. 
Le  fils  de  Prithà  lui  trancha  son  arc  d'un  bhallaacéré,  et, 
en  outre,  lui  enleva  le  bracelet  de  sa  main  ; puis,  avec  des 
traits  aigus,  qui  fendent  les  articulations,  il  le  dépouilla 
de  sa  cuirasse,  mais  il  n’en  profita  nullement  pour  acca- 
bler sa  personne.  Dès  qu’il  eut  perdu  sa  cuirasse,  le  corps 
de  Kripa  nu  apparut  dans  ce  temps  comme  le  corps  d'un 
serpent.  Il  prit  un  nouvel  arc,  en  remplacement  de  l'arc, 
que  son  rival  avait  tranché. 

1,803 — l,80i — 1,805 — 1,806 — 1,807. 

Le  Gotamide  tenait  son  arme  prête , et  la  suite  fut 
une  chose,  pour  ainsi  dire,  merveilleuse  ; car  le  fils  de 
Kounti  la  coupa  encore  dans  sa  main,  avec  une  flèche 
aux  nœuds  inclinés.  1,808. 

Meurtrier  des  héros  ennemis,  le  Pândouide  à la  main 
exercée  trancha  de  même  les  nombreux  autres  arcs  du 
Çaradvatide.  1,809. 

Rejetant  son  arc  coupé,  l'auguste  guerrier  envoya  de 


284 


LE  MAHA-BHARATA. 


son  char  au  fils  de  P&ndou  une  lance  de  fer,  semblable  à 
la  foudre  enflammée,  1,810. 

Arjouna  de  trancher  avec  dix  flèches  dans  l'air,  où  elle 
volait,  pareille  à une  grande  torche,  cette  lance  géante 
aux  ornements  d’or.  1,811. 

Coupée  en  dix  morceaux  par  le  sage  fils  de  Prithà  et 
par  ses  bhallas,  envoyés  d’un  même  coup,  elle  tomba  sur 
le  sol  de  la  terre!  Rripa,  saisissant  un  arc  prêt,  se  hâta 
de  blesser  le  fils  de  Kountl  avec  dix  traits  acérés.  Arjouna 
à la  grande  splendeur  décocha  en  colère  dans  la  bataille 
trente  flèches,  aiguisées  sur  la  pierre  et  brillantes  comme 
le  feu.  Adroit  dans  le  combat,  le  héros  avec  une  flèche 
brisa  son  joug,  avec  quatre  il  tua  ses  chevaux,  avec  six 
il  abattit  du  corps  la  tête  de  son  cocher,  avec  trois  il 
rompit  le  trivénou  (1),  et  avec  deux  il  fracassa  les  roues. 

1,812— 1,818—1,814— 1,815. 

11  trancha  avec  douze  bhallas  son  magnifique  drapeau  ; 
enfin,  semblable  à Indra,  I’hàlgouna  en  riant  perça  la  poi- 
trine de  Kripa  avec  treize  flèches,  pareilles  à la  foudre. 
Son  arc  en  pièces,  sans  char,  ses  chevaux  tués,  son  co- 
cher mort,  le  guerrier  sauta  vite  à bas,  tenant  à la  main 
sa  massue,  qu’il  s’empressa  d’envoyer  à son  rival.  L’arme 
pesante,  bien  ornée,  lancée  par  Kripa,  mais  détournée  de 
sa  route  par  les  traits  d’ Arjouna,  n'arriva  point  à son  but. 
Alors,  désirant  sauver  le  Çaradvalide  en  colère,  les  guer- 
riers <1  ( envi  d’inonder  de  tous  les  côtés  du  combat  le  fils 
de  Prithà  sous  des  pluies  de  flèches.  Le  fils  de  Viràta, 
faisant  tourner  les  chevaux  à gauche  et  décrivant  un 
double  cercle,  écarta  les  combattants  ; mais  ces  premiers 


(!)  Partie  essentielle  d'un  char.  ( Bôhtlingh  et  Roth.) 


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VIRATA-PAllV'A. 


285 


des  hommes,  enlevant  Kripa,  réussirent  à l’emporter  avec 
une  grande  vitesse  loin  de  Dhanandjaya,  le  fils  de  Kountî. 
(De  la  s tante  1 ,816  à la  stance  1,822.,) 

Après  qu’on  eut  retiré  Kripa  de  la  bataille,  l’inaflron- 
tabie  Drona  saisit  un  arc,  accompagné  de  ses  flèches,  et 
courut  avec  ses  chevaux  rouges  sur  le  héros  aux  blancs 
coursiers.  1,823. 

Dès  qu’il  vit  le  gourou  au  char  d’or  arriver  près  de  lui, 
Arjouna,  le  plus  valeureux  des  conquérants,  jeta  ces  mots 
àOuttara:  1,824. 

< Cocher,  conduis-nous,  s’il  te  plaît,  à l'armée  de 
Drona,  là,  où  tu  vois  briller  sur  ce  drapeau  un  autel  d’or, 
décoré  de  bannières  et  porté  sur  le  plus  joli  des  trépieds. 
C’est  lui,  que  traînent  ces  grands,  beaux  et  reluisants 
coursiers  au  rouge  pelage,  1 ,825 — 1 ,826. 

» Admirables  à voir,  instruits  dans  toutes  les  leçons  du 
manège,  la  tête  rouge,  semblables  au  suave  corail  et  attelés 
au  plus  magnifique  des  chars.  1,827. 

» L'auguste  Bharadwadjide  a de  longs  bras  ; sa  splen- 
deur est  glande  ; il  est  doué  des  apparences  de  la  force, 
et  sa  vaillance  est  renommée  dans  tous  1rs  mondes.  1,828. 

» Égal  à Ouçanas  en  intelligence,  semblable  à Vrihas- 
pati  en  politique,  c’est  un  vénérable  personnage,  en  qui 
se  trouvent  rassemblés  dans  leur  plénitude  les  quatre 
Védas,  la  continence,  l’art  de  tirer  la  flèche  et  tous  les 
astras  célestes  avec  les  destructions.  1,829 — 1,830. 

» La  patience,  la  répression  des  sens,  la  vérité,  la 
mansuétude  et  la  droiture , ces  qualités  et  d’autres  en 
grand  nombre  n'abandonnent  jamais  ce  brahrne.  1,831. 

» Je  désire  engager  une  bataille  avec  cet  homme  ver- 
tueux : conduis-moi  donc,  Outtara,  près  de  l’instituteur 


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LE  MAHA-BHARATA. 


288 

spirituel  ; mène  là  promptement  tes  chevaux.  » 1,832. 

A ces  mots  d'Arjouna,  le  Virâtide  lança  les  coursiers 
aux  ornements  d’or  vers  le  char  du  Bharadwadjide. 

Drona  courut  au-devant  du  fils  de  Prithâ  et  de  Pândou, 
le  plus  vaillant  des  guerriers  montés  sur  un  char,  qui 
accourait  au  galop  de  ses  coursiers,  tel  qu’un  éléphant 
enivré  fond  sur  un  rival  en  rut.  1,833 — l,83â. 

Il  fit  retentir  sa  conque,  dont  le  son  était  égal  au  bruit 
de  cent  tambours,  et  toute  l’armée  en  fut  émue,  telle  que 
la  mer  agitée.  1,835. 

Les  hommes  furent  saisis  d’étonnement  sur  le  champ 
de  bataille,  quand  ils  virent  ces  bons  chevaux  rouges 
se  mêler  dans  le  combat  avec  ces  coursiers  à la  blancheur 
du  cygne,  rapides  comme  la  pensée.  1,838. 

Dès  qu’ils  virent  sur  le  front  de  la  bataille  avec  ces 
deux  chars  pleins  de  force,  l’ Atchârya  et  son  disciple,  tous 
deux  intelligents,  consommés  dans  la  science  et  qui  n’a- 
vaient jamais  été  vaincus;  dès  qu’ils  virent  ces  deux  héros 
à la  grande  vigueur,  Drona  et  le  fils  de  Prithâ,  qui  s’em- 
brassaient mutuellement,  l'émotion  agita  mainte  fois  la 
vaste  armée  des  Bharatides.  1,837 — 1 ,838. 

Ensuite,  plein  de  joie,  le  sourire  sur  les  lèvres,  l’hé- 
roïque et  vigoureux  fils  de  Prithâ,  ayant  fait  approcher 
son  char  à côté  du  char  de  Drona,  le  salua  respectueuse- 
ment ; et  le  robuste  Kountide,  le  meurtrier  des  héros 
ennemis,  lui  adressa  d’une  voix  tendre  ces  mots,  que 
précédait  une  parole  de  flatterie  : 1,85P — 1,840. 

« Nous  avons  achevé  notre  habitation  dans  la  forêt  et 
nous  désirons  en  tirer  vengeance.  Tu  ne  dois  pas  allumer 
de  colère  envers  nous,  guerrier  toujours  difficile  à vaincre 
dans  le  combat.  l,8âl. 


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V 1RATA-PARV  A . 


287 


> Je  lancerai  mes  flèches  contre  toi  en  réponse  à tes 
flèches,  mortel  sans  péché  ; tel  est  mon  sentiment  : que 
ta  sainteté  daigne  accomplir  ma  parole,  » 1,8,42. 

Alors  Drona  de  lui  envoyer  vingt  flèches  supérieures  ; 
mais  le  fils  de  Prithà,  à la  main  exercée,  les  trancha  avant 
qu’ elles  ne  fussent  arrivées.  1,843. 

Le  vigoureux  combattant  déchira  avec  un  millier  de 
flèches  le  char  de  son  rival  et  lui  fit  voir  ensuite  l'astra 
rapide.  1,844. 

Irritant,  pour  ainsi  dire,  le  fils  de  Kountt,  ce  guerrier 
& l’âme  sans  mesure  inonda  ses  chevaux,  semblables  à 
l’argent,  de  flèches  aiguisées  sur  la  pierre.  1,845. 

l)e  cette  manière  s'agitait  le  combat  de  Kirttt  et  du 
Bharadwadjide,  où  l’un  et  l’autre  décochaient  également 
des  flèches  à la  splendeur  enflammée.  1,846. 

Tous  les  deux  étaient  renommés  pour  les  exploits,  tous 
les  deux  égalaient  en  rapidité  le  vent  même,  tous  les  deux 
possédaient  la  science  des  astras  célestes,  tous  les  deux 
brillaient  du  plus  grand  éclat.  1,847. 

Les  multitudes  de  traits,  décochés  de  leurs  mains,  • 

jetaient  le  délire  dans  l’esprit  des  rois  ; et  les  guerriers, 
qui  s'étaient  rassemblés  en  ce  lieu,  étaient  frappés  de 
stupeur.  1,848. 

Tandis  que  les  deux  rivaux  faisaient  voler  rapidement 
les  flèches,  on  applaudissait  Drona  dans  le  combat  : 

« Bien!  bien  ! » disait- on  : en  effet,  quel  autre  était  digne 
de  combattre  Phâlgouna?  1,849. 

« 11  est  terrible,  il  est  versé  dans  les  sciences  du 
kshatrya , celui  , qui  lutte  avec  le  gourou  ! » s’é- 
criaient les  guerriers  alors  réunis  à la  tête  du  combat. 

Ces  deux  héros  invaincus,  aux  longs  bras,  s' affrontant 


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288 


LE  MAHA-BHARATA. 


pleins  de  colère,  se  couvraient  l’un  l'autre  d’une  multitude 
de  traits.  1,850 — 1,851. 

Faisant  vibrer  son  arc  immense,  inéluctable,  au  dos 
en  or,  le  Bharadwadjide  en  colère  blessa  Phàlgouna. 

Il  couvrit  la  splendeur  du  soleil  avec  des  réseaux  de 
flèches  lumineuses,  aiguisées  sur  la  pierre,  lancées  sur  le 
char  d’Arjouna.  1,852—1,853. 

Le  héros  aux  bien  longs  bras  de  blesser  le  fils  de 
Prithà  avec  des  traits  aigus,  à la  grande  légèreté,  comme 
un  nuage  inonde  une  montagne  de  pluies.  1,855. 

Le  Pàndouide  vigoureux,  rapide,  plein  d'ardeur,  saisit 
l’arc  Gândtva  céleste,  destructeur  des  ennemis,  sans  égal 
dans  l’accomplissement  d'une  fonction  ; il  envoya  différents 
et  nombreux  dards  ; il  détruisit  les  pluies  de  flèches  du 
Bharadwadjide  par  les  traits  décochés  lestement  de  son 
arc  : ce  fut  une  chose,  pour  ainsi  dire,  merveilleuse  ; et 
le  fils  de  Prithâ,  l’admirable  Dhanandjaya,  parcourant 
avec  son  char  1,855—1,856 — 1,857. 

A la  fois  tous  les  points  de  l’espace,  lui  fit  voir  entiè- 
rement les  astras.  11  fut  donné  par  ses  flèches  à l’atmos- 
phère une  seule  ombre  de  tous  les  côtés.  1,858. 

Drona  ne  fut  plus  vu  alors,  caché  comme  dans  les 
frimas.  Au  milieu  de  ces  (lèches  étincelantes,  sa  forme 
ensevelie  ressemblait  à celle  d'une  montagne  de  tous  les 
côtés  flamboyante.  Quand  il  vit  son  char  couvert  dans  le 
combat  par  les  flèches  du  Prithide,  1.859 — 1,860. 

Il  fit  vibrer  le  plus  excellent  des  arcs,  dont  le  son  était 
pareil  au  tonnerre  des  nuages  ; et  décocha  une  arme 
supérieure , épouvantable  et  telle  que  le  disque  du 
feu.  1,861. 

Drona,  qui  avait  la  beauté  des  batailles,  fit  tomber  ses 


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VIRATA-PARVA. 


280 


flèches  mordantes  : ensuite,  s’éleva  un  grand  bruit 
comme  de  roseaux,  qui  brûlent.  1,802. 

Héros  à l’àme  sans  mesure,  il  couvrit  les  points  de 
l’espace  et  la  lumière  du  soleil  avec  des  traits  empennés 
d’or,  sortis  de  son  arc  admirable.  1,863. 

On  vit  naître  au  sein  du  ciel  et  partis  de  l’arc  de 
Drona  une  foule  de  flèches,  aux  empennures  d’or,  aux 
nœuds  inclinés , aux  ailes  bien  attachées  et  volant  au 
milieu  des  airs.  On  voyait  tous  ses  traits  dans  l’atmos- 
phère comme  une  seule  et  longue  flèche  continue. 

1,864—1,865. 

Ainsi,  les  deux  héros,  grâce  aux  grandes  flèches, 
qu’ils  décochaient,  transformées  par  l’or,  ils  remplirent, 
en  quelque  sorte,  les  airs  de  torches  enflammées.  1,866. 

Revêtus  de  plumes  des  paons  et  des  ardées,  les  trait3 
de  ces  deux  rivaux  brillaient  comme  en  automne  des 
troupes  de  cygnes  aériens,  qui  sillonnent  de  leur  vol 
l’atmosphère.  1,867. 

Le  combat  de  ces  magnanimes,  le  Pândouide  et  Drona, 
était  plein  de  colère,  épouvantable  et  tel  que  jadis  celui 
du  roi  des  Dieux  et  de  Vritra.  1,868. 

Tels  que  deux  éléphants,  qui  s'entrechoquent  l’un 
l’autre  avec  l’extrémité  de  leurs  défenses,  ils  se  frappaient 
mutuellement  de  leurs  flèches  lancées,  longues  et  fortes. 

Courroucés,  pleins  de  la  beauté  des  batailles,  ils  se 
livraient  ce  duel  ; et,  chacun  de  son  côté,  ils  produisaient 
dans  le  combat  des  astras  célestes.  1,869 — 1,870. 

Arjouna,  le  plus  brave  des  victorieux,  arrêta  avec  des 
flèches  aiguës  les  traits  aiguisés  sur  la  pierre,  que  lui 
envoyait  le  plus  grand  des  instituteurs  spirituels.  1,871. 

D une  vaillance  terrible,  il  fit  admirer  aux  spectateurs 

19 


y 


290 


LK  MAHA-RH  Vit  ATA. 


ses  astras,  et  couvrit  les  airs  de  nombreuses  flèches,  au 
vol  précipité.  1,872. 

Drona,  le  fils  de  Bharadwadja,  le  plus  grand  des 
âtchâryas  et  le  plus  vaillant  de  tous  ceux,  qui  portent  les 
armes,  jouait  dans  cette  grande  bataille  à échanger  des 
flèches  aux  nœuds  inclinés  avec  Arjouna  à l’éclatante 
splendeur,  le  tigre  des  hommes,  brûlant  de  la  fureur 
de  tuer  et  décochant  des  astras  célestes.  1,873 — l,87â. 

Arrêtant  ses  astras  avec  d'autres  astras,  il  soutenait 
cette  lutte  contre  Arjouna;  et  le  combat- de  ces  deux 
rivaux  semblait  celui  de  deux  hommes-lions  en  fureur. 

C’était  alors  comme  le  combat  d’un  Démon  et  d’un 
Dieu,  irrités  l’un  contre  l’autre.  A peine  Drona  avait-il 
jeté  l’astra  du  feu,  ou  du  vent,  ou  d’Indra,  soudain  le 
Pàndouide  le  dévorait  à chaque  fois  avec  un  astra  opposé. 
C’est  ainsi  que  ces  deux  héros  aux  grands  arcs  déco- 
chaient leurs  dards  acérés.  1,875 — 1,876 — 1,877. 

Leurs  pluies  de  flèches  donnèrent  au  ciel  une  seule 
ombre.  Là,  on  entendait  le  bruit  des  flèches  lancées  par 
Aijouna  et  qui  tombaient  dans  les  corps  tel  que  le  fracas 
du  tonnerre,  précipité  sur  les  montagnes.  Les  chars,  les 
éléphants,  les  chevaux,  teints  de  sang,  maître  des  hommes, 
paraissaient  comme  des  kinçoukas  en  fleurs.  Le  champ 
de  bataille,  dans  cette  rencontre  d' Arjouna  et  de  Drona, 
était  jonché  confusément  de  bras,  parés  de  bracelets,  de 
héros  divers,  de  cuirasses  incrustées  d’or,  de  drapeaux 
abattus,  de  guerriers  immolés  ou  déchirés  par  les  traits 
du  fils  de  Prithâ.  Tous  deux,  agitant  leurs  arcs  dans 
l’accomplissement  de  leur  cruel  devoir,  ils  se  couvraient 
l’un  l’autre  de  flèches  ; ils  se  déchiraient  mutuellement  de 
projectiles.  Le  combat  du  Kountide  et  de  Drona,  taureau 


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VIRATA-PARVA. 


291 


des  hommes,  était  plein  de  tumulte  et  semblable  A celui 
d’Indra  et  de  Bali.  Ensuite  s’engagea  le  jeu  de  la  vie,  où 
l’un  l’autre  ils  se  déchiraient  à coups  de  flèches,  qu’ils 
s’envoyaient  longues,  fortes,  aux  nœuds  inclinés.  Alors, 
un  bruit  de  voix,  qui  exaltaient  Drona,  de  s’élever  dans 
l’atmosphère.  (De  la  stance  1,878  à la  stance  1,886.  ' 

s II  a,  disaient-elles , exécuté  un  exploit  difficile,  ce 
Drona,  qui  osa  combattre  le  héros  inafTrontable  Arjouna, 
le  destructeur  à la  grande  force,  au  poing  solide,  le 
vainqueur  de  tous  les  Daityas  et  de  tous  les  Dieux  ! » 
Quand  ils  virent  la  science  aller  si  loin  dans  le  combat, 
la  légèreté  du  Prithide  s'égara  et  l’étonnement  naquit  à 
Drona  même.  Le  fils  de  Prithâ  en  colère,  élevant  l'arc 
céleste  Gàndiva,  le  tira  de  ses  deux  bras  dans  la  bataille, 
et  en  fit  sortir,  éminent  Bharatide,  une  pluie  de  flèches, 
semblable  à une  nuée  de  sauterelles. 

1 ,880— 1 ,887  -1 ,888— 1 ,889. 

Tous  à cette  vue  d’applaudir,  saisis  d’étonnement  : 
» Bien  ! bien  ! j et  le  vent  ne  trouva  pas  un  lieu,  où 
circuler,  à cause  de  ces  flèches.  1,890. 

Personne  n’aurait  pu  même  saisir  un  seul  instant 
d’intervalle  entre  lever  son  arc,  encocher  ses  dards  et  les 
tirer  sans  arrêt.  1 ,891. 

Quand  l’épouvantable  combat  de  l’astra  rapide  fut 
livré,  le  fils  de  Prithâ  manifesta  promptement  d’autres 
flèches  plus  rapides  que  celles  de  son  adversaire.  1,892. 

Cent  mille  traits  aux  nœuds  inclinés  tombèrent  à la 
fois  près  du  char  de  Drona.  1,893. 

Au  milieu  des  dards,  que  l'archer  du  Gândtva  faisait 
pleuvoir  sur  Drona,  les  guerriers  emplirent  les  airs, 
éminent  Bharatide,  de  tristes  : hélas  ! hélas  ! 1,894. 


292 


I.E  MAHA-BHAKATA. 


Maghavat  lui-même,  et  les  Gandharvas,  et  les  Apsaras, 
qui  s’étaient  réunis  là,  d'applaudir  à l’astra  rapide  du 
fils  de  Pàndou.  1,805. 

Le  fils  de  l’Atcliârya,  Açwatthàman,  qui  commandait 
un  troupeau  de  chars,  écarta  promptement  le  Pândouide 
par  la  multitude  de  ses  chars  : il  honorait  dans  son  cœur 
cet  exploit  du  magnanime  Prithide,  et  il  excita  vivement 
sa  colère.  1,806 — 1,807. 

Tombé  sous  le  pouvoir  de  la  fureur  et  dispersant  les 
flèches  par  milliers,  tel  que  Pardjanya,  quand  il  sème 
les  ploies,  il  courut  dans  la  bataille  contre  le  fils  de 
Prithâ.  1,898. 

Le  Dronide  aux  longs  bras  couvrit  les  chevaux  du  côté, 
où  ils  étaient  exposés  ; et  le  fils  de  Prithâ  laissa  échapper 
un  instant  pour  la  fuite  de  Drona.  1,899. 

Le  héros,  saisissant  l’occasion,  s’enfuit  promptement 
sur  ses  chevaux  rapides,  son  drapeau  et  sa  cuirasse  en 
pièces,  déchiré  lui-même  par  les  grandes  flèches.  1,900. 

Ensuite,  grand  roi,  le  Dronide  s’avança  dans  le  combat 
vers  Arjouna,  et  celui-ci,  tel  qu’un  nuage,  reçut,  comme 
un  vent  furieux,  qui  s’élève,  le  guerrier,  qui  fit  pleuvoir 
sur  lui  une  grande  multitude  de  flèches.  Terrible  fut 
l'engagement  de  ces  deux  champions,  qui  se  lançaient 
des  foules  de  traits,  pareil  à celui  d'un  Asoura  et  d'un  Dieu, 
ou  semblable  au  combat  de  Vritra  et  du  Vaçide.  Le  soleil 
ne  brillait  pas  alors  et  le  vent  avait  cessé  de  souffler. 

1,001—1,902—1,903. 

Le  ciel  était  plein  de  cette  multitude  de  flèches  et 
l’ombre  dominait  de  tous  les  côtés.  C’était  un  grand  bruit 
de  chairs  meurtries  sous  les  coups  de  ces  deux  guerriers, 
qui  se  frappaient,  l,90â. 


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YIHVTA-l’AKVA. 


203 


Semblable,  conquérant  des  villes  ennemies,  à celui  des 
roseaux,  qui  brûlent.  Arjouna  d'abréger  la  vie  de  tous  les 
coursiers  de  son  rival.  1,005. 

Dans  le  trouble  de  l’âme,  roi  d'or,  ils  connaissaient  la 
plage  (1) . Ensuite,  le  Dronide,  ayant  aperçu  un  léger  défaut 
dans  Arjouna  au  moment  de  marcher  sur  lui,  trancha  sa 
corde  avec  une  flèche  en  rasoir;  et  les  Dieux  d’applaudir 
à la  vue  de  cette  action  plus  qu’humaine.  1,90(5 — 1,907. 

Drona,  Rhishma,  Rai  na  et  le  héros  Kripa,  s’écriant 
« Bien  ! bien  ! » de  célébrer  cet  exploit.  1,908. 

Açwatthâman  alors  bande  le  meilleur  des  arcs  et  frappe 
une  seconde  fois  au  cœur  avec  des  flèches  aux  ailes  de 
héron  Djishnou,  le  plus  vaillant  des  maîtres  de  chars. 

Le  fils  de  Prithâ  aux  longs  bras,  riant  aux  éclats, 
munit  promptement  son  arc  Gàndiva  d'une  nouvelle 
maâurvl  ; 1,909 — 1,910. 

Et,  choisissant  une  demi-  lune,  il  en  vint  aux  mains  avec 
lui,  comme  un  éléphant,  chef  d'un  troupeau,  dansl’ivresse 
du  rut,  avec  un  autre  éléphant,  ivre  de  folie.  1,911. 

Enfin  s'alluma  sur  la  terre  le  combat  de  ces  deux  chefs 
de  guerre,  causant  au  milieu  de  la  bataille  une  immense 
horripilation.  1,912. 

Tous  les  Kourouides  virent,  pleins  d'étonnement, 
combattre  ces  deux  héros  à la  grande  force,  comme  deux 
chefs  de  troupeaux,  qui  se  rassemblent  pour  la  guerre. 

Ces  deux  vaillants  taureaux  des  hommes  se  précipitè- 
rent l'un  contre  l’autre,  armés  de  flèches,  tels  que  des 
serpents  flamboyants  avec  leurs  formes  d’âçlvishas. 

1,913—1,914. 

(1)  Vers  d’une  complète  insignifiance,  qu’il  faut  rejeter  sur  l'étourderie, 
l'indifférence  et  l’irrévérence  des  copistes. 


294 


LE  MAHA-BHARATA. 


Tous  deux,  ils  portaient  des  traits  célestes,  impéris- 
sables. Açrvatthâman  combattait  le  magnanime  Pàn- 
douide,  et  l'héroïque  (ils  de  Prithà  lui  faisait  face,  comme 
une  montagne  opposée  à une  autr  e montagne.  1,915. 

Mais  les  flèches,  qu'Açwatthâman  lançait  continuelle- 
ment au  milieu  du  combat,  arrivèrent  bientôt  à l'épui- 
sement : Arjouua  leur  était  supérieur.  1 ,916. 

Karna  lui-même  tendit  un  arc  grand  et  sublime  ; il 
envoya  des  traits,  et  un  grand  bruit  s’éleva,  faisant 
éclater  de  longs  : « hélas!  hélas  ! » 1,917. 

Phâlgouna  de  tourner  les  yeux  du  côté  où  l’arc  vibrait  : 
là,  il  vit  le  fils  adoptif  de  Ràdhà  et  sa  colère  en  fut  re- 
doublée. 1,918. 

Tombé  sous  la  puissance  du  courroux  et  brûlant  de 
tuer  Karna,  le  plus  grand  des  enfants  de  Kourou  le  re- 
garda avec  des  yeux  se  roulant  dans  leur  orbite.  1,919. 

Mais,  tandis  que  le  fils  de  Prithà  avait  le  visage  détour- 
né, des  hommes  apportèrent  à la  hâte  par  milliers,  sire, 
des  flèches  au  fils  de  IJrona.  1,920. 

Laissant  de  côté  Açwatthâman,  Dhanandjaya  aux  longs 
bras,  le  vainqueur  des  ennemis,  fondit  rapidement  sur 
Karna  lui-même.  1,921. 

Le  fils  de  Kountl,  les  yeux  teints  par  la  colère,  quand 
il  eut  couru  sur  lui,  désirant  avec  ce  héros  un  duel  aux 
chars,  lui  adressa  ce  langage  : 1,922. 

« Cette  parole,  dont  ta  jactance  s’est  vantée  souvent, 
Karna,  quand  tu  disais  : b 11  n'est  pas  un  guerrier  égal  à 
moi  dans  les  combats,  voici  le  moment  venu  de  la  prouver! 

» Quand  tu  auras  soutenu  aujourd'hui  même,  Karna, 
une  grande  bataille  avec  moi,  tu  connaîtras  ma  force  et  tu 
ne  mépriseras  plus  les  autres.  1,923 — 1,924. 


VIR  VTA-PARVA. 


•295 


» Ayant  déserté  entièrement  le  devoir,  tu  as  prononcé 
des  paroles  amères  ; mais,  ce  que  tu  as  désiré  faire,  ne  te 
sera  point  facile,  ce  me  semble  ! 1,925. 

» Ce  dont  tu  t’es  vanté  naguère  avant  d’avoir  fait 
l’expérience  de  mon  bras,  accomplis-le  avec  moi  aujour- 
d’hui, fils  de  Ràdhà,  au  milieu  des  Kourouides  ! 1,926. 

» Si  tu  as  pu  voir  les  méchants  accabler  d’infortunes 
la  P&ntchâlaine  au  sein  de  l’assemblée,  reçois  maintenant 
le  fruit  entier  de  cette  prouesse!  1,927. 

» Vois  dans  ce  combat,  fils  de  Ràdhâ,  la  victoire,  que 
j'ai  dû  remporter  sur  cette  colère,  que  j’ai  soutenue  jadis, 
quand  j’étais  lié  dans  les  chaînes  du  devoir.  1,928. 

» Reçois  maintenant  le  fruit  entier  de  ce  retour  de  co- 
lère pour  les  douze  années,  pervers,  que  nous  avons  trù- 
tement  supportées  dans  les  forêts  ! 1,929. 

» Viens,  Karna  ! combats  avec  moi  en  bataille  ! Que 
tous  ces  guerriers,  enfants  de  Kourou,  soient  les  specta- 
teurs de  ton  châtiment  ! » 1,930. 

« Exécute  en  action,  fils  de  Prithà,  ce  que  tu  dis  en  pa- 
roles, répondit  Karna;  en  effet,  cette  action,  célèbre  dans 
le  monde,  est  bien  supérieure  à ta  parole.  1,931. 

» Si  tu  as  supporté  jadis  quelque  chose,  nous  concluons, 
à la  vue  de  ta  valeur,  fils  de  Prithâ,  que  tu  as  dû  le  sup- 
porter par  absence  de  force.  1,932. 

» Tu  l’as  supporté  jadis,  suivant  toi,  parce  que  tu  étais 
lié  dans  les  chaînes  du  devoir  : ainsi,  lié  que  tu  es  encore, 
tu  te  regardes  maintenant  comme  délié.  1,933. 

» C'est  donc  parce  que  le  temps  de  ton  habitation  dans 
le  bois,  est  accompli  maintenant  pour  toi,  comme  tu  dis, 
que,  malheureux,  connaissant  les  choses  de  l'intérêt  et  du 
devoir,  tu  désires  aborder  un  combat  avec  moi  : l,93i. 


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296 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Mais,  quand  Indra  lui-même,  üls  de  Prithà,  com- 
battrait à cause  de  toi,  je  n'aurais,  dans  ce  cas  même, 
aucun  souci  de  marcher  contre  ta  vie.  1,935. 

» Ton  désir,  fils  de  Kounti,  ne  tardera  point  à s’accom- 
plir : tu  vas  combattre  avec  moi.  Dans  l'instant,  je  te  ferai 
sentir  ma  force  1 » 1,936. 

« Échappé  maintenant  du  combat  avec  moi,  reprit 
irjouna,  si  tu  as  vécu  jusqu'à  ce  moment,  fils  de  llàdliâ, 
c’est  grâce  à la  mort  de  tou  frère.  1,937. 

» Qui,  après  avoir  causé  la  perte  de  son  frère,  qui,  ayant 
déserté  le  champ  de  bataille,  quel  homme,  autre  que  toi, 
oserait  parler  ainsi  au  milieu  des  héros?  » 1,938. 

11  dit,  parlant  à Karna  ; et  l'invincible  Bibhatsou  de 
s'avancer,  décochant  des  traits,  qui  déchiraient  lacuirasse 
des  corps.  1,939. 

Le  héros  Karna  le  reçut  avec  joie,  déchargeant  comme 
un  nuage  une  pluie  orageuse  de  flèches.  1,950. 

Des  multitudes  de  projectiles,  aux  formes  épouvantables, 
volaient  de  tous  les  côtés.  Karna  de  blesser  les  chevaux 
d'Arjouna  à droite  et  à gauche,  chacun  d’une  flèche  à 
part  ; et  Bibhatsou , ne  pouvant  supporter  le  bracelet,  qui 
pendait  au  carquois  de  son  rival,  le  trancha  avec  un  dard 
aux  nœuds  inclinés,  à la  pointe  aiguë.  1,951 — 1,952. 

Karna  d’ôter  à son  carquois  les  flèches  ennemies,  et  de 
blesserà  la  main  le  fils  de  Pândou,  qui  eut  le  poing  fracassé. 

Le  fils  de  Prithà  aux  longs  bras  coupa  l'arc  de  Karna, 
et  celui-ci  de  lui  envoyer  une  lance  de  fer,  que  le  Prithide 
fendit  avec  ses  flèches.  1,953—1,755. 

Alors  tombèrent  les  nombreux  suivants  de  Karna,  que 
les  traits  lancés  par  l'arc  Gândlva  envoyèrent  dans  le  sé- 
jour d'Yama.  1,956. 


VIRAT  A-PAR  V A. 


297 


Ensuite,  Blbhatsou  tua  les  chevaux  de  Karna  avec  ses 
flèches  aiguës,  instruites  à bien  exécuter  leurs  fonctions.  Il 
les  frappa  d’un  arc,  tiré  jusqu'à  l’oreille,  et  ils  tombèrent 
morts  sur  la  terre.  1 ,940. 

Puis,  le  vigoureux  Kountide  de  blesser  Karna  dans  la 
poitrine  avec  un  autre  dard  aiguisé,  flamboyant,  à la 
grande  force.  1,947. 

La  flèche,  ayant  rompu  sa  cuirasse,  pénétra  dans  son 
corps,  et,  envahi  par  l'obscurité,  il  perdit  aussitôt  la 
connaissance.  1,948. 

Tourmenté  d’une  vive  douleur,  il  abandonna  le  champ 
de  bataille  et  s'avança,  la  face  tournée  au  septentrion  : 
o Va-t-en  I » cria  l'héroïque  Arjouna.  1,949. 

Quand  il  eut  vaincu  ce  fils  du  soleil  : « Conduis-moi, 
dit  le  Pritbide  au  fils  de  Viràta,  près  de  cette  armée,  où 
brille  un  palmier  d'or,  1,950. 

» Où  est  Bhisbma,  notre  arrière-grand-oncle,  de  qui 
Çantanou  fut  le  père.  Offrant  l'aspect  d’un  Immortel,  il  se 
tient  sur  son  char  et  désire  un  combat  avec  moi.  » 1 ,951. 

Mais,  quand  il  vit  cette  armée  pleine  de  chevaux,  d’élè- 
phants  et  de  chars,  le  fils  de  Viràta  dit  au  fils  de  kountt, 
qu’il  s’efforçait  d’arrêter  comme  lui  par  la  crainte  des 
flèches:  1,952. 

« Je  ne  pourrais  pas,  héros,  gouverner  ici  tes  excellents 
coursiers  ; les  souffles  de  ma  vie  s’affaissent  et  mon  âme 
tremble,  pour  ainsi  dire;  1,953. 

» Tant  est  grande  la  puissance  des  guerriers,  qui 
dardent  ici  des  asiras  divins  ! Les  dix  points  de  l’espace 
fuient  en  quelque  sorte  devant  toi  et  les  Kourouides. 

» Je  suis  tout  rempli  de  l’odeur  du  sang,  de  la  ruoëlle 
et  de  la  graisse  : mon  âme  est  partagée  en  deux  ; elle  est 


298 


LE  MAHA-HHAKATA. 


maintenant  à moi  et  à toi,  occupée  de  prévoir  les  coups. 

1,  «54—1,955. 

» Je  n’ai  jamais  vu  une  telle  rencontre  de  héros  dans 
un  combat.  Mon  ouïe  et  mon  souvenir  sont  anéantis  ; mon 
âme  est  frappée  de  vertige  à cette  grande  chûte  de 
massues,  à ce  bruit  de  conques,  aux  cris  de  guerre  des 
héros,  au  barrit  des  éléphants  et  au  son  de  Gândiva,  qui 
ressemble  tout  à fait  au  tonnerre.  Tu  prends  sans  cesse 
dans  le  combat  la  circonférence  de  cet  arc,  semblable  à 
un  disque  de  torches.  Quand  je  te  vois  tirer  le  Gândîva, 
héros,  ma  vue  chancelle  et  mon  cœur  se  lend,  pour  ainsi 
dire.  1,956—1,957—1,958—1,959. 

» Après  que  j’ai  vu  ton  corps  terrible,  pareil  à celui  de 
Çiva  en  colère,  après  que  j'ai  vu  les  hauts  faits  de  ton 
bras  dans  la  bataille,  l'effroi  me  saisit.  1,960. 

» Je  ne  te  vois,  ni  tirer  de  ton  carquois,  ni  encocher, 
ni  lancer  tes  flèches  meurtrières  ; ou  même,  si  je  te  vois 
faire  une  de  ces  actions,  j’ai  perdu  l’âme.  1,961. 

» Les  souffles  de  ma  vie  s’affaissent,  cette  terre  me 
semble  vaciller  et  je  n’ai  plus  la  force,  ni  de  tenir  l'ai- 
guillon, ni  de  manier  les  rênes!  » 1,962. 

« Ne  crains  pas  la  terreur  elle-inêiue,  répondit  Arjouna; 
tu  as  accompli,  héros,  des  prouesses  plus  qu'admirables 
en  tête  de  la  bataille.  1,963. 

» Tu  es  fils  de  roi,  s'il  te  plaît  ; tu  es  né  dans  la  fa- 
mille renommée  de  Matsya  ; ne  veuille  pas  manquer  de 
courage  en  ce  moment,  où  il  s'agit  de  dompter  l'ennemi  1 

» Déploie  de  nouveau  une  immense  fermeté,  fil»  de  roi, 
sur  ce  char,  où  je  vais  soutenir  la  bataille  ; gouverne  bien 
tes  coursiers,  destructeur  des  ennemis  ! » l,96â — 1,965. 

Dès  qu' Arjouna  aux  longs  bras,  le  plus  vertueux  des 


VIRATA-PARVA. 


299 


hommes,  eut  parlé  ainsi  au  Virâtide,  il  ajouta,  0 le  plus 
vaillant  des  maîtres  de  chars,  ces  paroles  à Outtara  : 

« Conduis-moi  promptement  à ce  front  d’armée  ! Je 
veux  couper  la  corde  de  l'arc  à ce  Bhlshuia  dans  un 
combat.  1,966 — 1,967. 

» Vois  l'agilité  de  ma  main  pour  décocher  des  astras 
célestes  ; vois-moi  tel  que  le  tonnerre,  quand  il  s'avance 
au  milieu  du  nuage  de  l'éclair  ! 1,768. 

» Les  Kourouides  verront  mon  Gàndlva  au  dos  en  or. 
« De  quel  côté  tuera -t-il  ? A droite  ou  à gauche?  » 1,769. 

» Ainsi  penseront  tous  les  ennemis,  qui  en  viendront 
aux  mains  avec  moi.  Mais  je  franchirai  cette  rivière  difli— 
cile  à traverser,  qui  a du  sang  pour  eau,  des  chars  pour 
tourbillons,  et  des  éléphants  en  guise  de  crocodiles. 
J’échapperai  à ce  fleuve  des  ennemis.  Je  couperai  avec  des 
fléchis  aux  nœuds  inclinés  ce  bois  des  Kourouides  sans 
espace  vide,  et  dont  les  branches  sont  des  bras,  des 
dos,  des  têtes,  des  pieds  et  des  mains  ! Seul,  armé  de 
mon  arc,  vainqueur  de  l'anuée  Kourouide,  je  m’ou- 
vrirai cent  routes  parmi  eux,  comme  le  feu  dans  une 
forêt.  Tu  me  verras  percer  leur  armée  entière,  telle  qu'une 
oie  rouge  du  brahme.  1,070 — 1,971 — 1,972 — 1,973. 

» Je  ferai  voir  l'admirable  instruction,  que  j’ai  acquise, 
moi  ! dans  la  science  de  l'arc  et  des  flèches.  Tiens-toi 
sans  crainte  sur  ton  char  dans  les  endroits  planes  ou 
inégaux.  1,974. 

» Ayant  couvert  le  ciel  de  mes  flèches,  je  veux  briser 
cette  montagne  ferme  sur  sa  base  ! C’est  moi,  qui  jadis, 
sur  la  parole  d'Indra,  ai  tué  en  bataille  les  Paàulomas  et 
les  Kàlakandjas  par  centaines  et  par  milliers.  C'est  moi, 
qui,  à l'appel  d’Indra,  ai  vaincu  le  poing  solide  de 


300 


LE  M AHA-BHAHATA. 


Brahma  à la  main  exercée,  et  le  tumultueux,  le  varié,  le 
sans  atteinte,  de  l’état  du  Pradjàpati  dans  la  gravité  des 
choses  (1).  C’est  moi,  qui,  sur  le  rivage  ultérieur  de  la  mer, 
ai  vaincu,  au  nombre  de  soixante  mille,  des  maîtres  de 
chars  à l’arc  terrible,  habitants  de  la  ville  d’or.  Vois  les 
bataillons  des  Kourouides  abattus  sous  mon  bras  comme 
des  berges,  qu’un  vent  orageux  a rompues!  J’incendierai 
par  la  splendeur  de  mes  astras  la  forêt  des  Kourouides, 
qui  a pour  ses  arbres  des  étendards,  en  guise  d’herbes 
ses  fantassins,  et,  autour  de  laquelle,  ses  maîtres  de 
chars  sont  comme  des  troupes  de  lions  ! Je  les  forcerai 
dans  les  nids  de  leurs  chars  avec  mes  flèches  aux  nœuds 
inclinés  ! (De  la  ttance  1,975  à la  stance  1,980.) 

« Seul,  je  jeterai  le  trouble  parmi  tous  ces  hommes 
d'infanterie  à la  rare  vigueur,  qui  combattent  de  pied 
ferme,  tel  que  le  Dieu,  qui  tient  la  foudre  à sa  main 
parmi  les  Asouras  ! 1,981. 

» J’ai  reçu  de  Roudra  l'astra  Roudrique,  de  Varouna 
le  Varounique,  d'Agni  celui  du  feu,  de  Ma  route  celui  du 
vent  ; j’ai  reçu  en  outre  de  Çakra  la  foudre  et  les  autres 
astras.  1,982. 

» J’arracherai  l’épouvantable  forêt  de  Dhritarâshtra, 
gardée  par  des  lions-hommes  : que  la  crainte,  fils  de 
Viràta,  s'en  aille  de  ton  canir  ! » 1,983. 

Son  courage  ainsi  relevé  par  l’Ambidextre,  le  Virâtide 
se  plongea  dans  l’épouvantable  armée  des  chars,  défendue 
par  Bhishma.  l,98â. 

Le  fils  du  fleuve  aux  terribles  exploits  arrêta  sans 


(i)  Allusion  à des  légendes  inconnues  pour  nous.  Ce  passage  est  abso- 
lument défectueux  : c'est  aussi  le  sentiment  de  Bôbtliogh  et  de  Rotb. 


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VIRATA-PARVA. 


SOI 


crainte  ce  guerrier  aux  longs  bras,  qui  s’avançait  avec  le 
désir  de  vaincre  les  Kourouides  dans  un  combat.  1,985. 

Djishnou,  ayant  couvert  son  drapeau  de  flèches,  l’a- 
battit de  la  racine  : l'enseigne,  frappée  par  les  traits  à la 
pointe  d’or,  tomba  sur  la  terre.  1,986. 

Vers  l'épouvantable  archer  s’avancèrent  quatre  guer- 
riers à la  grande  force,  intelligents,  en  possession  de 
toutes  les  sciences,  ornés  de  bouquets  et  de  parures 
variées.  1,987. 

C'étaient  Douççàsana,  Vikarna,  Doussaha  et  Vikinçati. 
Ils  s’approchent  de  Bibhatsou,  l’effrayant  archer,  et 
l’environnent.  1,988. 

Douççàsana  blesse  avec  un  bhalla  Outtara,  le  fils  de 
Viràta,  et,  d’une  seconde  flèche,  le  héros  frappe  Arjouna 
entre  les  deux  seins.  1,989. 

Djishnou  le  vise  et  lui  coupe  son  arc  orné  d’or  avec 
un  trait  aux  plumes  d’épervier,  au  large  tranchant. 

Ensuite,  il  le  blesse  lui-même  de  cinq  projectiles  déco- 
chés entre  les  seins.  Accablé  par  ces  traits  du  fils  de 
Prithâ,  C ennemi  se  retire,  abandonnant  la  bataille. 

1,990—1,991, 

Un  autre  fils  de  Dhritarâshtra,  Vikarna  de  frapper 
Arjouna,  le  meurtrier  des  héros  ennemis,  avec  des  flèches 
aiguës  aux  plumes  de  faucon,  qui  vont  droit  au  but. 

Le  Kountide  l’atteignit  au  milieu  du  front  avec  un  dard 
aux  nœuds  inclinés  ; et  le  guerrier  blessé  tomba  précipi- 
tamment de  son  char.  1,992 — 1,993. 

Excité  par  le  désir  de  recouvrer  son  frère  dans  le  combat, 
Doussaha,  accompagné  de  Vivinçati,  courut  sur  le  fils  de 
Prithâ  et  l'inonda  de  traits  aigus.  1,994. 

Dhanandjaya  les  perça  l'un  et  l'autre  à la  fois  de 


302 


LE  MAHA-BHARATA. 


flèches  aiguës  et  tua  sans  crainte  leurs  coursiers.  1 ,995. 

Ces  deux  (ils  du  roi  Dhritarâshtra,  leurs  chevaux  tués, 
leurs  membres  rompus,  s’élancent  hors  de  leur  voiture  ; 
mais  ils  sont  écartés  des  autres  chars,  qui  suivent  leurs 
vestiges.  1,996. 

Le  fds  de  Kountî  à la  grande  force,  l’invincible  Bibhat- 
sou,  de  qui  une  tiare  couronnait  la  tète,  parcourut  ainsi 
tous  les  points  de  l’espace,  ayant  son  but  atteint.  1,997. 

Ensuite,  tous  les  héros  des  Kourouides  en  vinrent  aux 
mains,  et,  réunis,  ils  s'étudièrent,  Bharatide,  à blesser 
Arjouna.  1,998. 

Le  guerrier  à l'âme  sans  mesure  enveloppa  de  tous  les 
côtés  ces  héros  en  des  rêts,  composés  de  flèches,  tels 
que  la  gelée  blanche  couvre  au  matin  les  montagnes. 

C’était  un  son  confus  de  conques  mêlées  au  bruit  des 
tambours,  du  hennissement  des  chevaux  et  du  cri  des 
grands  éléphants.  1,999—2000. 

Les  multitudes  de  flèches  volaient  par  milliers,  lancées 
par  le  fds  de  Prithâ,  brisant  avec  les  cuirasses  de  fer  les 
corps  des  éléphants  et  des  coursiers.  2,001. 

Décochant  ses  dards  à la  hâte,  le  fds  de  Pândou  res- 
plendissait dans  le  combat,  tel  qu’en  automne  l'auteur 
lumineux  du  jour,  arrivé  au  milieu  de  sa  carrière.  2,002. 

Les  maîtres  de  chars  s’élancent,  tremblants,  hors  de 
leurs  chars,  les  cavaliers  sautent  à bas  de  leurs  coursiers, 
les  fantassins  eux-mêmes  tu  se  croient  plus  en  sûreté  sur 
la  terre.  2,003. 

Les  cuirasses  de  fer,  de  cuivre  et  d’argent  de  ces  ma- 
gnanimes, ensevelis  sous  des  grêles  de  flèches,  firent 
éclater  un  bruit  immense.  2,004. 

Le  champ  de  bataille  était  tout  couvert  de  corps  des 


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V1RATA-PARVA. 


303 


cavaliers  sans  vie,  montés  sur  des  éléphants  ou  des  che- 
vaux, et  de  qui  les  traits  aigus  avaient  tranché  les  jours. 

La  terre  était  jonchée  d'hommes,  tombés  du  siège  des 
chars.  Dhanandjaya,  son  arc  à la  main,  semblait  danser 
dans  la  bataille.  2,005 — 2,006. 

A peine  avaient-ils  ouï  le  bruit  du  Gândiva,  semblable 
au  rugissement  de  la  foudre,  tous  les  guerriers  tremblants 
s’en  allaient  de  ce  grand  champ  de  bataille.  2,007. 

On  voyait,  tombées  sur  le  front  du  combat,  les  guirlandes 
d’or  et  les  têtes,  portant  les  pendeloques  et  le  turban. 

La  terre  brillait,  jonchée  de  membres  coupés  par  les 
flèches,  de  bras,  qui  tenaient  leurs  arcs,  et  d'autres  avec 
les  mains  parées  d’ornements.  2,008 — 2,000. 

Au  milieu,  ces  têtes  tombées  sous  les  traits  aigus,  tau- 
reau des  Bharatides,  c’étaient  comme  une  pluie  de  pierres 
déversées  de  l’atmosphère.  2,010. 

C’est  ainsi  que  le  (ils  de  Prithâ,  qui  avait  le  courage  de 
Çiva,  se  montra  terrible  et  qu’au  milieu  de  ces  obstacles 
il  passa  la  treizième  de  ses  années.  2,011. 

L’effroyable  fils  de  Pàndou  avait  répandu  le  feu  de  sa 
colère  au  milieu  des  enfants  de  Dhritarâshtra.  Quand  ils 
eurent  vu  l’effrayante  bravoure  du  guerrier,  qui  consu- 
mait l'armée,  tous,  ils  revinrent  à des  sentiments  paci- 
fiques sous  les  yeux  mêmes  de  Souyodhana.  Après  qu’il 
eut  répandu  l’épouvante  dans  l’armée  et  mis  en  déroute 
les  héros,  2,012—2,013. 

Arjouna,  le  plus  vaillant  des  victorieux,  porta,  Bhara- 
tide,  ses  pas  à la  ronde  ; il  produisit  une  épouvantable 
rivière,  un  fleuve  horrible,  qui  avait  du  sang  pour  son 
eau,  2,014. 

Tel  que  la  Mort  en  crée  à la  fin  d’un  youga,  obstrué 


304  LE  MAHA-BHARATA. 

d'os  en  guise  de  vallisnéries,  qui  avait  pour  ses  barques 
des  arcs  et  des  (lèches,  où  des  cheveux  étaient  au  lieu 
de  récents  gazons  et  de  plantes  aquatiques,  où  les  élé- 
phants jouaient  les  tortues,  où  les  (lèches  aiguës  imitaient 
de  grands  serpents  d’eau,  semé  de  grandes  îles,  encombré 
de  turbans  et  de  cuirasses  ; rivière  de  sang,  de  graisse  et 
de  moelle,  épouvantable,  aux  formes  glaçant  d’effroi,  bien 
formidable,  portant  la  crainte  au  plus  haut  degré,  ré- 
sonnante aux  cris  des  animaux  ravissants  et  fréquentée 
par  des  troupes  de  carnassiers.  2,015 — 2,016 — 2,017. 

Des  colliers  de  perles  rendaient  ses  flots  impénétrables  ; 
il  avait  pour  bulles  d’eau  les  parures  diverses,  pour  ses 
vastes  tournoiements  les  multitudes  de  traits  ; et  ses  élé- 
phants, comme  des  crocodiles,  en  interdisaient  la  tra- 
versée. 2,018. 

Le  fils  de  l’rithâ  fit  donc  alors  un  fleuve  aux  grandes 
lies  de  grands  chars,  aux  flots  infranchissables  de  sang, 
aux  rives  retentissantes  du  bruit  des  conques  et  des  tam- 
bours. 2,019. 

Aucun  homme  ne  put  rien  voir  au  moment  qu’il  prenait 
son  trait,  l’encochait,  lui  donnait  l’essor  et  qu’il  tirait  l'arc 
Gândtva.  2,020. 

Ensuite  Dourvodbana,  Karna,  Douççâsana,  Vivinçati, 
Drona  avec  son  fils  et  le  héros  Kripa  revinrent  irrités, 
brandissant  leurs  arcs  forts  et  solides,  avec  le  désir  d'im- 
moler Dhanandjaya.  2,021 — 2,022. 

Le  guerrier,  qui  avait  un  singe  pour  enseigne,  se  porta, 
avec  son  char  au  drapeau  déployé,  à la  splendeur  de 
soleil,  au-devant  de  ces  princes,  qui  s’avancaient  de  tous 
les  côtés,  auguste  roi.  2,025. 

Alors  Kripa,  Karna  et  Drona,  le  plus  vaillant  des 


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VIRATA-PARVA. 


806 


ma!tre3  de  chars,  enveloppent  Dhanandjaya  avec  de  puis- 
sants astras  d’une  grande  vigueur.  2,024. 

Lançant  à la  fois  des  multitudes  de  flèches,  comme  des 
nuages,  qui  versent  la  pluie,  il  firent  tomber  sur  Dha- 
nandjaya des  grêles  de  projectiles.  2,025. 

Ils  s’arrêtèrent  non  loin  de  lui  et  l’inondèrent,  avec  zèle, 
de  flèches  nombreuses,  lancées  à la  hâte,  et  qui  faisaient 
se  dresser  les  cheveux  d'horreur  dans  le  combat.  2,026. 

Submergé  de  tous  les  côtés  par  des  astras  divins,  on  ne 
voyait  pas  même  l’espace  de  deux  doigts  sur  lui,  que  les 
traits  eussent  laissé  à nu.  2,027. 

L’héroïque  Blbhatsou  se  mit  à rire  et  ajusta  à son  arc 
Gândtva  l’astra  Indrique,  céleste  et  semblable  au  soleil. 

La  flèche  vigoureuse  partit  dans  le  combat,  telle  qu’un 
rayon  du  soleil.  Coiffé  de  sa  tiare,  le  fils  de  Kountt  cou- 
vrit de  ses  dards  tous  les  Kourouides.  2,028 — 2,029. 

Le  Gàndlva  était  comme  l’éclair  dans  un  nuage,  ou  tel 
que  le  feu  dans  une  montagne,  ou  comme  l’arme  étendue 
de  Çakra.  2,030. 

De  même  que  le  nuage  verse  la  pluie,  que  l’éclair  res- 
plendit au  milieu  du  ciel,  que  toutes  les  plages  célestes 
illuminent  de  tous  côtés  la  terre,  2,031. 

De  même  le  Gândiva  couvrait  du  vol  de  ses  flèches  tous 
les  points  de  l’espace.  Les  éléphants  et  tous  les  maîtres 
de  chars  furent  alors  saisis  de  vertige,  fils  de  Bharata. 

Revêtant  des  sentiments  de  paix,  aucun  des  combattants 
ne  rentra  dans  ses  pensées  de  guerre  : tous  les  combattants, 
l’àme  frappée,  détournèrent  leur  visage  du  combat. 

Ainsi  tous  les  guerriers  brisés  de  s’enfuir  à tous  les 
points  de  l’espace,  éminent  Bharalide,  sans  espérance  dans 
leur  vie.  2,032 — 2,033 — 2,084. 


LE  MAHA-BHARATA. 


SOC 

Le  fils  de  Çântanou,  Bhtshma,  le  grand-oncle  des  Bha- 
ratides,  voyant  ses  guerriers  taillés  en  pièces,  fondit  alors 
sur  Dhanandjaya.  2,035. 

Il  arma  sa  main  du  meilleur  des  arcs,  décoré  d’or  ; il 
prit  des  flèches  & la  pointe  aiguë,  meurtrières,  qui  fendent 
les  articulations.  2,036. 

Une  ombrelle  blanche,  élevée  sur  sa  tête,  faisait  res- 
plendir ce  tigre  des  hommes,  comme  une  montagne  au 
lever  du  soleil.  2,037. 

Réjouissant  les  Dhritarâshtrides,  le  fils  de  la  Gangi 
remplit  de  vent  sa  conque,  et,  pour  arrêter  Btbhatsou,  il 
ouvrit  autour  de  lui  un  pradakshina.  2,038. 

Le  meurtrier  des  héros  ennemis,  le  fils  de  Kountt, 
l’ayant  vu  s’avancer,  le  reçut  d'une  âme  pleine  d’ardeur, 
comme  une  montagne  reçoit  un  nuage.  2,080. 

Ensuite,  le  vigoureux  Bhlshma  de  lancer  dans  le  dra- 
peau du  fils  de  Prithâ  huit  flèches  à la  grande  vitesse, 
comme  des  serpents  ou  semblables  à des  chiens.  2,040. 

Les  oiseaux,  dirigeant  leur  vol  vers  le  drapeau  du  Pàn- 
douide,  s’approchèrent  du  singe  flamboyant  et  se  per- 
chèrent sur  le  sommet  de  l’étendard.  2,041. 

Avec  un  grand  bhalla  au  large  tranchant,  le  fils  de 
Pàndou  coupa  l’ombrelle  de  Bhishma,  qui  tomba  préci- 
pitamment sur  la  terre.  2,042. 

Le  Kountide  à la  main  rapide  frappa  vigoureusement 
de  flèches  son  drapeau,  et  tua  même  les  coursiers  de  son 
char,  et  ses  deux  cochers  de  l’avant  et  de  l'arrière.  2,043. 

Quoiqu’il  connût  bien  le  Pândouide,  Bhlshma  ne  put  le 
supporter;  il  inonda  Dhanandjaya  sous  un  grand  astra 
céleste.  2,044. 

De  même  le  fils  de  Pândou  fit  naître  contre  Bhishma  un 


— t ui^le 


V1RATA-PARVA. 


307 


astra  divin;  mais  ce  guerrier  à l’âme  infinie  le  reçut 
comme  une  montagne  reçoit  un  nuage.  2,045. 

Le  combat  de  ces  deux  héros,  de  Bhlshma  avec  le  Pri- 
thide,  était  plein  de  tumulte  et,  tel  que  celui  d'Indra  et 
de  Bàli,  les  cheveux  se  hérissaient  d'épouvante.  2,040. 

Cétait  sous  les  yeux  des  Kourouides  et  de  tous  les 
guerriers  de  leur  armée.  Les  bhallas  de  Bhlshma  rencon- 
traient dans  la  bataille  les  bballas  du  (ils  de  Pândou. 

Les  mouches  luisantes  brillaient  dans  l’atmosphère 
comme  au  temps  de  la  saison  pluvieuse  ; le  G&ndlva  du 
Prithide,  décochant  ses  dards,  envoyant  ses  flèches  à droite 
et  4 gauche,  était,  sire,  comme  un  disque  entier  de  feu. 
Il  couvrit  Bhishma  de  ses  dards  aigus  : 

2,047—2,048—  2,049. 

Tel  un  nuage  couvre  une  montagne  des  gouttes  de  la 
pluie.  Bhlshma  écarta  la.  grêle  de  flèches,  qui  s’élevait, 
comme  le  rivage  arrête  l'océan  soulevé  -,  il  empêcha  le  fils 
de  Pândou  avec  ses  flèches.  Les  multitudes  de  traits, 
coupés  en  morceaux,  tombèrent,  rompus  dans  le  combat, 
devant  Phàlgouua  ; Bhishma  avec  ses  flèches  aiguës  dis- 
sipa de  nouveau,  sans  tarder,  la  plui  de  projectiles  aux 
empennures  d’or,  qui  s'était  élevée  du  char  de  Kirltl, 
comme  une  nuée  de  sauterelles. 

2,050—2,051—2,052—2,053. 

Ensuite  les  Kourouides  de  crier  tous  : « Bien  ! bien  ! » 
car  Bhlshma  avait  exécuté  une  chose  difficile,  de  com- 
battre Arjouua.  2,054. 

Dhanandjaya  était  vigoureux,  disaient-ils,  jeune,  adroit, 
agile  ; quel  autre  était  capable  de  soutenir  l’impétuosité 
du  Prithide  au  combat?  2,055. 

Si  ce  n’est  Bhishma  le  Çàntanouide,  ou  Krishna,  le  fils 


308 


LE  MAHA-BBARATA. 


de  Dévakl,  ou  le  plus  excellent  des  précepteurs,  le  Bha- 
radwadjide  à la  grande  force  ! 2,056. 

Ces  deux  puissants  taureaux  des  hommes,  ayant  arrêté 
en  se  jouant  les  astras  par  des  astras,  fascinaient  les  re- 
gards de  toutes  les  créatures.  2,057. 

Ces  deux  magnanimes  circulaient  dans  le  combat,  dé- 
cochant l’astra  épouvantable  de  Roudra,  du  Pradjâpati, 
d'Indra  lui-même,  d’Agni,  de  Kouvéra,  de  Varouna, 
d’Yama  et  du  Vent.  Saisis  d’admiration,  & leur  aspect 
dans  le  combat,  les  êtres  de  s’écrier  alors:  « Bien  ! Pri- 
thide  aux  longs  bras  ! Bien,  Bhishma  ! » Vastra,  qui  est  vu 
grand  par  les  yeux  des  hommes,  n’était  point  assorti  là  ; 
on  n’employait  dans  ce  combat  de  Bhishma  et  du  Prithide 
que  les  plus  grands  astras. 

2,058—2,050—2,060—2,061. 

Ainsi,  ces  deux  guerriers,  qui  avaient  la  science  de  tous 
les  astras,  s'en  livrèrent  la  bataille,  et,  quand  elle  fut 
terminée,  commença  le  combat  des  flèches.  2,062. 

Djishnou,  dérobant  son  dard  (1),  coupa  alors  d'une 
flèche  au  tranchant  de  rasoir  l’arc  de  Bhishma,  arme  dé- 
corée d’or.  2,068. 

Aussi  vite  qu'uu  clin-d'œil,  Bhishma,  le  héros  aux  longs 
bras,  saisit  un  nouvel  arc  dans  ce  combat  et  le  munit  de 
sa  corde.  2,064. 

Le  héros  irrité  décocha  coup  sur  coup  à Dhanandjaya 
des  traits  bien  nombreux,  et  Arjouna  répondit  à Bhishma 
avec  des  flèches  mordantes,  aiguës,  en  grand  nombre. 


(1)  Ovpâvriiya  : aucun  des  Lexiques  existants  n’a  donné  ce  composé  de 
oupa  ■+  A *t*  vn‘}  qui,  certes,  veut  dire  ici  autre  chose  que  legere,  subte- 
gere.  Seul,  YVestergaard  dit,  sans  aucune  explication,  ce  qui  est  regret- 
table : «Oupavrt,  Yéda,  Oupavridhi,  P*  6.  4,  102.  » 


"icjit  zed  r / Gôogle 


VIRATA-PARVA. 


' 309 


Bhlshma  à la  bien  grande  splendeur  tira  de  son  côté 
sur  le  fils  de  Pândou.  On  ne  voyait  aucune  différence, 
sire,  entre  ces  deux  magnanimes,  qui  possédaient  la 
science  de  tous  les  astras  cl  lançaient  des  traits  aigus.  Les 
dix  points  de  l’espace  furent  alors  couverts  de  flèches  par 
ces  guerriers,  habiles  à combattre  sur  des  chars, 

2,005 — 2,066 — 2,067. 

Le  fils  de  Kountt,  coiffé  d’une  tiare,  et  le  héros,  né  de 
Çântanou.  BhLshma/h/tÿi<atV  excessivement  le  Pândouide; 
le  Pândouide  fatiguait  excessivement  Bhlshma.  2,068. 

Ce  combat  fut,  sire,  une  merveille  pour  le  monde.  Le 
fils  de  Pândou  tua  les  héros,  qui  défendaient  le  char  de 
Bhlshma.  2,069. 

Ils  s’endormirent  alors  du  sommeil  de  la  mort,  sire, 
près  du  char  du  fils  de  la  Gangà  (1).  Embrassées  de  leurs 
plumes,  les  flèches  du  guerrier  aux  blancs  coursiers,  qui 
voulait  se  débarrasser  de  l’ennemi,  partirent,  décochées 
par  l’arc  Gândiva.  Brillantes  et  revêtues  d’or,  elles  tom- 
baient du  haut  de  son  char.  2,070—2,071. 

11  semblait  voir  dans  l’atmosphère  des  compagnies  de 
cygnes  : tous  les  Dieux  avec  Indra,  se  tenant  au  milieu  des 
airs,  d’admirer  la  merveille  de  ce  guerrier,  qui  lançait  un 
astra  céleste,  admirable,  surabondant!  L’auguste  Gan- 
dharva,  Tchitraséna,  à la  vue  de  ce  prodige  saisissant, 
dit,  plein  d’une  joie  suprême,  au  roi  des  Dieux  : « Vois 
ces  flèches  envoyées  par  le  Prithide,  qui  se  suivent  comme 
d’un  vol  continu.  2,072 — 2,073 — 2,074. 

» Des  enfants  de  Manou  n’auraient  pu  encocher  cet  astra 


(1)  Le  texte  porte  : « du  61s*  de  Kountl;  » ce  doit  être  une  faute  de  copie 
ou  d’impression,  pour  Gângéyasya. 


310 


LE  MAHA-BHARATA. 


divin,  aux  formes  admirables,  que  produisait  le  fils  de 
Prithâi  Cela  n’existe  point  assurément  au  milieu  d’eux. 

» Cette  rencontre  ici  des  grands  astras  Pouraniques  est 
admirable  ! On  ne  peut  saisir  aucun  intervalle  entre 
prendre  sa  flèche  au  carquois,  l’encocher,  l’envoyer  et 
tirer  l’arc  Gàndîva  ! Il  est  impossible  aux  guerriers  de  re- 
garder le  fils  de  Pândou,  comme  le  soleil,  parvenu  au 
milieu  de  sa  carrière,  qui  échauffe  au  sein  du  ciel  ! De 
même,  il  n’est  personne,  qui  puisse  arrêter  son  regard  sur 
Bhishma,  le  fils  de  la  Gangâ.  2,075-2,076-2,077-2,078. 

» Tous  deux,  ils  sont  des  archère  célèbres  ; tous  deux, 
ils  ont  un  bouillant  courage  ; tous  deux,  ils  sont  égaux 
pour  les  actions  ; tous  deux,  ils  sont  inaffrontables  dans 
les  combats  ! » 2,079. 

A ces  mots,  le  roi  des  Dieux  honora  cette  rencontre  de 
Bhishma  et  du  Prithide  en  faisant  tomber  sur  eux,  fils  de 
Bharata,  une  céleste  pluie  de  fleurs.  2,080. 

Ensuite  le  fils  de  Çàntanou,  Bhishma  de,  blesser  le  Pri- 
thide à gauche,  tandis  que  !'  Ambidextre,  le  regardant,  di- 
rigeait son  dard  contre  lui  et  le  blessait  à son  tour.  2,081. 

Blbhatsou  rit  et  coupa  l'arc  de  Bhishma  avec  une 
flèche  au  large  tranchant,  qui  avait  l’éclat  du  soleil  ; 

Et  le  fils  de  Kounti,  Dhanandjaya  le  blessa  lui-même 
entre  les  deux  seins,  tandis  qu'il  déployait  ses  efforts  et 
son  courage.  2,082 — 2,083. 

Inaffrontable  dans  les  combats,  le  fils  de  la  Gangâ  aux 
longs  bras,  accablé  par  lui,  saisit  le  timon  de  sou  char,  et 
se  tint  comme  à une  longue  distance.  2,084. 

Se  rappelant  ses  conseils,  le  cocher,  qui  gouvernait  les 
coursiers  de  son  véhicule,  sauva  le  héros  et  l'emmena, 
privé  de  connaissance.  2,086. 


"Diÿliaal  byGoogle 


VIRATA-PARVA. 


311 


Tandis  que  Bhlshma  fuyait,  abandonnant  le  front  du 
combat,  le  magnanime  fils  de  Dhritarâshtra,  déploya  son 
drapeau,  poussa  un  cri  et,  prenant  son  arc,  fondit  sur 
Arjouna.  2,086. 

Il  frappa  au  milieu  du  front  avec  un  long  bhalla,  en- 
voyé d’un  arc  tendu  jusqu’à  l’oreille,  Dhanandjaya  à l’arc 
terrible,  au  bouillant  courage,  qui  marchait  au  milieu  des 
troupes  ennemies.  2,087. 

Frappé  de  cette  flèche  à la  pointe  d’or,  bien  attachée, 
que  lui  envoyait  son  rival,  il  brilla,  sire,  sous  cette  corne 
unique,  éclatante,  comme  l’astre,  qui  fait  les  nuits,  arrivé 
à son  premier  période.  2,088. 

Soudain  apparut  son  sang  chaud  sous  la  blessure  de 
cette  flèche.  Dès  que  le  trait,  admirable  par  son  empen- 
nure  d’or,  eut  fendu  le  front,  il  brilla  d’un  vif  éclat. 

Blessé  par  Douryodhana  de  cette  flèche,  qui  souleva 
l’impétuosité  de  sa  colère , le  guerrier  d’une  âme  non 
abattue  prit  ses  traits  semblables  au  feu  dn  poison  et 
blessa  le  monarque  à son  tour.  2,080 — 2,090. 

Ces  deux  Adjamlthides,  héros  des  hommes  se  frappèrent 
de  coups  égaux  l'un  l’autre,  Douryodhana  à la  terrible 
splendeur  le  Prithide , et  l’héroïque  Prithide  Douryo- 
dhana.  2,091. 

Mais  Vikama,  porté  sur  un  grand  éléphant  dans  la 
fièvre  du  rut , semblable  à une  montagne , fondit  sur 
Djishnou,  le  fils  de  Kountt,  avec  quatre  chars  et  les 
hommes  de  pied,  qui  suivaient  son  éléphant.  2,092. 

Dhanandjaya  de  blesser  avec  hne  longue  et  rapide 
flèche  de  fer,  envoyée  d’un  arc  tiré  jusqu’à  l’oreille,  au 
milieu  des  deux  portions  de  ses  bosses  frontales , ce 
grand  éléphant,  qui  venait  d’une  course  accélérée. 


312 


LE  MAHA-BHARATA. 


Lancé  par  le  Prithide,  le  dard  fendit  la  bète  et  pénétra 
jusqu’à  la  place  de  l’empennure  dans  cet  éléphant,  sem- 
blable au  plus  éminent  des  monts,  tel  qu'une  mon- 
tagne, sur  laquelle  Indra  jette  sa  foudre.  2,003 — 2,004. 

Consumé  par  ce  trait,  le  roi  des  éléphants,  son  corps 
tremblant,  son  âme  troublée  par  la  douleur,  s'affaissa  et 
tomba  sur  la  terre,  comme  une  cime  de  montagne  sous  un 
coup  de  tonnerre.  2,095. 

Le  meilleur  des  pachydermes  abattu  sur  la  terre,  Vi- 
karna  de  crainte  sauta  lestement  à bas,  et,  quand  il  eut 
couru  huit  cents  pas,  il  monta  dans  le  char  de  Vivin-  -, 
çati.  2,090. 

Dès  qu’il  eut  tué  de  sa  flèche,  semblable  à la  foudre, 
cet  éléphant  pareil  au  nuage  sur  la  plus  haute  des  mon- 
tagnes, le  fils  de  Prithà  fendit  d’un  autre  dard  la  poitrine 
de  Douryodbana.  2,097. 

Après  la  mort  donnée  à l'éléphant-roi  et  les  blessures 
infligées  à.  Vikarnaet  à ses  fantassins,  les  principaux  com- 
battants vidèrent  promptement  le  champ  de  bataille, 
chassés  par  les  dards,  que  décochait  Gàndlva.  2,098. 

Quand  il  eut  contemplé  son  éléphant  tué  par  le  fils  de 
Prithà,  quand  il  vit  ses  combattants  dispersés  en  fuite  de- 
vant lui,  il  fit  rebrousser  chemin  à son  char  et  s'enfuit 
aux  lieux,  où  il  ne  pouvait  rencontrer  ce  Prithide. 

Kirltl,  qui  soutenait  les  elïorts  de  l’ennemi  et  de  qui 
l’âme  était  tournée  au  combat,  applaudit,  aussitôt  qu'il 
vit  Douryodhana,  blessé  d’une  flèche,  vomir  le  sang  et 
fuir  à toute  hâte,  après  sa  défaite,  avec  les  formes  ef- 
frayées. 2,099—2,100. 

« Pourquoi  te  détourner  du  combat  et  l'enfuir,  déser- 
tant la  gloire  et  une  vaste  renommée  ! dit  Arjouna.  Tes 


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V1RATA-PARVA. 


SIS 


instruments  de  musique  n’ont-ils  pas  été  frappés  au- 
jourd’hui? Es-tu  ainsi  descendu  même  du  trône? 

» Je  suis  le  troisième  des  ûls  de  Prithà  et  l’exécuteur 
des  ordres  d’Youddhishthira.  Je  tiens  de  pied  ferme  dans 
le  combat.  A cause  de  cela , fais-moi  face , Indra  des 
hommes  ; rappelle  - toi  le  devoir,  Dhritarâshtride? 

2,101—2,102. 

» Ce  nom  de  toi  sera  donc  un  vain  mot  sur  la  terre  I 
En  vain,  as-tu  crié  ici  naguère  : « Je  suis  Douryodhana  ! » 
Il  n'v  a point  ici  de  Douryodhana  (1),  puisque  tu  fuis, 
désertant  le  combat.  2,103. 

» Ces  gens  ne  te  voient  pas  par-devant,  et  je  te  vois 
par-derrière,  toi  un  défenseur  de  tes  guerriers,  Douryo- 
dhana ! Reviens  au  combat,  héros  des  hommes  : défends 
contre  le  fils  de  Prithà  ta  chère  existence  ! » 2,104. 

Rappelé  par  ce  magnanime,  le  fils  du  roi  Dhritarâsh- 
tra  s’en  revint  au  combat,  forcé  par  l'aiguillon  de  ces  pa- 
roles, comme  un  grand  éléphant  en  rut  par  le  croc  de  son 
cornac.  2,105. 

Touché  de  ces  paroles,  tel  qu’un  serpent  touché  par  la 
plante  du  pied,  et  ne  pouvant  les  supporter,  ce  héros  lé- 
ger, habile  à combattre  sur  un  char,  revint  au  combat 
dans  son  grand  char.  2,106. 

Karna  à la  guirlande  d’or  le  vit  évoluer  à la  ronde  ; il 
retourna,  il  appuya  son  corps  blessé,  et  cet  homme  hé- 
roïque dans  les  combats,  s'approchant  du  fils  de  Prithà, 
favorisa  le  passage  de  Douryodhana.  2,107. 

Le  Çântanouide  aux  longs  bras,  à la  ceinture  d’or,  à 
l’arc  muni  d’une  corde  préparée,  Bhisbma  ouvrit  à la  hâte 


(1)  RR.  Dors,  malus,  diffkilis ; yodha. 


SIA  LE  MAHA-BH.4RATA. 

deux  carquois  (1)  et  défendit  ensuite  Douryodhana  contre 
le  fils  de  Prithâ.  2,108. 

Drona,  Kripa,  Vivinçati  et  Douççâsnna,  ayant  vite  ouvert 
leurs  rangs,  s’avancèrent  tous  à la  hâte,  tenant  leurs  arcs 
aux  longues  flèchesdevant  eux,  poursauver Douryodhana. 

Dhanandjaya,  le  fils  de  Prithâ,  ayant  vu  ces  armées 
venir,  semblables  à des  fleuves  aux  rives  pleines,  se  porta 
léger  au-devant  d’elles,  comme  un  cygne  vole  à la  ren- 
contre du  nuage,  qui  arrive.  2,109 — 2,110. 

Celles-ci,  prenant  des  armes  célestes,  s’opposent  de 
tous  les  côtés  au  Prithide  ; elles  s’approchent  et  fout 
pleuvoir  sur  lui  de  toutes  parts  un  orage  de  flèches,  tel 
que  les  nues  déversent  la  fougue  des  pluies  sur  une  mon- 
tagne. 2,111. 

Ensuite  l’archer  du  Gândtva  arrêta,  par  la  vertu  du 
sien,  l’astra  des  héros  Kourouides  ; et  le  terrible  destruc- 
teur manifesta,  avec  l’astra  Indrique  et  le  Varounique.'un 
nouvel  astra  stupéfiant  les  ennemis.  2,112. 

Puis,  ayant  couvert  de  flèches  aiguës  au  fin  tranchant 
les  plages  principales  et  les  intermédiaires,  le  guerrier  à 
la  grande  force  jeta  le  trouble  dans  les  esprits  des  hommes 
par  le  bruit  du  Gândtva.  2,113. 

Le  Prithide,  meurtrier  des  ennemis,  prit  entre  ses  deux 
bras  sa  grande  conque  au  son  immense,  à la  voix 
effrayante  ; il  fit  retentir  les  points  cardinaux,  les  inter- 
valles secondaires,  la  terre  et  les  cieux.  2,114. 

Les  héros  des  Kourouides,  l’esprit  aliéné  par  ce  bruit 


(i)  Abhishangl,  mot,  qui  manque  à tous  lei  Dictionnaires,  même  à celui  de 
Bôthlingk  et  Roth.  11  est  évident  que  c’est  un  neutre  irrégulier  an  duel  de 
abhiihangan , qui  a ici  la  même  signification  que  le  substantif  masculin 
nishanga,  c'est-à-dire,  un  carquois 


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V1RATA-PARVA. 


Al  6 


de  la  conque,  qu’envoyait  le  fils  dePrithâ,  aissent  échap- 
per leurs  armes  invincibles  et  prennent  tous  des  senti- 
ments de  paix.  2,115. 

Tandis  que  les  armées  étaient  privées  de  connaissance, 
le  Prithide,  s’étant  souvenu  des  paroles  d'Outtara  : « Sors 
du  milieu  des  bataillons , dit-il  au  fils  de  Matsya,  avant 
que  les  Kourouides  aient  recouvré  l'esprit.  2,116. 

» Enlève,  héros  des  hommes,  les  deux  habits  d'une 
vive  blancheur  à l’Atchàrya  et  au  Çaradvatide,  le  vête- 
ment jaune  éclatant  à Karna,  les  habits  noirs  au  fils  de 
Drona  et  au  roi  ; 2,117. 

» Mais  seulement  la  connaissance  à Bhtshma  ! 11  sait, 
je  pense,  l'art  de  repousser  les  astras.  Mets  ses  coursiers 
à ta  gauche  ; c'est  ainsi  que  doivent  marcher  des  gens  à 
l'esprit  sensé.  » 2,118. 

Alors,  le  magnanime  fils  de  Viràta,  rejetant  les  rênes, 
saute  à bas  du  char,  enlève  les  vêtements  des  héros,  et 
remonte  légèrement  sur  son  char.  2,119. 

Puis,  le  Virâtide  reprend  les  guides  des  quatre  chevaux 
de  noble  race,  qui  franchirent  l’armée  des  chars  ornés  de 
drapeaux,  entraînant  Arjouna  du  milieu  des  combattants. 

L’impétueux  Bhlshma  perça  de  ses  flèches  le  héros  des 
hommes,  qui  suivait  ses  pas  ; et  le  Prithide  lui-même, 
frappant  les  chevaux  de  Bhtshma,  les  blessa  avec  dix 
traits.  2,120 — 2,121. 

Quand  il  eut  attaqué  ce  Bhlshma  dans  la  bataille  et 
rassuré  son  cocher,  Aijouna,  l'archer  aux  coups  heureux, 
se  tint  débarrassé  de  la  multitude  des  chars,  comme  le 
soleil,  qui  a fendu  un  nuage.  2,122. 

A peine  la  connaissance  leur  fut-elle  revenue  dans  le 
combat,  les  héros  des  Kourouides  virent  le  fils  de  Prithà 


316 


LE  MAHA-BHARATA. 


semblable  au  roi  des  Dieux,  qui  était  délivré,  seul,  à part 
sur  le  champ  de  bataille  ; et  le  Dbritarâshtride  prononçai 
la  hâte  ces  paroles  : 2,133. 

• Comment  parviendrons-nous  à détruire  cet  homme, 
échappé  aux  mains  de  ton  altesse,  en  sorte  qu'il  ne  lance 
plus  sur  nous  ses  traits  ?»  Le  Çântanouide  lui  répondit  en 
riant  : « Où  s’en  est  allée  la  raison  ? Qu’est  devenu  ton 
courage?  2,123. 

» Tu  as  obtenu  la  paix  la  plus  profonde  une  fois  que  tu 
eus  déposé  les  flèches  et  ton  arc  admirable.  Ce  Blbhatsou 
n'est  pas  capable  d'une  scélératesse,  son  âme  n’est  pas 
distinguée  dans  le  crime.  2,125. 

» 11  n'abandonnerait  pas  son  devoir  pour  les  trois 
mondes  ! C’est  pour  cela  qu’il  ne  nous  a point  immolés 
tous  dans  ce  combat.  Va  promptement  vers  les  Rourouides, 
héros  de  Kourou  ; et  que  le  fils  de  Prithâ  s’en  aille  avec 
les  vaches,  qu’il  a reconquises.  Ne  laisse  pas  dans  ton 
ignorance  échapper  ton  intérêt  : serre  donc  ce  nœud,  avant 
qu’il  ne  soit  brisé  I » 2,126 — 2,127. 

Quand  il  eut  entendu  ce  discours,  que  son  arrière- 
grand-oncle  lui  adressait  pour  son  bien,  le  roi  Douryo- 
dhana,  bouillant  de  colère,  mais  de  qui  l’amour  des  com- 
bats était  surmonté,  soupira  et  demeura  en  silence. 

Les  guerriers,  ayant  ouï  ce  langage  de  Bhishma,  parole 
salutaire  et  qui  augmentait  le  feu  de  Phâlgouna,  tous, 
réservant  la  volonté  de  Douryodhana,  tournèrent  vers  le 
retour  la  pensée  de  leur  esprit.  2,128 — 2,129. 

Le  fils  de  Prithâ,  Dhanandjaya,  fàme  joyeuse,  voyant 
partir  les  héros  Rourouides,  embrassa  un  instant  des  sen- 
timents de  soumission  et  adressa  de  nouveau  la  parole  au 
vieux  Çàntanouide,  son  arrière-grand-oncle.  11  inclina  sa 


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VIRATA-PARVA. 


317 


tête  devant  le  gourou  Drona  ; et,  quand  il  se  fut  respec- 
tueusement courbé  avec  ses  flèches  merveilleuses  devant 
Açvatthâman,  et  Kripa,  et  ceux  des  Kourouides,  qui  mé- 
ritaient cet  honneur,  il  coupa  d’un  trait  le  diadème  de 
Douryodhana,  sublime,  admirable,  composé  de  pierre- 
ries; il  salua  d’un  adieu  les  héros,  les  personnes  respec- 
tables, et  fit  retentir  les  mondes  du  bruit  de  l'arc  Gân- 
dlva.  2,130—2,131—2,132. 

Soudain,  resplendissant  d'un  drapeau,  orné  de  beaucoup 
d’or,  qui  avait  triomphé  de  tous  les  ennemis,  le  héros, 
fendant  les  cœurs  de  ses  rivaux,  fit  résonner  Dévadatta. 

Kirttl,  joyeux  de  voir  ses  adversaires  partis  : « Tourne 
bride  à tes  chevaux,  dit-il  au  fils  du  Matsya  ; les  bes- 
tiaux sont  reconquis,  les  ennemis  sont  en  retraite  ; re- 
tourne content  à la  ville.  » 2,133 — 2,134. 

Les  Dieux,  quand  ils  eurent  vu  le  combat  grandement 
merveilleux  de  Phâlgouna  avec  les  Kourouides,  s’en  re- 
tournèrent dans  leurs  palais,  joyeux,  comme  iti  en  étaient 
venus,  et  pensant  aux  exploits  du  fils  de  Prithà.  2,135. 

Alors  que  le  guerrier  aux  yeux  de  taureau  eut  vaincu 
les  Kourouides  en  cette  bataille,  il  ramena  la  grande  ri- 
chesse en  troupeaux  de  Virâta.  2,136. 

Les  Dhritarâshtrides  rompus  étant  partis  de  tous  les 
côtés,  les  autres  combattants  de  Kourou  en  grand  nombre, 
quand  ils  furent  sortis  de  cette  bataille  comme  d'une  forêt 
impénétrable,  l'âme  tremblante  de  crainte,  3e  rassem- 
blèrent d’ici  et  de  là.  On  les  vit  alors  les  cheveux  déliés, 
les  paumes  des  mains  réunies  au  front;  tourmentés  par  la 
faim  et  la  soif,  sans  âme,  sans  patrie , ils  dirent,  émus, 
inclinés , au  fils  de  Prithà  : « Nous  sommes  tes  servi- 
teurs 1 » 2,137—2,138—2,139. 


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LE  MAHA-BHARATA. 


M» 

« Allez  en  paix,  répondit  Arjouna;  sur  vous  soit  la  féli- 
cité 1 Vous  n'avez  d'aucune  manière  à craindre;  je  n'ai  pas 
envie  de  tuer  des  hommes  très-malheureux  ; j’en  donne 
l'assurance  à vos  esprits,  » 2,140. 

A peine  les  combattants  réunis  eurent-ils  entendu  sa 
parole,  qui  leur  donnait  la  sécurité,  ils  le  réjouirent  à 
l’envi  par  des  bénédictions,  qui  procuraient  la  vie,  la  re- 
nommée et  la  gloire.  2,141. 

Les  Kourouides  ne  purent  pas  s'approcher  d’ Arjouna, 
qui,  après  qu’il  eut  abandonné  les  ennemis,  s'avançait 
pour  son  retour,  la  face  tournée  vers  le  royaume  de  Vi- 
râta,  comme  un  éléphant  dans  la  fièvre  du  rut.  2,142. 

Quand  le  destructeur  des  ennemis,  le  fds  de  Prithâ  eut 
dispersé  les  nuages  de  l’armée  Kourouide,  comme  le  soleil 
dissipe  une  nuée,  qui  survient,  il  embrassa  de  nouveau  le 
fils  du  Matsya  et  lui  parla  en  ces  termes  : 2,143. 

o Tu  sais,  mon  fils,  que  tous  les  Prithides  habitent 
en  présence  de  ton  père  : n’en  parle  pas,  une  fois  entré 
dans  la  ville,  car  le  roi  des  Matsyas  en  mourrait  d’ef- 
froi. 2,144. 

» Cest  moi , qui  ai  vaincu  l’armée  des  Kourouides  ; 
c’est  moi,  qui  ai  reconquis  les  vaches  sur  les  ennemis  ; 
mais,  à ton  retour  dans  la  cité,  dis  en  présence  de  ton 
père  que  tu  as  toi-méme  exécuté  ces  exploits.  » 2,145. 

Outtara  lui  répondit  : 

a La  chose,  que  tu  viens  d'accomplir  , est  impossible  à 
d’autres  ; il  n’était  pour  moi  aucun  pouvoir  de  l’exécuter: 
je  ne  te  nommerai  pas,  Ambidextre,  en  présence  de  mon 
père,  tant  que  tu  ne  me  nommeras  point.  » 2,140. 

Après  que  Djishnou  eut  vaincu  l'armée  des  ennemis  et 
séparé  d’eux  toute  la  richesse,  il  revint  au  cimetière  et 


VIRATA-PARVA.  310 

s’approcha  de  l’acacia,  où  il  se  tint,  le  corps  blessé  par 
les  flèches.  2,137. 

Le  grand  singe  semblable  au  feu  s'envola  vers  le  ciel 
avec  les  Bhoûtas  mêmes  ; les  choses,  qui  devaient  pro- 
duire l’illusion,  furent  replacées  et  l’étendard  du  lion  fut 
arboré  de  nouveau  sur  le  char.  2,138. 

Là,  quand  il  eut  déposé  l'arme,  incrément  de  la  bataille, 
les  deux  carquois  et  les  flèches  des  plus  grands  des  Kou- 
rouides,  le  Matsya  de  s’avancer  joyeux  vers  la  ville  avec 
le  magnanime  Kirltl  pour  cocher.  2,139. 

Le  Prithide,  exterminateur  des  ennemis,  ayant  accom- 
pli cet  exploit  de  la  plus  grande  noblesse  et  détruit  l’ar- 
mée de  ses  rivaux,  remit  de  nouveau  ses  cheveux  en 
tresse  et  reprit  les  rênes  aux  mains  d'Outtara.  2,160. 

Le  magnanime  cocher  rentra,  l’âme  contente,  dans  la 
cité,  et  revint  à la  forme  de  Vrihannalâ.  2,151. 

Les  Kourouides  s’en  reviennent  brisés,  ayant  subi  la 
puissance  d'Arjouna , et  tous,  consternés,  ils  marchent, 
le  visage  tourné  vers  Hâstinapoura  1 2,152. 

En  approchant  sur  la  route,  Phàlgouna  de  parler  en 
ces  termes  : « Héros  aux  longs  bras,  fils  de  roi,  regarde 
de  tous  les  côtés  ces  multitudes  de  vaches,  que  nous  ra- 
menons avec  les  pâtres.  Demain,  nous  arriverons  dans  la 
cité  de  Virâta.  2,153 — 2,153. 

» Fais  respirer  tes  chevaux,  donne-leur  à boire,  fais 
ruisseler  fonde  autour  d’eux  ; et  que  ces  pâtres,  envoyés 
par  toi,  aillent  d'un  pied  rapide.  2,155. 

u Qu’ils  racontent  la  bonne  nouvelle  dans  la  ville,  et 
qu'ils  proclament  la  victoire.  » 2,150. 

Outtara  se  hâta  de  commander  aux  messagers  d’après 
la  parole  de  Phàlgouna  : a Annoncez  la  victoire  du  prince  ; 


S20 


LE  MAHA-BHARATA. 


les  ennemis  sont  vaincus  et  les  vaches  reconquises.  » 

11  parle  ainsi.  Les  deux  héros,  le  Matsya  et  le  Bliara- 
tide,  délibèrent  ; ils  vont  à l’acacia,  ils  s'en  approchent 
de  nouveau  et  posent  dans  les  branches  leurs  instruments 
de  guerre,  qu’ils  y laissent  (1).  2,157 — 2,158. 

Quand  il  eut  vaincu  toute  l’armée  ennemie  et  séparé 
des  Kourouides  tous  les  troupeaux,  le  héros,  fils  de  Vi- 
râta, s’avança  joyeux  vers  la  ville,  ayant  Vrihannalâ  pour 
son  cocher  (2).  2,159. 

Virâta,  le  maître  de  l’armée,  qui  avait  promptement 
reconquis  sa  richessse,  rentra  joyeux  dans  la  ville,  accom- 
gné  des  quatre  autres  Pândouides,  2,160. 

Vainqueur  des  Trigartas  en  bataille,  ayant  recouvré 
entièrement  ses  vaches,  il  brillait  avec  les  fils  de  Prithâ, 
puissant  roi,  environné  de  la  fortune.  2,161. 

Tous  les  guerriers,  fléaux  des  ennemis,  d’honorer  avec 
le3  Prithides,  ce  héros,  revenu  sur  son  trône,  accrois- 
sant la  joie  de  ses  amis.  2,162. 

Tous  les  sujets  réunis  aux  brahmes  lui  firent  la  cour,  et 
le  roi  des  Matsyas  honoré  de  répondre  à leurs  hommages 
avec  l’armée.  2,163. 

Alors,  il  congédia  les  brahmes  et  le  peuple  ; ensuite,  le 
roi  des  Matsyas,  Virâta,  le  maître  de  l’armée,  adressa 
cette  question  sur  Outtara  : « Où  est-il  allé  ? » dit-il.  Toutes 
les  femmes,  et  les  jeunes  filles,  et  les  eunuques  de  son 
palais,  de  lui  raconter  : « Les  Kourouides  ont  ravi  nos 
troupeaux.  Ton  fils  Pritivlndjaya,  extrêmement  irrité  de 
cette  orgueilleuse  invasion,  est  sorti,  quoiqu'il  fut  seul, 

(1-2  Ces  ver*  ne  Font  qu’une  inutile  répétition  de»  ver»  2«149,  2,150  et 
2,151  ; ce  sont  des  variantes,  dont  l’une  se  mêle  indiscrètement  et  se  con- 
fond avec  l'autre. 


iz<  -MrpC  * jle 


1 


V1RATA-PARVA. 


321 


accompagné  de  Vrihannalà,  vaincre  ces  combattants  sur 
des  chars,  venus  infester  no»  campagnes  : c’étaient 
Bhtshma,  le  fils  de  Çântanou,  Kripa,  Rama,  Douryo- 
dhana,  Drona  et  son  fils,  six  chars  réunis.  » (De  la  stance 
2,164  <î  la  stance  2,168.) 

Le  roi  Viràta,  consumé  d’une  vive  inquiétude  à la  nou- 
velle que  son  fils  était  allé  avec  un  seul  char,  conduit  par 
Vrihannalà,  engager  la  bataille,  dit  à tous  ses  principaux 
ministres:  2,169. 

« De  toute  manière,  à la  nouvelle  que  les  Trigartas  sont 
sortis,  on  ne  pourra  jamais  arrêter  les  Kourouides  et  les 
autres,  qui  sont  les  souverains  de  la  terre.  2,170. 

» Que  ceux  de  mes  guerriers,  qui  n'ont  reçu  aucune 
blessure  des  Trigartas,  s’en  aillent  donc,  environnésd'une 
nombreuse  armée,  pour  sauver  Outtara!  » 2,171. 

Soudain,  il  donna  l’ordre  de  partir,  dans  l'intérêt  de  son 
fils,  à des  chevaux,  des  éléphants,  des  chars,  des  troupes 
de  fantassins,  admirablement  ornés  de  parures  et  munis 
de  toutes  les  armes.  2,172. 

Ainsi  le  maître  de  l’armée,  Viràta,  le  roi  des  Matsyas, 
commanda  promptement  à une  armée,  divisée  en  quatre 
corps.  2,173. 

« Sachez  bientôt,  leur  dit-il,  si  le  jeune  prince  vit  en- 
core ou  non.  Quant  à l’eunuque,  qui  est  allé  comme  son 
cocher,  il  est  mort,  je  pense.  » 2,174. 

Dharmarâdja  dit  en  souriant  au  roi  Viràta,  consumé 
d’une  brûlante  inquiétude  : « S’il  a pour  son  cocher  Vri- 
hannalà, Indra  des  rois,  les  ennemis  n’emmèneront  pas 
aujourd’hui  tes  vaches.  2,175. 

» En  effet,  ton  fils  est  capable  de  vaincre  en  bataille, 
avec  la  bonne  direction  de  ce  cocher,  tous  les  rois  Kou- 

21 


T 


522 


LE  MAHA-BHAKATA. 


rouides  réunis,  les  Yakshas,  les  Siddhas,  les  Démons  et 
les  Dieux  mêmes.  » 2,176. 

Ensuite,  arrivés  dans  la  cité  de  Virâta,  les  messagers  à 
la  marche  légère,  envoyés  par  Outtara,  y annoncèrent  la 
victoire.  2,177. 

Le  ministre  porta  à la  connaissance  du  roi  celte  victoire 
sublime,  la  défaite  des  kourouides  et  la  prochaine  arrivée 
d’Outtara:  2,178. 

« Toutes  les  vaches  sont  reconquises  ; les  fils  de  kou- 
rou  sont  vaincus,  Outtara  est  l’heureux  vainqueur  avec  le 
cocher.  » 2,170. 

« Oh  bonheur  ! s'écrie  Youddhishthira  ; on  a reconquis 
les  vaches,  les  kourouides  sont  en  fuite  ! Mais  il  n'est  pas 
étonnant,  je  pense,  que  ton  fils  ait  triomphé  des  kou- 
rouides 1 2,180. 

» La  victoire  était  assurée  au  mortel,  qui  avait  Vrihan- 
nalâ  pour  son  cocher.  » 2,181. 

Le  roi  des  hommes,  Virâta,  eut  alors  son  poil  hérissé 
d'étonnement,  quand  il  apprit  cette  victoire  du  prince  hé- 
réditaire, à -la  force  sans  mesure.  2,182. 

11  fit  cacher  les  messagers  et  donna  ses  ordres  aux  mi- 
nistres : « Qu'on  me  prépare,  ornées  d'étendards,  les 
routes  du  roil  2,185. 

• Que  l’on  honore  de  tous  côtés  les  Dieux  avec  des 
offrandes  de  lleurs  ; que  les  jeunes  gens,  les  principaux 
des  guerriers  et  les  courtisanes  revêtent  leurs  habits  de 
fête.  2,184. 

» Que  tous  les  instruments  de  musique  aillent  au-de- 
vant de  mou  fils!  Que  l'homme,  ayant  des  clochettes, 
monte  promptement  sur  un  éléphant  enivré  et  qu'il  pro- 
clame ma  victoire  dans  tous  les  carrefours  ! Que  les 


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VIRATA-PARVA. 


323 


femmes  d'un  âge  supérieur,  environnées  de  jeunes  filles 
en  grand  nombre,  s'avancent  à la  rencontre  de  mon  fils, 
dans  la  toilette  des  vêtements  de  l’amour  I » 

2,185— 2,186— 2,187, 

Aussitôt  qu'ils  eurent  ouï  cette  parole  du  prince,  tout 
ce  qu’il  y avait  d’éminent,  les  tambours,  les  instruments 
de  musique,  les  conques,  les  dames  en  leurs  plus  riches 
costumes,  les  beautés  et  les  autres,  chantant  les  louanges 
du  roi,  faisant  résonner  les  vâdyas,  les  toûryas  et  les 
panavas,  sortirent,  avec  les  bardes  et  les  ménestrels,  hors 
de  la  ville  du  puissant  Virâta,  au-devant  de  son  fils  à la 
vigueur  infinie.  2,188 — 2,189. 

Après  qu’il  eut  fait  partir  l’armée,  les  jeunes  vierges  et 
les  courtisanes  bien  parées,  le  roi  des  Matsyas  à la  grande 
science  parla  en  ces  termes  : 2,190. 

« Artisane,  apporte  les  dés  : commençons  le  jeu, 
Kanka  1 » Quand  le  Pândouide  le  vit  s’exprimer  ainsi,  il 
répondit  : 2,191. 

« On  ne  doit  pas  jouer,  avons-nous  ouï  dire,  avec  un 
joueur  dans  la  joie.  Je  ne  puis  donc  jouer  avec  toi  mainte 
nant  que  la  joie  t’environne.  2,192. 

» Mais  je  désire  faire  ce  qui  t’est  agréable  : que  le 
jeu  commence,  si  tu  le  juges  à propos.  » 2,193. 

n Les  femmes,  les  vaches  et  l’or,  toute  autre  richesse 
quelconque,  reprit  Virâta,  rien  n'est  à moi;  toutest  gardé 
pour  être  joué  avec  un  autre.  » 2,194. 

« Qu’as-tu  besoin  du  jeu,  Indra  des  rois?  11  entraîne 
une  foule  de  maux  , répondit  Ranka.  Beaucoup  d'incon- 
vénients, ô toi,  qui  donnes  l’honneur,  sont  attachés  au 
jeu  : que  ta  majesté  s'en  abstienne!  2,195. 

» As-tu  vu  de  tes  yeux  ou  entendu  raconter  Youd- 


LE  MAHA-BHARATA. 


324 

dh)9hthira,  le  fils  de  PAndou  ? Son  royaume  avec  ses  pro- 
vinces immenses,  gonflées  d’opulence,  et  ses  frères  sem- 
blables aux  Dieux,  il  a tout  perdu  ; donc,  le  jeu  ne  me  platt 
nullement.  Cependant,  tu  le  juges  à propos  ; jouons, 
puisque  cela  t’est  agréable.  » 2,196 — 2,197. 

Tandis  que  le  jeu  s’agitait,  le  Matsva  dit  au  Pân- 
douide  : « Vois!  Les  Kourouides  avec  un  tel  courage 
ont  été  vaincus  en  bataille  par  mon  fils!  » 2,198. 

Le  magnanime  roi  Youddhisthira  lui  répondit  : « Com- 
ment n’aurait-il  pas  vaincu  en  bataille,  quand  il  avait 
Vrihannalà  pour  son  cocher?  » 2,199, 

Il  dit  : et  le  roi  Matsya  tint  ce  langage  avec  colère  au 
fils  de  Pàndou  : « Tu  loues,  parent  de  brahme,  un 
eunuque,  comme  semblable  à mon  fils!  2,200. 

» Ne  sais-tu  pas  combien  ta  parole  est  blâmable?  Tu 
me  méprises,  sans  doute.  Pourquoi  n’aurait-il  pas  vaincu 
tous  ces  guerriers,  qui  avaient  à leur  tête  Bhishnia  et 
Drona?  2,201. 

» Mais  je  te  pardonne  cette  offense,  brahme,  à cause 
de  notre  amitié.  Si  tu  es  attaché  à la  vie,  qu’une  telle  pa- 
role ne  se  retrouve  pins  sur  tes  lèvres!  » 2,202. 

» Le  roi  des  Maroutes  en  personne,  environné  de  la 
troupe  des  Vents,  repartit  Youddhishthira,  eut-il  com- 
battu de  concert  avec  eux  sur  ce  champ  de  bataille,  où 
étaient  réunis  Drona,  et  Rhlshma,  et  le  Dronide,  et  le  fils 
du  soleil,  et  Kripa,  et  le  roi  des  rois  Douryodhana,  et  les 
autres  guerriers;  quel  autre,  si  ce  n’est  Vrihannalà,  eut 
fait  tête  à ces  héros  rassemblés.  2,203 — 2,204. 

» Lui,  duquel  il  n’existera  pas  un  seul  être,  égal  à la 
force  des  bras;  lui,  dequil’horripilation  de  la  joie  couvre 
le  corps  entièrement  à la  seule  vue  d'un  combat  ! 


VIRATA-PAKVA. 


326 


» Comment  ton  fils  n’aurait-il  pas  vaincu,  quand  il 
avait  pour  compagnon  un  tel  homme,  qui  triompherait  de 
tous  les  hommes , les  Démons  et  les  Dieux  réunis  ? » 

2,206—2,206. 

« Nombre  de  fois,  on  voulut  t’empêcher,  et  tu  n’as 
point  retenu  ta  langue,  reprit  Virâta.  S’il  n’y  a personne, 
qui  sache  te  réprimer,  aucun  ne  fera  jamais  son  devoir!  » 

A ces  mots,  le  roi  courroucé  frappa  avec  un  dé  Youd- 
dhishthira  au  visage,  et,  le  menaçant  de  colère,  lui  dit  : 
« Tais-toi  ! » 2,207 — 2,208. 

Blessé  violemment  par  ce  coup,  le  sang  ruissela  de  son 
nez;  mais  le  lils  de  Prithà  le  reçut  dans  ses  mains,  avant 
qu’il  ne  fût  tombé  sur  la  terre.  2,209. 

Dharmarâdja  jeta  les  yeux  sur  Draàupadt  placée  à son 
côté.  Cette  femme  vertueuse,  qui  connaissait  le  dessein  de 
son  époux  et  soumise  au  pouvoir  de  sa  pensée,  prit  un 
vase  d’or,  rempli  d'eau,  et  reçut  le  sang,  qui  s'écoulait 
des  narines.  2,210 — 2,211. 

Ensuite,  Outtara  joyeux  revint  de  lui-même  à la  ville, 
répaudant  de  toutes  parts  l’odeur  de  ses  bouquets  divers 
et  de  ses  parfums  exquis.  2,212. 

Honoré  pan-  les  citadins , les  campagnards  et  les 
femmes,  il  s’approcha  de  la  porte  du  palais,  et  se  fit  an- 
noncer à son  père.  2,213. 

Le  portier  entre  ; il  adresse  ce  langage  à Viràta  : « Ton 
fils  se  tient  à la  port  j du  palais,  accompagné  de  Vrihan- 
nalâ.  » 2,216. 

Le  roi  des  Matsyas  joyeux  dit  alors  au  portier  : <i  Hàte- 
toi  de  les  introduire  l’un  et  l’autre  ; je  désire  également 
la  vue  de  tous  les  deux.  » 2,215. 

Le  roi,  issu  de  Kourou,  dit  tout  bas  à l'oreille  du  por- 


826 


LE  MAHA-BHARATA. 


tier  ! « Qu'Outtara  entre  seul  ; il  ne  faut  pas  introduire 
Vrihannalâ.  2,216. 

» Car  il  s’est  engagé  par  ce  vœu  : tout  homme,  qui 
porterait  une  blessure  dans  mon  corps,  ou  qui  ferait  cou- 
ler mon  sang,  ailleurs  que  sur  un  champ  de  bataille, 
n’aurait  aucun  moyen  de  prolonger  son  existence.  Violem- 
ment irrité,  il  ne  supporterait  pas  de  me  voir,  couvert  de 
sang,  2,217 — 2,218. 

» Et  il  tuerait  Virâta,  ses  ministres,  ta  cavalerie  et  son 
armée.  » 2,219. 

Prilhivlndjaya  (1),  le  fils  aîné  du  roi,  entra  donc;  il 
s’inclina  aux  pieds  de  son  père,  il  honora  Kanka  lui- 
même.  2,220. 

Outtara  s’empressa  d'interroger  son  père  sur  cet  homme 
sans  péché,  assis  sur  la  terre  dans  un  lieu  retiré,  auprès 
duquel  se  tenait  l’ai  tisane,  et  de  qui  plusieurs  parties  du 
visage  étaient  couvertes  de  sang  : a Qui  a blessé  cet  homme, 
sire?  Qui  a commis,  cette  action  coupable?  » 

. 2,221—2,222. 

• C’est  moi , qui  ai  blessé  ce  méchant,  répondit  Virâta  ; 
et  il  ne  mérite  pas  même  tant  d’indulgence,  lui,  qui,  au 
milieu  de  tes  louanges,  ne  sait  que  louer  un  eunuque  ! » 

o Cette  chose,  reprit  Outtara,  ne  devait  [tas  être  faite 
par  toi,  sire  ; hàte-toi  de  le  supplier  ; prends  garde  que 
ce  poison  terrible  du  brahme  ne  te  consume  ici  avec  tes 
racines.  » 2,223—2,224. 

A peine  eut-il  entendu  les  paroles  de  son  fils,  Virâta, 
l’incrément  du  royaume,  présenta  ses  excuses  au  fils  de 
Kountî,  semblable  au  feu  caché  sous  la  cendre.  2,225. 

(i)  Autre  nom  d'Outtara. 


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VIRAT*  PARVA. 


527 


Le  Pàndouide  répondit  au  monarque,  qui  s’excusait  : 
« C’est  pardonné  depuis  long-temps,  sire  ; il  n’existe  pas 
en  moi  de  ressentiment.  2,226. 

» Mais,  si  mon  sang  était  tombé  des  narines  sur  la  terre, 
tu  périrais  avec  ton  royaume,  puissant  monarque  ; il  n’y  a 
IA  aucun  doute.  2,227. 

a Je  n’ai  pas  commis  d'offense  contre  toi , sire  ; et 
quiconque  frapperait  un  homme  auguste,  puissant,  qui 
n’a  point  fait  d’offense,  ne  tarderait  pas  à tomber  dans  un 
malheur  épouvantable.  » 2,228. 

Vrihannalà,  quand  le  sang  fut  appaisé,  entra  ; il  se 
prosterna  aux  pieds  de  Virâta,  il  honora  kanka  lui-nième. 

Il  s'excusa  auprès  de  lui  ; et  le  Matsva,  aux  oreilles  de 
l’Ambidextre,  loua  Outtara,  qui  était  revenu  du  combat  : 

« Par  toi,  j'ai  un  fils,  incrément  de  la  joie  de  kalkéyi, 
lui  dit-il  ; jamais  je  n’eus  et  je  n’aurai  jamais  un  fils  égal 
à toi.  2,229—2,230—2,231. 

» Comment  fut  ton  combat,  mon  fils,  avec  ce  Karna, 
qui  marchant,  accompagné  de  Tastre  aux  mille  pieds  (1), 
n'a  jamais  retiré  son  pied  en  arrière?  2,232. 

» Comment  tut  ton  combat,  mon  fils,  avec  ce  Bhfshma, 
qui  ne  voit  pas  exister  un  seul  homme,  égal  à lui,  dans  le 
monde  entier  des  hommes  ? 2,233. 

» Comment  fut  ton  combat,  mon  lils,  avec  ce  Drona,  le 
brahme,  qui  fut  l'instituteur  des  héros  de  Vrishni  et  de 
Kourou,  le  plus  habile  de  tous  ceux,  qui  manient  les 
armes,  le  précepteur  de  tous  les  kshatryas  ? Comment  fut 
ton  combat  avec  le  fils  de  l’Atchàrya,  qui  est  le  héros 


(1)  Puifa j qui  veut  dire  pied  et  rayon  de  lumière;  mais  le  jeu  de  mot» 
□'existerait  pins  avec  cette  dernière  expression. 


328 


LE  MAHA-BHARATA. 


même  de  tous  les  guerriers  et  qui  porte  le  nom  d'Açvat- 
thàrnan?  Comment  fut  ton  combat,  mon  fils,  avec  ce 
Karna,  de  qui  la  seule  vue  dans  lés  batailles  ôte  le  cœur, 
tel  qu’à  des  marchands  le  pillage  de  leurs  richesses? 
Comment  fut  ton  combat,  mon  fils,  avec  ce  Douryodhana, 
le  fils  du  roi,  qui  fendrait  une  montagne  à l'aide  de  ses 
grandes  flèches  ? Nos  ennemis  sont  engloutis,  c'est  un 
souffle  agréable  de  vent,  qui  passe  sur  mon  visage.  (Dt 
la  ttance  2,234,  <1  la  stance  2,238.) 

» C’est  toi,  qui  as  reconquis  dans  le  combat  mes  ri- 
chesses, dévorées  par  es  Kourouides.  Tu  as  chassé  tous 
mes  troupeaux  dans  la  guerre,  roi  des  hommes,  loin  de 
tous  ces  guerriers,  doués  de  force,  tombés  dans  la  frayeur. 
Tu  les  as  séparés  de  mes  bestiaux,  comme  un  tigre  est 
séparé  de  la  chair  ! » 2,239 — 2,240. 

Ou t tara  lui  répondit  : 

« Ce  n’est  pas  moi,  qui  ai  reconquis  les  vaches  ; ce  n’est 
pas  moi,  qui  ai  vaincu  les  ennemis  ; tout  cet  exploit  fut 
l’ouvrage  d’un  certain  fils- des  Dieux.  2,241. 

» Car  je  m'enfuyais  effrayé,  quand  ce  fils  des  Dieux  m’a 
retenu.  Jeune,  revêtu  d’une  armure  de  diamant,  il  se 
tenait  sur  le  siège  du  char.  2,242. 

» C’est  par  lui  que  les  vaches  furent  reconquises  et  les 
Kourouides  vaincus  : cet  exploit  appartient  à ce  héros,  et 
ne  fut  pas,  mon  père,  accompli  par  moi.  2,243. 

» Il  a fait  détourner  la  tête  devant  ses  flèches  aux  six 
chars,  Drona,  le  Çaradvatide,  et  son  fils,  celui  du  cocher, 
et  Bhlshma,  2,244. 

» Et  Douryodhana,  et  Vikarnaavec  son  éléphant,  comme 
un  chef  de  troupeau.  Ce  héros  à la  grande  force  dit  au  fils 
du  roi,  A Souyodham , effrayé,  rompu  : 2,243. 


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V1RATA-PARVA. 


329 


« Je  ne  vois  aucune  défense  pour  toi  dans  Hàstina- 
poura  : défends,  rejeton  de  Rourou,  ta  vie  par  tous  les 
moyens.  2,246. 

» La  fuite  ne  te  sauvera  point,  sire  ; mets  ton  âme  au 
combat.  Ou  vainqueur  tu  jouiras  de  la  terre,  ou  vaincu  tu 
iras  au  ciel.  » 2,247. 

» Le  tigre  parmi  les  hommes  revint  et  lança  des  flèches, 
semblables  à des  foudres.  Roi,  environné  de  conseillers,  il 
soufflait  sur  son  char,  comme  un  serpent  ; la  vue  de  son 
ennemi  fit  naître  l’horripilation  de  son  poil  et  le  tremble- 
ment de  ses  cuisses.  Alors  cet  enfant  du  ciel  dissipa  de- 
vant ses  flèches,  auguste  prince,  cette  armée,  qui  ressem- 
blait à des  lions.  2,248 — 2,249. 

o Jeune,  portant  le  corps  d’un  lion,  il  dispersa  cette 
armée  de  chars  ; il  écarta  en  riant,  sire,  tous  ces  Kou- 
rouides,  qu’il  laissa  dépouillés  de  leurs  vêlements. 

a Les  six  chars  furent  vaincus  par  ce  héros  seul  ; telles 
des  gazelles,  hôtes  des  forêts,  s'enfuient  devant  un  tigre, 
qui  est  enivré  de  *ang.  » 2,250 — 2,261. 

■ Où  est,  dit  Virâta,  ce  héros  aux  longs  bras,  ce  fils 
des  Dieux  à la  vaste  gloire,  qui  a reconquis  route  ma  ri- 
chesse dévorée  par  les  Kourouides  ? 2,252. 

a Je  désire  le  voir;  je  veux  honorer  ce  rejeton  des 
Dieux  à la  grande  vigueur,  par  qui  vous  me  fûtes  conser- 
vés, mes  vaches  et  toi  ! » 2,253. 

« Ce  rejeton  des  Dieux  à la  grande  force,  lui  répondit 
Outtara,  s'est  replongé  dans  l’invisibilité  ; niais  demain, 
je  pense,  ou  après-demain,  il  se  manifestera.  » 2,254. 

Virâta,  le  maître  de  l’aruiée,  ne  put  donc  savoir  que  le 
Pàndouide,  duquel  on  lui  parlait  ainsi,  habitait  dans  son 
palais  sous  un  déguisement.  2,255. 


sso 


LE  MAHA-BHARATA. 


Le  fils  de  Prithà,  avec  la  permission  du  magnanime  roi, 
donna  de  sa  main-à  la  fille  de  Virâta  les  habits,  qu'il  tirait 
enlevés.  2,256. 

Outtarâ,  la  noble  dame  fut  satisfaite,  ayant  reçu  des 
robes  diverses,  neuves  et  d'un  haut  prix.  2,257. 

Le  fils  de  Kounti  délibéra  ainsi  avec  le  magnanime  Out- 
tara  : « Il  faut  que  toute  chose  soit  faite  à l’égard  d’Youd- 
dhishthira,  le  fils  de  Prithà.  » 2,258. 

Il  disposa  donc  exactement  les  choses,  roi  des  hommes, 
avec  le  fils  du  souverain  des  Matsyas,  et  les  éminents 
Bharatides  furent  satisfaits.  2,250. 


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LE  MARIAGE. 


Valçampàyana  dit  : 

Le  troisième  jour,  les  cinq  frères  Pândouides,  s’étant 
baignés,  portant  des  habits  purs,  ayant  accompli  au  temps 
propre  les  obligations  de  leur  caste  ; ces  héros  , parés  de 
tous  les  ornements,  ayant  mis  Youddhishthira  à leur  tête 
et  resplendissants  comme  des  éléphants  ivres,  qui  attenden  t 
à la  porte,  se  rendirent  à la  cour  de  Viràta,  et,  semblables 
à des  feux,  prirent  place  sur  des  sièges  de  maîtres  de  la 
terre,  tels  que  les  feux  sacrés  d’une  maison. 

2,200—2,261—2,262. 

Tandis  qu’ils  étaient  assis  dans  ce  lieu,  Virâta,  le  sou- 
verain de  la  terre,  s'en  allait  de  tous  les  côtés  dans  son 
assemblée  vaquer  aux  affaires  d’un  roi.  2,265. 

Aussitôt  qu’il  vit  les  Pândouides  environnés  de  beauté 
et  flamboyants  comme  des  feux,  le  maître  de  la  terre 
songea,  pour  ainsi  dire,  un  moment  avec  colère. 


SS! 


LE£MAHA-BHARATA. 


Le  souverain  des  Matsyas  dit  alors  à Kanka,  qui  de* 
meurait  là  avec  les  formes  d'un  Dieu,  tel  que  le  monarque 
du  Tridaça  assis  au  milieu  de  la  troupe  des  Maroutes  : 

2,264—2,265. 

« Je  t'ai  choisi,  il  est  vrai,  pour  être  de  ma  suite, 
parce  que  tu  faisais  rouler  hardiment  les  dés  ; mais  pour- 
quoi te  vois-je  assis,  bien  paré,  dans  un  siège  de  roi?  » 

Quand  il  eut  entendu  ces  paroles  de  Virâta,  sire,  Ar- 
jouna,  qui  voulait  tourner  la  chose  en  divertissement,  lui 
tint  en  riant  ce  langage  : 2,266 — 2,267. 

« Cet  homme  mérite  de  partager  le  siège  même  d’un 
Indra,  sire  ; il  est  pieux,  savant,  généreux,  adonné  aux 
sacrifices  et  ferme  dans  ses  vœux.  2,268. 

* C’est  le  devoir  incarné  ; c’est  le  plus  distingué  des 
hommes  énergiques;  il  est  supérieur  dans  le  monde 
quant  à l’intelligence  ; il  est  adonné  aux  mortifications. 

» 11  sait  l'astra  divers  dans  les  trois  mondes  des  choses 
immobiles  et  mobiles  ; aucun  homme  ne  sait  et  ue  saura 
jamais  et  qu'il  sait.  2,269 — 2,270. 

» 11  en  est  ainsi  non-seulement  parmi  les  enfants  de 
Manou,  mais  parmi  les  Rakshasas,  les  grands  Ouragas, 
les  plus  distingués  entre  les  Yakshas,  les  Gandharvas,  les 
Démons  et  les  Dieux  mêmes.  2,271. 

» Sa  vue  s'étend  au  loin,  sa  splendeur  estgrande,  il  est 
aimé  des  campagnards  et  des  citadins  ; il  est  entre  les 
Pàndouides  celui,  qui  combat  sur  un  char;  les  sacrifices 
lui  appartiennent,  il  est  dévoué  au  devoir  ; c’est  un  sage. 

» C’est  un  roi  saint  égal  à un  maharshi  ; il  est  célèbre 
dans  tous  les  mondes  ; il  est  fort,  il  est  ferme,  adroit,  vé- 
ridique ; il  a vaincu  ses  organes  des  sens. 

2,272—2,275. 


fckx 


VIRATA-PARVA. 


333 


» Il  rivalise  par  ses  richesses  et  ses  trésors  avec  Çakra 
et  Kouvéra  ; sa  splendeur  est  aussi  grande  que  celle 
de  Manou  ; c'est  le  protecteur  des  mondes.  2,274. 

» Te)  est  ce  mortel  à la  grande  lumière,  ce  bienfaiteur 
des  mondes,  ce  taureau  des  Kourouides,  Dharmaràdja- 
Youddhishthira.  2,275. 

» Sa  gloire  est  dans  ce  monde  comme  la  clarté  du  soleil 
levant  ; les  rayons  de  sa  renommée  parcourent  toutes  les 
plages  de  la  terre.  2,276. 

» L’efflorescence  de  sa  splendeur  est  comme  celle  du 
soleil  à son  lever  : dix  mille  rapides  éléphants  suivaient 
ses  pas,  sire,  dans  le  temps  qu'il  habitait  chez  les  Kou- 
rous.  Trente  mille  chars  aux  guirlandes  d’or,  attelés  de 
généreux  coursiers,  suivaient  alors  sa  marche.  Huit  cents 
poètes  aux  pendeloques  étincelantes,  mêlés  à des  bardes, 
chantaient  jadis  ses  louanges,  comme  les  rishis  célèbrent 
les  éloges  de  Çakra.  Les  Kourouides  lui  faisaient  une  cour 
assidue,  semblables  4 des  serviteurs.  , 

2,277—2,278—2,270—2,280. 

» Tous  les  rois  étaient  avec  lui,  sire,  comme  les  Immor- 
tels avec  le  souverain  mattre  des  richesses.  Ce  monarque 
puissant  imposait  le  tribut  à tous  les  rois,  soumis  ou 
libres,  comme  s’ils  étaient  des  valçyas.  Quatre-vingt-huit 
mille  magnanimes  maîtres  de  maison  vivaientaux  frais,  sire, 
de  ce  monarque  aux  vœux  exactement  observés.  Il  gardait 
comme  un  fils  les  vieillards,  les  hommes  sans  protecteurs, 
les  aveugles  et  les  boiteux  ;les  peuples  sous  lui  craignaient 
de  manquer  au  devoir.  Il  a vaincu  ses  organes  des  sens 
pour  la  justice,  la  colère  et  la  répression  des  sens. 

2,281-2,282—2,283—2,284. 

» Ce  Prilhide  est  d’une  grande  bonté  ; il  estpieux.il  est 


334 


LE  MAHA-BHAH  ATA. 


véridique  : son  bonheur  et  sa  majesté  font  le  tourment  de 
Souyodhana,  2,285. 

» Qui  le  craint,  malgré  son  armée,  malgré  le  fils  de  Sou- 
bala,  malgré  Karna  lui-même.  On  ne  peut,  roi  des  rois, 
énumérer  ses  qualités.  2,286. 

» Le  fils  de  Pàndou  est  livré  au  devoir  ; l’humanité  est 
continuellement  dans  son  cœur.  Après  cette  peinture  du 
Pândouide,  le  grand  roi,  le  seigneur  des  seigneurs,  com- 
ment, monarque  de  la  terre,  ne  serait-il  pas  digne  d'un 
siège  royal  î » 2,287 — 2,288. 

« Si  ce  roi  est  Youddhishthira,  un  rejeton  de  Kourou, 
un  fils  de  Prithà,  reprit  le  Matsya,  qui  est  son  frère  Arjou- 
na?  Qui  est  ici  le  vigoureux  Bhlma  ? 2,280. 

d Qui  est  Nakoula,  et  Sahadéva,  ou  l’illustre  Draâupadi  ? 
Puisque  nulle  part,  après  leur  défaite  au  jeu,  on  ne  connut 
les  fils  de  Prithâ.  » 2,290. 

a Celui,  que  tu  appelles  Ballava,  ton  cuisinier,  mo- 
narque des  hommes,  répondit  Arjouna,  c'est  Bhlma,  grand 
roi,  Bhlma  au  courage  d’une  fougue  épouvantable,  2,291. 

a C’est  lui,  qui,  ayant  frappé,  sous  le  pouvoir  de  la 
colère,  un  coup  sur  le  mont  Gandhâna,  en  rapporta  des 
lotus  célestes  pour  Krishnâ.  2,292. 

» C’est  lui,  qui,  sous  le  masque  d’un  Gandharva,  a 
immolé  ces  pervers  Kitcbakas  ; c’est  lui,  qui  a tué  dans 
ton  gynœcée  des  sangliers,  des  ours  et  des  tigres.  2,293. 

> Yoici  le  fléau  des  ennemis,  Nakoula,  qui  fut  ton  pale- 
frenier ; cet  autre  est  Sahadéva,  qui  fut  ton  pâtre  : ces 
deux  héros  sont  les  fils  de  Mâdri.  2,294. 

» Parés  des  vêtements  de  l’Amour,  tous  deux  beaux, 
renommés,  ces  éminents  Bharalides  valent  un  millier  de 
héros.  2,295. 


VIRATA-PARVA. 


336 


» Cette  artisane  au  charmant  sourire,  à la  taille  gra- 
cieuse, qui  a les  yeux  semblables  aux  pétales  du  lotus, 
c’est  Draâupadi,  sire,  à cause  de  laquelle  furent  tués  les 
Kltchakas.  2,296. 

» C'est  moi,  qui  suis  Arjouna,  puissant  roi,  et  mon  nom 
sans  doute  a déjà  frappé  ton  oreille  ; je  suis  fils  de  Pritkâ, 
le  frère  mineur  de  Bklma  et  l’atné  de  ces  deux  jumeaux. 

» Nous  avons  habité,  grand  roi,  paisiblement  dans  ton 
palais  ; nous  y avons  vécu  dans  une  habitation  inconnue, 
comme  des  créatures,  qui  sont  encore  au  sein  de  leur 
mère.  » 2,297 — 2,298. 

Le  Viràtide  s’était  mis  à raconter  la  valeur  d’ Arjouna, 
tandis  que  celui-ci  parlait  encore  des  cinq  héroïques  Pân- 
douides;  2,299. 

Et  Outtara  de  montrer  les  fils  de  Prithâ  sous  un  autre 
point  de  vue  : 2,300. 

« Ce  roi  des  Kourouides,  qui  a les  yeux  grands  et  dorés, 
la  prunelle  longue  et  large,  la  voix  irritée,  semblable  à 
celle  d'un  vieux  lion,  le  corps  élevé,  jaune,  pur  comme 
l’or,  2,301. 

» Cet  homme,  qui  a la  démarche  d'un  roi  des  éléphants 
enivré,  qui  est  jaune,  immaculé,  tel  que  l'or  passé  au  feu, 
qui  a des  épaules  grandes  et  larges,  des  bras  longs  et 
pesants  : c’est  Vrikaudara.  Regardez-le  encore  une  fois  ! 
Regardez  1 2,302. 

» Mais  cet  archer  au  grand  arc,  qui  est  à scs  côtés, 
jeune,  azuré,  semblable  au  chefd’ un  troupeau  d’éléphants, 
qui  a les  épaules  élevées  d’un  lion,  qui  marche  comme  un 
roi  des  proboscidiens,  et  qui  a les  yeux  grands  comme  des 
lotus  ; c’est  le  héros  Arjouna  ! 2,303. 

» Et,  dans  le  monde  entier  des  hommes,  il  n’existe  per- 


386 


l.h  MAHA-BHARATA. 


sonne,  qui  soit  égal  en  beauté,  en  force,  en  vertus,  à ces 
deux  jumeaux,  qui,  les  plus  grands  des  mortels,  pareils 
à Mahéndra  et  Vishnou,  se  tiennent  auprès  du  roi.  2,30â. 

» Celle,  qui  est  placée  à côté  d'eux,  comme  la  Déesse  de 
ces  Dieux,  avec  ses  membres  sublimes  d'or  et  telle  que  la 
lumière  revêtue  d’un  corps;  celte  dame  jaune,  semblable 
aux  nélumbos  d'azur,  c’est  Krishnà,  qui  semble  une 
Lakshmt  incarnée  ! » 2,305. 

Quand  il  eut  annoncé  ainsi  au  maître  de  la  terre  les  cinq 
fils  de  Pândou  et  de  Prithà,  le  Virâtide  lui  fit  connaître  en 
partit  ulier  la  bravoure  d’ Arjouna  : 2,306. 

a Celui-ci,  destructeur  des  ennemis,  comme  un  lion 
détruit  les  gazelles,  marchait  au  milieu  des  foule3  de 
chars,  abattant  ceux-ci  et  ceux-là  parmi  les  plus  excellents 
des  chariots  de  guerre.  2,307. 

» Blessé  par  lui,  un  grand  éléphant  au  licou  d’or  s’est 
affaissé,  frappé  d’une  flèche,  de  ses  deux  défenses  sur  la 
terre.  2,308. 

» Par  lui,  nos  vaches  ont  été  reconquises  et  les  Kou- 
rouides  vaincus  dans  la  guerre  ; par  le  bruit  de  sa  conque, 
il  a assourdi  mes  oreilles.  » 2,309. 

Dès  qu'il  eut  entendu  ces  paroles  de  son  fils,  l’auguste 
roi  des  Matsyas,  incliné  vers  Youddhishthira,  fit  cette 
réponse  à Outtara  ; 2,310. 

« Voici  le  moment  venu,  je  pense,  de  me  concilier  le  fils 
de  Pândou  ; je  donnerai  Outtarà  en  mariage  au  fils  de 
Prithâ,  si  tel  est  ton  avis.  » 2,311. 

« Ce  sont  de  nobles  personnes,  dignes  de  respect,  as- 
sorties à nos  hommages,  reprit  Outtara,  et  je  pense  que  le 
moment  de  les  rendre  est  arrivé  : qu’on  paye  donc  à ces 
vertueux  Pàndouides  les  hommages,  qui  leur  sont  dus.  » 


VIRAT  A-P  AIWA. 


337 


« J'étais  tombé,  certes  ! au  pouvoir  des  ennemis  dans 
la  bataille,  ajouta  Viràta  ; et  c'est  Bhluiaséna,  qui  m'a  dé* 
livré  et  qui  a recouvré  nos  vaches.  2,312 — 2,313. 

» C'est  à la  force  du  bras  de  ces  héros,  que  nous  avons 
dû  la  victoire  dans  le  combat.  Ainsi  tous  deux,  avec  les 
ministres,  supplions,  s'il  te  plaît,  Youddbishthira,  le  fils  de 
Kountl,  et  son  frère  puîné,  le  plus  grand  des  fils  de  Pàndou. 
Que  ce  Pândouide,  la  vertu  même,  veuille  bien  excuser 
toute  chose  quelconque,  souverain  des  hommes,  que  nous 
avons  pu  dire  en  notre  ignorance.  » 2,311-2,315-2,310. 

Ensuite,  le  magnanime  Vir&la  joyeux  commença  par 
s'approcher  du  roi,  lui  prêta  sermentet  lui  abandonna  son 
royaume  entier,  son  armée,  ses  trésors  et  sa  ville.  2,317. 

L'auguste  roi  des  Matsyas  dit  à tous  les  Pândouides, 
Dhanandjaya  h leur  tête  : « Quel  bonheur  ! oh  I quel 
bonheur  ! * 2,318. 

11  baisa  sur  le  front,  étreignit  mainte  et  mainte  fois  dans 
ses  bras,  et  Youddhishthira,  et  Bhlma,  et  les  deux  Pân- 
douides, fils  de  Màdrt.  2,319. 

Viràta,  le  maître  de  l'armée,  ne  pouvait  se  rassasier  de 
leur  vue,  et  joyeux  il  tint  ce  langage  au  roi  Youddhish- 
thira : 2,320. 

u Oh  bonheur  1 Vos  majestés  sont  toutes  arrivées  de  la 
forêt  en  bonne  santé  ! Oh  bonheur  ! Vous  avez  été  sauvés 
de  la  douleur,  que  vous  n'avez  pu  connaître  des  méchants  1 

» Ce  royaume  et  autre  chose  quelconque  offerte  au  fils 
de  Prithà,  que  les  Pândouides  reçoivent  tout  cela,  sans 
balancer.  2,321 — 2,322. 

» Que  Dhanandjaya  l’Ambidextre  reçoive  la  main 
d’Outtarâ:  cet  homme,  le  plus  vertueux  des  mortels,  est 
pour  elle  un  époux  assorti.  » 2,323. 
v 


22 


338 


LE  MAHA-BHAKATA. 


Dharmar&dja  à ces  mots  de  regarder  le  fils  de  Prithâ, 
Dhanandjaya  ; et  son  frère  Arjouna  regardé  tint  alors  ce 
langage  au  Matsya  : 2,324. 

« J’accepte,  sire,  la  fille  pour  ma  bru  ; en  effet,  cette 
alliance  de  Matsya  et  de  Bharata  est  assortie,  » 2,326. 

« Pourquoi,  0 le  plus  vertueux  des  Pândouides,  ré- 
pondit Virâta,  ne  veux-tu  pas  accepter  ici  pour  ton  épouse 
ma  fille,  qui  t’est  donnée  de  ma  main  ? » 2,320. 

« J'ai  toujours  vécu  dans  le  gynœcée,  ayant  ta  fille  sous 
mes  yeux,  repartit  Arjouna.  En  public  et  en  secret,  elle 
avait  confiance  en  moi,  comme  en  son  père.  2,827. 

» J’étais  un  danseur,  versé  dans  le  chant,  très-estimé 
d’elle,  et  ta  fille  m’a  regardé  toujours  comme  son  précep- 
teur. 2,328. 

» J’ai  habité  une  année  entière  avec  elle  dans  la  fleur 
de  la  jeunesse  ; aussi,  serait-elle,  auguste  sire,  dans  une 
trop  grande  peur  du  monde  et  de  toi.  2,329. 

» Je  refuse  donc  pour  moi  ta  fille,  monarque  des 
hommes.  Je  suis  pur,  j’ai  vaincu  mes  organes  des  sens,  je 
suis  dompté  (1).  J'ai  respecté  l’innocence  de  ta  fille  dans 
ma  bru,  en  mon  fils  et  dans  moi-méme.  Je  ne  vois  pa3  là 
de  crainte;  avec  lui,  il  y aura  de  la  pureté. 

2,380—2,381. 

» Sous  la  crainte  de  vaines  paroles,  fléau  des  ennemis, 
effrayé  d’une  imprécation,  j’accepte  ta  fille  Outtarâ,  sire, 
pour  ma  bru.  2,342. 

» Un  enfant,  versé  déjà  dans  les  astras,  cher  au  Dieu, 
de  qui  la  main  est  armée  du  tchakra,  un  neveu  du  Va- 
Boudévide  même  et  qui  semble  un  fils  visible  des  Dieux, 


(1  ) L’édition  compte  ici  2,340  et  saute  par-dessus  dix  çlokas. 


V1RATA-PARVA. 


330 


Abhimanyou  aux  longs  bras,  mon  fils,  sera  ton  gendre 
assorti,  monarque  des  hommes,  et  l’époux  de  ta  fille.  » 

2,343 — 2,344. 

« Cette  alliance  est  convenable  en  Dhanandjaya,  le  fils 
deKounti,  le  plus  grand  des  Kourouides,  reprit  Virâta; 
ce  Pàndouide,  qui  possède  la  science  et  qui  est  toujours, 
comme  à présent,  dans  la  vertu.  2,345. 

» Que  l’on  célèbre  à l'instant,  fils  de  Prithâ,  la  céré- 
monie, que  tu  penses  devoir  être  fai.e:  tous  mes  désirs 
sont  comblés,  puisque  j’ai  Arjouna  pour  allié.  » 2.346. 

L’indra  des  rois  parlait  encore,  quand  Youddhishihira, 
le  fils  de  Kountl,  ordonna  de  nouer  au  temps  propre  cette 
union  entre  le  Matsya  et  le  fils  de  Prithâ.  2,347. 

Aussitôt,  Bharatide,  celui-ci  et  le  maître  de  la  terre, 
Virâta,  dépêchent  des  messagers  à tous  leurs  amis  et  au 
Vasoudévide.  2,348. 

La  treizième  année  s’était  écoul'e,  et  les  cinq  Pân- 
douides  étaient  réunis  entièrement  dans  Oupaplavya , la 
capitale  de  Virâta.  2,349. 

Btbhatsou  manda  auprès  de  lui  Abhimanyou  : il  fit  aussi 
venir  Djanârdana,  les  Daçârhains  avec  les  Anartas.  2,350. 

Le  roi  de  Raçt  et  Çalvya,  l’un  et  l’autre  amis  d’Youd- 
dhishthira , ces  deux  monarques  vinrent  accompagnés 
chacun  d’une  année  complète.  2,851. 

Le  puissant  Yajnaséna  y vint,  escorté  d’une  nom- 
breuse armée,  et  Vtrâ,  la  fille  de  Draâupadl,  et  l’invin- 
cible Çikhandl.  2,352. 

L’inaffrontable  Dhrishtadyoumna,  le  plus  vaillant  de 
tous  ceux,  qui  portent  les  armes,  le  corps  entier  des  géné- 
raux d’armées,  les  sacrificateurs  aux  nombreux  honoraires. 

Tous  ceux,  qui  étaient  doués  de  la  lecture  ainsi  que  des 


LE  MAHA-BHAUATa. 


840 

Védas,  et  tous  les  héros  prêts  à sacrifier  leur  vie.  Aussitôt 
que  le  Matsya,  le  plus  excellent  des  hommes  pour  cul- 
tiver la  vertu,  les  vit  tous  rassemblés,  2,358 — 2,354. 

Il  honora  suivant  l’étiquette  eux,  leurs  serviteurs,  leur 
cavalerie  et  leur  armée.  11  était  joyeux  d’avoir  pu  donner 
la  main  de  sa  fille  à Abhimanyou.  2,366. 

Les  Prithides  étaient  sortis  à leur  rencontre  çà  et  là. 
Ici  vint  le  Vasoudévide  à la  guirlande  bocagère,  Halâ- 
youdha,  2,356. 

Kritavarman,  Hàrdikya,  Youyoudhâna,  Sàtyaki , le 
doux  Anàdhrishthi,  Çàmba  et  Nishada  lui-même. 

lndraséna  et  les  autres  fléaux  des  ennemis,  qui  avaient 
habité  là  environ  une  année,  ayant  pris  Abhimanyou  avec 
sa  mère,  vinrent  là  de  compagnie  sur  des  chars  bien  pu- 
rifiés. Dix  mille  éléphants,  dix  myriades  de  chevaux,  un 
arbouda  complet  de  chars,  un  milliard  de  fantassins,  une 
foule  de  Vrishnides,  d’Andhakas  et  de  Bhodjas  à la  force 
éminente,  des  femmes,  des  pierreries,  des  costumes,  indi- 
viduellement et  par  troupes,  suivirent  le  tigre  deVrishni, 
le  Vasoudévide  à la  grande  splendeur. 

2,357—2,368—2,359—2,360—2,301. 

Ensuite,  fut  célébré  suivant  les  rites  le  mariage  des  fa- 
milles de  Matsya  et  d’Arjouna  ; puis,  les  conques , les 
tambours,  les  gomoukhas  et  les  âtambaras  résonnèrent 
dans  le  palais  de  Viràta,  publiant  son  union  avec  les  fils 
de  Prithà.  On  immola  des  gazelles  variées  et  des  cen- 
taines de  bestiaux,  propres  au  sacrifice. 

2,302—2,363. 

On  offrit  avec  aboudance  des  breuvages  de  sourâ  (1)  et 


(i)  Liqueur  apiritueu&e  en  général. 


V1RATA-PARVA. 


341 


de  matréya  (2).  Les  hommes,  versés  dans  les  légendes  et 
dans  les  chants,  les  histrions,  les  vattâlikas,  les  bardes  et 
les  ménestrels  entonnaient  leurs  louanges.  Les  nobles 
dames  des  Matsyas,  belles  efi  tous  les  membres,  ornées 
de  pendeloques  en  pierreries  bien  éclatantes,  et  des 
femmes  charmantes , élégamment  parées , teintes  de 
mainte  couleur,  s'avancèrent,  Soudeshnâ  mise  à leur 
tête.  2,364— 2,365—2,308. 

Krishna  les  surpassait  toutes  en  beauté,  en  grâce,  en 
renommée.  Mais  elles,  ayant  environné  Outtarà,  la  fille  du 
roi,  dans  ses  plus  beaux  atours,  s’approchent  et  la  mettent 
devant  elles,  comme  la  fille  du  grand  Indra  lui-même. 
Dhanandjaya,  le  fils  de  Kountl,  reçut  alors  pour  son  fils, 
Abhimanyou,  la  fille  de  Viràta  aux  membres  séduisants. 
Le  puissant  roi  se  tenait  dans  cette  cérémonie  portant  la 
beauté  du  roi  des  Dieux.  2,367 — 2,368 — 2,369. 

Youddhishthira,  le  fils  de  Kountl,  reçut  la  vierge  pour 
sa  bru;  et,  quand  cela  fut  accompli,  celui,  de  qui  Prithâ 
fut  la  mère,  mit  la  fête  sous  la  préséance  de  Djanârdana 
et  fit  célébrer  ce  mariage  du  magnanime  fils  de  Sou- 
badrâ,  auquel  il  donna  sept  mille  chevaux  rapides  comme 
le  vent,  deux  cents  principaux  éléphants  et  une  richesse 
considérable.  Après  qu’il  eut  sacrifié  suivant  les  rites 
dans  le  feu  allumé  et  qu'il  eut  honoré  les  deux  fois  nés, 
il  concéda  au  jeune  prince  le  royaume,  et  l’armée,  et  le 
trésor,  et  lui-même  tout  entier.  Aussitôt  que  le  mariage 
fut  célébré,  l’immortel  fils  d'Yama,  Youddhishthira  dis- 
tribua aux  brahmes  ce  qui  compose  la  richesse , mille 
vaches,  des  pierreries,  et  divers  costumes,  les  plus  belles 


(ij  Breuvage  fait  avec  le*  fleurs  du  lytrvm  frvcticosum,  du  sucre,  etc. 


LE  MAHA-BHARATA. 


342 

parures,  des  chars,  des  lits,  des  mets  exquis  et  diffé- 
rents breuvages,  (De  la  stance  2,370  à la  stance  2,376.) 

La  ville  du  roi  des  Matsyas  resplendit,  éminent  Bhara- 
tide,  comme  dans  un  jour 'de  grande  fête,  pleine  d'un 
peuple  joyeux  et  rassasié.  2,376. 


FIN  DU  CHANT  DE  VIRATA. 


Di  , - — 


YOUDYOGA-PARVA 


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YOUDYOGA-PARVA. 


LE  RECIT  DE  ÇALYA. 


Adoration  au  bienheureux  Ganéça  ! 

Honorez  d'abord  Nâràyana,  et  Nara,  le  plus  éminent 
des  hommes,  et  la  Déesse  Sarasvatl  ; ensuite,  récitez  ce 
poime,  qui  donne  la  victoire  ! 

Vaiçampâyana  dit  : 

Alors  qu'ils  eurent  célébré  ce  mariage  d’ Abhiinanyou, 
les  héros,  issus  de  Kourou,  pleins  de  joie,  s'étant  reposés 
la  nuit  et  s’étant  rendus  purs,  se  rendirent  joyeux  au 
point  du  jour  à la  cour  de  Virâta.  1 . 

L'assemblée  du  monarque  des  Matsyas,  où  se  rendirent 
les  vieux  ministres  du  roi  des  hommes,  était  opulente, 
admirable  par  les  plus  belles  pierreries  et  les  perles 
d’élite,  garnie  de  sièges,  pleine  de  bouquets,  odorante  de 
parfums.  2. 


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LE  MAHA-BH AllATA. 


SâO 

Ensuite,  entrèrent  sur  leurs  trônes  en  avant  des  autres 
les  deux  Indras  des  hommes,  Virâta  et  Droupada,  les 
vieillards,  dignes  d’honneur  entre  les  rois  de  la  terre,  et 
Balarâma,  et  Djanârdana,  avec  leur  père.  3. 

Çini  le  héros  avec  le  lils  de  Rohint  s’assit  près  du 
souverain  de  Pântchâla  ; Djanârdana  et  Youddhishthira 
bien  près  du  roi  de  Matsya.  A. 

11  en  fut  ainsi  de  tous  les  (ils  du  monarque  Droupada, 
de  Bhima,  d’Arjouna,  de  l'un  et  l’autre  fils  de  Mâdravatl, 
de  Pradyoumna  et  de  Çâmba,  ces  deux  héros  dans 
la  guerre,  d’Àbhimanyou  avec  les  fils  de  Virâta.  5. 

Tous  ces  héros  étaient  égaux  à leur  père  eu  beauté,  en 
force  et  en  courage.  Les  jeunes  seigneurs,  fils  de  Draàu- 
padt  prirent  place  sur  les  plus  nobles  sièges,  admirables 
d’or.  6. 

Quand  ces  princes  furent  entrés  là,  resplendissants  de 
robes  et  de  parures,  cette  salie,  pleine  de  rois,  éclata  de 
son  opulence,  comme  un  ciel  émaillé  d’étoiles  pures.  7. 

Après  diverses  conversations,  qui  avaient  l’assemblée 
pour  sujet,  tenues  par  ces  héros  des  hommes,  les  rois  se 
tinrent  un  moment  livrés  à leurs  pensées  et  les  yeux  levés 
sur  Krishna.  8. 

Arrivé  à la  fin  d'un  entretien,  le  meurtrier  de  Madou 
essaya  de  les  émouvoir  par  le  récit  des  aventures  des 
Pàndouides  ; et  ces  lions  des  rois  entendirent  tous  en- 
- semble  ce  discours  d’un  grand  sens  et  d’une  longue 
portée  : 9. 

« 11  est  su  de  toutes  vos  excellences  qu’  Youddhishthira, 
ici  présent,  dit-il,  fut  vaincu  au  jeu  des  dés  par  le  fils  de 
Soubala,  que  son  royaume  lui  fut  enlevé  par  tricherie  et 
que  la  convention  de  s'exiler  dans  les  forêts  fut  acceptée, 


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YOUDYOGV-PAHVA. 


347 


conformément  à la  vérité,  parles  fils  de  Pàndou,  qui  se 
tiennent  dans  la  vérité,  qui  montent  sur  le  char  de  la  vé- 
rité et  de  qui  la  fougue  est  capable  de  vaincre  la  terre. 
Ces  hommes  supérieurs  ont  accompli  ce  vceu  de  douze 
années.  10 — 11. 

» Ils  ont  trainé  péniblement  près  de  vos  excellences  la 
treizième  année,  supportant  différents  maux  intolérables. 
Vous  savez  tous  de  quelle  manière  les  choses  se  sont 
passées.  12. 

» Ces  grands  héros,  sire,  soumis  à l’ordre  donné  par 
les  serviteurs  des  autres,  ont  traversé  avec  leur  force 
seule  ces  temps  difficiles.  Les  choses  étant  ainsi,  pensez 
au  parti  juste,  convenable,  gtorieux,  qui  sera  dans  l’in- 
térêt du  roi  Youddhishthira  et  de  Douryodhana  lui-même. 
Dharmaràdja  ne  porterait  pas  envie  au  royaume  même 
des  Dieux,  s’il  était  joint  à l’injustice.  13 — 14. 

» Dans  un  village  quelconque,  il  affecterait  le  pouvoir, 
pourvu  qu’il  fût  joint  aux  choses  de  la  vertu.  On  sait 
que  les  fils  de  bhristarâshtra  ont  enlevé  à ces  princes  le 
royaume,  héritage  de  leurs  pères;  13. 

» Et  que  cette  perfide  action  fit  tomber  sur  eux  un 
malheur  aux  formes  intolérables.  Ce  n’est  pas  grâce  à 
leur  seule  vigueur  que  ces  fils  de  Dhritaràshtra  ont  vaincu 
en  bataille  le  fils  de  Pritbâ.  16. 

» Néanmoins,  le  monarque  Youddhishthira  désire  avec 
ses  amis  leur  état  prospère.  Mais  ce  que  les  fils  de 
Pàndou  eux-mêmes  ont  recueilli  des  maîtres  de  la  terre, 
qu’ils  ont  vaincus  et  terrassés,  17. 

» C’est  tout  ce  que  souhaitent  ces  héros  des  hommes, 
les  trois  fils  de  Kouuti  et  les  deux  fils  de  Mâdravati.  Dès 
l’enfance,  des  foules  d’ennemis  vicieux,  terribles,  envieux 


LE  MAHA-BH  AKATA. 


548 

de  leur  enlever  la  couronne,  employèrent  différents 
moyens  pour  leur  Oter  la  vie  : toutes  ces  choses  sont  par- 
faitement connues.  Considérant  la  grande  cupidité  de  ces 
hommes  et  la  vertu  même  d’Youddhishthira , tenant 
compte  de  leur  parenté,  arrêtez  votre  opinion,  tous  en- 
semble et  chacun  à part.  Ces  Vândouides  se  sont  tou- 
jours complus  dans  la  vérité,  ils  ont  observé  exactement 
la  condition  du  jeu.  18 — 19—20. 

» Autrement,  secondés  par  leurs  amis,  ils  eussent  tué  ces 
fils  rassemblés  de  Dhritaràshtra.  Dès  qu’ils  auraient  connu 
par  eux  la  méchanceté  de  ces  princes,  des  gens,  leurs  affec- 
tionnés, eussent  environné  les  Prithides  en  cette  affaire. 

» Les  fils  de  Pândou  eussent  harcelé  les  Dhritarâshtridn 
par  des  batailles,  et,  frappés  de  coups  par  eux,  ils  les  au- 
raient tués  dans  les  combats,  c Ceux-ci  par  leur  infériorité 
ne  sont  pas  capables  de  victoire  sur  ceux-là,  » direz-vous  ; 
et  tel  sera  votre  sentiment.  21 — 22. 

» S’étant  rassemblés  tous,  leurs  efforts,  réunis  à ceux 
de  leurs  amis,  conspireront  à la  perte  de  ces  rivaux.  L’o- 
pinion de  Douryodhana  n’est  pas  encore  exactement  con- 
nue : que  fera-t-il  ? 25. 

» Le  sentiment  de  la  partie  adverse  étant  inconnu,  quel 
sera  le  vôtr  ■ dans  cette  obscurité  ? Ainsi,  qu’un  homme 
sans  négligence,  bien  né,  adonné  à la  vertu,  messager 
capable,  s’en  aille  d’ici,  pour  appaiser  les  fils  de  Dhrita- 
râshtra  et  leur  offrir  la  moitié  du  royaume  d’Youddhish- 
thira.  » Dès  qu’il  eut  entendu  ce  discours  de  Djanârdana, 
égal,  doux,  joint  à l’intérêt  et  au  devoir , son  frère  aîné 
applaudit  infiniment  à ce  langage,  et  parla,  sire,  en  ces 
termes  : 24 — 25 — 20. 

« Vos  seigneuries  ont  entendu  le  discours,  utile  pour 


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YOUDYOGV-l’AKVA. 


*49 


Adjâtaçatrou,  utile  également  pour  le  roi  Douryodhana, 
en  même  temps  qu’assorti  à l’intérêt  et  au  devoir,  que 
vient  de  prononcer  l'être,  qui  par  sa  naissance  est  anté- 
rieur à son  frère  Gada,  27. 

» Les  héroïques  fils  de  Kountt,  ayant  cédé  une  moitié 
du  royaume,  s'efforceraient  de  supporter  cette  perte  ; et 
Douryodhana  ayant  rendu  une  moitié  de  son  empire,  heu- 
reux avec  nous,  goûterait  une  joie  suprême.  28. 

» Ces  héros  des  hommes  obtiendront  un  royaume,  tan- 
dis que  leurs  ennemis  vivront  en  paix  avec  eux.  Tran- 
quilles, assurément,  ils  entreront  dans  le  bonheur,  et  leur 
tranquillité  sera  le  bien  des  créatures.  29. 

» L’intérêt  de  Douryodhana  est  de  connaître  les  pro- 
positions, celui  d'Youddhishthira  d'en  prononcer  les  pa- 
roles. Il  me  serait  agréable  qu’un  homme  allât  porter  la 
pacification  entre  les  enfants  de  Kourou  et  ceux  de  Pândou. 

» Qu’il  s’adresse  à Bhîshma,  au  Vitchitraviride  à la 
haute  dignité,  le  plus  grand  des  rejetons  de  Kourou,  à 
Drona  et  son  fils,  àVidoura,  à Kripa,  au  roi  de  Gândhâra, 
au  fils  adoptif  du  cocher,  30 — 31. 

» Et  à tous  les  autres  fils  de  Dhritarâshtra,  les  pre- 
miers de  l’armée,  les  premiers  de  la  ville.  Ces  héros  du 
monde  se  tiennent  dans  les  devoirs,  comme  dans  leur  do- 
maine ; ils  ont  entendu  le  temps  fixé.  32. 

» Tous  ces  habitants  de  la  tille  étant  rassemblés  et  les 
vieillards  réunis,  qu’il  fasse  entendre  une  parole  accom- 
pagnée de  révérences,  en  sorte  qu’elle  soit  une  cause  de 
richesse  pour  le  fils  de  Kountl.  33. 

» Dans  de  telles  conditions,  il  faut  éviter  d’allumer  la 
colère  de  ces  hommes;  car  l'intérêt  succombe  devant  ceux, 
qui  ont  recours  à la  force.  La  fortune  environnait  Youd- 


S 60 


LE  MAHA-BHARATA. 


dhisbthira,  mais  sa  négligence  lui  fit  perdre  au  jeu  son 
royaume.  34. 

» Adjamitha  provoqua  àjouer  le  fils  du  roi  de  GândhAra, 
habile  dans  l’art  des  dés  ; science,  qu’ignorait  le  plus 
excellent  des  enfants  de  Kourou.  Tous  ses  amis  essayèrent 
vainement  de  l'arrêter.  3&. 

» Laissant  de  côté  les  autres  joueurs  par  milliers,  qu'il 
aurait  pu  vaincre,  Youddhishthira  ne  provoqua  que  le 
iils  de  Soubala  seulement,  et  fut  vaincu  par  lui  au  jeu  des 
dés.  36. 

» 11  continua  àjouer  contre  lui,  mais  toujours  la  for- 
tune des  dés  détourna  de  lui  son  visage.  Sa  violente  dé- 
faite excita  sa  colère  ; mais  il  n'y  a là  aucune  faute  de 
Çakouni.  37. 

» Que,  l’ayant  salué,  ce  messager  tienne  donc  au 
Vitchitraviride  un  laugage,  accompagné  d’une  grande 
douceur  ; car  cet  homme  peut  ainsi  arrêter  dans  son  in- 
térêt le  fils  de  Dhritarâahtra.  3b. 

» Y ouddhisikira  n’a  jamais  désiré  la  guerre  avec  les 
Kourouides  ; attirez  à vous  Douryodhaua  par  la  flatterie. 
Elle  peut  triompher  de  l'intérêt  ; la  douceur  produira  l’u- 
tile; mais  l’utile  ne  viendra  point  ici  de  la  guerre.  » 39. 

De  cette  manière  parla  ce  héros  de  Madhou,  et  le  vail- 
lant Çini  se  leva  soudain  ; il  blâma  ce  discours  et  ajouta 
ces  paroles  avec  colère  : 40. 

« Les  paroles  de  l'homme  sont  l’image  de  son  âme; 
telle  qu'est  ton  âme,  ainsi  tu  parles  ! 41. 

» 11  y a des  héros,  comme  il  y a des  hommes  sans 
cœur  ; on  voit  invariablement  ces  deux  faces  dans  la 
figure  de  l'humanité.  42. 

» Dans  une  même  famille  naissent  des  mortels  à la 


— ‘Oigifeut-bsr0aogle 


YOUDYOGA-PAKVA. 


351 


grande  vigueur  et  des  individus  impuissants;  de  même 
que,  sur  le  même  arbre,  il  y a des  branches  fructueuses 
et  des  rameaux  sans  fruit.  43. 

» Je  ne  maudis  pas  le  discours,  que  tu  prononces,  ô 
toi,  qui  portes  une  queue  de  cheval  pour  ton  enseigne; 
mais  j'exècre,  destructeur  de  Madhou,  ceux,  qui  prêtent 
l’oreille  à ton  discours.  44. 

» En  effet,  comment,  s’il  parle  d’une  faute,  quelque 
légère  soit-elle,  d’Youddhishthira,  un  homme  obtient-il 
de  parler  sans  crainte  au  milieu  de  l’assemblée  ? 46. 

# D'où  viendrait  une  juste  victoire,  suivant  la  vérité,  à 
ceux,  qui , habiles  dans  les  dés,  triomphent  d'un  ma- 
gnanime, qui  en  ignore  la  science  et  qu'ils  ont  provoqué  au 
jeu.  40. 

» S’ils  fussent  allés  trouver  le  fils  de  Kountt  dans  une 
maison,  où  il  jouait  avec  ses  frères,  et  s’ils  l’eussent  vaincu, 
ils  n’eussent  fait  qu’une  action  conforme  à la  justice.  47. 

» Mais,  quand  ils  ont  provoqué  eux-mêmes  le  Koun- 
üde,  qui  se  complaît  toujours  dans  les  devoirs  du 
kshatrya,  et  l’ont  vaincu  par  tricherie,  cette  autre  chose 
leur  liait-elle  honneur  ? 48. 

» Comment,  après  qu’il  a engagé  le  plus  grand  des  en- 
jeux, s’inclinerait-il  affectueusement?  Acquitté  de  l'habi- 
tation dans  les  forêts,  il  est  revenu  au  trône  de  ses  pères. 

■>  Si  cet  Y’ouddhishthira  désire  les  richesses  d’autrui,  il 
ne  sied  pas  qu’il  sollicite  ainsi  un  étranger  outre  mesure. 

4»— 50. 

» Comment  ? Des  hommes  unis  à la  vertu  ne  désirent 
pas  s’emparer  d’un  royaume  ! Ceux  qui  disent  ; « Les  fds 
de  Kourou  ont  terminé  leur  habitation  ; » ce  mot  les  fait 
seul  connaître.  61. 


362 


LE  MAH4-BHARATA. 


» Persuadés  par  Bhlshma  et  le  magnanime  Drona,  ils 
ne  pensent  point  à rendre  aux  Pàndouides  l’héritage  pa- 
ternel ! 62. 

» Mais,  les  ayant  amenés  de  force  au  combat,  moi,  je 
les  abattrai  par  mes  flèches  aiguës  aux  pieds  du  magna- 
nime (ils  de  Kountl.  63. 

» S’ils  ne  se  décident  pas  à rendre  hommage,  confor- 
mément à la  justice,  ils  descendront  avec  leurs  ministres 
aux  demeures  d'Yama.  54. 

» Ils  sont  aussi  incapables  de  soutenir  la  fougue  d’You- 
youdhâna,  marchant  irrité  au  combat,  que  des  montagnes 
celle  de  la  foudre.  56. 

» Qui  pourrait  supporter  l’archer  du  G&ndiva?  Qui 
soutiendrait  Tchakrâyoudha  sur  un  champ  de  bataille  ? 
Qui  pourrait  me  supporter  moi-même  ? Qui  pourrait  sup- 
porter l’inaiïrontable  Bhhna?  56. 

» Et  les  deux  jumeaux,  solides  archers,  à la  splendeur 
semblable  à celle  du  Temps  ou  de  la  Mort?  Qui,  désirant 
la  vie,  tiendrait  pied  devant  Dhrisht&dyoumna  le  Pâr- 
shala  ? 67. 

n Qui  pourrait  supporter  ces  cinq  Pàndouides,  accrois- 
sement de  renommée  pour  Draâupadl  ? Et  ces  hommes 
remplis  de  fierté,  d’une  vigueur  pareille,  d’une  autorité 
égale  à celle  des  Pàndouides  ? 58. 

» Et  le  fils  de  Soubltadràaux  grandes  flèches,  invincible 
aux  Dieux  mêmes  ? Et  Gada,  et  Pradyoumna,  et  Çâmba, 
semblables  au  feu  de  la  foudre  ou  de  la  Mort  ? 59. 

» Nous,  quand  nous  aurons  immolé  dans  le  combat  le 
fils  de  Dhritaràsbtra,  avec  Qakouni,  avec  Karna,  nous  sa- 
crerons le  (ils  de  Pândou.  60. 

On  n’est  pas  criminel  pour  tuer  des  ennemis  perfides  ; 


YOUDYOG  A-PARV  A. 


353 


et  une  réclamation,  parce  qu'on  la  fait  à des  ennemis, 
n'est  ni  injuste,  ni  déshonorante.  61. 

» Exécutez  donc  sans  paresse  le  désir,  qui  fut  conçu 
dans  son  esprit;  et  que  le  fils  de  Pàndou  obtienne  le 
royaume,  qui  fut  abandonné  par  Dhritar&shtra.  62. 

» Ou  le  fds  de  Pàndou,  Youddhishthira,  remontera  sur 
son  trône  aujourd’hui  ; ou  tous,  immolés  de  ma  main,  les 
usurpateurs  seront  couchés  sur  la  surface  de  la  terre  ! » 

« 11  en  sera  ainsi,  guerrier  aux  longs  bras,  dità  son  tour 
Droupada;  il  n’y  a pas  de  doute;  car  Douryodhana  ne 
cédera  pas  un  royaume  pour  des  paroles  douces.  63 — 64. 

» Dhritar&shtra,  ami  de  son  fils,  suivra  son  impulsion, 
Bhlshma  et  Drona  par  compassion,  le  fils  de  Râdhâ  et  le 
Soubalide  par  folie.  6à. 

» Le  discours  de  Baladéva  n’est  point  assorti  à mon  in 
telligence  : en  effet,  c’est  une  méthode,  qu'il  faut  employer 
avec  un  homme,  qui  désire  avant  tout  une  bonne  con- 
duite. 66. 

» Mais  on  ne  doit  adresser  en  aucune  manière  uue  pa- 
role douce  au  Dhritaràshtride,  car  son  âme  est  méchante, 
selon  moi  ; elle  est  invincible  au  langage  de  ladoaceur.  67. 

» User  de  paroles  douces  envers  Douryodhana  à l’àme 
dépravée,  c’est  employer  la  douceur  avec  un  âne;  c’est 
présenter  une  saveur  piquante  à des  vaches.  68. 

» Le  méchant  regarde  comme  sans  force  l’homme,  qui 
se  sert  avec  lui  de  paroles  douces  ; l’ignorant  distingue 
une  affaire  comme  vaincue  dans  un  procédé  plein  de  dou- 
ceur. 6f>. 

» Exécutons  cette  chose  elle-même  ; qu’on  déploie  ici 
un  effort  ; faisons  partir  des  armées  avec  des  amis  ; que 
nos  troupes  se  mettent  en  mouvement.  70. 
v 


23 


$54 


LE  MAHA-BHAUATA. 


» Que  des  messagers  à la  marche  rapide  de  Çalya,  de 
Dhrishtakétou,  de  Djayatséna  et  de  tous  les  Kalkéyains 
partent  4 l'instant,  seigneur.  71. 

» Dourvodhana  lui-même  en  dépêchera  de  tous  les 
côtés,  sans  doute.  Les  premiers  arrivés  vont  porter  les 
premiers  leurs  excitations.  72. 

» Hâtez-vous  donc  pour  être  les  premiers  à soulever  les 
rois.  11  faut  soutenir  ici  un  grand  fardeau  : tel  est  mon 
sentiment.  73. 

» Que  les  rois  vassaux  de  Çalya  soient  envoyés  prompte- 
ment au  monarque  Bhagadatta,  qui  habite  les  bords  de  la 
mer  orientale  ! 74. 

» A Ougra,  Amitaâudjas,  Hàrddikya,  Ayàhouka,  ou, 
seigneur,  au  vaillant  Rolchamâna  à la  grande  science.  75. 

n Qu’ils  amènent  beaucoup  de  princes,  Sénàvindou,  Sé- 
nàdjit,  Prativindhya,  Tchitravarman,  Souvâstouka,  76. 

» Le  Vâhlika  Moundjakêra,  et  le  souverain  même  de 
Tchédi,  et  Soupârçwa,  et  Soubâhou,  et  le  héros  descen- 
dant de  Pourou,  77. 

» Et  les  rois  des  Çakas,  des  Palhavas  et  des  Daradas  ; 
et  Souràri,  et  Nadldja,  et  le  prince  karnavé3hta,  78. 

» Et  Nila,  et  Vlradharman,  et  le  vigoureux  Bhoûmipàla, 
et  l'invincible  Rantavakra,  Rouktnl,  Djanamédjaya,  79. 

# Ashatha,  Vâyouvéga  et  le  prince  Poûrvapâli,  Dévaka 
à la  vaste  splendeur,  Ekalavya  avec  ses  fils,  80. 

» Les  rois  du  Kàrousba  et  le  robuste  Kshémadhoûrti, 
les  Kâmbodjes,  les  Rishikas,  et  ceux,  quisontàl'occident, 
et  ceux,  qui  habitent  les  pays  marécageux,  81. 

» Et  Djayatséna,  et  Kaçya,  et  les  monarques  du  pays 
aux  cinq  rivières,  et  l’inaffrontable  fils  de  Krâtha,  et  les 
rois  habitants  des  montagnes,  82. 


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YOli  D YOG  A-PAH  V A. 


366 


u Djàuaki,  Souçarman,  riche  en  joyaux,  Potimatsaka, 
souverain  du  royaume  de  Pânçou,  elle  vigoureux  Dhrish- 
takétou,  83. 

» Paâundra,  Dandadhâra,  Vrihatséna  le  robuste,  Çré- 
minat,  le  Nishàda,  qui  jamais  ne  fut  vaincu,  et  Vasoumat 
lui-même,  8â. 

» Vrihadbala,  Bàhou  à la  grande  splendeur,  le  conqué- 
rant des  cités  ennemies,  le  roi  vigoureux  Samoudraséna 
avec  son  fils,  85. 

» Oudbhava,  Kshémaka  et  le  prince  Vâtadhâna,  Çrou- 
tàvou,  Drithàyou  et  le  robuste  (ils  de  Oàlva,  86. 

b L’héritier  présomptif  et  le  roi  des  Kalingas,  enivré 
des  batailles.  Qu’on  dépêche  promptement  à ces  princes  : 
c’est  le  sentiment,  qui  m’est  agréable.  87. 

b Que  ce  brahme  savant,  mon  |>ourohita,  soit  donc  en- 
voyé à Dhritarâshtra,  sire,  et  qu'il  lui  porte  des  paroles. 

» Di'ona  est  le  plus  excellent  des  guerriers,  soit  qu’il 
faille  parler  à Pouryodhana  ou  à sa  majesté  le  fils  de  Çân- 
tanou,  soit  qu’il  faille  adresser  la  parole  à Dhritarâshtra 
lui-même,  b 88 — 89. 

o Ce  discours  est  convenable  dans  le  fardeau,  que 
portent  les  Somakas,  reprit  le  Vasoudévide  ; le  roi  fils  de 
Pândou  à la  force  sans  mesure  lui  devra  le  succès  de  son 
affaire.  90. 

» Il  nous  faut  exécuter  cela  d'abord,  nous,  qui  désirons 
une  bonne  conduite.  L’homme,  qui  ferait  la  chose  d’une 
autre  manière,  serait  bien  imprudent.  91. 

b Une  égale  parenté  nous  unit  aux  rejetons  de  Kourou 
et  de  Pândou  ; mais  les  fds  de  Pândou  marchent  suivant 
nos  désirs.  92. 

b Nous  avons  tous  été  invités,  comme  ta  majesté,  à ce 


36» 


LE  MAHA-BHARATA. 


mariage,  et,  cet  hymen  une  fois  célébré,  nous  retournerons 
avec  joie  dans  nos  maisons.  93. 

» Ta  majesté  est  le  plus  grand  parmi  les  rois,  et  par 
l’Age,  et  par  la  science  ; nous  sommes  tous  devant  toi 
comme  tes  disciples  : il  n’y  a pas  de  doute.  94. 

» Dhritaràshtra  ne  manque  jamais  de  te  porter  une 
grande  estime,  noble  ami  de  Drona  et  de  Kripa,  ces  dignet 
instituteurs.  95. 

» Que  ta  majesté  envoie  donc  une  parole,  qui  accom- 
plisse l'affaire  des  fils  de  Pàndou  ; ce  que  ta  majesté  en- 
verra, est  ce  qui  est  déjà  résolu  par  nous  tous.  90. 

» Si  le  héros  des  Kourouides  embrasse  maintenant, 
suivant  la  juste  raison,  des  sentiments  de  paix,  on  évitera 
un  grand  carnage  des  rejetons  de  Kourou  et  de  Pàndou 
dans  une  guerre  fratricide.  97. 

» Si,  aveuglé  par  l’orgueil,  le  fils  de  Dhritaràshtra  dans 
sa  démence  n’adopte  pas  ce  parti,  envoie  ensuite  d’autres 
messagers  pour  nous  convoquer.  98. 

» Alors  Douryodhana  l’insensé,  à la  vue  courte,  s’en  ira 
à la  mort  sous  l’archer  irrité  du  Gândîva  avec  ses  ministres, 
avec  ses  parents  eux-mémes  ! n 99. 

Ensuite,  après  qu’il  eut  honoré  le  Vrishnide,  Virâta,  le 
maître  de  la  terre,  le  renvoya  dans  son  palais,  escorté  de 
sa  suite,  accompagné  de  ses  parents.  100. 

Quand  Krishna  fut  retourné  à Dwàraka,  les  cinq 
frères,  que  présidait  Youddhishthira,  et  le  puissant  Vi- 
râta avec  eux  de  préparer  tout  ce  qui  avait  rapport  à la 
guerre.  101. 

Virâta  avec  ses  parents  et  Droupada,  le  maître  du  globe, 
envoyèrent  à tous  les  rois  de  la  terre.  102. 

Les  souverains  à la  grande  force  se  rassemblèrent  joyeux 


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YOUDYOGA-PARVA. 


367 


& la  parole  des  lions  de  Kourou , du  Matsya  et  du  Pân- 
tchâlain.  103. 

A cette  nouvelle,  une  nombreuse  armée  se  réunit  pour 
les  fils  de  Pàndou  ; et  les  enfants  de  Dhritaràshtra  convo- 
quèrent les  monarques  de  la  terre,  düâ. 

Elle  était  troublée  à cause  des  rejetons  de  Kourou  et  de 
Pàndou  ; elle  était  occupée,  sire,  de  la  marche  des  sou- 
verains du  monde.  106. 

La  terre,  pleine  de  troupes,  était  remplie  d'armées  en 
quatre  corps  ; les  bataillons  de  ces  héros  s1  avançaient  çà 
et  là.  100. 

Ce  divin  globe  en  était,  pour  ainsi  dire,  ébranlé  avec 
ses  forêts  et  ses  montagnes.  Enfin,  le  roi  du  Pàntchàla, 
qui  partageait  les  sentiments  d'Youddhishthira,  envoya 
aux  Kourouides  son  archi-brahme,  grand  par  la  science 
et  les  années.  107 — 108. 

Droupada  tint  ce  langage  : 

u Ceux,  qui  ont  la  vie,  sont  les  plus  excellents  des 
Êtres  ; ceux,  qui  sont  doués  de  l'instinct,  l'emportent  sur 
les  autres  animaux  ; les  hommes  sont  les  plus  excellents 
des  Êtres  raisonnables,  et  les  plus  excellents  parmi  les 
hommes,  ce  sont  les  brahmes.  100. 

» Ceux,  qui  lisent  les  Védas,  excellent  parmi  les  brah- 
mes ; ceux,  qui  ont  acquis  la  science,  priment  ceux,  qui 
lisent  les  Védas  ; les  hommes  de  la  vie  active  excellent  sur 
ceux  de  la  science  inerte,  et  ceux,  qui  ont  la  connaissance 
de  l'esprit  sur  les  gens  mêmes  de  la  vie  active.  110. 

» Ta  majesté  est  le  premier  de  ceux,  qui  ont  acquis  la 
science  : tel  est  mon  sentiment.  Tu  es  distingué  par  ta 
doctrine,  ton  âge  et  ta  race.  111. 

• Tu  es  l’égal  de  Vrihaspaii  et  de  Çoukra  par  ta 


368 


LE  MAHA-BHARATA. 


science  ; tout  est  même  connu  de  toi  ; tu  sait  comme  est 
Douryodhana , le  Kourouide,  comme  est  le  fds  de  Pàndou, 
Youddhishthira,  de  qui  la  mère  fut  Kountl.  A la  connais- 
sance de  Dliritarâshtra,  les  autres  unt  abusé  de  la  bonne 
foi  des  Pàndou  ides.  112 — 113. 

» Quoique  persuadé,  par  Vidoura,  il  a suivi  la  volonté 
même  de  son  fils.  Çukouni  a provoqué  au  jeu  le  fils  de 
Kountl  avant  que  celui-ci  eut  pu  faire  usage  de  sa  raison. 

u Lui,  qui  savait  les  dés,  il  a défié  un  homme,  qui  en 
ignorait  la  science,  qui  était  pur  et  se  maintenait  dans  les 
devoirs  du  kshatrya.  llsont  ainsi  trompé  Youddhishthira- 
Dharmaràdja.  114 — 115. 

» Dans  quelque  condition  qu’il  soit,  ils  ne  rendront 
pas  d’eux-mêmes  le  royaume.  Mais  que  ta  sainteté 
fasse  entendre  à Dhritaràslitra  une  parole  inspirée  par  le 
devoir.  116. 

» Pour  sûr,  il  attirera  les  esprits  de  ses  guerriers  à 
lui  ; il  accomplira  ainsi  la  parole  de  Vidoura  et  la  tienne. 

» 11  effectuera  le  schisme  de  Bhîshina,  de  Drona,  de 
Krlpa  et  des  autres.  Les  ministres  étant  divisés  et  les 
guerriers  détournant  la  tète,  117—118. 

» Ces  héros  au  contraire  d’appliquer  vers  un  seul 
point  la  face  de  leur  afTaire.  Dans  cet  iutervalle,  les 
Prithides,  de  qui  l’espritsera  fixé  sur  un  seul  objet,  accom- 
pliront aisément  les  choses  de  l’armée  ; ils  amasseront 
des  richesses,  lui  diras-tu,  tandis  que,  ton  parti  se  trouvant 
divisé  et  toi-même  flottant  dans  l’incertitude,  les  tiens  ne 
feront  pas  avec  le  même  succès  es  choses  de  la  guerre  : 
il  n’y  a là  aucun  doute.  La  supériorité  de  position  fait 
comprendre  ici  toute  cette  affaire,  lit) — 120 — 121. 

b Grâce  à tou  entrevue,  Dliritarâshtra  accomplira  ton 


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YOliOYOG  A-PARV  A . 


S 60 


honnête  parole  : sa  vertueuse  majesté,  suivant  le  sentier 
de  la  justice,  racontant  les  infortunes,  qui  ont  environné 
les  Pândouides  au  milieu  de  sensibles  vieillards,  et  leur 
exposant  les  vertus  de  famille,  observées  par  ses  ancêtres, 
opérera  dans  leurs  esprits  un  partage  : c’est  mon  senti- 
ment ; il  n'y  a point  ici  de  doute.  Tu  ne  dois  pas  éprouver 
de  crainte  à cause  d'eux  : en  effet,  tu  es  un  brahme,  qui 
as  la  science  des  Védas  ; tu  es  revêtu  du  caractère  d’am- 
bassadeur et  tu  es  en  premier  lieu  un  vieillard.  Que  ta 
sainteté  s’en  aille  promptement  chez  les  Kourouides, 
pour  le  succès  de  l’affaire  des  lils  de  Kountl,  dans  un 
instant  favorisé  par  le  lever  de  l’astérisme  Poushya  et 
dans  une  heure,  à laquelle  est  promise  la  victoire.  » 
(De  la  stance  122  à la  stance  127.) 

Muni  de  ces  instructions  du  magnanime  Droupada, 
l’archi-brahme  à la  vertueuse  conduite  se  mit  en  route 
pour  la  ville,  qui  tire  son  nom  des  éléphants.  127. 

Sage,  environné  de  ses  disciples,  versé  dans  les  axiô- 
mes  des  Traités  de  politique,  il  s’en  allait  chez  les 
enfants  de  Kourou  pour  l’intérêt  des  fils  de  Pàndou.  128. 

Après  qu’ils  eurent  fait  partir  le  Pourohita  pour  la 
ville,  à qui  son  nom  est  venu  des  éléphants,  ils  dépê- 
chèrent çà  et  là  des  couriers  aux  différents  princes.  129. 

Quand  il  eut  expédié  autre  part  ses  envoyés,  l’éminent 
Kourouide,  Dbanandjaya,  le  fils  de  Kountl,  partit  lui- 
même  pour  Dwârakâ.  130. 

Alors  que  Krishna  s’en  fut  retourné  à Dwâravatl  avec 
Baladéva,  le  meurtrier  de  Madhou,  accompagné  de  tous 
les  Vrishnides , les  Andakas  et  les  Bhodjas  par  cen- 
taines, 131. 

Le  roi  fils  de  Dhritaràshtra  fit  arriver  jusqu'à  soi  par 


360 


LE  MAHA-BHARATA. 


l’envoi  d'espions  travestis  l'information  certaine  de  tout 
ce  que  faisaient  les  Pàndouides.  1 32. 

Ayant  appris  que  le  meurtrier  de  Madhou,  Baludéva 
s'était  éloigné  avec  ses  ardents  coursiers,  il  s'avança  vers  la 
ville  de  DwArakà,  escorté  d’une  armée  peu  considérable. 

Dhauandjaya,  le  fils  de  Pàndou  et  de  Rountl,  s’en  alla 
rapidement  ce  même  jour  à la  cité  charmante  des  Anar- 
tas.  133—136. 

Ces  deux  vaillants  rejetons  de  Kourou,  arrivés  à Dwâ- 
rakà, trouvèrent  Krishna  endormi  et  s’approchèrent  de 
sa  couche.  135. 

Souyodhana  entra  vers  Govinda  couché  et  s’assit  sur 
un  noble  siège  à la  tête  de  Krishna.  136. 

Après  lui,  entra  Kirit!  à la  vaste  intelligence;  il  se 
plaça,  incliné  et  les  maintes  jointes  au  front,  à l’autre 
moitié  du  Vasoudévide.  137. 

Le  Vrishnide,  s’étant  réveillé,  vit  d’abord  Kirlti  devant 
lui  ; il  souhaita  la  bien-venue  aux  deux  guerriers,  qui  lui 
rendirent  exactement  leurs  hommages.  138. 

Le  meurtrier  de  Madhou  leur  demanda  le  sujet,  qui 
avait  motivé  leur  voyage,  et  Douryodhana  répondit  en 
souriant  à Krishna  : 139. 

« Que  ta  majesté  veuille  bien  me  donner  son  alliance 
dans  cette  guerre  : en  effet,  égale  est  l’amitié  de  ta  ma- 
jesté pour  Arjouna  et  pour  moi.  160. 

» Une  semblable  parenté  nous  unit  avec  toi,  Mâdhava; 
c’est  moi,  qui  suis  le  premier  entré  ici  et  me  suis  appro- 
ché de  toi  le  premier,  meurtrier  de  Madhou.  161. 

» Les  honnêtes  gens  vont  porter  d’abord  leur  préfé- 
rence à la  personne,  qui  est  venue  la  première  ; toi,  Dja- 
nârdana,  tu  fus  toujours  estimé  dans  le  monde  le  plus 


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YOUDYOGA-PARVA. 


SOI 


excellent  des  gens  comme  il  faut  : observe  donc  aujour- 
d’hui la  conduite  des  honnêtes  gens.  » IA 2 — 143, 

n Ta  majesté  est  venue  la  première,  sire,  il  n’y  a pas  de 
doute  pour  moi  ; mais  c’est  le  fils  de  Prithà,  Dhanandjaya, 
que  j'ai  regardé  le  premier,  1A4. 

» Je  ferai  alliance  avec  l’un  et  l’autre  de  vous,  Souyo- 
dbana  ; et,  pour  cela,  je  considérerai  ces  deux  choses, 
que  tu  es  venu  ici  le  premier  et  que  j’ai  porté  sur  lui  mon 
premier  regard.  145. 

« 11  faut  que  je  fasse  d'abord,  dit  l’Écriture,  le  présent 
aux  plus  jeunes.  » C’est  par  conséquent  Dhanandjaya,  le 
lils  de  Prithà,  qui  mérite  le  premier  ce  présent.  1 4tt. 

» Je  ferai  un  grand  arbouda  (1)  de  bergers  égaux  à 
moi  pour  le  corps  : les  Nàrâyanas,  c’est  ainsi  que  seront 
nommés  tous  ces  guerriers  dans  le  combat.  147. 

» Que,  d’un  côté,  soient  dans  le  combat  ces  guerriers 
intraitables,  et,  de  l'autre  côté,  moi  seul,  ayant  déposé 
mes  armes  et  ne  prenant  aucune  part  à la  bataille.  148. 

» Lequel  de  ces  deux  lots  estimes-tu,  fils  de  Prithà,  le 
plus  méprisable  (2)  et  le  plus  ravissant  au  cœur?  Que 
ton  altesse  le  choisisse!  car  c’est  à elle  qu’il  appartient 
justement  de  faire  le  premier  choix.  » 146. 

A ces  mots  de  Krishna,  le  fils  de  Kounti,  Dhanandjaya 
opta  pour  Kéçava,  qui  ne  devait  prendre  aucune  part  au 
combat.  150. 

Alors  Douryodhana  choisit,  en  présence  de  l’ordre  en- 
tier des  kshatryas,  des  Dànavas  et  des  Dieux  mêmes,  toute 


(1)  L'arbouda  ex»(  de  cent  millions,  le  grand  arbouda  est  dix  fois  plus. 

(2}  Aucun  dictionnaire,  pas  même  celui  de  Bohtling  et  Roth,  ne  donne  ce 
mot  âbyAmanyataran  pour  l'expliquer. 


36*2 


LE  MAHA-BHAKATA. 


cette  armée,  née  de  la  passion,  mais  qui  n'avait  pas  reçu 
une  naissance  humaine,  ces  N&râyanas,  meurtriers  des 
ennemis  ; et  c’est  ainsi,  Bharatide,  qu’il  obtint  plusieurs 
milliers  de  mille  combattants.  1 51 — 152. 

Ayant  su  que  Krishna  se  retirait  du  combat  à venir,  il 
en  ressentit  la  plus  grande  joie.  Quand  le  prince  eut  reçu 
toute  cette  nombreuse  armée,  Douryodhana  à la  vigueur 
épouvantable  alla  trouver  le  fils  de  Rohini  aux  vastes 
forces,  et  lui  apprit  la  cause  entière  de  son  voyage. 

153—154  (1). 

Çaàuri  tint  alors  ce  langage  au  fils  de  Dhritarâshtra  : 

« 11  convient  que  tu  saches,  tigre  des  hommes,  tout 
ce  qui  fut  dit  jadis  par  moi  à Virâta  au  temps,  qu’il  ma- 
riait sa  fille.  156 — 157. 

» Mainte  et  mainte  fois,  sire,  j'ai  dit  à Hrishtkéça  pour 
toi,  rejeton  de  Kourou,  afin  de  le  retenir  : « Tes  lieus  de 
parenté  sont  égaux  de  l'un  et  de  l’autre  côté.  * 158. 

» kéçava  ne  répondit  point  à ces  paroles  avec  un  seul 
mot  prononcé,  et  je  ne  puis  sans  Krishna  tenir  ferme  un 
seul  instant.  159. 

» Je  ne  suis  le  compagnon,  ni  de  Douryodhana,  ni  du 
fils  de  Prithà;  ainsi  mon  esprit  s’est  résolu,  en  regardant 
le  Vasoudévide.  160. 

» Tu  es  né  dans  la  famille  Bharatienne,  honoré  de  tous 
les  princes  ; vas  ! combats  avec  la  vertu  du  kshatrya, 
éminent  Bharatide.  » 161. 

11  dit;  à ces  mots,  Douryodhana  i mbrasse  alors  Halâ- 
youdha  ; et,  songeant  que  Krishna  s’était  retiré  de  cette 
guerre,  il  crut  avoir  déjà  remporté  la  victoire.  162. 

fl)  L’édition  numérote  ce  çbkal55;  nous  sautons  un  chiffre. 


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YOUDYOGA-PàRVA. 


ses 

Le  monarque,  fils  de  Dhritaràshtra  s'en  alla  versKrita- 
varman,  qui  lui  donna  une  armée  en  quatre  corps.  163. 

Environné  de  toute  cette  épouvantable  armé'!,  le  re- 
jeton de  Kourou  s’avança  joyeux  et  remplissant  de  joie 
ses  amis.  16A. 

Ensuite  Djanàrdana,  le  créateur  du  monde,  revêtu 
d'une  robe  jaune,  Krishna,  quand  Douryodhana  lut  parti, 
tint  ce  langage  à kiritl  : 165. 

<•  Quelle  pensée  t’inspirait,  quand  tu  me  choisis  avec  la 
condition  que  je  ne  combattrais  pas?  « 166. 

Arjouna  répondit  : 

o Ta  majesté  est  capable  d’exterminer  tous  les  mortels  ; 
il  n’y  a là  nul  doute;  moi-même,  réduit  à mes  seules 
forces,  û le  plus  grand  des  hommes,  je  suis  capable  de  les 
précipiter  dans  la  mort.  167. 

s>  Ta  majesté  a de  la  gloire  dans  le  monde  ; la  renom- 
mée viendra  d’elle-même  à toi  ; mais  j'ai  besoin  de  la  re- 
nommée, moi  ! et  c’est  pour  cela  que  je  t’ai  choisi.  168. 

» Pnissé-je  avoir  ta  majesté  pour  conduire  mon  char  ! 
ce  fut  toujours  ma  pensée  ; daigne  exaucer  ce  désir,  conçu 
dans  mon  cœur  depuis  long-temps  ! » 169. 

< Cela  sied,  fils  de  Prilhâ,  reprit  le  Vasoudévide,  que 
tu  rivalises  avec  moi  ; je  conduirai  ton  char  ; que  ton  désir 
soit  accompli  ! » 170. 

Réjoui  de  cette  manière,  le  fils  de  Prithâ  s'en  retourna 
vers  Youddhishthira  et  fit  sa  route,  accompagné  de 
Krishna  et  des  héros  Dàçàrhains.  171. 

Quand  Çalya  en  eut  reçu  la  nouvelle  de  ses  envoyés, 
il  se  porta,  sire,  environné  d'une  grande  armée  à la  ren- 
contre des  Pândouides  avec  les  héros,  ses  fils.  172. 

L’armée  couvrait  de  son  camp  un  yodjaua  et  la  moitié 


m 


LE  MAHA-BHARATA. 


eu  plus  : cependant  cet  éminent  roi  suffisait  à nourrir  une 
si  vaste  armée.  173. 

Il  commandait,  sire,  à une  armée  en  quatre  corps  : 
grandes  étaient  sa  bravoure  et  sa  force.  Ses  héros  étaient 
revêtus  de  cuirasses  admirables,  ilsarboraientd’admirables 
drapeau.*,  ils  tenaient  d’admirables  arcs.  17â. 

Tous,  ils  avaient  d’admirables  parures,  ils  étaient  mon- 
tés sur  des  chars  ou  des  éléphants  admirables  ; tous,  ils 
portaient  d’admirables  bouquets,  ils  étaient  couverts  d’or- 
nements et  de  robes  admirables.  176. 

Vaillants  guerriers  par  centaines  de  mille,  ils  avaient 
chacun  les  décorations  et  les  costumes  de  leur  pays. 
Les  plus  grands  des  kshatryas  étaient  les  chefs  de  son 
armée.  170. 

t 

Troublant,  pour  ainsi  dire,  tous  les  êtres;  ébranlant, 
pour  ainsi  dire,  la  terre,  il  donnait  du  repos  à son  armée 
et  marchait  lentement  sur  la  route,  que  suivait  le  Pàn- 
douide.  177. 

Douryodhana,  ayant  appris  que  le  magnanime  héros 
approchait,  courut,  fils  de  Bharata,  et  lui  rendit  hommage 
lui-même.  178. 

Il  lit  construire  en  des  lieux  charmants,  pour  lui  té- 
moigner de  l'honneur,  mainte  habitation  ornée  de  pier- 
reries, élégamment  décorée.  179. 

Là,  des  ouvriers  divers  avaient  édifié  des  maisons  de 
jeux  ; là,  étaient  rassemblés  des  bouquets,  des  aliments, 
des  mets  et  des  breuvages  bien  préparés,  180. 

Des  puits  aux  formes  diverses,  accroissant  la  joie  de 
l’àme  ; des  lacs  différents  de  structure,  des  monceaux  de 
riz  bouilli  et  des  habitations.  181. 

Honoré  comme  un  Immortel,  de  tous  les  côtés,  en  chaque 


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YOllDYOGA-PARVV. 


MS 

lieu,  par  les  ministres  de  Douryodbana,  le  prince  de  s’a- 
vancer vers  ces  maisons.  ASS. 

Il  s'approcha  d’une  autre  habitation,  resplendissante 
comme  le  palais  d'un  Dieu.  Là,  par  les  objets  des  sens, 
qui  s'y  trouvaient  réunis  et  par  des  félicités  plus  qu’hu- 
maines, il  s’estima  un  être  supérieur;  il  en  vint  à dédai- 
gner Pourandara  lui-même.  Dans  sa  joie,  le  plus  grand  des 
kshatryas  se  mit  à interroger  des  hommes  envoyés  par 
DouryodAnna  : 183 — 184. 

« Par  quels  gens  d’Y'ouddhishthira  furent  bâties  ces 
maisons?  Amenez-moi  ces  constructeurs  de  palais  ! Ils  sont 
dignes  d’un  présent,  à mon  avis.  185. 

» Je  leur  donnerai  ma  faveur,  si  le  fils  de  kounti  me  le 
permet.  » Ces  hommes  lui  répondirent  en  souriant  que 
tout  cela  appartenait  à Douryodbana.  186. 

Quand  la  joie  eut  amené  Çalya  au  point  de  vouloir 
donner  sa  vie  même,  alors  Douryodbana  caché  se  fit  voir 
à son  oncle.  187. 

Dès  que  le  roi  de  Madra  l’eut  vu  et  qu’il  eut  connu  son 
effort  pour  lui  être  agréable,  il  l'embrassa  et  lui  dit  sa- 
tisfait : « Reçois  la  chose,  que  tu  désires.  » 188. 

« Que  ta  parole  soit  une  vérité,  lui  répondit  Dourvo- 
dhana;  homme  distingué,  qu’une  grâce  me  soit  accordée  ! 
Que  ta  majesté  daigne  être  le  guide  de  toute  mon  armée.» 

u Loin  de  moi  ! reprit  à son  tour  Çalya  ; quelle  autre 
chose  préfères-tu  ? » — « Nulle  autre!  » dit  mainte  et 
mainte  fois  le  Gàndhâride.  189 — 190. 

n Retourne  à ta  ville,  éminent  Douryodhana,  repartit 
Çalya,  tandis  que  j’irai  voir  Youddhishthir.i,  le  dompteur 
des  ennemis.  191. 

» Et,  quand  je  l'aurai  vu,  sire,  je  reviendrai  prompte- 


360 


LE  MAHA-BHARATA. 


ment,  souverain  des  hommes  ; mais  il  faut  absolument 
que  je  voie  ce  Pàndouide,  le  plus  grand  des  monels.  » 

« Reviens  promptement,  jire,  fil  Douryodhana,  après 
que  lu  auras  vu  le  fds  de  Pàndou,  seigneur.  Nous  sommes 
soumis  à toi  : n'oublie  pas  que  tu  dois  nous  donner  une 
grâce,  n 192 — 193. 

« Je  reviendrai  bientôt,  sire,  la  félicité  descende  sur 
toi!  reprit  Çalya.  Retourne  à ta  ville.  » A ces  mots,  Çalya 
et  Douryodhana  s'étreignent  l’un  l’autre  dans  un  mutuel 
embrassement.  194. 

Il  fait  ses  adieux  à Çalya  et  retourne  à sa  ville,  tandis 
que  Çalya  se  hâte  de  s'en  aller  raconter  son  aventure  aux 
fils  de  Kountl.  195. 

Arrivé  à Oupaplavya,  il  entra  dans  le  camp,  et  Çalya 
vit  là  tous  les  Pândouides.  19(5. 

Çalya  aux  longs  bras,  s’étant  abouché  avec  les  lils  de 
Pândou,  reçut,  suivant  l'étiquette,  l’eau  pour  se  laver  les 
pieds,  un  arghya  et  la  terre.  1 97. 

Ensuite,  plein  d’une  joie  suprême,  le  roi  de  Madra,  le 
meurtrier  des  ennemis,  serre  Youddhishthira  dans  ses 
bras,  ayant  commencé  par  s’enquérir  de  ses  nouvelles. 

Bhima  et  Arjouna,  les  deux  Krishna,  les  fils  de  la  sœur 
à chacun  d’eux,  et  les  jumeaux  s’assirent  sur  un  siège  ; 
alors  Çalya  dit  au  fils  de  Prithâ  : 198 — 199. 

« Ta  santé  est -elle  bonne,  descendant  de  Kourou,  6 
tigre  des  rois?  Par  bonheur,  ô le  plus  excellent  des  con- 
quérants, te  voilà  acquitté  de  ton  habitation  dans  les  bois! 

» Tu  as  fait,  sire,  une  chose  bien  difficile,  quand  tu  ha- 
bitas dans  la  solitude  avec  tes  frères,  Indra  des  rois,  et 
cette  intéressante  Krishna.  200 — 201. 

» Tu  supportas  encore  une  douleur  épouvantable,  quand 


Y OUDY  OG  A-l’  A H V A . 


367 


tu  habitas  une  demeure  inconnue  ; et  d'où  le  bonheur  au- 
rait-il pu  te  venir,  puisque  tu  étais  tombé  du  trône?  202. 
. » Après  ce  grand  malheur,- que  t'a  causé  le  fils  deDhri- 
tarâshtra,  tu  obtiendras  le  bonheur,  formidable  sire,  en 
immolant  tes  ennemis.  203. 

* Tu  connais  la  marche  du  monde,  grand  roi,  souverain 
des  hommes:  il  n’existe  donc  rien  de  ta  pirt,  mon  fils, 
qui  ait  eu  la  cupidité  pour  son  motif.  20â. 

» Désire,  fils  de  Bharata,  entrer  dans  la  route  de  nos 
antiques  saints  rois  ; demeure,  Youddhishthira,  mon  fils, 
attaché  à l’aumône,  à la  pénitence,  à la  vérité.  205. 

u La  patience,  la  répression  des  sens,  la  vérité,  l’absten- 
tion du  mal  sont  dans  toi,  Y ouddhishthira  : n'est-ce  pas 
dire  encore  que  sur  toi  est  fondé,  sire,  ce  monde  mer- 
veilleux? 206. 

» Tu  es  doux,  magniiique,  pieux,  dompté,  adonné  au 
devoir  : on  sait  que  tes  nombreuses  vertus,  sire,  sont  les 
témoins  du  monde.  207. 

» On  sait,  mon  fils,  que  cet  univers  t’appartient.  Pat- 
bonheur,  roi  terrible,  éminent  Bharatide,  cette  infortune 
est  arrivée  à sa  fin.  208. 

a Par  bonheur,  Indra  des  souverains,  je  vois  que  tu  as 
traversé,  prince  vertueux,  avec  tes  frères,  cette  crise  pé- 
nible, et  que  tu  es,  seigneur,  un  amas  de  vertus.  » 209. 

Ensuite,  le  roi  de  lui  raconter  la  venue  de  Douryodhana, 
tout  ce  qu'il  désira  entendre  et  ce  don  promisd’une  grâce, 
(ils  de  Bharata.  210. 

Y'ouddhishthira  lui  répondit  : 

« La  promesse,  que  tu  fis  à Douryodhana,  héros,  de 
parole  seulement  et  d'une  âme  bien  disposée,  fut  de  ta 
part,  sire,  un  acte  de  vertu.  211. 


508 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Je  désire  te  voir  faire  une  seule  chose,  s’il  te  plaît, 
roi,  maître  de  la  terre.  Daigne  faire  en  sorte,  6 le  plus 
vertueux  des  princes,  que  cette  promesse  ne  soit  pas  ac- 
complie. 212. 

» Écoute  par  égard  pour  moi,  héros,  je  veux  t’informer 
d’une  circonstance,  puissant  rei.  Ta  majesté  est  dans  la 
bataille  l’égal  du  Vasoudévide.  213. 

» Si  un  combat  singulier,  char  contre  char,  s’engage 
entre  Arjouna  et  Rarna,  c’est  à ta  majesté,  éleplusexcel- 
lent  des  rois,  de  faire  les  fonctions  de  cocher  pour  Rama; 
il  n’y  a là  aucun  doute.  21A. 

n 11  faut  sauver  Arjouna,  si  tu  veux  faire  une  chose,  qui 
m’est  agréable,  sire.  Une  mort  violente,  qui  doit  nous 
procurer  la  victoire,  te  sera  portée  en  tes  fonctions  de 
cocher  (1).  21  h. 

» Veuille  faire,  mon  oncle,  cette  chose  infaisable.  » 

« Écoute,  s’il  te  platt,  fds  de  Pàndou,  reprit  Ç.alya,  au 
sujet  de  cette  mort  violente,  que  tu  m'annonces  de  la  main 
d’un  méchant  dans  ce  combat  avec  le  fds  adoptif  du  cocher. 

» Je  lui  servirai,  assurément,  de  cocher  dans  son 
combat.  Tu  penses  que  je  suis'  toujours  égal  au  Vasou- 
dévide dans  la  bataille.  216 — 217 — 218. 

» Je  tiendrai  certainement,  sur  le  champ  du  carnage, 
tigre  des  enfants  de  Rourou,  une  parole  contraire,  un 
langage  opposé  à son  envie  de  combattre.  219. 

» En  sorte  que,  privé  de  son  orgueil,  dépouillé  de  sa 
force,  il  ne  sera  plus  capable  que  d’immoler  son  plaisir 
à ma  volonté  : ce  que  je  te  dis  là  est  une  vérité.  220. 


(t)  SfldulM,  génitif  du  thème  tmluli,  inconnu  joequ'l  ce  moment  aux 
dictionnaire*. 


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YOUDYOG  V-PAUVA. 


36» 


» Je  ferai  cette  chose,  mon  fils,  ainsi  que  tu  me  l'as 
dite,  et  je  te  rendrai  service  en  autre  matière  autant  que 
je  pourrai.  221. 

» Tous  les  chagrins,  que  le  jeu  t'a  causés,  à toi  et  à 
Krishnâ  ; toutes  les  paroles  amères,  que  fa  adressées  le 
fils  du  cocher,  toutes  les  aflliclions,  que  tu  as  éprouvées, 
prince  à la  grande  splendeur,  de  Djàtasoùra  et  de  Ktt- 
chaka,  tout  ce  qui  est  arrivé  de  malheureux  & Draâupadl, 
comme  jadis  à Damayantt  elle-même,  des  jours  de  plaisir 
suivront  plus  tard  toutes  ces  douleurs.  11  ne  faut  pas  en 
concevoir  de  ressentiment  ; le  Destin  est  plus  fort  que 
tout.  222—223—224. 

» Ko  effet,  Youddhishthira,  les  magnanimes  subissent 
des  chagrins  : les  Dieux-mêmes,  souverain  de  la  terre, 
sont  en  but  aux  chagrins.  226. 

» La  tradition  ne  nous  dit-elle  pas,  noble  Bharatide, 
que  le  roi  des  Dieux,  le  magnanime  Indra  fut  avec  son 
épouse  la  proie  d'une  grande  douleur?  » 226. 

« Gomment,  Indra  des  rois,  lui  répondit  Youddhish- 
thira, le  chagrin  s' est-il  abattu  sur  le  magnanime  Indra  et 
sur  son  épouse?  Je  désire  apprendre  de  toi  cette  autre 
douleur?  » 227. 

« Écoute,  noble  Bharatide,  cette  antique  histoire  du 
temps  passé,  reprit  Çalya  ; comment  le  malheur  fondit 
sur  Indra  et  son  épouse  : 228. 

» Twashtri  le  Pradjâpati,  le  plus  vertueux  des  Dieux, 
était  plongé  en  de  grandes  pénitences  : il  créa  donc  un 
Gis  nommé  Triçiras,  à trou  tftet,  afin  de  nuire  à Indra. 

» Celui-ci  omnipréseut , à la  grande  splendeur,  avec 
ses  trois  épouvantables  faces,  semblables  à l’éclat  de  la 
lune  et  du  soleil,  désira  le  poste  d’Indra.  229 — 230. 
v 24 


370 


U:  MAHA-BHARATA. 


» Il  lit  avec  une  face  les  Védas,  il  boit  avec  une  autre  la 
sourâ,  on  le  voit  avec  la  troisième  absorber,  pour  ainsi 
dire,  tous  les  points  de  l’espace.  231. 

» 11  est  doux,  chaste,  dompté  ; il  s’efforce  dans  la  pé- 
nitence et  le  devoir  ; sa  mortification  est  grande,  domp- 
teur des  ennemis  ; elle  est  douloureuse,  bien  pénible  A 
suivre.  232. 

x Quand  il  vit  la  force  de  la  pénitence  et  la  vérité  de  ce 
personnage  à la  vigueur  sans  mesure,  Ç.atra  tomba  dans 
la  crainte  : « Qu’il  ne  devienne  pas  Indra  ! pensa-t-il. 

» Comment  s’attachera-t-il  aux  voluptés  ? Comment 
sa  grande  pénitence  ne  brûlera-t-elle  point  ! Triçiras,  si 
on  le  laisse  s'accroître,  dévorera  le  monde  entier.  » 

233— 234. 

» Il  dit;  et,  quand  il  y eut  songé  mainte  fois,  éminent 
Bharatide,  ce  Pieu  intelligent  commanda  aux  Apsaras  de 
tenter  le  fils  de  Twashtri  : 235. 

« Faites  promptement  que  ce  Triçiras,  enchaîné  for- 
tement dans  les  voluptés,  s’attache  A l’amour.  Allez!  et 
séduisez-le,  sans  tarder  ! 230. 

» Toutes  avec  les  vêtements  de  l’amonr , ornées  de 
lombes  charmants,  parées  de  ravissants  colliers,  sédui- 
santes par  des  sentiments  de  coquetterie,  embellies  de 
vos  grâces,  237. 

b Tentez-le  ; sur  vous  la  félicité  descende  ! éteignez  chez 
vous  ma  crainte  ! je  me  sens  malade,  jolies  dames.  238. 

» Étouffez  promptement,  femmes  gracieuses,  la  terreur 
bien  épouvantable,  que  je  vous  inspire.  » 230. 

« Nous  ferons  nos  efforts,  Çakra,  lui  répondirent-elles, 
pour  le  séduire,  afin  que  tu  ne  tombes  point  ainsi  dans 
la  crainte,  meurtrier  de  Bala.  240. 


~ Dîgitîzèd  by  Coog  le 


YOUDYOCA-PAftVA. 


Î74 


U Nous  allons,  pour  ainsi  dire,  incendier  de  nos  yeux 
cet  ascète,  qui  se  tient  comme  un  trésor  de  pénitence. 
Nous  allons  toutes  de  concert  le  séduire,  grand  Dieu. 

» Nous  nous  efforcerons  de  le  réduire  sous  notre  puis- 
sance : bannis  ta  crainte!  » 241. 

» Congédiées  par  Indra,  ces  charmantes  femmes  se 
rendirent  en  présence  de  Triçiras  ; et  là,  elles  de  l'agacer 
par  différentes  coquetteries.  242 — 243. 

» Elles  ne  cessaient  pas  de  se  montrer  l’une  à l'autre 
l’excellence  de  leurs  jolis  membres  ; mais  cette  vue  ne 
conduisit  pas  l’esprit  de  ce  bien  grand  anachorète  vers  ces 
femmes,  gui  badinaient  dans  la  joie.  244. 

» Il  avait  enchaîné  sous  son  pouvoir  tons  ses  organes 
des  sens  et  ressemblait  à une  mer  pleine.  Les  Apsaras, 
ayant  déployé  les  plus  grands  efforts,  s’en  retournent 
vers  Indra.  245. 

» Toutes,  formant  la  coupe  de  l'andjali,  elles  disent  au 
roi  des  Dieux  : « il  est  impossible  d'écarter,  seigneur,  de 
sa  fermeté  ce  personnage  altier.  246. 

» Fais  incontinent,  éminente  Déité,  ce  qui  te  reste  à 
faire.  « Çakra  à la  grande  sagesse  d’honorer  les  Apsaras 
et  de  les  congédier.  247. 

» Il  pensa,  Youddhishthira,  au  moyen  de  tuer  l'ascite. 
L’auguste  héros,  le  roi  des  Dieux  songeait  en  silence.  248. 

» Le  Dieu  à la  vaste  intelligence  arrêta  sa  résolution 
sur  la  mort  de  Triçiras  : « Je  lancerai  sur  lui  ma  foudre, 
et  il  aura  bientôt  cessé  d'être  ! 249. 

» Un  ennemi,  qui  graudit,  fût-il  faible,  no  doit  pas 
être  négligé  par  un  plus  fort.  » Dès  qu’il  se  fut  résolu 
par  la  pensée  des  Traités  et  qu'il  eut  affermi  son  Ame  sur 
la  mort  du  pénitent,  250. 


372  LE  MAHA-BHARATA. 

' » Çakra  irrité  de  lancer  sa  foudre  aux  formes  épou 
vantables,  pareille  au  feu  et  répandant  l’effroi,  sur  Tri- 
çirasas.  251. 

» Celui-ci  tomba  sur  la  face  de  la  terre,  frappé  violem- 
ment sous  l’atteinte  du  tonnerre,  comme  un  sommet 
emporté  de  la  cime  d’une  montagne.  252. 

» Mais,  quand  il  le  vit , couché  sous  le  coup  de  sa 
foudre,  semblable  à un  grand  mont,  le  souverain  des 
Dieux,  illuminé  de  sa  splendeur,  ne  ressentit  pas  de 
joie.  263. 

» Tout  frappé , qu’il  est , il  flamboie  de  lumière  ; il 
semble  vivre,  pour  ainsi  dire  ; et  les  tètes  du  foudroyé, 
chose  merveilleuse  ! paraissent  en  quelque  sorte  respirer 
sur  ta  plaine.  255. 

» Extrêmement  effrayé  de  ces  formes,  Çakra  demeura 
plongé  dans  ses  pensées.  Ensuite,  il  prit  une  hache  sur 
son  épaule  et  se  rendit,  sous  les  apparences  d'un  charpen ■ 
lier,  au  bois,  où  cet  homme  gisait  étendu.  L’époux  de 
Çatchl  effrayé  vit  un  ouvrier  en  bois,  qui  marchait  dans 
cette  forêt  ; et  Pakaçàsana,  précipitant  ses  mots,  lui  dit  : 
o Hàte-toi  de  couper  les  têtes  de  cet  homme  ! Exécute  ma 
parole.  •>  255 — 256 — 257. 

a C’est  un  corps  démesurément  grand,  lui  répondit 
P ouvrier  en  bois  ; cette  hache  ne  suffira  point  ; et  je  ne 
pourrai  pas  faire  cette  action,  qui  sera  blâmée  des  gens 
de  bien.  » 258. 

« Ne  crains  pas,  reprit  Indra  ; exécute  promptement  ma 
parole.  Par  ma  grâce,  cette  arme  tienne  sera  semblable  i 
la  foudre.  » 259. 

« Que  je  sache,  repartit  l’ouvrier  en  bois,  qui  est  ton 
excellence  pour  m’ordonner  cette  action  horrible.  Je  dé- 


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YOUDY(M.A-PARVA. 


373 


sire  entendre  cela  ; raconte-le-moi  dans  la  vérité  ! » 200. 

• Je  suis  Indra,  le  souverain  des  Dieux,  répondit-il; 
sache-le,  ouvrier  en  bois;  fais  la  chose  comme  jetele  dis, 
et  ne  tarde  pas,  0 toi,  qui  travailles  le  bois.  » 261. 

• Comment  ne  rougis-tu  pas  ici  d’une  action  cruelle? 
observa  l’artisan.  Tu  as  tué  ce  filsd'un  rishi,  Çakra,  et  tu 
n’as  pas  eu  peur  de  commettre  un  brabmanicide  1 » 202. 

« Je  pratiquerai  ensuite  la  pénitence,  répondit  Indra, 
pour  obtenir  la  purification  si  difficile  ! Cet  homme  était 
un  ennemi  d’une  grande  puissance,  qui  fut  tué  par  ma 
foudre.  263. 

n Dans  cet  instant  même,  je  tremble  et  je  le  crains 
encore.  Hâte-toi  de  lui  couper  ses  têtes,  ouvrier  en  bois, 
et  je  t’accorderai  ma  faveur.  264. 

» Les  hommes  te  donneront  pour  ta  portion  dans  les 
sacrifices  la  tête  de  toutes  les  victimes  : voilà  quelle  sera 
ta  faveur.  Hâte-toi  de  faire  ce  qui  m’est  agréable.  » 206. 

» A peine  eut-il  entendu  cet  ordre,  continue  Çalya, 
l’ouvrier  en  bois  trancha  alors,  sur  la  parole  du  grand 
Indra,  les  têtes  de  Triçiras  avec  la  hache.  200. 

» Mais  de  ces  têtes  coupées  sortirent  de  tous  les  côtés 
des  oiseaux  : c'étaient  des  francolins,  des  perdrix  et  des 
moineaux.  207. 

» Les  francolins  d’un  vol  léger  s’enfuirent  de  la  bouche, 
avec  laquelle  il  récitait  les  Védas  et  buvait  le  soma.  268. 

» De  la  bouche,  avec  laquelle,  royal  Pândouide,  on  le 
voyait  absorber,  pour  ainsi  dire,  tous  les  points  de  l'es- 
pace, s'envolèrent  aussitôt  les  perdrix.  260. 

» Les  moineaux  et  les  faucons  s’échappèrent  alors, 
éminent  Bharatide,  de  la  bouche,  avec  laquelle  Triçiras 
buvait  le  soma.  270. 


37â 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Ces  têtes  une  fois  coupées,  Maghavat,  joyeux  et  libre 
de  soucis,  s’en  retourna  au  Tridiva  et  l'ouvrier  en  bois  re- 
gagna son  habitation.  271. 

» Le  meurtrier  des  ennemis  des  Dieux  se  crut  arrivé  au 
comble  de  ses  vœux,  quand  il  eut  immolé  son  ennemi  ; et 
Twashtri  le  Pradj&pati,  ayant  appris  que  Çakra  avait  tué 
son  fils,  prononça  ces  paroles,  les  yeux  rouges  de  colère  : 

272—273. 

« Parce  que  Çakra,  sans  qu’il  eut  à se  plaindre  d’une 
offense,  a tué  mon  fds,  qui  pratiquait  la  pénitence,  tou- 
ours  patient,  dompté,  les  organes  des  sens  vaincus,  à 
cause  de  cela  je  vais  susciter  un  loup  pour  la  mort  de 
Çakra.  Que  les  mondes  voient  mon  énergie  et  la  grande 
force  de  ma  pénitence  ! 27â— .275j 

» Qu’il  la  contemple  lui-même  ce  méchant  roi  des 
Dieux,  à l'âme  criminelle  ! « Ensuite  l’ascète  à l'immense 
renommée  toucha  l’eau  avec  colère  ; et,  quand  il  eut  sa- 
crifié dans  le  feu,  il  fit  naître  un  loup  et  lui  dit  : o Ennemi 
de  Çakra,  grandis  par  la  supériorité  de  ma  pénitence  ! » 

27fl— 277. 

« L’animal  crut,  semblable  an  feu  ou  au  soleil,  et  tou- 
chant le  ciel  de  sa  grande  taille'.  « Que  dois-je  faire?  » 
dit-il,  levé  déjà  comme  le  soleil  de  la  mort.  278. 

« Tue  Çakra  !»  A ce  mot,  il  s’en  alla  au  Tridiva.  Alors 
une  grande  bataille  continue,  bien  effrayante  de  s'engager, 
ô le  plus  vertueux  des.Kourouides,  entre  ces  deux  combat- 
tants irrités,  le  loup  et  le  roi  des  Dieux.  L’héroïque  Vritra 
de  saisir  le  souverain  des  Immortels,  Çatakratou.  279-280. 

i>  Rempli  de  colère,  il  ouvrit  sa  gueule  et  prit  le  Dieu 
entre  ses  mâchoires.  Les  rois  du  Tridiva  furent  émus, 
quand  ils  virent  ce  loup  dévorer  Çakra.  281. 


YOUDYOCVPABVA, 


» Ces  Dé i tés  à 1»  grande  âme  de  s’enfuir  au  bâillement 
destructeur  de  Vritra.  Mais,  ayant  diminué  ses  membres, 
je  meurtrier  de  Baia  sortit  de  la  gueule  ouverte  par  le 
bâillement  du  loup.  Le  bâillement  tourna  depuis  ce  temps 
à la  vie  du  monde.  282 — 283. 

» A l'aspect  de  Çakra,  qui  émergeait  decet  abîme,  tous 
les  Souras  furent  saisis  d’étonnemeut.  Alors  recommença 
entre  les  deux  champions  irrités,  éminent  Bharatide,  le 
combat  épouvantable  de  longue  durée.  Enfin,  blessé  par 
la  force  et  l’énergie  de  Twashtri,  Indra  cessa  de  contr 
battre  alors  que  Vritra,  doué  de  vigueur,  s’accroissait  dpns 
la  bataille.  Quand  il  fit  sa  retraite,  les  Dieux  tombèrent 
dans  une  profonde  terreur.  28â— 285 — 280. 

» S'étant  réunis  avec  Çakra,  tous,  fascinés  par  l'énergie 
de  Twashtri,  ils  se  mirent  à délibérer  avec  les  anacho- 
rètes. 287, 

« Que  faut-il  faire  ? a pensaient-ils,  sire,  délirants  de 
frayeur.  Tous,  ils  allèrent  de  leurs  p maées  vers  le  ma- 
gnanime, vers  l’éternel  Vishnou  ; 288. 

• Et  tous,  désirant  la  mort  de  Vritra,  ils  s'assirent  suy 
la  cime  du  Mandara.  289. 

u Tout  ce  monde  éternel,  puissants  Dieux,  leur  dit  In- 
dra, est  occupé  par  Vritra.  11  n’existe  rien,  certes  ! de 
semblable  à lui,  qui  puisse  nous  défendre  de  ses  coups. 

» J’étais  capable  autrefois,  sans  doute  ; je  suis  inca- 
pable aujourd'hui.  Comment  ferai-je  votre  félicité?  Je 
l’estime,  ce  monilre , assurément,  invincible.  290—291. 

>•  Énergique,  magnanime,  d'une  vigueur  iulinie  dans 
le  combat,  il  dévorera  les  trois  mondes  avec  les  enfants 
de  Manou,  les  Asouras  et  les  Dieux-mêmes.  292. 

» Écoutez  donc  la  chose,  que  je  vous  assure,  haip^1118 


876 


LE  MAHA-BHARATA. 


du  Tridiva  : allons  an  palais  de  Vishnou  ; et,  noos  étant 
réunis  avec  ce  magnanime,  nous  connaîtrons,  après  que 
nous  en  aurons  délibéré  avec  lui,  ce  moyen  de  tuer  le  scé- 
lérat. » 298 — 294. 

» Quand  Maghavat  eut  p irlé  ainsi,  les  Dieux  s’en  furent 
avec  les  troupes  des  rishis  implorer  la  protection  de  l'éter- 
nel, tout-puissant,  divin  et  secourable  Vishnou.  295. 

» Accablés  par  la  crainte  de  Vritra,  ils  dirent  à Vishnou, 
le  souverain  de  tous  les  Dieux  : a Jadis,  tu  as  franchi  les 
trois  mondes  en  trois  pas.  296. 

» C’est  toi,  Vishnou,  qui  as  enlevé  l’ambroisie  et  vaincu 
les  Daltyas  dans  le  combat.  Çakrane  fut-il  pas  élu  comme 
le  souverain  des  Dieux,  après  que  tu  eus  enchaîné  Bali, 
le  grand  Daltya?  297. 

« Tu  es  le  seigneur  de  tous  les  Dieux,  toute  cette  éten- 
due est  l’ouvrage  de  tes  mains.  Tues  Dieu,  le  Grand-Dieu, 
adoré  de  tous  les  mondes.  298. 

» Sois  l’asile  des  Dieux  et  des  Indras,  o le  plus  excellent 
des  Immortels.  Vritra,  meurtrier  des  Asouras,  remplit 
tout  cet  univers.  * 299. 

Vishnou  de  répondre  : 

« Nécessairement,  c’est  à moi  de  faire  votre  bien  su- 
prême : je  vais  donc  vous  dire  par  quel  moyen  ce  monstre 
cessera  d'être.  800. 

• Allez  avec  les  rishis  et  les  Gandharvas  au  lieu  où 
reste  l’Être,  qui  a les  formes  de  tout  : employez  la  flatterie 
auprès  de  lui  et  votre  victoire  est  assurée.  801. 

» Mon  énergie  donnera  le  triomphe  à Çakra  ; j'entrerai 
invisible  dans  sa  foudre,  Dieux,  qui  est  la  plus  grande 
des  armes.  302. 

• Allez  donc  avec  les  rishis  et  les  Gandharvas,  6 les 


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YOUDYOGA-PARVA, 


177 


plus  élevés  des  Dieux  : faites  au  plus  vite  la  paix  entre 
Vritra  et  Çakra.  » 803 . 

» Quand  le  Dieu  eut  ainsi  parlé,  les  rishis  et  les  Tri- 
daças  mirent  Indra  à leur  tête  et,  réunis,  ils  marchèrent 
de  compagnie.  30i. 

» Dès  que  tous  ces  Dieux  à la  grande  vigueur,  accom- 
pagnés d'Indra,  furent  arrivés  près  de  tan  habitation,  ils 
virent  l’auguste  Vritra,  flamboyant  de  splendeur,  dévorant 
les  dix  points  de  l’espace  et  les  trois  mondes  à la  fait, 
comme  s’il  était  la  lune  et  le  soleil.  30& — 306. 

» S’étant  approchés  de  Vritra,  les  rishis  lui  adressèrent 
un  langage  aimable  : a Tout  ce  monde,  invincible,  est 
rempli  de  ta  splendeur.  307. 

» Tu  ne  peux  triompher  du  roi  des  Dieux,  ô le  plus 
grand  des  forts.  La  mort  toute-puissante  a passé  par- 
dessus votre  combat  à tous  deux.  SOS. 

» Les  hommes,  les  Asouras,  les  Dieux-mêmes,  toutes 
les  créatures  sont  dans  l'oppression.  Qu’une  éternelle 
amitié  existe  donc  entre  toi,  Vritra,  et  le  souverain  des 
Immortels.  300. 

* Tu  obtiendras  le  bonheur  et  les  mondes  éternels  de 
Çakra.  » A peine  eut-il  ouï  ce  discours,  l’ Asoura  Vritra  à 
la  grande  force  répondit  à tous  ces  rishis,  en  courbant  sa 
tête  : « Vous  et  les  Gandharvas,  vous  êtes  tous  univer- 
sellement des  êtres  vertueux.  310 — 311. 

» J’ai  entendu  tout  ce  que  vous  avez  dit  ; écoutez  ce  que 
j’ai  moi-même  à vous  dire,  personnages  sans  péché. 
Comment  la  paix  subsistera-t-elle  entre  nous  deux,  Indra 
et  moi?  812. 

» Comment  l’amitié  pourra-t-elle  exister,  Immortel», 
entre  deux  êtres  doués  de  vigueur  ? » 313. 


178 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Les  rishis  lui  firent  oette  réponse  : 

« 11  faut  désirer  une  fois  de  s'unir  avec  les  gens  hon- 
nêtes ; ensuite,  arrivera  ce  qui  doit  être  ; une  liaison  avec 
les  hommes  vertueux  ne  peut  engager  dans  aucune  faute  ; 
donc,  il  faut  désirer  Je  commerce  avec  les  gens  de  bien. 

» L’union  avec  un  homme  vertueux  est  solide  ; sage,  il 
dira  toujours  dans  les  affaires  pénibles  ce  qu'il  y ad’utile. 
Le  commerce  avec  une  personne  honnête  est  grandement 
avantageux  : donc,  le  sage  ne  voudra  jamais  tuer  uu 
homme  de  bien.  314 — ,316. 

» Indra  est  estimé  des  bons  ; il  est  l'habitation  des  ma- 
gnanimes ; il  est  véridique,  sans  défaut,  connaissant  le 
devoir,  ingénieux  dans  ses  résolutions.  316. 

» Que  la  paix  subsiste  à jamais  entre  Ç&kra  et  loi  : va 
de  cette  manière  à la  confiance  ; et  que  ton  te  ne  se 
tourne  jamais  autrement.  » 317. 

» Quand  il  eut  entendu  ce  langage  des  maharsbis,  le 
colosse  à la  grande  splendeur  : « Vénérables,  reprit-il,  il 
me  faut  nécessairement  honorer  les  maharshig.  318. 

» Si  l'on  exécute  tout  ce  que  je  vous  dis.  Immortels, 
alors  je  ferai  moi-même  tout  ce  que  vous  me  dites,  émi- 
nents brahmes.  319. 

> Que  la  mort  ne  me  soit  jamais  donnée,  Indra  des 
brahmes,  ou  par  Çakra,  ou  par  les  Dieux,  ni  avec  le  sec, 
ni  avec  l'humide,  ni  avec  la  pierre,  ni  avec  le  bois,  ni  avec 
une  arme,  ni  avec  une  formule  magique,  soit  le  jour,  soit 
la  nuit.  A ces  conditions,  il  me  plaît  de  nouer  une  paix 
éternelle  avec  Çakra.  » 320 — 321. 

g Soit  I » lui  répondirent  les  rishis,  excellent  fils  de 
Bharata.  La  paix  conclue  ainsi,  Vritra  fut  content  -,  322. 

» Et  Indra,  plein  de  joie,  était  lui-même  toujours  dans 


-Bigitifed-toy-Geogle 


YOUD  YOGA-  PAR  V A . 


379 

la  mesure.  Cependant,  la  pensée  remplie  des  moyen*  liés 
avec  la  mort  de  Vritra,  et  lui  cherchant  sans  cesse  un  dé- 
faut dans  sa  cuirasse,  le  roi  des  Dieux  habitait  continuelle- 
ment  au  sein  de  la  crainte.  Un  jour,  il  vit  le  grand  Asoura 
sur  les  bords  de  la  mer.  323 — 324. 

» C'était  au  déclin  du  crépuscule,  l'instant  était  des 
plus  périlleux.  Alors  Bhagavat,  pensant  aux  grâces,  qu'il 
avait  accordées  â ce  magnanime  : 326. 

« C'est  le  crépuscule,  se  dit-il  ; ce  n’est  ni  le  jour,  ni  la 
nuit  effrayante  ; ce  lonp  est  un  ennemi,  qui  ravit  tout  : il 
faut  nécessairement  que  je  lui  donne  la  mort.  326. 

» Si  je  ne  trompe  ce  grand  Asoura  au  grand  corps,  à 
la  grande  vigoeur,  et  ne  le  tue  aujourd'hui,  il  n'y  aura 
point  de  bonheur  {tour  moi.  » 327. 

» Tandis  qu’il  agitait  ces  pensées,  paîtra  se  rappela 
Vishnou.  11  vit  alors  s’élever  dans  la  mer  une  masse  d’é- 
cumes, semblable  à une  montagne.  328. 

«Ceci  n’est,  se  dit-il,  ni  du  sec  ni  de  l'humide,  et  ce 
n'est  pas  une  arme.  Je  jetterai  cette  écume  sur  Vritra,  et 
il  périra  dans  l'instant  même.  » 329. 

a 11  envoya  soudain  sur  Vritra  l’écume  avec  sa  foudre  e 
Vishnou,  entrant  dans  l’écume,  étouffa  ce  loup.  330. 

» Ce  monstre  immolé,  les  plages  du  ciel  brillèrent 
sans  obscurité,  le  vent  souilla  d'une  haleine  favorable  et 
les  créatures  se  réjouirent.  331. 

» Aussitôt  les  grands  Ouragas , les  Rakshasas , les 
Yakshas,  les  Gandharvas,  les  rishis  et  les  Dieux  mêmes 
d’exaller  Mahéndra  par  différentes  louanges.  332. 

e Adoré  par  tous  les  êtres,  disaient-ils , il  a servi  tous 
les  êtres  : Indra  à l’âme  ardente  avec  les  Dieux  terrassa 
l'ennemi!  » 333. 


380 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Le  Dieu,  qui  savait  le  devoir,  honora  Vishnou,  l'être 
le  plus  excellent  du  triple  monde.  Quand  Vritra  à la 
grande  vigueur,  qui  frappait  les  Dieux  d'épouvante,  eut 
quitté  la  vie,  l’âme  au  plus  haut  point  souillée  de  Çakra 
fut  vaincue  par  le  mensonge  (1)  : il  fut  surmonté  par  le 
brahmanicide,  qu’il  avait  commis  jadis,  quand  il  fit  déca- 
piter l’ascète  de  ses  trois  têtes.  33 A — 335. 

» Arrivé  à la  fin  des  mondes,  l’àme  délirante,  la 
connaissance  perdue,  le  roi  des  Dieux,  surmonté  par  ses 
fautes,  ne  fut  pas  reconnu  (2).  336. 

» Il  habita,  caché  dans  les  eaux,  rampant  comme  un 
serpent.  A peine  le  souverain  des  Immortels , accablé  par 
la  crainte  du  brahmanicide,  eut-il  péri  moralement,  337. 

» La  terre,  semblable  à une  ruine,  fut  sans  arbres,  et 
ses  bois  frappés  d’aridité  ; les  rivières  étaient  veuves  de 
leur  cours  et  les  lacs  privés  d’eau.  338. 

>.  Une  grande  agitation  secoua  tous  les  êtres,  la  sé- 
cheresse régna,  tous  les  rishis  elles  Dieux  mêmes  furent  en 
proie  à un  immense  tremblement.  339. 

» Tout  cet  univers  sans  roi  fut  la  victime  des  oppres- 
sions : les  Dieux  étaient  dans  l’épouvante  et  se  disaieut  : 
« Qui  sera  notre  roi  î » 340. 

» Dans  le  ciel,  tous  les  rishis  divins  étaient  privés  du 
roi  des  Dieux  ; il  n’était  aucun  des  Immortels,  qui  songeât 
à prendre  les  rênes  du  gouvernement.  341. 

» Les  rishis,  tous  les  Dieux  et  les  souverains  du  Tri- 
diva  : <i  Sacrons,  dirent-ils,  sur  le  trône  des  Dieux,  ce  for- 
tuné Nahousha  1 342. 


(1—2)  Ce  passage  de  la  narration  nous  semble  ici  brusque,  sans  prélude, 
qui  y conduise,  sans  aucune  préparation,  qui  mette  le  lecteur  au  conraut 
dea  idées  nouvelles;  il  doit  manquer  ici  quelque  chose. 


YOÜDYOGA-PARVA. 


381 


» II  est  rempli  de  splendeur,  il  est  renommé,  il  est 
sans  cesse  dans  la  vertu  ! » Tous  se  rendent  vers  lui , et 
tiennent  ce  langage  : « Prince,  sois  notre  souverain  ! a 

a Nahousha,  qui  désirait  son  bien,  répondit  aux  Dieux, 
sire,  et  aux  troupes  des  rishis  accompagnés  des  Dieux 
mêmes  : 343 — 3 Ai. 

« Je  suis  faible,  je  n’aurai  pas  la  force  de  défendre  vos 
Déités  ; un  monarque  est  vigoureux  ; la  force  était  sans 
cesse  dans  Çakra  ! » 345. 

a Tous  les  Dieux , ayant  5 leur  tête  les  rishis , lui 
dirent  : a Appuyé  sur  notre  pénitence  , défends  le 
royaume  dans  le  ciel  d’Indra.  346. 

» Nous  nous  inspirons  sans  doute  l’un  à l’autre  une 
crainte  épouvantable.  Sois  sacré , roi  des  rois , et  sois 
notre  monarque  dans  le  ciel  d’Indra!  347. 

» Tu  enlèveras  d’un  regard  la  force  des  Bhoûtas  , des 
Gandharvas,  des  Pitris,  des  Rakshasas,  des  rishis,  des 
Yaltshas , des  Dânavas  et  des  Dieux , qui  habitent  les 
choses  sensibles  à la  vue.  Tu  seras  fort  ! Mettant  le  de- 
voir toujours  en  première  ligne,  sois  le  souverain  de  tous 
les  mondes.  348 — 349. 

» Protège  dans  le  ciel  d’Indra  les  brahmes,  les  rishis  et 
les  Dieux  I » 11  fut  donc  sacré,  roi  des  rois,  comme  sou- 
verain dans  le  Tripishtapa.  350. 

» Il  mit  alors  le  devoir  avant  tout  et  fut  le  suzerain 
de  tous  les  mondes.  Il  obtint  une  grâce  bien  difficile  à 
obtenir  et  il  acquit  le  trône  du  ciel  d’Indra.  351. 

i Quoiqu’il  eût  renfermé  jusqu'à  ce  moment  son  âme 
dans  le  devoir,  il  abandonna  son  âme  à tous  les  plaisirs 
au  milieu  de  tous  les  jardins  des  Dieux  et  des  bosquets 
du  Nandana.  352. 


LE  MAHA-BHAIUTA. 


582 


» Sur  le  Kallàsa,  sur  la  ctme  de  l’Hlmalaya,  sur  le 
Mandara,  sur  le  mont  Swéta,  dans  le  Sahya,  sur  le  Ma- 
héndra,  dans  le  Malaya,  sur  les  rivages  de  la  mer,  et  sur 
la  rive  des  fleuves,  3ô3. 

» Nahousha,  le  souverain  des  Dieux,  environné  d’Ap- 
saras,  entouré  de  filles  des  Immortels,  se  jouait  alors  de 
diverses  manières.  3 54. 

» Il  écoutait  des  légendes  célestes,  tissues  de  dilTérente 
espèce,  et  ravissant  toutes  l’oreille,  les  instruments  de 
musique  au  complet  et  des  chants  aux  doux  sons.  355. 

» Viçtvâvasou,  Nârada,  les  chœurs  des  Apsaras  et  des 
Gandharvas,  les  six  saisons  servaient,  revêtues  d'un  corps 
le  nouvel  Indra  des  Dieux.  356. 

» Le  vent  frais,  aimable,  ravissant,  soufflait  une  ha- 
leine embaumée.  Tandis  que  l’insensé  Nahousha  folâtrait 
ainsi,  367. 

» La  Déesse,  épouse  bien  aimée  de  Çakra,  vint  à tom- 
ber sous  ses  regards.  A sa  vue,  le  roi  libertin  dit  à tous 
ses  courtisans  : 358. 

« Pourquoi  la  Déesse,  épouse  d’Indra,  ne  vient-elle  pas 
à moi?  Je  suis  Indra,  et,  comme  tel,  le  maître  des  Dieux 
et  des  mondes.  369. 

» Que  Çatchl  vienne  promptement  aujourd’hui  même 
dans  mon  palais.  » A ces  mots,  la  Déesse  infortunée  dit  à 
Vrihaspati  : 300. 

« Protége-moi  contre  Nahousha,  brahme  ; j’implore  ton 
secours.  Ne  m’as-tu  pasdit,  brahme,  à moi,  douée  de  tous 
les  signes  heureux  : 361.' 

« Tu  seras  l'unique  épouse  du  roi  des  Dieux.  Chérie, 
fidèle  à ton  mari,  non  atteinte  par  le  veuvage,  tu  hériteras 
avec  lui  de  tous  les  plaisirs  infinis.  » 862. 


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YOUDY  OG  A-PARV  A. 


88» 


/ » C’est  ainsi  que  tu  m'as  parlé  ; fais  donc  vraie  ta  pa- 
role : tu  n'as  jamais  dit  avant,  bienheureux  seigneur,  au- 
cune parole  en  vain.  3(53. 

» Que  cette  parole  de  toi,  ô le  plus  vertueux  des 
brahmes,  soit  donc  une  vérité  ! » Vrihaspati  répondit  à 
Çakrànl,  délirante  de  crainte  : 364. 

« Ce  langage,  qui  te  fut  tenu  par  moi,  Déesse,  sera  cer- 
tainement une  vérité.  Tu  verras  bientôt  revenu  ici  Indra, 
le  roi  des  Dieux.  365. 

» Tu  n’as  rien  à craindre  de  Nahousha  : cette  parole 
n’est  pas  un  mensonge.  Je  ne  tarderai  pas  à t’emmener 
d’ici  avec  Çakra.  » 366. 

» Nahousha  apprit  que  Çakrânl  s’était  mise  sous  la  pro- 
tection de  Vrihaspati,  fils  d’Angiras,  et  le  puissant  roi 
s’enflamma  alors  de  colère.  367. 

» Quand  ils  virent  Nahousha  irrité,  les  Dieux,  ayant  les 
rishis  à leur  tète,  dirent  à ce  roi  des  Immortels,  d’un  aspect 
inspirant  la  crainte  : 368. 

a Roi  des  Dieux,  éteins  cette  colère  dans  ton  line  cour- 
roucée, seigneur  du  monde  : elle  tait  trembler  le  grand 
Ouraga  avec  le  Kinnara.leGandharvaavecrAsoura.  SOU. 

» Étouffe  cette  colère,  prince  vertueux  ; les  gens  de  ta 
sorte  ne  s’irritent  pas.  Cette  Déesse  est  l’épouse  d’un 
autre;  reviens  à la  sérénité  de  l'âme,  monarque  des 
Souras.  870. 

» Ramène  ton  esprit  de  cette  pensée  criminelle  ; ne 
veuille  pa * souiller  les  épouses  d'autrui.  Tu  es  le  roi  des 
Dieux,  permets-nous  de  le  rappeler  ici  (1)  ; gouverne  les 
créatures  avec  justice.  » 371. 


(!)  Badran  tai.  Voyez  dan*  notre  Ràm&ywâ  une  notetur  ce  mot. 


884 


LE  MAHA-BBARATA. 


* Cela  dit,  ('■garé  par  l’amour,  le  monarque  des  Dieux 
ne  reçut  point  leur  parole,  et  il  adressa  aux  Immortels  ce 
langage  : 372. 

« L’illustre  Ahalyâ,  l’épouse  d’un  rishi,  fut  jadis  souillée 
du  vivaut  même  de  son  mari  ; pourquoi  n’en  avez-vous 
pas  empêché  Indra  7 373. 

» Il  a commis  de  nombreux  crimes  ; il  a vaqué  à des 
œuvres  immorales  : pourquoi  n’en  avez-vous  pas  empêché 
Indra  7 374. 

» Que  la  Déesse  s’unisse  à moi  ; c’est  là  son  intérêt  le 
plus  grand.  Ainsi,  Dieux,  vous  jouirez  continuellement  de 
la  félicité.  » 375. 

« Nous  amènerons  indrânt,  comme  tu  le  désires,  mo- 
narque du  ciel,  répondirent  les  Dieux.  Étouffe  cette  colère-, 
reviens  au  contentement,  héroïque  souverain  des  Sou- 
ras.  » 376. 

> Cela  dit,  les  Dieux  avec  les  rishis,  enfants  de  Bha- 
rata, s’en  allèrent  répéter  ces  funestes  paroles  à Vrihaspati 
ainsi  qu’à  Indrànl  : 377. 

« Nous  savons,  Indra  des  brahmes,  qu’lndrânl  est  venue 
dans  ton  palais  se  mettre  sous  ta  protection,  et  que  tu  lui 
as  donné  la  sécurité,  ô le  plus  excellent  des  rishis  divins. 

» Les  Dieux  avec  les  Gandharvas  et  les  rishis  t’en  sup- 
plient, brahme  à la  grande  splendeur  : accorde  lndrànt  à 
Nahousha.  378—379. 

» Ce  roi  des  Dieux  à la  vive  lumière  est  plus  distingué 
qu’ Indra.  Veuille,  cette  noble  dame  à la  taille  gracieuse, 
le  choisir  en  qualité  de  son  époux.  » 380. 

» A ces  mots,  la  Déesse  versa  des  larmes  avec  des 
plaintes,  et  consternée,  baignée  de  pleurs,  elle  dit  ces  pa- 
roles à Vrihaspati  : 381 . 


YOUDYOGA-PARVA. 


385 


« Non  ! je  ne  veux  pas  de  Nahousha  pour  époux  ! Je  suis 
venue  me  réfugier  sous  ta  protection,  brahme,  le  plus 
excellent  des  rishis  divins.  Sauve-moi  de  ce  grand  dan- 
ger ! » 382. 

« Je  ne  dois  pas  abandonner  Indrànt,  qui  s'est  réfugiée 
sous  ma  protection,  répondit  V rihaspati  ; c'est  ma  réso- 
lution. Je  ne  t’ abandonnerai  pas,  femme  sans  reproche, 
qui  sais  le  devoir  et  qui  es  dévouée  à la  vérité.  383. 

» Je  ne  veux  pas  faire,  quand  je  suis  brahme  surtout, 
une  chose,  que  je  ne  dois  pas  faire.  Od  m'a  enseigné  le 
devoir  ; je  suis  livré  à la  vérité  et  je  connais  les  préceptes 
de  la  vertu.  384. 

» Je  ne  commettrai  pas  cette  chose  ; retirez-vous,  ô les 
plus  grands  des  Dieux.  Mais  écoutez  ces  vers,  qui  furent 
jadis  chantés  par  un  brahmine  sur  ce  sujet  : 385. 

« L’être,  qui  livre  à son  ennemi  un  réfugié  tremblant, 
n’ obtient  pas  un  protecteur,  quand  il  appelle  protection  : 
sa  semence  ne  sort  pas  de  terre  au  temps  de  la  germina- 
tion, et  la  pluie  ne  tombe  pas  sur  elle  dans  la  saison  des 
pluies.  388. 

» L’insensé,  l’âme  perdue,  qui  livre  un  réfugié  trem- 
blant, n'obtient  qu'une  nourriture  stérile  : les  Dieux 
n’acceptent  jamais  son  offrande  et  il  tombe  des  mondes 
du  Swarga  1 387. 

» Celui,  qui  livre  â son  ennemi  un  réfugié  tremblant, 
voit  ses  fils  mourir  avant  le  temps,  ses  pères  lui  intenter 
des  procès  et  les  Dieux  lancer  la  foudre  sur  lui.  » 388. 

» Instruit  ainsi  de  ces  choses,  je  ne  veux  pas  livrer  cette 
Çatcht,  connue  dans  le  monde  sous  le  nom  d'indrânl, 
parce  quelle  est  la  royale  épouse  bieu-aimée  d’Indra. 

» Que  la  chose  avantageuse  pour  elle-même  soit  aussi 
v 25 


380 


LE  MAHA-BHARATA. 


la  chose,  qui  est  à mon  avantage.  Qu'il  soit  donc  fait  ainsi, 
6 les  plus  vertueux  des  Immortels  : je  ne  livrerai  pas 
Çatchl.  » 389—34)0. 

» Là-dessus  les  Dieux  et  les  Gaudharvas  tinrent  ce  lan- 
gage au  gourou  : « Comment  conduirons-nous  bien  cette 
affaire  ? Daigne  nous  conseiller,  Vrihaspati  1 » 391. 

« Que  la  charmante  Déesse  Indràni,  leur  dit-il,  de- 
mande à Nahousha  une  chose  intermédiaire.  Votre  bien 
sortira  de  la  chose  même.  592. 

» Le  temps  est  un  grand  obstacle,  puittants  Dieux  ! Le 
temps  amènera  la  mort  ; et  le  vigoureux  Nahousha  sera 
fier  de  cette  grâce,  qu'on  est  venu  lui  demander.  » 393. 

» A ces  mots,  les  Dieux  satisfaits  répondirent  : o Bien, 
brahme  ! De  tes  paroles  sortira  le  bien  de  tous  les  habitants 
du  ciel.  39 4. 

» Il  en  sera  ainsi,  Ô le  meilleur  des  brahuies,  et  nous 
allons  persuader  la  reine.  » Ensuite,  tous  les  Dieux, 
mettant  à leur  tête  Agni,  adressèrent  sans  trouble  ces  pa- 
roles à Indràni,  par  le  désir  du  bien  des  mondes  : 

395—390. 

« Tout  cet  un' vers  avec  ses  êtres  immobiles  et  mobiles 
est  contenu  par  toi.  Tu  es  l’épouse  d'un  seul  mari,  tu  es 
vraie  ; vas  trouver  Nahousha.  397. 

» Épris  d'amour  pour  toi,  Déesse,  ce  Nahousha  criminel 
périra  bientôt,  et  Çakra  soudain  reprendra  le  gouverne- 
ment du  monde  avec  le  trône  des  Dieux.  » 398. 

» Quand  elle  eut  formé  ainsi  sa  résolution,  Indràni  se 
rendit  auprès  de  Nahousha  à l’aspect  effrayant  pour  le 
succès  de  l’affaire.  399. 

» A peine  eut-il  vu  cette  Déesse,  douée  de  beauté  et 
d’une  étemelle  jeunesse,  le  pervers  Nahousha  se  réjouit, 


Y OUDYOG  A-PAR V A . 


387 


l'âme  frappée  d’amoar  ; et  le  monarque  intérimaire  des 
Dieux  lui  dit  : « Je  suis  l’indra  des  trois  mondes,  Déesse 
au  sourire  pur.  400 — 401. 

» Aime-moi,  noble  dame  à la  taille  gracieuse,  comme 
ton  époux.  » A ces  paroles  de  Nahousha,  la  Déesse,  fi- 
dèle à son  époux,  402. 

a Trembla,  émue  de  crainte,  comme  un  bananier  au 
souffle  du  vent;  et,  courbant  sa  tête  devant  le  brahme,  elle 
dit,  les  mains  réunies  en  coupe,  403. 

» Au  roi  des  Dieux,  Nahousha  d’un  aspect  effrayant; 

« Je  désire  que  tu  m’accordes  quelque  temps,  souverain 
des  Dieux.  404. 

» On  ne  sait  pas,  ni  ce  que  Çakra  est  devenu,  ni  où  il 
est  allé.  Quand  je  me  serai  informée  de  ces  choses  dans  la 
vérité,  s’il  ne  vient,  seigneur,  aucune  nouvelle  à mes 
oreilles,  je  m’unirai  avec  toi  : cette  parole  est  une  vérité.  » 
Nahousha  fut  dans  la  joie  à ces  mots,  que  lui  adressait 
Indrâni.  405 — 406. 

« Qu’il  en  soit  ainsi,  Déesse  ravissante,  que  tu  me  le 
dis,  lui  répondit-il  ; mais,  quand  tu  sauras  les  événements, 
souviens-toi  d’accomplir  ta  promesse.  » 407. 

» L’illustre  et  charmante  Déité  sortit,  congédiée  par 
Nahousha  ; elle  se  rendit  au  palais  de  Vrihaspati.  408. 

» Quand  les  Dieux,  ayant  Agni  à leur  tête,  eurent  en- 
tendu ces  paroles  d’elle,  ils  se  mirent,  ô le  plus  vertueux 
des  rois,  à penser  attentivement  au  sujet  de  Çakra.  409. 

u Ils  viennent  trouver  l’auguste  Vishnou,  le  Dieu  des 
Dieux,  et,  habiles  à manier  la  parole,  ils  lui  adressent  en 
tremblant  ce  discours  : 410. 

« Indra,  le  monarque  du  peuple  des  Dieux,  est  tour- 
menté par  le  meurtre  d’un  brahme  ; sois  notre  refuge, 


888 


LE  MAHA-BHARATA. 


maître  des  Souras,  toi,  seigneur,  de  qui  la  naissance  a 
précédé  le  monde.  Ali. 

» Après  qu'il  eut  foudroyé  le  brahme  et,  grâce  à ta  ri- 
gueur, immolé  Vritra,  le  Vasavide  eut  recours  à la  pro- 
tection de  Vishnou  pour  la  conservation  de  tous  les  êtres. 

n O le  plus  grand  du  peuple  des  Dieux,  toi,  qui  fus 
choisi  par  lui,  fais-nous  voir  sa  délivrance.  » Quand  il  eut 
entendu  les  paroles  des  Immortels,  Vishnou  leur  fit  cette 
réponse  : 612 — A13. 

« Que  Pàkaçâsana  célèbre  un  sacrifice  en  mon  honneur, 
et  je  purifierai  le  Dieu,  qui  tient  la  foudre,  aussitôt  qu’il 
m'aura  offert  le  sacrifice  d’un  cheval  sans  défaut.  616. 

> 11  remontera  en  pleine  paix  sur  le  trône  des  Dieux,  et 
les  mauvaises  œuvres  de  Nahousha  entraîneront  à sa  perte 
cet  insensé.  A15. 

» Supportez-le  encore.  Immortels,  quelque  temps  avec 
patience.  » Dès  qu’ils  eurent  ouï  de  Vishnou  cette  parole 
heureuse,  véritable,  pareille  à l’ambroisie,  tous  les  chœurs 
des  Dieux,  sur  les  pa9  de  leur  instituteur  spirituel,  s’a- 
vancèrent avec  les  rishis,  vers  le  lieu,  où  était  Indra, 
agité  par  la  crainte.  616 — A17. 

s Là,  existait  pour  la  purification  du  magnanime  Ma- 
héndra  un  cheval  propre  au  sacrifice,  de  très-haute  taille, 
qui  pouvait  enlever  la  tache  du  brabmanicide.  Quand  le 
souverain  des  Dieux,  royal  Youddhishthira,  eut  distribué 
ce  coursier  entre  les  arbres,  les  rivières,  les  montagnes, 
la  terre  et  les  femmes  elles-mêmes  ; quand  il  en  eut  dis- 
séminé les  parties  entre  les  êtres,  le  fils  de  Vasou,  affran- 
chi de  son  péché,  vit  s'enfuir  ses  soucis,  et  revint  au 
calme  de  l’esprit.  618 — 610 — 620. 

» Le  meurtrier  de  Bala  fut  vivement  ému,  quand  il  vit 


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YOUDYOGA-PARVA. 


389 


avec  sa  ressemblance  Nahousha,  qui  enlevait  la  splendeur 
de  tous  les  êtres  et  n'était  supportable  à personne  par  le 
don  de  ses  grâces.  321. 

» L’époux  de  Catch!  périt  de  nouveau,  et,  invisible 
à tous  les  êtres,  il  erra,  attendant  son  moment.  422. 

» Après  cette  mort  d’Indra,  Çatch!  plongée  dans  un  pro- 
fond chagrin  : « Hélas  I Çakra  ! » gémissait  la  Déesse, 
cruellement  allligée.  423. 

» Si  jamais  j’ai  pratiqué  l’aumône,  si  j’ai  cultivé  le 
sacrifice,  si  mes  précepteurs  spirituels  se  sont  réjouis  en 
moi,  s’il  y eut  jamais  en  moi  de  la  fidélité  conjugale  et  de 
la  vérité,  424. 

» Que  mon  désir  soit  accompli  ! J'adore  cette  Déesse, 
la  Nuit , céleste , sainte , qui  commence  au  solstice 
d’été.  » 425. 

» Alors,  elle  adora  cette  divine  nuit,  quand  elle  fut 
arrivée  ; et,  inspirée  par  sa  piété  conjugale,  elle  composa 
un  thème  astrologique  dans  son  désir  de  connaître  la 
vérité.  426. 

« Montre-moi  le  lieu,  dit-elle  à ce  thème  divin,  où  est 
le  roi  des  Dieux  ! Que  je  voie  le  vrai  dans  la  vérité  ! » 

» L’Astromancie  s’approcha  d’elle,  vertueuse  et  char- 
mante ; elle  vit  en  face  la  Déesse  douée  de  beauté  et  d’une 
éternelle  jeunesse.  427 — 428. 

» lndrâni,  l’âme  charmée,  l’honora  et  lui  dit  : « Je 
désire  te  connaître  ; qui  es-tu?  dis-le-moi,  dame  au  noble 
visage  ? » 429. 

« Je  suis  l'Astromancie,  venue  en  ta  présence.  Déesse, 
répondit-elle  ; tu  me  vois  arrivée  sous  tes  yeux  en  vérité, 
auguste  dame.  430. 

» Tu  gardes  la  ûdélité  à ton  époux,  tu  es  livrée  à la 


390 


LE  MAHA-BHARATA. 


pénitence,  tu  es  astreinte  à des  vœu*  ; je  te  ferai  voir  le 
meurtrier  de  Vritra,  le  Dieu  Çakra.  431. 

» Hâte-toi  de  me  suivre,  s’il  te  plaît,  et  tu  verras 
bientôt  le  plus  excellent  des  Dieux  ! » Ensuite,  Indrànt 
de  suivre  la  Déesse,  qui  allongeait  le  pas  devant  elle. 

» Quand  elle  eut  traversé  les  forêts  des  Dieux  et  de 
nombreuses  montagnes,  quand  elle  eut  franchi  l'Himà- 
laya,  elle  arriva  sur  son  flanc  septentrional.  432 — 433. 

» Elle  s’approche  de  la  mer,  qui  s’étend  sur  un  grand 
nombre  d’yodjanas,  et  parvient  à une  grande  lie,  cou- 
verte de  lianes  et  d’arbres  variés.  434. 

» Elle  vit  là  un  lac  charmant,  céleste,  rempli  d’oi- 
seaux : il  se  répandait  sur  cent  yodjanas  et  sa  largeur 
égalait  sa  longueur.  435. 

« Là,  fils  de  Bharata,  étaient  par  milliers  des  lotus 
ravissants,  épanouis,  dans  les  cinq  couleurs,  sur  lesquels 
bourdonnaient  des  abeilles.  436. 

» Au  milieu  de  ce  lac  s'étendait  une  place  grande,  res- 
plendissante, demeure  accoutumée  des  nymphées,  cou- 
verte d’un  lotus  jaune,  à la  tige  élevée.  437. 

« Elle  fendit  cette  lige  ; elle  y entra,  accompagnée 
d' lndrânt,  et  vil  là  Çatakratou,  couché  sur  les  libres  de  la 
plante.  438. 

» A l’aspect  de  l’auguste  habitant  de  ce  lieu  avec  une 
forme  très-délicate,  la  Déesse  Astromancie  se  fit  elle- 
même  portant  la  plus  délicate  forme.  439. 

» Indrànt  de  célébrer  son  époux  ; et  le  Dieu  Pourandara, 
vanté  pour  ses  anciennes  actions  renommées,  ditàÇatchi: 

« Pourquoi  es-tu  venue?  Comment  ma  résidence  te  fut- 
elle  connue  ? » Elle  de  lui  raconter  alors  la  conduite  de 
Nahousha  : 440 — 441. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


301 


• Doué  de  vigueur,  il  a obtenu  la  qualité  d'Indra  sur  les 
trois  mondes.  Ce  pervers,  enivré  d'orgueil,  m’a  dit,  Çata- 
kratou  : 442. 

« Unis-toi  d’amour  avec  moi  !»  Et  ce  cruel  m’a  fixé  un 
temps.  Si  tu  ne  me  sauves,  seigneur,  il  me  réduira  sous 
sa  puissance.  443. 

» C est-là,  certainement,  le  motif,  qui  m'a  conduit  en 
ta  présence.  Immole,  guerrier  aux  longs  bras,  ce  terrible 
Nahousha,  artisan  de  résolutions  criminelles.  444. 

» Révèle  toi-même  qu’il  y a en  toi  le  meurtrier  des 
üânavas  et  des  Daltyas  : déploie  ta  vigueur,  et  recouvre, 
auguste  Dieu , le  trône  des  Immortels.  » 445. 

» Bhagavat  fit  cette  réponse  à ce  langage  de  Catch!  : 
« Ce  moment  n'est  pas  celui  du  courage.  Nahousha  est 
plus  fort  que  moi’.  440. 

» Et  sans  cesse  il  est  accru,  noble  dame,  par  les  risbis, 
les  oblations  aux  Dieux  et  les  offrandes  aux  Mânes.  Je 
vais  établir  une  ligne  de  conduite  ; veuille  la  suivre. 
Déesse.  447. 

» Ce  doit  rester  caché,  Déesse  charmante,  et  ne  doit 
être  dit  par  toi  nulle  part.  Rends-toi  auprès  de  Nahousha, 
et  dis-lui  en  particulier,  Déiti  à la  jolie  taille  : 448. 

« Viens  me  trouver,  seigneur  du  monde,  sur  un  char 
céleste,  traîné  par  des  rishis.  Ainsi,  j’irai  satisfaite  sous 
ta  puissance.  » Parle-lui  de  cette  manière.  » 449. 

» A ces  mots  du  roi  des  Dieux,  son  épouse  aux  yeux  de 
lotus,  répondit  : « Qu’il  en  soit  ainsi  ! » et,  cela  dit,  elle 
s’en  alla  trouver  Nahousha.  460. 

» A sa  vue,  ce  libertin  dit  cette  parole  en  souriant  : 
« La  bien  venue  te  soit  donnée,  Déesse  à la  noble  taille  1 
Que  dois-je  faire  pour  toi,  Déité  au  sourire  pur?  461. 


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SOS 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Aime-moi,  qui  t’aime,  illustre  femme.  Que  dois-je 
faire,  spirituelle  Déesse  ? Je  ferai  pour  toi,  dame  à la  jolie 
taille,  ce  qu’il  est  possible  de  faire.  462. 

» Tu  ne  dois  pas  avoir  de  contusion.  Déesse  charmante  ; 
mets  en  moi  ta  confiance.  Je  te  le  jure  dans  la  vérité. 
Déesse,  j’accomplirai  ta  parole.  » 453. 

« J'attends,  répondit  lndrânl,  ce  temps,  qui  m’a  été 
fixé  par  toi,  maître  du  monde  ; ensuite,  tu  seras  mon 
époux,  souverain  des  hommes.  454. 

» Sache,  roi  des  Dieux,  ce  qui  doit  être  fait  suivant 
mon  cosur  ; je  vais  te  le  dire,  si  tu  veux  faire  ce  qui  m’est 
agréable.  455. 

» Que  cette  parole  soit  environnée  de  ta  bienveillance 
et  je  serai  ton  esclave.  Des  coursiers,  des  éléphants  et  des 
chars  étaient  les  moyens  de  transport,  que  possédait  In- 
dra. 453. 

» Je  désire  pour  toi,  souverain  des  hommes,  un  attelag-, 
qui  n’ait  pas  encore  été  mis  en  usage  et  que  n'aient 
employé  ni  les  hommes,  ni  les  Rakshasas,  ni  Çiva,  ni 
Vishnou.  457. 

» Que  de  vertueux  rishis,  attelés  tous,  auguste  roi, 
traînent  ta  litière  : voilé  ce  qui  m’est  agréable  ! 458. 

» 11  ne  sied  pas  que  tu  aies  un  égal  parmi  les  Asouras 
et  les  Dieux.  La  vertu  de  ton  regard  leur  enlève  à tous  la 
vigueur.  459. 

» Un  fort,  quel  qu’il  soit,  ne  peut  rester  ferme  devant 
toi  ! » 460. 

» A ces  mots,  Nahousha  fut  rempli  d’orgueil  et  le  roi 
des  Dieux  adressa  alors  ces  paroles  & la  Déesse  sans  dé- 
faut : 461. 

« (let  attelage  inoui,  dont  tu  me  parles,  noble  dame, 


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YOUDYOGA-PARVA. 


SOS 


me  plaît  aussi  beaucoup.  Je  suis  ton  esclave,  Déesse  au 
charmant  visage.  402. 

» Celui,  qui  attèle  à son  char  des  solitaires,  n'est,  certes! 
pas  d’une  petite  puissance.  Je  suis  un  ascète  vigoureux, 
le  maître  de  ce  qui  fut,  ce  qui  est  et  ce  qui  sera.  463. 

» Le  monde  ne  subsisterait  pas  dans  ma  colère  : tout 
est  fondé  sur  moi  ! Les  Rakshasas,  les  Ouragas,  les  Rinna- 
ras,  les  Gandharvas,  les  Dànavas  et  les  Dieux,  tous  les 
inondes,  femme  au  sourire  pur,  ne  suffiraient  point  A 
soutenir  ma  colère.  J'enlève  sa  force  à celui,  sur  qui  tombe 
mon  regard,  40 4 — 466. 

» J’accomplirai  donc  ta  parole;  Déesse,  u’en  doute 
pas  ! Les  sept  rishis  eux-mêmes  et  les  rishis  brahmes 
diront  ma  gloire.  466. 

» Regarde,  noble  dame,  quelle  est  ma  majesté  et  l’ex- 
cellence de  ma  fortune.  » 467. 

» Dès  qu’il  eut  parlé  ainsi  et  qu’il  eut  quitté  la  Déesse 
au  charmant  visage,  il  attela  à son  char  des  rishis,  voués 
à l’observance  des  vœux.  468. 

» Doué  de  puissance,  sans  respect  pour  les  brahmes, 
enivré  par  la  force  de  l’orgueil,  l’insensé,  aveuglé  par 
l’amour,  se  fit  traîner  par  des  rishis.  469. 

> La  Déesse,  congédiée  par  Nahousha,  ditàVrihaspati: 
« Il  me  reste  peu  du  temps,  qui  me  fut  accordé  ici  par 
Nahousha.  470. 

» Cherche  promptement  Indra  : aies  pitié  d'une  épouse 
dévouée.  « — « Oui  ! lui  répondit  le  bienheureux  Vrihas- 
pati.  471. 

» Tu  n’as  rien  à redouter,  Déesse,  de  Nahousha  à l'àme 
méchante.  Cet  homme  abject  ne  vivra  pas  long-temps  : 
il  est  même  déjà  mort.  472. 


m 


LE  MAHA-BHARATA. 


» 11  suit  les  conseils  du  vice,  quand  il  se  fait  traîner  par 
les  grands  rishis.  J’exécuterai  ton  désir,  dame  charmante, 
pour  la  ruine  de  cet  insensé.  A73. 

» J’irai  trouver  Çakra  : n’aie  pas  de  crainte.  Sur  toi 
descende  la  félicité  ! a Ensuite,  ayant  allumé  le  feu,  il 
versa  dans  sa  flan  mie  un  beurre  clarifié  de  la  plus  grande 
vertu,  474. 

» Vrihaspati  à la  vaste  splendeur,  après  qu’il  eut 
sacrifié  au  feu  pour  obtenir  le  roi  des  Dieux,  lui  dit,  sire  : 
« Recherche  Indra  ! » 475. 

o Ce  fortuné  Dieu,  le  Feu,  s’étant  fait  4 lui-mème  un 
déguisement  de  femme,  disparut  donc  à l'instant  même. 

» Rapide  comme  la  pensée,  quand  il  eut  fouillé  dans  la 
durée  d’un  clin  d'œil  les  plages,  principales  et  intermé- 
diaires, les  montagnes,  les  forêts,  la  terre  et  l’atmosphère, 
il  revint  à Vrihaspati.  470 — 477 — 478. 

« Je  ne  vois  nulle  part  ici  le  souverain  des  Dieux,  Vri- 
haspati, lui  dit  le  Feu.  11  me  reste  les  eaux  à explorer; 
mais  il  m'est  impossible  4 tout  jamais  de  pénétrer  dans 
les  ondes.  479. 

« Là,  une  route  m'est  refusée  dans  les  < aux  ; brahme, 
quelle  autre  chose  dois-je  faire?  » — « Entre  dans  les 
eaux,  Dieu  4 la  grande  splendeur,  fit  le  gourou  des  Immor- 
tels. »480. 

« Je  ne  puis  entrer  dans  les  eaux,  reprit  Feu  ; là,  serait 
ma  perte.  Je  m’incline  devant  toi,  mon  protecteur  : la 
félicité  descende  sur  toi,  brahme  4 la  grande  splendeur. 

» Le  feu  sort  des  eaux,  le  kshatrya  du  brahme  et  le  fer 
de  la  pierre  ; mais  la  force  de  ces  choses,  qui  pénètre 
tout,  périt  dans  le  sein  même,  d'où  ils  ont  reçu  la  nais- 
sance. » 481 — 482. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


306 


» Vrihaspati  lui  répondit  : 

« Tu  es  la  bouche,  Agni,  de  tous  les  Dieux  ; tu  es  l’ex- 
clamation Vât  de  l’oblation,  tu  es  la  fin  de  tous  les  êtres  ; 
tu  erres  partout  comme  un  témoin  caché  de  touta  les 
c/tous.  683. 

» Les  poètes  disent  que  tu  es  unique  ; mais  on  dit  que 
tu  es  de  trois  espèces.  Abandonné  par  toi,  mangeur  de 
l’offrande,  ce  monde  périrait  à l'instant  même.  484. 

» Quand  ils  ont  fait  adoration  à toi,  les  brahmes  vont, 
avec  leurs  épouses  et  leurs  fils,  dans  la  route  étemelle,  que 
leurs  œuvres  ont  conquise.  485. 

» C'est  toi,  qui  es  le  porteur  de  l’oblation;  c’est  toi, 
Agni,  qui  est  le  havis  par  excellence  ; c’est  toi,  ô le  pre- 
mier des  sacrifices,  que  l’on  adore  en  tous  les  sacrifices, 
grands  et  petits.  480. 

» Ayant  abandonné  ces  trois  mondes,  conducteur  de 
l'offrande,  tu  te  rallumes,  quand  le  temps  estarrivé,  et  tu 
couves  un  nouveau  monde  ; tu  es  la  génération  de  l’u- 
nivers entier,  Agni  ; et  tu  es  encore  une  fois  la  terre.  487. 

» Les  nuages  et  les  éclairs,  Agni,  ne  proclament-ils  pas 
ton  nom,  comme  les  sages;  des  flammes  sorties  de  toi 
portent  l’universalité  des  êtres.  488. 

» Toutes  les  eaux  sont  déposées  en  toi  ; ce  monde  en- 
tier est  fondé  sur  toi  ; il  n’est  rien,  qui  soit  ignoré  de  toi, 
purificateur,  dans  les  trois  mondes.  489. 

» Toute  créature  aime  sa  mère  : l’eau  est  sans  crainte 
parmi  les  hommes;  et  moi  je  t’exalterai  par  des  hymmes 
étemels  et  dignes  de  Brahma,  n 490. 

» Ainsi  loué,  l'auguste  Fou,  le  plus  grand  des  poètes, 
dit  cette  parole  suprême,  rempli  de  joie,  à Vrihaspati  : 

« Je  te  ferai  voir  Indra  ; je  te  parle  en  vérité.  » 491-492. 


596 


LE  MAHA-BH.4RATA. 


» Ensuite,  le  Feu,  entré  dans  les  eaux,  fouilla  les  mers, 
les  marais  et  le  lac  même,  où  Çatakratou  était  caché. 

» En  explorant  les  nymphées,  qui  se  trouvaient  14, 
éminent  Bharalide,  il  fut  conduit  à voir  le  roi  des  Dieux, 
qui  n’était  pas  alors  couché  sur  les  libres  de  son  lotus. 

495—49  à. 

» 11  revint  précipitamment  et  raconta  à Vrihaspati  que 
le  seigneur  s'était  attaché  à la  fibre  d’un  nvmphée  avec 
un  corps,  qui  avait  la  mesure  d'un  aléme.  495. 

» Vrihaspati  s’y  rendit,  accompagné  des  Gandharvas  et 
des  Dévarshis  ; il  célébra  le  Dieu,  meurtrier  de  Bala,  par 
ses  actions  des  temps  passés  : 496. 

ic  Namoutchi,  cet  épouvantable  et  grand  Asoura,  fut 
immolé  par  toi,  Çakra:  c’est  toi,  qui  fis  mordre  la  pous- 
sière à Çambara  et  Bala,  ces  deux  ennemis  d' une  effrayante 
vigueur.  497. 

» Grandis,  Çatakratou  I Étends  morts  tous  les  ennemis  ! 
Vois  ces  Dévarshis,  rassemblés  devant  tes  yeux,  et  lève- 
toi  pour  eux,  Indra.  498. 

» Tu  as  sauvé  les  mondes,  Agni,  en  tuant  les  Dànavas. 
Quand  il  entra  dans  l'écume  des  eaux,  Vishnou  au  plus 
haut  degré  accrut  son  énergie.  499. 

» C’est  donc  par  toi,  maître  du  monde,  que  Vritra  fut 
tué  jadis,  souverain  des  Dieux  ! 500. 

» Toutes  les  créatures  doivent  te  louer,  Dieu  secou- 
rable  ; il  n’existe  pas  sur  la  terre  un  être  égal  à toi  ; toutes 
les  créatures  vivent  par  toi,  Çakra  ; c'est  toi,  qui  fais  la 
grandeur  dos  Dieux.  501. 

» Prolége-nous  tous  avec  les  mondes  ; reprends  ta  force, 
Mahéndra!  » Ainsi  loué,  Indra  peu  à peu  recommença  à 
grandir.  502. 


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YOUDYOG  A-PARVA. 


597 


n II  refit  son  corps  et  fut  de  nouveau  rempli  de  vi- 
gueur ; et  le  Dieu  tint  ce  langage  au  gourou  Vrihaspati, 
debout  devant  lui  : 503. 

a Quelle  affaire  vous  reste  encore,  Twashtri,  après  la 
mort  de  Vritra,  ce  grand  Asoura,  à l'immense  corps,  qui 
voulait  détruire  les  mondes  ? » 504. 

« Dn  homme,  répondit  Vrihaspati,  le  roi  Nahousha,  qui, 
par  la  splendeur  de  la  troupe  des  Dévarshis,  obtint  le 
trône  des  Dieux,  nous  opprime  tous  beaucoup.  » 506. 

a Comment  Nahousha  a-t-il  obtenu  le  royaume  des 
Dieux,  qui  n’est  point  facile  à acquérir?  demanda  le  roi 
déchu.  Quelle  pénitence  a-t-il  pratiqué,  Vrihaspati  ? Et 
quelle  est  son  énergie  ? » 506. 

• Les  Dieux  étaient  effrayés,  reprit  Vrihaspati.  Ils 
aimaient  Çakra  ; ils  regrettaient  ce  rang  de  Mahéndra 
abandonné  par  loi.  Les  Dieux  alors,  les  rishis,  les  princi- 
paux des  Gandharvas  et  les  Dieux  Mânes  se  rassemblèrent 
tous.  607. 

» Us  viennent  trouver  Nahousha  et,  Çakra,  ils  lui  disent: 
« Sois  notre  monarque  et  le  défenseur  du  monde  !»  — » Je 
n'en  suis  point  capable,  répondit  Nahousha;  venez,  quand 
vous  m'aurez  obtenu  par  votre  énergie  et  votre  pénitence.  » 
» Augmenté  par  les  Dieux,  qui  avaient  reçu  de  lui  ces 
paroles,  Nahousha  fut  un  roi  d'une  vigueur  épouvantable. 
Mais,  quand  il  eut  obtenu  l’empire  des  trois  mondes,  il  fit 
des  maharsbis  son  attelage,  et  ce  pervers  circule  ainsi 
dans  les  mondes.  508 — 500. 

» Le  poison  de  ses  yeux  ravit  la  force  ; n’arrète  jamais 
ton  regard  sur  Nahousha.  Tous  les  Dieux,  accablés  d'une 
affligeante  tyrannie,  errent,  sous  des  formes  invisibles,  et 
ne  regardent  pas  Nahousha.  » 510. 


598 


LE  MAHA-BBAKATA. 


» Tandis  que  Vrihaspati.le  plus  grand  des  Angirasides, 
parlait  ainsi,  Rouvéra,  le  gardien  du  monde,  lama  le 
Vivasvatide,  Sonia  (1),  l’antique  Dieu,  et  Varouna arrivent 
en  ce  lieu.  511. 

» Ceux-ci  s’étant  approchés  de  Mahéndra,  tiennent  ce 
langage  : « Par  bonheur,  Vritra  fut  tué,  Twashtri  1 Par 
bonheur,  Indra,  nous  te  voyons  heureux,  sans  blessure, 
vainqueur  de  ton  ennemi  ! » 512. 

» Le  grand  Indra,  l’âme  satisfaite  , adressant  la  parole 
à ces  gardiens  du  monde  rassemblés,  Çakra  leur  dit  exac- 
tement : « Je  donnerai  des  ordres  à la  place  de  Nahousha. 

» Ce  monarque  des  Dieux  a des  formes  épouvantables. 
Que  vos  Divinités  me  donnent  ici  une  force  égale  aux 
siennes.  » « Nahousha,  répondirent-ils,  a des  formes  ter- 
ribles; son  regard  tue  : il  nous  inspire  l’effroi.  Si  tu 
triomphes  du  roi  Nahousha,  nous  méritons,  divin  Çakra, 
une  part  dans  ta  victoire.  » — « Soit  ! reprit  Indra  ; toi, 
le  souverain  des  eaux,  Yarna  et  Rouvéra,  obtenez  main- 
tenant la  consécration  donnée  par  moi  avec  les  Dieux. 
Nous  vaincrons  Nahousha,  l’ennemi  à la  vue  formidable.  » 
Ensuite  le  Feu  dit  à Çakra  : « Donne-moi  une  part  et  je 
te  rendrai  l’égal  en  force  de  ton  ennemi  ! » 

« Dans  un  grand  sacrifice,  répondit  Çakra,  il  n’y  aura 
qu'une  seul  part,  Agni,  sous  ton  nom,  pour  Indra  et  pour 
toi  ! » 513 — 51 A — 515 — 516 — 517. 

» Quand  il  eut  roulé  ses  pensées  en  lui-même,  Pàka- 
çâsana,  le  vénérable  Mahéndra,  Çakra,  le  donateur  des 
richesses,  accorda  à l’auguste  Rouvéra  la  suprême  puis- 


(1)  Pris  évidemment  ici  pour  le  Feu,  signification  inconnue  aux  Diction- 
naires. 


■ -'Btgrttredby  CrOOgle 


YOUDYOGA-PARVA. 


89V 

sance  sur  tous  les  Yakshas  et  la  présidence  des  richesses  -, 
au  Vivasvatide  Yama,  celle  des  Mânes,  et,  à Varouna, 
l'autorité  sur  les  eaux.  618 — 619. 

» Tandis  que  le  sage  roi  des  Dieux  pensait  avec  les 
gardiens  du  monde  aux  moyens  de  porter  la  mort  à Na- 
housha,  620. 

» Le  vénérable  ascète  Agastva  apparut  au  milieu  d'eux, 
et,  quand  il  eut  rendu  l’honneur  au  maître  des  Immortels, 
il  dit  : a Par  bonheur,  la  destruction  de  Viçvaroûpa  et  la 
mort  de  l’Asoura  Vritra  accroissent  la  grandeur  de  ton 
excellence  ! Par  bonheur,  ô toi,  qui  détruis  les  cités  enne- 
mies, Nahousha  est  tombé  du  trône  des  Dieux  ! 

» Par  bonheur,  meurtrier  de  Bala,  je  vois  ta  grandeur 
victorieuse  de  ses  ennemis  immolés  ! » 621 — 522 — 523. 

« La  bien-venue  te  soit  donnée,  grand  saint,  lui  ré- 
pondit Indra;  je  suis  charmé  de  te  voir.  Accepte  de  moi 
l'eau  pour  se  laver  les  pieds,  l’onde  pour  se  rincer  la 
bouche,  la  terre  et  une  argyha.  » 624. 

» Quand  il  eut  honoré  et  quand  il  eut  fait  asseoir  sur  un 
siège  le  plus  excellent  des  anachorètes,  le  souverain  des 
Dieux  interrogea  avec  plaisir  cet  éminent  brahme  : 525. 

« Voici  ce  que  je  désire,  ô le  plus  grand  des  régénérés, 
c’est  que  tu  me  racontes,  vénérable,  comment  Nahousha 
à la  résolution  criminelle  a pu  tomber  du  Swarga.  » 526. 

« Écoute,  Ç.akra,  lui  répondit  Agastva,  cette  narration 
agréable,  comment,  orgueilleux  de  sa  force,  le  roi  Nahou- 
sha, à l'âme  vile,  aux  mœurs  dépravées,  est  tombé  du  Pa- 
radis. 627. 

» Les  Dévarshis  les  plus  vertueux  et  les  brahmarshis 
sans  tache  portaient,  accablés  de  fatigue,  ce  Nahousha, 
artisan  d'iniquités.  528. 


400 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Ces  brahmes,  que  l’on  appelle  des  Mantras  dans  le 
sacrifice  des  vaches,  interrogèrent  Nahousha  sur  un 
doute,  puissant  Dieu,  le  plus  grand  des  vainqueurs.  526. 

« Indra,  l'écriture  a dit  : « Vous  êtes  une  autorité, 
brahmes,  ou  il  n’y  en  a pas.  » — « NonI  » leur  répondit 
Nahousha,  l'âuie  égarée  par  la  qualité  tamas  ou  C obscu- 
rité. 530. 

• Tu  es  au  milieu  du  vice,  reprirent  les  rishis,  et  tu 
ne  produiras  point  la  vertu.  Cette  autorité  de  nous  fut 
proclamée  jadis  par  les  Maharshis.  » 531. 

» Ensuite,  disputant  avec  les  solitaires,  fils  de  Vasou, 
il  me  frappa,  aveuglé  par  le  vice,  de  son  pied  sur  la 
tète.  532. 

n Ce  coup  fit  perdre  au  maître  de  la  terre  sa  splen- 
deur et  détruisit  sa  prospérité.  Sur  le  champ  je  dis  au 
prince,  l’âme  troublée,  accablé  de  crainte  : 533. 

« Parce  que  tu  maltraites  un  homme,  qui  n’est  pas 
méchaut,  qui  est  suivi  par  des  braluuarshis,  et  que  les 
anciens  oui  égalé  à Brahman  lui-même;  parce  que  tu 
m’as  frappé  la  tête  de  ton  pied  ; 534. 

» Parce  que  tu  te  fais  un  attelage  de  rishis  inabor- 
dables, pareils,  â Brahma,  et  que  tu  es  traîné  par  eux  ; â 
cause  de  cela,  insensé,  tombe,  renversé  du  ciel,  sur  la 
surface  de  la  terie,  ta  splendeur  éteinte,  scélérat,  et  la 
récompense  de  tes  vertus  épuisée.  Tu  parcoureras  le 
monde  sous  la  forme  d’un  grand  serpent  dix  mille  années; 
et,  après  ce  laps  de  temps  révolu,  le  Swarga  te  sera  de 
nouveau  rouvert.  » C’est  ainsi,  dompteur  des  ennemis, 
que  ce  pervers  est  tombé  du  trône  des  Dieux. 

535—536—537. 

» Nous  sommes  heureusement  accrus;  l’épine  du 


Y0UDY0G4-PARVA. 


401 


monde,  Çakra,  est  arrachée.  Rentre  dans  le  Tripishtapa, 
époux  de  Çatcht,  et  vainqueur  de  tes  sens,  triomphateur 
de  tes  ennemis,  exalté  par  les  grands  saints,  défends  de 
nouveau  les  mondes.  638  — 539. 

» Les  Dieux  au  comble  de  la  joie,  environnés  par  les 
chœurs  des  Maharshis,  lus  Mânes,  les  Yakshas,  les  ser- 
pents divins  et  les  Rakshasas,  540. 

» Les  Gandtiarvas  et  les  vierges  des  Dieux,  toutes  les 
compagnies  des  Apsaras,  les  lacs,  les  rivières,  les  mon- 
tagnes et  les  mers,  souverain  des  hommes,  641. 

» S’étant  approchés,  dirent  de  concert  : « Par  bonheur, 
tu  crois  en  fortune,  destructeur  des  ennemis  1 Par  bon- 
heur, le  sage  Agastya  a frappé  le  pervers  Nahousha  1 

» Par  bonheur,  cet  homme  aux  mœurs  criminelles  est 
devenu  un  serpent  sur  la  face  de  la  terre  V » 642 — 643. 

» Ensuite  Indra,  célébré  par  les  chœurs  des  Apsaras  et 
des  Gandharvas,  monta  sur  Airàvata,  le  roi  des  éléphants, 
doué  de  tous  le3  signes  heureux.  644. 

» Le  Feu  à l’immense  splendeur,  Vrihaspati  le  grand 
saint,  Yama,  Varouna,  Kouvéra,  le  souverain  des  riches- 
ses, 645. 

» Tous  les  Dieux  environnent  Çakra,  le  meurtrier  de 
Vritra.  Çatakratou,  autour  de  qui  marchaient  les  Gan- 
dharvas et  les  Apsaras,  l'auguste  souverain  des  Dieux, 
réuni  avec  Mahéndrânl  et  plein  d'une  suprême  joie, 
reprit  le  gouvernement  des  trois  mondes.  540 — 547. 

u Alors  apparut  le  vénérable  Angirasa,  qui  célébra  le 
roi  des  Dieux,  avec  des  hymnes  tirés  du  l’Atharva-Véda. 

» L 'adorable  Indra  ressentit  la  joie  la  plus  vive  et  il 
accorda  une  grâce  au  prêtre  saint  Angiraside  : 548 — 549. 

« Le  brahme,  fils  d’ Angiras,  sera,  certes  t un  exemple 

26 


T 


402 


LIS  MAHA-BHARATA. 


dans  le  Véda  : tu  obtiendras  cette  gloire  et  une  part  du 
sacrifice.  » 550. 

» Quard  l’auguste  roi  des  Dieux,  Çatakratou,  l’eut 
honoré  ainsi,  puissant  roi,  iLcongédia  le  brahme  Angira- 
side.  551. 

» Après  qu’il  eut  rendu  ses  hommages  à tous  les  Trida- 
ças  et  aux  saints,  riches  de  mortifications,  Indra  au  com- 
ble de  la  joie  gouverna  en  roi  toutes  les  créatures  avec 
justice.  652. 

» Tels  furent  les  chagrins,  qu’eut  à supporter  Indra 
avec  son  épouse  ; le  désir  de  porter  la  mort  à ses  ennemis 
lui  fit  adopter  une  demeure  inconnue.  555. 

» Si  tu  fus,  roi  des  rois,  accablé  de  peine  dans  la 
grande  forêt  avec  Drâaupadi  et  tes  magnanimes  frères,  il 
n’en  faut  ici  concevoir  aucun  ressentiment.  554. 

b Tu  seras  restauré  dans  ton  empire,  comme  Indra  lui- 
même,  rejeton  de  Rourou,  recouvra  son  trône,  après  qu’il 
eut  tué  Vritra.  555. 

» L’ennemi  des  brahmes,  Nahousha,  le  prince  aux  mau- 
vaises mœurs,  4 l’âme  criminelle,  est  mort  pour  des 
années  infinies,  frappé  par  la  malédiction  d’Agastya.  566. 

o Ainsi  tes  pervers  ennemis,  Karna,  Douryodhana  et 
les  autres,  seront  bientôt,  meurtrier  des  ennemis,  préci- 
pités dans  leur  perte.  557. 

» Tu  jouiras  ensuite  de  cette  terre,  héros,  qui  a pour 
limites  les  mers,  dans  la  compagnie  de  tes  frères  et  de 
cette  charmante  Draâupadi.  558. 

b Un  roi,  qui  désire  la  victoire,  doit  écouter  avec  ses 
nombreuses  armées  cette  légende  du  triomphe  de  Çakra, 
qui  ressemble  à un  Véda.  659. 

n Aussi  la  récité-je  à tes  oreilles,  ô le  plus  grand  des 


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YOUDYOGA-PARVA. 


AOS 


conquérants  ; les  éloges  donnés  aux  magnanimes,  Youd- 
dhishthira,  font  grandir  les  héros  dans  la  victoire,  500. 

» La  mort,  Youddhisbthira,  des  kshatryas  magnani- 
mes arrivera  par  l’oiïense  de  Douryodhana  et  grâce  h la 
force  de  Bhlmaséna  et  d'Arjouna.  » 661. 

Quiconque  récite  avec  recueillement  cette  légende  delà 
victoire  d'Indra,  ses  péchés  sont  effacés  ; il  a conquis  le 
Stvarga  ; il  goûte  le  bonheur  dans  ce  monde  et  dans 
l’autre  vie.  562. 

Cet  homme  ne  ressent  pas  la  crainte,  qu’inspirent  les 
ennemis  ; il  n’est  pas  sans  avoir  des  fils  ; il  ne  tombe  dans 
aucune  espèce  d’infortunes  et  il  obtient  une  vie  longue. 

Partout,  il  remporte  la  victoire,  et  nulle  part  il  ne  subit 
la  défaite.  563 — 564. 

Ainsi  rassuré  par  lui,  ce  roi,  le  plu3  excellent  de  ceux, 
qui  soutiennent  le  devoir,  honora  suivant  l'étiquette 
Çalya,  éminent  Bharatide.  565. 

Quand  le  fils  de  Kountl,  Y’ouddhishthira  aux  longs  bras 
eut  entendu  ce  discours  de  Çalya,  il  répondit  en  ces 
termes  au  roi  de  Madra  : 506. 

« Ta  majesté  remplira  auprès  de  Karna  l’emploi  do  son 
cocher  : il  n’y  a pas  de  doute.  Mais  on  doit  briser  l’or- 
gueil  de  Karna,  et  ce  sera  la  gloire  d’Arjouna.  » 567. 

« Je  ferai  cela  comme  tu  me  le  dis,  et  je  ferai  pour  toi, 
lui  répondit  Çalya,  toute  autre  chose,  que  je  pourrai.  » 

Le  fortuné  roi  de  Madra  lui  fit  ses  adieux  ; et  Çalya  de 
s’en  aller,  dompteur  des  ennemis,  â la  tête  de  son  armée, 
vers  Douryodhana.  568 — 509. 

Le  héros  Youyoudbàna,  le  souverain  des  Sâtwatas,  vint 
auprès  d’Y’ouddhishthira  avec  une  grande  armée  eu 
quatre  corps.  670. 


404 


LE  MAHA-BHARATA. 


Ses  combattants  étaient  d’une  admirable  vaillance  et 
rassemblés  de  pays  divers  : c'étaient  des  héros,  qui  usaient 
d’armes  variées  et  répandaient  la  splendeur  sur  une 
armée.  571. 

Ses  bataillons  brillaient  de  haches,  de  bhindipâlas  (1), 
de  lances,  de  leviers  en  fer  et  de  maillets  d’armes,  de 
massues,  de  bâtons,  de  lacets  et  de  cimeterres  éclatants, 
de  sabres,  d'arcs,  d’aigrettes,  de  flèches  diverses,  luisantes 
d'huile  et  scintillantes.  572 — 573. 

La  forme  de  cette  armée,  brillante  comme  le  nuage  et 
décorée  de  ses  armes,  imitait  celle  de  la  nuit,  illuminée 
par  des  éclairs.  574. 

Cette  armée  au  grand  complet,  étant  alors  entrée  dans 
l’année  d'Youddhishthira,  y disparut,  sire,  comme  une 
faible  rivière  dans  l'Océan.  575. 

Dhrishtakétou,  le  puissant  roi  de  Tchédi,  ayant  pris 
une  armée  complète,  vint  lui-même  trouver  les  fils  de 
Pàndou  à la  force  sans  mesure.  576. 

Le  Màgadhain  Djayalséna,  fils  à la  grande  vigueur  de 
Djarâsandha,  se  rendit  à la  tête  (2)  d’une  puissante  armée 
vers  Üharmarâdja.  577. 

Environné  de  combattants  divers,  habitants  des  plaines 
marécageuses  et  des  bords  de  la  mer,  Pàndya  vint  aussi 
trouver  Youddhishthira,  l’Indra  des  rois.  578. 

Ses  troupes  dans  ce  rassemblement  des  armées  étaient 
pleines  de  forces,  bien  habillées,  sire,  extrêmement  admi- 
rables. 579. 

i)  Petits  traits,  propres  à être  lancés  par  le  souffle  au  moyen  d’un  tube. 

(2)  Akshâauhinya,  mol  inconnu  à tous  les  dictionnaires,  même  à celui  de 
Buhtlingk  et  Rotli  ; il  est  dérivé  de  akshaàahinly  et  parait  signifier  général 
rfunc  armée  complète. 


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YOllDYOGA-PARVA. 


505 


On  vit  aussi  l'armée  de  Droupada,  embellie  de  ses  hé- 
roïques fils  et  de  vaillants  guerriers,  rassemblés  de  diver- 
ses contrées.  680. 

Entouré  des  rois  montagnards,  Virâta,  le  monarque  des 
Matsyas.  se  réunit  aux  fllsdePàndou  avec  une  armée,  dont 
il  était  le  généralissime.  681 . 

Ces  sept  armées  complètes,  remplies  de  drapeaux  di- 
vers, se  répandirent  çà  et  là  autour  des  magnanimes 
Pàndouides.  582. 

Leur  désir  de  combats  avec  les  Kourouides  réjouis- 
sait ces  héros,  et  ajoutait  à la  joie  du  Dhritarâshtride 
même.  683. 

Bhagadatta,  le  puissant  monarque,  donna  une  armée 
complète.  Ses  Kirâtas,  sous  leurs  peaux  de  chevreuil, 
semblaient  revêtus  d'or  ; 584. 

Et  son  armée  invincible  resplendissait  comme  une  forêt 
de  karnikâras  en  fleurs.  Déjà  Bhouriçravas  et  le  héros 
Çalya  étaient  venus  individuellement  avec  une  armée 
complète  auprès  de  Douryodhana.  Vers  lui  déjà  s'était 
rendu  Kritavarman,  fils  de  Hardikya,  à la  tête  d'une 
armée  formidable  et  conduisant  les  Bhodjas,  les  Andha- 
kas  et  les  Koukouras.  Ces  guerriers  éminents,  ornés  de 
guirlande * et  de  bouquets,  faisaient  briller  son  armée, 
comme  des  éléphants  en  rut  font  briller  une  forêt  dans 
leurs  ébats.  Les  généraux  de  Djayadratha  et  d'autres 
monarques,  hôtes  du  Souvira,  baigné  par  le  Sindhou,  ac- 
coururent, ébranlant,  pour  ainsi  dire,  les  montagnes. 
Alors  resplendissait  nombreuse  la  puissante  armée  de  ces 
guerriers,  685 — 586 — 587 — 588 — 589. 

Telle  qu’un  nuage  aux  formes  diverses,  agité  par  le 
vent.  Soudakshina,  le  roi  de  Kambodje,  vint  se  réunir 


LE  MVHA-BHARATA. 


400 

avec  une  armée  complète,  les  Çakas  et  les  Yavanas,  au 
descendant  de  Rourou.  Ses  bataillons  brillaient,  sembla- 
bles, souverain  des  hommes,  à une  multitude  de  saute- 
relles. 690—501. 

Arrivé  près  du  Rourouidc,  le  roi  Nila,  habitant  de  Mâ- 
hishmatl,  disparut  au  milieu  de  ces  immenses  troupes  avec 
ses  Lllàyoudhas  à la  grande  force,  qui  fréquentaient  les 
routes  de  la  plage  méridionale.  Les  deux  rois  d’Avantl, 
bien  couverts  d’une  nombreuse  armée,  vinrent  se  ranger 
auprès  de  Douryodhana,  amenant  chacun  une  division 
complète.  Les  cinq  princes  Kalkéyains,  frères  germains 
et  tigres  des  hommes,  accoururent,  réjouissant  le  cœur  de 
Douryodhana  par  la  vue  d'une  puissante  armée.  Çà  et  là 
campaient,  éminent  Rharatide , en  trois  armées  innom- 
brables, au  grand  complet,  tous  les  magnanimes  souve- 
rains de  la  terre.  Ainsi  les  armées  de  Douryodhana  étaient 
au  nombre  de  onze.  592 — 593 — 594 — 595 — 696. 

Toutes,  ombragées  par  divers  étendards,  elles  désiraient 
combattre  avec  les  fils  de  Kountl.  Il  n’y  avait  pas  alors, 
sire,  un  espace  libre  dans  Hâstinapoura.  597. 

Ensuite,  le  Pantchanada,  le  Kouroudjângala  entier,  la 
Forêt  des  rohitas,  toute  la  terre  de  Marou,  le  Ahiichhattra, 
le  Râlakoûta,  les  rives  de  la  Gangâ,  le  Vàrana,  le  Vâta- 
dhana  et  le  mont  Yâmouna,  cette  contrée  d’une  vaste 
étendue,  pleine  de  froment  et  de  richesses  en  abondance, 
était  remplie  au  de-là  des  bornes  par  les  bataillons  des 
Rourouides  et  la  supériorité  des  rois,  les  principaux  de 
leur  armée.  L’archi-brahme,  que  le  monarque  du  Pan- 
tchûla  avait  dépêché  à Douryodhana,  vit  alors  cette  armée 
ainsi  rassemblée.  598 — 699 — 600 — 601 — 602. 


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L'AMBASSADE  DE  SANDJAÏA. 


Vatçampâyana  dit  : 

Le  pourohita  de  Droupada  s’approche  du  rejeton  de 
Kourou;  il  reçoit  les  hommages  de  Dhritarâshtra,  de 
Bhlshma  et  de  Vidoura.  603. 

11  répond  d’abord  sur  la  santé  florissante  du  prince , qui 
l’envoie  ; il  interroge  sur  leur  santé  ceux,  qui  l’écoutent, 
et  tient  ce  langage  au  milieu  de  tous  les  chefs  de  l'armée  : 

« Vos  excellences  connaissent  toutes  l’éternel  Dharma- 
râdja  ; mais,  quoique  vous  ne  l’ignoriez  pas,  j’en  parlerai 
néanmoins  pour  exposer  ici  un  discoms.  60â — 605. 

» Dhritarâshtra  et  Pândou  sont  dits  les  fils  d’un  seul  et 
même  père  ; tous  deux  ont  également  droit  à la  richesse 
paternelle  : il  n’y  a point  de  doute  ici.  606. 

» Les  Cls  de  Dhritarâshtra  occupent  le  trône  pater- 
nel : comment  les  fils  de  Pândou  n'obtiennent-ils  point 
la  couronne  de  leurs  ayeux  ? 607. 


408 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Les  choses  étant  ainsi,  vous  savez  que  jadis  les  fils  de 
Pàndou  ne  sont  pas  rentrés  dans  leur  fortune  héréditaire, 
dérobée  par  le  fils  de  Dhritaràshtra.  608. 

» Plus  d’une  fois  on  s’est  efforcé  contre  eux  avec  des 
moyens  destructeurs  de  l’existence  ; mais  ils  ont  survécu, 
etl'on  n’a  pu  jamais  les  plonger  dans  les  demeures  d’Yama. 

» Ces  magnanimes  ont  encore  augmenté  le  royaume 
par  leur  puissance  ; mais  il  leur  fut  enlevé  par  la  tricherie 
des  vils  Dhritarâshtrides,  unis  au  fils  de  Soubala. 

609—610. 

« La  condition  même  du  jeu  fut  approuvée,  telle  que 
l’imposa  tort  fils  ; ils  ont  habité  ici  treize  années  dans  la 
grande  forêt.  611. 

» Déjà  cruellement  persécutés  avec  leur  épouse  dans 
l'assemblée,  ces  héros  ont  subi  dans  la  forêt  diverses 
infortunes  bien  épouvantables.  612. 

» Réfugiés  dans  la  cité  de  Yiràta,  comme  dans  le  sein 
d’une  mère,  une  extrême  affliction  tomba  sur  ces  magna- 
nimes de  même  que  sur  des  criminels.  613. 

» Mais  tous  ces  éminents  Pândouides,  jetant  derrière 
eux  tous  ces  anciens  péchés,  désirent  la  paix  avec  les 
enfants  de  Kourou.  614. 

» Des  personnes  amies,  qui  connaissent  leur  conduite 
et  celle  de  Douryodhana,  ont  envie  de  concilier  ici  pour 
eux  l’esprit  du  Dhritarâshtride.  615. 

» Ces  héros  ne  désirent  point  la  guerre  avec  les  Kou- 
rouides  ; les  fds  de  Pàndou  réclament  leur  bien  sans  la 
ruine  du  monde.  616. 

» La  cause,  que  le  Dhritarâshtride  peut  avoir  pour  la 
guerre,  elle  ne  vient  pas,  cette  cause,  on  doit  le  penser, 
de  ce  que  tu  es  le  plus  fort  1 617. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


40» 

< Sept  armées  complètes  sont  rassemblées  sous  le 
commandement  du  fils  d'Yama  ; elles  désirent  combattre 
avec  les  enfants  de  Kourou  et  n'attendent  que  son  ordre. 

» Ces  autres  vaillants  hommes,  Sàtvaki,  Bhimaséna  et 
les  jumeaux  à l’immense  vigueur,  ressemblent  à des  mil- 
liers d’armées  complètes.  618—61». 

» l)’un  côté  sont  rassemblées  ces  onze  grandes  armées  ; 
de  l’autre  part  est  Dhanandjaya  aux  longs  bras,  aux  for- 
mes nombreuses.  620. 

» Tel  que  Kirlti  excelle  par-dessus  toutes  les  années, 
tel  est  aussi  le  Vasoudévide  aux  longs  bras,  à la  grande 
splendeur.  621. 

» Quel  homme  oserait  combattre,  quand  il  connaît  la 
multitude  des  armées,  la  valeur  de  Kirîti  et  la  sagesse  de 
Krishna?  622. 

» Ainsi  que  vos  excellences  rendent  ce  qui  doit  être 
donné,  suivant  le  devoir,  suivant  la  convention  môme  : ne 
laissez  point  échapper  tiirilement  ce  temps  pour  vous.  » 

Dès  qu’il  eut  ouï  ce  langage  de  l'archi-brahme,  Bbish- 
ma  à la  grande  lumière,  vieux  par  l’âge  et  la  science, 
commença  par  lui  rendre  hommage  et  tint  ce  discours 
opportun  : 623 — 624. 

« Heureux,  tous  ces  frères,  enfants  de  Kourou,  qui 
sont  en  paix  avec  Dàmaudara  ! Heureux,  eux,  qui  jouis- 
sent de  sou  alliance  ! Heureux,  eux,  qui  se  complaisent 
dans  le  devoir  ! Heureux,  eux,  qui  ont  l’amour  de  la 
jiaix  ! Heureux,  ces  Pàndouides,  qui  n’ont  point  la  pensée 
de  combattre  avec  leurs  parents  ! 625 — 626. 

» Ce  langage,  tenu  par  ta  sainteté,  est  vrai  ; c’est  indu- 
bitable : mais  ce  langage  est  extrêmement  amer  en  ta 
qualité  de  brahme  : voilà  mon  sentiment  ! 627. 


LE  MAHA-BHARATA. 


410 


» Sans  doute,  les  (ils  de  Pândou  furent  accablés  de 
chagrins  ici  et  dans  la  forêt  : sans  doute  encore,  ils 
avaient  droit,  suivant  la  loi,  à toute  la  richesse  de  leur 
père.  628. 

» Kiritl,  le  fils  de  Pritbâ,  est  vigoureux  ; c'est  un  héros, 
consommé  dans  les  armes.  Qui  pourrait  soutenir  dans  un 
combat  Dhanandjaya,  le  fils  de  Pândou  ? 629. 

» Le  Dieu,  qui  porte  la  foudre  lui-même,  bien  loin  que 
je  dise  un  autre  archer,  en  est  seul  capable  dans  les  trois 
mondes  : voilà  mon  sentiment.  » 630. 

Tandis  que  Bhlshma  prononçait  avec  assurance  ce  dis- 
cours, Karna,  jetant  un  regard  à Douryodhana,  l’inter- 
rompit avec  colère  et  tint  ce  langage  : 631. 

« Nul  être,  quel  qu’il  soit,  ne  l’ignore  en  ce  monde-ci, 
brahrne  : à quoi  bon  redire  cette  parole  mainte  et  mainte 
fois?  632. 

» Çakouni  jadis  les  a vaincus  au  jeu  pour  Douryodhana  : 
le  fils  de  P&ndou,  Youddhishthira  s'en  est  allé  dans  le 
bois,  suivant  la  convention.  633. 

» S’ils  ne  désirent  pas  le  royaume  de  leurs  ayeux,  c’est 
qu’ils  respectent  cet  accord  ! Us  se  sont  réfugiés  stupide- 
ment sous  la  force  des  Matsyas  et  desPanchâlaius.  634. 

» Enfin,  la  crainte  ne  fera  pas  abandonner,  savant 
brahrne,  son  tréne  à Douryodhana,  qui  abandonnerait  vo- 
lontiers la  terre  entière  à son  ennemi  lui-même,  si  c'é- 
tait son  devoir  ! 635. 

» S’ils  veulent  rentrer  dans  le  royaume  de  leur  père  et 
de  leurs  ayeux , qu’ils  aillent  dans  la  forêt  et  qu’ils  y 
passent  le  temps  suivant  leur  promesse.  636. 

s Qu’ ensuite  ils  reposent  en  pleine  assurauce  sur  le 
sein  de  Douryodhana  ; mais  que , dans  leur  ineptie , 


YOUDYOGA-PARVA. 


411 


ils  ne  fassent  pas  leur  âme  entièrement  vicieuse.  657. 

» Cependant,  si,  désertant,  le  devoir,  ces  Pàndouides 
désirent  un  combat,  qu’ils  s’approchent  de  ces  vaillants 
Gis  de  Kourou,  et  ils  se  rappèleront  ma  parole.  » 038. 

« Qu'est-il  besoiu  des  paroles,  que  tu  nous  ndreuet, 
Gis  de  Râdhâ?  lui  répondit  Bhlshma.  Souviens-toi  de 
cette  chose  : le  Gis  de  Prithâ  était  seul,  quand  il  vainquit 
nos  six  chars.  639. 

» Si  nous  ne  faisons  pas  ce  que  dit  ce  brahme,  nous 
tomberons,  certainement  ! sous  les  coups  du  Prithide,  et 
nous  engraisserons  la  poussière  ! » 640. 

A peine  eut-il  approuvé  Bhishma  et  se  fût-il  concilié  sa 
faveur,  Dhritarâshtra  de  prononcer  ces  paroles,  en  mena- 
çant le  Gis  de  Râdhâ  : 641. 

« Ce  langage , que  Bhlshma,  le  fils  de  Çantanou,  a 
tenu,  est  utile  pour  nous,  utile  pour  les  Gis  de  Pàndou, 
utile  pour  le  monde  entier.  642. 

» Après  un  mûr  examen,  j’enverrai  Sandjaya,  aux  fils 
de  Prithâ.  Que  ta  sainteté  retourne  aujourd’hui  même 
vers  les  Pàndouides,  sans  balancer.  » 643. 

Ce  noble  kourouide  traita  l’envoyé  avec  honneur,  et 
lui  fit  reprendre  le  chemin  des  Pàndouides.  11  manda 
Sandjaya  et  lui  tint  ce  langage  au  milieu  de  sa  cour.  644. 

« On  dit,  Sandjaya,  que  les  fils  de  Pândou  sont  venus 
dans  Oupaplavya.  Rends-toi  dans  cette  ville  ; prends  con- 
naissance de  ces  princes,  et,  revêtu  comme  pour  un  jour 
de  fête,  approche-toi  de  leur  habitation  et  honore  Adjâ- 
taçatrou.  045. 

» Parle  à tous  ces  hommes  heureux , Sandjaya,  qui 
ont  habité  une  demeure  infortunée,  dont  ils  n'étaient  pas 
dignes.  Nous  sommes  disposés  à la  paix  envers  ces 


412 


LE  MAHA-BHARATA. 


princes  vertueux,  nos  bienfaiteurs , qui  ont  eu  tort  de 
s'exiler  trop  vite.  646.  • 

» Je  n'ai  jamais  vu  nulle  part,  Sandjava,  la  conduite 
des  Pàndouides  empreinte  de  quelque  légèreté.  Les  Pân- 
douides  ont  répandu  autour  de  moi-même  toute  cette  for- 
tune, conquise  par  leur  vaillance.  647. 

» J'ai  beau  rechercher  avec  soin,  je  ne  trouve  jamais 
autour  d'eux  aucune  faute,  qu’on  puisse  reprocher  aux 
(ils  de  Prithâ.  Ils  accomplissent  toujours  les  actions  de 
l’utile  et  du  juste  ; mais  le  goût  du  plaisir  ne  leur  fait  ja- 
mais approuver  l’amour.  648. 

n Surmontant  le  froid  et  le  chaud,  la  faim  et  la  soif, 
le  sommeil,  la  fatigue,  la  colère,  la  joie  et  la  folie,  grâce 
à la  fermeté  et  à la  science,  les  (ils  de  Prithâ  conservent 
l’utile,  le  juste  et  l’unification  en  Dieu.  649. 

» Us  distribuent  des  richesses  entre  leurs  amis  : le 
temps  n’use  pas  chez  eux  l’amitié  par  la  fréquentation  ; 
les  Prithides  enrichissent  d’honneur,  suivant  qu’on  en  est 
digne,  il  n’existe  pas  un  ennemi  dans  le  parti  d’Adjamltha, 
» Si  ce  n’est  Douryodhana  à l’étroite  intelligence, 
malhonnête  et  criminel,  si  ce  n'est  Karna  plus  vil  quclui  ; 
car  ces  deux  hommes  ne  se  plaisent  qu’à  augmenter  la 
puissance  des  princes,  amis  des  plaisirs  vils  ! 060 — 651. 

» Douryodhana,  qui  a la  valeur  des  combats,  qui  a des 
plaisirs  florissants,  e lime  tel  qu'une  bonne  action  de  ra- 
vir cette  légitime,  qu’il  regarde,  l’insensé  ! comme  facile 
d'enlever  aux  Pàndouides  vivants.  662. 

» 11  la  rendra  avec  honneur  au  sortir  du  combat,  dont 
Arjouna  et  le  Dieu  chevelu,  Vrikaudara,  le  fils  deSatyaka 
et  Dharmaràdja,  les  deux  fils  de  Mâdrl  et  les  Srindjayas 
ont  jadis  suvi  la  route!  653. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


AÏS 

» Seul,  l'archer  duG&ndiva,  l’ambidextre  serait  capable 
de  repousser  la  terre  ! Le  magnanime  Djishnou  sur  son 
char,  c’est  l'inaiïrontable  Vislïnou,  le  souverain  des  trois 
mondes.  654. 

» Quel  est  dans  tous  les  mondes,  le  chef,  sujet  à la 
mort,  qui  tiendrait  tête  seul  en  face  de  lui  ? L’archer  du 
Gândlva,  disséminant,  comme  des  nuées  de  sauterelles, 
les  multitudes  de  ses  flèches  au  vol  rapide,  qui  imitent 
le  bruit  des  nuages,  a triomphé  sur  un  seul  char  de  la 
plage  septentrionale  et  des  Outtara-Kourous.  L’Ambi- 
dextre enleva  leurs  richesses  et  força  même  les  Dràvidas 
à suivre  son  armée.  655— 056. 

a L’archer  du  Gàndtva,  Savyasàtchi  vainquit  dans  la 
forêt  Khàudava  les  Dieux  mêmes  avec  Indra  1 Phâlgouna 
enleva  au  Feu  l'honneur  et  la  gloire,  accroissant  la  gloire 
et  l’honneur  des  lils  de  Pàndou.  657. 

» 11  n'est  pas  aujourd'hui  un  égal  5 Bhima  parmi  ceux, 
qui  portent  la  massue  : il  n'a  pas  un  égal  parmi  ceux,  qui 
montent  les  éléphants  ! On  dit  que,  sur  un  char,  il  n'est 
pas  inférieur  à Arjouna,  et  qu'il  possède  en  la  vigueur 
de  ses  bras  la  force  d’une  myriade  de  serpents!  658. 

a Bien  instruit,  une  fois  la  guerre  déclarée,  ce  héros  en 
courroux  aurait  bientôt  consumé  les  enfants  de  Dhrita- 
râshtra.  Ce  vigoureux  est  toujours  dans  une  violente  co- 
lère : il  est  impossible  de  le  vaincre,  fùt-ou  Indra  lui-même 
en  personne  ! 054). 

» Bien  instruits  par  Phâlgouna,  leur  frère,  à la  belle 
intelligence,  les  deux  fils  de  Mâdrî,  robustes,  à la  main 
prompte,  immoleront  les  ennemis  jusqu’au  dernier,  sem- 
blables à deux  vautours,  qui  déchirent  les  multitudes  des 
oiseaux.  660. 


LE  MAHA-BHARATA. 


MA 

« A peine  arrivée  devant  eux,  c'en  est  fait  de  notre 
innombrable  armée  : tel  est  mon  sentiment,  et  ce  que  je 
dis  ainsi  est  la  vérité.  Seul  ici,  Dhrishtadyoumna  vit  au 
milieu  des  Pândouides.  661. 

n J’ai  entendu  le  roi  des  Somakas,  Santyaktâman,  avec 
son  ministre  au  sujet  des  fils  de  Pândou  : quel  autre  de 
ceux,  dont  le  lion  des  Vrisbnides  est  le  chef,  pourraitsup- 
porter  Adjâtaçatrou  ? 602. 

» Virâta,  le  souverain  des  Matsyas,  jouissant  de  la 
fleur  de  l’âge  et  du  succès  dans  ses  affaires,  habite  avec 
eux  : il  est  avec  son  fils,  ai-je  ouï  dire,  éternellement 
dévoué  à l'intérêt  des  Pândouides  et  à leur  chef  Youd- 
dhishthira.  663. 

» Ces  frères,  cinq  héros  vigoureux,  sont  arrêtés  au 
milieu  des  Katkéyains  ; ils  réclament  leur  royaume,  et, 
désirant  le  combat,  ils  demeurent  chez  ces  princes.  66A. 

» J’entends  dire  que  tous  ceux,  qui  ont  du  cœur  parmi 
les  rois  de  la  terre,  ces  dignes  héros,  pleins  de  dévoue- 
ment, riches  d'affection,  ont  embrassé  les  intérêts  des 
Pândouides,  et  qu’ils  sont  venus  se  rassembler  autour 
de  Dharmarâdja.  665. 

» Des  combattants,  qui  habitent  sur  la  terre  des  lieux 
inaccessibles  et  sont  les  hôtes  des  montagnes,  des  vieil- 
lards de  noble  famille,  et  des  Mlétchhas,  qui  portent  avec 
le  courage  différentes  armes,  se  sont  réunis,  engagés  dans 
les  intérêts  des  Pândouides.  606. 

» Le  roi  de  Pândi,  semblable  à Indra  dans  les  combats, 
environné  de  nombreux  héros  dans  la  guerre,  a fait  sa 
jonction  ; le  magnanime  fils  de  Pândou,  le  héros  des 
mondes,  est  d’une  valeur  irrésistible....  067. 

» J'entends  venir  de  Drona,  d’Arjouna,  de  Kripa,  de 


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YOUDYOGA-PARVA. 


416 


Bhishma  et  du  Vasoudévide  un  astra,  par  lequel  tout 
bruit  est  couvert....  On  dit  que  le  fils  de  Satyâ,  engagé 
dans  les  intérêts  des  Pàndouides  et  semblable  à l’Amour, 
s’est  réuni  lui  seul.  668. 

» Les  Karoushas  et  le  souverain  de  Tchédi  sont  accourus  ; 
les  rois  de  la  terre  se  sont  réunis  avec  toutes  leurs  ar- 
mées. Au  milieu  d'eux  flamboie,  environné  de  splendeur, 
le  monarque  de  Tchédi,  qui  brûle  comme  le  soleil...  669. 

» Considérant  que,  dans  les  batailles,  Astammaniya  est 
le  meilleur  de  ceux,  qui  tirent  l’arc  sur  la  terre,  voilà 
Krishna,  qui  a bientôt  broyé  violemment  par  ses  coups 
tout  l’effort  des  kshatryas.  670. 

» Ils  pensent  qu’on  ne  peut  résister  à Kéçava-Krishna 
sur  son  char  attelé  de  Sougrlva,  et  ils  s’enfuient,  abon- 
donnant  le  roi  de  Tchédi,  comme  de  viles  gazellesà  la  vue 
d’un  lion  I 671. 

« Quel  ennemi  voudrait  s’avancer  à la  rencontre  du 
Vasoudévide,  lui  demandant  un  duel  en  char?....  Le 
voyez-vous  déjà  étendu  sans  vie  sous  les  coups  de  Krishna, 
comme  un  karnikàra,  que  le  vent  a brisé  ? 672. 

» A cause  d’eux  et  parce  qu’ils  proclamaient  ma  force, 
Sandjaya,  je  ne  puis  trouver  un  instant  de  tranquillité, 
Gavalganide,  quand  je  me  rappelle  le9  exploits  de  Vislmou- 
Kéçava.  673. 

b Jamais  un  autre  ennemi  ne  pourrait  supporter  ces 
hommes,  dont  il  sera  chef,  ce  lion  de  Vrishni.  Mon  cœur 
tremble  d’épouvante  à la  nouvelle  que  les  deux  Krishnas 
se  sont  rassemblés  sur  un  même  char.  674. 

» Si  mon  fils  à l’intelligence  étroite  ne  peut  arriver  à un 
arrangement  avec  ces  deux  princes,  il  ne  connaftra  point 
la  joie  dans  la  vie;  et  ses  ennemis  consumeront  les  enfants 


LE  MAHA-BHARATA. 


416 

de  Kourou,  Sandjaya,  comme  Indra  ou  Vishnou  ont  in- 
cendié l’armée  des  Daltyas.  675. 

» J’estime  que  Dhanandjaya  est  égal  à Çakra,  et  que 
l’éternel  héros  Vrishnide  est  égal  à Vishnou  même.  Le 
fds  de  Pândou  et  de  Kounti,  le  rapide  Adjâtaçatrou  est 
le  jardin  des  vertus  et  l'habitation  de  la  pudeur!  676. 

» Vexé  par  Douryodhana,  cet  homme  intelligent  consu- 
mera dans  sa  colère  les  Dhritarâshtrides.  Arjouna,  le  Va- 
soudévide,  Bliima  ou  les  deux  jumeaux  m'inspirent  moins 
d’ effroi  677. 

» Que  le  monarque  enflammé  de  colère.  Je  suis  toujours, 
cocher,  plus  effrayé  de  son  courroux.  C’est  un  grand 
ascète,  de  qui  la  pensée  est  jointe  à la  continence  ; son 
âme  peut  atteindre  à la  |>erfection.  678. 

» Sa  colère,  que  j’ai  vue,  Sandjaya;  son  rang,  que  je 
connais,  me  i emplissent  maintenant  du  plus  grand  effroi. 
Va  au  plus  vite,  envoyé  sur  un  char,  à la  ville,  qu’habite 
l’armée  du  roi  des  Pântchâlains.  679. 

» Informe-toi  de  la  santé  d’ Adjâtaçatrou  ; adresse-lui 
mainte  et  mainte  fois  la  parole  avec  amitié.  Approche-toi 
aussi,  mon  fils,  de  Djanârdana  aux  vastes  dimensions, 
grand  au  milieu  des  hommes  valeureux.  680. 

» Enquiers-toi  de  sa  bonne  santé  suivant  ma  parole. 
Dhritarâshtra  souhaite  la  paix  avec  les  Pândouides.  Le 
lils  de  Kounti,  cocher,  exécutera  tout  ce  que  lui  dira  le 
Vasoudévide.  681. 

» Krishna  est  sans  cesse  attentif  à leurs  affaires  ; il  est 
égal  â soi-même  ; homme  sage,  il  est  leur  ami.  Informe- 
toi  de  l’état  de  leur  santé  auprès  de  tous  les  Pândouides 
rassemblés,  des  Srindjayas,  de  Djanârdana,  d'Youyou- 
dhàna,  de  Virâta  et  des  cinq  fils  de  Draàupadi.  Expose 


v* 


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YOUDYOGA-PAUVA. 


AIT 


au  milieu  des  rois,  Sandjaya,  tout  ce  que  tu  jugeras  utile 
aux  Bharatides  et  de  saison  en  face  des  autres,  et  ne  laisse 
pas  surtout  prédominer  une  cause  de  guerre.  » 

A peine  eut-il  entendu  ce  langage  du  roi  Dhritarâshtra, 
le  cocher  Sandjaya  de  s’en  aller  voir  dans  Oupaplavya  les 
Pândouides  à la  force  sans  mesure.  682-683-684-68.'. 

Il  s’approcha  du  monarque  Y'ouddhishthira,  fils  de 
Kountt.  Sandjaya,  le  Gavalganide,  le  fds  de  cocher, 
commença  par  s’incliner  avant  de  parler,  et  lui  adressa 
respectueusement  la  parole  en  ces  termes  : « Je  suis 
heureux  de  te  voir  sans  maladie,  sire,  environné  d’amis 
et  semblable  à Mahéndra.  686 — 687. 

» Le  vieux  roi,  filsd’Ambiki,  l’intelligent  Dhritarâshtra 
s’enquiert  de  ta  bonne  santé  auprès  de  toi.  Est-ce  que 
Bhima,  l’insigne  Pàndouide,  va  bien,  et  Dhanandjaya,  et 
les  deux  fds  de  Màdrl  ? 688. 

» En  est-il  ainsi  de  Uraàupad!  la  Noire  avec  ses  fils, 
l’épouse  des  héros,  la  fille  de  roi,  si  fidèle  au  voeu  de  la 
vérité  ? Sait-elle  distinguer  où  tu  désires  que  tes  vmux 
soient  respectés  ? Le  bonheur,  fils  de  Bharata,  accom- 
pagne-t-il ton  amour  ? » 689. 

Y'ouddhishthira  lui  répondit  : 

« Sandjaya,  fils  de  Gavalgani,  la  bien-venue  te  soit 
donnée  ! Nous  sommes  heureux  de  te  voir.  Je  vois  avec 
plaisir  que  tu  vas  bien  ! Mes  frères  puînés  et  moi,  sage, 
nous  sommes  bien  portants.  690. 

» Quand  j’apprends  après  tin  si  long  temps,  cocher, 
cette  condition  florissante  du  fils  de  Bharata,  le  vieux  roi 
des  Kourouides,  quand  je  te  vois  toi-même,  Sandjaya, 
rempli  d’affection,  il  me  semble  voir  ton  souverain  en  per- 
sonne. 691. 


T 


27 


418 


LE  MAHA-BHAHATA. 


» Ce  vieux  et  intelligent  Kouravien,  ài  la  grande  science, 
doué  de  toutes  les  vertus,  est  mon  ayeul.  Est-ce  que 
Bhtshma  va  bien,  mon  fils?  Sa  vie  est-elle  comme  aupa- 
ravant? 692. 

» Est-ce  que  le  magnanime  Vitchitravtride,  le  roi  Dhri- 
tarâshtra,  se  porte  bien  avec  ses  fils  ? Le  grand  roi  Vàlhika, 
le  Pratipide,  va-t-il  également  bien,  fils  de  cocher?  693. 

» Somadatîa  est-il  en  bonne  santé,  mon  fils?  Et  Bhoû- 
riçravas,  ce  prince  véridique?  Et  Cala  ? Et  Drona  avec  sou 
fils?  Et  Kripa,  l’héroïque  brahme?  La  maladie  n'a-t-elle 
pas  attaqué  ces  personnes?  694. 

» Tous  ceux,  qui  manient  l'arc  sur  la  terre,  Sandjaya, 
tous  les  chefs  à la  grande  science,  purifiés  dans  les  Trai- 
tés, les  principaux  des  archers  dans  le  monde,  envient  cet 
hommes  aux  enfants  de  Kouron.  695. 

» Ces  guerriers,  mon  fils,  ont-ils  obtenu  l'honneur, 
qu'ils  méritaient?  Ne  sont-ils  point  malades?  Le  vertueux 
fils  de  Drona,  le  héros  admirable  à voir,  habite-t-il  en- 
core dans  leur  royaume  ? 696, 

» Est-ce  que  le  docte  enfant  de  roi,  Youyoutsou,  le 
fils  d'une  vatçyâ,  se  porte  bien  ? Jouit-il  d’une  parfaite 
santé,  mon  fils,  ce  ministre  Rama,  par  qui  le  trop  faible 
Souyodhana  se  laisse  gouverner  ? 697. 

» Les  épouses,  les  fils,  les  neveux,  les  sœurs,  les  filles, 
les  mères,  les  concubines  des  Bharatides,  les  serviteurs, 
les  gens  de  la  cuisine,  les  femmes,  jeunes  ou  vieilles, 
n'ont-ils  éprouvé  aucun  malheur?  698. 

» Le  roi  veille-t-il  à ce  qu’on  donne  exactement  aux 
brahtnes  les  moyens  de  subsistance,  comme  on  le  faisait 
avant.  Les  fils  de  Dhritarâshtra  n'arrachent-ils  pas  mes 
dons  aux  régénérés,  Sandjaya  ? 699. 


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YOLDYOGA-PARVA. 


410 


» Le  roi  Dhritarâshtra  observe-t-il  attentivement,  avec 
son  tils,  les  transgressions  des  brahmes?  Et  ne  dédaigne- 
t-il  jamais  en  eux  cette  manière  de  vivre,  qui  est  la  route 
du  Svvarga  ? 700. 

«C’est  une  lumière  sublime  et  pnre,  que  Vidhatri  lui- 
même  attacha  pour  les  créatures  dans  le  monde  de  la  vie  ! 
Si  des  princes  insensés  n'arrêtent  pas  cette  faute,  elle  en- 
traînera la  perte  entière  des  Kourouides.  701. 

» Le  roi  Dhritarâshtra  veut-il  avec  son  fils  que  la  classe 
des  ministres  ait  une  subsistance  assurée  ? Des  ennemis 
ne  désirent-ils  pas  vivre  de  la  division  sous  un  masque 
d'amis,  en  feignant  funanimité  des  sentiments?  702. 

# Est-ce  que  les  Kourouides  ne  racontent  pas  tous,  mon 
ami,  le  crime  des  (ils  de  Pândou?  Drona  avec  son  fils  et 
l’héroïque  Kripa  ne  disent-ils  pas  que  nous  sommes 
souillés  de  crimes  ? 703. 

» Est-ce  que  les  Kourouides  parlent  tous  de  cette  ma- 
nière, quand  ils  se  présentent  devant  le  roi  Dhritarâshtra 
et  son  fils?  A la  vue  des  troupes  rassemblées  de  voleurs, 
se  rappellent-ils  qu’ils  avaient  pour  guide  dans  les  ba- 
tailles le  fils  de  Prithà  ! 704. 

» Se  souviennent-ils,  mon  ami,  de  ses  flèches  au  bruit 
de  tonnerre,  lancées  par  le  Gândiva,  décochées  par  sa 
main,  tirant  la  corde  violemment  agitée  de  lamaàurvl? 

» Je  n'ai  jamais  vu  sur  la  terre  un  combattant  supérieur 
ou  égal  même  à Arjouna,  dans  la  main  de  qui  un  arc  re- 
nommé porte  soixante  et  une  flèches  aiguisées,  à la  pointe 
mordante,  revêtues  de  jolies  ailes.  705 — 700. 

» L’agile  Bhimaséna,  sa  massue  à la  main,  jette  l’épou- 
vante dans  une  armée,  parmi  les  bataillons  ennemis  : tel 
un  éléphant  jette  la  confusion  dans  un  marais,  où  croissent 


420 


LEMAHA-BHARATA. 


des  roseaux.  Est-ce  qu’ils  se  souviennent  de  lui,  seigneur 
des  courses  tortueuses  ? 707. 

i>  Sahadéva,  le  fils  de  Màdrl,  a vaincu  les  Kalingas  ras- 
semblés dans  le  Dandakoùra  : se  rappellent-ils  ce  héros 
vigoureux,  qui  lançait  des  flèches  à droite  et  à gauche? 

u Voici  Nakoula,  qui  fut  envoyé  jadis  subjuguer  sous 
tes  yeux,  Sandjaya,  les  Çivis  et  les  Trigartas  : se  rap- 
pellent-ils ce  fils  de  Màdrl,  qui  réduisit  la  plage  occiden- 
tale sous  ma  puissance  ! 708 — 709. 

» Venus  à Ghoshayâtrâ,  des  téméraires  mal  conseillés, 
ont  subi  une  défaite  dans  le  Dwaltavana,  où  Bhlmaséna  et 
Djaya  ont  délivré  ces  malheureux,  tombés  au  pouvoir  de 
l’ennemi.  710. 

» Mais  ensuite  je  sauvai  Arjouna,  et  Bhlmaséna  lui- 
même  sauva  les  fds  de  Màdrl.  L’archer  du  Gândtva  revint 
à la  félicité,  grâce  aux  flèihes,  qu'il  envoya  dans  les  ba- 
taillons ennemis  : se  souviennent-ils  encorede  cela  ? 711. 

» Le  bonheur  n’est  peut-être  pas,  Sandjaya,  possible 
ici  par  une  œuvre  de  bien,  si  nous  ne  pouvons  de  toutes 
nos  forces  vaincre  le  fils  de  Dhritaràshtra.  » 712. 

« 11  en  est  ainsi  que  tu  me  l’as  dit,  fils  de  Pândou,  ré- 
pondit Sandjaya;  tu  m'interroges  sur  les  Kourouides  et 
sur  l'homme,  qui  est  le  plus  grand  à leur  tête.  Ces  princes 
intelligents,  ces  éminences  des  Kourouides,  qui  sont  les 
objets  de  tes  questions,  ils  sont  tous  en  bonne  santé.  713. 

» Les  gens  vertueux  sont  enrichis,  et  les  vicieux  sous  le 
Dhritaràshtride  deviennent  hommes  de  bien  : sache-le, 
fils  de  Pândou.  Le  fils  de  Dhritaràshtra  donnerait  à ses 
ennemis  eux-mêmes,  bieu  loin  de  ravir  les  dons  faits  aux 
brahmes.  714. 

» Tout  acte  de  nous  inférieur  à la  justice  dans  les  choses 


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youdyoga-parva. 


421 


innocentes,  est  regardé  comme  nuisible  et  non  comme 
une  bonne  action  ; Dhritar&shtra  et  son  fils  nuiront  à leur 
ami  ; ils  vous  haïront,  ils  ne  sont  bons  qu'avec  ceux,  dont 
la  conduite  est  bonne.  71 5. 

» Ce  vieillard  ne  permet  pas  de  mal  taire;  une  mauvaise 
action  le  tourmente  beaucoup,  enfin  il  vous  punit,  Adjà- 
taçatrou  ; il  prête  l'oreille  aux  bralimes  et  va  les  trouver  : 
il  pèse  lourdement  sur  les  fautes  et  soumet  ses  amis  eux- 
mêmes  au  châtiment.  716. 

» 11  se  souvient  de  toi  dans  la  guerre  et  dans  les  com- 
bats, roi  des  hommes:  il  n’a  pas  oublié  les  batailles  livrées 
sous  les  ordres  de  Djishnou  ! 11  se  rappelle  Bhimaséna,  la 
massue  â la  main,  quand  résonne  le  bruit  des  tambours  et 
des  conques  I 717. 

« Ils  n'ont  pas  oublié  les  deux  fils  de  Màdri  aux  grands 
chars,  difficiles  à ébranler  dans  les  combats,  qui  se  sont 
promenés  dans  tous  les  points  de  l’espace  sur  des  champs 
de  bataille,  inondant  les  armées  avec  des  averses  de 
flèches!  718. 

» lin  homme  ne  connaît  pas,  à mon  avis  du  moins,  sire, 
ce  qui  n’est  point  arrivé,  ce  qui  est  encore  dans  les  secrets 
de  l’avenir.  Si  toi,  fils  de  Pândou,  qui  es  doué  de  toutes 
les  vertus,  tu  es  tombé  en  des  chagrins,  qui  ont  les  appa- 
rences de  l'infortune,  719. 

» Regarde  tout  cela  avec  indifférence,  et  plus  encore, 
Adjâtaçatrou,  par  les  yeux  de  la  sagesse.  Tous  les  fils  de 
Pândou,  semblables  à Indra,  qui  abandonneraient  l'utile 
et  l'agréable,  pourraient-ils  abandonner  le  justelui-même? 

» Regarde  tout  cela  avecindifîérence,  Adjâtaçatrou,  par 
les  yeux  de  la  sagesse  ; et  il  en  naîtra  de  la  joie  pour 
le  fils  de  Dhritarâshtra,  ceux  de  Pândou,  les  Srinjayas  et 


422 


LE  MAHA-BHARATa. 


les  autres  souverains,  qui  sont  nos  voisins.  720 — 721. 

» Écoute,  de  concert  avec  tes  ministres,  avec  tes  fils, 
seigneur  Adjàtaçatrou,  ces  paroles,  que  m’a  dites  cette 
nuit,  pour  toi,  ton  père  Dhritarâshtra.  » 722. 

« Les  Pàndouides,  les  Srinjayas,  répondit  Youddhish- 
thira,  Djanàrdana,  Youyoudb&na  et  Virâta  sont  rassem- 
blés. Répète  ici,  Galvaganide,  (ils  de  cocher,  ces  paroles, 
que  t'a  confiée  i Dhritarâshtra.  » 723. 

« Je  salue  Adjàtaçatrou,  Vrikaudara,  Dhanandjaya, 
reprit  Sandjaya,  et  les  deux  fils  de  Màdri,  et  Ça&uri  le 
Vasoudévide,  Youyoudhàna,  Tchékitâna,  Virâta,  724. 

» Le  vieillard,  qui  domine  sur  les  Pantchàlains,  Dhi  ish- 
tadyouuma,  le  Parshatide,  le  fils  d’Yadjnaséna.  Écoutes 
tous  ce  discours,  que  je  vais  prononcer,  désirant  la  félicité 
des  kourouides.  725. 

» Le  roi  Dhritarâshtra,  ayant  égard  à la  paix,  fit  atteler 
mou  char  à la  hâte.  La  paix,  dil-il,  soit  aux  Pàndouides  1 
Puisse-t-elle  être  goûtée  par  le  roi,  ses  frères,  ses  fils  et 
les  personnes  de  sa  famille  ! 726. 

» Les  fils  de  Prilhâ  sont  doués  de  toutes  les  vertus,  de 
fixité,  de  douceur  et  de  droiture,  nés  dans  une  race  géné- 
reuse, éloquents,  asiles  de  la  pudeur,  et  connaissant  les 
lois  de  toutes  choses.  727. 

» On  ne  trouve  associé  en  vous  aucun  acte  vil  ; telle  est 
l’excellence  de  votre  belle  nature,  guerriers  aux  armées 
formidables  ! Ce  qui  serait  faute  en  vous,  comme  une 
tache  de  collyre,  brille  ainsi  que  deux  habits  blancs.  728. 

» Là,  où  le  vice  se  lève  complètement,  on  voit  la  ruine 
de  tout  : le  Niraya  est  le  compagnon  de  la  mort.  Quel 
homme  intelligent  oserait  exécuter  jamais  une  action, 
quand  ia  victoire  est  égale  à une  défaite?  72b. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


42* 


» Heureux  les  fils,  les  amis,  les  parents  I Heureux  ceux, 
par  qui  les  devoirs  de  famille  sont  remplis  ! Les  kou- 
rouides  abandonneraien;  une  vie,  objet  du  blâme;  liée  par 
des  vœux,  elle  serait  pour  eux  la  grandeur.  730. 

» Si,  après  que  les  fils  de  Prithà  auront  connu,  puni, 
jeté  dans  les  fers  également  tous  les  kourouides  avec 
haine,  votre  vie  ne  peut  être  assurée  que  par  leur  mort; 
vivez,  je  le  trouve  bon,  par  la  mort  de  vos  parents.  731. 

» Qui  pourrait  triompher  de  vous,  appuyés  sur  le  (ils 
de  Satyà  et  défendus  par  le  bras  de  Pàrshata,  de  Tchékita 
et  du  Yasoudévide,  lût-il  Indra  lui-même,  fierdc  compter 
les  Dieux  pour  ses  compagnons  ! 732. 

a Ou  qui  pourrait  vaincre  dans  un  combat  les  kou- 
rouides, soutenus  par  I)rona,  Bhlshma,  Açvatthâman, 
(jalya,  kripa  et  les  autres,  sire,  aidés  par  le  fils  adoptif 
de  Râdhà  avec  les  rois  de  la  terre?  733. 

« Qui  est  capable  d'exterminer,  sans  se  perdre  lui- 
même,  la  grande  armée  du  monarque,  fils  de  Dhritarâsh- 
tra?  Quant  à moi,  je  n'entrevois  aucun  succès,  ni  dans  la 
victoire,  ni  dans  la  défaite  ! 734. 

a Comment  les  Prithides,  tels  que  des  hommes  vils, 
nés  en  d’ignobles  familles,  pourraient-ils  commettre  une 
action  d’un  sens  immoral?  Suppliant,  les  mains  jointes, 
je  m’incline  devant  le  Vasoudévide  et  le  vieux  roi  des 
Pantchàlains  ; je  me  mets  sous  votre  protectiou.  Comment 
la  félicité  sera-t-elle  assurée  aux  kourouides  et  aux  Srin- 
djayas  ? Jamais,  certes  ! le  Vasoudévide  ou  Dhanandjaya 
n’accompliront  aucune  parole  si  cruelle.  735 — 736. 

» Us  donnent  la  vie  à ceux,  qui  la  demandent  : pour- 
raient-ils faire  autrement?  Je  parle  ainsi  par  amitié,  sage 
prince.  Cette  parole  est  approuvée  du  roi,  que  Bhlshma 


LE  MAHA-BHARATA. 


424 

précède  en  ton  désir.  Puisse  régner  ici  une  paix  incom- 
parable ! » 737. 

Youddbishtbira  lui  répondit  : 

« Quelle  parole,  amie  des  batailles,  entends-tu  sortir 
de  ma  bouche,  Sandjaya,  qui  t’inspire  la  crainte  d'un 
combat?  Qui  voudrait  jamais  combattre,  mon  fils,  s’i  pos- 
sédait la  paix,  bien  supérieure  à la  guerre?  738. 

» Si  le  désir,  que  l’homme  caresse  dans  son  cœur, 
arrivait  à son  but,  sans  qu'il  dût  agir,  on  ne  lui  verrait 
exécuter  aucun  acte,  je  le  sais,  à plus  forte  raison,  un 
combat.  739. 

» D'où  la  persuasion  du  combat  viendrait- elle  jamais  à 
un  homme?  Quel  mortel,  sans  doute,  maudit  des  Dieux, 
pourrait  choisir  le  combat  ? Les  Prithides  dans  leur  avidité 
de  plaisir  feraient-ils  un  acte,  qui  fût  séparé  de  la  vertu 
et  propre  à C esprit  du  monde  ? 740. 

» Espèrent-ils  ce  plaisir,  qui  ne  se  lève  que  sur  le  de- 
voir dans  l'horizon  de  la  vie?  Une  mauvaise  action  est  en 
vérité  un  moyeu  d’infortune.  Quiconque  veut  posséder  le 
plaisir  et  veut  tuer  le  chagrin,  qui  accompagne  le  pouvoir 
de  la  joie  dans  les  organes  des  sens,  afflige  son  corps  par 
les  soupirs,  qu’il  donne  à l’amour.  Délivré  de  cette  pas- 
sion, il  ne  s'abandonne  plus  au  chagrin  : telle  la  force 
de  la  flamme  allumée  augmente  la  puissance  du  feu  em- 
bràsé.  741 — 742. 

» 11  n’est  pas  rassasié  encore  d'avoir  obtenu  l'utile  et 
l’agréable,  comme  le  feu  ardent  ne  se  rassasie  pas  de 
beurre  clarifié.  J’ai  vu  une  immense  accumulation  de  jouis- 
sances du  roi  Dhritaràshtra  au  milieu  de  nous;  743. 

» Mais  aujourd'hui  malheureux,  il  ne  soigne  plus  ses 
formes  ; malheureux,  il  ne  prête  plus  son  oreille  à la  mu- 


Y OU  D YOG  A-PAftV  A. 


625 


sique  et  aux  chants  ; malheureux,  il  ne  cultive  plus  les 
parfums  et  les  guirlandes  ; malheureux,  il  n’a  plus  aucun 
souci  des  onguents  ; 766. 

» Malheureux,  il  ne  se  revêt  pas  d’habits  somptueux  : 
comment  donc  exciterait-il  les  Kourouides  à s’en  parer  ? 
Quoiqu’il  en  soit  ici,  l'amour  afflige  ordinairement  le  cœur 
au  sein  de  l’insensé.  765. 

» lin  roi,  tombé  dans  le  malheur,  désire  lui-même  voir 
les  autres  placés  dans  la  même  condition  : cela  n’est  pas 
bien.  Qu’il  en  vienne  aux  mains,  quel  que  soit  et  son  état 
et  celui  des  ennemis.  766. 

» Un  sage,  qui,  dans  la  saison  chaude,  a abandonné  du 
feu,  le  plaisir  des  temps  froids,  dans  le  voisinage  d’une 
forêt  impénétrable  et  prolonde,  regrettera  de  le  voir  s’aug- 
menter par  la  force  du  vent.  767. 

» Pourquoi  donc,  Sandjaya,  le  roi  Dhritaràshtra,  quand 
il  a obtenu  le  souverain  pouvoir,  se  plaint-il  maintenant  de 
recevoir  un  fils  stupide,  insensé,  d’un  esprit  méchant,  dé- 
pourvu de  conseil  et  qui  se  plaît  dans  l’injustice?  768. 

» Souyodhana  n’a-t-il  pas  méprisé  les  paroles  de  Vi- 
doura  et  rejeté  ses  vérités  comme  des  mensonges?  Le  roi 
Dhritaràshtra,  par  le  désir  du  bonheur  de  son  (ils,  est  donc 
entré  dans  le  vice  sciemment  ! 760. 

Au  milieu  des  Kourouides,  l’amour  de  son  fils  a fait 
oublier  au  roi  Dhritaràshtra  cet  intelligent  Vidoura,  élo- 
quent, vertueux,  d’une  vaste  science,  zélé  pour  les  intérêts 
des  enfants  de  Kourou  ! 750. 

» L’amour  de  son  fils,  assassin  de  l’honneur,  ambitieux 
des  dignités,  arrogant,  transgresseur  de  l’utile  et  du  juste, 
aux  paroles  injurieuses,  inspiré  par  de  mauvais  cœurs,  li- 
bertin, vil,  qui  ne  peut  être  gouverné,  de  qui  la  colère  est 


428 


LE  MAHA-BHARATA. 


longue  et  l'âme  criminelle,  a fait  sciemment  abandon- 
ner, Sandjaya,  le  juste  et  l'amour  de  sa  famille  au  roi 
Dhritarâshtra,  plein  d’envie  et  nuisible  à ses  amis. 

751—762. 

» Ce  fut,  Sandjaya,  mon  opinion  dans  ce  jeu,  d’où  vien- 
dra la  mort  des  Kourouides;  Vidoura  a prononcé  un  dis- 
cours inspiré  où  n’existe  rien,  qui  soit  à la  louange  de 
Dhritarâshtra.  753. 

» Alors  qu'ils  n’ont  pas  adopté,  cocher,  les  opinions 
de  Kshattri,  le  malheur  est  tombé  sur  les  Kourouides  : le 
royaume  a prospéré  tant  qu’ils  ont  suivi  les  seutiments  de 
cet  homme.  754. 

» Écoute  maintenant  ceci  de  moi,  qui  veux  leurs  inté- 
rêts, cocher,  fils  de  Gavalgani.  Les  conseillers  du  Dhri- 
taràshtride  sont  Dourrâsana,  Çakouni  et  le  fils  adoptif  du 
cocher  : vois  quelle  est  sa  folie  ! 756. 

» J'examine  en  vain  de  tous  les  côtés,  je  ne  vois  pas 
d’où  le  salut  peut  venir  aux  Srindjayns  et  aux  Kourouides! 
Vidoura  à la  vue  longue  envoyé  dans  l'exil,  Dhritarâshtra 
a livré  la  puissance  aux  autres  ! 756. 

» Dhritarâshtra  désire  avec  son  fils  un  vaste  empire, 
sans  ennemis,  sur  la  terre  ; il  y règne  une  profonde  paix, 
et,  sans  l'avoir  obtenue,  il  regarde  comme  à lui  toute  la 
richesse,  qui  m’est  échue  en  partage.  767. 

u Cette  armée,  dont  Karna  s'imagine  pouvoir  effectuer 
la  prise  sur  Arjouna  dans  uu  combat,  elle  a jadis  livré  de 
grandes  batailles  : comment  Karna,  tranquillement  assis, 
n’a-t-il  pas  été  l’ile,  où  se  réfugièrent  ceux,  qui  les  ont 
soutenues?  758. 

» Karna  et  Souyodhana  savent  bien,  Drona  et  notre 
arrière-grand-oncle  savent  également,  ainsi  que  tous  les 


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YOUDYOGA-PARVA. 


427 


autres  Kourouides  existants,  qu’il  n'est  pas  un  archer  égal 
à Arjouna.  769. 

» Tous  les  Kourouides  et  les  autres  souverains  de  la 
terrg  savent  tous  que  le  royaume  est  tombé  ici  dans  les 
mains  de  Dourvodhana,  quand  Phâlgouna  vivait,  le  domp- 
teur des  ennemis.  700. 

» Le  Dhritarâshtride  pense-t-il  qu’il  soit  possible  d'en- 
lever aux  Pândouides  la  communauté  d'intérêts,  qui  a 
pour  lien  ce  Kirltl,  dont  l'arme  est  de  la  taille  d’un  pal- 
mier et  qui  est  venu  au  combat,  n’ignorant  pas  ces  choses  7 

» Les  (auteurs  de  Souyodhana  vivent,  pourvu  qu’ils 
n'entendent  pas  le  son  vibrant  de  l’arc  Gàndlva  ! Douryo- 
dhana  se  croit  au  comble  de  ses  vœux,  s’il  ne  voit  pas 
Bhtmaséna  courroucé.  761 — 762. 

» Indra  lui-même  ne  pourrait,  mon  ami,  nous  enlever 
cet  empire,  Bhtmaséna  vivant  ! Il  ne  le  pourrait  du  vivant 
d’ Arjouna,  cocher,  de  Nakoula  et  du  patient  héros  Saha- 
déva!  708. 

» Si  le  vieux  monarque  revient  k la  raison  avec  son  fils, 
cocher  Sandjâya,  c'est  à celte  condition  seulement  que  les 
enfants  de  Dhritaràshtra  ne  périront  pas  dans  la  bataille, 
consumés  par  la  colère  des  fils  de  Pândou.  704. 

» Tu  sais,  Sandjava,  quelle  fut  jadis  la  conduiteduDhri- 
taràshiride  k notre  égard,  ce  que  les  Kourouides  ont  fait 
avant  ce  jour  contre  nous  et  quelle  affliction  nous  (ut  im- 
posée : les  honneurs,  que  je  te  rends,  sont  un  signe  que 
je  pardonne  ces  offenses.  705. 

» Qu'ils  agissent  ainsi  aujourd'hui  même,  et  j’irai  dans 
un  sentiment  de  paix,  comme  tu  me  l'as  dit.  Mais  que  mon 
trône  soit  relevé  dans  Indraprastha  et  qu’il  me  soit  rendu 
par  Souyodhana,  l’ainé  des  Bharatides  ! » 700. 


428 


LE  MAHA-BHAHATA. 


Sandjaya  loi  répondit  : 

« On  voit  que  tes  actions,  célèbres  dans  le  monde,  fils 
de  Pàndou  et  de  Pritlià,  se  renferment  toujours  dans  le 
devoir.  Considérant  combien  est  rapide  l’écoulement  de  la 
vie,  ne  veuille  pas,  lils  de  Pàndou,  t' armer  d’une  puis- 
sance destructive.  767. 

» Les  Kourouides  ne  te  rendront  pas  ton  lot,  Adjàta- 
ç.  a trou,  si  ce  n'est  par  les  combats.  Dans  le  royaume  de 
Vrishni  et  d’Andhaka,  le  mieux,  jepense,  doit  être  obtenu 
par  une  humble  prière,  mais  non  le  royaume  par  un  com- 
bat. 768. 

» La  vie  de  l'homme  embrasse  peu  d’années,  elle  est 
d'un  rapide  cours  : il  n'y  a de  durable  en  elle  que  la  peine 
et  l’instabilité.  En  outre,  les  formes  de  la  renommée  sont 
multiples  : ne  commets  donc  pas  un  crime,  fils  de  Pàndou. 

» Les  désirs  s’attachent  à l’homme  : ce  sont,  puissant 
monarque,  les  raciues  de  l'obstacle  au  devoir.  L’homme 
prudent,  s'il  commence  par  les  étouffer,  obtient  dans  le 
monde  une  gloire  non  méprisable.  769 — 770. 

« La  soif  des  richesses  est  liée  avec  ce  monde,  fils  de 
Prithâ  ; elle  tue  le  devoir  chez  les  hommes,  que  ce  désir 
possède  ; mais  le  sage,  qui  désire  l'amour  et  choisit  le 
devoir,  est  exempt  de  l’obstacle  des  richesses.  771. 

» Quand  il  a fait  du  devoir  la  principale  des  choses, 
l'homme,  plein  d’une  grande  majesté,  mon  fils,  resplendit 
à l’égal  du  soleil  ; mais,  s'il  est  abandonné  du  devoir,  eût- 
il  acquis  citte  terre  elle-même,  l’homme  périt  dans  sa 
pensée  criminelle.  772. 

» Lire  les  Védas,  pratiquer  la  continence,  donner  aux 
brahuies  les  honoraires  des  sacrifices,  vaut  mieux  pour 
l’homme,  qui  pense  à un  lieu  supérieur,  qu'abandon- 


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YOUDYOGA-PARVA. 


428 

ner  son  âme  une  multitude  d’années  aux  plaisirs.  773. 

» Quiconque,  goûtant  d’une  manière  infinie  le  plaisir  et 
l’agréable,  ne  renferme  pas  ses  actions  dans  l’exercice  de 
l'unification  en  Dieu,  git,  précipité  par  la  fougue  de  l’a- 
mour, au  sein  d’une  peine  infinie,  réduit  à des  plaisirs 
vils  dans  la  perte  des  richesses.  774. 

» Mais  quiconque  n'est  pas  attaché  ainsi  à la  conti- 
nence, et,  renonçant  à la  vertu,  s’abandonne  au  vice,  l’in- 
sensé, qui  ne  croit  pas  à l'autre  monde,  cet  homme  stu- 
pide, quand  il  a déserté  son  corps,  est  tourmenté  dans  une 
vie  subséquente.  775. 

» Dans  le  monde  à venir,  il  n’y  a pas  une  perte  des  œu- 
vres pures  ou  des  actions  de  péchés  : les  vertus  et  les  vices 
marchent  devant,  et  l'auteur  les  suit  par-derrière.  776. 

» Tu  peux  appeler  une  œuvre  de  cette  espèce  la  nour- 
riture, pleine  de  convenance,  purifiée  par  le  çraddhâ,  em- 
baumée d’une  senteur  de  myrrhe,  que  l’on  donne  aux 
brahmes  dans  les  repas  funèbres,  sublimes  et  saints,  de 
tous  les  mois.  777. 

» On  agit,  tant  qu'on  habite  dans  ce  corps  ; on  n'agit 
plus,  après  la  mort,  fils  de  Prithà.  Puisse  l'œuvre  pure, 
que  tu  fais,  environnée  de  tous  les  éloges  des  gens  de 
bien,  se  rapporter  à l'autre  monde  ! 778. 

» Le  sage  abandonne  ainsi  les  choses  désagréables  & 
l'àme,  la  faim,  la  soif,  la  crainte,  la  vieillesse  et  la  mort  : 
il  n'existe  là  rien,  qui  ne  soit  la  satisfaction  des  sens.  779. 

» Le  fruit  de  l’œuvre  est  de  telle  sorte,  Indra  des 
hommes  : il  comble  le  désir,  en  lui  donnant  ce  qui  est 
agréable  au  cœur  ; il  naît  de  la  colère,  fils  de  Pàndou  ; il 
naît  de  la  joie.  Évite  à jamais  ces  deux  espèces  d’ affections. 

» Parvenu  à la  fin  des  œuvres,  n’abandonne  pas  la  vé- 


LE  MAHA-BHARÀTA. 


A 50 

rité,  la  répression  des  sens,  la  droiture,  l'humanité;  et, 
déployant  tes  efforts  pour  l'açva-médha  et  le  radjâsoûya, 
ne  reviens  pas  à la  fin  des  œuvres  du  vice.  780 — 781. 

» Si  vous  faites  ainsi,  fils  de  Prithâ,  cette  action  à ja- 
mais criminelle,  avec  les  apparences  de  l'inimitié,  habitez 
avec  justice,  même  une  multitude  d’années,  un  séjour  pé- 
nible au  fond  des  forêts.  782. 

» Tu  n’as  pas  envoyé  ces  hommes  en  exil  et  tu  as  laissé 
subsister  cette  armée  devant  toi.  Ces  conseillers,  et  Dja- 
nàrdana,  et  le  héros  Youyoudhàna  te  sont  toujours  sou- 
mis. 783. 

» Le  roi  Matsya  au  char  d'or  avec  son  fils,  Viràta  avec 
les  combattants,  ses  enfants,  et  les  rois  vaincus  naguère 
se  sont  rassemblés  tous  près  de  toi.  78â. 

» Appuyé  sur  de  grands  alliés,  à la  tête  d'une  armée, 
consumant  tes  adversaires,  secondé  par  Arjouna  et  le  Va- 
soudévide,  tu  abattras  les  plus  vaillants  des  ennemis,  et, 
au  milieu  du  champ  de  bataille,  vous  enleverez  l’orgueil 
du  Dhritaràshtride.  785. 

» Pourquoi,  ayant  augmenté  les  forces  de  l’ennemi, 
pourquoi,  ayant  persécuté  ses  alliés,  pourquoi,  ayant  ha- 
bité hors  de  chez  toi  dans  les  forêts  une  multitude 
d’années,  désires-tu  combattre,  fils  de  Pândou,  quand  le 
temps  est  inopportun  ? 786. 

« L’homme,  qui  livre  bataille  sans  aucune  science,  ou 
l’homme,  qui  sait  le  devoir,  fils  de  Pândou,  vont  égale- 
ment au  succès  : l'homme  de  science,  à qui  le  devoir  n’est 
pas  inconnu,  est  rejeté  lui-même  de  son  calme  par  les 
événements.  787. 

» Ton  âme  n'est  pas,  enfant  de  Prithâ,  assise  au  milieu 
du  vice  ; la  colère  ne  l’a  jamais  conduite  à faire  une  ac- 


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YOU  DYOG  A-PAll  V K. 


4SI 


tion  criminelle.  Quelle  est  donc  cette  affaire,  à cause  de 
laquelle  tu  veux  commettre  cette  action,  que  la  science 
t’interdit?  788. 

» Le  katouka  (1)  ne  provient  pas  de  la  maladie,  il  cause 
le  mal  de  tête,  enlève  la  renommée,  et  fait  naître  le  fruit 
du  vice.  Les  gens  vicieux  ne  boivent  pas  le  breuvage  des 
hommes  vertueux  ; calme-toi,  puissant  monarque,  et 
étouffe  ton  ressentiment.  789. 

» Qui  aimerait  cet  homme,  le  lien  du  vice.  La  patience 
et  non  les  plaisirs  est  ce  qu’il  y a de  mieux  pour  toi.  Dana 
celte  guerre , où  sera  tué  Bhlshma,  le  fils  de  Çàntanou, 
où  sera  tué  Drona  avec  son  fils,  790. 

» Où  périront  Kripa,  Cal  va,  et  le  fils  de  Somadatta,  et 
Vikarna,  et  Vivinçati,  et  Karna,  et  Douryodbana,  quand 
tu  les  auras  couchés  sur  la  terre,  quel  plaisir  obtiendras- 
tu  ? Penses-y,  fils  de  Prithâ  1 791. 

» Quand  tu  aurais,  de  cette  manière,  acquis  la  terre 
elle-même,  qui  a l’océan  pour  limite,  tu  n’auras  pas 
affranchi  ta  vie  de  la  vieillesse  et  de  la  mort.  Connaissant 
ainsi  le  plaisir  et  la  peine,  ce  qui  est  agréable  ou 
fâcheux,  déclare,  sire,  et  fais  la  guerre.  792. 

» Si  tu  désires  exécuter  une  chose  tellement  convenable 
à cause  de  l'amour,  que  tu  as  pour  tes  ministres,  donne 
ce  qu’ils  veulent  à ces  hommes  ; mais  renonçant  au  char 
des  Dieux,  ne  vas  pas  maintenant  sur  les  routes,  que 
suivent  les  Immortels.  » 793. 

« Sans  doute,  Sandjaya,  c’est  vrai,  répondit  Youd- 
dhishthira  ; le  devoir  est,  comme  tu  dis,  la  meilleure  des 
œuvres.  Tu  me  connais  et  tu  me  blâmes,  Sandjaya,  si 


(1)  Un  composé  de  trois  substances  piquantes. 


432 


LE  MAHA-BHAKATA. 


je  suis  cause  du  juste,  si  je  suis  auteur  de  l’injuste.  794. 

» Les  sages  voient  des  yeux  de  l'iutelligence  la  vertu, 
qui  parait  sous  les  traits  de  la  vertu  dans  les  cas,  où  le 
vice  emprunte  le  masque  de  la  vertu,  où  la  vertu  âe  pré- 
sente sous  l'extérieur  du  vice.  795. 

» Tel  est  même  ce  caractère  dans  l’infortune  ; il  faut 
que  le  vice  et  la  vertu  marchent  sans  cesse  agissants. 
Écoute,  Sandjaya,  quel  est  ce  devoir  dans  la  détresse,  et 
dont  le  premier  caractère  est  l'autorité.  796. 

» Je  ne  puis  m’empêcher  de  blâmer,  Sandjaya,  l’homme, 
qui,  vivant  dans  l'action,  reste  inerte  sous  une  infortune 
vicieuse.  Que  l’homme,  dépourvu  de  forces,  tâche  d’ac- 
quérir dans  sa  nature  brisée  la  chose,  dont  il  fasse  sortir 
une  action.  797. 

» L'homme,  qui  reste  attaché  dans  la  nature,  et  l'homme, 
qui  vit  dans  l’infortune,  sont  deux  personnes,  que  tu 
blâmes  également.  La  pénitence  des  brahmes,  qui  désirent 
que  tout  le  monde  vive,  fut  établie  par  Brahma  lui-même. 

» Dois-tu  regarder,  pour  les  blâmer,  ceux,  qui  vivent 
dans  l’action,  Sandjaya,  et  ceux,  qui  restent  dans  l’inac- 
tion ? La  conduite  a toujours  été  placée  dans  les  gens  de 
bien,  pour  la  séparation  de  la  qualité  sattwa  entre  les 
sages.  798 — 799. 

» 11  y a des  hommes,  qui,  n’étant  pas  brahmes,  n’ont 
pu  lire  tous  les  Védas,  que  le  sage  pense  qu’ils  ne  les  ont 
pas  moins  embrassés  tous  : leur  route  fut  leur  père,  et, 
avant  eux,  leurs  grands-pères  et  les  autres,  qui  ont  vécu 
avant  ceux-ci.  800. 

» Désireux  de  la  science,  ils  ne  feront  pas  une  autre 
œuvre  que  celle-ci.  « Je  suis  un  athée  ! » dira-t-on,  je 
pense.  801. 


" DTgitTzë3"b"y  Güogle 


# 


YOUDYOGA-PARVA.  433 

» Je  puis  aimer,  sans  renoncer  à la  vertu,  Sandjaya, 
toute  cette  richesse,  que  renferme  la  terre,  ce  qui  est  aux 
Dieux,  ce  qui  est  au-dessus  des  Tridaças,  le  monde  de 
Brahma,  le  Tridiva,  le  ciel  du  Pradjàpati.  lin  docteur  par- 
mi les  brahmes,  un  dévot  adorateur  n’est-il  pas  un  habile 
politique,  un  prince  de  la  vertu  ? S02. 

u Krishna,  qui  les  connaît,  commande  aux  diverses  et 
grandes  armées  du  roi  ; si  je  les  abandonne,  je  ne  dois  pas 
être  blâmé  ; si  je  combats,  dis-lu,  je  déserte  mon  devoir. 

'>  Que  l’illustre  Vasoudévide,  à la  belle  chevelure, 
parle!  Un  égal  amour  l’unit  aux  intérêts  de  Souyodhanaet 
de  moi.  Voici  Çalnéya,  ceux  de  Tchédi  et  les  Andhakas,  les 
Bhodjas,  les  Vrishnides,  les  Koukouras  et  les  Srindjayas; 
tous  honorent  la  pensée  du  Vasoudévide,  compriment  les 
ennemis  et  réjouissent  les  amis.  Certes  1 l'amitié  de 
Krishna  les  rend  tous,  les  Vrishnides  et  les  Andhakas, 
Ougraséna  et  les  autres,  semblables  à Indra  lui-même  ! 

803—804—805. 

» Les  heureux  descendants  d’Yadou  sont  doués  d’intel- 
ligence, pleins  de  force  et  dévoués  à la  vérité.  Le  grand 
Kaçide  est  parvenu  à une  prospérité  sublime,  après  qu'il 
eut  obtenu  Krishna  pour  son  frère  et  seigneur.  800. 

» Le  fils  de  Vasoudéva  fait  pleuvoir  sur  lui  l’accomplis- 
sement de  ses  désirs,  comme  le  nuage  à la  fin  de  l’été 
verse  la  pluie  sur  les  créatures.  Tel  est,  mon  fils,  ce  Ké- 
çava.  Sache,  en  outre,  qu'il  n’ignore  pas  la  résolution  de 
mon  affaire.  807. 

» Krishna  est  notre  ami  ; c’est  le  plus  vertueux  d’entre 
nous,  et  je  ne  manquerai  jamais  à la  parole  de  Kéçava.  » 
Le  Vasoudévide  reprit  en  ces  ternies  : 

•i  Je  ne  désire  pas  la  perte  des  fils  de  Pândou,  San- 
v 28 


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% 


434  LE  MAHA-BHARATA. 

djaya  ; j’aime  leur  prospérité  et  ce  qui  leur  est  agréable  ; 
je  désire  beaucoup  aussi,  cocher,  l’accroissement  du  roi 
Dhritarâshtra  et  de  son  fils.  808 — 809. 

» En  effet,  voici  mon  vœu,  Sandjaya,  et  je  ne  dirai  ja- 
mais autre  chose  : «Qu'il  étouffe  à leur  égard  sa  colère  ! » 
Je  fais  choix  de  ce  qui  est,  je  pense,  agréable  au  roi,  et 
cela  en  présence  des  Pândouides.  810. 

» Sans  doute,  le  fils  de  Pàndou,  envers  qui  Dhrita- 
râshtra et  son  fils  ont  paru  si  avides,  a montré,  Sandjaya, 
que  la  paix  était  bien  difficile  : pourquoi  la  contestation 
avec  eux  ne  serait-elle  pas  remplie  de  violence  ? 811. 

» Tu  as  appris  ici  d’Youddhishthira  et  de  moi,  San- 
djaya, que  la  vertu  n'est  pas  errante  : pourquoi  le  serait- 
elle,  Sandjaya,  pour  le  Pândouide  seul,  résigné,  qui 
remplit  son  devoir.  812. 

» Pourquoi  naguère  as-tu  dit  que  bien  était  la  perte 
d’un  homme,  qui  tient  à une  illustre  maison?  Dans  cette 
condition  du  sort,  les  opinions  des  brahmes  sont  diffé- 
rentes. 813. 

a Us  disent  que  d’un  côté  est  la  perfection  par  l’œuvre, 
et  que,  d’un  autre  côté,  est  la  perfection  par  la  science, 
quand,  au  temps  de  la  mort,  on  a quitté  son  corps.  Le  sage 
n'a  pas  besoin  de  manger  pour  être  assouvi  d’aliments  et 
de  mets,  c’est  à la  connaissance  des  brahmes.  814. 

» Le  fruit  des  sciences,  qui  mettent  l’œuvre  à fin, 
existe  ici,  mais  non  le  fruit  des  autres.  On  voit  ici  l’œuvre 
ttachée  à son  fruit.  Ainsi,  le  tourment  de  l’homme  altéré 
’appaise,  une  fois  qu’il  a bu  de  l’eau.  815. 

» Voici  la  règle  établie  : l’œuvre  est  ici,  Sandjaya,  par 
l'œuvre  même  : en  vain  appelle-t-on  bonne  cette  faible 
action,  qui  est  ici  autre  chose.  818. 


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YOUDYOGA-l’AllVA. 


m 


» C’est  par  l'œuvre,  que,  dans  l'autre  monde,  brillent 
ces  Dieux,  qui  nous  gouvernent;  c’est  par  l'œuvre  que  le 
vent  souille  ici  même  ; c’est  par  l’œuvre  que  le  soleil  infa- 
tigable se  lève  éternellement  pour  donner  le  jour  et  la 
nuit.  817. 

» La  lune  sans  paresse  va  s’unir  aux  constellations  et 
fait  naître  les  quinzaines  ou  les  mois  : le  feu  allumé  brûle 
sans  paresse  et  produit  son  action  pour  les  créatures.  818. 

» Sans  paresse,  la  divine  terre  soutient  avec  vigueur 
son  grand  lardeau  ; sans  paresse  coulent  rapidement  les 
eaux  et  les  rivières,  qui  abreuvent  tous  les  êtres.  819. 

» Sans  paresse,  le  roi  du  ciel  à l’immense  splendeur 
verse  la  pluie,  réjouissant  l’atmosphère  et  les  plages  cé- 
lestes ; sans  paresse,  il  cultive  la  continence  pour  donner 
aux  Dieux  la  supériorité,  qui  est  l’objet  de  ses  désirs.  820. 

# Laissant  de  côté  le  plaisir  et  les  choses  agréables  de 
l'âme,  le  Dieu  Çakra  a mérité  lasouverainetéparsesœuvres, 
observant  sans  négligence  la  vérité,  le  devoir,  la  répres- 
sion des  sens,  la  patience  et  l’ aimable  égalité  d'esprit.  821. 

» Sans  cesse  occupé  à pratiquer  toutes  ces  vertus,  Ma- 
ghavat  obtint  un  trône  sublime  ; Yrihaspati  à l'âme  accom- 
plie embrassa  en  sa  compagnie  le  vœu  du  célibat.  822. 

» 11  mérita  l’honneur  d’être  le  précepteur  des  Dieux 
en  fuyant  le  plaisir  et  comprimant  les  organes  des  sens. 
Ainsi  resplendissent,  par  l'œuvre,  dans  l’autre  monde,  les 
constellations,  le  soleil,  Roudra,  Vasava  et  les  Viçvas  eux- 
mêmes.  823. 

» Ainsi,  le  roi  Yama,  (ils  de  Viçravas  ; ainsi,  Kouvéra, 
les  Gandlmrvas,  les  Yakshas  et  les  Apsaras,  cocher, 
brillent  sous  la  forme  de  rishis  dans  le  second  monde,  en 
cultivant  les  sacrifices,  le  célibat  et  la  science  de  l'esprit. 


LE  MAHA-BHABATA. 


436 

» Toi,  qui  connais  ce  devoir  du  monde  entier,  des  prin- 
cipaux brahmes,  des  kshatryas  et  des  vaiçyas  ; toi,  qui  es 
un  sage  parmi  les  sages,  pourquoi,  cocher,  déployer  tes 
efforts  dans  l’intérêt  des  Kourouides.  824 — 825. 

» Sache  qu ' Youtid/iis/ithira  est  en  société  continuelle 
avec  les  Védas,  le  radjàsoûya  et  l’açvamédha  ; que  de  plus 
il  est  toujours  armé  d’un  arc  et  d’une  cuirasse,  sur  le  dos 
d’un  cheval  ou  d’un  éléphant,  monté  sur  un  char  et  muni 
de  ses  armes.  826. 

» Si  les  Prithides  étaient  persuadés  que  les  Kourouides 
ne  dirigent  pas  leurs  moyens  à la  mort  des  fils  de  Pàndou, 
ils  arrêteraient  Bhlmaséna  dans  sa  noble  conduite  et  fe- 
raient leur  vertu  de  conserver  le  devoir.  827. 

» Mais  si,  demeurant  dans  l'affaire  de  leurs  ayeux,  si, 
remplissant,  autant  qu'ils  ont  de  force,  leurs  obligations 
de  caste,  ils  subissent  la  mort  par  la  volonté  du  Destin, 
on  donnera  des  éloges  au  trépas  de  ces  héros.  S2S. 

» Penses-tu  que  le  chapitre  des  vertus  royales  puisse 
être  accompli  dans  la  guerre  ? Ou  ce  chapitre  des  vertus 
le  sera-il  dans  la  paix  ? J’écoute  ce  que  tu  vas  me  dire. 

» Vois  d’abord  les  attributions  des  quatre  classes  : con- 
sidère, Sandjaya,  quels  sont  les  devoirs  de  chacune  d’elles 
et  quelles  sont  les  obligations  des  Pàndouides.  Approuve 
ou  blâme,  suivant  tou  sentiment.  820 — 830. 

» Que  le  brahme  lise,  qu’il  sacrifie,  qu’il  fasse  l'au- 
mône, qu’il  visite  les  principaux  tirthas,  qu'il  instruise, 
qu'il  assiste  les  sacrifiants  dans  leurs  cérémonies,  ou  qu’il 
reçoive  les  honoraires  du  sage.  831. 

» Quand  le  kshatrya  aura  fait  la  défen  e des  créatures, 
donné  sans  négligence  avec  justice,  célébré  des  sacrifices, 
lu  tous  les  Védas,  contracté  des  mariages  avec  des  épouses, 


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yoi;î)yoga-parva.  4*7 

il  habitera  dans  les  maisons,  où  la  vertu  sera  cultivée  par 
lui.  832. 

n Le  vertueux  valçya,  quand  il  a lu  ses  pieux  devoirs, 
quand  il  conserve  sans  négligence  les  richesses,  qu’il  a 
amassées  par  les  saintes  occupations  de  l'agriculture  et 
de  l’élève  des  troupeaux,  s'en  va  au  monde  de  Brahma, 
qui  est  dans  ses  désirs.  833. 

» Exécutant  ce  qui  est  agréable  aux  brahmes  et  aux 
kshatryas,  que  l’artisan  vertueux,  doué  d’un  caractère 
honnête,  habite  dans  les  maisons  : qu'il  fasse  sa  cour, 
qu'il  rende  hommage  aux  brahmes  ; la  lecture  et  le  sacri- 
fice lui  sont  interdits.  834. 

» Mais  que  son  activité  continuelle  le  fasse  monter  au 
sommet  de  la  fortune  : c’est  là,  dit-on,  l'antique  devoir 
du  çoûdra.  Le  roi  protège  sans  négligence  et  dirige  toutes 
ces  classes  dans  le  devoir,  qui  est  propre  à chacune 
d’elles.  835. 

■i  Sans  amour,  la  conduite  égale  pour  toutes  les  créa- 
tures, il  ne  doit  pas  aimer  les  désirs  vicieux.  Si  donc 
existe  la  félicité,  et  s’il  règne  de  manière  à ce  qu'on  voie 
un  homme  connu  parmi  les  sujets,  qui  soit  doué  de  toutes 
les  vertus,  il  est  blâmable,  s’il  ne  s’en  aperçoit  pas.  Quand 
une  nature  cruelle,  recevant  sa  force  de  la  colère  du 
Destin,  aspire  à posséder  la  prospérité  d’autrui, 

836—837. 

» Vient  ensuite  ce  combat  des  rois  ; là,  on  voit  l'arc, 
la  flèche  et  la  cuirasse.  Indra  fait  naître  son  œuvre  |>our 
la  mort  des  ennemis;  et  là  sont  employés  la  cuirasse, 
l’arc  et  la  flèche.  838. 

» Là,  est  acquise  la  vertu  par  la  mort  des  ennemis. 
Les  Kourouides,  connaissant  le  vice,  ignorant  la  vertu. 


LE  MAH  V-BH.VHATA. 


A SB 

de  manifester  cette  faute  aux  cruelles  formes  : cela  n’est 
pas  bien,  Sandjaya.  839. 

» Alors,  en  dépouillant  sans  cause  les  Pândouides  de 
leur  légitime,  le  roi,  fils  de  Dbritaràshtra,  n'a  point  con- 
sidéré cet  antique  devoir  des  rois.  Tous  les  enfants  de 
Kourou  appartiennent  à la  même  famille.  8A0. 

» Si  un  voleur,  sans  être  vu,  ravit  adroitement  la  ri- 
chesse, ou  si,  violemment,  à face  découverte,  il  enlève 
cette  richesse,  où  elle  est  : ces  deux  actions,  Sandjaya, 
ne  sont-elles  point  blâmables  aux  yeux  de  ta  grandeur? 
Y a-t-il  rien  dans  le  fait  du  fils  de  Dhritarâsthra,  qui  le 
sépare  de  ces  hommes  ? 8 Al. 

» Soumis  au  pouvoir  de  la  colère,  l’avarice  lui  fait  pen- 
ser conforme  à la  justice  une  chose,  qu’il  désire  : il  a donc 
envahi  le  lot  des  Pândouides  ; des  étrangers  se  sont  ar- 
rogé cette  part  sans  raison.  8A2. 

» Dans  ces  conjonctures,  combattons  ! La  mort  elle- 
même  est  glorieuse  pour  nous  : il  vaut  mieux  rejoindre 
nos  ayeux  que  rester  soumis  à l’empire  des  autres  ! Pour- 
quoi détruire,  Sandjaya,  au  milieu  des  rois  ces  antiques 
vertus  des  Kourouides?  8A3. 

» Vois  cette  action  bien  coupable,  qui  fut  commise  au 
milieu  de  l’assemblée  par  les  Kourouides  sans  énergie, 
insensés,  tombés  sous  le  pouvoir  de  la  mort,  qui 
marchent  sur  les  pas  du  fils  de  Dhritaràshtra.  8AA. 

» Car  ils  ont  méprisé,  ces  Kourouides,  sous  les  yeux  de 
Bhtshma  lui-même,  l'épouse  chérie  des  Pândouides,  cette 
illustre  Draâupadt,  douée  de  vertus  et  de  conduite,  ver- 
sant des  larmes,  empêchée  dans  sa  marche  par  le  sang , 
qui  vient  avant  l’amour.  8A5. 

» Si  alors,  jeunes  et  vieux,  les  Kourouides  réunis 


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YOUDYOGA-PARVA. 


4 39 


l'avaient  retenue,  Dhritarâsthra  eût  fait  une  chose,  qui 
m’aurait  été  agréable;  lui  et  ses  fils  eussent  partagé 
l’honneur  de  cette  action.  846. 

u Mais,  au  contraire,  Douççâsana  ne  craignit  pas 
d’amener  Krishnâ  dans  l’assemblée  de  ses  beaux-pères  ; 
et  cette  malheureuse  trainée,  jetant  autour  d’elle  ses  re- 
gards pitoyables,  n’y  trouva  pas  un  protecteur  quelconque, 
si  ce  n'est  Kshattri.  847. 

» Les  monarques  réuuis  là  ne  purent  pas  objecter  un 
seul  mot  de  pitié  ; Kshattri  seul,  parlant  de  l’utile  et  du 
juste,  répondit  avec  une  pensée  vertueuse  à ce  prince 
sans  raison.  848. 

» Sans  rien  dire,  veux-tu  enseigner  cette  vertu  à la 
cour  du  Pàndouide?  Alors,  venue  en  cette  assemblée, 
Krishnâ  fit  cette  action  pure  et  d’une  pénible  difficulté, 
par  laquelle,  comme  un  navire  aux  flots  de  la  mer,  elle 
s’arracha  soi-mème  et  les  Pândouides  à l’infortune.  A 
cette  femme,  traînée  dans  l’assemblée  en  présence  de  ses 
beaux-pères,  le  fils  du  cocher  adressa  la  parole  en  ces 
termes  : 849 — 850. 

u II  n’ existe  pas  un  moyen  de  salut  pour  toi,  Yajna- 
sénl  ; tu  es  entrée  esclave  dans  la  maison  du  fils  de  Dhri- 
tarâshtra.  Tes  maris  sont  vaincus  au  jeu;  choisis,  noble 
femme, uu  autre  époux.  » 851. 

» Ce  trait  d’éloquence  de  Karna,  très-épouvantable, 
détruisant  les  articulations,  brisant  les  os,  se  plongea 
dans  le  coeur  de  Bibhalsou  ; cette  flèche  à la  splendeur 
cuisante  restaplantée  au  sein  de  Phàlgouna.  852. 

» Douççâsana  leur  adressa  des  paroles  acerbes,  quand 
ils  voulurent  se  revêtir  des  peaux  d'antilope  noire  : « Tous 
ces  brius  de  sésame  impuissant,  dit-il,  sont  morts,  ils 


LK  M AHV-BHAHATA. 


àâO 

sont  allés  à leur  perte  ; ils  sont  descendus  au  Naraka 
pour  long-temps!  » 853. 

« Tu  n’ignore s pas  ce  que  le  roi  de  Gàndhâra,  Ça- 
kouni,  s'écria  au  temps  du  jeu  avec  l'intention  de  tricher 
le  fils  de  Prithà  : « Tu  as  perdu  Nakoula  ! Qu'as-tu  affaire 
de  Krishna?  Fais  ton  enjeu  avec  Yâjnasenl!  » 85A. 

» Tu  sais  tout  cela,  Sandjaya  : ce  qu’il  y a de  blâ- 
mable dans  le  jeu  doit  être  blâmé,  comme  tu  l'as  dit.  Je 
désirai  moi-même  aller  dans  ce  lieu  corriger  la  chose  ; 
mais  elle  était  perdue.  855. 

j Sans  faire  abandonner  les  intérêts  des  fils  de  Pândou 
si  tu  aspires  également  aux  intérêts  des  Kourouides,  j'au- 
rai atteint  au  comble  saint  de  mes  vœux,  et  les  enfants  de 
Kourou  auront  échappé  au  danger  de  la  mort.  856. 

» Plaise  à Dieu  que  les  Kourouides,  fils  deDhritaràsh- 
tra,  m’honorent,  venu  en  leur  présence:  et  qu’ils  reçoivent 
la  parole,  que  je  vais  leur  adresser,  langage  inspiré, 
utile,  innocent,  le  jardin  même  des  vertus.  857. 

» S’il  en  est  autrement,  sache  que  Phàlgouna  sur  son 
char  et  Bhlmi,  revêtu  de  sa  cuirasse,  inonderont  ces 
Dhritaràshtrides  sur  le  champ  de  bataille,  et  que  leurs 
crimes  les  consumeront  dans  le  feu  même  de  leurs 
œuvres.  858. 

j Le  fils  de  Dhritarâshlra  a prononcé  contre  les  Pân 
douides  vaincus  des  paroles  amères,  terribles  ; et  l’éner- 
gique Bhlmaséna,  sa  massue  à la  main,  se  rappellera 
certes!  Douryodhana,  quand  l’heure  en  sera  venue.  869. 

» Souyodhana  est  un  grand  arbre,  planté  par  la  colère  : 
Karna  en  est  le  tronc  et  Gakouni  les  branches  ; DouççA- 
sana  eu  est  les  (leurs  et  les  fruits  en  abondance,  et  le  docte 
roi  Dhritarâshtra  la  racine.  860. 


YOUDYOGA-PARVA. 


AAI 


» De  même  Youddhishthira  est  un  grand  arbre,  planté 
par  la  vertu:  il  a pour  tronc  Arjouna,  et  pourses  branches 
Bhimaséna;  les  deux  fils  de  Màdrt  en  sont  les  fruits  et 
les  fleurs  multipliées  ; et  moi,  Brahma  et  les  brahmes 
nous  en  sommes  les  racines.  861. 

» Le  roi  Dhritarâshtra  avec  ses  fils  est  une  forêt  ; mais 
les  Pàndouides  en  sont  les  tigres,  Sandjaya  ; garde-toi  de 
cou|>er  la  forêt,  sous  laquelle  marchent  ces  tigres,  et  ne 
détruis  pas  ces  tigres  hors  de  la  forêt  ! 862, 

» Le  tigre  sans  bois  est  tué,  et  le  bois  sans  tigre  est 
coupé  : ainsi  que  le  tigre  défende  le  bois  et  que  le  bois 
conserve  les  tigres.  863. 

» Les  fils  de  Dhritarâshtra  ont  la  vertu  des  lianes, 
mais  les  Pàndouides  sont  de  puissants  shorées:  la  liane  ne 
s’accroît  jamais,  Sandjaya,  si  elle  ne  s’appuie  sur  un 
grand  arbre.  86A. 

» Les  Prithides,  ces  dompteurs  des  ennemis,  se  tien- 
nent, prêts  A écouter  ou  prêts  à combattre  : que  le  mo- 
narque des  hommes  fasse  donc  ce  qu’il  est  A-propos  de 
faire  à l'égard  de  Dhritarâshtra.  863. 

» Les  magnanimes  Pàndouides  sont  disposés  à la  paix; 
ils  marchent  dans  le  sentier  de  la  vertu  ; ce  sont  des  com- 
battants capables.  Instruit  de  ces  choses,  répète-les  sui- 
vant la  vérité.  » 866. 

« Je  te  fais  mes  adieux,  sirè,  monarque  des  hommes, 
répondit  Sandjaya.  Sur  toi,  Pàndouide,  descende  la  féli- 
cité ! N’est-il  pas  sorti  désaffections  de  moncœurquelque 
faute  en  parole  ? 867. 

» Après  avoir  salué  Ujanàrdana,  Bhimaséna  et  Arjouna, 
les  deux  fils  de  Màdri  et  le  sage  fils  de  Satyaka,  je 
m’en  vais  en  paix.  Que  le  bonheur  vous  accompagne  ! 


LE  MAHA-BHARATA. 


442 

Regardez-moi,  seigneurs,  d’un  œil  bienveillant.  » 868. 

« Je  te  donne  congé;  va  en  paix,  Sandjaya,  reprit 
Youddhishthira.  Tu  ne  te  rappelles  pas  une  chose  désa- 
gréable, que  nous  ayons  faite  jamais  ; et  nous  savons  tous 
que  tu  as  représenté  avec  une  âme  pure  dans  cette  assem- 
blée, où  tu  es  venu.  869. 

# Tu  fus  un  messager  convenable,  bien  agréable  pour 
moi,  Sandjaya,  désintéressé,  disant  des  choses  justes, 
et  doué  d’un  caractère  vertueux.  N’éprouve  jamais,  San- 
djaya, le  trouble  de  l’esprit  et  ne  sois  pas  irrité  à des  pa- 
roles lâcheuses.  870. 

» Le  discours  (1),  sorti  de  tes  lèvres,  n’est  jamais  ni 
amer,  ni  blessant  ; jamais  tu  n’as  vomi  contre  nous  un 
langage  (2)  piquant  ; nous  savons,  cocher,  que  tes  paroles 
sont  innocentes,  utiles  et  la  joie  des  vertus.  871. 

» Tu  es,  cocher,  notre  meilleur  ami  ; ou  tu  es  comme 
un  second  Vidoura,  tjui  vieudrait  ici  en  toi-même  : nous 
t’avons  maintes  fois  vu  jadis  : tu  es  pour  Dhanandjaya 
un  ami  égal  à son  âme.  872. 

» Éloigne-toi  promptement  d'ici,  Sandjaya,  et  fais  ta 
cour  aux  brabmes,  qui  sont  dignes  de  cet  hommage,  nés  de 
racebrahmique,  investis  de  leurs  fonctious,  d'une  fermeté 
pure,  accomplissant  toutes  les  obligations  de  leur  caste  ; 

u Aux  brahraes  concentrés  dans  la  lecture  des  Védas, 
aux  mendiants,  aux  ascètes,  qui  sont  continuellement  au 
milieu  des  bois,  aux  personnes  vénérables,  aux  vieillards  ; 
et  souhaite-leur  une  bonne  santé  de  ma  part  et  de  celle 
des  autres.  873 — 874. 


(1 2;  Apaçrouti,  mot,  ,jui  ne  ae  trouve  dan»  aucun  dictionnaire,  nidati» 

celui  môme  de  Bôthlingk  et  Roth. 


YOUDYOGA-PARVA. 


443 

» Salue  l'arcbi-brabme  du  roi  Dhritaràshtra,  et  ceux, 
qu’il  reconnaît  pour  ses  instituteurs  spirituels  et  ses 
ritouidjs;  approche-toi,  cocher,  mon  ami,  suivant  qu’ils 
en  sont  dignes,  de  tous  ces  hommes  réunis  avec  le  vœu 
d'une  bonne  santé  sur  les  lèvres.  87â. 

» Salue  de  même  les  vieillards,  qui  habitent  sans  avoir 
lu  les  Védas,  qui,  l'esprit  fixé  sur  un  seul  point,  doués  de 
l’énergie  du  caractère,  gardent  notre  souvenir  et  le  désir 
de  nous  voir,  qui  tiennent,  autant  qu'il  est  en  eux,  la  me- 
sure de  h justice.  876. 

» Glorifie-toi  devant  eux  de  ma  bonne  santé  et,  en  der- 
nier lieu,  mon  ami,  informe-toi  comment  ils  se  portent. 
Fais  ainsi  pour  ceux,  qui  vivent  dans  le  royaume  de  la 
justice  rendue  ; pour  ceux,  qui  habitent  le  royaume,  en  le 
protégeant  de  leurs  armes,  877. 

» Prosterne-toi  devant  le  placide  Drona,  l’instituteur 
spirituel,  le  vénéré,  le  souple,  le  désireux  des  Védas, 
l'homme,  que  suit  la  politique,  qui  a cultivé  la  conti- 
nence et  qui  a,  de  plus,  observé  même  l'astra  dans  ses 
quatre  parties.  878. 

o Demande  comment  il  se  porte  à l'impétueux  Açvat- 
thàman,  semblable  au  fils  d’un  Gandharva,  qui  est  bien 
doué  de  race,  de  science,  de  lecture,  et  qui  a,  de  plus, 
observé  même  l’astra  dans  ses  quatre  parties.  879. 

» llends-toi  à l'habitation  de  Kripa  la  Çaradvatide,  le 
héros,  le  plus  habile  de  ceux,  qui  connaissent  la  nature 
de  l'âme;  rappelle-moi  souvent  à sa  mémoire,  Sandjaya, 
et  touche  ses  pieds  de  ta  main.  880. 

» Prends  les  pieds  du  plus  vertueux  des  Kourouides, 
de  Bhishma,  en  qui  sont  réunis  la  fermeté,  la  qualité 
sattwa,  la  connaissance  des  Védas,  la  science,  le  caractère, 


m 


LE  MAHA-BHARATA. 


la  pénitence,  l'humanité  et  le  courage.  Annonce-moi  là 
devant  lui.  881. 

» Prosteme-toi  aux  pieds  de  ce  monarque  chargé 
d’années,  qui  est  plein  d’intelligence,  qui  a l’œil  de  la 
science,  qui  est  très-célèbre,  qui  honore  les  vieillards  et 
qui  est  le  chef  des  Kourouides.  Dis— lui,  Sandjaya,  que  je 
suis  exempt  de  maladie.  882. 

» Demande  même  comment  il  se  porte,  mon  ami,  au 
fils  ainé  de  Dhritaràshtra,  à ce  Souyodhana,  méchant,  in- 
sensé, pervers,  d'une  vicieuse  nature,  par  qui  est  gouver- 
née toute  la  terre.  883. 

b II  faut  t’enquérir  aussi  de  la  santé,  mon  fils,  de  son 
frère  puîné  Douççàsana.  Un  brutal  caractère  l’accompagne 
toujours,  Sandjaya  ; mais  c’est  un  héros,  le  plus  vaillant 
des  Kourouides.  884. 

b Tu  dois  t'incliner,  Sandjaya,  devant  l’intelligent  et 
sublime  Vâlhika.  Son  esprit  est  excellent.  Toujours  il  eut 
de  l’amour,  dit-on,  et  il  n’en  eut  pas  d’autre,  pour  la  paix 
avec  les  Bharatides.  885.  « 

» Somadatta  est  ferme,  savant,  doué  de  plusieurs  qua- 
lités éminentes;  j’estime  qu’il  mérite  un  hommage,  lui, 
qui,  par  amour,  supporte  continuellement  la  colère.  886. 

b Le  fils  de  Somadatta  est  notre  frère,  Sandjaya  ; il  est 
il. on  compagnon  ; il  est  entre  las  Kourouides  leplusdigne 
d’honneur  : informe-toi  comment  il  se  porte,  ce  guerrier 
au  grand  arc,  vénérable  avec  ses  ministres.  887. 

b A ces  autres  jeûnas  gens,  les  principaux  das  Kou- 
rouides, qui  sont  nos  frères,  nos  lils  et  nos  petits-fils,  il 
te  faut  parler  à chacun  d’eux,  cocher,  suivant  que  tu 
penses  convenable  de  l’interroger  relativement  àsa  srnté. 
b A tous  les  rois  quelconques,  ameués  par  le  lils  de 


YOIJDYOGA-PARVA. 


445 

Dbritarâshtra  au  combat  des  Pâodouides,  les  Tchaçitis, 
les  ÇAlvakas,  les  kékayas,  les  habitants  d’Avanti  et  les 
premiers  des  Trigartas,  888 — 889. 

» Aux  héros  du  levant,  du  septentrion,  du  midi  et  du 
couchant,  à tous  les  princes  montagnards,  sans  méchan- 
ceté, doués  de  vertus  et  de  bonne  conduite,  demande-leur 
à tous,  cocher,  comment  ils  se  portent.  890. 

» Aux  guerriers,  montés  sur  des  éléphants,  à ceux,  qui 
combattent  sur  des  chars,  aux  hommes  de  pied  et  à ces 
grandes  foules  de  nobles  personnages,  dis  que  ma  santé 
est  parfaite,  et  enquiers-toi  continuellement  auprès  de 
tous  comment  ils  se  portent.  891 . 

» A ceux,  qui  sont  préposés  aux  trésors  du  roi,  à ses 
ministres,  A ses  concierges,  aux  conducteurs  de  ses  ar- 
mées, à ceux,  qui  comptent  ses  revenus  et  ses  dépenses, 
à ceux,  de  qui  la  pensée  est  continuellement  attachée  à 
à ses  grandes  richesses,  veuille  bien  faire  la  même  de- 
mande. 892. 

» La  guerre  n'a  jamais  été  approuvée  par  le  fils  de  la 
valçyà,  ce  sage  à la  grande  science,  doué  de  toutes  les 
vertus  et  qui  est  comme  un  Immortel  au  milieu  des  kou- 
rouides  : informe-toi,  mon  ami,  de  sa  santé.  893. 

>>  Satchitraséna,  le  beau  joueur,  aux  investigations  ca- 
chées, réputé  pour  les  dés,  n’a  pas  son  égal  pour  un  car- 
nage au  jeu  ; il  est  invincible  au  combat  du  jeu  : veuille, 
mon  ami,  t’enquérir  de  sa  santé.  894. 

» Çakouni,  le  montagnard,  le  roi  de  Gàndhàra,  n'a  pas 
trouvé  de  second  pour  un  massacre  au  jeu  des  dés  : il  te 
faut  même  demander  comment  il  se  porte  à cet  esprit 
faux,  cocher,  en  rendant  tes  hommages  au  fils  de  Dhrita- 
râshtra.  895. 


LE  MAHA-BHARATA. 


ââo 

» Enquiers-toi  de  sa  santé  au  héros  sans  égal,  Val  tar- 
tans, le  stupéfiant  des  stupéfiés,  qui  seul,  monté  sur  son 
char,  entreprit  de  vaincre  les  inalTron tables  Pàndouides. 

■>  Tu  demanderas  quelle  est  sa  santé  à Vidoura,  notre 
conseiller,  à l’esprit  insondable,  à la  vue  longue,  qui  nous 
est  bien  dévoué,  qui  est  notre  père,  qui  est  notre  seigneur, 
qui  est  notre  gourou,  qui  est  notre  mère  et  nos  amis. 

896 — 897. 

» Il  y a là  des  femmes,  chargées  d’années,  pleines  de 
vertus,  qui  sont  connues,  Sandjaya,  comme  nos  mères: 
approche-toi  de  toutes  ces  dames  vieillies,  rassemblées 
de  compagnie  et  présente-leur  les  respectueux  hommages. 

s Des  (ils  aux  formes  de  la  bonté  remplissent-ils  régu- 
lièrement, à votre  égard,  le  devoir  des  fils  vivants?  » Et, 
quand  tu  auras  dit  ces  mots,  Sandjaya,  ajoute  : o Adjàta- 
çatrou  et  ses  fils  vont  bien  ? » 898 — 899. 

» Toi,  qui  as  parlé,  Sandjaya,  à notre  épouse,  inter- 
roge toutes  ces  dames,  mon  ami,  sur  leur  état  prospère  : 
« Vos  vaches  sans  défaut  sont-elles  bien  protégées?  Êtes- 
vous  des  épouses  (1)  sans  négligence  dans  vos  maisons? 

» Tenez-vous  à l’égard  de  vos  beaux-pères,  nobles 
dames,  une  conduite  juste,  revêtue  de  bon  té?  Réglez-vous 
la  conduite  de  vous-mêmes  en  sorte  que  la  marche  de  vos 
époux  soit  prospère  ? » 900 — 901. 

» Si  tu  parles  à n<  s brus,  Sandjaya,  qui,  douées  de  ver- 
tus, sont  entrées  là  dans  nos  familles  et  qui  ont  des  en- 
fants, dis-leur,  étant  venu  les  trouver  : «Youddhishlhira 
vous  salue  avec  sérénité.  » 902. 

(1)  Une  irrégularité  grammaticale  ou  plutôt  une  faute  du  copiste-  : un 
mot  à l’accusatif,  qui  est  le  sujet  d’une  proposition  et  qui  a pour  attribut 
un  mot  au  nominatif. 


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YOUDYOGA-PAKVA. 


447 


» Interroge  de  ma  part  les  jeunes  filles,  nos  parentes, 
dans  les  palais,  sur  l’état  de  leur  santé,  et  dis-leur,  San- 
djaya:  « Puissent  vos  .'minents  époux  vivre  heureux,  et 
soyez,  vous  ! le  bonheur  de  vos  époux  ! » 903. 

» Demande  comment  va  leur  santé  à ces  femmes,  re- 
vêtues de  beaux  habits,  embaumées  de  parfums,  heu- 
reuses, environnéesde  jouissances,  qui  ne  sont  pas  cruelles, 
de  qui  la  vue  est  charmante  et  la  parole  bien  légère.  904. 

» Aux  servantes  et  aux  serviteurs,  qui  appartiennent 
aux  Kourouides,  à ces  domestiques  en  grand  nombre,  ou 
boiteux,  ou  bossus,  rassemblés  sous  leur  patronage,  dis 
que  mes  affaires  vont  bien  et,  en  dernier  lieu,  interroge- 
les  eux-mêmes  sur  l’état  de  leur  santé  : 905. 

o Le  fils  de  Dhritarâshtra  observe-t-il  à votre  égard 
l’antique  vertu  de  ses  ayeuT  ? Vous  donne-t-il  les  aliments  ? 
Le  Dhritaràshtride  nourrit-il  avec  bonté  les  nains,  les 
misérables  ou  ceux,  qui  sont  privés  des  membres  ? » 906. 

» Dis  à tous  les  aveugles,  aux  vieillards,  aux  nom- 
breuses gens,  qui  gagnent  leurvieàconduire  un  éléphant, 
que  mes  affaires  vont  bien,  et,  en  dernier  lieu,  interroge- 
les  eux-mêmes  sur  l’état  de  leur  santé.  907. 

» Dis-leur  : « Que  cette  peine,  que  cette  vie  indigente 
ne  vous  inspire  aucune  crainte  ; vous  avez  sans  doute 
commis  une  faute  dans  une  vie  précédente.  Quand  j’aurai 
comprimé  les  ennemis  et  favorisé  les  amis,  je  vous  entre- 
tiendrai de  nourriture  et  de  vêtements.  » 908. 

» J’ai  des  affaires  pour  l’avenir  avec  les  brahmes  ; il 
nous  font,  hélas  ! supporter  la  vie  : je  les  vois  revêtus  de 
formes  convenables.  Fais  entendre  au  monarque  un  lan- 
gage, que  t’inspire  la  perfection  même  (1).  909. 

(1)  Je  ne  vois  pa»  bien  ce  que  fait  là  ce  çloka,  qui  n'a  pu  une  grande 


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448  LE  MAHA-BHAKATA. 

a Interroge  de  toute  manière,  mon  ami,  suivant  ma  pa- 
role, sur  leur  état,  plus  ou  moim  prospère,  les  gens  sans 
protecteur,  les  faibles,  les  insensés,  qui  luttent  sans  cesse 
avec  leur  âuie,  et  les  misérables  mêmes.  010. 

a Quand  tu  auras  vu,  fils  de  cocher,  les  autres  dignes 
personnes,  venues  de  contrées  différentes  et  rassemblées 
à la  cour  des  Dhritarasbtrides,  interroge-les  toutes  sur 
leur  inaltérable  prospérité.  911. 

» Et  de  même,  quand  tu  auras  demandé  les  nouvelles 
de  leur  santé  à tous  les  messagers  du  roi,  envoyés  et  re- 
venus, il  faut  dire  que  je  me  porte  bien,  à toutes  ces  per- 
sonnes douées  de  la  connaissance  de  tous  les  pays.  912. 

» Le  Dhritaràshtride  n'a  point  obtenu  de  tels  autres 
guerriers  sur  la  terre  : mon  devoir  est  continuel,  et  le  de- 
voir a seul  une  grande  puissance  sur  le  sacrificateur  des 
ennemis.  913. 

» Répète,  Sandjaya,  ce.  langage  de  moi  à Souyodhana, 
le  fils  de  Dhritarâshtra  : « Le  désir,  qui,  dans  ton  sein, 
tourmente  ton  cœur,  est  l'ennemi  des  IilsdeKourou.  914. 

» 11  n’existe  aucun  moyen  de  réunir  les  deux  moitiés  de 
cette  rupture  ; soyons  tels,  dans  l’une  ou  dans  l'autre 
partie,  qu'il  est  agréable  à toi  : ou  rends-moi  la  ville 
même  de  Ça  Ira  (1),  ou  prépare-toi  à combattre,  héros,  le 
plus  vaillant  des  Bharatides.  » 915. 

» Dhatri  met  en  sa  puissance,  Sandjaya,  le  bon  et  le 
méchant,  le  jeune  homme  et  le  vieillard,  le  fort  et  le  faible. 

» Éjaculant  toute  la  semence  virile  devant  lui,  lçana 
doune  la  science  au  jeune,  et  la  jeunesse  au  savant. 

916—917. 

signification  et  que  j'inclinerais  à rejeter  avec  les  trois  ou  quatre  suivants 
parmi  les  interpolations. 

(1)  Iruirapratlha. 


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YOll  DYOG  A-PAR  V A. 


449 

» Tu  as  dit,  suivant  la  vérité,  quelle  est  la  force  de 
l'homme,  qui  a le  désir  de  savoir,  et  la  rectitude  avec  les 
apparences  de  la  joie  a délibéré  ton  conseil.  918. 

» Quand  tu  s:  ras  rendu  chez  les  Kourouides,  prosterne- 
toi,  fils  de  Gavalgani,  devant  Dhrilarâshtra  à la  grande 
force,  prends  ses  pieds  et  demande-lui  quel  est  l’état  de 
sa  santé.  919. 

» Dis  à ce  monarque,  assis  sur  son  trône,  environné  des 
Kourouides  : « Grâce  à ta  vigueur,  sire,  les  fils  de  Pàn- 
dou  vivent  avec  bonheur.  920. 

» Par  ta  faveur,  tes  fils  sont  parvenus  au  trône.  Après 
que  tu  les  as  établis  au  faite  de  la  puissance,  ne  permets 
pas  que  leur  faute  conduise  ces  princes  à leur  perte.  » 921 . 

» Toutes  ces  choses  ne  suffiraient  pas,  Sandjaya,  si  elles 
étaient  adressées  à un  seul  homme,  quelqu’il  fût.  Vivons, 
mon  ami,  rirons  en  compagnie  : ne  vas  point  sous  la  puis- 
sance des  ennemis.  922. 

» Courbe  ta  tête  devant  Bhtshma,  le  fils  de  Çântanou, 
qui  est  comme  l'ayeul  des  Bharatides,  et  rappelle-lui  mon 
nom.  923. 

v Tu  dois,  après  ces  hommages,  parler  à notre  ayeul  : 
n La  fière  maison  de  Çântanou,  lui  diras-tu,  est  de  nou- 
veau plongée  dans  l’infortune.  924. 

» Fais,  par  la  puissance  de  ton  opinion,  bienveillant 
ayeul,  que  tes  petits-fils  conservent  la  vie  dans  leur  mu- 
tuelle amitié  1 » 925. 

» Dis  à Vidoura,  le  porte-conseil  des  Kourouides: 
n Touché  pour  Youddhishthira  d’un  amour  utile,  parle, 
mon  ami,  en  faveur  de  la  paix.  » 926. 

» Ensuite,  à l’irascible  Douryodbana,  le  fils  du  roi,  qui 
trône  au  milieu  des  Kourouides,  tiens  ce  langage,  quand 

29 


v 


450 


LE  MAHA-BHARATA. 


tu  l’auras,  avec  des  essais  répétés,  rendu  favorable  à tes 
désirs  : 927. 

« Tu  as  souffert  que  l’innocente  Krisbnâ  fût  trainée 
seule,  abandonnée,  en  pleine  assemblée.  Nous  avons  sup- 
porté cette  douleur,  et  nous  n’avons  pas  tué  les  Kou- 
rouides.  928. 

» Dès  avant,  les  Pândouides,  quoiqu’ils  fussent  les  plus 
forts,  avaient  déjà  souffert  d’autres  infortunes  semblables  : 
tout  cela  est  connu  des  insensés  Kourouides.  929. 

» Nous  avons  même  souffert  avec  patience,  mon  ami, 
d'être  envoyés  en  exil,  revêtus  avec  des  peaux  d’antilope, 
et  nous  n’avons  pas  tué  les  Kourouides  ! 930. 

» Avec  ta  permission,  Douççâsana,  au  mépris  de 
Kountt,  osa  prendre  Krishnà  par  les  cheveux,  et  nous 
avons  même  enduré  cette  injure.  931. 

» Nous  demandons  que  tu  nous  rendes,  monarque, 
fléau  des  ennemis,  notre  part  légitime.  Détourne  des  ri- 
chesses d'autrui  la  pensée  de  ton  âme  avide.  932. 

» A cette  condition,  tu  auras  la  paix,  sire,  et  une  mu- 
tuelle amitié  nous  unira  ; donne-nous  une  moitié  du 
royaume,  à nous,  qui  désirons  la  paix.  933. 

» Donne  cinq  villes,  Souyodhana,  à mes  cinq  frères  : 
Konçasthala,  Vrikasthala,  Mâkandl,  Vâranâvatâ  et  Ava- 
sàna  : il  n’importe  ici  laquelle  sera  la  cinquième.  C’est  à 
ce  prix,  très-docte  Sandjaya,  que  la  paix  sera  faite  entre 
nos  parents  et  nous.  934 — 935. 

b Qu’un  frère  suive  son  frère,  qu’un  père  embrasse  son 
fils  et  que  les  Pàntchàlains  se  réunissent  en  souriant  aux 
Kourouides.  936. 

n Je  désire  voir  sans  blessures  les  enfants  de  Kourou 
et  les  habitants  du  Pântchâla.  Nas  âmes  sont  pleines  d'af- 


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YOUDYOGA-PAKVA.  451 

fection,  éminent  Bharatide,  mon  ami,  et  nous  respirons 
tous  la  paix.  937. 

» Je  suis  également  disposé,  Sandjaya,  pour  la  paix  ou 
la  guerre;  je  suis  également  disposé  pour  le  juste  et  l'u- 
tile, pour  la  douceur  et  la  sévérité.  » 938. 

Valçampâyana  dit  : 

Congédié  par  le  (ils  de  Pàndou,  le  magnanime  San- 
djaya se  mit  en  route  alors,  ayant  accompli  toute  la  com- 
mission de  Dhritarâshtra.  939. 

il  arriva  promptement  à Hàstinapoura,  il  entra  dans  la 
ville,  et,  s'étant  rendu  au  gynœcée,  il  dit  ces  mots  au  por- 
tier : 940. 

« Annonce  à Dhritarâshtra,  portier,  que  moi,  Sandjaya, 
je  suis  revenu  de  la  présence  des  fils  de  Pàndou  ; fais  cela 
sans  larder.  941. 

» Parle,  si  tu  as  de  la  vigilance,  portier  ; que  j'entre 
connu  chez  le  souverain  de  la  terre  ! Mon  arrivée  ici  doit 
Être  annoncée.  » A ces  mots,  le  concierge  dit  au  mo- 
narque : 942. 

« Voici  Sandjaya,  souverain  de  la  terre.  11  est  venu  à ta 
porte  avec  le  désir  de  te  voir  ; messager,  il  revient  de  la 
présence  des  fils  de  Pàndou.  Ordonne,  roi,  ce  que  doit 
faire  l’homme  ici  présent.  » 943. 

n Dis-lui  que  je  suis  heureux,  exempt  de  maladie, 
répondit  Dhritarâshtra  ; qu’il  soit  introduit  : la  bien-venue 
soit  de  Sandjaya  ! Je  ne  suis,  certes  ! pas  malade  pour 
lui  : à cause  de  quoi  resterait-il  attaché  au  seuil  de  ma 
porte.  » 944. 

Cela  dit,  le  fils  du  cocher  entra,  avec  la  permission 
do  monarque  dans  ce  grand  palais,  défendu  par  les 
nobles  héros  de  la  science  ; et,  portant  au  front  ses  mains 


452 


LE  MAHA-BHAHATA. 


réunies,  il  s'approche  du  prince  Vitchitraviride  assis  dans 
son  trône.  945. 

« Je  suis  Sandjaya,  souverain  de  la  terre  : adoration  te 
soit  rendue!  lui  dit-il.  Je  viens  d'auprès  des  Pàndouides, 
que  je  suis  allé  trouver,  roi  des  hommes.  Prosterné  de- 
vant toi,  l’intelligent  fils  de  Pândou,  Youddhishthira 
s’enquiert  de  ta  santé.  946. 

» Il  s’informe  avec  affection  de  tes  fils.  Es-tu  satislait 
de  tes  fils,  sire,  de  tes  petits-fils,  de  tes  amis,  de  tes  mi- 
nistres et  de  ceux  mêmes,  qui  vivent  de  tes  bien  failli  » 

o Je  te  parle,  Sandjaya,  après  t'avoir  donné  le  salut, 
à toi,  mon  ami,  et,  avec  plaisir,  au  (ils  de  Prithà,  Adjâ- 
taçatrou,  lui  répondit  Dhritarâshtia.  Est-ce  que  ce  mo- 
narque va  bien  avec  ses  fils,  avec  ses  ministres,  avec  les 
plus  jeunes  frères  des  Kourouides  ? » 947 — 948. 

« Le  fils  de  Pândou  se  porte  bien,  et  ses  ministres 
également,  reprit  Sandjaya.  Il  désire  que  la  chose,  qui  te 
fut  à coeur,  soit  toujours  devant  toi.  Il  est  intelligent, 
très-instruit,  pénétrant,  vertueux,  il  répand  la  lumière 
sur  le  juste  et  l’utile.  949. 

» La  vertu  est  la  première  chose  du  Pândouide  ; l'hu- 
manité pour  lui  est  la  première  des  vertus  ; il  l’estime 
au-dessus  d’un  monceau  de  richesses.  Son  intelligence 
est  enfermée,  Bharatide,  entre  des  choses,  qui  ne  sont 
pas  sans  utilité,  qui  ne  sont  pas  dépourvues  du  devoir  et 
qui  ont  le  bonheur  pour  ami.  950. 

» L’homme,  joint  à un  ennemi,  agit,  comme  une  femme 
de  bois,  dont  les  membres  sont  réunis  avec  du  fil.  A la  vue 
de  cette  contrainte  du  fils  de  Pândou,  j’ai  pensé  qu’une  ac- 
tion supérieure  enchaînait  l'homme  au  destin.  951. 

» J'ai  vu  la  faute  attachée  à ton  oeuvre  ; elle  est  épou- 


YOCDYOGA-PARVA. 


453 


vantnble,  ses  formes  sans  couleur  sont  la  source  du  vice. 
Cet  homme  obtient  la  louange  autant  qu’un  autre  s’adonne 
4 l’excès  de  l’amour.  952. 

» Adjâtaçatrou  aqnitté  le  vice  comme  un  serpent  sa 
vieille  peau  décrépite  ; et,  libre  du  péché,  le  sage  Youd- 
dhishthira  se  complaît  en  ce  monde  dans  une  conduite 
respectable.  953. 

» Eh  bien  ! écoute,  sire,  la  laideur  de  ton  action,  d’où 
s'est  enfuie,  avec  la  morale,  l'union  de  l'utile  et  du  juste. 
Tu  as  encouru  ici  le  blâme,  sire,  et  de  plus  ce  crime  s’at- 
tachera à tes  pas  dans  l'autre  monde.  054. 

» Soumis  au  pouvoir  de  tes  fils,  tu  désires  à part  des 
fit*  de  Pdndou  une  richesse  incertaine  ; mais  le  retentisse- 
ment du  vice  est  grand  sur  la  terre,  et  cette  œuvre  est  in- 
digne de  toi,  chef  des  enfants  de  Bharata  ! 965. 

i)  Est-on  dépourvu  de  science,  né  dans  une  mauvaise 
race,  inhumain,  exerçant  de  longues  inimitiés,  ignorant 
dans  les  arts  du  kshatrya,  les  infortunes  se  rassemblent 
sur  un  homme  d’une  telle  vertu,  privé  de  l’énergie,  et  qui 
ne  peut  être  gouverné.  956. 

n Le  vigoureux,  qui  a pris  naissance  dans  une  bonne 
famille,  qui  est  illustre  et  d'une  vaste  instruction,  qui  vit 
dans  les  plaisirs  et  qui  a vaincu  ses  organes  des  sens,  qui 
porte  en  lui  réunis  le  vice  et  la  vertu,  marche  sous  la 
puissance  du  Destin.  957. 

» Comment  un  homme  sage,  intelligent,  qui  soutient 
les  plus  hauts  des  conseils,  qui  est  le  guide  dans  les  mal- 
heurs de  l’utile  et  du  juste,  pourrait-il  commettre  une 
action  cruelle  en  présence  d’un  tel  langage,  fût-il  dépour- 
vu même  de  tout  conseil.  968. 

» Tes  conseillers  sont  assis,  rassemblés,  l'esprit  attentif 


LE  MAHA-BHARATA. 


A6â 

aux  affaires,  et  de  leur  consentement  est  née  cette  forte 
résolution,  qui  sera  la  perte  des  Kourouides.  950. 

» Le  crime  eut  déjà  enlevé  les  enfants  de  Kourou  dans  un 
temps,  qui  n'est  pas  celui  fixé  par  le  Dettin,  si  Adjâtaça- 
trou  eut  jamais  désiré  le  crime  ; mais  il  a rejeté  le  crime 
sur  toi,  et  ce  reproche  te  suivra  dans  le  monde.  960. 

» Qu'y  a-t-il  autre  part  que  la  terre  des  Içwaras,  par 
laquelle  passa  le  fils  de  Kountl  pour  voir  l'autre  monde. 
Il  sera  estimé,  il  n'y  a aucun  doute  ; car  cette  action  n'est 
pas  d’un  homme.  961. 

» Ayant  considéré  que  les  qualités  étaient  actives  et 
agissantes,  que  l’être  et  le  non-être  n’existaient  pas  tou- 
jours, le  roi  Bali,  ne  trouvant  pas  la  route  ultérieure,  pen- 
sa qu'il  n’y  avait  pas  d’autre  cause  ici  que  le  temps.  962. 

u Les  yeux,  les  oreilles,  les  narines,  la  peau  et  la  langue 
sont  les  demeures  de  la  science  : ils  font  le  plaisir  de  l’être 
animé  ; ils  exercent  la  patience  : que  l’homme  sans  émo- 
tion bannisse  les  impressions  des  sens,  s'il  veut  s'affran- 
chir de  la  peine.  963. 

» Mais  non  ! à mon  avis,  la  chose  de  l’homme  est  bien 
associée  suivant  la  vérité.  Né  par  l’union  de  son  père  et 
de  sa  mère,  il  s’accroît  régulièrement  par  la  nourriture, 

» On  marche  à ce  qui  plaît  ou  déplatt,  au  bonheur  ou  à 
la  peine,  au  reproche  ou  à la  louange.  On  le  blâme,  s'il 
commet  une  offense  ; on  le  loue  d’une  bonne  conduite. 

964—965. 

» Je  te  blâme  d’avoir  mis  un  empêchement  devant  les 
fils  de  Bharata;  ce  qui  sera  peut-être  la  fin  des  créa- 
tures. Ton  action  par  l'offense,  qu'elle  renfermait,  brûlera 
les  Kourouides  comme  le  Dieu  à la  route  noire  incendie 
une  forêt.  966. 


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youdyoga-pauva. 


455 


* Toi,  seul  en  tout  le  monde,  Indra  des  rois,  qui  es 
tombé  sous  la  puissance  d’un  fils  libertin  et  t’en  es  glo- 
rifié au  temps  du  jeu,  si  tu  ne  viens  pas  à la  paix,  vois 
quelles  en  seront  les  conséquences  par  la  quantité  des 
avantages,  que  tu  n’obtiendras  point,  sire,  et  par  la  sup- 
pression des  choses,  dont  tu  jouis.  Tu  es  incapable,  roi 
des  Kourouides,  par  ta  faiblesse,  de  gouverner  cette  terre 
opulente  et  sans  limite  ! 907 — 968. 

» Donne-moi  congé  ; secoué  par  l’impétuosité  de  mon 
char,  je  suis  fatigué  ; je  vais  & ma  couche,  sire.  Demain, 
ao  matin,  réunis  en  assemblée,  les  Kourouides  entendront 
le  discours  d’Adjàtaçatrou.  » 969. 

« Je  te  donne  congé,  retourne  dans  ta  maison,  répon- 
dit le  roi  Dhritaràshtra  ; regagne  en  paix  ta  couche. 
Demain,  au  matin,  réunis  en  assemblée,  les  enfants  de 
Kourou  prêteront  l'oreille  au  discours  d'Adjàtaça- 
trou.  ><  970. 


LA  VEILLÉE  DANS  LA  NUIT. 


Valçâmpayana  dit  : 

Le  souverain  de  la  terre,  Dhritarâshtra  à la  vaste 
science,  dit  à son  portier  : « Je  désire  voir  Vidoura  ; 
amène-le  ici,  sans  tarder.  » 971. 

Envoyé  par  Dhritarâshtra,  le  messager  de  parler  ainsi 
à Kshattri  : « Le  suzerain,  le  grand  roi  à la  grande 
science  désire  te  voir.  » 972. 

A ces  mots,  arrivé  bientôt  au  palais  du  monarque,  Vi- 
doura dit  au  portier  : « Annonce-moi  à Vidoura.  » 973. 

« Voici  Vidoura  arrivé,  Indra  des  rois,  suivant  ton 
ordre,  fit  le  portier  : il  désire  contempler  tes  pieds.  Que 
doit-il  faire?  Commande-moi  ! » 974. 

« Introduis  Vidoura,  à la  vaste  science,  à la  vue  longue, 
répondit  Dhritarâshtra  ; car  je  suis  toujours  heureux  (1), 
quand  je  vois  ce  Vidoura  ! » 975. 


(1)  Mol  à mot  : Je  ne  suis  jamais  malade. 


YOUDYOGA-PARVA. 


457 


« Entre,  Kshattri,  dans  le  gyncecée  du  sage  et  grand 
roi,  dit  le  portier  ; car  le  monarque  m’a  dit  qu'il  était  tou- 
jours heureux  de  te  voir.  » 976. 

Vidoura  entre  donc  au  palais  de  Dhritarâshtra,  et,  les 
mains  réunies  au  front,  il  adresse  ce  langage  au  souverain, 
plongé  dans  ses  réflexions  : 977. 

« Voici  Vidoura  arrivé  d'après  ton  commandement, 
prince  à la  vaste  science.  S’il  y a quelque  chose  à faire, 
me  voici!  Donne-moi  tes  ordres.  » 978. 

« Sandjaya  est  de  retour,  Vidoura  ; il  est  venu  me 
blâmer,  reprit  Dhritarâshtra.  11  dira  demain  au  milieu 
de  rassemblée  le  discours  d’Adjâtaçatrou.  979, 

» Je  ne  connais  pas  encore  les  paroles  de  ce  héros  des 
Kourouides  ; cette  ignorance  me  brûle,  comme  un  feu,  les 
membres  ; c’est  là  ce  qui  me  tient  éveillé.  980. 

» Expose  devant  moi,  consumé  dans  l'insomnie,  ce  que 
tu  entrevois  de  salut  ; car  tu  es  pour  nous,  mon  fils,  ha- 
bile dans  l’utile  et  dans  le  juste.  981. 

» Depuis  que  Sandjaya  est  arrivé  de  chez  les  Pàn- 
douides,  il  n’y  a pas  véritablement  de  calme  pour  mon 
esprit  : tous  mes  organes  des  sens  vont  dans  un  état,  qui 
n’est  pas  naturel.  « Que  dira-t-il  î » telle  est  maintenant 
ma  pensée.  » 982. 

a Les  insomnies,  répondit  Vidoura,  assiègent  le  voleur, 
le  libertin,  auquel  on  a enlevé  sa  fortune  ; l’homme 
faible,  attaqué  par  un  plus  fort,  quand  ses  moyens  de  dé- 
fense sont  presque  nuis.  983. 

» Est-ce  que  tu  n’es  pas  touché,  de  ces  grandes  fautes, 
que  tu  as  commises,  roi  des  hommes  ? Est-ce  que  tu  n’es 
pas  tourmenté  de  porter  envie  à la  richesse  d'autrui  ? » 

« Je  désire  entendre  ta  parole  vertueuse,  sublime, 


LE  MAHA-BHARATA. 


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468 

ayant  pour  but  l'émancipation  finale,  repartit  Dhrita- 
râshtra  ; car,  dans  la  famille  des  rois  saints,  toi  seul,  tu  es 
estimé  pour  la  science.  » 984 — 985. 

« Un  roi,  doué  de  tous  les  caractères  du  monarque, 
répondit  Vidoura,  deviendra  le  suzerain  des  trois  mondes. 
Youddbishthira  était  ton  serviteur,  Dhritaràshtra,  et  tu 
l’as  envoyé  en  exil  ! 986. 

» Son  plus  grand  ennemi  dans  le  partage  de  la  succes- 
sion, tu  ne  fus  pas  estimé  un  homme  vertueux,  instruit 
dans  les  devoirs,  parce  que  tu  en  éteignis  en  toi  les  lu- 
mières. 987. 

» Il  a supporté,  sous  tes  yeux  mêmes,  de  nombreux 
chagrins,  avec  bonté,  compâlissance,  vertu,  vérité,  cou- 
rage et  dignité.  988. 

» Comment  peux-tu  espérer  le  bonheur,  quand  tu  as 
confié  le  souverain  pouvoir  à Douryodhana,  auSoub^lide, 
à harna,  à Douççâsana  et  à des  gens  semblables  ? 989. 

» L’homme,  que  la  connaissance  de  soi-même,  le  com- 
mencement dans  la  sagesse,  la  patience,  lacontinuitédans 
le  devoir,  n'écartent  pas  de  son  intérêt,  est  nommé  un 
pandite.  990. 

» Cultiver  les  choses  louables,  éviter  les  blâmables,  fuir 
l’athéisme,  posséder  la  foi  : voilà  ce  qui  est  le  caractère 
d’un  pandite.  991. 

» L’homme,  que  la  colère,  la  joie,  l’orgueil,  la  pudeur, 
l’apathie,  la  fierté  dans  les  choses  respectables  n’écartent 
pas  de  son  intérêt,  est  nommé  un  pandite.  992. 

» L'homme,  dont  les  autres  ne  connaissent  pas  le  pro- 
jet à exécuter  ou  le  conseil,  qu’il  délibère,  et  dont  l’af- 
faire est  seulement  connue,  quand  elle  est  exécutée,  est 
nommé  un  pandite.  993. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


458 

» L'homme,  de  qui  le  chaud  et  le  froid,  la  crainte,  la 
volupté,  la  prospérité  ou  le  malheur  ne  contrecarrent  pas 
l'affaire,  est  nommé  un  pandite.  894. 

» L’homme,  de  qui  la  sagesse  mondaine  suit  l'utile  et 
le  juste,  qui  fait  intervenir  l’agréable  dans  le  choix  de 
l’utile,  est  nommé  un  pandite!  995  (1). 

» Les  hommes,  qui  ont  l'esprit  d'nn  pandite,  ne  mé- 
prisent rien  : ce  qu’ils  ont  le  désir  de  faire  suivant  leurs 
facultés,  ils  le  font,  sans  y employer  autre  chose  que 
leurs  moyens.  991. 

n 11  écoute  long-temps,  il  comprend  vtte,  et,  quand  il  a 
compris,  il  s’attache  à une  chose  par  raison,  non  par 
amour  : il  ne  s’emploie  pas  à l'affaire  des  autres,  s’il  n’est 
pas  touché!  voilà  quels  sont  les  premiers  caractères  du 
pandite.  992. 

» Les  hommes,  qui  ont  l’esprit  de  pandite,  ne  désirent 
pas  ce  qu’on  ne  peut  obtenir  ; ils  ne  veulent  pas  donner 
des  larmes  à un  mort  ; les  infortunes  ne  les  précipitent  pas 
hors  d’eux-mêmes.  998. 

» Le  mortel  à l’àme  soumise,  de  qui  le  temps  n’est  ja- 
mais stérile,  qui  ne  s’avance  pas  dans  une  affaire  sans  y 
avoir  pensé  et  ne  s'arrête  pas  au  milieu  de  son  action,  est 
nommé  un  pandite.  994. 

» Les  pandites  n’exècrent  pas  le  bien,  éminent  Bbara- 
tide:  ils  s’attachent  à une  affaire  noble,  ils  agissent  dans 
une  affaire  excellente.  995. 

» L’homme  aussi  calme  qu’un  lac  de  la  Gangâ,  qui 


(1)  L’édition,  s'abandonnant  elle-même  à la  distraction,  répète  ici  le 
chiffre  990;  nous  allons  faire  comme  elle,  et  répéter  les  cinq  numéros 
déjà  comptés. 


LE  MAHA-BHAKATA. 


460 

n’est  pas  affligé  du  mépris  de  lui-même,  qui  n'est  pas  ré- 
joui des  hommages,  qu'on  lui  rend,  est  nommé  un  pandite. 

» L’homme,  qui  connaît  la  vraie  nature  de  tous  les 
êtres,  qui  sait  les  moyens  de  toutes  les  affaires,  qui 
n'ignore  aucune  des  ressources  humaines,  est  appelé  un 
pandite.  996 — 997. 

» L'homme,  qui  parle  de  choses  résolues,  qui  a la  pa- 
role admirable,  qui  raisonne  bien,  qui  est  déterminé,  qui 
parle  d’affaires  et  qui  est  prompt  à les  enchaîner,  est 
nommé  un  pandite.  998. 

» S'il  a des  bornes  nobles  et  s’il  a renversé  les  mau- 
vaises, si  les  Védas  en  lui  accompagnent  la  science  et  si 
la  science  en  lui,  suit  les  Védas  donnez  à cet  homme 
le  nom  de  pandite.  999. 

» L'ignorant  plein  de  présomption  et  le  pauvre  orgueil- 
leux, qui  pense  obtenir  les  richesses  sans  rien  iaire,  est 
appelé  un  insensé  par  les  sages,  1 ,000. 

» Quiconque  abandonne  ses  affaires  pour  s'attacher 
aux  affaires  des  autres  ; quiconque  suit  une  route  "opposée 
à l'intérêt  de  ses  amis,  on  dit  que  c'est  un  insensé.  1,001. 

a Quiconque  aime  ceux,  qui  ne  méritent  pas  d'amour, 
et  fuit  ceux,  qui  méritent  d'être  aimés  ; quiconque  est 
l’ennemi  du  plus  fort,  on  l'appelle  un  homme,  qui  a l'es- 
prit en  démence.  1,002. 

a L’homme,  qui  d’un  ennemi  fait  son  intime;  qui  hait 
son  ami  et  lui  donne  la  mort,  qui  entreprend  une  action 
criminelle,  on  l'appelle  un  esprit  en  démence.  1,003. 

a Quiconque  voit  partout  dans  les  vaines  ombres  du 
monde  un  sujet  pour  douter  ; quiconque  agit  avec  lenteur 
dans  une  affaire  prompte,  éminent  Bharatide,  est  nommé 
un  insensé.  1,004. 


youdyoga-pahva. 


4SI 


» S’il  n’ offre  pas  le  Çrâddha  aux  mânes,  s’il  n’honore 
pas  les  Dieux,  s’il  n'a  pas  un  cœur  aimant  pour  ami,  on 
dit  que  c’est  un  esprit  en  démence.  4,005. 

» Entre-t-il  sans  qu’on  l’invite,  se  noie-t-il  dans  un 
flux  de  paroles  sans  qu’on  l’interroge,  donne-t-il  sa  con- 
fiance à qui  ne  la  mérite  pas,  c'est  le  plus  vil  des  hommes 
à l’esprit  en  démence.  1,006. 

» L’homme,  qui  vit  déjà  dans  une  faute  et  se  jette  de 
lui-même  dans  une  autre,  qui  n’a  point  de  maître  et  s’a- 
bandonne à la  colère,  est  un  esprit  insensé.  1,007. 

» L’homme,  qui  ne  connaissant  pas  sa  force  dépourvue 
de  l’utile  et  du  juste,  désire  dans  une  absence  de  tous 
actes  ce  qu'il  ne  peut  atteindre,  est  dit  une  intelligence 
stupide.  1,008. 

» Quiconque  aime  l'insignifiance,  honore  le  vide,  ins- 
truit ce  qui  n’est  pas  susceptible  d’instruction,  sire,  on 
dit  que  c’est  un  esprit  en  démence.  1,009. 

» L’homme,  qui,  ayant  acquis  une  grande  richesse, 
une  vaste  science  ou  une  haute  puissance,  circule  dans  le 
monde  sans  orgueil,  est  nommé  un  pandite.  1,010. 

n Se  revêtir  seul  de  beaux  habits  et  manger  seul  à sa- 
tiété, sans  distribuer  rien  à ses  domestiques  : est-il  quel- 
que chose  de  plus  cruel?  1,011. 

» (In  seul  a commis  les  péchés,  un  grand  peuple  en 
mange  le  fruit  ; les  mangeurs  sont  exempts  de  la  faute  ; 
l’auteur  seul  en  est  souillé.  1,012. 

» Décochée  par  un  archer,  une  flèche  blesse  un  seul 
homme  ou  ne  le  blesse  pas  ; mais  une  seule  pensée,  par- 
tie d'une  personne  intelligente,  peut  détruire  tout  un 
royaume  avec  son  roi.  1,018. 

b Ayant  décrété  deux  avec  une  seule  âme,  réduis  trois 


LL  M VHA-BHARATA. 


462 

sous  ta  puissance  avec  quatre.  Ayant  vaincu  cinq,  connu 
six  et  posé  sept,  goûte  le  bonheur  (1).  1,014. 

» Un  breuvage  empoisonné  ôte  la  vie  à un  seul  homme; 
une  flèche  porte  la  mort  aune  seule  personne  ; mais  une 
faute  dans  le  conseil  peut  tuer  un  roi  avec  son  peuple  et 
son  royaume.  1,015. 

» On  ne  doit  pas  manger  seul  un  mets  agréable,  on  ne 
doit  pas  songer  seul  aux  affaires  : il  ne  faut  pas  s’engager 
seul  dans  une  route,  on  ne  doit  pas  veiller  seul  au  milieu 
de  gens  endormis.  1,016. 

» Ce  qui  n'a  pas  de  second  est  un  : ne  le  sais-tu  pas, 
sire?  La  vérité  est  l'échelle  pour  monter  au  ciel,  comme 
un  vaisseau  est  nécessaire  afin  de  traverser  la  mer.  1,017. 

» 11  est  un  seul  défaut  dans  les  hommes  patients,  on  n'en 
trouve  pas  en  eux  un  second  : c'est  que  le  peuple  dit  faible 
celui,  qui  est  doué  de  patience.  1,018. 

» Cela  ne  doit  pas  être  compté  pour  un  défaut  En  effet, 
la  patience  est  la  plus  grande  richesse  ; la  patience  est  la 
vertu  des  faibles  et  l’ornement  des  forts.  1,019. 

» La  patience  a une  action  soumise  : que  ne  peut  dans 
le  monde  accomplir  la  patience  ? Que  fera  un  méchant, 
qui  tient  à sa  main  le  cimeterre,  destiné  à maintenir  la 
paix?  1,020. 

« Le  feu,  qui  tombe  sur  un  lieu  sans  herbe,  s’éteint  de 
lui-même.  Ensuite,  l'homme  sans  patience  s’ attèlera  vo- 
lontairement aux  péchés.  1,021. 

» Le  devoir  et  la  vertu  sont  uns  ; la  patience  est  supé- 
rieure, la  science  est  une,  la  satisfaction  est  excellente. 


(1)  Ce  ver»  n’a  aucun  sens  raisonnable  : faut-il  encore  l’attribuer  au 
badinage  et  à l'indiscrétion  de»  copistes? 


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YOUDYOGA-PARVA. 


m 


l'abstention  de  faire  aucun  mal  est  une  et  procure  le 
bonheur  I 1,022. 

» La  terre  dévore  ces  deux  êtres,  comme  un  serpent 
dévore  les  bêtes,  qui  habitent  dans  les  trous  : le  roi,  qui 
ne  fait  pas  la  guerre,  et  le  brahme,  qui  ne  voyage  pas 
hors  de  lui.  1 ,023. 

» L’homme,  qui  fait  ces  deux  choses,  resplendit  en  ce 
monde  : s'il  ne  dit  aucune  parole  amère  et  s’il  ne  rend  pas 
d’honneur  aux  gens  vicieux.  1,024. 

» Ces  deux  personnes,  tigre  des  hommes,  inspirent  aux 
autres  la  confiance  : les  femmes,  amantes  des  objets 
aimés,  et  le  monde,  qui  honore,  ce  qui  est  digne 
d’honneur.  1,025. 

» Ces  deux  choses,  épines  aiguës,  font  maigrir  les 
corps  : l’amour  dans  un  pauvre  et  la  colère  dans  un  homme 
sans  contrôle.  1 ,026. 

» Ces  deux  personnages  ne  brillent  pas  sur  la  terre  par 
l’opposition  de  leurs  actes  : un  maître  de  maison,  qui  n’a 
point  d’affaires,  et  un  religieux  mendiant,  qui  en  est  acca- 
blé. 1,027. 

» Ces  deux  hommes  se  tiennent,  sire,  au-dessus  du 
Swarga  : un  maître,  qui  est  doué  de  patience,  et  un 
pauvre,  qui  trouve  le  moyen  de  donner.  1,028. 

» 11  faut  savoir  qu’il  y a deux  péchés  dans  une  fortune 
convenablement  acquise  : donner  à l’homme,  qui  en  est 
indigne  ; ne  pas  donner  à la  personne,  qui  le  mérite  1 

» On  doit  lier  solidement  une  pierre  au  cou  de  ces  deux 
hommes  et  les  jeter  à l’eau  : un  riche,  qui  donne  moins 
qu’un  autre,  et  un  pauvre  qui  ne  mendie  pas. 

1,029—1,030. 

» Ces  deux  personnes,  tigre  des  hommes,  ont  une  part 


LE  MAHA-BHARATA. 


664 

dans  le  disque  du  soleil  : un  religieux  mendiant,  absorbé 
dans  la  méditation,  et  un  guerrier  blessé  à mort, le  visage 
tourné  contre  l’ennemi.  1,031. 

» 11  y a trois  moyens  parmi  les  hommes,  taureau  des 
Bharatides,  ont  dit  ceux,  qui  ont  la  connaissance  des  Vé- 
das  : le  plus  petit,  le  moyen  et  le  plus  grand.  1,032. 

» Les  hommes  sont  de  trois  espèces,  sire:  les  supé- 
rieurs, les  moyens  et  les  minimes  : il  faut  employer  con- 
venablement ces  trois  sortes  hommes  dans  les  affaires,  qui 
sont  aussi  de  trois  espèces.  1,033. 

» 11  y a trois  individus,  sire,  qui  ne  possèdent  rien  : 
l’épouse,  l'esclave  et  le  fils.  Us  savent  que  la  fortune,  qui 
est  à chacun  d'eux,  est  à toi.  1,036. 

» Enlever  la  fortune  des  autres,  souiller  les  épouses 
d’autrui,  abandonner  ses  amis  : voilà  trois  fautes,  qui 
attirent  le  danger  sur  nous.  1,03&. 

» 11  y a trois  espèces  de  portas  au  Narakapour  la  perte 
de  soi-même  : l’amour,  la  colère  et  l’avarice.  Il  faut  donc 
abandonner  cette  funette  triade.  1,036. 

» Ne  délaisse  pas  ces  trois  personnes,  qui,  dans  le  mal- 
heur, se  réfugient  sous  ta  protection  : l’homme  dévoué, 
le  serviteur  et  l’homme,  qui  dit:  « Je  suis  à toi  ! » 1,037. 

» Le  présent  d'une  grâce,  un  royaume  et  la  naissance 
d’un  fils,  ces  trois  choses,  Bharatide,  sont  estimées  n’en 
valoir  qu’une  seule  : arracher  son  ennemi  à l’infortune. 

» 11  est  quatre  choses,  dit-on,  qu’un  roi  puissant  doit 
éviter;  sages,  apprenez-le.  Qu'il  ne  tienne  pas  conseil  avec 
des  gens  de  peu  de  science,  des  hommes  lents,  paresseux, 
et  des  danseurs.  1,038 — 1,030. 

» Que  ces  quatre  personnes  habitent  dans  ta  maison, 
environnée  de  la  prospérité,  si  tu  veux,  mon  ami,  exercer 


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YOÜDYOGA-PAKVA. 


405 


les  devoirs  du  maître  de  maison  : un  vieux  père,  un 
brahme  infortuné,  un  ami  pauvre  et  une  sœur,  accom- 
pagnée de  ses  enfants.  1,040. 

» » Ecoute  de  ma  bouche  ces  quatre  choses  spontanées, 
que  Vrihaspati  énuméra  en  réponse  aux  questions  du  roi 
des  Immortels  : 1,041. 

» La  pensée  des  Dieux,  la  dignité  des  sages,  la  modes- 
tie dans  les  sciences  acquises,  l'effacement  des  mauvaises 
œuvres.  1 ,042. 

» 11  y aquaire  actions,  qui  produisent  Insécurité  ; mais, 
irrégulièrement  faites,  elles  engendrent  le  danger  : l’agni- 
hotra  par  orgueil  et  le  silence  par  orgueil,  la  lecture  faite 
avec  orgueil  et  le  sacrifice  par  orgueil.  1 ,043. 

» Il  y a cinq  feux,  que  l'homme  doit  honoreravec  zèle  : 
Son  père,  sa  mère,  Agni,  sou  âme  etson  gourou,  éminent 
Bharatide.  1,044. 

» 11  obtient  une  renommée  complète  dans  le  monde, 
s’il  vénère  cinq  choses  : les  Dieux,  les  Mânes,  les  hommes, 
les  religieux  mendiants  et  les  hôtes,  qui  sont  la  cin- 
quième. 1,045. 

» En  quelque  lieu  que  tu  ailles,  cinq  personnes  t'y 
suivront:  l’ami,  l’ennemi,  le  neutre,  celui,  qui  te  procure 
les  aliments,  et  celui,  qui  les  attend  de  toi.  1,046. 

» S'il  existe  un  défaut  dans  un  seul  des  organes  de  ses 
cinq  sens,  cit  organe  laisse  échapper  la  science  du  mortel, 
comme  l’eau  s’échappe  du  vase  fait  pour  lacontenir.  1,047. 

» 11  est  six  défauts,  que  d'homme  doit  éviter,  s’il  veut 
prospérer  dans  le  monde  : le  sommeil,  l’inertie,  la  colère, 
la  paresse,  la  crainte  et  la  lenteur.  1 ,048. 

» L'homme  doit  fuir  ces  six  personnes,  comme  il  ne 
voudrait  pas  s’embarquer  sur  l’océan  avec  une  barque 
v 30 


406  LE  MAHA-BHARATA. 

rompue  : un  instituteur  spirituel,  qui  ne  donne  pas  de 
leçons,  un  ritouidj,  qui  n’étudie  pas,  1 ,049. 

» Un  roi,  qui  ne  sait  pas  défendre,  une  épouse  aux 
paroles  choquantes,  un  berger,  qui  aime  le  village,  un  , 
barbier,  qui  ne  se  platt  que  dans  les  bois  ! 1,050. 

* Mais  il  est  six  vertus,  que  l’homme  ne  doit  jamais 
abandonner  : la  vérité,  la  bienfaisance,  l’activité,  être 
exempt  de  l'envie,  la  patience  et  la  fermeté.  1 ,051. 

» Ces  six  choses  périssent  dans  un  instant,  si  l’on  n’y 
met  de  l’attention  : les  vaches,  la  cour,  faite  à un  grand, 
l’agriculture,  une  épouse,  la  science  et  l'union  avec  des 
çoùdras.  1,052. 

» Un  ancien  bienfaiteur  est  toujours  méprisé  par  ces  six 
classes  de  gens  : un  maître  par  ses  disciples,  qui  ont  ter- 
miné leur  instruction,  une  mère  par  set  fils  devenus 
hommes  mariés,  1 ,053. 

» Une  femme  par  ses  amants,  de  qui  l'amour  s'est  enfui  ; 
un  outil  par  celui,  qui  est  arrivé  à son  but  avec,  lui  ; un 
vaisseau,  par  celui,  qui  a traversé  les  mauvaises  routes 
de  la  mer;  un  médecin,  par  ceux,  qu’il  a guéris.  1,054. 

» Vivre  en  bonne  santé,  s’être  acquitté  de  ses  dettes, 
habiter  son  pays,  être  uni  avec  des  gens  de  bien,  un 
commerce  accompagné  de  la  confiance,  une  demeure 
exempte  de  crainte  ; voilà  six  choses,  sire,  qui  sont  des 
sources  de  plaisir  dans  le  monde  des  vivants.  1,055. 

» Être  envieux,  avide,  jamais  content,  irascible,  toujours 
en  défiance,  dépendant  de  la  richesse  d’un  autre  : ces  six 
imperfections  causent  une  peine  continuelle.  1,056. 

» Arriver  à la  fortune,  une  bonne  santé  continuelle, 
une  épouse  chérie,  un  ami  aux  paroles  aimables,  un  fils 
obéissant,  une  science,  qui  mène  à la  richesse  ; voilà. 


DigitizécHsÿ"GoOgle 


YOUDÏOG  A-  PA  R V A. 


467 

sire,  six  choses,  qui  sont  des  sources  de  plaisir  dans  le 
monde  des  vivants.  1,057. 

» L'homme,  qui  a vaincu  les  organes  des  sens,  qui  sait 
dominer  les  six  facultés  continuellement  agissantes  dans 
l’âme,  n'est  pas  enchaîné  aux  vices,  comment  le  serait-il 
aux  malheurs?  1,058. 

» Voilà  six  personnes,  qui  ne  peuvent  vivre  qu’avec  six 
autres  ; il  n’est  pas  fait  mention  d'une  septième  : les 
voleurs  passent  leur  vie  au  milieu  des  hommes  négligents, 
les  médecins  avec  les  malades,  1,059. 

» Les  belles  femmes  avec  les  amants,  les  sacrificateurs 
avec  les  sacrifiants,  les  rois  avec  ceux,  qui  plaident  sans 
cesse,  et  les  docteurs  avec  les  ignorants.  1,000. 

» Un  souverain  doit  toujours  éviter  sept  fautes,  d'où 
naissent  les  infortunes  et  par  lesquelles  succombent  ordi- 
nairement les  monarq  .es  le  plus  fortement  enracinés  : 

» Les  femmes,  le  jeu,  la  chasse,  l’ivrognerie,  et  la  vio- 
lence dans  les  paroles,  qui  est  la  cinquième,  une  grande 
brutalité  d'action  et  la  prodigalité.  1,061 — 1,062. 

» Il  y a huit  causes  antérieures,  qui  conduisent  un 
homme  à sa  perte.  D’abord,  s’il  hait  les  brahmes; 
ensuite,  si  les  brahmes  lui  font  de  l’opposition;  1,063. 

» S’il  ravit  le  bien  des  brahmes,  s’il  veut  tuer  les  brah- 
mes, s’il  se  réjouit  de  leurs  reproches,  s’il  ne  trouve  pas 
de  plaisir  dans  leurs  éloges  ; 1,06A. 

» S’il  oublie  les  brahmes  dans  ses  embarras,  s'il  ré- 
pond à leur  demande  par  des  exécrations  : l'homme 
savant  saura  que  ce  sont  là  des  fautes,  et,  quand  il  l'aura 
su,  il  n’en  perdra  pas  le  souvenir.  1,065. 

» On  voit,  fils  de  Bharata,  ces  huit  causes  de  joie, 
que  neuf  surpassent,  exister  pour  le  plus  grand  plaisir  : 


468 


LE  MAHA-BHARATA. 


» La  réunion  avec  des  amis,  un  grand  accroissement 
de  richesses,  les  embrassements  d’un  fils  et  le  nœud  formé 
dans  la  volupté,  des  conversations  aimables  faites  à propos, 
l’accroissement  de  ses  troupeaux,  l’obtention  de  ses  désirs 
et  les  hommages  reçus  dans  l'assemblée  du  peuple. 

1,066-1,067—1,068. 

» Huit  qualités  illustrent  un  homme  : la  science,  la 
naissance,  la  répression  des  sen3  et  la  connaissance  des 
Védas,  l’énergie,  la  réserve  dans  les  paroles,  l'aumône 
suivant  ses  facultés  et  la  reconnaissance.  1,069. 

» Le  sage,  s’il  n’ignore  pas  quel  est  ce  palais  à neuf 
portes  (1),  à trois  colonnes,  éclairé  par  cinq  jours,  habité 
par  l’âme,  est  un  poète  supérieur.  1,070. 

» Il  en  est  dix,  qui  ne  connaissent  pas  le  devoir  ; écoute, 
Dritharâshtra,  quels  ils  sont  : l’homme  ivre,  le  négligent, 
l’insensé,  l’homme  fatigué,  ou  en  colère,  ou  affamé,  celui, 
qui  agit  avec  précipitation,  le  cupide,  le  craintif,  le  liber- 
tin : tels  sont  les  dix.  Le  savant  ne  s'attachera  donc  & 
aucun  de  tous  ces  hommes.  1,071 — 1,072. 

» Ici  même  on  raconte  cet  antique  Itihâsa,  que  Sou- 
dhanvan,  le  monarque  des  Démons  chanta  pour  son 
fils  : 1,073. 

« Le  monde  entier  se  règle  sur  l’autorité  d’un  roi  actif, 
versé  dans  les  différences,  qui  renonce  à la  colère  comme 
à l’amour,  et  distribue  ses  richesses  à des  personnes  di- 
gnes. 1,074. 

» Il  sait  rassurer  les  hommes,  il  fait  tomber  le  châti- 
ment sur  des  fautes  connues  ; il  sait,  et  la  mesure,  et  la 


(i)  11  n'agit  sans  doute  ici  du  corps,  qui  a neuf  issues,  les  yeux,  les 
oreilles,  la  bouche,  etc.,  cinq  sens  et  trois  facultés  animiques. 


YOUDYOGA-PARVA. 


m 


patience  ; un  roi  d’une  telle  vertu  est  accompagné  d’une 
félicité  complète.  1,075. 

» Le  sage,  qui  s’avance  à propos,  ne  dédaigne  pas  un 
ennemi  d’une  grande  faiblesse  ; toujours  attentif,  il  cul- 
tive un  rival,  quel  qu'il  soit,  couvert  de  l'intelligence,  et 
ne  désire  pas  la  guerre  avec  les  rois  puissants.  1,076, 

» Tombé  dans  le  malheur,  il  n'en  est  jamais  troublé  ; il 
cherche  des  travaux  sans  négligence  ; au  temps  de  la  peine, 
il  en  supporte  le  fardeau  avec  magnanimité;  et  ses  enne- 
mis sont  vaincus.  1,077. 

» Leroi,  qui  jouit  d’une  félicité  continuelle,  nés’  adonne 
pas  au  vin  et  aux  liqueurs  spiritueuses,  à la  tromperie,  au 
vol,  à l’orgueil,  à la  société  des  gens  vicieux,  à souiller  les 
épouses  d’autrui,  à jeter  le  malheureux  loin  de  sa  maison 
dans  les  pays  étrangers.  1,078. 

» II  n’aime  pas  la  colère.  S’il  en  est  requis,  il  dit  sui- 
vant la  vérité  les  trois  objets  de  la  poursuite  humaine,  ou 
de  la  condition  d'un  roi,  ou  les  trois  qualités  de  la  nature. 
11  ne  donne  pas  son  approbation  à des  procès,  fût-ce  pour 
des  amis.  Si  on  ne  lui  rend  pas  d'honneur,  il  n'en  conçoit 
pas  une  humeur  insensée.  1,070. 

» L'homme,  qui  maudit  et  qui  ressent  de  la  compassion, 
qui,  sans  être  faible,  donne  le  pardon,  qui  ne  dit  jamais 
une  parole  de  plus  gu' Une  faut,  et  qui  supporte  la  contra- 
diction, obtient  partout  un  pareil  éloge.  1,080. 

» L’homme,  qui  ne  porte  jamais  un  vêtement  par 
vanité,  qui  n'abuse  pas  de  sa  force  pour  dire  des  injures 
à personne,  qui  n'adresse  pas,  oigueilleux,  des  paroles 
mordantes  et  qui  rend  toujours  des  services  k chacun, 

» Qui  ne  rallume  pas  une  inimitié  éteinte,  qui  ne  sème 
pas  l’orgueil,  cet  homme  ne  va  jamais  à sou  couchant  ; il 


YOUDYOG  A-PARV  A. 


971 


» Une  fortune  considérable  échoit  à l’homme,  dans  le 
conseil  secret  et  convenablement  suivi  duquel  les  autres 
ne  connaissent  pas  même  une  chose,  qu’il  désire  faire  et 
qu’ils  puissent  contrecarrer.  1,088 — 1,089. 

» L’homme  honorable,  doux,  vrai,  au  caractère  pur, 
attentif  à la  louange  de  tous  les  êtres,  renaît  de  toute 
nécessité  au  milieu  de  nobles  parents,  comme  une  grande 
et  riche  perle  de  la  plus  belle  eau.  1,090. 

» Celui,  qui  rougit  beaucoup  de  lui-même,  devient  le 
gourou  du  monde  entier  ; instruit,  correct,  et  d’un  éclat 
infini,  il  resplendit  comme  le  soleil  de  sa  propre  lu- 
mière. 1,091. 

» Semblables  à cinq  Indra,  les  cinq  fils  du  roi  Pândou, 
consumé  par  le  feu  d’une  malédiction,  sont  nés  dans  la 
forêt  : enfants,  ils  ont  grandi  sous  ta  protection  ; et,  quand 
ils  furent  instruits,  fils  d’ Ambikâ,  ils  ont  observé  tes  ordres. 

» Donne  à ces  héros,  mon  fils,  leur  royaume,  légitime 
héritage;  sois  heureux,  content,  de  compagnie  avec  tes 
fils  ; et  ni  les  Dieux,  ni  même  les  hommes  n’auront  pas  un 
regard  à jeter  sur  toi.  » 1 ,092 — 1,098. 

Dhritarâshtra  lui  répondit  : 

«Tu  vois  ce  que  j’ai  à faire,  moi,  que  rongent  les 
soucis,  à l’heure  de  mon  réveil  ; dis-nous-le,  mon  fils  ; car 
tu  es  habile  dans  le  juste  et  l’utile.  1,094. 

» Enseigne-moi  exactement,  Vidoura  à la  vigueur  opu- 
lente, tout  ce  que  tu  penses  convenable  à Adjâtaçatrou  ; 
dis-moi  ce  qui  peut  faire  le  bonheur  des  Kourouides. 

u Entrevoyant  le  crime,  soupçonnant  le  crime,  je  f in- 
terroge avec  une  âme  troublée;  dis-moi  exactement, 
homme  inspiré,  tout  ce  qui  est  dans  l’esprit  d’Adjàtaça- 
trou.  » 1,095 — 1,096. 


472 


LE  MAHA-BHARATA. 


« On  peut  dire  sans  qu’on  vous  le  demande,  reprit 
Vidoura,  le  vice  ou  la  vertu,  ce  qu'il  y a haïssable  ou 
d’aimable  dans  un  homme,  de  qui  l'on  ne  désire  point  la 
ruine.  1 ,097 . 

» Je  te  parlerai  donc,  sire,  avec  le  désir  de  la  vie  des 
Kourouides.  Écoute  de  ma  bouche  cette  parole  vertueuse 
et  qui  procure  la  félicité.  1,098. 

» Ne  mets  pas  ton  âme,  Bharatide,  en  des  choses  dé- 
pourvues de  moyens  et  qui  arrivent  à fin  sous  de  fausses 
mesures;  1,099. 

» Et  ne  sois  pas  affligé,  sage  monarque,  d’une  chose, 
qui,  douée  des  moyens,  n’arriverait  pas  à son  but,  quoi- 
que faite  pour  avoir  des  conséquences.  1,100. 

» Il  faut  considérer  les  empêchements;  puis,  ayant 
réfléchi  dans  les  affaires  accompagnées  d’obstacles,  agir, 
sans  y mettre  de  hâte.  1,101. 

» Une  fois  qu'on  a vu  l’empêchement  ou  la  maturité 
des  choses,  l’homme  sage  doit  faire  ou  ne  pas  faire  l’élé- 
vation de  soi-même.  1,102. 

» Quiconque  ne  connaît  pas  la  mesure,  ne  reste  pas 
justement  dans  le  royaume,  dans  le  châtiment,  dans  la 
terre,  dans  le  trésor,  dans  la  perte  et  dans  la  pros- 
périté. 1,103. 

» Mais  quiconque  avec  attention  connaît  ces  mesures, 
qui  viennent  d’être  énoncées  de  cette  manière,  obtient  le 
royaume  dans  la  science  du  juste  et  de  l’utile.  1,104. 

» Il  ne  faut  pas  exercer  mal  à propos  l’empire  ainsi 
obtenu.  L'orgueilleux  détruit,  certes  I une  félicité,  qui  a, 
pour  ainsi  dire,  les  formes  les  plus  vénérables  de  la  vieil- 
lesse. 1,105. 

» Le  poisson,  qui  accourt  avec  avidité,  avale  l'hameçon 


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YOllDYOGA-PARVA.  478 

de  fer,  que  cache  une  séduisante  nourriture,  et  ne  voit 
pas  le  piège,  qui  va  l’accrocher.  1,106. 

» Changez  par  le  désir  d’une  prospérité  supérieure  ce 
qui  est  mangé,  ce  qui  doit  être  mangé,  ce  qu’il  est  possible 
de  manger,  et  ce  qui  est  bon  dans  sa  maturité.  1,107. 

» Quiconque  recueille  les  fruits  d’un  arbre  avant  la 
maturité,  n'obtient  pas  le  goût  de  ces  fruits,  et  la  racine 
de  l’arbre  périt.  1 ,108. 

b Mais  quiconque  récolte  dans  la  saison  le  fruit  mûr, 
cuit  par  le  soleil , savoure  d’abord  le  goût  du  fruit,  et 
l'arbre  vivant  lui  donne  ensuite  de  nouveaux  fruits. 

n Tel  que  l’abeille,  voltigeant  sur  les  fleurs,  recueille 
du  miel  ; ainsi,  que  les  hommes  fournissent  au  roi  des  ri- 
chesses, sans  qu’il  exerce  d'oppression.  1,109 — 1,110. 

» Récoltez  chaque  fleur,  sans  couper  sa  racine,  comme 
ub  fleuriste  dans  un  jardin  et  non  comme  la  planète  An- 
gàrakara,  1,111 . 

, « Que  m'arrivera-t-il,  si  je  fais  cette  action  ? Que  ra'ar- 
rivera-t-il,  si  je  ne  la  fais  pas?  » Que  l’homme,  ayant 
roulé  ces  pensées,  fasse  ou  ne  fasse  point  les  choses. 

b Certaines  richesses  n’ont  pas  de  commencement  et 
elles  marchent  sans  fin;  que  la  vigueur  de  l’homme  se  dé- 
ploie dans  les  choses,  où  il  est  sans  richesses. 

1,112—1,113. 

» On  ne  désire  pas  avoir  pour  maître  celui,  de  qui  la 
faveur  est  sans  fruit  et  la  colère  insignifiante  ; telles  les 
femmes  n’ont  aucune  envie  d’un  mari  eunuque.  1,114. 

b 1. 'homme  commence  bientôt  à faire  porter  de  grands 
fruits  è des  richesses,  qui  ont  de  petites  racines;  il  ne 
met  pas  d'obstacle  à ces  commencements.  1,115. 

b Si  un  homme  droit  embrasse  tout  de  ses  yeux,  comme 


LE  MAHA-BHARATA. 


474 

quelqu'un  boit  une  liqueur,  les  créatures  lui  sont  dé- 
vouées, fût-il  assis  en  silence.  1,116. 

» Un  dattier  bien  fleuri  n'aura  pas  de  fruit,  un  autre 
sera  fructueux  : mais  qu'on  ne  cueille  jamais  ce  qui  n’est 
pas  mûr  comme  s'il  était  dans  sa  maturité.  1,117. 

» Quand  l’homme  donne  au  monde  sa  faveur  de  quatre 
manières,  par  les  yeux,  la  pensée,  la  parole  et  l’action, 
le  monde  l’environne  aussi  de  sa  faveur.  1,118. 

» Eût-il  obtenu  la  terre,  qui  est  terminée  par  les  mers, 
celui,  devant  qui  tremblent  tous  les  êtres,  est  abandonné 
de  ses  forces,  comme  les  gazelles  à la  vue  du  tigre  des 
animaux.  1,110. 

» Un  roi,  tombé  dans  le  malheur,  est  précipité  du  trône 
de  son  père  et  de  ses  ayeux,  qu'il  obtint  par  sa  vigueur  : 
tel  un  nuage,  arrivé  devant  le  souffle  du  vent.  1,120. 

» Déjà  pleine  de  richesses,  la  terre  d’un  roi,  qui  dès  le 
principe  a cultivé  la  vertu,  observée  par  les  gens  de  bien, 
s’accroît  et  augmente  la  prospérité.  1,121. 

• La  terre  couvre,  telle  qu’un  cuir  jeté  dans  les  flammes 
ceux,  qui  délaissent  la  vertu  et  qui  sont  les  serviteurs  du 
vice.  1,122. 

» On  doit  accomplir  dans  la  défense  de  son  royaume 
propre  le  même  effort  que  pour  broyer  le  royaume  des 
ennemis.  » 1,123. 

» Obtenez  un  royaume  par  la  justice  et  défendez-le  par 
la  justice  : une  fois  acquise  la  félicité  comme  la  racine  de 
la  vertu , on  ne  l'abandonne  point  et  elle  ne  vous  abandonne 
pas.  1,124. 

» Recevez  de  tous  côtés  la  vigueur,  fût-ce  de  l’homme, 
qui  parle  avec  démence,  ou  de  ceux,  qui  ont  des  causeries 
d'enfantillage  : ainsi,  l'on  reçoit  l'or  du  sein  des  pierres. 


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YOU  DYOG  A-PA  R V A. 


475 


» L’homme,  qui  çà  et  là  glane  de  belles  sentences,  de 
belles  reparties,  de  belles  actions,  est  tranquillement  assis, 
prenant  une  pierre  comme  un  épi  de  blé.  4,425 — 4,426. 

» Les  vaches  regardent  avec  l’odeur,  les  brahmes 
regardent  avec  les  Védas,  les  rois  regardent  avec  des 
espions,  et  les  autres  hommes  avec  leurs  yeux.  4,427. 

» La  vache,  qui  est  difficile  à traire,  tombe  en  des 
malheurs  plus  grands  : on  frappe  même,  sire,  la  vache, 
qui  est  f icile  à traire.  4.128. 

» On  jette  au  feu  l’arbre,  qui,  non  brûlé,  ne  s'incline 
pas  : on  évite  de  brûler  celui,  qui  se  courbe  de  lui  même. 

* Que  le  sage  s’incline  devant  un  plus  fort  par  sa  res- 
semblance avec  ces  deux  images  : se  prosterner  aux 
pieds  d’Indra,  c’est  se  prosterner  devant  un  plus  fort. 

» Les  bestiaux  ont  comme  protecteur  Pardjanya  ; les 
rois  ont  pour  alliés  leurs  ministres,  les  époux  sont  les 
alliés  des  femmes,  les  brahmes  sont  les  alliés  des  Védas. 

» La  vérité  est  conservée  par  la  vertu  ; la  science  est 
conservée  par  la  méditation  ; la  propreté  conserve  la 
beauté,  et  t honneur  de  la  naissance  est  conservé  par  la 
bonne  conduite.  4,129 — 4,150 — 1,181 — 1,132. 

» La  mesure  conserve  le  riz,  la  méthode  conserve  les 
chevaux,  les  vaches  sont  conservées  par  un  examen  con- 
tinuel, les  haillons  conservent  les  femmes.  1,133. 

» La  naissance  n'est  pas  un  titre  en  l'homme  privé  de 
conduite.  Fût-on  né  de  la  plus  basse  extraction,  la  con- 
duite seule  nous  distingue.  1,134. 

» Ce  n’est  point  la  maladie,  qui  donne  la  mort  à l’en- 
vieux des  richesses,  de  la  beauté,  du  courage,  de  la  haute 
naissance  d’un  autre,  de  son  heureux  lot  en  plaisirs  et  en 
fortune.  1,135. 


476 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Craignez-vous  de  faire  ce  qu'il  ne  faut  pas  faire, 
d’abandonner  les  actions  d'une  nécessité  urgente,  d’a- 
bonder en  conseils,  quand  il  n’en  faut  pas,  et  d'en  manquer, 
lorsqu'il  en  faut,  ne  buvez  pas  à cette  liqueur  et  n’y  perdez 
point  la  raison.  1,136. 

» L’ivresse  de  1a  science,  l'ivresse  de  l’opulence  et 
l’ivresse  de  la  famille,  qui  est  la  troisième,  ces  ivresses 
des  orgueilleux  ne  sont  calmées  que  par  les  gens  de  bien 
seulement.  1,137. 

» Sollicité  par  les  gens  vertueux,  un  homme  vicieux 
entrera  dans  la  chose  ; mais  une  bonne  action  de  lui  ne 
prend  jamais  part  A l’affaire.  1,138. 

« On  pense  entendre  parler  un  sage  par  la  bouche  du 
vicieux  même;  les  hommes  vertueux  sont  la  voie  des 
hommes  maîtres  de  leur  âme  ; la  route  des  gens  de  bien, 
c’est  l’homme  de  bien  lui-même.  1,136. 

b Les  vertueux  sont  le  chemin  des  vicieux,  mais  les 
vicieux  ne  sont  pas  le  chemin  des  vertueux.  Une  assem- 
blée est  vaincue  par  l’homme,  revêtu  d’un  beau  costume. 

b Une  route  est  vaincue  par  la  jeunesse  ; tout  est  vaincu 
par  l’homme,  qui  jouit  d’un  bon  caractère. 

1,140—1,141. 

b Le  caractère  est  la  principale  chose  dans  un  homme, 
de  qui  la  fortune  expire  en  ce  bas  monde.  Sa  richesse  ne 
consiste,  ni  dans  ses  parents  ou  amis,  ni  dans  ses  biens, 
ni  même  dans  sa  vie.  1,142. 

b La  viande  est  le  premier  a liment  des  riches,  le  lait 
est  la  première  des  nourritures  pour  les  classes  moyennes  ; 
l’huile  de  sésame,  Bharatide,  est  le  principal  aliment  des 
pauvres.  1,143. 

b Le  pauvre  mange  toujours  le  mieux  doué  des  ali- 


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YOUDYOGA.-PARVA.  477 

ments  ; la  faim,  si  difficile  à obtenir  pour  les  riches, 
enfante  la  saveur  dans  les  mets.  1,144. 

» Ordinairement,  le  pouvoir  de  manger  n'existe  pas 
dans  le  monde  des  heureux  ; mais  le  bois  des  pauvres, 
maître  de  la  terre,  brûle  aisément.  1,146. 

» Manquer  de  conduite  est  la  crainte  des  classes  infé- 
rieures ; la  crainte  de  mourir  agite  les  conditions  moyen- 
nes ; et  ce  que  les  mortels  des  rangs  supérieurs  craignent 
le  plus,  c'est  le  mépris.  1 ,146. 

» Il  y a des  ivresses  très-vicieuses  : l'ivresse  du  pou- 
voir, l'ivresse  des  liqueurs,  et  les  autres  : égaré  par  l'i- 
vresse du  pouvoir,  l’homme  ne  s'en  aperçoit  pas  avant 
d’être  tombé.  1,147. 

» Ce  monde  est  brûlé  par  les  organes  des  sens,  qui 
restent  en  liberté  dans  les  choses  des  sens,  comme  les 
constellations  le  sont  par  les  planètes.  1,148. 

» Quiconque  se  laisse  vaincre  à l'entrainement  naturel 
des  cinq  sens,  ses  infortunes  s’accroissent,  telle  que  la 
reine  des  étoiles  dans  la  quinzaine  lumineuse.  1,149. 

» Le  ministre  indompté,  qui , avant  de  s’ètre  vaincu 
lui-même,  désire  vaincre  les  ministres  ou  les  ennemis,  se 
sent  malgré  lui,  abandonné  par  ses  forces.  1,150. 

» Mais  quiconque  se  vaincra  d'abord  soi-même , avec 
les  formes  de  la  haine , n'aura  pas  en  vain  le  désir  de 
vaincre  ensuite  ou  les  ministres  ou  les  ennemis.  1,151. 

» La  prospérité  a-t-elle  vu  dans  les  personnes,  qui  su- 
bissent le  changement,  un  homme  de  la  plus  basse  condi- 
tion, agent  discret,  qui  a vaincu  ses  organes  des  sens,  qui 
s’est  dompté  soi-même  et  qui  tient  la  verge  levée  sur  tes 
désirs , elle  met  chez  lui  son  habitation.  1,152. 

» Le  corps  est  le  char  de  l’homme,  sire;  lui-même  en 


478 


LE  MAHA-BHARATA. 


est  le  guide  ; ses  organes  des  sens,  ce  sont  les  chevaux  : 
habile,  attentif,  il  parvient  à la  joie  avec  ces  généreux 
coursiers,  bien  domptés,  comme  un  prudent  maître  de 
char.  1,153. 

» Ces  organes  des  sens  indomptés  sont  capables  même 
de  vous  tuer,  comme  des  chevaux  mal  dressés,  ingouver- 
nables, qui  tuent  un  mauvais  cocher  dans  sa  route.  1 ,154. 

» Voyant  avec  un  sens  ce  qui  est  vide  de  sens  et  con- 
sidérant loin  de  toute  signification  la  chose,  à laquelle  en 
est  attachée  une,  l’enfant,  égaré  par  des  organes  indomp- 
tés, regarde  une  grande  peine  comme  un  bonheur. 

o Quiconque  , désertant  le  juste  et  l’utile  , marchera 
soumis  au  pouvoir  des  sens,  ne  tardera  point  à perdre 
son  épouse,  sa  richesse,  sa  vie  et  toute  sa  prospérité. 

1,156—1,160. 

» Quiconque  serait  maître  d'un  trône  et  non  maître  de 
ses  sens,  tomberait  du  trône,  faute  de  pouvoir  commander 
à ses  orgaues  des  sens.  1,157. 

» Qu’il  se  cherche  soi-même  en  lui-même  par  les  sens 
gouvernés,  l’âme  et  la  pensée  : l'âme  en  effet  d’un  homme 
est  son  ami;  l'âme  est  encore  son  ennemi.  1,158. 

» L'ami  lui-même  de  cette  âme,  qui  fait  que  cette  âme 
est  elle-même  vaincue  par  l’âme,  c’est  un  ami  bien  domp- 
té, c’est  encore  un  ennemi  bien  gouverné.  1,159. 

u Jadis,  l'amour  et  la  colère  furent  enveloppés,  sire, 
d'un  filet  indigent  : ils  perdirent  aussitôt  la  connais- 
sance (1).  1,160. 

(1)  Cela  ne  ressemble-t-il  pas  au  commencement  d'un  épisode,  qu’on 
ab&ndouue  brusquement  aussitôt  qu'on  s’eut  mis  à le  raconter? 

Les  premiers  mots  de  son  début,  c’est  une  image,  de  laquelle  on  ne  voit 
que  la  sommité  de  la  tête;  tout  le  reste  du  corps  est  malheureusement 
déchiré. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


47» 


» Celui,  qui  a vu  régner  ici  le  devoir  et  l’intérêt,  s’é- 
lève aux  richesses  ; et,  une  fois,  les  biens  acquis,  il  pense 
toujours  aux  plaisirs.  1,161. 

» Celui,  qui,  sans  avoir  triomphé  des  cinq  ennemis 
intérieurs,  composés  des  passions  de  l’âme,  désire  vaiucre 
d’autres  ennemis,  ces  rivaux  eux-mêmes  triomphent  de 
lui.  1,162. 

» On  voit  dans  les  troubles  d'un  royaume,  de  méchants 
rois  succomber  sous  leurs  propres  œuvres,  parce  qu'ils 
n’ont  pu  se  rendre  maîtres  de  leurs  organes  des  sens. 

» Par  le  mélange  des  natures  et  malgré  l’abandon  du 
vice,  un  châtiment  égal  touche  l'innocent  et  le  criminel: 
l'humide  est  consumé  par  le  sec  d’après  ce  mélange  des 
natures  : l’homme  ne  fera  donc  pas  la  paix  avec  les  vices. 

1,163 — 1,164. 

• L’infortune  dévore  l’homme,  si,  par  démence,  il  ne 
sait  pas  réprimer  les  cinq  ennemis  naturels,  qui  ont  pour 
cause  les  cinq  organes.  1,165. 

» La  droiture  d'Anasouyà,  sa  pureté,  son  âme  con- 
tente, son  habitude  des  paroles  aimables,  sa  répression 
des  sens,  sa  vérité  et  son  bonheur  ne  sont  jamais  le  par- 
tage des  méchants.  1,166. 

» La  connaissance  de  soi-même,  la  paix  de  l’esprit,  la 
patience,  la  persévérance  dans  le  devoir,  la  parole  secrète 
et  l’aumône  : ces  qualités , Bharatide,  ne  se  trouvent  pas 
dans  les  basses  conditions.  1 ,167. 

» Les  ignorants  affligent  les  savants  par  des  censures 
et  des  accusations.  L'homme  éloquent  subit-il  une  impu- 
tation de  vice;  s’il  la  supporte  avec  patience,  il  en  est  dé- 
livré. 1,168. 

» Nuire  est  la  force  des  méchants,  régler  le  châtiment 


480 


LE  MAHA-BHAHATA. 


est  la  force  des  rois,  l'obéissance  est  la  force  de3  femmes, 
la  patience  est  la  force  des  gens  vertueux.  1,169. 

» La  modération  dans  les  paroles  , souverain  des 
hommes,  est  réputée  la  chose  la  plus  difficile  : il  est  im- 
possible de  parler  long-temps  avec  raison  et  d'une  manière 
admirable.  1,170. 

» Une  parole  bien  dite  apporte  différentes  félicités; 
une  parole  mal  dite,  sire,  ne  convient  qu’à  l'infortune. 

» Une  force  grandit,  blessée  par  les  flèches,  dévastée 
par  le  chien  d’un  ennemi  ; mais  ce  qui  est  frappé  de  la 
parole  ne  grandit  plus  : une  parole  maligne  est  épouvan- 
table. 1,171—1,172. 

« On  arrache  du  corps  les  flèches  de  fer  et  les  traits 
barbelés  ; mais  on  ne  peut  Oter  du  corps  le  dard  de  la  pa- 
role, qui  se  fiche  au  fond  du  cœur.  1 ,173. 

» Les  flèches  de  la  parole  sortent  de  la  bouche  : 
l'homme,  qu’elles  frappent,  en  gémit  nuit  et  jour  ; elles 
ne  tombent  pas  dans  les  membres  d’un  ennemi  ; mais  le 
sage  ne  les  enverra  pas  même  contre  ses  ennemis.  1,174. 

» Les  Dieux  retirent  l’intelligence  à l’homme,  dont  ils 
préparent  la  défaite  : celui-  ci  ne  voit  plus  alors  que  les 
choses,  qui  sont  à ses  pieds,  1 ,175. 

» Le  trouble  étant  répandu  sur  l’intelligence  et  la 
perte  étant  près  d'arriver,  la  démence,  semblable  à la 
sagesse,  ne  sort  plus  du  cœur.  1 ,176. 

» Ton  âme  est  environnée  par  cette  inimitié  des  Pân- 
douides  et  de  tes  fils  : aussi  ne  l’aperçois-tu  pasl  1 ,177. 

» Qu’Youddhishthira,  ton  disciple , Dhritaràshtra, 
qui  est  doué  du  caractère  de  roi  des  trois  mondes,  soit 
donc  investi  de  l’empire  suprême.  1,178. 

» Ne  tiens  compte  de  tes  fils,  mets  au  premier  rang  le 


DrgitizeO'by  Godÿe 


YOUDYOG  A-PARV  A. 


A81 


droit  d’hérédité  ! 11  est  pourvu  de  science  et  de  splendeur; 
il  connaît  la  vérité,  le  juste  et  l’utile.  1,179. 

» Il  est  par  sa  compassion  et  son  humanité  le  plus  ex- 
cellent de  ceux,  qui  soutiennent  le  devoir;  et,  s'il  a la  pa- 
tience de  supporter  ses  nombreuses  infortunes,  c’est  par 
le  respect,  qu’il  a pour  toi.  » 1,180. 

« Dis-moi  encore,  homme  à la  grande  intelligence, 
reprit  Dhritarâshtra,  ta  parole,  accompagnée  du  juste  et 
de  l’utile  ; je  ne  puis  me  rassassier  de  l'entendre.  Tu  ex- 
primes ici  des  choses  admirables.  » 1,181. 

« Donne-le  bien  à tous  les  hôtes,  repartit  Vidoura,  ou 
pratique  la  droiture  envers  tous  les  êtres.  Que  ces  deux 
choses  soient  égales,  ou  fais  prédominer  la  droiture. 

» Cultive  sans  cesse  la  droiture  au  milieu  de  tes  fils, 
seigneur  : obtiens  ici-bas  une  gloire  éminente,  et,  après 
elle,  tu  obtiendras  le  Swarga.  1,182 — 1,183. 

» Aussi  long-temps  que  la  sainte  gloire  de  l’astre  lumi- 
neux sera  chantée  dans  le  monde,  aussi  long-temps  la 
tienne,  tigre  des  hommes,  sera  exaltée  dans  le  monde  du 
Swarga.  1,18A. 

» On  raconte  à ce  sujet  une  antique  histoire,  la  conver- 
sation de  Virotchana  avec  Soudhanvan  relativement  à 
Kéçinl.  1,185. 

» Une  jeune  vierge  d’une  beauté  sans  égale,  sire,  et 
nommée  Kéçinl,  désirait  un  époux  distingué  et  tenait  un 
swayambara.  1,186. 

» Le  Daltya  Virotchana  vint  alors  à cette  cérémonie  avec 
l’envie  d’obtenir  cette  jeune  fille,  et  Kéçinl  dit  en  ce  mo- 
ment au  monarque  des  Daityas  : 1,187. 

« Est-ce  que  les  enfants  de  Brahma  ne  sont  pas  les 
meilleurs?  Sont-ce  les  fils  de  Diti,  Virotchana?  Pourquoi 
v 31 


482 


LE  MAHA-BHARATA. 


Soudhanvan  ne  monte-t-il  pas  dans  le  palanquin?  » 

o Virotchana  répondit  : 

«Nous  sommes  estimés,  KéçinI,  les  plus  excellents 
Prâdjâpatyas.  Les  mondes,  certes  ! nous  appartiennent  : 
que  sont  les  Dieux?  Que  sout  les  bralunes  ? » 

1,188—1,18». 

« Attendons  ici  dans  le  voisinage,  Virotchana,  lui  dit- 
elle.  Soudhanvan  doit  venir  ce  matin  : puissé-je  vous  voir 
réunis  tous  les  deux  !»  1,190. 

« Je  ferai  de  la  manière  que  tu  me  dis,  noble  etcraintive 
vierge,  reprit  Virotchana.  Tu  nous  verras,  Soudhanvan  et 
moi,  réunis  ce  matin.  » 1,101. 

» Le  disque  du  soleil  s'étant  levé  et  quand  il  eut  dissipé 
la  nuit,  Soudhanvan,  ô le  plus  excellent  des  rois,  vint  dans 
ce  lieu,  où  Virotchana  se  tenait,  seigneur,  accompagné 
de  Kéçint.  Soudhanvan  s'approcha  de  la  fille  de  Prahrâda. 

» Quand  elle  vit  le  brahmc  s’avancer,  éminent  Bhara- 
tide,  Kéçinî  se  leva  ; elle  vint  à sa  rencontre  et  lui  offri1 
un  siège,  de  l’eau  pour  se  laver  les  pieds  et  un  arghva. 

1,192—1,193—1,194. 

« Je  touche,  dit  Soudhanvan,  ce  trône  d’or,  qui  est  le 
tien,  Prahrâda  ; mais  je  ne  suis  pas  arrivé  encore  h ne 
faire  qu’un  avec  toi.  » 1,195. 

« 11  n’y  a de  digne  en  toi,  reprit  Virotchana,  que  ton 
banc  de  bois,  la  poignée  de  kouça  ou  autrement  ton  cous- 
sin d’ascète.  Mais  tu  es  indigne,  toi  ! Soudhanvan  : as-tu 
un  siège  égal  au  mien  ? » 1,198. 

o Un  père  de  famille  voit  deux  fils  assis  de  compagnie, 
reprit  Soudhanvan,  ou  deux  brahmes,  ou  deux  kshatryas 
mêmes,  ou  deux  riches  vatçyas,  ou  deux  çoùdras  ; mais 
il  n'en  voit  nul  autre  dans  ces  prérogatives  mutuelles. 


Dîqrt . -d  éy  G«Oglt' 


YOUDYOGA-PARVA. 


A88 


» Ton  père  est  assis  au-dessous  du  siège  de  mon  père  : 
un  jeune  enfant  fleurit  pour  le  plaisir  dans  mon  palais  ; 
mais  toi,  tu  n’en  connais  aucun.  » 1,107 — 1,108. 

« L’or,  les  génisses  et  les  coursiers,  la  richesse,  que 
possèdent  les  Asouras,  est  à nous,  dit  Vidoura.  Mettons- 
ta  pour  enjeu,  Soudhanvan  ; et  proposons-nous,  au  risque 
de  ce  gage,  ce  qu'on  appelle  une  question.  » 1,109. 

o L’or,  les  génisses  et  les  chevaux,  soit,  Virotchana, 
répondit  son  rival.  Mettons  nos  vies  mime»  pour  enjeux 
et  proposons-nous  ce  qu’on  appelle  une  question.  1,200. 

» Où  irons-nous,  observa  Virotchana,  maintenant  que 
nous  avons  engagé  nos  existences?  Je  n’ai  pas  rang  parmi 
les  Dieux,  et  je  ne  l’aurai  jamais  parmi  les  hommes  ? » 
o Nous  irons  trouver  ton  père,  lui  répondit  Soudhanvan, 
maintenant  que  nous  avons  engagé  nos  vies  ; en  effet, 
Prahrâda  ne  dira  jamais  une  fausseté  à cause  de  son  fils.  » 

1,201—1,202. 

» Ayant  ainsi  fait  leurs  enjeux,  tous  deux  s'en  allèrent 
irritée  au  lieu  où  se  tenait  Prahrâda.  1,203. 

# Voici  deux  hommes,  songea  celui-ci,  qui  n’ont  pas 
coutume  de  marcher  ensemble  ; iis  ressemblent  à deux 
serpents  en  courroux  et  ils  viennent  par  la  même  route  ! 

» Pourquoi  marchez-vous  de  compagnie,  vous,  qui 
n’aviez  pas  coutume  de  marcher  ensemble?  (Test  à toi, 
Virotchana,  que  j’adresse  ma  question  : quelle  est  cette 
amitié,  que  tu  as  faite  avec  Soudhanvan?  » 1,204-1,205, 
a Je  n’ai  pas  d’amitié  avec  Soudhanvan,  reprit  Viro- 
tchana : il  s’agit  d’une  chose,  où  nous  avons  mis  nos  vies 
pour  enjeux.  Tu  me  diras  la  vérité,  Prahrâda  ; tu  ne  me 
répondras  pas  une  fausseté.  » 1,206. 

« Qu’on  apporte  de  l’eau  avec  un  plat  de  lait  et  de  miel 


48 4 LE  M VHA-BHAKATA. 

pour  Soudhanvan,  dit  Prahràda.  lirahnie,  tu  dois  être  ho- 
noré *:  la  vache  blanche  est  devenue  grasse  ! » 1 ,207. 

« J'ai  reçu  dans  ma  route  l’eau  avec  le  plat  de  lait  et 
de  miel,  fît  Soudhanvan.  Réponds  la  vérité  à moi,  qui  te 
propose  une  question,  Prahràda.  1,208. 

» Qui  est  le  plus  grand  ? Sont-ce  les  brahraes?  Est-ce 
Virotchana.  » 1,209. 

« Mon  fils  est  unique,  brahme,  et  tu  es  ici  devant  toi, 
lui  dit  Prahràda.  Comment  un  homme  de  ma  sorte  don- 
nerait-il une  réponse  dans  le  sujet,  qui  vous  divise  î » 

« Donne  au  fils,  sorti  de  tes  entrailles,  ou  la  terre,  ou 
toute  autre  richesse,  qui  te  sera  agréable,  répondit  Sou- 
dhanvan ; mais  dans  notre  contestation,  tu  dois  la  vérité 
et  une  parole  de  bon  sens.  » 1,210—1,211. 

« Qui  voudrait  habiter,  je  te  demande  cela,  Soudhan- 
van, fit  Prahràda,  avec  un  homme  à la  bouche  méchante, 
qui  ne  dirait  pas  la  vérité,  ou  qui  dirait  le  mensonge?  » 
v L’homme,  qui  déposera  le  mensonge  en  témoignage, 
répondit  Soudhanvan,  habitera  dans  une  nuit  triste, 
comme  celte , où  une  épouse  est  abandonnée , dans  un 
jour  sombre,  comme  celui  où  l’on  perd  au  jeu,  dans  une 
insomnie  comme  celle,  où  le  corps  est  consumé  par  le 
poids  des  soucis.  Sa  ville  étant  assiégée,  il  subira  la  faim 
extérieurement,  à la  porte,  et  verra  les  foules  des  enne- 
mis se  presser  autour  de  lui.  1,212 — 1,213  —1,214. 

» 11  tue  cinq  chèvres  dans  la  vérité , il  tue  dix  vaches 
dans  la  vérité,  il  tue  cent  chevaux  dans  la  vérité  ; il  tue 
mille  hommes  dans  la  vérité.  1,215. 

«S'il  dit  le  mensonge  pour  de  l’or,  il  tue  les  êtres  nés  et 
à naître  : son  mensonge  détruit  tout  sur  la  terre.  Ne  pro- 
nonce donc  pas  sur  la  terre  un  mensonge.  » 1,216. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


485 


« Angiras  était  meilleur  que  moi,  dit  alors  Prabràda,  et 
Soudhanvan  vaut  mieux  que  toi,  Virotchana  ; et  sa  mère 
était  supérieure  à ta  mère  : tu  es  donc  vaincu  par  lui. 

» Soudhanvan , ici  présent,  Virotchana , est  ainsi  le 
maître  de  ta  vie.  Je  désire,  Soudhauv'::,  que  tu  me  rendes 
Virotchana!»  1,217 — 1,218. 

a Parce  que  tu  as  choisi  la  justice,  répondit  Soudhan- 
van, et  qu'aveuglé  par  l'amour,  tu  n’as  pas  dit  un  meu- 
songe  ; à cause  de  cela,  je  te  rends  ton  fils,  Prahrâda, 
sur  le  bord  du  tombeau  (1).  1,219. 

» Que  Virotchana,  ton  fils,  donné  à toi  de  ma  main, 
fasse  à la  jeune  princesse  le  lavement  de  ses  pieds  en  ma 
présence.  » 1,220. 

« Ne  veuille  donc  pas  dire,  Indra  des  rois,  continua 
Vidoura,  un  mensonge  pour  les  choses  de  la  terre  ; ne  te 
précipite  pas  à ta  perte  avec  tes  fils  et  tes  ministres,  en  te 
refusant  à dire  la  vérité  sur  ton  (ils.  1,221. 

» Quand  les  Dieux  tirent  le  châtiment,  ils  ne  sauvent 
pas  le  troupeau  comme  un  berger;  mais  ils  séparent  dans 
leur  esprit  ceux,  qu'ils  désirent  préserver.  1,222. 

» Autant  de  fois  que  l'homme  attache  son  esprit  à une 
chose  heureuse  et  juste , autant  de  fois  toutes  ses  af- 
faires parviennent  au  succès  : il  n'y  a ici  nul  doute. 

» Les  désirs  ne  retirent  pas  du  péché  le  jongleur,  qui 
vit  de  sa  jonglerie  : les  désirs,  ce  sont  des  oiseaux,  qui 
abandonnent  bientôt  le  nid,  une  fois  que  les  ailes  leur  ont 
poussé.  1,223 — 1,224- 

» Boire  des  liqueurs  spiritueuses,  la  dispute,  l'inimi- 
tié avec  un  grand  nombre,  l'antipathie  entre  épouse  et 


(1)  Dourlabham. 


LE  MAHA-BHARATA. 


486 

mari,  la  division  des  parents,  la  haine  des  rois,  les  con- 
testations entre  homme  et  femme,  il  faut  éviter,  dit-on, 
ces  choses  ; car  c’est  une  route  mauvaise.  1,225. 

» Un  interprète  des  taches  naturelles,  un  marchand, 
qui  fut  jadis  un  voleur,  un  joueur  de  dominos,  un  mé- 
decin, un  ennemi,  un  ami  et  un  histrion  : voilà  sept  gens, 
auxquels  on  ne  doit  pas  nuire  en  témoignage.  1,225  (1). 

» L'agnihotra  par  orgueil  et  le  silence  par  orgueil,  la 
lecture  par  orgueil  et  le  sacrifice  par  orgueil  : ce  sont  là 
quatre  terribles  choses,  qui,  faites  sans  convenance,  doivent 
inspirer  de  la  crainte.  1,226. 

» Un  incendiaire , un  empoisonneur , un  ribaud,  un 
marchand  d’asclépiade  acide,  un  brahrne,  qui  fait  trafic 
des  cérémonies  défendues,  un  espion,  un  faux  ami,  uu 
adultère,  1,227. 

» Quiconque  a procuré  un  avortement,  quiconque  a 
souillé  la  couche  de  son  gourou,  le  brahrne  adonné  à la 
boisson , l’homme  aux  paroles  bien  mordantes,  l’impu- 
dent, l’athée,  le  censeur  des  Védas,  1,228. 

» Le  brahme  irrégulier,  qui  usurpe  la  cuiller  du  sacri- 
lice,  el  l’homme,  qui,  bien  que  dompté,  aconservéla  con- 
voitise : mettre  son  attention  à sauver  ces  gens,  c’est 
s’appliquer  à nuire.  Ils  sont  tous  égaux  à des  assassins 
de  brahines,  1,229. 

» On  distingue  l’or  avec  un  feu  de  paille , l’homme 
opulent  à ses  richesses,  le  vertueux  dans  un  procès,  le 
héros  dans  les  périls,  le  sage  dans  les  affaires  difficiles, 
les  vrais  amis  dans  les  crises  et  les  infortunes.  1,230. 

» La  vieillesse  ravit  la  beauté  ; la  fermeté  est  enlevée 

(1)  L'édition  numérote  ce  çloka  1,225  : nous  avons  Tait  comme  elle,  et 
nous  avons  doublé  ce  chiffre. 


YOUDYOGA-PARVa. 


487 


par  l'espérance,  la  vie  par  la  mort  ; la  calomnie  étouffe 
une  conduite  vertueuse  ; la  colère  abat  la  fortune  ; le  bon 
caractère  cède  devant  une  conduite  ignoble  ; la  pudeur 
devant  l’amour,  et  l'arrogance  force  toutà  s'enfuir.  1,231. 

» La  fortune  est  plus  forte  que  la  félicité  ; elle  s’accroît 
par  ta  hardiesse,  elle  jette  ses  racines  dans  la  probité  et  se 
tient  sur  la  modération.  1,232. 

» Huit  qualités  illustrent  un  homme  : la  science,  la  fa- 
mille, la  répression  îles  sens,  les  Védas,  l’énergie,  la 
sobriété  en  paroles,  l’aumône  suivant  ses  facultés,  et  la 
reconnaissance.  1,233. 

» Une  seule  vertu,  mon  fils,  établit  de  force  son  empire 
sur  toutes  ces  vertus  ; c’est  quand  le  roi  se  fait  homme  ; 
cette  vertu  supporte  toutes  les  vertus.  1,234. 

» Ces  huit  vertus  sont  dans  le  monde  des  hommes,  sire, 
les  modèles  du  monde  céleste  : quatre  d'elles  sont  pas  à 
pas  suivies  par  les  gens  de  bien,  et  les  gens  de  bien 
suivent  quatre  d’elles.  1,235. 

o Le  sacrifice,  l'aumône,  la  lecture  et  la  pénitence  sont 
les  quatre,  suivies  par  les  hommes  vertueux  ; la  répres- 
sion des  sens,  la  vérité,  la  droiture  et  l'humanité  : tels 
sont  les  quatre,  que  suivent  les  gens  de  bien.  1,230. 

u La  route  de  la  vertu  a,  dit-on,  ces  huit  jalons  : les 
sacrifices,  la  lecture,  les  aumônes,  la  bonne  direction,  la 
vérité,  la  patience,  la  miséricorde  et  l’absence  d’avarice. 

» Ici,  marche  en  tète  l’assemblage  de  quatre  choses, 
dans  lequel  peut  se  glisser  le  péché  d’hypocrisie  : mais 
l’assemblage  des  quatre  suivantes  ne  se  trouve  que  dans 
les  magnanimes.  1,237—1,238. 

» Il  n'y  a pas  d'assemblée  où  il  n’y  a pas  de  \ieillards; 
ceux,  qui  ne  disent  pas  le  devoir,  ne  sont  pas  des  vieil- 
lards ; il  n'est  pas  de  devoir  où  n'est  pas  la  vérité  : mais 


488  LE  MAHA-BHARATA. 

• 

ce  qui  se  cachesous  la  dissim  dation,  u’est  point  la  vérité. 

» La  vérité,  la  beauté,  les  Védas,  la  science,  la  famille, 
le  caractère,  la  force,  la  richesse,  le  courage,  une  parole 
admirable  : voilà  dix  causes  du  Swarga.  1,239 — 1,240. 

» Commettez  le  péché,  vous  avez  le  renom  du  péché, 
et  vousen  mangez  le  fruit  seulement;  pratiquez  la  vertu, 
vous  avez  la  gloire  de  la  ver.  u,  et  vous  en  mangez  le  fruit 
sans  mesure.  1,241. 

» Que  l’homme  aux  vœux  parfaits  ne  commette  donc 
pas  le  péché  : le  péché  détruit  la  science  dans  la  propor- 
tion, qu’il  est  commis.  1,242. 

» L’homme  se  livre  toujours  au  péché  dans  la  perte  de 
sa  science  : plus  la  vertu  est  pratiquée,  plus  elleaccroit  la 
science.  1,243. 

» Le  commencement  de  la  vertu  est  toujours  dans  un 
homme  le  signe  qu’il  s’est  accru  en  science.  S’il  cultive  la 
vertu,  ceint  delà  gloire  attaché  à la  vertu,  il  s’élève  dans 
le  monde  des  vertus.  1,244. 

» Que  l’homme  pratique  donc  la  vertud'un  esprit  atten- 
tif. Le  calomniateur  est  un  serpent  cruel,  dissimulé,  qui 
répand  l’inimitié.  1,245. 

» Celui,  par  qui  le  péché  est  commis,  ne  tarde  pas  à 
tomber  dans  une  grande  infortune.  L’homme,  qui  ne  mé- 
dit, ni  ne  calomnie,  complète  sa  science  et  fait  toujours 
des  choses  heureuses.  1,246. 

» Le  savant,  qui  a procuré  la  science  aux  savants,  ne 
tombe  pas  dans  une  grande  infortune,  et  sa  splendeur 
éclate  de  tous  les  cétés.  1,247. 

» Le  savant,  qui  a obtenu  le  juste  et  l’utile,  peutfleurir 
lui-mème  en  plaisir  : qu’il  s'occupe  donc  à chercher  dans 
le  jour  les  moyens  de  passer  doucement  la  nuit.  1,248. 

» Qu’il  s’occupe  huit  mois  à passer  agréablement  les 


YOUDYOGA-PARVA. 


489 


années:  qu'il  commence  par  amasser  dans  sa  jeunesse  des 
r essources  afin  de  vivre  doucement  dans  sa  vieillesse. 

» Qu'il  recueille  pendant  sa  vie  pour  habiter  en  paix 
dans  l’autre  monde  : on  vante  un  riz  bouilli,  s’il  est  vieux, 
et  une  épouse,  de  qui  la  jeunesse  s’est  enfuie, 

1,249 — 1,250. 

» lin  héros,  qui  a remporté  la  victoire,  un  ascète  parvenu 
à la  perfection.  La  richesse,  acquise  par  le  vice,  découvre 
un  défaut  caché  ; ensuite,  il  en  éclot  un  autre.  Un  gourou 
commande  à ceux,  qui  possèdènt  leur  âme,  un  roi  aux  mé- 
chants, Yama,  le  Viçvavatide,  aux  vicieux,  qui  ont  caché 
leurs  fautes,  l/origine  des  races  magnanimes,  des  fleuves 
et  des  rishis  ne  doit  pas  être  lue  des  femmes  et  du  mé- 
chant. Un  kshatrya  généreux,  l’ainé  de  ces  héros,  qui  res- 
plendissent par  le  caractère,  plein  de  droiture  parmi  ses 
parents  et  qui  fait  son  plaisir  d’honorer  les  brahmes,  dé- 
fendra long-temps  la  terre.  Trois  hommes,  et  un  héros, 
qui  a complété  sa  science,  et  un  autre,  qui  sait  agir, 
fouillent  ce  globe,  qui  a de  l’or  et  des  fleurs.  Les  plus 
grandes  choses  sont  l'intelligence,  les  moyennes,  Bhara- 
tide,  sont  les  bras  ; les  plus  basses,  ce  sont  les  jambes  et 
les  moindres  de  toutes,  c’est  le  fardeau.  Comment  peux- 
tu  espérer  la  prospérité,  quand  tu  as  confié  la  souveraine 
puissance  à karna,  à l’insensé  Douççâsana,  à Çakouni  et  à 
ton  fit*  Douryodhana  ? Les  fils  de  Pàndou,  éminent  Bha- 
ralide,  sont  doués  de  toutes  les  vertus  : ils  vivent  comme 
des  fils  à ton  égard  ; vis  donc  pour  eux  comme  un  père. 
(De  la  stance  1,251  à ta  stance  1,260.) 

» On  rapporte  ici  une  antique  histoire,  cette  conversa- 
tion du  fils  d'Atri  avec  les  Sâdhyas  : ainsi  l’avons-nous 
entendu  raconter.  1,260. 


490 


LIS  MAHA -BHARATA. 


» Les  Dieux  Sàdhyas  interrogèrent  jadis  le  grand  rishi, 
& la  grande  science,  aux  vœux  parfaits,  qui  voyageait  sous 
la  forme  d’un  cygne  : 1 ,'261. 

« Nous  sommes,  lui  dirent-ils,  les  Dieux  Sàdhyas.  A la 
vue  de  ton  éminence,  grand  anachorète,  nous  ne  pouvons 
soupçonner  les  motifs  de  ton  déguisement.  Tu  es  plein 
d’intelligence,  tu  es  sage,  tu  sais  les  Védas  : veuille  nous 
dire  une  parole  sublime,  inspirée.  » 1,202. 

« Cette  chose  fut  entendue  par  moi.  Immortels,  répon- 
dit le  cygne.  « La  fermeté,  la  placidité,  la  vérité,  le  de- 
voir et  l’obéissance  ! Élevez  ce  faisceau  entier  du  cœur, 
et  regardez  du  même  œil  dans  votre  cœur  le  plaisir  et  la 
peine.  1,263. 

» Que,  patiente  elle-même,  la  colère  n’injurie  pas  celui, 
qui  l’injurie.  Elle  consume  le  calomniateur  et  se  substitue 
à ses  mérites.  1,204. 

» Que  l’homme  ne  soit  pas  injurieux,  qu’il  ne  méprise 
pas  lesautres,  qu’il  ne  nuise  point  à ses  amis,  et  ne  rende 
pas  honneur  aux  gens  bas  : qu’il  ne  soit  pas  arrogant, 
qu’il  n’ait  pas  une  conduite  vile  et  qu’il  s’abstienne  des 
paroles  dures  et  malveillantes.  1,263. 

» Les  paroles  dures  consument  ici  les  membres,  les  os, 
le  cœur  et  la  vie  des  mortels.  Qu’un  homme,  en  qui  fleu- 
rit le  devoir,  évite  donc  toujours  les  paroles  malheureuses 
aux  formes  blessantes.  1,266. 

* Sachez  qu’une  parole  piquante,  âpre,  acrimonieuse, 
blesse  les  hommes  avec  les  épines  du  langage.  A quel  in- 
fortuné parmi  les  gens  ces  paroles  n’ont-elles  pas  apporté 
le  malheur  attaché  dans  une  bouche  ? 1,267. 

* Que  le  poète  le  sache  : s’il  peut  blesser  ainsi,  blessé 
lui-même  par  des  flèches  extrêmement  aiguës,  enflammées 


YOUDYOGA-PARVA. 


4M 


telles  que  le  soleil  ou  commele  feu,  consumé  de  pied  en 
cap,  il  dépose  en  moi  son  mérite.  1,208. 

» Si  l'homme  fréquente  une  personne  vertneuse,  s'il 
fréquente,  soit  un  ascète  vicieux,  soit  un  voleur,  il  tombe 
sous  la  puissance  de  ses  liaisons  comme  une  étoffe  sous  le 
pouvoir  de  sa  teinture.  1,260. 

» Qu’il  ne  dise  pas  et  ne  provoque  pas  de  paroles  ou- 
trageantes: que,  frappé,  il  ne  réponde  pas  au  coup  ; qu’il 
ne  fasse  pas  tuer.  Les  Dieux  eux-mêmes  désirent  l'arri- 
vée au  ciel  de  l’homme,  qui  ne  veut  pas  avoir  un  homi- 
cide à se  reprocher.  1,270. 

» Il  vaut  mieux  se  taire,  dit-on,  quepnrler.  Qu'on  dise 
la  vérité,  c'est  la  seconde  chose  dans  l’ordre  des  paroles  ; 
qu’on  dise  cequi  peut  faire  plaisir,  c'est  la  troisième  ; qu’on 
parle  avec  justice,  c'est  la  quatrième  des  choses  à dire. 

• L'homme  est  tel  que  sont  les  gens,  avec  lesquels  il 
demeure,  tel  que  sont  les  gens,  qu'il  fréquente,  tel  qu'il 
désire  que  soient  les  gens.  1,271 — 1,272. 

o 11  estdélivré  à chaque  foi3  qu’il  meurt,  et  il  n’aper- 
çoit de  mus  les  côtés  aucune  peine,  si  faible  soit-elle, 
causée  par  son  départ  du  corps.  1,273. 

» 11  n'est  pas  vaincu  et  il  ne  désire  pas  vaincre  les 
autres  ; il  ne  sème  pas  d'inimitiés  ; il  n’exerce  pas  de  re- 
présailles. il  ne  se  plaint,  ni  ne  se  réjouit,  tant  son  âme 
est  égale  dans  le  blême  et  dans  la  louange.  1,274. 

» Un  homme  supérieur  est  celui,  qui  est  dompté  et 
doux,  qui  dit  la  vérité,  et  qui  ne  met  pas  son  âme  dans  la 
perte,  qui  désire  la  vie  de  tout  le  monde.  1,275. 

» L’homme,  qui  est  moyen,  distingue  le  défaut  de  son 
ennemi  ; il  ne  caresse  pas  l’infortune,  mais  il  donne  ce 
qu’il  a promis.  1,276. 


492 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Un  homme  pervers,  ingouvernable,  corrompu,  décrié, 
ingrat,  ne  sort  pas  du  pouvoir  de  la  colère  et  n’est  l’ami 
de  personne  : tel  est  ici  le  caractère  de  l’homme  inférieur. 

» L'homme  inférieur  est  celui,  qui  repousse  les  amis 
et  qui,  en  doute  de  lui-même,  ne  croit  pas  à la  justice  des 
autres.  1,277—1,278. 

» Que  l’homme,  s’il  désire  la  prospérité  de  lui-même, 
honore  les  gens  supérieurs,  et,  eu  temps  opportuu,  les 
moyens  ; mais  que  jamais  il  n’honore  les  inférieurs. 

» Celui-ci  obtient  de  ses  continuels  efforts  la  richesse 
par  sa  force,  sa  science,  son  courage  ; mais  il  n’obtient 
pas  l'éloge  convenablement  et  ne  s’élève  pas  à la  conduite 
des  hommes  éminents  par  la  naissance.  » 1,279 — 1,280. 

Dhritarâshtra  lui  dit  : 

a Les  Dieux  très-instruits,  qui  sont  continuellement 
placés  dansle  juste  et  l’utile,  portent  envie  aux  grandes 
naissances.  Je  t’adresse,  Vidoura,  cette  question  : quelles 
sont  les  naissances  éminentes?  » 1,281. 

« La  pénitence,  la  répression  des  sens,  la  science  du 
Dieu  irrévélé,  la  richesse,  les  sacrifices  saints,  les  ma- 
riages purs  et  la  nourriture  sans  cesse  donnée,  répondit 
Vidoura  ; ceux,  dans  lesquels  vivent  convenablement  ces 
sept  qualités,  ont  des  naissances  éminentes.  1,282. 

» Distinguées  sont  les  orignes  de  ceux,  qui  ne  sont  pas 
troublés,  parce  que  leur  naissance  ne  s’est  pas  accomplie 
suivant  leurs  vœux,  qui,  grâce  à l’âme,  cultivent  la  vertu, 
qui,  abandonnant  le  faux,  désirent  dans  leur  famille  une 
gloire  éclatante.  1,283. 

» Les  naissances  tombent  à de  basses  familles  par  l'in- 
constance, les  mauvais  mariages,  la  destruction  des  Védas 
et  le  mépris  du  devoir.  1,284. 


Y0UDY0GA-PA11VA. 


495 

» Les  naissances  descendent  en  de  basses  lamilles,  si 
l’on  ravit  ce  qui  appartient  à un  brahme,  si  l’on  détruit 
les  richesses  des  Dieux  et  si  l'on  méprise  un  brahme. 

» Les  naissances  tombent  en  de  basses  familles  par  le 
mépris  (1)  fait  des  brahmes,  par  la  calomnie  jetée  sur  eux 
et  par  le  vol  d’un  objet  conlié.  1,285 — 1,280. 

» Les  familles  opulentes  en  vaches,  substantiellement, 
individuellement,  mais  inférieures  suivant  la  caste,  ne 
sont  pas  comptées  au  nombre  des  familles.  1,287. 

» Cependant  les  familles,  qui  ne  sont  pas  inférieures, 
suivant  la  caste,  entrent  dans  le  nombre  des  familles, 
quoiqu'elles  aient  peu  de  richesse,  et  retirent  une  grande 
renommée.  1,288. 

» L’homme  garde-  t-il  de  toutes  ses  forces  les  observances 
de  sa  caste,  il  tend,  il  s’élève  à la  richesse.  Quiconque 
n’est  pas  détruit,  il  est  détruit,  suivant  sa  caste,  et 
quiconque  est  tué,  il  meurt,  selon  sa  caste.  1,289. 

» Les  vaches,  les  bestiaux,  les  chevaux,  l’agriculture, 
une  bien  grande  abondance  n' élèvent  pas  les  familles,  qui 
sont  basses  de  caste.  1,290. 

n Qu’un  ennemi  de  notre  famille  ne  soit  jamais  le  mi- 
nistre du  roi  ; que  celui-ci  ne  fasse  point  asseoir  dans  ses 
conseils  un  ravisseur  du  bien  d'autrui,  un  homme  nuisant 
à ses  amis,  morose,  menteur,  qui  mange  avant  ses  hôtes, 
lesMànes  et  les  Dieux.  1,291. 

» Que  l’homme,  qui  ensemencera  nos  champs,  ne  s’en 
aille  pas  converser  avec  celui,  qui  haïra  nos  brahmes,  et 
de  qui  le  sang  de  nos  brahmes  a rougi  les  mains.  1,292. 


(i)  Le  texte  porte  pari  vât;  il  y a là  évidemment  une  syllabe  tombée  : 
laquelle?  Je  lia  le  mot  entier  jMribhavât. 


I.K  MAHA-BHARATA. 


m 

» Ne  retranchons  jamais  dans  nos  maisons  pour  les 
gens  vertueux  ces  choses  : les  herbes,  la  terre,  l’eau  et 
une  parole  aimable,  qui  est  la  quatrième  faveur.  1,203. 

» Qu’elles  soient  apportées  avec  le  plus  grand  respect, 
monarque  à la  grande  science,  et  qu’elles  préludent  au 
bon  accueil  des  hommes  vertueux,  occupés  de  saintes 
affaires.  1,294. 

» Un  char  léger  n’est  pas  capable,  sire,  de  supporter  une 
lourde  charge,  comme  les  autres  voitures  (1)  ; de  même, 
les  hommes  nés  en  de  grandes  familles  sont  doués  de 
manière  à porter  de  grands  fardeaux  : il  n’en  est  pas  ainsi 
des  autres  hommes.  1 ,295. 

» Un  ami  est  celui,  de  qui  on  n’a  point  à redouter  la 
colère  ; un  ami  est  celui,  qu’il  faut  secourir  avec  sollici- 
tude : respirez  dans  le  sein  d’un  ami,  comme  auprès  d’un 
père.  Différentes  sont  les  simples  liaisons.  1,298. 

» Un  ami  dévoué,  quel  qu’il  puisse  être  et  si  insigni 
liant  soit-il,  s’il  vit  avec  les  sentiments  d’un  ami,  est  un 
point  d'appui.  1,297. 

» L’homme  à l’âme  inconstante,  sans  respect  pour  les 
vieillards,  et  de  qui  l'esprit  se  meut  dans  le  trouble,  n’est 
pas  toujours  certain  des  amis,  qu’il  embrasse.  1,298. 

» Les  richesses  de  surmonter  l’homme  soumis  au  pou- 
voir des  sens,  qui  n’est  pas  maître  de  soi-même,  qui  a 
l'âme  mobile,  comme  des  cygnes  dans  un  lac  desséché. 

v Ils  s’irritent  sans  cause,  ils  favorisent  sans  raison  : ce 
caractère  des  gens  vicieux,  ressemble  au  nuage  incons- 
tant. 1,299—1,300. 


(i)  Mahldja , qui  manque  aux  dictionnaires,  mai* dont  la  signification  est 
évidemment  celle  d'un  chariot  à traîner  de  pesantes  charges. 


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YOUDYOGA  PAliVA. 


495 


* Les  amis  ingrats  ne  sont  pas  respectés  : ils  n'ont  pas 
de  succès  : après  leur  mort,  les  carnassiers  ne  veulent  pas 
même  manger  leurs  corps.  1,301. 

» Qu'un  homme  honore  ses  amis,  soit  dans  la  bonne, 
soit  dans  la  mauvaise  fortune.  Celui,  qui  ne  demande  pas, 
ignore  la  faiblesse  ou  la  force  de  ses  amis.  1,302. 

» !,a  beauté  tombe  de  sa  fraîcheur  (I),  la  force  déchoit 
de  sa  puissance  (2) , la  science  tombe  de  son  excellence  (3) , 
on  va  de  la  santé  (4)  à la  maladie.  1,303. 

» Le  corps  est  tourmenté  par  le  chagrin  de  ce  qu’il  ne 
peut  obtenir  : les  ennemis  s'en  réjouissent.  Ne  mets  pas 
ton  âme  dans  le  chagrin.  1,304. 

» L’homme  meurt  et  il  renaît,  il  décroît  et  il  s'aug- 
mente, il  s'en  va  et  il  revient,  il  est  dans  le  chagrin  et  il 
est  consolé  (5).  1,305. 

» Le  plaisir  et  la  peine,  l’être  et  le  non-être,  le  gain  et 
la  perte,  la  vie  et  la  mort  ; chaque  être  subit  tour  à tour 
chacune  de  ces  choses  : aussi  le  sage  ne  s’en  réjouit  ni  ne 
s’en  afflige.  1,306. 

» A mesure  que  s’accroissent  les  six  organes  mobiles 
de  nos  sens,  la  pensée  d’un  individu  coule  de  l’un  et  de 
l’autre,  telle  qu’une  aiguière  félée  laisse  continuellement 
échapper  l’eau.  » 1,307. 

« Ces  fonctions  de  roi,  que  je  remplis  mal,  interrompit 
Dhritarâshtra,  sont  comme  un  feu,  renfermé  dans  un 
arbre  ; elles  conduiront  à leur  perte  dans  un  combat  mes 
fils  insensés.  1,308. 

(1 — 2—3 — 4)  SanM/>fl,qui  a évidemment  parce  pansage  d’autre* lignifi • 
cations  que  celle*  de  uos  diction uai res. 

(5)  Çotchyétaitcha , mai»  cela  parait  une  erreur  ; la  correction  exige 
çotchyétüina. 


496 


l.li  MAHA-BHARATA. 


» Mon  âme  est  sans  cesse  troublée  ; oui!  toute  mon 
âme  est  continuellement  troublée.  Dis-moi,  prince  à la 
haute  sagesse,  en  quel  lieu  n'existe  pas  la  crainte.  » 

Vidoura  lui  répondit  : 

<i  Je  ne  vois  pas,  monarque  sans  péché,  que  tu  puisses 
trouver  la  tranquillité  ailleurs  que  dans  la  science  et  la 
pénitence,  ailleurs  que  dans  la  compression  des  sens, 
ailleurs  que  dans  le  renoncement  à la  cupidité. 

» L’homme  chasse  la  crainte  par  l'intelligence,  il  ac- 
quiert la  grandeur  par  la  pénitence,  il  obtient  la  science 
par  l’obéissance  à son  gourou  et  la  placidité  par  l’absorp- 
tion en  Dieu.  1,309 — 1,310 — 1,311. 

» Délivrées  de  l’amour  et  de  la  haine,  mais  -ans  avoir 
pu  s’élever  jusqu'à  la  vertu  de  l’aumône,  sans  avoir  pu 
monter  jusqu’à  la  vertu  des  Védas,  les  âmes  sauvées 
errent  çà  et  là  en  ce  bas  monde.  1,31*2. 

» Le  bouheur  de  l'homme  augmente  à la  fin  d'une  lec- 
ture bien  faite,  d'un  combat  bien  soutenu,  d'une  bonne 
action  bien  exercée,  d'une  pénitence  bien  pratiquée. 

» Arrivés  sur  leurs  couches  aux  riches  tapis,  les 
hommes,  relâchés  dans  leur  devoir,  n’y  trouvent  jamais 
le  sommeil  ; ils  ne  goûtent  pas  la  volupté  sur  le  sein  des 
femmes  ; ils  ne  sont  pas  loués,  sire,  par  les  brahmes  ni 
les  ménestrels.  1,313 — 1,314. 

» Les  vicieux  ne  tendent  pas  au  devoir;  le  plaisir  ici- 
bas  est  ignoré  des  vicieux  ; les  vicieux  ne  se  donnent  pas 
de  dignité;  lesvicieux  ne  désirent  pas  la  paix.  1,315. 

» lin  mot  couvenable  d’eux  n’a  pas  d'agréable  saveur; 
ils  n’arrivent  jamais  au  gain  : il  n’existe  pour  les  vicieux, 
Indra  des  hommes,  aucune  autre  voie  première  que  la 
perte.  1,316. 


• -mA 


le 


YOUDYOGA-PARVA. 


407 


» L'état  prospère  convient  dans  un  troupeau  de  vaches, 
la  pénitence  convient  dans  un  brahme  ; la  mobilité  est 
faite  pour  la  femme,  la  crainte  sied  dans  un  parent. 

» Des  fils  nombreux,  déliés,  égaux,  serrés  l’un  contre 
l’autre,  sont  capables  de  supporter  de  grandes  fatigues  & 
cause  de  leur  nombre  : c’est  une  image  des  gens  de  bien. 

1,317—1,518. 

» Tes  parents,  fils  de  Bharata,  ressemblent  àdes  tisons: 
réunis,  ils  jettent  des  flammes,  Dhritarâshtra  ; séparés, 
ils  s’en  vont  en  fumée.  1,319. 

» Les  héros  tombent,  Dhritarâshtra,  comme  un  fruit 
mûr  de  son  pédoncule  dans  les  brahmes,  dans  les  femmes, 
dans  les  parents  et  dans  les  vaches.  1 ,320. 

» Un  grand  arbre  vigoureux,  bien  enraciné,  mais  né 
isolément,  est  brisé  dans  un  instant  avec  violence,  par 
le  milieu  du  tronc,  au  souffle  du  vent.  1,321. 

» Mais  les  arbre»,  par  groupes,  r unis,  fortement  atta- 
chés par  les  racines,  supportent  les  vents  les  plus  impé- 
tueux, grâce  à leur  mutuel  appui.  1,322. 

» Ainsi,  les  ennemis  pensent  qu’un  homme,  fût-il  doué 
de  qualités,  s’il  est  isolé,  est  comme  un  arbre  né  à part, 
que  le  vent  peut  jeter  à bas.  1,323. 

» Les  parents  croissent,  tels  que  des  lotus  dans  un  lac, 
en  s'appuyant  les  uns  sur  les  autres,  et  tombent,  faute 
d’un  appui  mutuel.  1,324. 

» On  ne  doit  mettre  à mort,  ni  les  brahmes,  ni  les 
vaches,  ni  les  parents  et  les  disciples,  ni  les  femmes,  ni 
ceux,  qui  mangent  denotrenourriture.niceux,  qui  viennent 
demander  merci  ! 1,325. 

» Il  n’est  pas  une  vertu  quelconque  dans  un  homme, 
s’il  n’a  pas  de  fortune.  Que  la  félicité,  sire,  t’arrive  en 
v 32 


498 


LE  MAHA-BHARATA. 


l’absence  des  maladies,  car  les  malades  ressemblent  à des 
morts.  1,820. 

» Le  katouka  n’est  pas  causé  par  une  maladie,  mais 
il  produit  le  mal  de  tête  : ce  qui  est  lié  au  péché  est  âpre, 
corrosif,  brûlant.  Les  vicieux  ne  boivent  pas  ce  qui  est  la 
boisson  des  vertueux.  Étouffe  ton  ressentiment  et  calme- 
toi,  puissant  monarque  (1).  1,327. 

» Ceux,  qui  sont  tourmentés  par  les  maladies,  ne  s’in- 
quiètent pas  des  fruits;  les  choses,  qui  fontimpressionsur 
les  sens,  ne  leur  envoient  point  la  vérité.  Les  malades,  en 
proie  à lasouffrance,  sont  insensibles  aux  plaisirs  et  aux 
jouissances  des  richesses.  1,328. 

» Jadis,  ces  mots  ontété  prononcés,  quand  tu  visDraâu- 
padt  perdue  au  jeu,  sire  : «Tu  n’as  point  suivi  ma  parole! 
Qu'on  empêche  Douryodhana  ! » Les  doctes  s'abstiennent 
de  la  tricherie  dans  Yachavatl  (2).  1,329. 

» Si  cette  armée  n’est  pas  empêchée  par  la  douceur 
(car  il  faut  promptement  honorer  la  vertu),  une  fortune 
destructive,  suscitée  par  des  hommes  doux,  toute  atten- 
tive à des  choses  cruelles,  visitera  tes  (ils  et  tes  petits- 
fils.  1,330. 

» Que  les  Dhritarâshtrides  conservent  les  Pândouides, 
et  que  les  fils  soient  défendus  par  les  fils  de  Pândou  ! 
Amis  et  ennemis,  qu'un  même  sentiment  les  unisse  ! Que 
les  enfants  de  Kourou  vivent  au  sein  de  l’abondance  et  du 
bonheur  sous  l’empire  d’un  seul  et  même  devoir.  1,381. 

» L’ivresse  t’égare  aujourd’hui  au  milieu  des  Kou- 


(1)  On  n'a  pas  oublié  celte  stance,  que  nous  avons  déjà  vue  précédem- 
ment. 

(2)  Que  aiguille  ce  bout  de  vers?  N’est-ce  pas  une  intrusion  ducopisteî 


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YOUDYOGA-PARVA. 


AM 

rouides  : la  famille  de  Kourou  est  soumise  à ta  volonté, 
Adjamttha.  Défends  les  vigoureux  fils  de  Prithà,  consumés 
par  leur  habitation  dans  les  bois.  Que  ta  gloire,  mon  fils, 
les  protège!  1,332. 

» Réconcilie,  monarque  des  hommes,  les  enfants  de 
Kourou  avec  les  fils  de  Pândou  : que  tes  ennemis  n'affec- 
tent pas  ce  moment  opportun.  Les  Pàndouides,  Indra  des 
mortels,  sont  tous  établis  dans  la  vérité  : fais-y  asseoir 
également  Douryodhana  avec  eux.  » 1,333. 

L’orateur  de  poursuivre  en  ces  termes  : 

« Manou,  le  fils  de  l’Être-existant-par-lui-même,  dési- 
gna, Indra  des  rois,  les  dix-sept  espèces  d'hommes,  qui 
suivent,  fils  de  Vitchitravlrya,  et  qui  frappent  l’air  de 
leurs  poings.  1,33A. 

» 11  avait  commencé  par  dire  l’état  de  sa  santé  à Mart- 
tchl,  le  roi  des  Dànavas,  qui  inclinait  son  arc  et  prenait 
l’extrémité  insaissisable  de  ses  divins  pieds  : 1,335. 

« Celui,  qui  gouverne  ce  qui  ne  peut  être  gouverné  ; 
celui,  qui  vit  dans  la  joie  ; celui,  qui  aime  immodérément 
son  ennemi  ; celui,  qui  protège  les  femmes  et  mange  le 
fruit  de  leurs  plaisirs  ; celui,  qui  demande  ce  qu’il  ne  faut 
pas  demander,  et  qui  s’en  fait  une  gloire  ; 1,336. 

» L’homme  connu,  qui  fait  ce  qui  n’est  pointa  faire  ; le 
faible,  qui  a des  inimitiés  continuelles  avec  le  fort  ; celui, 
qui  parle  à des  gens  qui  ne  le  croient  pas  ; celui,  qui  aime, 
souverain  des  hommes,  ce  qui  n'est  pas  aimable  ; 1,337. 

» Le  beau-père,  qui  songe  à des  plaisanteries  avec  sa 
bru,  l'amant  de  l’honneur,  qui  a fléchi  dans  une  habita- 
tion commune  avec  sa  bru  ; celui,  qui  ensemence  le 
champ  d'autrui  ; celui,  qui  calomnie  outrageusement  une 
femme;  1,338. 


500 


LE  MAHA-BHAKATA. 


» Celui,  qui,  ayant  reçu,  dit  : u Je  ne  me  souviens 
pas  I » celui,  qui,  cédant  à une  sollicitation,  en  tire  va- 
nité ; celui,  qui  appoite  le  courage  à un  méchant  : voilà 
seize  misérable s,  que  de'  mains  saisissantes  comme  des 
cordes  entraînent  dans  les  enfers.  1,330. 

» Le  devoir  sera  cultivé  suivant  le  monde,  où  vit 
l'homme,  et  selon  la  manière,  dont  il  vit.  L'homme  aux 
mœurs  hypocrites  doit  marcher,  accompagné  de  l'hypo- 
crisie, mais  l’homme  aux  mœurs  honnêtes  sera  recherché 
par  l’homme  honnête.  1,340. 

» La  vieillesse  détruit  la  beauté,  la  constance  est  dé- 
truite par  l’espérance,  la  vie  par  la  mort  ; la  calomnie  tue 
la  culture  de  la  vertu,  l’amour  tue  la  pudeur,  l’hommage 
rendu  aux  gens  indignes  étouffe  la  bonne  conduite,  la 
prospérité  est  tuée  par  la  colère,  et  tout  est  détruit  par 
l’arrogance  (1).  » 1,341. 

« L’homme  vit  cent  années,  disent  tous  les  Védas. 
Quoique  ces  livres  parlent  ainsi,  reprit  Dhritarishlra, 
l'homme  n’obtient  pas  cette  durée  de  son  existence.  Quelle 
en  est  la  cause  ? » 1,342. 

« L’excès  de  l'arrogance,  lui  répondit  Vidoura,  les 
paroles  injurieuses,  l'avarice,  la  colère,  ne  prendre  conseil 
que  de  soi  et  le  mal  fait  à ses  amis  : voilà,  sire,  les  six 
causes.  1,343. 

» Les  épées  même  acérées  abrègent  l’existence  des  êtres 
incorporés;  ces  choses  tuent  les  hommes  ; ne  te  donne 
pas  cette  mort,  s’il  te  plaît.  1344. 

» Celui,  (fui  s’approche  de  l'homme  plein  deconftance 


(1)  Cette  stance  revient  ici  pour  la  seconde  ois  ; on  peut  voir  la  première 
au  çloka  789. 


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Y0UDY0GA-P4RVA. 


SOI 


en  ses  épouses,  celui,  qui  se  glisse  vers  la  couche  de  son 
gourou,  le  mari  d’une  femme  de  basse  condition  et  le 
brahme,  adonné  aux  liqueurs,  fils  de  Bharata,  1,345. 

» L’émissaire,  destructeur  des  observances,  exécuteur 
des  ordres  envoyés  aux  brahmes,  celui,  qui  donne  la  mort 
aux  malheureux  suppliants  : tous  ces  gens  sont  égaux  à 
l’assassin  d’un  brahme.  Te  mets-tu  en  contact  avec  eux, 
il  faudra  faire  une  expiation  : ainsi,  l'avons-nous  ou! 
dire.  1,346. 

» Le  sage,  qui  saisit  bien  les  paroles,  qui  sait  la  poli- 
tique, qui  ne  nuit  à personne,  qui  est  habile  en  des  choses 
de  sens  différent,  éloquent,  véridique,  reconnaissant  et 
doux,  s’élève  au  Swarga.  1,347. 

» Un  homme,  qui  vous  dise  toujours,  sire,  des  choses 
agréables,  est  facile  à trouver;  mais  il  est  difficile  de 
rencontrer  un  homme,  qui  veuille  dire  ou  entendre  une 
chose,  qui  déplait,  mais  qui  est  convenable.  1,348. 

» Qu’un  roi  se  donne  pour  associé  l’homme,  qui,  mar- 
chant droit  4 son  devoir,  sans  regarder  ce  qui  plaît  ou 
déplait  à son  maître,  lui  dit  une  chose  désagréable,  mais 
convenable.  1,349. 

» 11  faut  sacrifier  un  homme  pour  une  famille,  une 
famille  pour  un  village,  un  village  pour  toute  une  cam- 
pagne et  toute  la  terre  pour  son  àine.  1,350. 

» Qu’il  achète  des  richesses  avec  l’infortune,  qu’il 
achète  une  épouse  avec  ses  richesses  ; mais  qu’il  n’hésite 
jamais  à racheter  son  ânte,  fût-ce  au  prix  de  ses  richesses, 
fùtrce  au  prix  de  son  épouse  même.  1,351. 

» On  a vu  le  jeu  dans  le  Kalpa  antérieur  jeter  la  guerre 
au  milieu  des  hommes  ; un  sage  ne  cultivera  donc  jamais 
le  jeu,  fût-ce  par  simple  divertissement  1,352. 


LE  MAHA-BHARATA. 


MC 

» Cette  parole  de  contradiction,  qui  fut  dite  par  moi, 
aire,  au  temps  du  jeu,  ne  sied  point  ici  et  tu  n'approuves 
pas , fils  de  Vitchitravlrya,  ce  langage  convenable , qui  est 
comme  le  remède  pour  ta  maladie.  1,563. 

» Vaincras-tu  les  Pàndouides,  ces  paons  au*  queues 
opulentes  avec  de  faiblet  corbeaux,  tes  Dhritarâshtrides  ? 
Tu  as  abandonné  les  lions,  mais,  au  temps  venu,  tu  pleu- 
reras, sire,  en  secret  tes  chacals  ! 1 ,35â. 

» Les  serviteurs,  mon  fils,  ont  confiance  dans  un  maître, 
qui  n’est  pas  toujours  en  colère,  qui  a des  serviteurs  dé- 
voués, qui  a mis  son  amour  dans  le  bien  ; et  jamais  ils  ne 
l’abandonnent  dans  les  infortunes.  1,356. 

» Qu’il  veuille  s’emparer,  ou  d’un  royaume,  ou  d’une 
richesse,  dont  jadis  il  n'était  pas  en  possession,  sans  em- 
pêcher la  conduite  des  serviteurs  ; en  effet  des  ministres 
aimés,  mais  trompés,  gênés  dans  leur  action,  mal  récom- 
pensés, ont  abandonné  leur  maître.  1,356. 

» Examinez  d’abord  les  choses,  que  vous  avez  à faire, 
et  prenez  une  conduite  assortie  dans  la  recette  et  la  dé- 
pense. Choisissez  ensuite  des  associés  convenables  ; car 
les  affaires  difficiles  se  manient  avec  des  associés  conve- 
nables. 1,357. 

» L’homme,  qui,  une  fois  connus  les  desseins  de  son 
maître,  s’occupe  avec  diligence  de  ses  affaires,  ne  dit  que 
des  choses  utiles,  se  montre  plein  de  dévouement,  noble, 
connaissant  la  force,  est  comme  une  âme  remplie  d'acti- 
vité. 1,368. 

» Mais  quiconque  ne  tient  nul  compte  de  la  parole,  et, 
orgueilleux  de  sa  science,  orateur  de  choses  funestes,  ré- 
siste à l’ordre  donné,  il  faut  promptement  abandonner  un 
tel  serviteur.  1,359. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


50! 


>>  On  dit  qu'un  serviteur  est  celui,  qui  possède  ces 
huit  qualités  : s'il  est  actif,  fécond,  expéditif,  sensible, 
délicat,  incorruptible,  harangueur  de  paroles  généreuses, 
et  s’il  est  sorti  d'une  famille  douée  d’une  bonne  santé. 

» Qu'un  homme,  s’il  est  prudent,  n’aille  jamais  avec 
confiance  au  crépuscule  dans  la  maison  d’un  autre;  qu’il 
ne  se  tienne  pas  la  nuit  caché  dans  une  cour,  et  ne  porte 
pas  ses  désirs  sur  la  femme  aimée  d'un  roi.  1,360-1,361. 

» N’entrez  pas  dans  le  secret  d’une  société  vile,  for- 
mée en  conseil,  a-semblée  pour  délibérer.  Ne  dites  ja- 
mais : « Je  n’ai  pas  confiance  en  toi  ! » mais  fondez 
l'excuse  sur  une  autre  cause.  1,362. 

v 11  faut  éviter  les  procès  avec  ces  huit  espèces  de 
gens  ; un  monarque  injurieux,  une  courtisane,  le  servi- 
teur d’un  roi,  un  fils,  un  frère,  des  veuves,  des  enfants 
mineurs,  un  homme,  qui  vit  de  l'armée  et  de  qui  le  pou- 
voir est  élevé.  1,363. 

• Huit  qualités,  mon  fils,  jettent  du  lustre  sur  l'homme; 
la  science,  une  noble  extraction,  les  Védas,  la  répression 
des  sens,  l’énergie,  la  tempérance,  l’aumône  suivant  ses 
facultés,  et  la  reconnaissance.  1,364. 

a Ces  huit  qualités,  mon  fils,  environnées  d’une  haute 
dignité,  ont  pour  solide  base  une  seule  qualité.  Lorsqu’un 
roi  use  de  bons  traitements  à l'égard  des  hommes,  c’est 
alors  que  cette  qualité  seule  soutient  les  précédentes. 

Dix  qualités  suivent  les  ablutions  : la  force,  la  beauté, 
une  belle  voix,  la  propreté,  la  douceur  du  toucher,  l’o- 
deur, la  pureté,  la  grâce,  la  délicatesse  et  les  plus  jolies 
des  femmes.  1,365 — 1,366. 

» Six  qualités  suivent  l’homme  tempérant  : la  santé, 
une  vie  longue,  la  force  et  le  plaisir.  Un  fils  sain  lui  est 


604 


LE  MAHA-BHARATA. 


donné,  et  personne  ne  lui  jette  ce  reproche  : « C’est  un 
mangeur  éhonté  ! » 1,867. 

» Que  ton  palais  soit  fermé  à l' homme  au  caractère 
dégradé,  au  gros  mangeur,  4 celui,  qui  est  en  haine  au 
monde,  à celui,  qui  est  plein  de  fourberies,  au  cruel,  à 
celui,  qui  est  ignorant  des  temps  et  des  lieux,  à.  celui, 
qui  est  vêtu  d’une  manière  ignoble.  1,368. 

» N’allez  jamais  dans  vos  plus  grandes  misères  à l'in- 
grat, au  brutal,  à celui,  qui  nourrit  de  longues  inimitiés, 
à l’avare,  à l'injurieux,  à l’habitant  des  bois  ignorant,  au 
frauduleux,  à l’arrogant  digne  de  mépris.  1,369. 

» Ne  fréquentez  pas  ces  six  espèces  d'hommes,  ils  sont 
bas  : celui,  qui  est  vain  de  sa  loquacité,  celui,  qui  n’a 
point  abandonné  ses  passions,  celui,  qui  n’a  pas  un  dé- 
vouement solide,  celui,  de  qui  les  mensonges  sont  conti- 
nuels, le  négligent  à l'excès,  l'homme  aux  actions  tour- 
mentées. 1,370. 

x Des  affaires,  qui  ont  pour  lien  des  associés,  et  des 
associés,  qui  ont  pour  lien  des  affaires  : sans  ces  deux 
liens  mutuels,  vous  ne  réussirez,  ni  de  l'un  ni  de  l'autre 
côté.  1,371. 

» Lorsqu’il  a engendré  des  fils,  qu’il  s'est  affranchi  de 
ses  dettes,  qu’il  a suivi  pour  sa  famille  une  certaine  pro- 
fession et  qu’il  a établi  convenablement  tous  ses  fils, 
l’homme  peut  désirer  de  se  faire  anachorète.  1,372. 

» Qu'il  fasse  alors  ce  qui  est  bon  pour  tous  les  êtres  et 
ce  qui  doit  apporter  le  bonheur  à son  âme  : en  effet,  c'est  la 
racine  dans  Içwara  pour  la  perfection  de  toutes  les 
choses.  1,373. 

» D'où  viendrait  la  crainte  de  manquer  des  subsistances 
4 l’homme,  qui  achoisi  pour  ses  résolutions  l’intelligence, 


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Y0UDY0G.4-PARVA. 


505 


la  puissance,  la  splendeur,  la  vérité  et  l'effort?  1,374. 

» Vois  quelles  fautes  tu  vas  commettre  dans  cette 
guerre  avec  les  fils  de  Pàndou,  qui  mettrait  dans  l’effroi 
les  Dieux  mêmes,  Çakra  à leur  tête.  Cette  habitation  de 
trouble  dans  une  hostilité  continuelle  avec  tes  neveux,  est 
la  perte  de  ta  gloire  et  la  joie  de  tes  ennemis.  1,375. 

» La  colère  de  Bbtshma  et  la  tienne,  et  celle  de  Drona, 
semblable  à Indra  lui-même,  et  le  courroux  du  monarque 
Youddbishthira  détruiront  cette  terre,  comme  si  la  planète 
Swéta  grossie  tombait  dans  le  ciel  obliquement.  1,370. 

» Tes  cent  fils,  et  Karna,  et  les  cinq  Pàndouides  châ- 
tieront entièrement  cette  terre,  enveloppée  dans  la  robe 
des  mers.  1,377. 

» Les  Dhritaràshtrides  sont  réputés  une  forêt,  dont  les 
Pàndouides' sont  les  tigres:  n’arrache  pas  la  forêt  des 
tigres,  sire  ; que  les  tigres  ne  périssent  pas  hors  du 
bois  (1).  1,378. 

» Sans  tigres,  il  n’v  aurait  donc  pas  de  bois,  et,  sans 
bois,  il  n’y  aurait  pas  de  tigres.  Les  tigres  conservent  la 
forêt,  et  la  forêt  conserve  les  tigres  (2).  1,379. 

» De  même  que  les  hommes  à l'âme  vicieuse  ne  veulent 
pas  reconnaître  les  qualitéséminentes  des  autres,  ainsi  dé- 
sirent-ils savoir  qu’ils  sont  dépourvus  de  qualités.  1,380. 

» Que  l'homme,  s'il  aspire  à une  extrême  perfection 
dans  une  affaire,  s’élève  dès  le  commencement  au  devoir; 
car  une  affaire  ne  s’écarte  pas  du  devoir,  comme  l'am- 
broisie ue  quitte  pas  le  monde  du  Swarga.  1 ,381. 

.)  L’état  naturel  d'une  chose  et  le  changement,  tout 
cela  est  bien  connu  de  celui,  qui  cesse  de  livrer  son 

(1 — 3)  Ces  idées  ont  déjà  paru  aux  stauces  862  et  863. 


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LE  MAHA-BHARATA. 


606 

âme  au  vice  et  qui  prend  domicile  dans  la  vertu.  1,382. 

• Quiconque,  suivant  les  circonstances,  cultive  le  juste, 
l’utile  et  l’agréable,  obtient  de  goûter  ici-bas  et  dans 
l’autre  monde  l'agréable,  l'utile  et  le  juste.  1,383. 

» Quiconque  réprime,  au  moment  qu’elle  s’élève,  la 
fougue  de  la  colère  et  de  la  joie,  est  convenable  pour  la 
prospérité,  sire,  et  son  esprit  ne  s’évanouit  pas  dans  les 
infortunes.  l,38â. 

» La  force  des  hommes  est  toujours  de  cinq  espèces  : 
écoute-moi  I La  force,  qui  réside  en  ses  bras,  est  dite  as- 
surément la  moindre  de  ces  forces.  1,386. 

u L’acquisition  d’un  ministre  est,  s’il  te  plaît,  nommée 
la  deuxième  force  : les  sages  appellent  une  troisième  force 
l’acquisition  des  richesses.  1,386. 

» La  force  innée,  que  l’homme  tient  de  son*  père  et  de 
ses  ayeux,  cette  noble  force,  est  commémorée,  sire,  comme 
la  quatrième.  1,387. 

» La  force,  par  laquelle  toutes  les  choses  sont  embras- 
sées, fils  de  Bharata,  est  dite  la  force  de  la  science  : c’est 
la  plus  excellente  de  toutes.  1,388. 

» L’homme,  qui  obtient  la  supériorité  sur  la  grande  ini- 
mitié d’un  autre  homme,  ne  doit  pas  s'abandonner  à la 
confiance,  en  disant  : « Je  suis  loin  ! » quand  il  a engagé 
sa  guerre  avec  lui.  1,389. 

» Quel  homme  instruit  peut  mettre  sa  confiance  dans 
la  vie,  dans  les  jouissances,  en  des  ennemis  puissants  par 
leur  lecture,  dans  les  serpents,  dans  les  rois  et  dans  les 
femmes?  1,390. 

» Pour  l’homme,  que  la  flèche  de  la  science  a frappé, 
il  n’y  a,  pour  le  guérir,  ni  médecine,  ni  simples,  ni  for- 
mule, accompagnant  l’oblation  de  beurre  clarifié,  ni 


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YOUDYOGA-PARVA. 


507 


prières,  ni  invocations  des  Védas,  ni  remèdes  les  plus  ef- 
ficaces. 1,591. 

» L’homme  ne  doit  mépriser,  ni  un  serpent,  ni  le  feu, 
ni  un  lion,  ni  un  fils  de  famille  ; car  ils  ont  tons,  enfant 
de  Bharata,  une  puissance  extrême.  1,392. 

» Le  feu  est  une  grande  force  dans  le  monde;  il  se  tient 
caché  dans  les  arbres;  il  ne  consume  point  l'arbre,  tant 
que  les  autres  ne  l’ont  pas  allumé,  1 ,393. 

a Quand  ce  feu  est  allumé  en  des  arbres,  violemment 
agités,  il  consume  bientôt,  par  sapuissance,  et  l’arbre,  et 
toute  la  forêt  même.  1,391. 

» Tels  naissent  dans  une  famille  des  fils,  qui  ont  une 
force  semblable  à celle  du  feu  ; ils  sont  inertes,  ils  sont 
vides  de  formes,  comme  le  feu,  qui  sommeille  dans  le  bois. 

» Toi,  avec  tes  fils,  tu  es  l’image  des  lianes  ; mais  les 
fils  de  Pàndou  sont  regardés  comme  de  solides  shorées. 
Les  lianes  ne  croissent  jamais,  si  elles  ne  s’appuient  sur 
de  grands  arbres.  1,395 — 1,390. 

# Roi,  fils  d'Ambikâ,  tu  es  une  forêt  avec  tes  fils: 
sache,  mon  ami,  que  les  Pàndouidcs  en  sont  les  lions. 
Privée  de  ses  lions,  le  bois  périrait,  et  les  bons  eux-mêmes 
périraient  sans  la  forêt.  1,397. 

Vidoura,  continuant  de  parler  en  cestermes  : 

» Les  souffles  de  l’existence  s'envolent  en  haut.  A l’ap- 
proche des  jeunes  gens,  le  vieillard  les  accueille  en  se 
levant  de  son  siège  et  rendant  le  salut.  1,398. 

» Ayant  donné  un  siège  à l'homme  vertueux,  qui  ar- 
rive, ayant  apporté  de  l’eau,  ayant  lavé  ses  pieds,  l’ayant 
interrogé  sur  l’état  de  son  plaisir,  lui  ayant  dit  soi-même 
comment  il  se  porte,  que  le  sage  lui  offre  ensuite  de  la 
nourriture,  les  yeux  fixés  sur  lui.  1,399. 


508 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Les  vénérables  ont  dit  infortunée  par  la  crainte,  l'a- 
varice ou  la  misère  la  vie  de  l’homme,  dans  la  maison 
duquel  un  prêtre  ne  reçoit  pas  l'eau,  un  bassin  de  lût  et 
la  terre.  1,400. 

» Un  médecin,  un  extracteur  de  flèches,  un  infracteur 
de  ses  voeux,  un  voleur,  un  cruel,  le  buveur  de  liqueurs 
spiritueuses,  l’assassin  d'un  brahme,  un  homme,  qui  vit 
de  l’armée  ou  qui  a vendu  les  Védas,  fût-il  un  hôte  extrê- 
mement aimable,  n’est  pas  digne  de  l’eau.  1,401. 

» 11  ne  faut  vendre,  ni  le  sel,  ni  un  aliment  cuit,  ni  le 
caillé,  ni  le  lait,  ni  le  miel,  ni  l'huile,  ni  le  beurre  clari- 
fié, ni  la  viande,  les  racines  et  les  fruits,  ni  les  légumes,  le 
sang,  la  rnoëlle  et  les  poudres,  quelle  qu’en  soit  l’odeur. 

» Ce  mendiant,  libre  de  passions,  qui  regarde  la  nour- 
riture comme  égale  aux  pierres  et  à la  glèbe,  sur  qui  le 
chagrin  a perdu  toute  puissance,  pour  qui  la  paix  et  la 
guerre  ne  sont  que  des  mots,  qui  est  mort  au  blâme  et  à 
l’éloge,  qui  abandonne  ce  qui  plaît  et  déplaît,  est  comme 
un  étranger  sur  la  terre.  1,402 — 1,403. 

» Celui,  qui  fait  sa  nourriture  des  légumes,  de  l’in- 
gouda, des  racines  et  du  riz  naturel,  de  qui  l’âme  est 
parfaitement  comprimée , qu’il  faut  interroger  sur  les 
choses  du  feu  sacré,  qui  habite  dans  un  bois,  qui  est  sans 
négligence  pour  ses  hôtes  et  qui  porte  vertueusement  son 
fardeau  : voilà  l’ascète.  1 ,404. 

» A-t-il  offensé  des  personnes  intelligentes , qu’un 
homme  ne  se  rassure  pas  avec  cette  pensée  : « Je  suis 
loin  ! a Les  personnes  intelligentes  ont  deux  longs  bras, 
avec  quoi  elles  peuvent  nuire  à ceux  qui  leur  font  du 
mal.  1,405. 

» Ne  vous  fiez  pas  à l’homme  méfiant  ; ne  vous  fiez  pas 


YOUD  YOGA-PAH  VA. 


509 


trop  à l'homme,  qui  vous  donne  sa  confiance,  line  crainte, 
qui  natt  de  la  confiance,  en  coupe  les  racines.  1,400. 

» Une  épouse  cachée,  il  n’y  a personne  qui  vous  l’ envie  ; 
celui,  qui  n’a  que  des  paroles  aimables  à la  bouche,  y 
trouve  sa  part  ; le  délicat,  qui  débite  des  douceurs  aux 
femmes,  ne  tombe  jamais  sous  leur  puissance.  1 ,407. 

» Dans  les  maisons,  les  lampes  sont  très-saintes,  très- 
respectables,  il  faut  les  honorer.  Les  femmes  sont  dites  les 
Déettes  Çrl  d’une  maison,  il  faut  donc  les  y conserver 
avec  le  plus  grand  soin.  1,408. 

» Que  X homme  donne  le  gynœcée  à son  père,  qu’il 
lui  donne  l'égalité  avec  soi-même  dans  les  soins  du  trou- 
peau, qu’il  donne  à sa  mère  un  siège  élevé,  qu’il  aille  lui- 
même  au  labourage.  1,409. 

» Qu’il  traite  avec  honneur  par  ses  domestiques  l’homme, 
qui  s’occupe  du  commerce,  le  brahrne  par  ses  fils,  le  feu 
par  les  eaux,  le  kshatrya  suivant  les  Védas,  et  le  fer  par 
la  pierre,  d’où  il  est  sorti.  1,410. 

» La  splendeur  des  personnes,  disséminée  partout, 
s’éteint  dans  le  sein  de  leurs  mères  ; et  les  gens  de  bien 
naissent  dans  une  bonne  famille  avec  une  lumière  sem- 
blable au  feu.  1,411. 

a Us  sont  d’abord  vides  de  formes,  inactifs  comme  le 
feu,  qui  sommeiUe  dans  le  bois.  Ceux,  qui  sont  au-dehors 
ou  au  milieu  ne  connaissent  pas  et  mystère.  1,412. 

» Un  roi,  qui  promène  ses  yeux  partout,  jouit  long- 
temps du  souverain  pouvoir  ; il  ne  parle  pas  avant  d’agir, 
mais  il  montre  les  choses,  quand  elles  sont  faites.  1 ,413. 

» U monte  sur  les  flancs  d'uue  montagne,  ou  il  entre 
dans  le  secret  de  son  palais,  et  le  mystère  n'est  pas  rompu 
sur  les  affaires  de  l’agréable,  de  l’utile  et  du  juste.  1,414. 


510 


LE  MAHA-BH  VRATA. 


» Que  le  secret  soit  (1)  ici  déposé  dans  un  bois  ou  dans 
un  lieu  solitaire.  Que  le  fils  de  Bharata  veuille  bien  no 
pas  confier  à ses  ennemis  un  secret  d'une  suprême  impor- 
tance. 1,515. 

» Le  régent  de  la  terre  ne  choisira  jamais  pour  ses  mi- 
nistres, sans  les  avoir  éprouvés,  un  ami  ignorant,  ou 
même  un  savant,  qui  n’est  pas 'maître  de  lui-même. 

» Le  désir  des  richesses  dans  un  ministre  X empêche  de 
conserver  un  secret  : les  membres  du  côuseil  savent 
toutes  ses  affaires,  comme  si  elles  étaient  faites. 

1,410—1,417. 

» Qu’un  monarque  soit  le  plus  vertueux  des  rois  dans 
l’agréable,  l’utile  et  le  juste.  Un  roi,  de  qui  les  secrets 
sont  cachés,  arrive  au  comble  de  ses  vœux,  il  n’y  a aucun 
doute.  1,418. 

» Quiconque  suit  par  erreur  des  affaires  blâmées,  est 
précipité  par  la  chûte  d’elles  et  tombe  de  sa  vie  même. 

» Commencer  des  affaires  vantées  cause  du  plaisir; 
mais  ne  pas  les  avoir  commencées  est  jugé  même  donner 
ensuite  du  chagrin.  1,419 — 1,420. 

» L’homme,  qui  n’a  point  les  qualités  d’une  personne 
instruite,  n’est  pas  digne  d’entendre  un  secret,  comme  le 
brahme,  qui  n’a  pas  lu  les  Védas,  n’est  pas  digne  de  cé- 
lébrer le  Çràddha.  1,421. 

» La  terre,  sire,  n’est  pas  dépendante  du  roi,  qui  a un 
caractère  méprisé,  de  qui  l’àme  ne  connaît  pas  les  six 
qualités  de  l'administration  royale,  et  qui  sait  tuer  l'ac- 
croissement de  ses  états.  1,422. 

» Cette  terre  dépend  du  roi,  qui  a dans  son  âme  un 


(1)  Littéralement  : est  déposé. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


511 


trésor  de  confiance,  qui  voit  par  lui-même  toutes  les  af- 
faires, de  qui  la  joie  et  la  colère  ne  sont  jamais  vaiues. 

» Que  le  maître  de  la  terre  soit  content  d'une  om- 
brelle d'un  seul  nom;  qu’il  abandonne  les  richesses  aux 
serviteurs,  qu’il  ne  soit  pas  seul  le  ravisseur  de  tout 

1,425—1,424. 

» Le  bralime  parle  avec  un  brahme,  le  mari  parle  avec 
son  épouse , le  mouarque  parle  à sou  ministre , le  roi 
même  parle  à un  roi.  1,425. 

» Que  l’ennemi . tombé  sous  ta  puissance  et  mis  au 
rang  des  condamnés  à mort,  ne  soit  pas  délivré.  Que 
l’humilié  fasse  sa  cour,  et,  si  la  force  ne  te  manque  pas, 
frappe  celui,  qui  mérite  la  mort.  1,426. 

a Sa  vie,  si  vous  l'épargnez,  ne  tarde  pas  à enfanter  la 
crainte.  11  faut  enchaîner  avec  effort  sa  colère  à l'égard 
des  Dieux,  des  rois,  des  brahmes,  des  vieillards,  des  en- 
fants et  des  malades.  Que  l’homme  instruit  s'abstienne 
des  contestations  infructueuses  soutenues  par  l'ignorant. 

1,427—1,428. 

h 11  obtient  ainsi  la  gloire  dans  le  monde  et  n’est  pas 
attelé  au  joug  de  l’infortune.  Telles  que  les  femmes  ne  dé- 
sirent pas  un  eunuque  pour  époux,  de  même  ne  désire-t- 
on pas  avoir  pour  maître  l'homme,  de  qui  la  bienveillance 
est  sans  fruit  et  la  colère  est  elle-même  insignifiante.  L’in- 
telligence n'est  pas  vouée  au  gain  des  richesses,  ni  la  fo- 
lie à la  pauvreté.  1,429 — 1,430. 

» Le  savant  seul  et  non  un  autre  connaît  l'histoire  de 
la  révolution  du  monde.  L’ignorant,  fils  de  Bharata,  mé- 
prise toujours  les  vieillards  de  l’âge,  du  caractère,  de  la 
science,  les  vieillards  de  l’intelligence,  les  vieillards,  sor- 
tis des  richesses.  Les  malheurs  conduisent  bientôt  à une 


512 


LE  MAHA-BHAflATA. 


* 


conduite  ignoble,  vicieuse,  ignorante,  calomniatrice , à 
une  parole  méchante  et  courroucée.  L'approbation  de  la 
loi  produit  l’aumdue  et  la  franchise. 

1,431—1,432—1,435. 

» Les  choses  vraies  et  la  parole  attentive  attirent  con- 
venablement. L’homme  droit , sensible  , reconnaissant , 
habile,  non  trompeur,  obtient  une  suite,  en  dépit  même 
de  la  perte  de  3es  trésors.  La  fermeté,  la  placidité,  la  ré- 
pression des  sens,  la  pureté,  la  miséricorde,  la  douceur 
dans  les  paroles,  l'absence  de  mal  envers  ses  amis  : voilà 
sept  qualités,  qui  sont  comme  des  bois  dam  le  foyer  de 
la  prospérité.  L'homme  sans  héritage,  sans  pudeur,  à 
l'àme  méchante,  ingrat  : il  faut  éviter  dans  le  monde, 
souverain  des  mortels,  la  compagnie  d’un  tel  individu,  le 
dernier  des  hommes  ! Le  plaisir  ne  sommeille  pas  dans 
la  nuit,  comme  le  serpent  dans  une  maison. 

1,434—1,435—1,430—1,437. 

» Si  un  coupable  parle  contre  un  innocent,  placé 
entre  lui  et  la  vérité,  la  faute  de  ce  méchant,  fils  de  Bha- 
rata, est  égale  à celle  de  manquer  de  soins  envers  les 
troupeaux.  1,438. 

» Qu’un  homme  ait  continuellement  recours  à la  bien- 
veillance des  Dieux.  Les  richesses,  qui  appartiennent  à 
des  femmes  et  à des  époux  négligents,  celles,  qui  sont 
attachées  à des  gens  ignobles,  sont  exposées  toutes  au 
danger.  Là,  où  c'est  une  femme,  un  joueur,  un  enfant, 
qui  gouverne,  elles  se  plongent  nécessairement  à leur 
perte,  sire,  comme  le  jet  d'une  pierre  dans  un  fleuve. 
Les  hommes  puissants  en  des  projets,  que  les  passions  (1), 


(1)  Sorte,  différence , supériorité , terme  de  logique,  figure  de  rhétorique. 


G ij;k' 


YOCDYOGA-PARVA. 


613 


n'ont  pas  inspirés , je  les  estime  des  docteurs , fils  de 
Bharata;  car  les  désirs  appartiennent  aux  passions. 
L’homme,  que  vantent  les  joueurs,  que  vantent  les  dan- 
seurs, que  vantent  les  courtisanes,  ne  peut  dire  qu’il  est 
vivant.  Tu  as  abandonné  les  Pândouides  à la  force  sans 
mesure,  aux  arcs  incomparables,  et  tu  as  confié,  Bhara- 
tide,  une  grande  souveraineté  à Douryodhana  ; mais  tu 
le  verras  bientôt  renversé  de  son  pinacle,  comme  le  fut 
des  trois  mondes  Bali,  égaré  par  l’ivresse  de  la  domina- 
tion. » ( De  la  stance  1,430  à la  stance  1.443.  ) 

« Cet  homme,  qui  n’est  pas  le  maître  de  l’étre  et  du 
non-être , est  comme  une  femme  de  bois , de  qui  les 
membres  agissent  par  un  fil,  répondit  Dhritarâshtra ; 
Dhàtri  l’a  mis  sous  la  dépendance  du  Destin.  Parle-moi 
donc,  je  suis  tout  oreille.  » 1,440. 

« Vrihaspati,  prononçant  un  discours  hors  de  saison, 
fils  de  Bharata,  vit  sa  pensée  méconnue,  dit  alors  Vi- 
doura,  et  sa  parole  méprisée.  1,447. 

» L’un  est  ami  de  l'aumône,  un  autre  est  ami  de  la  pa- 
role, on  est  ami  d’un  troisième,  qui  est  le  partisan  de  la 
force,  racine  du  conseil.  1,448. 

» La  haine  ne  doit  pas  environner  le  vertueux, 
l’homme  intelligent  et  le  docteur.  L’amour  est  dû  aux 
belles  choses,  la  haine  aux  vicieuses.  1,440. 

» Douryodhana  était  à peine  né,  sire,  quaud  je  te  fis 
entendre  ce  discours  : « Abandonne  ton  fils  ; tu  sauves 
tes  cent  fils,  en  renonçant  à lui  seul  ; tu  perds,  en  le 
gardant,  tes  cent  fils.  1,450. 


sont  toutes  les  significations  du  mot  r içésha;  aucune  ne  peut  convenir 
ici  : c’est  donc  un  mot  à étudier. 


V 


33 


51 A 


LE  MAHA-BHARATA. 


» U ne  faut  pas  regarder  comme  un  grand  accroisse- 
ment une  chose,  qui  amène  la  perte  avec  elle,  ni  comme 
une  grande  perte  un  mal,  qui  porte  l’accroissement  avec 
lui.  1,451. 

> On  ce  doit  pas  appeler  un  dommage  la  chose,  qui 
vous  apportera  l'accroissement  ; c'est  la  chose,  qui,  obte- 
nue, amène  ici  la  perte  d’un  grand  nombre,  qu’on  doit 
appeler  un  malheur.  1,452. 

» Quelques-uns  sont  riches  de  vertus,  d’autres  sont 
grands  par  les  richesses  : abandonne,  Dhritarâshtra, 
ceux,  qui,  grands  par  les  richesses,  sont  dépourvus  de 
bonnes  qualités.  » 1,453. 

« Tout  ce  que  tu  me  dis  est  plein  de  majesté  ; on  l’es- 
time pour  la  science,  reprit  Dhritarâshtra  ; mais  je  ne  puis 
abandonner  mon  fds,  d’où  me  vient  le  devoir  et  la  vic- 
toire ! » 1,454. 

« L’homme,  qui  est  infiniment  riche  de  qualités,  re- 
partit Vidoura,  n’est  jamais  doué  de  modestie.  Il  méprise 
le  blâme  de  tous  les  êtres,  fût-il  même  le  plus  délica- 
tement présenté.  1,455. 

» Ceux,  qui  se  complaisent  dans  les  reproches  des 
autres,  s’efforcent  de  s'opposer  un  mutuel  obstacle,  et, 
toujours  en  guerre,  de  susciter  des  peines  à autrui. 

» On  est  coupable  de  voir  seulement  les  personnes,  de 
qui  la  société  est  un  très-grand  danger.  C’est  une  grande 
faute  que  de  recevoir  d’eux  des  richesses,  c'est  un  grand 
péril  que  de  leur  en  donner.  1,456 — 1,457. 

» On  blâme  une  co-habitation  faite  avec  ces  gens  per- 
vers, pleins  de  désirs,  sans  pudeur,  qui  ont  le  caractère 
de  la  division  et  que  l’on  appelle  des  pécheurs.  1,458. 

» Fuyez  les  hommes,  unis  avec  les  autres  grands  dé- 


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YOLDYOGA-PARYA. 


616 


buts.  11  n'y  a pas  de  plaisir  dans  une  amitié,  qui  existe 
avec  un  homme  vil.  1,459. 

» Lajoie,  qui  est  dans  le  fruit,  l’agrément,  qui  est  dans 
l’amitié:  tout  s’éteint.  Un  homme  de  bien  s’efforce  d'aller 
au-devant  du  blâme,  il  déploie  son  zèle  pour  l’étouffer. 

» A-t-il  commis,  par  erreur,  une  petite  offense,  il  n’ob- 
tient pas  un  instant  de  tranquillité.  Le  sage,  heureux 
d’avoir  pu  entendre  l’homme  docte  avec  intelligence, 
évite  de  bien  loin  toute  société  avec  de  tels  gens  vils, 
cruels,  aux  âmes  imparfaites.  Quiconque  assiste  ses  pa- 
rents, le  pauvre,  le  malheureux,  le  malade,  goûte  une  fé- 
licité infinie  et  voit  s’accroître  ses  troupeaux  et  ses  fils. 
Tout  homme,  qui  désire  le  bonheur  de  soi-même,  doit 
enrichir  ses  parents.  1,460 — 1,481 — 1,462 — 1,463. 

» Eh  bien  ! Indra  des  rois,  travaille  donc  à rendre  ta 
famille  heureuse  I Quiconque  traite  avecamitiéses  parents 
est  environné  du  bonheur.  1,464. 

» On  doit  conserver  ses  parents,  fussent-ils  même  sans 
vertus,  éminent  Bharatide;  à plus  forte  raison,  des  parents 
pleins  de  bonnes  qualités,  et  qui  espèrent  en  ta  bien- 
veillance. 1,465. 

» Exerce  donc  ta  faveur  à l’égard  des  héroïques  Pân- 
douides,  souverain  des  hommes  ; donne-leur,  digne 
monarque,  certains  villages  pour  leur  subsistance.  1,466. 

» Ainsi,  tu  obtiendras  la  renommée  dans  le  monde, 
noble  souverain.  Il  faut  que  ta  vieillesse,  mon  ami,  sache 
imposer  l’ordre  à tes  fils.  1,467. 

» Je  dois  te  dire  ce  qui  peut  t’être  utile.  Sache  que  je 
suis  désireux  de  ton  bien,  lin  homme,  qui  aspire  au  beau, 
mon  fils,  ne  doit  pas  déclarer  la  guerre  à ses  parents. 

» 11  faut  goûter  avec  ses  parents  des  plaisirs,  des  ali- 


516 


LE  MAHA-BHARATa. 


ments,  des  banquets  fraternels,  des  causeries  amicales, 
une  affection  mutuelle  : jamais,  il  ne  faut  commencer  avec 
eux  des  inimitiés.  Des  parents  vous  font  traverser  la  mer 
de  ce  bas  monde,  ou  des  parents  vous  noient  dans  ses 
flots.  1,468 — l,âfl9 — 1,470. 

» Ils  sauvent  les  hommes  d'une  bonne  conduite  et 
perdent  ceux  d’une  mauvaise.  Conduis-toi  loyalement, 
Indra  des  rois,  ô toi,  qui  donnes  l'honneur,  à l’égard  des 
fils  de  Pândou.  1,471. 

» Grâce  à leur  vaillance,  tu  deviendras  inaffrontable 
aux  ennemis.  Un  parent,  qui  est  dans  le  malheur,  n'a-t-il 
pas  recours  à un  parent  heureux  ? 1,472. 

» Le  coupable  trouve  son  péché  comme  la  gazelle  ren- 
contre le  chasseur,  de  qui  la  main  tient  la  flèche  empoi- 
sonnée. Ensuite  viendra  ton  regret,  ù le  meilleur  des 
hommes,  quand  on  t’annoncera,  ou  que  les  Pàndouides 
sont  tués,  ou  que  tes  fils  ont  succombé  à la  mort.  Pense  à 
cela,  et  que  ta  majesté  ne  commence  pas  dans  l’incerti- 
tude de  la  vie  par  faire  une  chose,  dont  le  chagrin  te  con- 
sumerait, une  fois  monté  sur  ta  couche.  Non  ! il  n’existe 
personne,  si  ce  n'est  le  rejeton  de  Bhrigou,  qui  puisse  le 
ramener  de  sa  pensée  criminelle.  1,473 — 1 ,474—1,475. 

» Effectuer  le  reste  dépend  des  hommes  remplis  d’in- 
telligence. Si  je  pouvais  effacer  par  toi,  souverain  des 
hommes,  qui  es  le  vieillard  de  ta  famille,  ce  crime,  que 

Douryodhana  commit  jadis  à l'égard  des  Pàndouides 

Renonçant  au  péché,  rétablis  ces  princes  dans  leur 
dignité  au  milieu  du  monde  ; 1,476—1,477. 

» Et  tu  recueilleras,  ô le  plus  vertueux  des  hommes,  les 
hommages  des  personnes  judicieuses.  Quiconque  arrête 
une  résolution  dans  les  affaires,  après  une  sérieuse  ré- 


"nrtgk 


YOUDYOGA-PARVA. 


617 


flexion  sur  les  belles  paroles  des  sages  touchant  le  fruit 
des  œuvres,  occupe  long-temps  tes  voix  de  la  renommée. 
Quelque  habiles  que  soient  les  gens,  s’ils  n’embrassent 
pas  convenablement  la  science,  l’intelligible  n’est  pas 
compris,  et  ce  qui  est  su  n’est  pas  suivi.  Quiconque  11e 
commence  pas  un  fruit,  en  procurant  le  lever  du  vice, 
reçoit  de  l’accroissement.  1,478 — 1,479—1,480. 

» Mais  l’insensé,  qui,  sans  penser  au  vice,  qu’il  a commis 
ci-devant,  n’en  suit  pas  moins  la  route,  est  renversé  dans 
un  lieu  inégal  au  milieu  d'une  boue  profonde.  1,481. 

» Que  le  roi  savant  considère  qu’il  y a trois  portes,  par 
lesquelles  entre  la  division  dans  les  conseils,  et  qu’il  sache 
les  garder  continuellement,  s’il  désire  une  postérité  et  des 
richesses  : 1,482. 

» L'ivresse,  le  sommeil,  l’ignorance,  la  beauté,  un  fils, 
la  confiance  en  de  mauvais  ministres  et  sur  le  rapport  d’un 
messager  inhabile.  1,483. 

» Un  roi,  qui  connaît  bien  ces  portes,  les  tient  fermées 
toujours,  et,  doué  dans  sa  marche  des  trois  qualités,  il 
trône  sur  le  front  de  ses  ennemis.  1,484. 

» Sans  avoir  connu  la  science  et  sans  avoir  fréquenté 
les  vieillards,  des  hommes,  fussent-ils  égaux  à Vrihas- 
pati,  peuvent-ils  savoir  le  juste  et  l’utile?  1,485. 

» Tombée  dans  la  mer,  la  parole  est  perdue,  comme  la 
parole  tombée  dans  une  oreille,  qui  ne  l’écoute  pas.  La 
science,  qui  n’entre  pas  dans  l’àme,  est  perdue,  comme 
est  perdue  l’oblation,  qui  n'entre  pas  dans  le  feu.  1,486. 

n Que  le  s ge,  les  ayant  observés  par  son  âme,  les 
ayant  expérimentés  non  une  seule  fois  par  son  intelligence, 
noue  amitié  avec  des  savants,  qu'il  a connus,  qu’il  a vus, 
qu’il  a entendus.  1 ,487. 


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518 


LE  MAHA-BHARATA. 


» La  modestie  lue  la  honte,  le  courage  tue  l’infortune, 
toujours  la  patience  tue  la  colère,  les  bonnes  mœurs  tuent 
le  vice.  1,488. 

» Qu’on  examine  une  famille,  sire,  par  les  serviteurs, 
son  cortège,  les  champs,  sa  maison,  les  mets  et  les  vête- 
ments. 1,489. 

» Il  n’existe  personne,  qui  puisse  chasser  l’amour, 
quand  il  s'approche  ; à plus  forte  raison,  un  homme,  qu* 
lui  a donné  son  corps  et  qui  est  dévoué  à l’amour.  1 ,490. 

» Défendez  un  ami  vertueux,  savant,  très -éloquent, 
environné  d’amis,  agréable  à voir  et  fréquenté  du 
roi.  1,491. 

» L’homme  de  bonne  ou  de  mauvaise  race,  qui  ne 
franchit  pas  les  bornes,  doux,  modeste,  qui  tient  ses  yeux 
fixés  sur  le  devoir,  vaut  mieux  que  cent  hommes  bien 
nés.  1,492. 

» La  science  s’abouche  avec  la  science  : elle  ne  vieillit 
pas  l'amitié  entre  deux  hommes,  de  qui  l’&me  est  unie 
avec  l’âme  ou  le  modeste  avec  la  modestie.  l,49î. 

» Que  le  sage  évite,  comme  un  puits  caché  sous  les 
herbes,  l’homme  à l’intelligence  dépravée,  à la  science 
imparfaite  : l'amitié  s’éteint  en  lui.  1,494. 

» Le  sage  ne  fera  pas  amitié  avec  les  gens  orgueilleux, 
stupides,  violents,  cruels  et  qui  ont  chassé  même  la  pensée 
du  devoir.  1,495. 

d L'homme  incapable  d’abandonner  celui,  qu'il  aime, 
désire  pour  son  ami  une  personne  immobile  dans  la  cons- 
tance, qui  a vaincu  ses  organes  des  sens,  ferme  dans  le 
dévouement,  généreuse,  véridique,  vertueuse,  recon- 
naissante. 1,490. 

» Ne  pas  céder  aux  sens  l’emporte  sur  la  mort  elle- 


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YOUDYOGA-PARVA. 


619 

même  : leur  céder  sans  mesure  détruit,  eût-on  reçu  des 
organes  célestes.  1,497. 

» Les  sages  ont  dit  que  la  douceur,  la  patience,  la  fer- 
meté, ne  jamais  nuire  à qui  que  ce  soit  des  êtresetrendre 
honneur  à ses  amis,  étaient  des  choses,  qui  défendaient  la 
vie.  1,498. 

» Quiconque,  prenant  une  ferme  résolution,  veut  rendre 
sienne  la  fortune,  qu’un  autre  amassa  par  sa  bonne  direc- 
tion, ne  fait  pas  l’œuvre  d'un  homme  vil.  1,499. 

b L’homme,  qui  sait  rendre  la  pareille  dans  le  passé,  le 
présent  et  l’avenir,  l'homme  aux  résolutions  fermes,  qui 
sait  les  autres  devoirs  de  la  reconnaissance,  est  abandonné 
de  ses  richesses.  1,600. 

» Faites-vous  juste  en  rejetant  ce  dont  vous  jouissez 
à chaque  instant  par  actions,  paroles  et  pensées.  1,601. 

» Ne  point  abuser  du  bonheur,  l'unification,  la  science, 
la  réflexion,  la  droiture  amènent  la  prospérité  aux  gens  de 
bien  et  la  vue  continuelle  de  la  félicité.  1,502. 

» Ne  pas  regarder  avec  indifférence  les  choses  du 
monde  sont  la  racine  de  la  félicité,  du  gain  et  du  bonheur. 
L’humble  est  grand;  il  goûte  un  plaisir  infini.  1,603. 

» Aucune  autre  chose  n'est  plus  heureuse  que  cela  ; 
comme  la  patience  du  grand,  mon  ami,  est  toujours  et 
partout  ce  qu'il  y a de  plus  convenable.  1,604. 

» Que  le  faible  endure  tout,  que  le  fort  supporte  la 
même  chose  en  vue  du  devoir.  L'infortune  et  le  bonheur 
sont  égaux  pour  l’homme,  aux  yeux  de  qui  la  patienceest 
toujours  utile.  1,606. 

» Quoiqu’il  cultive  le  plaisir,  l’homme  n’est  pas  aban- 
donné du  juste  et  de  l’utile.  Qu'il  se  livre  à l’amour  et 
qu’il  ne  fasse  point  un  vœu  insensé.  1,600. 


520 


LE  MAHA-BHARATA. 


» La  félicité  n’habite  pas  chez  les  hommes,  accablés  de 
peines,  chez  les  indifférents,  les  athées,  les  paresseux, 
les  indomptés  et  ceux,  qui  n'ont  pas  d’énergie.  1,507. 

» Les  gens  à l'àine  méchante  oppriment,  pensant  qu’il 
est  faible,  l’homme,  doué  d’intégrité  et  qui  ne  rougit  pas 
devant  l'intégrité.  1,508. 

» La  crainte  empêche  la  Fortune  de  s’approcher  vers 
l'homme  infiniment  vénérable,  infiniment  généreux,  infi- 
niment brave,  infiniment  ferme  dans  son  vœu,  et  vers 
l’homme,  qui  a l'orgueil  de  la  science.  1,509. 

» Elle  n’habite  pas  avec  ceux,  qui  ont  des  qualités  trop 
grandes,  ni  avec  ceux,  qui  sont  absolument  vides  des  qua- 
lités ; elle  n’aime  pas  les  vertus,  elle  ne  s'attache  pas  à 
l’indigence  des  vertus.  1,510. 

u La  Fortune  quelque  part  se  tient  comme  une  vache 
folle,  aveugle.  Le  fruit  des  Védas  est  l’entretien  du  feu 
sacré  perpétuel  ; la  leçon  entendue  a pour  fruit  une  bonne 
conduite.  1,511. 

» La  femme  a pour  son  fruit  le  plaisir  (1)  delà  volupté, 
la  richesse  a pour  son  fruit  la  nourriture  donnée.  Le 
vicieux  , qui  emploie  à célébrer  des  funérailles  ses  ri- 
chesses amassées,  ne  jouit  pas  de  ces  biens  dans  l’autre 
vie,  car  il  voyage  misérablement  au  milieu  de  la  crainte 
dans  les  mauvaises  routes,  les  difficultés  des  bois,  les 
angoisses  et  les  infortunes.  1,612 — 1,513. 

» L’énergie,  la  répression  des  sens,  la  politesse,  l’atten- 
tion, la  fermeté,  la  tradition  n'inspirent  pas,  sous  des 
armes  levées,  un  sentiment  de  crainte  aux  créatures,  qui 
ont  la  vie.  1,515. 

(1)  Littéralement  : le  fUs. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


521 


» Sache-le,  après  l’examen  : commencer  est  la  racine 
de  l’être.  La  pénitence  est  la  force  des  ascètes,  les  Védas 
sont  la  force  des  docteurs  en  Védas,  1,515. 

» L’innocuité  est  la  force  des  gens  de  bien,  la  patience 
est  la  force  de  ceux,  qui  ont  des  vertus.  Ces  huit  choses 
donnent  la  mort  à ce  qui  respire  la  vie  : l'eau,  la  racine, 
le  fruit,  le  lait,  l,61d. 

» L’oblation,  l’amour  d’un  brahme,  la  parole  d’un 
gourou,  la  plante  médicinale.  Ne  réfléchissez  pas  sur  un 
mal,  qui  touche  à vous-  même,  comme  s’il  concernait  un 
autre.  1,517. 

* Ici,  le  devoir  sera  par  l’agglomération  ; il  en  est 
un  autre , qui  procède  de  l’amour.  Triomphez  de  la 
colère  par  la  placidité , triomphez  du  vicieux  par  la 
vertu.  1,518. 

» Triomphez  de  l’avarice  par  l’aumône,  triomphez  du 
mensonge  par  la  vérité.  On  ne  doit  pas  mettre  de  con- 
fiance dans  un  amoureux  de  femmes,  dans  un  paresseux, 
dans  un  lâche,  dans  un  homme  colère,  dans  un  orgueilleux, 
dans  un  voleur,  dans  un  ingrat,  ni  dans  un  athée.  Un 
vertueux  caractère  doit  honorer  les  vieillards  d’une  salu- 
tation respectueuse.  1,519 — 1,520. 

b 11  y a quatre  choses,  qui  sont  susceptibles  d’accrois- 
sement : la  gloire,  la  vie,  la  renommée  et  la  force.  Les 
richesses,  données  par  une  transgression  du  devoir,  seront 
en  but  à de  grandes  misères.  1,521. 

b Que  les  salutations  d’un  ennemi  ne  te  fassent  pas 
attacher  ton  esprit  & ces  richesses.  11  faut  plaindre  un 
homme  ignorant  ; il  faut  plaindre  l’amour  entre  deux 
personûes,  qui  n’ont  pas  la  science  au  milieu  d’elles. 

b Les  sujets  sans  nourriture  sont  à plaindre  ; il  faut 


522 


LE  MAHA-BHARATA. 


plaindre  un  royaume  sans  roi  ; le  temps  use  les  Dieux, 
l'eau  use  les  montagnes.  1,522 — 1,523. 

» La  privation  des  jouissances  estle  corrosif  des  femmes; 
la  parole,  qui  perce  comme  une  flèche,  est  le  corrosif  de 
l'âme  ; les  Védas  se  répandent  comme  une  souillure  dans 
ce  qui  n’est  pas  la  doctrine  reçue  ; ce  qui  est  contraire  au 
voeu  du  brahrne,  est  une  souillure.  1,525. 

» Les  fourmillières  sont  les  souillures  de  la  terre,  le 
mensonge  est  la  souillure  de  l'homme,  la  femme  honnête 
est  comme  une  souillure  pour  la  femme  curieuse,  les 
femmes  sont  comme  une  souillure  pour  les  hommes,  qui 
vivent  en  pays  étranger.  1 ,525. 

» L’argent  est  la  souillure  de  l'or,  l'étain  est  la  souil- 
lure de  l’argent,  le  plomb,  sachez-Ie,  est  la  souillure  de 
l’étain,  la  rouille  est  la  souillure  du  plomb.  1,520. 

» Ne  vainquez  pas  l’envie  de  dormir  par  le  sommeil, 
ne  cherchez  pas  à vaincre  les  femmes  par  l’amour,  à vain- 
cre le  feu  par  le  bois,  à vaincre  la  sourà  avec  un  breuvage 
ordinaire.  1,527. 

» La  vie  d’un  homme  est  fructueuse,  s’il  conquiert  un 
ami  par  les  dons,  s’il  conquiert  ses  ennemis  par  laguerre, 
s’il  conquiert  ses  épouses  par  le  breuvage  et  la  nourri- 
ture. 1,528. 

» Qu’on  vive  cent  ans,  Dhritarâshtra,  qu’on  vive  même 
un  millier  d’années,  on  ne  vit  pas  un  seul  instant,  avec 
son  désir  complètement  satisfait.  1,520. 

» Ce  que  la  terre  contient  d’orge  et  de  riz,  d’or,  de 
troupeaux,  de  femmes,  tout  cela  n’est  pas  suffisait  pour 
contenter  un  seul  homme  : les  yeux  de  son  âme  ne  sont 
pas  éblouis  à cette  vue.  1,530. 

» Sire,  je  te  le  répète  : veux-tu  suivre  la  ligne  de 


Y Ol'DY  OGA-PAJft  V A. 


523 


l'égalité  entre  tes  fils  et  ceux  de  Pàndou,;igis  avec  tous 
d'une  manière  égale,  a 1,531. 

Vidoura  continuant  : 

« La  gloire  ne  tarde  pas  à s'approcher  de  l'homme  ver- 
tueux, qui,  loué  par  les  gens  de  bien,  et  n’ayant  rien 
perdu  de  sa  vigueur,  fait  une  action,  sans  s'y  attacher  : 
les  hommes  vertueux  sont  dans  leur  placidité  aptes  pour 
le  plaisir.  1,632. 

» L'homme,  qui,  sans  être  même  enlevé  aux  sens,  aban- 
donne une  aflàire,  associée  aux  vices,  quelque  grande 
qu’elle  soit,  écarte  les  peines  et  dort  tranquillement  comme 
un  serpent,  qui  s'est  dépouillé  de  sa  vieille  peau.  1,633. 

» L’excès  dans  le  mensonge,  la  calomnie,  portée  aux 
oreilles  d’un  roi,  et  l’opiniâtreté  d’un  gourou  dans  la 
fausseté  sont  égaux  à l'action  de  tuer  un  brahme.  1 ,63â. 

» La  calomnie  est  une  mort  donnée  dans  un  instant  ; 
une  parole  outrageante  est  le  trépas  de  la  félicité,  la  déso- 
béissance, la  promptitude,  la  jactance  du  savoir  : voilà 
trois  ennemis.  1,535. 

» La  paresse,  la  sottise,  l’ivresse,  l'inconstance,  la 
camaraderie,  l’opiniâtreté  et  l’avarice  : ce  sont  là  sept 
fautes,  qui  doivent  toujours  être  dans  la  pensée  de  ceux, 
qui  désirent  la  science.  D’où  la  science  viendrait-elle 
à ceux,  qui  aiment  le  plaisir  ? 11  n’est  pas  de  plaisir  pour 
ceux,  qui  aiment  la  science.  1,636 — 1,637. 

» Que  l'homme,  qui  aime  le  plaisir,  renonce  à la 
science  ; ou,  s’il  aime  la  science,  qu'il  renonce  au  plaisir  1 
Le  bois  ne  peut  rassasier  le  feu,  ni  les  fleuves  rassasier  la 
mer  ; 1,538. 

» Ni  tous  les  êtres  ensemble  rassasier  la  mort,  ni  des 
yeux  charmants  rassasier  l’homme.  1,639. 


624 


LE  M AHA-BH  ARATA. 


» L’espérance  tue  la  fermeté,  la  mort  tue  la  prospérité, 
la  colère  tue  la  félicité,  la  renommée  tue  l'avarice.  Le 
manque  de  soins  détruit  les  troupeaux  ; un  seul  brahme 
en  colère,  sire,  détruit  tout  un  royaume.  1,540. 

» De  l’argent,  du  cuivre,  des  chevaux,  des  chèvres, 
toujours  l’attraction  magnétique  d’une  liqueur  spiritueuse, 
un  oiseau,  un  brahme  instruit  dans  les  Védas,  un  vieux 
parent  courbé  par  C âge  : que  ces  choses  soient  continuel- 
lement dans  la  maison  d'un  homme  bien  né.  1,541. 

u Des  dés,  du  sandal,  une  vlnâ,  un  miroir,  du  miel  et  du 
beurre  clarifié,  de  l’eau,  de  la  grosse  vaisselle  de  cuivre, 
le  sommet  d'un  coquillage,  et  de  la  rotchani  doivent  être 
placés  dans  une  maison,  a dit  ilanou,  pour  servir  à hono- 
rer, fils  de  Bharata,  les  Dieux,  les  brahmes  et  les  hâtes. 

» Je  t'ai  dit,  mon  üls,  cette  sainte  chose,  doué  de 
hautes  qualités  et  supérieure  à tout  : que  jamais  un  homme, 
ni  par  amour,  ni  par  crainte,  ou  par  cupidité,  ne  l’aban- 
donne, fût-ce  pour  sauver  sa  vie.  1,542 — 1,543 — 1,644. 

i Le  devoir  est  continuel,  mais  ni  le  plaisir  ni  la  peine 
n’est  continuel  ; la  vie  est  continuelle,  mais  sa  cause  dans 
l'individu  n’est  pas  continuelle.  Abandonnant  l’instable, 
reste  satisfait  dans  le  perpétuel  ; car  le  gain  porte  avec  lui 
une  joie  supérieure.  1,545. 

» Tu  as  vu  les  rois  à la  grande  force,  à la  haute 
puissance,  tomber  sous  le  pouvoir  de  la  mort,  aban- 
donner leurs  royaumes  et  les  jouissances  exquises,  après 
avoir  gouverné  la  terre , pleine  de  grains  et  de  ri- 
chesses. 

» Quand  les  hommes  ont  vu  mourir  un  fds,  nourri  dans 
l’infortune,  ils  enlèvent  sa  bière,  sire  ; il  emportent  son 
cadavre  hors  de  leurs  maisons,  et,  les  cheveux  épars,  ils 


YOUDYOGA-PARVA. 


625 


pleurent  d'une  manière  lamentable  et  jettent  du  bois  au 
milieu  de  son  bûcher.  1,546 — 1,547. 

» Un  héritier  recueille  les  richesses  du  malheureux , qui 
est  allé  chez  les  morts  ; le  feu  dévore  sa  jeunesse  et  les 
éléments  de  son  corps,  tandis  que  lui,  il  s’avance  dans 
l’autre  monde,  enveloppé  de  ces  deux  choses  : son  vice  ou 
sa  vertu.  1,548. 

» Les  amis,  les  parents,  les  fils  l'abandonnent  et  s’en 
retournent  chez  eux,  tels  que  des  oiseaux  laisseut  de  vieux 
arbres  sans  fleurs  et  sans  fruits.  1,549. 

» Mais  l’action,  qu’il  a faite  volontairement,  suit 
l’homme  déposé  sur  le  bûcher.  Que  l'homme  pense  donc 
à la  vertu  lentement  de  toutes  ses  forces.  1,550. 

» Au-dessus  et  en  bas  de  ce  monde,  règne  une  épaisse 
obscurité.  Pense  à ces  ténèbres,  qui  offusquent  d’une 
grande  fascination  les  organes  des  sens,  et  n’en  sois  pas  la 
proie,  sire.  1,551. 

» Si  tu  peux,  après  que  tu  as  entendu  tout  ce  discours, 
exercer  ton  empire  sur  ton  fils  lui-même,  tu  acquéreras 
dans  le  monde  des  vivants  une  gloire  supérieure  ; et  nul 
danger  n'existera  pour  toi  ni  dans  ce  monde,  ni  dans  l'au- 
tre vie.  1,562. 

» L'âme  est  un  fleuve,  Bharatide,  qui  a pour  eau  la 
vérité,  pour  vagues  la  compassion,  pour  ttrthas  la  vertu 
et  pour  ses  rives  la  fermeté.  Lavé  dans  ses  flots,  l’homme 
aux  œuvres  pures  est  honoré  : en  effet,  une  âme  sainte  est 
toujours  exempte  de  cupidité.  1,555. 

» Ce  fleuve,  il  a pour  ses  ondes  les  cinq  organes  des 
sens  et  pour  crocodiles  l’amour  et  la  colère.  Oonstruis-toi 
un  navire  avec  la  fermeté,  et  traverse  ces  flots  orageux  de 
la  naissance.  1,554. 


626 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Celui,  qui  a honoré  son  parent,  vieux  par  la  sagesse, 
vieux  par  la  vertu,  vieux  par  la  science,  vieux  même  par 
l'&ge,  et,  s’étant  concilié  sa  faveur,  l’interroge  sur  ce  qui 
est  ou  n'est  pas  à faire,  ne  connaîtra  jamais  le  trouble 
dans  son  âme.  1,555. 

» Qu’il  garde  par  la  fermeté  son  ventre  et  ses  parties 
génitales;  par  les  yeux,  ses  pieds  et  ses  mains;  par  l'âme, 
ses  yeux  et  ses  oreilles  ; par  les  œuvres,  sa  pensée  et  sa 
parole.  1,556. 

h Le  brahme,  sans  cesse  livré  à ses  ablutions,  conti- 
nuellement occupé  de  sacrifices,  sans  cesse  revêtu  du 
cordon  sacré,  évite  la  société  des  hommes  déchus  ; et 
c'est  ainsi  que,  toujours  parlant  à son  gourou,  accom- 
plissant toujours  son  œuvre,  il  ne  tombe  pas  du  monde  de 
Brahma.  1,557. 

» Le  kshatrya,  qui  a lu  les  Védas,  qui  a traversé  les 
feux,  honorés  d’un  pradakshina,  qui  a célébré  des  sacri- 
fices, qui  a conservé  ses  instructions,  s’il  est  tué  dans 
un  combat,  l’âme  purifiée  par  les  armes,  employées  pour 
les  vaches  et  Brahma,  il  s’élève  au  Swarga.  1,568. 

» Le  vatçya,  qui  a lu,  qui  a distribué  ses  richesses  à 
propos  aux  brahme:;,  aux  kshatryas,  à ses  serviteurs,  qui 
a respiré  la  sainte  fumée  de  la  Trétâ  ou  des  trois  feux, 
goûte,  après  sa  mort,  dans  le  Swarga,  de  célestes 
plaisirs.  1,559. 

» Le  çoûdra,  qui  a honoré,  suivant  la  droite  raison,  les 
castes  des  brahmes,  des  kshatryas  et  des  vatçyas,  quitte 
son  corps,  ces  classes  satisfaites  et,  ses  péchés  consumés, 
il  savoure  les  plaisirs  du  Swarga.  1,560. 

» Ce  sont  là,  sire,  les  devoirs  des  quatre  classes,  que 
je  viens  de  t’exposer.  Écoute  une  raison,  que  je  vais  te 


YOUDYOGA-PARVA. 


527 


présenter  : le  fils  de  Pândou  est  posé  d'après  le  devoir  du 
kshatrya,  traite-le  suivant  le  devoir  d’un  roi.  » 1,561. 

« 11  en  est  ainsi  que  tu  me  l'as  toujours  dit,  lui  répondit 
Dhritarâshtra  : ma  pensée  môme  est  ainsi  que  tu  me 
parles,  mon  ami.  1,562. 

» J’ai  continuellement  pensé  de  cette  manière  sur  les 
(ils  de  Pândou  ; mais,  aussitôt  que  je  me  retrouve  avec 
Douryodhana,  toutes  mes  idées  sont  bouleversées.  1,563. 

» Il  n’est  jamais  possible  môme  à un  être  de  surmonter 
le  Destin.  A mon  avis,  la  destinée  est  certaine,  mais 
l'énergie  est  un  vain  mot.  » l,56â. 


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t 


L’ÉPISODE  DE  SANATSOUDJATA. 


Dhritarâshtra,  continuant  à parler,  dit  : 

« S’il  te  reste  encore,  Vidoura,  quelque  chose,  que  tu 
n’aies  pas  exposé  dans  ce  discours,  dis-le-nioi  ; j’ai  le 
désir  de  t’entendre,  et  tu  parles  ici  de  choses  admira- 
bles. » 1,505. 

« Dhritarâshtra,  lui  répondit  Vidoura,  un  antique  jeune 
homme,  éternel,  Sanatsoudjâta,  m’a  dit,  fils  de  Bharata  : 
« La  mort  n’existe  pas  ! » 1,506. 

« 11  t’exposera  avec  évidence,  ô le  plus  excellent  de 
tous  les  hommes  vertueux,  tous  ces  mystères,  puissant 
monarque,  qui  sommeillent  dans  ton  cœur.  » 1,567. 

« Pourquoi  ne  mu  dis-tu  pas  toi-même,  reprit  Dhrita- 
râshtra, ce  que  me  dirait  ce  jeune  homme  éternel?  Dis-le- 
moi,  Vidoura,  si  tu  gardes  un  reste  de  science.  » 

« Je  suis  né  dans  le  sein  d'une  artisane,  et  je  ne  puis 
t'en  exposer  davantage,  répundit  Vidoura  ; mais  je  connais 
la  pensée  immortelle  du  jeune  homme.'  1 ,568 — 1,569. 


Uigilîzeb  l.liTï' 


YOüDYOGA -PARVA. 


520 


» Lui,  qui  est  tombé  dans  le  giron  d'une  brahmine,  il 
peut  t’expliquer  cette  vérité,  quelque  mystérieure  quelle 
soit.  Je  ne  serai  pas  blâmé  des  Dieux  pour  ce  que  je  t'ai 
dit  : aussi  t’ai-je  fait  cette  communication.  » 1,570. 

« Dis-moi,  Vidoura,  lui  demanda  Dhritarâshtra  ; com- 
ment se  fera  ici-bas  l'entrevue  de  cet  antique  jeune  homme 
éternel  et  de  moi,  qui  suis  revêtu  de  ce  corps?  » 1,571. 

Vidoura  aussitôt  de  penser  au  rishi,  parfait  en  ses 
vœux,  et  celui-ci,  connaissant,  fils  de  Bharata,  ce  qui  se 
passait  dans  son  esprit,  lui  apparut  à l'instant.  1,572. 

Le  prince  de  l’accueillir  suivant  la  manière  enseignée 
par  l’étiquette,  et  de  parler  en  ces  termes  au  saint  commo- 
dément assis  et  reposé  : 1,573. 

n Bienheureux,  il  est  un  certain  doute  dans  l’esprit  de 
Dhritarâshtra  ; je  ne  puis  le  dissiper,  veuille  donc  lui 
parler.  1,574. 

» Que  ce  roi  des  hommes  à l’audition  de  tes  paroles, 
franchisse  toutes  les  peines  ! l’uisse-t-il  être  soutenu  par 
le  gain  et  la  perte,  ce  qui  plattou  déplaît,  la  veillesse  oula 
mort,  la  crainte  et  la  colère,  la  faim  et  la  soif,  le  jour  de 
fête  et  l’ivresse,  l’ennui  ou  la  fatigue,  l’amour  et  la  colère, 
le  lever  ou  le  couchant  I » 1,575 — 1 ,676. 

Après; que  le  sage  roi  Dhritarâshtra  eut  approuvé  ces 
paroles,  qu'avait  émises  Vidoura,  le  magnanime,  donnant 
la  préférence  à la  plus  haute  des  pensées,  interrogea  en 
particulier  Sanalsoudjàta.  1,577. 

« Sanatsoudjàta,  lui  dit-il,  on  m’a  rapporté  que  tu  avais 
dit  : u La  mort  n’existe  pas  1 # Cependant  les  Dieux  et  les 
Asouras  ont  pratiqué  le  célibat  pour  obtenir  de  ne  pas 
mourir.  Laquelle  de  ces  deux  choses  est  la  vérité?  » 

« Yu  m’interroges  sur  une  chose,  que  j’ai  dite  eu  ces 
v 34 


580 


LE  MAHV-BHAKATA. 


paroles  mêmes  : « La  mort  n'existe  pasl  » et  sur  une 
autre,  lui  répondit  Sanatsoudjàta  ; écoute  de  ma  bouche 
ce  qui  en  est,  et  n’en  doute  pas.  1,578 — 1,579. 

» Ces  deux  choses  sont  vraies,  kshatrya;  connais-en 
les  illusions.  Les  poètes  estiment  la  mort  ; mais  je  dis  que 
la  mort  est  la  négligence  et  que  la  vigilance  est  l'immorta- 
lité (1).  1,579. 

» La  négligence  a perdu  les  Asouras  ; il  sont  devenus 
par  la  vigilance  semblables  5 l’Être  suprême.  La  mort  ne 
dévore  pas  les  animaux  comme  un  tigre  ; sa  forme,  on  la 
conçoit  sous  la  forme  d'un  serpent.  1,580. 

» Les  uns  disent  qu'Yama  est  la  mort  ; autrement,  que 
la  continence  est  l’ambroisie,  qui  s'épuise  elle-même  ; que 
le  Dieu  Çiva  gouverne  dans  le  monde  des  Mânes  le 
royaume  des  heureux,  et  qu’Açiva  règne  sur  le  monde  des 
infortunés.  1,581. 

» De  son  ordre  sortent  la  colère  des  hommes,  la  négli- 
gence, les  formes  de  l’avarice,  et  la  mort.  Quiconque  est 
engagé  par  l’égoïsme  (2)  dans  la  mauvaise  route,  n'arrive 
point  à l’union  avec  son  âme.  1 ,582. 

» Les  hommes  égarés,  qui  marchent  sous  le  pouvoir  de 
cet:e  passion,  retombent  ici -bas  après  leur  mort.  Ensuite, 
les  Dieux  de  les  promencer  çà  et  là,  d’où  la  mort  prend  le 
nom  de  Marana.  1,588. 

» Ceux,  qui,  dans  le  lever  des  œuvres,  aiment  le  fruit 
des  œuvres,  suivent  ht  route  ici-bas  et  ne  traversent  point 
la  mort.  De  tous  côtés,  l'âme,  par  son  union  avec  les 
jouissances,  commence  par  l’intelligence  à jouir  des  choses 
bonnes.  1,584. 

(1)  Ce  çloka  est  numéroté  1,579  ; noue  allons  doubler  un  cbiffr  . 

(2)  Ahangata,  mot,  sur  lequel  se  taisent  tous  les  dictionnaires,  et  que 
nous  avons  rapproché  pour  la  signification  de  ahankAra. 


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YOUDYOGA-PARVA.  5S1 

» En  vain  cette  grande  illusion  des  sens  est-elle  la 
voie  éternelle  de  l ame  dans  les  jouissances  des  choses; 
en  vain,  frappée  par  les  jouissances  des  choses,  l’âme 
cultivc-t-elle  de  tous  côtés  avec  le  souvenir  les  objets  per- 
ceptibles aux  sens.  1,085. 

» D’abord,  la  convoitise  détruit  les  hommes  ; ensuite, 
l'amour  et  la  colère,  si  on  les  favorise,  achèvent  bientôt 
la  ruine.  Ces  vices  font  obtenir  des  enfants  pour  la  mort; 
mais  les  sages  franchissent  la  mort  par  la  constance. 

* La  mort,  en  tant  que  mort,  ne  dévore  pas  l'hotnme, 
qui,  s’étant  réveillé  par  ses  réflexions,  frappe  sans  res- 
pect ces  vices,  qui  s’élèvent.  Quiconque,  devenu  ainsi,  tue 
en  soi  les  désirs,  est  un  sage.  1,580 — 1,687. 

» L’homme,  qui  suit  les  désirs,  périt  derrière  les  dé- 
sirs : l’homme,  qui  rejette  les  désira,  secoue  un  peu  de 
poussière,  qu'il  a sur  lui.  1,588. 

» Ce  Naraka  parait  aux  yeux  les  ténèbres  obscures 
de  tous  les  êtres  : ils  courent  tels  que  s’ils  étaient  en  dé- 
lire ; ils  vont  se  plonger  dans  le  plaisir  comme  dans  une 
fosse.  1,589. 

» Que  ferait  d’un  homme  à la  sage  conduite  la  mort, 
qui  est  comme  son  tigre  caché  dans  les  herbes?  Sans 
penser  à nulle  autre  chose,  kshatrya,  et  sans  rien  lire, 
qu'il  rejette  sa  vie,  pour  ainsi  dire.  1,590. 

» La  colère  et  l’avarice,  une  âme  soumise  à l’erreur, 
c’est  la  mortelle-même,  qui  s’estinstalléedans  ton  corps. 
Le  mortel,  qui  n’ignore  pas  que  la  mort  est  ainsi,  reste 
dans  la  science  et  ne  craint  pas  la  mort  ici-bas;  et,  comme 
il  a reçu  de  la  mort  en  quelque  sorte  d’autres  objets  sen- 
sibles, la  mort  périt  elle-même  dans  les  objets  soumis  aux 
sens.  » 1,591. 


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532 


Li;  MAHA-BHARATA. 


« On  dit  que  les  brahmes  s’élèvent  aux  mondes  ver- 
tueux, très-saints,  éternels  par  le  sacrifice,  comme  avec 
un  char,  reprit  Dhritaràshtra.  les  Védas  racontent  ici- 
bas  ce  privilège  sublime  des  brahmes  : comment  celui, 
de  qui  cet  avantage  est  connu , peut-il  vaquer  à une 
œuvre  ? » 1,592. 

« Assurément,  il  en  est  ainsi,  répondit  Sanatsoudjâta. 
L’ignorant  tombe  en  ce  monde,  et  il  y a naissanee  d’une 
chose,  disent  les  Védas.  L’indifférent  passe  dans  une  voie 
supérieure,  et  l’âme  sublime,  qui  a détruit  les  routes, 
s’avance  dans  la  seule  route,  qu elle  a conservée.  » 1,593. 

« Puisque  cet  antique  Tout,  enfant  de  la  nuit,  est 
enchaîné  méthodiquement,  reprit  Dhritaràshtra,  qui  est  le 
Dieu,  qui  a fait  cet  enchaînement  ? Quel  est  son  travail? 
Ou  quel  est  son  plaisir?  Dis-moi,  sage,  tout  cela  exacte- 
ment. » l,59â. 

« Un  grand  antagonisme  existe  dans  ce  monde  entre 
l'union  et  la  division,  répondit  Sanatsoudjâta.  Les  êtres 
doués  d’une  continuelle  durée  sont  par  une  éternelle 
union.  Rien  de  cet  homme-monde  n'aflecte  la  prédomi- 
nance ; tous  ses  membres  sont  par  une  union  sans  com- 
mencement. 1,595. 

» C'est  par  l'union  de  la  transformation  que  l'éternel 
Bhagavat  a produit  tout  cet  univers  ; ce  qui  fut  regardé 
comme  la  Sakti  de  ce  Dieu  : ainsi  l'union  des  mots  a 
formé  les  Védas.  » 1,590. 

« Les  uns  ne  suivent  pointici  la  vertu,  fit  Dhritaràshtra; 
les  autres  marchent  en  ce  monde  sur  les  pas  de  la  vertu. 
La  vertu  est  tuée  par  le  vice,  ou  c’est  le  vice,  qui  est  tué 
par  la  vertu.  » 1,597. 

o Ces  deux  choses  existent  ensemble  ici-même,  repartit 


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YOCDYOGA-PARVA. 


533 


Sanatsoudjàtn.  On  mange  ici  le  fruit  de  la  vertu  ou  de  son 
contraire.  1,098. 

» Dans  cet  état  des  choses,  le  sage  repousse  toujours 
par  la  science  ces  deux  étemelles  qualités  .-autrement  dit, 
l’ânie  incline  à la  vertu,  et  elle  tend  au-devant  du  vice, 
qui  arrive  éternel.  1,599. 

» Le  sage  marche  et  s’unit  à ces  deux  choses  incons- 
tantes par  l'œuvre  du  beau  et  par  l'œuvre  du  vice  ; il 
bannit  ici  le  vice  par  la  vertu  ; celle-ci  est  plus  forte  : 
c’est  là  son  partage.  » 1 ,600. 

o Raconte-moi  la  succession  de  ces  mondes  éternels, 
récompense  des  brahmes  aux  œuvres  pures  ; tu  me  parle- 
ras ensuite  d’autres  choses,  reprit  Rhritarâsbtra  ; mais 
j'ai  envie  d’entendre  cela  d'abord.  » 1,601. 

« 11  régne  dans  leurs  vœux,  répondit  Sanatsoudjàta, 
une  émulation  semblah  e à celle  de  la  force  au  milieu  des 
forts.  Les  brahmes,  qui  sortent  de  ce  monde,  deviennent 
des  étoiles  dans  le  monde  de  Brahma.  1,602. 

» L'émulation  dans  la  vertu  de  ces  brahmes  est  l’ac- 
complissement de  la  science.  Délivrés  de  ce  monde,  ils 
passent  dans  le  Swarga  et  le  Trivishtapa.  1,003. 

i/  La  conduite  en  ces  lieux,  disent  les  hommes,  qui 
savent  les  Védas,  est  conforme  à la  règle.  Ne  pensez  pas 
que  le  plus  grand  nombre  soit  formé  des  gens,  qui  sont 
au-dehors  ou  au  milieu.  1,60A. 

» Croyez  bien  que  la  foule  est  là  comme  le  végétal  ram- 
pant et  l’herbe  dans  la  saison  des  pluies.  Elle  y vit,  sans 
connaître  l'affliction,  des  aliments  et  des  breuvages  du 
brahme.  1,005. 

» C est-là  qu’excitant,  pour  ainsi  dire,  à atteindre  l'ex- 
cès, la  vertu,  et  non  un  autre  homme,  inspire  le  maiheur 


554  LE  MAHA-BHARATA. 

de  la  crainte  à la  personne,  dont  il  n'est  rien  dit,  1,606. 

» Ou,  si  quelqu'un  parle  de  soi-même,  il  ne  s'en  affli- 
gera point  ; il  ne  mangera  pas  le  bien  des  brahmes,  mais 
une  nourriture  estimée  des  gens  de  bien.  1,607. 

» De  même  que  le  chien  mange1  son  vomissement,  ainsi 
les  hommes  dans  l’adversité  mangent  toujours  ce  qu'a 
vomi  le  service  de  leur  puissance.  1 ,608. 

» Que  le  brahme,  habitant  au  milieu  de  ses  parents, 
pense  de  cette  manière  : « Ma  vertu  est  toujours  igno- 
rée ! » Ce  brahme  est  estimé  des  sages.  1,600. 

» Quel  brahme  peut  tuer  l’&me  du  kshatrya  lui-même, 
celle  Ame , qui  est  une,  immobile,  pure,  sans  organe  viril, 
privée  de  toute  dualité.  Aussi  est-elle  habitée  par  Brahma, 
qui  voit  autrement  que  nous  la  voyons,  qui  comprend  d’une 
autre  manière  que  nous  la  comprenons,  celte  àme  ver- 
tueuse. Quel  crime  ne  commet  pas  ce  voleur,  qui  vous 
ravit  l’ àme?  1,610 — 1,611. 

» Que  le  brahme  donne  sans  se  fatiguer,  qu’il  soit  es- 
timé, qu’il  vive  sans  tyrannie,  qu’il  soildocile,  sans  osten- 
tation, qu’il  soit  poète,  qu’il  sache  les  Védas.  1,612. 

» Les  brahmes  inabordables,  difficiles  à émouvoir,  sont 
pauvres  des  richesses  humaines,  muûopulentsdes  richesses 
divines  et  du  sacrifice.  Que  le  brahme  sache  ce  qu’est  son 
corps.  1,613. 

» Quiconque  connaissant  bien  tous  les  Dieux,  aurait 
pieusement  célébré  pour  eux  des  sacrifices,  ne  serait  pas 
l’égal  d’un  brahme  lui-même  dans  ses  plus  grands  efforts. 

» Que  la  personne  honorée,  que  l’on  honore,  sans  qu’il 
y applique  son  zèle,  pense,  s’il  n’est  pas  honoré,  qu’il  ne 
mérite  pas  cet  honneur,  et  qu’il  en  soit  affligé  de  dou- 
leur. 1,614—1,615. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


686 


» Le  monde  tient  de  sa  nature  un  aliment,  qu'il  prend 
toujours  dans  son  moment  comme  le  bouc.  L’honneur, 
doit  penser  l’homme  honoré,  émane  des  savants  en  ce  bas 
monde.  4,616. 

» Les  insensés  sur  la  terre,  doctes  en  vices,  habiles  en 
iraudes,  contempteurs  des  gens  honorables,  ne  rendront 
pas  l’honneur  aux  personnes,  qui  méritent  d’être  honorés. 

« Le  silence  et  l’orgueil  n'habitent  pas  toujours  de 
compagnie  : en  effet,  tel  homme  est  pour  l’orgueil,  tel 
autre  est  formé  pour  le  silence.  1,617 — 1,618. 

» La  Fortune  est  ici  le  commensal  du  plaisir,  elle  est 
même  son  ennemie  ; la  Fortune,  kshatrya,  est  une  brah- 
mine,  qu’un  homme,  privé  de  science,  n’obtient  pas  sans 
beaucoup  de  peine.  1,619. 

« Les  sages  disent  que  ses  portes  d’espèces  bien  diffé- 
rentes, vu  qu’elles  n’empêchent  pas  d’entrer  la  démence, 
sont  la  vérité,  la  droiture,  la  pudeur,  la  répression  des 
sens,  la  pureté  et  la  science.  » 1,620. 

« A qui  appartient  le  silence  ? Qui  des  deux  est  le 
silence?  reprit  Dhritaràshtra.  Dis-moi  ici,  sage,  la  nature 
du  silence.  On  est  sage  par  le  silence  : le  tage  tend  au 
silence.  Comme  produit-on  le  silence  dans  un  anacho- 
rète ? » 1,621. 

« Parce  que  les  Védas  n’entrent  pas  en  lui  avec  l’intelli- 
gence (1),  de  là  est  venu  le  mot  silence  (2),  répondit 
Sanatsoudjàta  : où  s'élève  l’appellation  du  Véda,  il  res- 
plendit, sire,  par  la  grandeur  de  la  chose.  » 1,622. 

« Le  ritoudj,  qui  sait  l’Yadjonr-Véda,  à qui  le  Sàma- 
Véda  n'est  pas  inconnu,  fit  Dhritaràshtra,  est  souillé  par  le 

(1)  Mnnas. 

(2)  MaAunan. 


556 


LU  MAHA-BHARATA. 


vice  ; s’il  commet  le  vice,  comment  n’est-il  pas  souillé?  » 
« Ni  le  Sâma-Véda,  répondit  Sanatsoudjàta,  ni  le  Rig, 
ni  le  Yadjour  ne  peuvent  sauver  un  homme  dans  l’igno- 
rance des  œuvres.  Ces  péchés,  que  je  t’accuse,  ne  le  sont 
pas  en  vain.  1,625 — 1,62A. 

« Les  désirs  ne  sauvent  pas  du  péché  un  homme  fourbe, 
qui  vit  au  milieu  de  la  fraude  : tels  que  des  oiseaux  déser- 
tent le  nid,  quand  leurs  ailes  sont  poussées,  les  désirs 
abandonnent  le  corps  au  moment  de  la  mort.  » 1,626. 

« Si  les  Védas  sont  incapables  de  sauver  sans  le  devoir, 
pourquoi  donc  alors,  homme  savant,  ce  discours  éternel 
desbrahmes?»  repartit  Dhritarâshtra.  1,626. 

<i  Ce  monde,  prince  à la  haute  dignité,  lui  répondit 
Sanatsoudjàta,  resplendit  par  ses  formes,  sa  spécialité, 
son  origine  et  son  nom.  Les  Védaa,  après  qu’ils  ont  bien 
exposé  toutes  ces  choses,  disent  et  proclament  la  métern- 
psychose  de  cet  univers.  1,627. 

» Le  sage  se  dirige  vers  la  vertu  par  ces  deux  actes  : 
le  sacrifice  et  la  pénitence,  que  l'on  dit  pratiquée  dans  le 
même  but.  11  tue  d’abord  le  vice  par  la  vertu  ; ensuite, 
l’àme  est  produite,  enflammée  par  la  science.  1,628. 

» Le  sage  va  par  la  science  à la  connaissance  de  l’àme  ; 
et,  sinon,  désirant  le  fruit  de  sa  caste,  il  rassemble  tout 
ce  qu’il  a fait  dans  ce  monde  ; il  en  mange  le  fruit  dans 
l’autre  vie,  et  recommence  de  nouveau  sa  carrière. 

» La  péniteuce  est  cultivée  dans  ce  monde,  on  en 
savoure  le  fruit  dans  l’autre.  Ces  mondes  appartiennent 
aux  brahmes  ; la  pénitence  est  le  nœud,  qui  retient  l’union 
des  deux  substances  (1).  » 1,629 — 1,680. 

(1)  Dtllwe,  au  duel,  qui  suppose  le  thème  singulier  dâhcA,  absolu  meut 
ignoré  des  dictionnaires,  mèuie  de  Bothlingk  et  Roth. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


687 


> Comment,  demanda  le  monarque  à l’anachorète,  la 
pénitence  inabondante  devient-elle  entièrement  abondante? 
Dis-nous  cela,  Snnatsoudjàta,  en  sorte  que  nous  le 
sachions.  » 1,631. 

n La  pénitence  sans  péché  est  appelée  une  pénitence 
entière,  lui  répondit  Sanalsoudjâta.  Augmentez  la  pé- 
nitence abondante,  elle  deviendra  ainsi  une  pénitence 
complète.  1,632. 

» Tout  ce  qui  fait  l'objet  de  tes  questions,  prince  guer- 
rier, est  la  racine  de  la  pénitence.  Les  sages  en  Védas  ont 
obtenu  par  la  pénitence  de  boire  l'ambroisie  des  Dieux.  » 

« Dis  maintenant  le  péché  de  la  pénitence,  Sanat- 
soudjàta,  reprit  Dhritarâshtra  ; j’ai  entendu  quelle  est  la 
pénitence  sans  péché.  Que  je  connaisse,  grâce  à toi,  ce 
mystère  éternel.  » 1,633 — 1,634. 

« Il  y a douze  fautes,  la  colère  et  les  autres,  lui  répondit 
Sanatsoudjâta,  attachées  à la  pénitence,  et  treize  actions 
inhumaines,  sire.  Les  brahmes  savent  que,  suivant  la 
doctrine  de  nos  pères,  il  y a douze  qualités  : le  devoir  et 
les  autres  vertus.  1,635, 

» La  colère,  l’amour,  l’avarice,  l’extravagance,  les 
vains  projets,  l’insensibilté,  l’invective,  l’orgueil,  le  cha- 
grin, le  désir,  l’envie  et  le  blâme  sont  douze  fautes  des 
hommes,  que  les  enfants  de  Manou  doivent  toujours 
éviter.  1,636. 

» Chacune  à part  assiège  les  hommes,  puissant  mo- 
narque, cherchant  à surprendre  un  coup  de  temps  sur  eux, 
comme  le  chasseur  sur  les  gazelles.  1,637. 

» 11  y a six  espèces  d’hommes,  qui  commettent  ces 
fautes:  l’homme  intelligent,  celui,  qui  se  vante,  quiselivre 
à la  colère,  qui  est  envieux,  qui  est  inconstant,  qui  ne 


5S8 


Lü  MAHA-BHARATA. 


défend  pas  ; mais,  en  de  telles  circonstances,  le  vrai  sage 
dans  les  crises  les  plus  grandes,  ne  pratique  jamais  la 
vertu  mêlé  aux  vices.  1,638. 

» L'homme  inégal  dans  les  sociétés  pour  la  jouissance, 
celui,  qui  est  ivre  d’orgueil,  qui  se  repent  de  ce  qu’il  a 
donné,  l’avare,  l’orgueilleux  de  sa  vigueur,  celui,  qui 
vante  sa  caste,  celui,  qui  prend  les  épouses  pour  les  objets 
de  sa  haine  : ces  sept  autres  font  partie  de  multitudes 
cruelles.  1,639. 

» Le  devoir,  la  vérité,  la  répression  des  sens,  et  la  péni- 
tence, l’exemption  d’envie,  la  pudeur,  la  patience,  l’af- 
franchissement de  la  médisance,  le  sacrifice,  l'aumône, 
la  fermeté  et  la  science  des  Védas  : ces  douze  vertus  sont 
les  vœux  du  brahme.  1,640. 

<i  Or,  quiconque  prévaudra  par  ces  douze  vertus,  qu'on 
lui  donne  à gouverner  tout  ce  globe  ! Celui,  qui  est  solli- 
cité par  un,  par  deux,  par  trois  côtés,  ce  mot  lu  fera  con- 
naître : « La  richesse  est  à lui  ! » 1,641. 

» La  vigilance,  le  renoncement  aux  choses  du  monde 
et  la  répression  des  sens,  telles  sont  les  vertus,  dans 
lesquelles  fut  déposée  l’ambroisie.  Les  brahmes,  qui  sont 
instruits,  disent  que  ce  sont  les  bouches  de  la  vérité. 

» La  répression  des  organes  est  opposée  à dix-huit 
mauvaises  qualités  dans  ce  qui  est  fait  ou  à faire  : le 
mensonge,  l’exécration,  l’amour,  l'intérêt  et  le  désir, 

» La  colère,  le  chagrin,  la  soif,  l’avarice,  la  méchan- 
ceté, l’envie,  l’innocuité,  la  souffrance  et  la  langueur, 

» La  folie  furieuse,  les  paroles  outrageantes  et  l'adora- 
tion de  soi-même  (1).  Les  sages  appellent  un  homme 


(!)  Le  texte  énumère  ici,  comme  on  le  voit,  dix-*ept  défauts  feulement. 


YOUDYOGA-PARVA. 


680 


domplé  quiconque  est  affranchi  de  ces  défauts. 

1,642—1,643—1,644—1 ,645. 

» On  comptera  dans  l’ivresse  dix-huit  défauts  : six 
routes  sont  les  voies  du  renoncement  au  monde.  Ces 
défauts  énoncés  de  l’ivresse  entraînent,  assure-t-on,  des 
malheurs.  1,646. 

» Le  salut  s'avance  dans  six  routes  : le  don,  bien  diffi- 
cile à pratiquer,  sera  la  troisième.  Grâce  à lui,  un  ami, 
vaincu  dans  cette  affaire,  échappe  à la  peine  même. 

» Le  salut,  dis-je,  marche  par  six  routes  ; l’aumône  ne 
se  réjouit  pas,  quand  elle  a obtenu  la  félicité.  Le  sacrifice 
et  le  bienfait  méritoire  en  seront  toujours  la  seconde, 
conjointement  avec  l’absence  des  désirs  mondains. 

1,647—1,648. 

» Le  renoncement  à l’amour,  Indra  des  rois,  est,  assure- 
t-on,  la  troisième.  On  dit  même  que  l'amour  est  un  sen- 
timent bas  ; on  rapporte  que  c’est  la  troisième  des 
mauvaises  qualités.  1,64$). 

» L'homme,  qui  possède  toutes  les  vertus  mêmes,  tout 
riche  soit-il,  n’est  point  affligé  de  l’abandon  de  ses  riches- 
ses, dont  il  ne  jouit  pas  au  gré  de  ses  désirs,  ni  de  la  dou- 
leur, qui  accompagne  l’insuccès  des  affaires.  Une  chose 
fâcheuse  lui  arrive-t-elle,  il  ne  tombe  jamais  dans  le  trou- 
ble de  l’esprit.  1,650 — 1 ,651. 

» Qu'il  ne  demande  jamais  des  fils  chéris  et  des 
épouses  : il  en  est  digne.  Ce  qui  doit  être  donné  à celui, 
qui  demande,  est  toujours  éclatant  de  beauté.  1,652. 

» Que  l’homme  soit  vigilant  et  doué  deces  huit  qualités: 
la  vérité,  la  réflexion,  l’absorption  en  Dieu,  la  disposition 
à interroger,  et  l’absence  des  désirs  mondains,  1 ,653. 

» L'honnêteté,  la  continence  et  l’effort  au  travail.  Je 


540 


LE  MAHA-BHARATA. 


viens  de  t’énumérer  ainsi  les  défauts  de  l’ivresse  (1)  ; que 
l’homme  évite  ces  défauts.  1,654. 

» On  estime  que  le  renoncement  au  momie  et  la  vigi- 
lance sont  accompagnés  de  huit  qualités.  Il  y a huit 
défauts  attachés  à l’incurie  ; évite  ces  défauts.  1 ,655. 

» Que  l’homme  soit  heureux,  Bharatide,  maître  des 
cinq  sens  et  de  son  âme,  supérieur  aux  événements  passés 
et  à venir.  Qu’il  parvienne  à la  béatitude  finale.  1,656. 

o Sois  véridique,  Indra  des  rois,  les  mondes  subsistent 
dans  la  vérité  : on  dit  qu’ils  ont  pour  bouche  la  vérité  : 
l’ambroisie  fut  déposée  dans  la  vérité.  1,657. 

» Que  l’homme,  renonçant  àla  faute,  cultive  le  vœu  de 
la  pénitence.  Cette  pratique  fut  établie  par  Brahma  lui— 
même.  La  vérité  est  le  vœu  des  sages.  1,058. 

« Quiconque  vit  séparé  de  ces  fautes,  est  doué  de  ces 
vertus.  Cette  pénitence,  infiniment  accrue,  est  une  péni- 
tence entière.  1,659. 

» En  somme,  Indra  des  rois,  j’ai  répondu  à tes  ques- 
tions. Voilà  cette  vertu,  qui  détruit  le  péché,  qui  délivre 
l’homme  de  la  naissance,  de  la  vieillesse  et  de  la  mort.  » 

Dhritarâshtra  dit  : 

« On  entend  beaucoup  raconter  la  légende  des  cinq 
espèces  de  Védas  : les  uns  admettent  quatre  Védas,  les 
autres  sont  pour  trois  Védas,  ceux-ci  pour  deux,  ceux-là 
pour  un  seul,  un'  autre  est  pour  un  Véda  sans  le  Rig. 
Lequel  de  ces  deux  sera  celui,  que  je  dois  estimer  un 
régénéré?»  1,660—1,601—1,662. 

« C’est  l’ignorance  d’un  seul  Véda,  lui  répondit  Sanat- 


(t)  Ce  sont  de*  vertu*,  qu’il  a parlé:  évidemment,  il  y a ici  un  pasaage 
interpolé,  ou  plutôt  il  n'y  a qu’à  supprimer  ces  deux  vers  et  commencer 
dans  la  stance  suivante  à ces  mots  : « Il  y a huit  défauts.  » 


YOUI)YOG.\-PARVA. 


641 


soudjâta,  qui  rend  les  Védas  si  nombreux.  Une  seule 
vérité  les  inspire  et  qui  que  ce  soit  d’eux  est  basé  dans  la 
vérité.  1,663. 

» Ainsi,  sans  distinguer  le  Véda,  un  homme  se  dit  : 
« Je  suis  savant  I » Et  l'aumône,  la  lecture,  le  sacrifice, 
tout  procède  de  la  cupidité.  1,664. 

» Ceux,  qui  sont  tombés  de  la  vérité,  forment-ils  un 
dessein,  le  sacrifice  alors  s’étend  à partir  de  l’assurance 
même  de  la  vérité.  1,665. 

» L’accomplissement  du  dessein  a lieu,  ici  par  la  pensée, 
là  par  la  parole,  ailleurs  par  l’action.  L’homme  habite  dans 
les  résolutions  mentales.  1,666. 

» Que  l’homme  ne  fasse  pas  avec  immodestie  son  vœu 
d’initiation  :1a  vérité  complètement  achevée  de  cet  élément 
de  lumière  est  pour  les  sages  une  chose  supérieure. 

» La  pénitence,  certes!  enfante  la  science  visible  etinvi- 
sible.  Un  brahme,  qui  lit  beaucoup,  est  nécessairement, 
sachez-le,  un  brahme  d’une  érudition  profonde. 

1,667—1,668. 

» N'estime  donc  pas  un  brahme  par  la  prière,  qu’il 
récite  à voix  basse  ; celui,  qui  ne  sort  pas  de  la  vérité, 
c’est  lui,  kshatrya,  qu’il  te  faut  regarder  comme  un 
brahme.  1,669. 

» Atharvan  jadis,  prince  guerrier,  chanta  nommément 
les  Védas  : « Ceux,  qui  connaissent  les  Védas,  voilà 
dit-il,  la  troupe  des  grands  rishis  ; mais  ceux,  qui  n’ont 
jamais  lu  les  Védas,  ne  savent  pas  ce  qui  est  à connaître 
dans  le  Véda.  1,670. 

» Le  nom  des  écrits  sacrés  ( tchhundai ) vient  ici,  ô le 
plus  vertueux  des  hommes,  de  ce  qu’ils  sont  unis  au  désir 
spontané  ( tchhanda ).  Lt’s  révérends,  qui  ne  connaissent 


54-2 


LK  MAHA-BHARATA. 


pas  les  écrits  sacrés,  ne  les  ayant  pas  lus,  ne  sont  point 
allés  à ce  qui  ne  doit  pas  être  connu  dans  le  Véda. 

» Un  quidam  ne  connaît  pas  les  Védas,  ou  bien,  sire, 
les  Védas  ne  sont  pas  ignorés  de  lui  : quiconque  sait  les 
Védas,  ne  sait  pas  ce  qui  doit  être  su  ; mais  l'homme,  qui 
se  tient  dans  la  vérité,  connaît  ce  qui  ne  doit  pas  être 
ignoré.  1,671 — 1,672. 

» L’un  sait  les  Védas  et  ce  qui  mérite  d'être  connu,  les 
autres  ne  savent  ni  les  Védas  ni  ce  qu’il  faut  connaître  : 
celui,  qui  sait  les  Védas,  sait  ce  qu'on  doit  connaître; 
mais  celui,  de  qui  la  vérité  n’est  pas  connu,  ne  sait  pas  ce 
qu’il  faut  connaître.  1,673. 

» L'homme,  qui  sait  ce  qu’on  doit  connaître,  sait  les 
Védas  : mais  les  docteurs  en  Védas,  ne  connaissent  ni  lui, 
ni  les  Védas.  Néanmoins,  les  brahines,  qui  sont  des  doc- 
teurs en  Védas,  savent  les  Védas  avec  science.  1,674. 

» Pour  celui,  qui  participe  à une  portion  de  la  splen- 
deur, les  Védas  ressemblent  aux  rameaux  d’un  arbre. 
Ainsi,  l’on  pense  eu  pleine  conscience  dans  la  vérité  à 
cause  de  l’Être  suprême  ou  du  Puramdtman.  » 1,675. 

» Je  reconnais  pour  un  hrahme,  savant  explicateur  des 
Védas,  celui,  qui  a étouffé  tous  les  doutes  et  retranché 
l’erreur.  1,676. 

» Qu’on  n'aille  pas  le  chercher,  ni  au  midi,  ni  à l’orient, 
encore  moins  derrière  lui.  N’enseignez  d’aucune  manière 
une  doctrine  à contre-sens.  1,677. 

» Qu’on  n’aille  point  le  chercher  parmi  sesantagonistes  ! 
La  pénitence  voit,  sans  le  chercher,  cette  personne  auguste 
dans  le  Véda.  1,678. 

» Que,  gardant  le  silence,  il  s’asseoie  au-dessous  de 
son  maître,  et  qu'il  n’en  bouge  pas,  fùt-ce  seulement  de 


- ■■  ■ 


YOUDYOGA-PARVA.  5à5 

pensée.  Qu'il  s’approche  de  son  âme  vers  cet  illustre  Dieu 
suprême.  1,679. 

» On  n'est  pas  anachorète,  parce  qu’on  observe  le 
silence  ; on  n'est  pas  anachorète,  parce  qu’on  habite  dans 
les  bois  ; mais  le  meilleur  des  anachorètes  est  dit  celui, 
qui  connaît  bien  son  caractère.  1,680. 

» Il  est  appelé  grammairien  d'après  l'exposition  de  tous 
les  sens;  il  explique  la  grammaire  suivant  la  racine  de 
chaque  chose  : voilà  d’où  vient  ce  nom.  1,681, 

» L’homme,  qui  voit  les  mondes  devant  ses  yeux,  verra 
tout  ; le  brahme,  qui  reste  ferme  dans  la  vérité,  sera  un 
sage,  de  qui  rien  n’est  ignoré.  1,682. 

i>  A quiconque  se  tient  dans  le  devoir  et  les  autres 
vertus,  il  est  donné  de  contempler  Brahma.  Je  t’ai  dit  ces 
choses,  prince  guerrier,  avec  intelligence,  par  ordre  et 
suivant  les  Védas.  » 1,683. 

« Sanatsoudjàia,  la  parole  que  tu  m’as  dite,  est  supé- 
rieure, existant  sous  toutes  les  formes  et  digne  de  Brahma, 
fit  Dhritaràshtra  : c’est  une  narration  sublime,  difficile  à 
obtenir  par  l’amour.  Continue,  jeune  compagnon,  à m’en- 
tretenir de  cette  belle  parole.  » l,68â. 

« Ces  Védas,  sur  lesquels  tu  m’interroges,  répondit 
Sanatsoudjàta,  ne  doivent  pas  être  reçus  à la  hâte  ; car  ils 
remplissent  les  sens  d’un  profond  étonnement.  Il  faut 
qu’un  brahmatchari  reçoive  la  science  à méditer  au  fond 
de  son  âme  dans  l’extinction  de  sa  pensée.  » 1,685. 

« Cette  science,  dont  tu  me  parles,  reprit  Dhritaràshtra, 
est  sans  limite,  sans  commencement,  éternelle,  célébrée  par 
le  brahmatchari  : elle  habite  ici.  Comment  le  collège  des 
brahmes  reçoit-il  cette  ambroisie  en  temps  opportun  ? » 

« Veux-tu  parler  de  cette  science  indistincte,  antique, 


LE  MAHA-BHARATA. 


644 

célébrée  par  le  brahmatchari,  observa  SanatsoudjAta  ; 
science,  qui  est  toujours  dans  les  vieux  gourous,  après 
laquelle,  obtenue  dans  leur  intelligence,  ils  abandonnent 
ce  inonde  des  mortels  ? n 1,686 — 1,687. 

« Je  parle  de  cette  science,  qui  est  promptement  acquise 
par  le  novice,  répondit  Dhritarâshlra.  Comment  obtien- 
dra-t-on le  noviciat?  Dis-moi  ce  Véda.  u 1,688. 

u Ceux,  de  qui  un  instituteur  spirituel  est  cause  de 
la  naissance,  reprit  SanatsoudjAta,  descendent  au  sein 
d’une  mère.  Ils  observent  la  continence,  ils  deviennent 
ici-bas  des  saints,  et,  délaissant  leur  corps,  ils  entrent  dans 
l'union  suprême.  1,689. 

a Ils  surmontent  dans  ce  monde-ci  les  désirs,  et,  deve- 
nus des  saints,  supportant  une  condition  digne  de  Brah- 
ma, ils  retirent  leur  âme  du  corps,  comme  on  retire  une 
flèche  de  la  corde.  1,690. 

» Le  corps  est  fait  par  ces  deux  auteurs,  Bharatide,  le 
père  et  la  mère,  line  naissance  pure,  nous  enseignent  les 
instituteurs  spirituels,  est  immortelle  et  indestructible. 

» Que  l’homme  regarde  comme  son  père  et  sa  mère 
celui,  qui,  faisant  mentir  les  classes,  couvre  de  vérité  et 
donne  l'émancipation  finale;  que,  connaissant  son  œuvre, 
il  se  garde  de  nuire  à sa  personne.  1,692. 

» Que  l'étudiant  salue  toujours  son  maître,  le  corps 
incliné;  que  vigilant  et  pur,  il  désire  lesVédas;  qu'il  ne 
conçoive  pas  d'orgueil,  qu’il  ne  se  livre  point  à la  colère  ; 
c'est  le  premier  degré  du  brahmatcharya.  1,693. 

» I’ur,  obtenir  la  science,  en  observant  l’ordre  de  la  vie 
du  disciple,  c’est  IA  ce  qu’on  appelle  le  premier  pas  du 
vœu  de  novice.  1,694. 

» Qu’il  fasse  en  parole,  en  œuvre,  en  pensée,  ce  qui  est 


c*tt]  1 1 1 z e& brGttogle 


YOUDYOGA-PARVA. 


5 A 5 


agréable  à son  instituteur  spirituel,  filt-ce  au  prix  de  se3 
richesses,  fût-ce  même  au  péril  de  sa  vie  : c'est  là  ce  qui 
est  nommé  le  second  pas.  1,695. 

» Que  sa  conduite  envers  l’épouse  de  son  gourou  marche 
l’égale  de  la  conduite,  qu’il  observe  à l’égard  de  son  gou- 
rou lui-même.  Qu’il  n'agisse  pas  d’une  autre  manière  avec 
son  lils  : c’est  encore  appelé  le  second  pas.  1,696. 

» Que,  discernant  l'affaire,  de  laquelle  son  instituteur 
spirituel  est  occupé  lui-même,  il  dise,  à peine  l’a-t-il 
connue,  son  esprit  disposé  à cette  chose,  qui  a l’estime  de 
son  maître  : « Voici  l'affaire,  qu’il  m’a  confiée  1 » C’est  le 
troisième  pas  du  noviciat.  1,697. 

u Instruit,  qu’il  ne  fasse  pas  son  habitation  hors  de 
chez  son  instituteur  spirituel  avant  son  temps  achevé  ; 
qu’il  ne  dise  pas  comme  si  telle  était  sa  pensée  : c Je  ne 
fais  point  cela  ! » C’est  le  quatrième  pas  du  noviciat. 

» 11  obtient  par  le  temps  le  texte  et  le  sens,  il  obtient 
ensuite  le  pied  par  l’union  avec  son  gourou.  Qu’il  aille  au 
pied  par  l'union  avec  l’effort  ; puis,  il  s’approche  du  pied 
par  le  Castra  (1).  1,699. 

» Quiconque  possède  ces  douze  vertus  et  cœtera,  la 
forme,  les  autres  membres  et  la  force,  produit  son  fruit 
dans  l'union  avec  l'instituteur  spirituel,  et  le  brahma- 
tcharya  par  l'union  avec  les  livres  sacrés.  1,700. 

u Sorti  de  tels  commencements,  qu'il  donne  à son 
gourou  les  richesses,  qu'il  aura  pu  obtenir.  11  tend  ainsi 
à une  vie  pleine  de  vertus.  Cette  conduite  est  aussi  la 
conduite,  qu’il  observe  à l’égard  du  fils  de  son  institu- 
teur. 1,701. 

(1)  C’etl  la  lettre,  mai*  quel  e*t  l’esprit? 


36 


LE  MAHA-BHARATA. 


546 

» Tandis  qu’il  habite  de  cette  manière,  il  s'accroît  ici- 
bas  de  tous  les  côtés  ; il  obtient  des  fils  nombreux  et  la 
gloire.  Les  plages,  et  principales  et  intermédiaires,  versent 
la  pluie  sur  ses  champs.  Tel  est  ici-bas  ce  brahmatcbarya, 
que  les  hommes  cultivent.  1,702. 

» C’est  par  ce  noviciat  que  les  Dieux  ont  mérité  la  Divi- 
nité, et  que  les  rishis  intelligents  et  vertueux  se  sont  élevés 
au  monde  de  Brahma.  1,703. 

» De  lui  vient  la  beauté  des  Gandharvas  et  des  Apsaras; 
grâce  à ce  noviciat,  la  nature  enfante  le  soleil  tous  les 
jours.  1,704. 

» Dès  qu'ils  ont  eu  ainsi  connu  ces  choses,  les  gens  de 
bien  sont  allés  de  l'union  à la  chose  désirée  en  des  senti- 
ments tels  que  sont  les  dispositions  des  hommes,  qui 
veulent  briser  le  goût  des  vanités  mondaines.  1,705. 

» Que  le  sage  soit  dévoué,  sire,  et  que,  consumé  par  la 
pénitence,  il  purifie  tout  son  corps  ; il  reviendra  par  ce 
moyen  à l'enfance  et  triomphera  de  la  mort  à l'heure  de 
son  décès.  1,706. 

» Arrivés  à leur  fin,  prince  guerrier,  ces  hommes  con- 
quièrent les  mondes  par  une  oeuvre  pure.  Ce  moyen 
conduit  le  sage  à la  cause  divine  entière.  11  n’existe  pas 
d’autre  chemin  pour  le  salut.  » 1,707. 

« Ce  collyre,  qui  éclarcit  la  vue  de  C âme,  parait  comme 
blanc,  comme  rouge,  comme  un  noir  serpent  (1),  inter- 
rompit Dhritarâshtra.  Savant  est  le  brahme  vertueux,  qui 
voit  comment  cette  forme  immortelle  est  une  chose  indes- 
tructible. » 1,708. 


(1)  Kâdrava  n’existe  nulle  part  ; le  Dictionnaire  de  Bôtlilinpk  et  Rotb 
n'en  fait  lui-mAme  aucune  mention. 


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YOUDYOGA-PARVA. 


547 


« Il  paraît  comme  blanc,  rouge,  noir,  couleur  de  fer, 
ayant  l'éclat  du  soleil,  répondit  Sanatsoudjâta  ; il  n’existe 
ni  dans  la  terre,  ni  dans  le  ciel,  ni  dans  la  mer,  et  c’est 
lui,  qui  soutient  les  eaux.  1,709. 

» Sa  forme  n’est  vue,  ni  combinée  avec  les  étoiles,  ni 
mêlée  avec  les  éclairs,  ni  répandue  au  sein  des  eaux  : on 
ne  la  voit,  ni  dans  les  vents,  ni  dans  les  Divinités,  ni  dans 
la  lune,  ni  même  dans  le  soleil.  1,710. 

» On  ne  la  voit,  ni  dans  les  hymnes  du  Rig- Vécût,  ni 
dans  l’ Yadjoush,  ni  dans  l’ Atharvan,  ni  dans  le  Sàma-Véda 
sans  tache.  Que  l'ascète  contemple  donc  par  un  grand 
vœu,  sire,  cet  être  éternel,  ou  dans  lui-même,  ou  dans 
son  âme  (1).  1,711. 

» 11  ne  peut  être  achevé  au-delà  de  l’obscurité  : la  mort 
s'enfuit  au  temps  du  trépas  loin  de  lui;  sa  forme  est  aussi 
menue  que  le  fil  d’un  rasoir,  elle  est  aussi  grande  que  les 
montagnes.  1,712. 

» La  terre,  l’ambroisie,  les  mondes,  la  science  sacrée, 
la  gloire,  tous  les  êtres  sont  nés;  donc,  ils  vont  ici  à la 
mort.  1,713. 

■>  Les  poètes  disent  que  la  santé,  la  renommée  de  l’élo- 
quence, élevée  à son  comble,  sont  elles-mêmes  soumises 
au  changement.  Ceux,  qui  savent  que  ce  monde  entier  est 
fondé  sur  l'instabilité,  sont  des  Immortels.  1,71A. 

» Le  chagrin,  la  colère,  l’avarice,  l’amour,  l’orgueil, 
la  paresse,  l’euvie,  la  sottise,  les  vaint  projets,  la  folle 
compassion,  la  médisance  et  le  blâme  irréfléchi  : voilà 


(1)  Hathandarn,  c'est  le  Sdmn-JVê/a,  suivant  le  dictionnaire:  arhadratha 
n'existe  nulle  part  sous  la  forme  du  composé  : ce  sont  deux  mot»  à étudier  ; 
je  soumets  mon  explication  au  jugement  des  hommes  savants. 


LE  M4HA-BHARATA. 


648 

douze  grandes  fautes,  qui  entraînent  les  hommes  à leur 
perte.  1,715 — 1,710. 

» Ces  vices  tour-à-tour  s’asseoient  aux  côtés  de  l’homme  ; 
et,  possédé  par  eux,  l’enfant  de  Manou  à l’àme  insensé 
arrête  des  résolutions  criminelles.  1,717. 

» L’homme,  rempli  de  désirs,  violent,  léger  en  pa- 
roles (1),  qui  porte  la  colère  dans  son  cœur,  ostentieux, 
et  qui  se  fait  comme  un  devoir  de  la  cruauté  : ces  six  espè- 
ces de  gens  ne  saluent  pas  la  richesse,  fût-elle  même 
à leur  portée.  1,718.  ^ 

» L’homme  inégal  dans  le  combat  d'amour,  très-vain, 
qui  se  vante  du  don,  qu’il  a fait,  avare,  faible  d esprit,  qui 
se  loue  beaucoup,  qui  hait  toujours  les  femmes  : ces  sept, 
que  je  viens  d’énoncer,  ne  sont  pas  cruels,  mais  ils  ont 
des  caractères  vicieux.  1,719. 

» Le  devoir,  la  vérité,  la  pénitence,  la  répression  des 
sens,  l'absence  de  jalousie,  la  pudeur,  la  résignation, 
l’exemption  d’envie,  l’aumône,  la  science,  la  fermeté,  la 
patience;  voilà  quels  sont  les  douze  grands  vœux  du 
brahme.  1,720. 

» Qu’on  donne  à gouverner  toute  cette  terre  elle-même 
à celui,  qui  ne  déchoira  pas  de  ces  douze  vertus.  11  faut 
savoir  que  la  richesse  n’appartient  pas  àcelui,  qui  estsol- 
licité  par  trois,  par  deux,  par  un  seul  même.  1,721. 

» La  répressiou  des  sens,  dit-on,  le  renoncement  au 
monde  et  la  vigilance  se  tiennent  dans  eux  comme  une 
ambroisie.  Telles  sont  les  vertus  des  sages  brahmes,  les 
principaux  du  collège  des  brahmes.  1 ,722.  • 

’<  On  ne  donne  pas  de  louange  à l’accusation  d'un 


(1)  Vaddnya. 


YOUDYOG  4-PARVA. 


549 


hrahme,  qu'elle  soit  fondra  ou  non.  Les  gens,  qui  agiront 
de  cette  manière,  seront  les  habitants  du  Naraka.  1,723. 

n L’ivresse  est  accompagnée  de  dix-huit  fautes,  qui 
n'ont  pas  encore  été  dénonrées  : la  haine  du  monde,  la 
contradiction,  les  paroles  injurieuses,  le  langage  témé- 
raire, 1,724. 

» L’amour  et  la  colère,  l'esclavage,  les  reproches,  les 
délations,  la  perte  des  richesses,  les  procès,  l'envie,  la 
cruauté  à l'égard  des  animaux,  1 ,725. 

» L’envie,  la  joie,  les  discours  outrageants,  la  perte  de 
la  raison,  la  calomnie.  Le  sage  ne  s’abandonnera  donc- 
point  à l’ivresse  ; car  cette  faute  est  toujours  blâmée. 

» Il  faut  accuser  six  fautes  dans  l’amitié  : on  se  réjouit 
dans  ce  qui  plait,  on  s’afflige  en  ce  qui  déplaît.  L'un 
demande  ce  qui  peut  lui  être  agréable,  l’autre  donne.  Il 
faut  donner  ce  qui  ne  doit  pas  même  être  demandé. 

1,720 — 1,727. 

» Cet  homme  sollicité  aux  sentiments  purs  est  digne 
d’obtenir  une  épouse,  des  richesses  propres  et  des  fds 
désirés.  Qu’ayant  abandonné  ses  biens,  il  habite  dam  un 
hermitage  : il  ne  jouit  point  ici  au  gré  de  ses  désirs  et 
l’œuvre  tue  son  espérance.  1,728. 

» 11  est  ainsi  riche,  vertueux,  honnête,  généreux  : un 
homme  tel  est  capable  d’écarter  les  cinq  éléments  de  ses 
cinq  organes  des  sens.  1,729. 

» Abondante,  supérieure  même,  cette  pénitence  est 
complète.  Fut-elle  acceptée  par  le  jugement  des  hommes, 
qui  sont  déchus  de  la  qualité  sattwa?  1,730. 

» Si  les  sacrifices  augmentent  par  l’obstacle  même  ap- 
porté devant  la  vérité,  c’est  par  la  pensée  de  celui-ci,  par 
la  parole  de  celui-là,  par  l'action  de  cet  autre.  1,731. 


560 


LE  MAHA-BHARATA. 


» L'absence  de  préméditation  habile  dans  l’homme,  de 
qui  la  résolution  est  bien  arrêtée.  Est-ce  parla  supériorité 
du  brahrne  ? Pourquoi  ? Écoute  autre  chose  de  ma  bouche  1 

» Que  le  brahme  enseigne  cette  grandeur  illustre  de  la 
parole.  Les  poètes  chantent  les  choses/  qui  sont  sujettes 
au  changement  ; mais  ceux,  qui  savent  que  tout  ce  monde 
consiste  dans  cette  union  avec  la  mobilité  sont  des  Immor- 
tels. 1,732—1,733. 

» N’offrez  pas  de  libations,  sire,  ne  sacrifiez  pas,  ne 
cherchez  pas  à triompher  de  la  vérité  par  une  œuvre  bien 
faite.  L'enfant,  accompagné  de  la  vérité,  arrive  à l'im- 
mortalité, sire,  et,  à l'heure  de  la  mort,  il  ne  conçoit 
aucun  désir.  1,734. 

» Que  l'homme  s’asseoie,  solitaire,  au-dessous  de  son 
maître,  et  qu'il  n’en  bouge  pas,  fût-ce  seulement  en  pen- 
sée; qu'il  ne  tienne  nul  compte  du  blâme  ou  de  l'éloge, 
de  la  joie  ou  de  la  colère.  1 ,735. 

» Se  tenant  là,  prince  guerrier,  il  pénètre  dans  Brahman, 
il  le  contemple  dans  les  Védas.  Je  t’ai  raconté,  sage,  sui- 
vant l'ordre,  toutes  ces  choses.  » 1,736. 

Sanatsoudjâta  ensuite  de  chanter  cet  hymne. 

« Les  Dieux  honorent  le  grand  Çoukra  à la  haute  re- 
nommée, qui  illumine  les  étoiles  ; le  soleil  resplendit 
même  par  lui.  Les  Yogis  contemplent  l’éternel  Bhagavat. 

1,737—1,738. 

» C’est  de  Çoukra,  que  vient  la  puissance  de  Brahma  ; 
c’est  par  Çoukra  que  Brahma  s'accroît  ; Çoukra,  semant 
la  chaleur,  échauffe  les  étoiles,  sans  brûler.  Les  Yogis 
contemplent  l’éteruel  Bhagavat.  1,739 — 1,740. 

» Le  soleil  entre  dans  l’atmosphère,  au  milieu  des 
eaux,  pour  le  bien  des  ondes  de  l’élément  liquide  ; il 


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YOIÎDY  OG  \-PARV4. 


551 


nourrit  de  ses  rayons,  sans  jamais  se  lasser,  le  ciel  et  la 
terre.  Les  Yogis  contemplent  l’étemel  Bhagavat. 

» Çoubra  soutient  ces  deux  Divinités,  le  ciel  etla  terre, 
les  plages  célestes,  le  inonde  entier  ; de  lui,  sortent  les 
points  cardinaux  et  les  fleuves  ; par  lui,  sont  créées  les 
grandes  mers.  Les  Yogis  contemplent  l’éternel  Bhagavat. 

1,741-1,742— l,7â3— 1,744. 

» Des  coursiers  aux  travaux  impérissables  se  tiennent 
eutre  les  roues  de  son  char,  toujours  en  mouvement  ; ils 
promènent  dans  le  ciel  ce  divin,  cet  indestructible  sou- 
verain des  comètes.  Les  Yogis  contemplent  l'éternel  Bha- 
gavat. 1,745 — 1,746. 

» Sa  forme  n'a  rien,  qui  lui  ressemble.  Personne  n’a  ja- 
mais vu  ce  sage  ni  de  ses  yeux,  ni  de  son  cœur,  ni  de  sa 
pensée,  ni  de  son  âme.  Ces  chevaux  sont  C attelage  de  la 
vérité.  Les  Yogis  contemplent  l'étemel  Bhagavat. 

1,747—1,748. 

» Ils  boivent  ce  fleuve  (1),  composé  de  douze  branches, 
et  qui  roule  dans  le  ciel  : considérant  ses  eaux  de  miel,  ils 
parcourent  sa  nuit  ici-bas.  Les  Yogis  contemplent  l'é- 
ternel Bhagavat.  1,749 — 1,750. 

» La  tune,  semblable  à l'abeille,  qui  a recueilli  son 
miel,  boit  la  moitié  du  mois.  Isha  a fait  du  beurre  clarifié 
l’oblation  propre  à toutes  les  créatures.  Les  Yogis  con- 
templent l’éternel  Bhagavat.  1,761 — 1,762. 

» Les  soucis  volent  sur  ce  figuier  religieux,  aux  feuilles 
d’or,  et  de  là,  changés  en  oiseaux,  ils  se  répandent  sur 
toutes  les  plages.  Les  Y ogis  contemplent  l’éternel  Bha- 
gavat. 1,753 — 1,754. 


(!)  L’année , sans  doute,  où  août  continua  douze  moi*. 


552 


LE  MAHA-BHARATA. 


» 11s  extraient  les  pleins  du  plein,  ils  font  les  pleins 
avec  le  plein,  ils  ôtent  les  pleins  du  plein,  et  il  reste  en- 
core plein  (1).  Les  Yogis  contemplent  l’éternel Bhagavat. 

1,755—1,766. 

a Le  vent  sort  de  lui,  il  est  soumis  à lui  ; Agni  et  Soma 
viennent  de  lui  ; en  lui  s'étend  le  souille  de  vie.  Défense  à 
nous  de  révéler  ceci  et  cela.  Les  Yogis  contemplent  l'é- 
ternel Bhagavat.  1,757 — 1,758 — 1,759. 

a Le  soufBe  de  vie  boit  l’esprit  émané  du  Très-Haut,  la 
lune  boit  le  souffle  de  vie,  le  soleil  boit  la  lune,  et  le 
second  de  la  triade  ou  Vishnou  boit  le  soleil.  Les  Y ogis 
contemplent  l’éternel  Bhagavat.  1,760 — 1,761. 

a Un  cygne,  qui  sort  de  l'onde,  lève  un  seul  pied  ; s'il 
en  est  ainsi,  la  mort  et  l'immortalité  ne  peuvent  toujours 
être.  Les  Yogis  contemplent  l’éternel  Bhagavat. 

1,762—1,763. 

a L’âme  de  l’homme  a la  mesure  du  pouce,  elle  vient 
toujours  par  l'union  avec  le  phallus.  Les  insensés  ne 
voient  pas  resplendir  l’éternel  Isha,  le  premier  de  tout , le 
substitut  de  tous  les  Dieux.  Les  Yogis  contemplent  l’é- 
temel Bhagavat.  1,76A — 1,765. 

a Qu'ils  aient  tort  ou  raison,  cela  parait  égal  entre  les 
hommes.  Délivrés  de  la  mort  ici-bas,  ils  obtiennent  une 
source  de  miel,  semblable  â l'immortalité.  Les  Yogis  con- 
templent l’étemel  Bhagavat.  1,766 — 1,767. 

a En  possession  de  l'un  et  l’autre  monde  par  la  science, 
l’homme  s'avance  alors  vers  l'oblation,  l'offrande  non 


(i)  Les  agents  de  la  nature  retirent  les  heures,  les  jours,  les  mois,  les 
années  et  les  siècles  du  soin  de  l'éternité,  qui,  après  cette  soustraction 
faite,  n'en  est  paB  moins  l'éternité  pleine. 


YOUDYOGA-PARVA. 


563 


consacrée  et  l’agnihotra.  Que  h Déesse  Saraswati  ne  place 
pas  sur  toi  la  frivolité  : mais  que  la  science  te  soit  donnée  ! 
Les  hommes  sages  obtiennent  la  science.  Les  Yogis  con- 
templent l'éternel  Bhagavat.  1,768 — 1,769. 

» L’ homme  magnanime,  qui  a les  formes  de  la  science  (1  ) , 
avale  le  leu.  Quiconque  sait  qui  est  cet  homme,  ne  verra 
point  en  ce  monde  périr  sa  richesse.  Les  Yogiscooteuiplent 
l’éternel  Baghavat.  1,770 — 1,771. 

» Qu’il  prenne  son  vol,  après  avoir  étendu  un  millier  de 
mille  ailes,  et,  s'il  a la  rapidité  de  la  pensée,  qu’il  se  trans- 
porte au  milieu  du  centre  des  mondes  ! Les  Yogis  con- 
templent l’éternel  Bhagavat  1772 — 1,773. 

» Un  miroir  ne  peut  contenir  ses  formes,  mais  ceux,  de 
qui  l’âme  est  très-pure,  le  contemplent  dans  eux-mêmes. 
Le  sage  vertueux  n’est  pas  tourmenté  dans  son  âme  : ceux, 
qui  s’en  vont  habiter  les  bois,  sont  des  Immortels.  Les 
Yogis  contemplent  l'éternel  Bhagavat.  l,77â — 1,775. 

» Les  mortels  se  cachent  dans  leur  conduite,  dans  leur 
science,  comme  les  serpents  dans  leurs  trous.  Les  hommes 
perdent  l’esprit  à cause  d'elles  ; c’est  ainsi  que  la  crainte 
égare  la  route  des  gens  à l’Ame  perplexe.  Les  Yogis  con- 
templent l’éternel  Bhagavat.  1,776—1,777. 

» Que  je  ne  sois  pas  toujours  sous  le  poids  d’une  mau- 
vaise action  1 On  ne  peut  mourir  ! On  ne  peut  être  exempt 
de  mourir  ! D’où  me  viendra  l'immortalité?  Dans  le  men- 
songe de  la  vérité,  qu'unit  un  lien  semblable  à la  vérité, 
la  matrice  de  la  vertu  et  du  vice  est  une  ! Les  Yogis  con- 
templent l’éternel  Bhagavat.  1,778—1,779. 


(2)  Aivanroüpa 


554 


LE  MAHA-BHAllATA. 


» La  cause  suprême  (1)  n'est  pas  vue  égale  au  milieu 
des  hommes,  ni  par  le  bon,  ni  par  le  méchant.  Que 
l’homme,  doué  de  ces  vertus,  sache  qu’elle  est  égale  à l’am- 
broisie; qu’il  aspire  donc  à ce  nectar.  Les  Yogis  contem- 
plent l’éternel  Bhagavat.  1,780 — 1,781. 

» Les  paroles  injurieuses  ne  font  pas  sécher  son  coeur. 
Il  récite  les  prières,  il  célèbre  i’agnihotra.  Daigne  la 
Déesse  Saraswati  ne  pas  imposer  l’insignifiance  à nos  pa- 
roles ! Les  sages  obtiennent  la  science  pour  la  consacrer  à 
Dieu  (2).  Les  Yogis  contemplent  l’éternel  Bhagavat. 

1,782—1,783. 

» Quiconque  se  voit  ainsi  lui-même  dans  tous  les  êtres, 
pourquoi  s'affligerait-il  ensuite,  quand  les  choses  arrivent 
d’une  autre  manière  qu’il  ne  les  voyait  dans  C avenir. 

a De  même  que  dans  un  grand  puits,  où  les  eaux  affluent 
de  toutes  parts,  tel  il  se  dit  adieu  à soi-même  dans  tous 
les  Védas.  1,784—1,785. 

» Le  Moi  (3)  a la  taille  d’un  pouce  ; on  ne  voit  pas 
cette  grande  âme,  quand  elle  est  entrée  dans  le  cœur  : 
c’est  uu  surveillant  infatigable,  sans  naissance,  du  jour  et 
de  la  nuit.  Le  prophète,  ayant  porté  ce  jugement  sur  lui, 
reste  assis  dans  la  sérénité.  1,786. 

» Moi,  je  suis  la  mère,  le  père,  le  fils,  après  lui  ; je  suis 
l’âme  de  tout  ce  qui  n’est  pas  encore  et  de  tout  ce  qui  est. 

» Je  suis  l’ancêtre,  le  vieillard,  le  père  et  le  fils,  Bha- 
ratide  : vous  êtes  de  moi  et  de  vous-mêmes  ; vous  n'êtes 
pas  de  moi,  et  je  ne  suis  pas  de  vous.  1,787 — 1,788. 

» Moi-même,  je  suis  l’espace;  la  cause  de  ma  nais- 


(1)  Allai! . 

(2)  AsmaI,  illi,  avec  l'excellence,  que  le*  arabe»  donnent  à ce  pronom. 


I 

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YOLDYOG  \-PARVA. 


555 


sance,  c’est  moi  ; je  suis  uni  aux  vents  (1)  ; je  suis  impé- 
rissable, je  suis  ia  borne  de  tout  ; je  suis  sans  naissance, 
je  suis  le  jour,  la  nuit  ; je  suis  infatigable.  Ouand  le  poète 
inspiré  est  parvenu  à ma  connaissance,  il  reste  assis  dans 
la  sérénité.  1,789. 

» Cet  Immortel,  plus  petit  qu’un  atôme,  veille  en  tous 
les  êtres.  On  sait  que  ce  père  de  toutes  les  créatures  est 
placé  dans  une  fleur  de  lotus.  » 1,790. 


(I)  Tout  leu  Dictionnaires  se  taisent  sur  le  mot  auta  : Bôthlingk  et  Roth 
n'expliquent  rien  dans  cette  question  : « Auta  *,  u,  4 u mit  d und  u.  Vâ, 
vnyati  mit  A,  » se  bornent-ils  à dire  ; cependant,  iis  m'ont  inspiré  la  tra- 
duction, que  je  hasarde  ici. 


ns  de  l’épisode 

ET  DU  CINQUIÈME  VOLUME. 


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PETIT  INDEX 


DE  QUELQUES  MOTS  PEU  CONNUS  DANS  CE  PRÉSENT  VOLUME. 


A 

Astrn,  haute  montagne  mythologique,  à l’occident  delà 
terre,  et  derrière  laquelle  le  soleil  est  supposé  venir  chaque 
jour  se  coucher. 

Astra.  Nous  empruntons  à la  page  A03  du  huitième 
volume  de  notre  Râmâyana  cette  fin  de  la  note  sur  le  mot 
attra,  dont  nous  avions  eu  le  bonheur  de  conjecturer  si 
bien  la  signification  que  plus  de  soixante  mille  vers,  tra- 
duits depuis  lors,  n’ont  fait  que  la  confirmer. 

« C’était  un  talisman,  une  espèce  de  gris-gris,  ordi- 
nairement une  simple  formule  magique,  qui,  attachée  à 
la  flèche,  ou  prononcée  en  la  décochant,  devait  lui  com- 
muniquer toutes  les  vertus  merveilleuses  et  surhumaines 
de  son  ordre,  de  sa  nature  et  de  son  titre,  u 
1) 

Dema,  de  dam,  d’où  vient  le  domare  des  Latins.  Appli- 
qué aux  organes  des  sens,  ce  mot  veut  dire  l’action  de  les 
assujettir,  de  les  dompter,  de  les  mettre  sous  le  joug  de 
l’esprit. 

M 

Maâurvt.  La  corde  d’un  arc,  de  mûrvd,  espèce  de  plante 
grimpante,  la  tanseviera  zeylanica,  dont  les  fibres  sont 
employées  à la  fabrication  de  ces  cordes. 


558 


PETIT  INDEX. 


« 

Rotchanâ  ou  gorotchana,  brillante  couleur  aune,  em- 
ployée par  les  Indous  pour  dessiner  sur  le  front  le  titaka 
ou  la  marque  distinctive  de  la  secte,  à laquelle  on  appar- 
tient. 

& 

Sâvitrî.  La  sainte  stance  des  Védas,  personnifiée  comme 
l’épouse  de  Brahma  et  métaphoriquement  comme  la  mère 
des  trois  premières  castes. 

Aum  I Tatsavifusv>rényam 
Bhargo  dévasya  dhtmahi, 

Yo  nas  pratchodayAt  t 
T 

Tapas.  C'est  le  devoir,  l’observance  particulière  de  cer- 
taines choses  : le  tapas  d’un  brahme,  c’est  la  science 
sacrée  ; celui  d'un  kshatrya,  c'est  la  protection  des 
sujets;  le  tapas  d’un  vatçya,  c'est  l’aumône  envers  les 
brahmes,  celui  d'un  çoûdra,  c’est  le  service  à l’égard  de 
cette  classe,  celui  d’un  rishi  ou  d’un  saint,  c’est  de  faire 
sa  nourriture  de  racines  et  d’herbes. 


ERRATOI. 


Page  5,  II'  ligne,  lisez  : la  suite. 

Page  fiO,  10'  ligne,  au  lieu  de  voix,  lisez  : voie. 

Page  106,  4*  et  5*  alinéas.  Il  y a ici  dans  le  texte  irrégu- 
larité et  confusion,  lisez  de  cette  manière  la  traduction  rec- 
tifiée : 

n Que  l’archi-brahme  veille  A la  conservation  de  nos  l'iux 
perpétuels  dans  le  palais  du  roi  Droupada.  Que  les  chefs 


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ERRATUM. 


Ô59 


(tes  cuisines  et  les  cochers,  prenant  tous  nos  chars,  s’en 
aillent  promptement, » 

Page  126,  ligne  6*;  il  est  tombé  un  a du  nom  propre 
Satyabhâmù. 

Page  ttifij  lt*  ligne,  au  lieu  da«:  je  suis  maintenant 

lisez  : j'accompagne  maintenant  les  pas.... 

Même  page,  22*  ligne  ; car  I ’irâtu,  il  faut  : quoique 
Virâta.... 

Page  180,  ligne  29*  : de  rassemblée,  lisez  : de  la  salle. 

Page  2tû,  ligne  28”.  Le  compositeur  a omis  la  première 
syllabe  du  mot  puissante. 

Page  221,  24'  ligne,  lisez  : nul  cocher  n était  égal.... 

Page  244,  ligne  13',  un  g pour  un  y,  lisez  : Ghoshayatrâ. 

Page  232,  9"  alinéa,  lisez-le  de  cette  manière  : « Devenu 
pour  elles  un  digne  vase,  comme  un  vertueux  brahme,  que 
le  fils  de  Kotinli 

Page  271,  13"  ligne,  il  faut  lire  : aussitôt  qu’il  ooit.... 

Page  272,  27*  ligne,  lisez  : 'ouyodhana. 

Page  300,  4*  ligne,  il  faut  : les  maîtres  de.... 

Page  306,  19*  ligne,  inadvertance  ! Lisez  : ces  traits,  diri- 
geant. ... 

Page  322,  ligne  21*,  le  mot  convenable,  c’est  : fl  fit  dis- 
paraître. 

Page  337,  ligne  28",  au  lieu  de  : Ta  majesté,  mettez  : Ta 
sainteté. 

Page  339,  6’  alinéa;  lisez-le  ainsi  : 

a Alors  que  Krishna,  le  meurtrier  de  Madhou,  accom- 
pagné de  tous  les  Vrishnides,  les  Andhakns  et  les  Bhodjas 
par  centaines,  s’en  fut  retourné  h Dwàravatl  avec  Bala- 
déva.  » 

Page  360,  ligne  3",  supprimez  le  mot  en  italique,  Bala- 
dera, et  lisez  : s’était  éloigné  <f  eux  avec.... 

Page  370,  ligne  28”,  au  lieu  de  que  je  vous,  lisez  : qu’il 
m’inspire. 

Page  373,  17'  ligne,  au  lieu  de  faveur,  lisez  ; ta  récom- 
pense. . 

Page  376,  ligne  26*,  lisez  ; reste  cet  Être,  qui  a.... 

Même  page,  dernière  ligne.  Il  doit  y avoir  là  une  faute 
du  calligraphe  ; lisez  donc  : buvait  la  sourd. 

Page  422,  ligne  26”,  il  faut  lire  : ce  qui  serait  faute, 
comme  une  tache  de  collyre,  brille  en  vous  ainsi.... 

Page  431,  18'  ligne,  correction  oubliée:  tu  n’aurais  pas... 


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TABLE  DES  MATIÈRES 


« 


CONTENUES  DANS  LE  CINQUIÈME  VOLUME. 


I Chapitres  : Entres  : 

Avertissement 1 

La  grandeur  d'àtne  de  l’épouse  fidèle  h son  vœu.  1 

Les  boncles-fi' oreilles  enlevées AA 

Le  chapitre  de  l'Aranéya  fia 


LE  CHANT  DE  VIRATA. 

Le  choix  des  métiers 

L'observation  de  la  chose  convenue  . ....  IM 

La  mort  du  Kilchaka 1A0 

L’enlèvement  des  vaches  ISS 

Le  mariage  Ail 


l'voudyoga-parva. 

Le  récit  de  Çalya 3M 

L'ambassade  de  Sandjaya A07 

La  veillée  dans  la  nuit. . , . = , , = , AM 

L’épisode  de  Sanatsoudjàta 528 


FIN  DE  LA  TABLE  DES  MATIÈRES. 


SS  s 3 (I  go 


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L i'p  A'jçr^r. 
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